mai 6, 2013
par Benoit Laureau
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LITTÉRATURE
Beauté perdue, un article de HUGO PRADELLE
Un recueil aux tonalités subtiles, qui fait s’entrecroiser désir et perte, fascination et pulsion, nostalgie et désir de vivre, les voix d’un temps perdu, les présences immuables de ceux que nous avons aimés.
FRANÇOIS EMMANUEL LES MURMURANTES
Seuil, coll. « Cadre rouge », 176 p., 17 euros
Sur la mort, un article deAGNES VAQUIN
Un récit bref, censé correspondre à un journal rédigé en douze jours, le temps d’un séjour à Grenade. En fait, des textes quotidiens, il n’y en a que neuf, il est des jours sans voix, les cinq, sept et neuvième… D’emblée, la singularité de cette Belle apparaît. L’œuvre se présente donc comme un récit. Toutefois, ce pourrait aussi bien être un essai – l’auteur en a déjà écrit plusieurs – puisqu’il s’agit de la mort. Or le terme d’essai ne saurait convenir à ce qui se lit comme un poème, d’une lecture qui se brise quand la phrase irradie et qu’il faut s’arrêter afin de mieux la goûter et de reprendre haleine.
MATHIEU TERENCE LA BELLE
Grasset, 106 p., 12,50 euros
« Un lourd fardeau de mélancolie », un article de NORBERT CZARNY
C’est là dès la première page du livre, cela revient, comme un motif musical aux couleurs tragiques : la mort. Et pourtant la vie l’emporte, l’énergie vitale, l’envie de faire, de créer, de découvrir. L’existence de Puccini, telle que la relate Bernard Chambaz dans Caro carissimo. Puccini, ressemble à un tourbillon.
BERNARD CHAMBAZ CARO CARISSIMO PUCCINI
Gallimard, coll. « L’un et l’autre », 160 p., 18 euros
Mer des souvenirs, un article de ALICIA MARTY
Avec plus d’une vingtaine d’ouvrages, traduits en France, Yôko Ogawa a construit une œuvre subtile et intrigante, entre douceur et cruauté. Dans Le Petit Joueur d’échecs, elle dépeint avec grâce la relation entre un jeune garçon et son maître. Mais ce qui est au cœur de ce beau roman, c’est la vivacité du souvenir des morts.
YÔKO OGAWA LE PETIT JOUEUR D’ÉCHECS
trad. du japonais par Martin Vergne Actes Sud, 320 p., 22,80 euros
Le chemin de la vie, un article de CLAUDE FIEROBE
Des Filles de la campagne, premier roman, à Fille de la campagne, ces mémoires qu’Edna O’Brien « s’était juré de ne jamais écrire », il y a un demi-siècle. Il y a aussi ce singulier, qui distingue l’autobiographie de la fiction, encore que la séparation ne soit pas totale, tant l’œuvre est nourrie d’une existence tumultueuse où se mêlent la force incontrôlable des passions et la farouche ténacité de l’écrivain.
EDNA O’BRIEN FILLE DE LA CAMPAGNE Mémoires
trad. de l’anglais (Irlande) par Pierre-Emmanuel Dauzat Sabine Wespieser, 478 p., 25 euros
La mort sonne deux fois, un article de STEVEN SAMPSON
Le Bleu de la nuit constitue le second volet d’un diptyque commencé six ans plus tôt avec L’Année de la pensée magique. Tel Everyman, personnage qui, convoqué par La Mort, cherche des alliés prêts à l’accompagner à son rendez-vous, la narratrice de ces mémoires évoque des avatars contemporains de Compagnie, Parentèle, Cousinage, Beauté et Raison. Avec le même résultat.
JOAN DIDION LE BLEU DE LA NUIT
trad. de l’anglais (États-Unis) par Pierre Demarty Grasset, 240 p., 18,60 euros

L’ultime mise en scène, un article de HUGO PRADELLE
En sortant le comédien et cinéaste Kurt Gerron (1) de l’oubli en en faisant le héros de son nouveau roman, Charles Lewinsky questionne à la fois la moralité de la survie et des fictions que nous nous inventons sans cesse, le poids du passé, la puissance de l’imagination et le temps singulier qui la conforme. En dépit de son apparent classicisme formel et de son allure de fresque historique, il promeut l’invention de la vie comme ultime résistance.
trad. de l’allemand (Suisse) par Léa Marcou Grasset, 512 p., 22,90 euros
HISTOIRE LITTÉRAIRE
Un Rabelais ludique, un article de MAURICE MOURIER
Le bon maître Albert-Marie Schmidt, dans les années 1960, enseignait Rabelais aux étudiants de l’université de Lille, ou plutôt il s’efforçait de l’enseigner car la tâche lui était malaisée. En effet, arrivé en chaire, son énorme édition Lefranc sous le bras, il ouvrait le volume et se mettait à en lire un passage mais aussitôt un rire si inextinguible le submergeait que les larmes lui coulaient sur les joues et qu’il renonçait bien vite à délivrer à ses ouailles autre chose qu’une suite hilare de borborygmes et de hoquets.
PETER GILMAN L’ÉNIGME PANTAGRUEL
La Différence, 348 p., 22 euros
Sur les bords de la Tisza, un article de GABRIELLE NAPOLI
Gyula Krúdy (1878-1933), auteur admiré de Márai comme de Kertész, est un des plus grands écrivains hongrois, et ce roman, L’Affaire Eszter Solymosi, est un véritable chef-d’œuvre
GYULA KRÚDY L’AFFAIRE ESZTER SOLYMOSI
trad. du hongrois par Catherine Fay Albin Michel, 637 p., 24 euros
Le roman de Wallenstein, un article de JEAN-PIERRE MOREL
Il aura fallu près d’un siècle pour que le deuxième roman d’Alfred Döblin, paru en Allemagne en 1920, ait enfin sa version française. Le découvrir aujourd’hui, grâce au travail remarquable du traducteur, Michel Vanoosthuyse, permet de comprendre pourquoi ce texte énorme (huit cents pages) passe parfois pour le plus important du romancier après Berlin Alexanderplatz (1929).
ALFRED DÖBLIN WALLENSTEIN
trad. de l’allemand par Michel Vanoosthuyse Agone, coll. « Manufacture de proses », 860 p., 38 euros
POÉSIE
Un art poétique, un article de MARIE ÉTIENNE
Toucher terre et rebondir, prendre appui sur ce qui est pour atteindre les hauteurs dont l’art est parfois capable, tel est le mouvement qui anime la poésie d’Ariane Dreyfus et des auteurs qu’elle analyse.
ARIANE DREYFUS LA LAMPE ALLUMÉE SI SOUVENT DANS L’OMBRE
Corti, coll. « En lisant en écrivant », 315 p., 19 euros
Les Cantos d’Ezra Pound, un article de CLAUDE GRIMAL
Le poète britannique Basil Bunting a écrit dans les années 1970 un poème sur les Cantos de son ami Ezra Pound (1885-1971) dans lequel il les compare aux Alpes, avec leurs pics et leurs éboulis. « Qu’y a-t-il à dire à leur sujet ?/Elles n’ont aucun sens », y affirme-t-il avant d’ajouter un peu plus loin que tant d’un point de vue géographique que poétique : « Il faudrait faire un long détour/Si on voulait les éviter. »
EZRA POUND LES CANTOS
Troisième édition sous la direction d’Yves di Manno trad. de l’américain par Jacques Darras, Yves di Manno, Philippe Mikriammos et Denis Roche Flammarion, 1 018 p., 30 euros
ARTS
Les divinités du riz, un luthnavire, les boîtes et les fétiches magiques…, un article de GILBERT LASCAULT
Archipel de l’Insulinde, les Philippines s’étendent sur 300 000 km2. Elles comptent quelque 7 000 îles et s’étirent sur près de 1 700 km. Elles forment des territoires d’échanges, de commerces, de trocs, de permutations, d’offres et de demandes, de dons, de rivalités.
EXPOSITION PHILIPPINES : ARCHIPEL DES ÉCHANGES
Musée du quai Branly 9 avril – 14 juillet 2013
Catalogue de l’exposition Sous la direction de Constance de Monbrison et Corazon S. Alvina Actes Sud/musée du quai Branly, 368 p., 242 ill. coul., 47 euros
Hors-série de l’exposition Tribal Art magazine, Belgique, 56 p., ill., 8 euros
De l’Allemagne et des interférences, un article de GEORGES RAILLARD
Deux expositions simultanées, l’une à Strasbourg, sur l’architecture « en partage » entre l’Allemagne et la France. À partir de 1800. Un même point de départ, au Louvre, pour les avatars – la richesse, la diversité – de la peinture en Allemagne jusqu’en 1939. Le cinquantième anniversaire du traité d’amitié francoallemande a fourni le prétexte et les moyens de ces deux amples manifestations. Ce qui est à voir au musée, à lire dans les deux remarquables catalogues, constitue un événement.
EXPOSITION : INTERFÉRENCES/INTERFERENZEN ALLEMAGNEFRANCE 1800-2000
Sous la direction de JeanLouis Cohen et Harmut Frank Musée d’Art moderne et contemporain de la ville de Strasbourg Du 30 mars au 21 juillet 2013
Catalogue de l’exposition Éd. des musées de la ville de Strasbourg, 466 p., 59 euros
EXPOSITION DE L’ALLEMAGNE DE FRIEDRICH À BECKMANN
Sous la direction de Sébastien Allard et Danièle Cohn Musée du Louvre Du 28 mars au 24 juin 2013 Catalogue de l’exposition Hazan/Musée du Louvre, 432 p., 300 ill., 45 euros
PHILOSOPHIE
Les raisons du hasard, un article de JEAN LACOSTE
Descartes, cet impavide cavalier, s’était intéressé au choc des boules de billard ; Denis Grozdanovitch, familier depuis l’adolescence des rebonds du tennis, spécialiste du jeu de paume et fou de littérature, prend ici pour cible, sinon Descartes lui-même, du moins le « cartésianisme », la rationalité technique devenue folle, dans un essai vagabond, érudit, polémique, et plus sérieux que ne peut le laisser penser la charmante couverture de Sempé.
DENIS GROZDANOVITCH LA PUISSANCE DISCRÈTE DU HASARD
Denoël, 321 p., 17,50 euros
Benjamin Fondane commence, un article de CHRISTIAN MOUZE
« Je vois encore Fondane sortir du block, passer très droit devant les SS, fermant le col de sa veste pour se protéger du froid et de la pluie, monter dans le camion. L’un après l’autre, lourdement chargés, les camions s’ébranlèrent vers Birkenau. Deux heures plus tard, nos camarades étaient morts gazés. » (André Montagne, Les Lettres Françaises, 26 avril 1946.)
BENJAMIN FONDANE LA CONSCIENCE MALHEUREUSE
Édition présentée et annotée par Olivier Salazar Ferrer Verdier, 345 p., 20,50 euros
THÉÂTRE COMPLET
Textes établis et présentés par Éric Freedman Non Lieu éd., 309 p., 16 euros
Le faux au service du vrai, un article de MARC LEBIEZ
C’est peu dire que Vaihinger est mal connu en France. Le nom même de ce contemporain de Bergson n’est pas des plus notoires, y compris chez les philosophes professionnels. Pourtant, sa Philosophie du « comme si » ne présente pas qu’un intérêt archéologique ; les problèmes que pose ce livre majeur et les solutions qu’il avance ont intéressé nombre de penseurs du XXe siècle et ont conservé une actualité intellectuelle.
CHRISTOPHE BOURIAU LE « COMME SI » Kant, Vaihinger et le fictionalisme
Cerf, 256 p., 23 euros
PSYCHANALYSE
Voyage en autisme, un article de MICHEL PLON
Avant d’entrer un tant soit peu dans le détail des deux ouvrages, véritables objets, publiés par Sandra Alvarez de Toledo, qui poursuit ainsi sa mise au jour passionnée de l’œuvre de Fernand Deligny (QL nos 952 et 982), il nous semble nécessaire, et en cela le livre d’Henri ReyFlaud est important en ce qu’il déploie clairement l’éventail des possibles en la matière, de formuler de la manière la plus simple possible les présupposés philosophiques, existentiels mais aussi politiques qui déterminent la position que l’on adopte face à l’autisme.
Journal de Janmari
Avec la collaboration de Gisèle Durand L’Arachnéen, 150 p., 32 euros
Cartes et lignes d’Erre
Traces du réseau de Fernand Deligny 1969-1979
Édition bilingue français anglais Introduction et glossaire de Sandra Alvarez de Toledo Postface de Bertrand Ogilvie L’Arachnéen, 412 p., 55 euros
HENRI REYFLAUD SORTIR DE L’AUTISME Parents, ces vérités qu’on vous cache
Flammarion, coll. « Psychanalyse et psychologie », 136 p., 16 euros
HISTOIRE
Le Moyen Âge du genre, un article de MICHÈLE GALLY
Cet ouvrage d’un peu plus de deux cents pages se présente comme un manuel, le premier à aborder et à synthétiser l’histoire culturelle de la différenciation des sexes au cours des siècles médiévaux.
DIDIER LETT HOMMES ET FEMMES AU MOYEN ÂGE Histoire du genre XIIe XVe siècle
Armand Colin, coll. « Cursus histoire », 224 p., 16,80 euros
« Un couteau pour couper ma peur », un article de CLAUDE MOUCHARD
« Les événements racontés ici sont véridiques », nous avertit Otto B. Kraus en tête de l’ouvrage. Ces événements, « véridiques » en effet, eurent lieu dans le « camp des familles » créé en 1943 à AuschwitzBirkenau. Les nazis regroupaient là des familles juives, pour la plupart tchécoslovaques, en provenance du camp ghetto de Theresienstadt. Otto B. Kraus nous fait entrer dans le « bloc des enfants ». Or, « au cœur de cet univers, écrit Catherine Coquio (dans l’essai qui, en seconde partie du livre, offre une puissante synthèse historicocritique recourant de surcroît à d’autres témoins : Kulka, Kluger, Vrba, Gradowski), il y a Lisa Pomnenka » : en elle se condense l’enjeu même du livre de Kraus.
OTTO B. KRAUS LE MUR DE LISA POMNENKA
trad. de l’anglais par Stéphane et Nathalie Gailly suivi de :
CATHERINE COQUIO LE LEURRE ET L’ESPOIR De Theresienstadt au block des enfants de Birkenau
L’Arachnéen, 334 p., 24 euros
Le désir de vivre, un article de PIERRE PACHET
Avrom Sutzkever (en Biélorussie, 1913 – TelAviv, 2010) est l’un des grands poètes en yiddish du XXe siècle. C’est aussi un témoin de premier plan, et
un héros de la résistance juive armée contre les nazis.
AVROM SUTZKEVER LE GHETTO DE WILNO 1941-1944
trad. du yiddish par Gilles Rozier Préface d’Annette Wieviorka Denoël, 400 p., 20,50 euros
THEATRE
Iphis et Iante, Ravel : hors des sentiers battus, un article de MONIQUE LE ROUX
Variations sur les pièces du répertoire ou création d’« écritures contemporaines » destinées au plateau ? Des metteurs en scène échappent à cette alternative, tels Jean-Pierre Vincent avec Iphis et Iante d’Isaac de Benserade au TGP de Saint-Denis ou Anne-Marie Lazarini avec Ravel d’après Jean Echenoz au Théâtre Artistic Athévains.
ISAAC DE BENSERADE
IPHIS ET IANTE
Mise en scène de Jean-Pierre Vincent Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis Jusqu’au 6 mai
JEAN ECHENOZ RAVEL
Mise en scène d’Anne-Marie Lazarini Théâtre Artistic Athévains Jusqu’au 5 mai Reprise à partir du 15 novembre 2013
CINEMA
Perspectives avant la bataille, un article de LUCIEN LOGETTE
Le verdict est enfin tombé, permettant au petit monde du cinéma français de respirer, après avoir si longtemps retenu son souffle – façon de parler, car le réseau Internet résonnait depuis des semaines d’échos, rumeurs, supputations et certitudes quant aux sélectionnés cannois. La liste des heureux qualifiés n’a pas encore donné lieu aux habituels commentaires navrés visant le manque de sang neuf, le manque de réalisatrices, le manque d’inventivité et le carnaval des vaches sacrées et des Grandes Têtes Molles régulièrement reconduites. Nul doute que les rechigneurs vont rechigner, puisque telle est la règle du jeu. Mais la contestation sera délicate, tant les noms de la vingtaine d’élus y laissent peu de prise. D’anciennes Palmes d’or respectées, des cinéastes aimés de la critique, des petits nouveaux (à ce niveau), la répartition est habile et propre à susciter l’étonnement, le moment venu.
66e Festival international du film de Cannes
Du 15 au 26 mai 2013
VITRINE
Quelques nouvelles du Parrain, un article deMARIA PIA DI BELLA
Pendant longtemps, quand un livre sur la mafia sortait en France, c’était soit une traduction de l’italien, soit un ouvrage de Marcelle Padovani – journaliste au Nouvel Observateur –, qui semblait en avoir l’exclusivité. Mais depuis quelques années les choses ont changé et les intellectuels français se sont mis à écrire sur le sujet – ce qui doit certainement émouvoir les Italiens qui les lisent et surtout les aider à ne plus se sentir seuls ! En effet, la mafia a été vue très longtemps un peu partout dans le monde comme une spécialité italienne à ajouter à la pizza, à la chansonnette napolitaine et, pour les plus cultivés, à l’opéra. Bref, une spécialité ou une anomalie folklorique dont on pouvait même se gausser. Les quelques films cultes que la mafia a inspirés – la trilogie du Parrain en tête – n’ont fait qu’enfoncer le clou.
JACQUES DE SAINT VICTOR UN POUVOIR INVISIBLE Les mafias et la société démocratique (XIXe XXIesiècles)
Gallimard, coll. « L’esprit de la cité », 432 p., 23,50 euros
Les couleurs du temps, YAN CÉH
Il a toujours été là, non loin du centre, observant la scène comme on regarde un tableau. Notant ensuite les détails et bribes de conversations, souvenirs de ces années soixantedix qui resurgissent aujourd’hui dans un livre. Thadée Klossowski de Rola nous fait partager une époque magique, et son obsession pour la littérature, trésor inaccessible.
THADÉE KLOSSOWSKI DE ROLA VIE RÊVÉE Pages d’un journal 1965, 1971-1977
Grasset, 311 p., 22 euros
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