La Nouvelle Quinzaine littéraire n°1110 du 1er au 31 août 2014

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MEDITERRANEE

« Araignées et blennies », un article de Marie Etienne

On ne peut éviter, quand on lit la Trilogie de Corfou du zoologiste et naturaliste Gerald Durrell, de penser au Quatuor d’Alexandrie de Lawrence Durrell. Les deux auteurs sont frères, les titres en miroir, et la Trilogie plonge avec délices dans le monde animal et végétal de l’île grecque comme Le Quatuor plongeait dans les tréfonds et les bas-fonds de la ville égyptienne. La ressemblance s’arrête là mais les liens persistent tandis que les divergences s’affirment, Gerald semblant avoir souhaité, au moins dans l’enfance, s’affirmer vis-à-vis de son frère.

GERALD DURRELL

LE JARDIN DES DIEUX

Trilogie de Corfou, tome 3

trad. de l’anglais par Cécile Arnaud

La Table Ronde, 298 p., 14 €

« Grèce éternelle », un article de Sophie Ehrsam

La Grèce d’hier, d’aujourd’hui, de toujours : la vigueur du genre poétique ne se dément pas dans ce pays. Comme le remarque Michel Volkovitch, « si quelque chose va bien en Grèce actuellement, c’est la poésie ». Pourquoi ne pas (re)découvrir par la même occasion l’œuvre d’Aris Alexandrou (poète grec du milieu du siècle dernier) ou les inspirations hellénisantes de Jacques Lacarrière ?

ARIS ALEXANDROU

VOIES SANS DETOUR

trad. du grec par Pascal Neveu

Édition bilingue

Ypsilon, 144 p., 23 €

JACQUES LACARRIÈRE

TROIS MÉNOLOGUES

Cheyne, 64 p., 18 €

POÈTES GRECS DU 21e SIÈCLE

Choisis, traduits et présentés par Michel Volkovitch

Le miel des anges, 2 vol., 180 et 188 p., 12 € chacun

« Le mystère de la Dame en bleu », un article de Jean Lacoste

Longtemps, nous rappelle Jean-Didier Urbain, la clientèle bourgeoise et aristocratique de la « Grande Bleue » – une expression qui apparaît en 1868 sous la plume de l’écrivaine Juliette Adam – a privilégié les séjours d’hiver. Nietzsche, par exemple, pour autant qu’on puisse le ranger dans cette catégorie, a séjourné plusieurs années de suite à Nice l’hiver, dans les années 1880, avant de se réfugier l’été en Engadine. Le mouvement contraire de l’actuelle « société de loisir »…

JEAN-DIDIER URBAIN

AU SOLEIL

NAISSANCE DE LA MÉDITERRANÉE ESTIVALE

Payot & Rivages, 300 p., 21 €

LITTÉRATURE

« Nouvelles du ciel », un article de Gabrielle Napoli

Dans ce recueil ont été réunies les nouvelles de Sandro Veronesi, dont une inédite, « La furie de l’agneau ». Depuis Les Vagualâmes, premier roman traduit en français en 1993, l’écrivain italien séduit par sa justesse de ton, son sens à la fois de l’humour et du tragique, son goût pour les situations décalées. Un recueil de nouvelles, quelle aubaine… le lecteur peut profiter de toutes ces qualités dans le même ouvrage !

SANDRO VERONESI

UN COUP DE TÉLÉPHONE DU CIEL

trad. de l’italien par Jean-Paul Manganaro

Grasset, 238 p., 18 €

« Le démon de l’écriture », un article de Dominique Rabourdin

S’il est un écrivain à qui pourrait s’appliquer le très galvaudé qualificatif  d’« inclassable », c’est bien Fabrice Pataut. Cet éminent philosophe des mathématiques, élève de Jean-Toussaint Desanti, chargé de recherches au CNRS, traducteur de John Stuart Mill  (De la liberté), de Michael Dummett (Philosophie de la logique) et par ailleurs de Paul Bowles, cet homme  habillé et chaussé sur mesure cache sous son élégance un démon qui s’éveille la nuit, et pas n’importe quel démon : le démon de l’écriture.

FABRICE PATAUT

LE CAS PERENFELD

Nouvelles

Pierre-Guillaume de Roux, 342 p., 24,90 €

« Un monde d’hier », un article de Claude Fierobe

Le brio satirique est la marque de fabrique de Molly Keane (qui a longtemps écrit sous le pseudonyme de M. J. Farrell), le déclin de la grande maison, la « big house » de l’aristocratie anglo-irlandaise, son sujet favori. En témoigne Chasse au trésor (Treasure Hunt), roman de 1952, basé sur une pièce écrite en 1949.

MOLLY KEANE

CHASSE AU TRÉSOR

trad. de l’anglais (Irlande) par Cécile Arnaud

La Table Ronde/Quai Voltaire, 270 p., 20 €

« A la recherche du temps perdu », un article de Steven Sampson

Autrefois, les étudiants qui déambulaient dans le Quartier latin s’exprimaient dans la langue de Cicéron. Que reste-t-il de cette ancienne culture européenne ? Heureusement, certains écrivains continuent à faire un travail d’archéologue afin de permettre aux piétons et aux lecteurs de comprendre les racines du monde contemporain, que ce soit au plan géographique ou au plan littéraire.

LAURENCE GAUTHIER ET JACQUELINE ZORLU

PARIS EN LATIN

Parigramme, 174 p., 11,90 €

DOMINIQUE NOGUEZ

LA VÉRITABLE ORIGINE DES PLUS BEAUX APHORISMES

Payot, 240 p., 15 €

« Trois Russes », un article de Christian Mouze

Faire valoir la vie semble être le trait principal des écrivains russes d’hier et d’aujourd’hui. Ce n’est pas une vaine formule mais une caractéristique et une constante de leur écriture. C’est que la vie se heurte à bien des choses qui semblent la combattre, dont l’Histoire. L’homme qui crée l’Histoire a d’abord charge de la vie. Écrire, c’est aussi le rappeler.

IVAN BOUNINE

COUP DE SOLEIL et autres nouvelles

trad. du russe par Joëlle Dublanchet

Éd. des Syrtes, 168 p., 16 €

BORIS ZAÏTSEV

UNE MAISON À PASSY

trad. du russe par Xénia Yagello

Éd. des Syrtes, 227 p., 21 €

LUDMILA PETROUCHEVSKAÏA

LES NOUVEAUX ROBINSONS

trad. du russe par Macha Zonina et Aurore Touya

Christian Bourgois, 185 p., 15 €

POÉSIE

« La cigarette », un article de Gérard Noiret

EMMANUEL MOSES

SOMBRE COMME LE TEMPS

Gallimard, 120 p., 14,50 €

« On ne peut pas hurler dans les hôtels », un article de Santiago Artozqui

Les éditions ère publient un court récit de Phyllis Yordan, dont la prose minimaliste révèle en quelques pages une rare qualité d’écriture.

PHYLLIS YORDAN

MY AMERICA

trad. de l’américain par Fabienne Maître

Éditions ère, 96 p., 12 €

CHRONIQUE

« Choses anglaises », un article de Marc Porée

Passer la diversité et la permanence de la chose anglaise au crible des parutions, tel est l’objectif poursuivi par cette chronique, irrégulière dans sa livraison et revendiquant une bonne part de subjectivité dans ses choix. Ce qui, pour un peu, la rendrait « whimsical », terme qui signifie aussi bien fantasque qu’étrange ou capricieux.

AVENTURES

« La vieille dame et l’argent », un article de Jean-Luc Tiesset

L’écrivain suisse Martin Suter nous entraîne dans une nouvelle intrigue où le genre policier est prétexte à une observation critique de la société contemporaine.

MARTIN SUTER

ALLMEN ET LES DAHLIAS

trad. de l’allemand par Olivier Mannoni

Christian Bourgois, 196 p., 15 €

« Un espion égaré », un article d’Ève Charrin

Voici l’histoire d’un espion, mais pas ce qu’il est habituellement convenu d’appeler un roman d’espionnage.

STÉPHANE GILLIER

65-84

Phébus, 171 p., 15 €

« La venture de Claude Ponti », un article d’Aurore Touya

« Je veux vivre une venture, et une vraie belle », dit Isée à sa mère. Ainsi commencent souvent les livres de Claude Ponti : un départ, dont le motif ne correspond pas nécessairement à une quête, lance le personnage sur les routes, et avec lui le lecteur. Depuis L’Album d’Adèle jusqu’à L’Avie d’Isée (2013, à L’École des loisirs qui est son éditeur depuis 1990), Ponti propose aux jeunes lecteurs  ― et aux autres ― des albums marqués par l’itinéraire de personnages singuliers, en butte à des difficultés de circonstances ou de nature, dans un univers qui peut être tout à la fois terrifiant et superbe.

ARTS

« Cris et silences des mascarades », un article de Gilbert Lascault

Au musée du Louvre, quatre-vingt-dix-sept œuvres cocasses et troublantes étonnent. Cette exposition est intelligente, érudite, joyeuse. Dans le remarquable livre-catalogue, les conservateurs et les historiens des civilisations commentent les masques, les jeux des simulations et des dissimulations, ceux de la séduction et de l’effroi. Les masques sont truculents ou gracieux.

EXPOSITION

MASQUES, MASCARADES, MASCARONS

Musée du Louvre (Aile Sully)

19 juin – 22 septembre 2014

Catalogue de l’exposition

Sous la direction de Françoise Viatte, Dominique Cordellier, Violaine Jeammet, avec la collaboration d’Hélène Grollemund

Officina Libraria/musée du Louvre éd., 272 p., 32 €

« André Breton et ses entours », un article de Georges Raillard

EXPOSITION

MAN RAY, PICABIA ET LA REVUE LITTÉRATURE (1922-1924)

Sous la direction de Christian Briend et Clément Chéroux 

Galerie d’arts graphiques du Centre Georges-Pompidou

Du 2 juillet au 8 septembre 2014

Catalogue de l’exposition

Édition du Centre Pompidou, 168 p., 29,90 €

DOROTHEA TANNING

LA BELLE DORMEUSE AUX ABOIS

Film de Dominique et Julien Ferrandou

Éd. Seven Doc, 23 €

« Une histoire de l’art », un article de Georges Raillard

EXPOSITION

UNE HISTOIRE, ART , ARCHITECTURE ET DESIGN

Des années 80 à aujourd’hui

Sous la direction de Christine Macel

Nouvel accrochage des collections contemporaines du

Centre Pompidou

2 juillet 2014-décembre 2015

Catalogue de l’exposition

Flammarion, 288 p., 39,90 €

HISTOIRE

« Danseurs sur un volcan », un article de Laurent Bihl

L’inconscience collective et la superposition des temps immédiats vécus par les contemporains et de la « Grande Histoire » rendent les avant-guerres fascinantes. Michel Winock nous en restitue le climat à travers quelques instantanés puisés dans la vie culturelle hexagonale en 1913-1914.

MICHEL WINOCK

LES DERNIERS FEUX DE LA BELLE ÉPOQUE

Chronique culturelle d’une avant-guerre

Seuil, 208 p., 16,50 €

« L’Histoire des femmes », un article de Maïté Bouyssy

ANDRÉ BURGUIÈRE ET BERNARD VINCENT (DIR.)

UN SIÈCLE D’HISTORIENNES

Des femmes/Antoinette Fouque, 350 p., 18 €

« Voix rebelles du Japon impérialiste », un article de Laurence Caillet

Ce livre vient combler un vide presque béant dans la diffusion en Occident des idées politiques qui se sont développées au Japon avant la Seconde Guerre mondiale.

PIERRE-FRANÇOIS SOUYRI (DIR.)

JAPON COLONIAL

1880-1930

Les voix de la dissension

Les Belles Lettres, 176 p., 35 €

« Le mot et la chose », un article de Catriona Seth

Du temps où cardinaux et courtisanes se croisaient au détour des palais vénitiens et des petites maisons parisiennes, un abbé de cour, Lattaignant, interrogeait une femme du monde : « Madame, quel est votre mot / Et sur le mot et sur la chose ? »

LYDIA VÁZQUEZ

L’ORGASME FÉMININ AU XVIIIe SIÈCLE

Libération ou nouvel asservissement

Himéros, 144 p., 30 €

LINDA WILLIAMS

SCREENING SEX

Une histoire de la sexualité sur les écrans américains

trad. de l’anglais (États-Unis) par Raphaël Nieuwjaer avec la collaboration de Pauline Soulat

Capricci, 258 p., 20 €

TSIGANES

« Les Tsiganes au coeur de l’Europe », un article de Gabrielle Napoli

Né en Bosnie en 1964 et vivant aujourd’hui en France où il a trouvé refuge en 1992, Velibor Čolić fait la part belle aux Tsiganes dans son dernier roman, Ederlezi, cette « comédie pessimiste » qui nous entraîne sur les traces d’un peuple aux couleurs mythiques et chatoyantes, ce dont témoigne tout particulièrement leur musique. La prose de Velibor Čolić, drôle et tragique à la fois, fait naître un sentiment particulier chez son lecteur, celui dont la deuxième épigraphe, empruntée à l’écrivain polonais Jerzy Lec, rend si bien compte : « Ne succombez jamais au désespoir, il ne tient pas ses promesses. »

VELIBOR COLIC

EDERLEZIC

Comédie pessimiste

Gallimard, 212 p., 18 €

CATHERINE COQUIO ET JEAN-LUC POUEYTO (DIR.)

ROMS, TSIGANES, NOMADES

Un malentendu européen

Karthala, 675 p., 49 €

MUSIQUE

« Introduction à la philosophie », un article de Thierry Laisney

Où l’on réalise qu’un apprenti musicien peut se trouver confronté à des questions philosophiques difficiles.

TIMES LITERARY SUPPLEMENT

« Les plaisirs complexes d’Antoine et Cléôpatre », un article de Katherine Duncan-Jones

SHAKESPEARE

ANTONY AND CLEOPATRA

Mise en scène de Jonathan Mundy

Shakespeare’s Globe, Londres

Jusqu’au 24 août

IDÉES

« Pour en finir avec l’orientalisme », un article de Sonia Dayan-Herzbrun

Assisterait-on, enfin, au déclin de l’orientalisme qui jusqu’à présent a été la marque de fabrique de la majorité des livres de vulgarisation, mais aussi hélas des ouvrages à prétention scientifique concernant l’islam, c’est-à-dire la religion musulmane et les sociétés dans lesquelles celle-ci est ou a été pratiquée ?

BAUDOUIN DUPRET

LA CHARIA

Des sources à la pratique, un concept pluriel

La Découverte, coll. « Cahiers libres », 190 p., 16 €

« Passerelles philosophiques », un article de Jean Lacoste

La « conférence de Heidelberg » a réuni, le 5 février 1988, dans le grand amphithéâtre – l’Aula – de l’université de Heidelberg, Jacques Derrida, Philippe Lacoue-Labarthe, venu de Strasbourg, et le philosophe allemand déjà âgé Hans-Georg Gadamer, autour du thème « Heidegger, portée philosophique et politique de sa pensée ». Pareil thème était déjà en soi source de polémiques, mais – la date ici a son importance – cette « discussion mémorable » eut lieu peu de temps après la publication en français du livre de Victor Farias Heidegger et le nazisme (Verdier, 1987), qui avait relancé, avec des documents nouveaux, de manière très médiatique, la question de « Heidegger nazi ».

JACQUES DERRIDA, HANS-GEORG GADAMER ET PHILIPPE LACOUE-LABARTHE

LA CONFÉRENCE DE HEIDELBERG (1988)

Heidegger, portée philosophique et politique de sa pensée

Textes présentés par Mireille Calle-Gruber

Note de Jean-Luc Nancy

Lignes/Imec, 166 p., 19 €

BRIGITTE SITBON (dir.)

BERGSON ET FREUD

Puf, coll. « Philosophie française contemporaine », 250 p., 25 €

« A bicyclette », un article de Pierre Pachet

HERVÉ BOUGEL

TOMBEAU POUR LUIS OCAÑA

La Table Ronde, 94 p., 12 €

OLIVIER HARALAMBON

LE VERSANT FÉROCE DE LA JOIE

Alma, 460 p., 20 €

THÉÂTRE

« Une autre Italie », un article de Monique Le Roux

Pour le touriste de passage dans la péninsule italienne, la vie théâtrale se résume parfois à la commedia dell’arte et au carnaval de Venise, à cette « italianité », terme dans lequel Roland Barthes englobait aussi bien la publicité des pâtes Panzani qu’une vision française conventionnelle de Goldoni. Au mieux, elle évoque les noms de grands metteurs en scène ou acteurs, ce qui a correspondu à la réalité du plateau dans des périodes peu fécondes en auteurs. À la fin de la saison, les rencontres de l’Atalante et le « Face à face » de la Colline ont été les bienvenus pour rappeler ou révéler divers aspects de la dramaturgie italienne.

CINÉMA

« Dans le palais de Dame Tartine », un article de Lucien Logette

On a déjà tout dit sur Bologne (QL n° 1 065 et 1 089), ses arcades, ses « due torri » qui semblent diverger un peu plus chaque année, tandis que s’allongent à leurs pieds les vitrines de Feltrinelli – une ville où des librairies ouvrent, vive l’exception italienne –, sa basilique San Petronio redevenue blanche et rose, enfin démaillotée de ses emballages, sa piazza Maggiore et ses milliers de spectateurs nocturnes du cinéma en plein air, ses sept églises San Stefano emboîtées qui mériteraient d’être retenues par l’Unesco. Quant à son festival, « Il cinema ritrovato », il représente la semaine la plus excitante de l’année pour les cinéphages revenus de tout, qui savent qu’ils pourront voir là quelques dizaines de films manquant à leur tableau de chasse.

IL CINEMA RITROVATO (28e édition)

Cineteca di Bologna

28 juin-5 juillet 2014

LA NOUVELLE QUINZAINE LITTÉRAIRE

« Maurice », un article de Bernard Pingaud

La Nouvelle Quinzaine littéraire n°1109 du 16 au 31 juillet 2014

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EN PREMIER

« Souple et intraitable Woolf », un article de Marc Porée

Sous une couverture souple, ce volume consacré à un choix de romans et d’essais de Virginia Woolf réunit les deux faces du génie woolfien : l’intraitable, du côté des essais féministes : Une chambre à soi, et l’encore plus virulent Trois guinées ; la souplesse, synonyme ici, non de compromis — sa radicalité foncière y répugnait —, mais de liberté dans la conception d’une forme romanesque constamment remise sur le métier. Précédant chacune des œuvres choisies pour figurer dans ce « Quarto », des extraits du Journal ou de la correspondance les remettent en situation, illustrant l’étonnant degré d’absorption de l’écrivain qui se dit « collée comme une mouche à du papier collant » à chacun de ses livres.  

VIRGINIA WOOLF

ESSAIS, ROMANS

Gallimard, coll. « Quarto », 1 376 p., 30 €

« Dans la Chine éternelle », un article de Maurice Coyaud

Un roman selon la tradition séculaire, comme dans Le Rêve dans le pavillon rouge (XVIIIe siècle) ou dans les romans de Bakin : une histoire conflictuelle entre les trois clans, Sui, Zhao, Li, ancrée dans le village fluvial de Wali, au Shandong.

ZHANG WEI

LE VIEUX BATEAU

trad. du chinois par Annie Curien et Xu Shuang

Seuil, 620 p., 25 €

LITTÉRATURE

« Le meilleur ami de l’homme », un article d’Alain Joubert

« Le temps d’un chapitre et la mer est à ses pieds. Un peu plus tard l’homme a de l’eau sur les genoux, puis au niveau du ventre, enfin par-dessus la tête. Ce sont alors des centaines de poissons qui viennent lire par-dessus son épaule. »

JEAN  CAGNARD

GROSSES JOIES

Gaïa, 160 p., 17 €

« A l’arrière et sur le front », un article de Landry Charrier

« Ce livre dépasse de beaucoup en horreur et en souffrance Le Feu de Barbusse. Et il le dépasse surtout en violence contre la guerre et ses auteurs responsables : gouvernements, officiers, métallurgistes. » C’est par ces mots que Romain Rolland accueillit en novembre 1917 le chef-d’œuvre qu’Andreas Latzko (1876-1943), écrivain hongrois de langue allemande, venait de publier aux éditions Max Rascher (Zurich).

ANDREAS LATZKO

HOMMES EN GUERRE

Quatrième édition revue et augmentée

trad. de l’allemand par Martina Wachendorff et Henri-Frédéric Blanc

Agone, 155 p., 16 €

« Un savoir incomplet », un article de Claude Grimal

Melpo Axioti (1905-1973), écrivain grec, eut un peu le destin auquel la prédisposait son prénom – diminutif sans aucun doute de Melpomène -, mais aussi le destin de nombre d’Européens des années trente et quarante engagés politiquement dans leur pays à des moments cruciaux.

MELPO AXIOTI

NUITS DIFFICILES

trad. du grec par  Mireille Brugeas

La Différence, 222 p., 22 €

« En terre et langue étrangères », un article de Sophie Ehrsam

Le Zimbabwe et son chaos. Au milieu de la violence et de la ruine, des enfants ; quel avenir pour eux ? Beaucoup fuient le pays, comme Chérie, pour qui l’exil aux États-Unis marque la fin de l’enfance. Un roman singulier et pluriel  sur le déracinement, jusqu’au plus intime : la langue.

NOVIOLET BULAWAYO

IL NOUS FAUT DE NOUVEAUX NOMS

trad. de l’anglais (Zimbabwe) par Stéphanie Levet

Gallimard, coll. « Du monde entier », 288 p., 22,50 €

« Les saisons d’un séducteur », un article de Jacques Fressard

On ne saurait dire aujourd’hui que l’œuvre de Ramón Valle-Inclán (1866-1936) soit peu accessible au public français, lecteur ou spectateur : la liste proposée en annexe du présent volume énumère une douzaine de titres du grand Galicien traduits chez nous ; cela ne suffit pas cependant à embrasser une production multiforme – récits, poésie, théâtre, essais -, comme Gallimard y songea naguère pour un volume de la Pléiade où se seraient manifestées à la fois la richesse et la diversité de cet écrivain hors normes.

RAMÓN DEL VALLE-INCLÁN

SONATES

Mémoires du marquis de Bradomín

et autres textes inédits

trad. de l’espagnol par Annick Le Scoëzec-Masson

Classiques Garnier, 402 p., 39 €

« Bernardin de Saint-Pierre, ami des bêtes », un article de Gabriel-R. Thibault

Les éditions Rivages ont choisi de rééditer, pour l’année du bicentenaire de la mort de Bernardin de Saint-Pierre, un petit texte de l’écrivain : l’Éloge historique et philosophique de mon ami.

HENRI BERNARDIN DE SAINT-PIERRE

ÉLOGE HISTORIQUE ET PHILOSOPHIQUE DE MON AMI

Préface de Guillaume Métayer

Payot et Rivages, 75 p., 5,10 €

ESSAIS LITTÉRAIRES

« La fenêtre dans l’espace littéraire », un article de Daniel Bergez

Les études thématiques ont été fortement orientées et revivifiées par les travaux de Jean-Pierre Richard et par les développements contemporains de la sémiologie des genres littéraires. Le dernier ouvrage d’Andrea Del Lungo se place à la croisée de ces deux démarches. Centrée sur un thème apparemment anodin – la fenêtre –, sa réflexion montre à quel point la littérature occidentale en a fait un motif à haute valeur symbolique, et un des vecteurs de la signification littéraire.

ANDREA DEL LUNGO

LA FENÊTRE

Sémiologie et histoire de la représentation littéraire

Seuil, coll. « Poétique », 536 p., 28 €

POÉSIE

« Dans le jardin d’un maître zen », un article de Félix Mairot

Est-il possible d’être encore un authentique poète de l’errance dans la société de spectacle dénoncée par « Guy Debord, l’homme de la situation », à l’ère de la mondialisation où les traders demandent audience au pape et médiatisent soigneusement leur pédestre repentance ? La réponse est dans ce livre.

LUCIEN SUEL

JE SUIS DEBOUT

La Table Ronde, 149 p., 16 €

« Voyager au plus près », un article de Maurice Mourier

Une gageure ! Produire deux cent cinquante pages de poésie, en douze « chants » de très inégale longueur et trois « intermèdes insulaires » qui, de volume identique (16, 14, 14 pages), représentent autant de pauses quasi prosaïques, moments de calme, d’apaisement plutôt dans le flot tumultueux des affects, et le tout avec pour thème unique le voyage en mer, de port en port, quelle aventure poétique à risques !

ANNE CALAS

LITTORAL 12

Flammarion, 251 p., 18 €

« Puzzle vocal », un article de Gérard Noiret

Depuis plusieurs décennies, France Culture, qui encourage l’écriture d’œuvres adaptées aux particularités de la radio, a amené de nombreux poètes à explorer des champs nouveaux tout en préservant l’intelligibilité. Mobilisant les ressources du poème narratif, du
texte théâtral et du scénario, les combinant en fonction d’une connaissance devenue instinctive des possibilités offertes par les ondes, Geneviève Huttin publie aujourd’hui un « texte vocal » qui, avant d’être enregistré, est déjà une réussite.

GENEVIÈVE HUTTIN

UNE PETITE LETTRE À VOTRE MÈRE

Le Préau des collines, 70 p., 13 €

« La résistance de Zbigniev Herbert », un article d’Odile Hunoult

Célèbre en Pologne malgré une fortune éditoriale fluctuante, encore peu lu en France où jusqu’en 1990 il ne figure que dans des anthologies, Zbigniew Herbert est né en 1924 en Galicie, à l’est de la Pologne alors reconstituée par les remaniements du traité de Versailles, dans la multiculturelle Léopol, « la ville des confins où je ne reviendrai pas ».

ZBIGNIEW HERBERT

ÉPILOGUE DE LA TEMPÊTE

OEuvres poétiques complètes III

trad. du polonais par Brigitte Gautier

Le Bruit du temps, 400 p., 26 €

VOYAGES

« Autoportrait photo », un article de Norbert Czarny

Russie, Afrique, Amérique, Asie : Françoise Huguier, appareils photos en bandoulière, a traversé tous les continents. On pourra en juger du 4 juin au 31 août puisque la Maison européenne de la photographie propose une exposition des travaux qu’elle a réalisés ici ou là, jusque dans les lieux les plus éloignés.

FRANÇOISE HUGUIER

AU DOIGT ET À L’OEIL

En collaboration avec Valérie Dereux

Sabine Wespieser, 256 p., 20 €

DOSSIER

« Au cœur de l’ordre noir – Se divertir sous le IIIe Reich », un article de Laurent Bihl

L’École nous transmet le tropisme d’un régime nazi s’étant imposé à la population par la terreur d’État. Si la violence du régime fut sans limite pour ses opposants, elle fut également soluble dans une culture du divertissement de masse, outil lénifiant indispensable pour camoufler le totalitarisme.

VINCENT PLATINI

LIRE, S’ÉVADER , RÉSISTER

Essai sur la culture de masse sous le IIIe Reich

La Découverte, 277 p., 22 €

« Instruments de propagande », un article de Thierry Laisney

Parmi les hiérarchies difficilement évitables figure celle des orchestres, où le Philharmonique de Berlin, qui passa jadis des mains de Furtwängler à celles de Karajan, se situe au sommet. Dans ce livre1, Misha Aster, s’appuyant sur de nombreux documents et archives, examine les relations entre l’Orchestre philharmonique de Berlin (OPB) et l’État national-socialiste, autrement appelé le IIIe Reich (1933-1945).

MISHA ASTER

SOUS LA BAGUETTE DU REICH

Le Philharmonique de Berlin et le nationalsocialisme

trad. de l’allemand par Philippe Giraudon

Héloïse d’Ormesson, 398 p., 25 €

« La vie quotidienne sous le IIIe Reich », un article de Jean-Luc Tiesset

Après avoir accompagné sur les chemins de l’exil nombre d’écrivains bannis par le IIIe Reich (notamment Joseph Roth), Irmgard Keun (1905-1982) décida de rentrer en Allemagne en usant d’un stratagème peu commun : annoncer son suicide et prendre une fausse identité.

IRMGARD KEUN

APRÈS MINUIT

trad. de l’allemand par Georges Berthier

Préface d’Éric-Emmanuel Schmitt

Belfond, coll. « Place des éditeurs », 236 p., 17 €

ARTS

« (Re)découvrir Soulages », un article de Georges Raillard

Le titre de ces notes, je l’emprunte à l’introduction de Pierre Encrevé à l’ouvrage qui présente l’ensemble des œuvres sur papier faisant partie de la donation Pierre et Colette Soulages. Beaucoup n’ont jamais été exposées. On peut les voir au musée Soulages de Rodez, qui vient de s’ouvrir. Et aussi dans ce livre, où elles sont toutes reproduites. Le format réduit ne nuit pas à la lisibilité des figures. Seule ne passe pas, évidemment, la matérialité de l’œuvre.

PIERRE ENCREVÉ

SOULAGES Les papiers du musée

Préface de Benoît Décron

Gallimard, 256 p., 120 ill., 49 €

« A tâtons, les deux compagnons avancent », un article de Gilbert Lascault

Pendant soixante-deux ans, Cécile Reims (née en 1927) et Fred Deux (né en 1924) ne se quittent jamais. Ils s’aiment ; ils s’entraident ; ils se soutiennent ; ils se réconfortent. Selon les moments, chacun a sauvé l’autre. Chacun a failli mourir.  plusieurs reprises, tous deux ont connu de très graves maladies (en particulier la tuberculose). Sans cesse, ils dialoguent. Et tous deux sont des créateurs vifs.

CÉCILE REIMS

TOUT ÇA N’A PAS D’IMPORTANCE

Le Temps qu’il fait, 206 p., 21 €

HISTOIRE

« Philippe IV éclairé par Velasquez », un article d’Isabelle Poutrin

« Le public français, voyez-vous, ne s’intéresse guère à l’Espagne », m’a confié un jour une éditrice. Aussi l’initiative des éditions Payot & Rivages, qui, à côté d’une Ninon de Lenclos et d’un Tarquin le Superbe, publient dans leur collection de biographies ce Philippe IV d’Alain Hugon, doit-elle être saluée.

ALAIN HUGON

PHILIPPE IV

Le siècle de Vélazquez

Payot & Rivages, 494 p., 27 €

« Portugais en Chine », un article de Danielle Elisseeff

Ce livre dense verse au dossier souvent épineux des implantations portugaises en Chine – ouvert au XVIe siècle et refermé seulement en 1999 – un ensemble de documents judicieusement présentés en miroir, faisant s’affronter le regard des deux parties en présence : témoins portugais et témoins chinois.

PRISONNIERS DE L’EMPIRE CÉLESTE

Le désastre de la première ambassade portugaise en Chine

Récits et témoignages portugais et chinois (1517-1524)

Édition de Pascale Girard et João Viegas

Chandeigne, 351 p., 27 € 

PSYCHANALYSE

« De l’hygiénisme à la santé mentale et retour », un article de Michel Plon

Dans ce qui constitue probablement l’un de ses derniers textes, la préface qu’il a donnée à ce petit livre hardiment engagé, Jean Oury le rappelle : « il faut se méfier de l’innocence du vocabulaire ».

MATHIEU BELLAHSEN

LA SANTÉ MENTALE

Vers un bonheur sous contrôle

Préface de Jean Oury

La Fabrique, 186 p. 13 €

PHILOSOPHIE

« Sur ce qu’il y a en Suisse », un article de Pascal Engel

Sous une superbe couverture en forme d’album d’Astérix représentant Aristote portant sur fond de mont Cervin un gros sac à dos avec couteau suisse, barre de chocolat, coucou, lingot d’or et raquette de tennis, on trouvera ici douze essais sur les objets familiers de l’ontologie suisse.

OLIVIER MASSIN ET ANNE MEYLAN (dir.)

ARISTOTE CHEZ LES HELVÈTES

Douze essais de métaphysique helvétique

Illustrations de Baba

Ithaque, 100 p., 13,50 €

THÉÂTRE

« Guerre et petit déjeuner », un article de Monique Le Roux

La fin de saison a pu encore réserver de belles surprises : les retrouvailles avec l’auteur britannique Mark Ravenhill, le parcours dans les divers espaces de l’ENSATT (École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre) à Lyon, la découverte des élèves après leurs trois années de formation. Le festival « Les Nuits de Fourvière », dirigé par Dominique Delorme, a parrainé cette soixante-quatorzième promotion et Jean-Pierre Vincent l’a magnifiquement mise en scène dans un atelier spectacle, à partir de huit courtes pièces de Mark Ravenhill, regroupées sous le titre War and breakfast.

MARK RAVENHILL

WAR AND BREAKFAST

Mise en scène de Jean-Pierre Vincent

ENSATT (Lyon)

CINÉMA

« Visite aux antipodes », un article de Lucien Logette

Étrangeté de l’édition de cinéma, ou faible attirance des spécialistes pour la réalisatrice (mais, Germaine Dulac ou Agnès Varda exceptées, combien de réalisatrices, toutes nationalités confondues, ont-elles eu droit chez nous à une approche biographique ou critique ?), la bibliographie en français de Jane Campion était, jusqu’à présent, inexistante : aucun titre, sauf une thèse québécoise, dans les « études générales » répertoriées par Michel Ciment à la fin de son ouvrage consacré à la cinéaste néo-zélandaise. La Palme d’or de 1993 – la seule obtenue par une femme à Cannes – ne semblait pas une garantie suffisante pour que l’édition s’intéresse à la personnalité de l’auteure de La Leçon de piano.

MICHEL CIMENT

JANE CAMPION PAR JANE CAMPION

Cahiers du cinéma, 224 p., 45 €

LA NOUVELLE QUINZAINE LITTÉRAIRE

« Petites déambulations philosophiques. 9. Le fantôme de la villa Montmorency », un article de Jean Lacoste

La Nouvelle Quinzaine littéraire n°1108 du 1er au 15 juillet 2014

(Télécharger ce numéro en cliquant sur le lien)

EN PREMIER

 « « Je ne suis pas un rigolo »», un article de Michel Pierssens

« Je ne suis pas un rigolo », disait François Caradec dans une entrevue avec Éric Dussert en 1997 dans Le Matricule des Anges, reprise en 2010 dans Entre miens. D’Alphonse Allais à Boris Vian, indispensable compagnon de ce Vrac qui en approfondit la démonstration.

FRANÇOIS CARADEC

VRAC

et autres textes

Du Lérot, 320 p., 35 €

« Lettres du premier Beckett », un article de Georges Raillard

Quinze mille lettres de Samuel Beckett. L’édition en quatre volumes en propose deux mille cinq cents, plus cinq mille en note. Ces notes, foisonnantes. Ce premier tome couvre les années 1929-1940. Avant la célébrité. En 1938, Murphy est refusé par Gallimard. Dans la suite des lettres, on verra sans doute comment s’est constituée cette « œuvre en marche », comme Philippe Soupault ne manquait pas de traduire « work in progress ».

SAMUEL BECKETT

LETTRES I

1929-1940

trad. de l’anglais par André Topia

Édition établie par George Craig, Martha Dow Fehsenfeld, Dan Gunn et Lois More Overbeck

Gallimard, 816 p., 55 €

LITTÉRATURE

« Greenwich Village après la guerre », un article de Steven Sampson

Anatole Broyard (1920-1990) fut pendant longtemps critique littéraire au New York Times. Ce n’est qu’après sa mort qu’on a appris qu’il était noir. Pourtant, dans cette chronique posthume, les couleurs sont presque aussi fondamentales que les mots : dans le New York des années quarante, les artistes et les intellectuels s’emballent pour la peinture abstraite comme pour Kafka. Cela explique-t-il que Broyard ait pu faire abstraction de ses propres racines ?

ANATOLE BROYARD

KAFKA FAISAIT FUREUR

trad. de l’anglais (États-Unis) par Julie Sibony

Christian Bourgois, 174 p., 15 €

« Dans la sécheresse », un article de Hugo Pradelle

En redécouvrant, dans une nouvelle traduction d’une rigueur exemplaire, ce grand roman de Graciliano Ramos (paru en 1938), on est pris d’un vertige proche de celui qui saisit à la lecture de Pedro Páramo de Juan Rulfo.

GRACILIANO RAMOS

VIES ARIDES

trad. du portugais (Brésil) par Mathieu Dosse

Chandeigne, 164 p., 20 €

« A bas toutes les armées ! », un article de Maurice Mourier

Aris Alexandrou, dont je ne connaissais ni le nom ni l’œuvre, présente une sorte de figure exemplaire d’exilé. Né en 1922 à Petrograd, devenu Leningrad deux ans plus tard (redevenu Saint-Pétersbourg depuis 1991) d’un père grec et d’une mère russe, il vit un premier exil à huit ans, en 1930, quand ses parents abandonnent la Russie pour la Grèce. Communiste, il participe activement à la lutte, un temps victorieuse, des partisans grecs contre l’invasion des troupes de l’Allemagne nazie à partir de 1941, mais se retrouve empêtré dans les démêlés fratricides qui opposent entre elles les diverses factions de résistants et le paie de plusieurs séjours en prison de 1944 à 1958, avant de fuir la Grèce en 1967 au moment du putsch des colonels et de connaître un second exil en France, où il meurt en 1978.

ARIS ALEXANDROU

LA CAISSE

trad. du grec par Colette Lust

Cambourakis, 322 p., 22 €

« Entre père et fils », un article de Norbert Czarny

Une corporation risque d’en vouloir à Etgar Keret pour ces 7 années de bonheur. Elle est puissante, susceptible, capable parfois de réactions brutales : c’est celle des chauffeurs de taxi. Peut-être est-ce la raison pour laquelle ce livre n’a pas paru en Israël et est traduit de l’anglais. Cela dit, Keret est « trop gentil », aux dires de son épouse, et il a aussi des mots agréables pour les professionnels en question.

ETGAR KERET

7 ANNÉES DE BONHEUR

trad. de l’anglais par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso

L’Olivier, 210 p., 18 €

« Un premier roman prometteur », un article de Natacha Andriamirado

La voix est singulière et elle ne s’oublie pas. Ambitieuse car abordant d’ores et déjà – il s’agit d’un premier roman – une riche thématique littéraire où l’écho du surréalisme ne cesse de se faire entendre.

ALEXANDRE TUZI

LES POUSSIÈRES PERDUES

Michalon, 162 p., 15 €

« L’ombre de L’Etranger », un article d’Eve Charrin

Venger les morts, tirer de l’oubli les anonymes, et peut-être, dans la foulée, décoloniser la littérature : pas de doute, le petit livre du journaliste algérien Kamel Daoud est né d’une grande ambition.

KAMEL DAOUD

MEURSAULT, CONTRE-ENQUÊTE

Actes Sud, 153 p., 19 €

« Donner un corps », un article de Marie Etienne

C’est à l’occasion de la parution, cette année, des trois présents ouvrages (auxquels il faut ajouter La Libellule d’Amelia Rosselli et Ryder de Djuna Barnes) que nous avons souhaité nous entretenir avec la créatrice de la maison d’édition Ypsilon : Isabella Checcaglini.

INGER CHRISTENSEN

ALPHABET

trad. du danois et postfacé par Janine et Karl Poulsen

Édition bilingue

Ypsilon, 136 p., 21 €

ALEJANDRA PIZARNIK

ARBRE DE DIANE

trad. de l’espagnol et posfacé par Jacques Ancet

Préface d’Octavio Paz

Ypsilon, 88 p., 17 €

LES PERTURBÉS DANS LES LILAS

trad. de l’espagnol et postfacé par Étienne Dobenesque

Ypsilon, 70 p., 17 €

« Une Irlande en plein délire », un article de Claude Fierobe

Le Tigre celtique se déchaîne, le champagne coule à flots, l’argent aussi (pour un temps), les affaires s’emballent, la bulle immobilière enfle, les engins fouillent le sol dans un vacarme terrifiant : l’Irlande s’est soumise aux puissances de l’argent.

CLAIRE KILROY

AFFAIRES ET DAMNATIONS

trad. de l’anglais (Irlande) par Virginie Buhl

Buchet-Chastel, 374 p., 22 €

« Vers une terre nouvelle », un article de Liliane Kerjan

À partir de la vie réelle d’un prêcheur du XXe siècle, Fiona Kidman, figure majeure des lettres néo-zélandaises, conte l’épopée de trois générations de ses disciples, durs au bien comme au mal, dans une prose d’une beauté tendue. Le roman de cette intransigeante recherche d’absolu, de toutes ces traversées des mers, de l’Écosse au Cap-Breton, puis du Cap-Vert à l’Australie pour enfin s’établir en Nouvelle-Zélande, est devenu dans ce pays, depuis près de trente ans, un classique de la fabrique du dominion, et, bien au-delà, un roman de référence sur les migrations et les origines.

FIONA KIDMAN

LE LIVRE DES SECRETS

trad. de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par Dominique Goy-Blanquet

Sabine Wespieser, 470 p., 25 €

HISTOIRE LITTÉRAIRE

« Colette et la Der des Ders », un article d’Albert Bensoussan

COLETTE

UNE PARISIENNE DANS LA GRANDE GUERRE

Textes choisis, annotés et présentée par Frédéric Maget

L’Herne, 254 p., 15 €

POÉSIE

« « Que me manque-t-il pour te surprendre ? » », un article de Gérard Noiret

BRUNO GRÉGOIRE

L’ÉPINGLE DU JEU

(traits d’union, 3)

Suivi de SANS

Obsidiane, 112 p., 15 €

« Visages de la poésie persane », un article de Sophie Ehrsam

Iraj Valipour, qui a abondamment écrit sur la poésie iranienne dans la revue L’Intranquille (voir QL n° 1074), livre ici ce qu’il appelle une « romanthologie ». Quel est cet objet insolite ? Un assortiment de perles (même les irrégulières sont belles).

IRAJ VALIPOUR

ZABOURÉ ZANE

Femmes postmodernes d’Iran en 150 poèmes (1963-2013)

Atelier de l’agneau, coll. « Transfert », 240 p., 23 €

« D’un vieux quartier de Bombay », un article de Claude Grimal

Longtemps le poète indien Arun Kolatkar (1931-2004) s’est peu préoccupé de trouver lecteurs ou éditeurs, et d’obtenir reconnaissance et gloire. Après Jejuri, un recueil de poèmes en anglais couronné par le prix du Commonwealth en 1976, qui l’avait rendu célèbre en Inde et en Grande Bretagne, il continua d’écrire mais ne publia presque plus. Pourtant, quelque temps avant sa mort, pressé par la maladie et persuadé par ses amis,  il fit paraître cinq recueils de poèmes en l’espace de deux ans ; trois en marathi et deux en anglais. C’est l’un de ceux-ci, Kala Ghoda (2004), qui nous est aujourd’hui présenté.

ARUN KOLATKAR

KALA GHODA 

Poèmes de Bombay

trad. de l’anglais (Inde) par Pascal Aquien et Laetitia  Zecchini

Gallimard, coll. « Poésie/Gallimard », 348 p., 9,50 €

ARTS

« Les lumières changeantes d’un nomade », un article de Gilbert Lascault

Situé tout près de la mer, l’admirable musée du Havre rassemble cent trente paysages surprenants de Nicolas de Staël (1914-1955) : quatre-vingts peintures et cinquante dessins. Un quart des œuvres est inédit ou n’a jamais été exposé en Europe.

EXPOSITION

NICOLAS DE STAËL

Lumières du Nord, lumières du Sud

MuMa : Musée d’art moderne André Malraux

2, boulevard Clemenceau, 76600 Le Havre

7 juin- 9 novembre 2014

Catalogue de l’exposition

Gallimard/MuMa, 224 p., 29 €

ENTRETIEN

« L’Histoire se dit dans l’implicite. Entretien avec Krisztina Toth », propos recueillis par Gabrielle Napoli

Krisztina Tóth, née en 1967 à Budapest, a publié plusieurs recueils de poèmes. Vient de paraître, traduite du hongrois par Guillaume Métayer, sa première œuvre en prose : Code-barres (Gallimard, coll. « Du monde entier », 208 p., 18,50 €).

HISTOIRE

« « Préfet du maquis » », un article de Jean-Jacques Marie

 Georges Guingouin est aujourd’hui quelque peu tombé dans l’oubli. Comme le soulignent le titre et le sous-titre de l’ouvrage de Fabrice Grenard, il a pourtant jadis fait beaucoup parler de lui et suscité des légendes roses ou noires, et même un véritable mythe sous lequel Fabrice Grenard tente de débusquer les éléments complexes de la réalité.

FABRICE GRENARD

UNE LÉGENDE DU MAQUIS

Georges Guingouin, du mythe à l’histoire

Vendémiaire, 606 p., 26 €

« Les dessous d’une Allemagne exemplaire », un article de Sonia Combe

Comment la République fédérale d’Allemagne a-t-elle pu, aux yeux de tous et sans complexe, prendre des mesures aussi antidémocratiques que les célèbres Berufsverbote, ou interdictions professionnelles, qui jalonnent son histoire de la fin de la Seconde Guerre mondiale à la fin des années 1970 ? Si le contexte de la guerre froide – et la proximité de l’autre Allemagne – a permis de masquer cette forme de violence d’État, les racines du mal sont ailleurs. Ce sont elles que décortique dans sa thèse un historien de l’université d’Iéna, méthodiquement, sans effet de style mais sans rien laisser au hasard. On connaissait l’histoire en gros. La voici dans le détail.

DOMINIK RIGOLL

STAATSSCHUTZ IN WESTDEUTSCHLAND

Von der Entnazifierung zur Extremistenabwehr

Wallstein, 523 p.

IDÉES

« Ecrire la terre », un article de Laurent Margantin

Dans Les Disciples à Saïs, Novalis évoque la figure d’un « futur géographe de la nature » réalisant une « grande carte », puis, quelques lignes plus loin, il passe à une science supérieure, celle de l’historien, capable d’assembler les éléments du monde pour les mettre en mouvement.

MICHEL COLLOT

POUR UNE GÉOGRAPHIE LITTÉRAIRE

Corti, 271 p., 22 €

« Que faire de l’Europe ? », un article de Georges-Arthur Goldschmidt

Une Europe unifiée par la culture est une bien sympathique illusion qui a fait couler beaucoup d’encre, en particulier celle de Stefan Zweig dans les deux conférences contenues dans ce petit livre. 

STEFAN ZWEIG

APPELS AUX EUROPÉENS

trad. de l’allemand et préfacé par Jacques Le Rider

Bartillat, coll. « Omnia poche », 150 p., 7 €

PHILOSOPHIE

« « Je demande des actes » », un article de Christian Mouze

Dans un sermon, il y a l’enseignement et la remontrance :tous deux se fondent en un rappel, celui des Écritures. Mais Augustin ne veut pas seulement parler et orienter les âmes.  Il édifie la puissance de l’Église. Il agit dans le siècle: il s’adresse à tous, inclut les uns,  exclut les autres, fixe la doctrine catholique, fait en sorte qu’il n’y ait plus de changement spirituel possible, sans pour autant renoncer au mouvement de la pensée. Le sermon est la démonstration de force d’une parole établie : celle-ci réclame les actes qui la justifient. « S’il est beau d’entendre, n’est-il pas bien plus beau d’accomplir ? »

SAINT AUGUSTIN

SERMONS SUR L’ECRITURE

trad. du latin par l’abbé Jean-Baptiste Raulx

Edition établie et présentée par Maxence Caron

Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1568 p., 33 €

« Un tramway nommé vertu », un article de Pascal Engel

Dans « Modern moral philosophy », la philosophe britannique Elizabeth Anscombe soutient que la philosophie morale a besoin d’une psychologie morale, que les concepts d’obligation et de devoir doivent être abandonnés au profit de ceux de bien et de vertu, et que la philosophie utilitariste anglaise est « grossière », « plate » et fausse. Comme nombre d’éthiciens britanniques, Philippa Foot (1920-2010) mit en œuvre ce programme. Son livre Natural Goodness, paru en 2001, est un peu son testament philosophique.

PHILIPPA FOOT

LE BIEN NATUREL

trad. de l’anglais par Jean-Pierre Jackson

Préface de Jean-Marc Tétaz

Labor et Fides, 208 p. 16 € 

ANTHROPOLOGIE

« Statuettes taoïstes », un article de Maurice Coyaud

Cinéaste, auteur d’admirables films ethnographiques (CNRS) sur divers aspects de la Chine actuelle et la religion chinoise populaire, collaborateur de Kristopher Schipper, Patrice Fava est devenu un important sinologue spécialiste du taoïsme.

PATRICE FAVA

AUX PORTES DU CIEL

La statuaire taoïste du Hunan

Art et anthropologie de la Chine

Préface de Kristofer Schipper

Les Belles Lettres, 656 p., 55 €

ACTUALITÉ

« L’accouchement d’une nation », un article de Jean-Yves Potel

Nous assistons depuis plus de vingt ans en Ukraine à la difficile naissance d’une nation. Un nouvel État a proclamé son indépendance en sortant du carcan soviétique et, depuis, bien des forces, certaines violentes et honteuses, ont tiré le processus en arrière. Annie Daubenton nous raconte ce long et douloureux accouchement, dans un livre original.

ANNIE DAUBENTON

UKRAINE

L’indépendance à tout prix

Nouvelle édition revue et augmentée

Buchet-Chastel, 464 p., 24 €

PSYCHANALYSE

« Hermétisme de l’autisme », un article de Michel Plon

C’est un livre courageux que ce livre, qui vise à apporter un peu de clarté dans un domaine où règne une confusion laissant souvent désemparés ceux, parents ou praticiens du champ improprement appelé « psy », qui sont douloureusement concernés par ce que Marie-Claude Thomas nomme d’entrée de jeu non pas « autisme » mais « entité psychopathologique ».

MARIE-CLAUDE THOMAS

GENÈSES DE L’AUTISME

Freud, Bleuler, Kanner

suivi de :

KLAUS-JÜRGEN NEUMÄRKER

LEO KANNER : UNE VIE 

Epel, 213 p., 23 €

MUSIQUE

« Epithètes », un article de Thierry Laisney

Appliquons à la musique ce que, dans un article de 1959, l’auteur britannique Frank Sibley affirmait des œuvres d’art en général.

THÉÂTRE

« Un Macbeth dans l’urgence », un article de Monique Le Roux

Attendre depuis quatre ans le nouveau spectacle du Théâtre du Soleil, attendre la célébration du cinquantième anniversaire, attendre le temps nécessaire à cette chronique : comment surmonter la déception première, suscitée par Macbeth une tragédie de William Shakespeare comme elle est actuellement jouée au Théâtre du Soleil 2014 ? Comment rendre malgré tout justice à une des plus grandes artistes de la scène, Ariane Mnouchkine, et à sa troupe ? Il y faut aussi du temps, même si toujours le temps de la critique reste sans commune mesure avec celui du travail théâtral.

WILLIAM SHAKESPEARE

MACBETH

Dirigé par Ariane Mnouchkine

Théâtre du Soleil jusqu’au 13 juillet

Reprise à partir du 8 octobre

CINÉMA

« Détour vers les années trente », un article de Lucien Logette

Face à une actualité débordante – encore 16 nouveaux films cette semaine et un peu plus lors des prochaines, ce qui laisse penser que le record des sorties, 676 films en 2013, sera battu d’ici décembre -, et après avoir savouré la douzaine de titres déjà disponibles du cru cannois, il convient de souffler et de se tourner vers des territoires patrimoniaux moins liés à l’ici et maintenant.

TROIS FILMS DE MARCEL L’HERBIER

3 DVD, Les Documents cinématographiques

LA NOUVELLE QUINZAINE LITTÉRAIRE

« Petites déambulations philosophiques. 8. L’ami de la maison », un article de Jean Lacoste

La Nouvelle Quinzaine littéraire n°1107 du 16 au 30 juin 2014

(Télécharger ce numéro en cliquant sur le lien)

LITTÉRATURE

« « Le courage ne me vient que des morts » », un article de Jean-Paul Champseix

Voici un journal de voyage sur les traces de Kafka, Svevo et Pavese, que Tezer Özlü a intitulé La Vie hors du temps (1982). Le sens de ce titre se comprend très vite. Pour elle, le temps n’est qu’un présent douloureux, chargé de souvenirs oppressants : « Jamais je n’ai encore pu effacer une seule image de ma vie ». Seuls quelques moments brefs, croqués comme des instantanés, lui permettent échapper à elle-même, d’où son attention portée au monde, aux brèves rencontres, aux impressions fugaces.  

TEZER ÖZLÜ

LA VIE HORS DU TEMPS

trad. de l’allemand par Diane Meur

Bleu Autour, 235 p, 17 €

« Signé Truman Capote », un article de Liliane Kerjan

À partir d’une brassée de lettres choisies par son biographe Gerald Clarke, s’ébauche un portrait intime, sans fard ni fioritures, du grand écrivain américain Truman Capote (1924-1984). En coulisse d’œuvres mémorables comme Petit déjeuner chez Tiffany, De sang-froid ou Musique pour caméléons, se révèlent au fil de la plume la candeur du jeune homme pris dans son quotidien, sa fidélité aux amis du monde des arts et des lettres, l’entêtement au travail. Dans cette antichambre à sa très belle production littéraire, tout est écriture simple, y compris ses peines qui s’auréolent des « mille tendresses » de l’épistolier nomade.

TRUMAN CAPOTE

UN PLAISIR TROP BREF

(Lettres)

trad. de l’anglais (États-Unis) par Jacques Tournier

10/18, 573 p., 9,10 €

« La langue au corps », un article de Tiphaine Samoyault

Pas tout à fait « en langue » – cette fascinante création rythmique et formelle créée pour le monde de Prostitution (1975), Le Livre (1984) et Progénitures (2000) -, Joyeux animaux de la misère met pourtant en scène le même univers. « De langue aisée », comme en avertit l’auteur en quatrième de couverture, ce texte donne un corps vivant, précisément pornographique, à ceux qui soufflent, bégaient et parlent avec les restes.

PIERRE GUYOTAT

JOYEUX ANIMAUX DE LA MISÈRE

Gallimard, 412 p., 21,50 €

« Dans l’absence de soi », un article de Claude Grimal

Elizabeth Hardwick est une figure importante des milieux littéraires américains. Co-fondatrice de la New York Review of Books, essayiste (elle a écrit d’excellentes études sur les Brontë, Virginia Woolf, Melville…), critique littéraire et romancière, elle était l’amie de Mary Mc Carthy et fut la femme du poète Robert Lowell.

ELIZABETH HARDWICK

NUITS SANS SOMMEIL

trad. de l’anglais (États-Unis) par  Nicole Tisserand

Buchet-Chastel,  180 p., 18 €

« Paradis perdu », un article de Monique Baccelli

Les meilleures traductions vieillissent et doivent être ajustées à l’esprit du temps. C’est ce que fit Jean-Paul Manganaro, avec son talent habituel, pour le célèbre Guépard, réédité en 2007, et qu’il fait aujourd’hui pour l’autre chef-d’œuvre de Tomasi di Lampedusa : « Le professeur et la sirène », nouvelle bien connue, est accompagné de trois textes plus atypiques qui n’en contribuent pas moins à éclairer l’ensemble de l’œuvre.

GIUSEPPE TOMASI DI LAMPEDUSA

LE PROFESSEUR ET LA SIRÈNE

trad. de l’italien par Jean-Paul Manganaro

Postface de Gioacchino Lanza Tomasi,  traduite par Nathalie Bauer

Seuil, 188 p., 18 €

« De Nicolas Poussin à la Guépéou », un article de Franck Colotte

Le dernier livre de Dominique Fernandez dépeint l’histoire d’amour de deux garçons entre l’Italie et la Russie des années trente. Entre révolutions politiques et bouleversements intérieurs, ce roman de facture classique entremêle avec brio destins individuels et illusions collectives.

DOMINIQUE FERNANDEZ

ON A SAUVE LE MONDE

Grasset, 589 p., 22 €

« La saga d’un sans-papiers », un article de Steven Sampson

La vie d’un sans-papiers ressemble à la vie en période de guerre en ceci que le pire – l’expulsion – peut arriver à n’importe quel moment. En même temps, cette menace peut donner à qui la subit un sens plus aigu de la camaraderie, du sacrifice et de l’amour. Ce beau livre de Jean-Noël Pancrazi, son dixième roman, pose implicitement cette question : est-ce que ce ne sont pas parfois les plus nobles d’entre nous qui sont renvoyés brutalement à la frontière ?

JEAN-NOËL PANCRAZI

INDÉTECTABLE

Gallimard, 144 p., 13,90 €

« Le football comme métaphore », un article de Norbert Czarny

Mister ou mystère, comme on l’entend. Le personnage central de ce roman n’a pas de nom et cache son regard derrière des lunettes noires. On n’est pas sûr que son visage soit autre chose qu’un masque. Et pourtant on ne cesse de le voir, au bord des terrains, et sur les façades des immeubles et des tours. Mister est l’entraîneur d’une prestigieuse équipe de football.

ELSA BOYER

MISTER

P.O.L., 144 p., 12 €

« Rendez-vous avec Topor », un article de Yaël Pachet

Salim Jay, écrivain franco-marocain, est un grand partageur de littérature, en France et au Maroc, comme en témoignent le Dictionnaire des écrivains marocains (Ediff, 2005) et Littératures méditerranéennes et horizons migratoires. Une anthologie (Séguier, 2011) ; il est aussi l’auteur d’études sur Bernard Frank, Michel Tournier, Henri Thomas, sans compter d’innombrables articles. Amoureux des écrivains, il lui tient à cœur de permettre au public le plus large de rencontrer des auteurs (contemporains ou non), en évitant toujours que cette rencontre soit intimidante.

SALIM JAY

MERCI ROLAND TOPOR

Fayard, 216 p., 17 €

« Les guerres tardent à se terminer », un article de Jacques Fressard

ALFONS CERVERA

TANT DE LARMES ONT COULÉ DEPUIS

trad. de l’espagnol par Georges Tyras

La Contre Allée, 218 p., 18,50 €

« Le frère surnuméraire », un article de Marie Etienne

« Nous sommes dix et je suis la neuvième », devrait pouvoir écrire avec simplicité, avec tranquillité, la narratrice enfant. Pourtant, les chiffres trompent, on ne peut pas les croire, se reposer sur eux, ils ne sont pas le socle sûr qui permet de grandir, de découvrir le monde, de le comprendre peu à peu.

AGNÈS VERLET

LE BOUCLIER D’ALEXANDRE

La Différence, 288 p., 20 €

« Cosa Nostra », un article d’Alain Joubert

On peut être pédopsychiatre de profession et avoir l’esprit assez large pour écrire Psychiatries, l’utopie, le déclin ou La Psychiatrie mystifiée – par exemple ; on peut être pédopsychiatre de profession, se passionner pour le jazz et écrire Epistrophy ou la biographie Thelonious Monk – par exemple ; à propos de biographie, on peut aussi en consacrer une à Kerouac, une autre à Paul Nizan et même à Céline – ce qui, personnellement, me dérange quelque peu, mais bon ! Sachant toutefois que personne n’est parfait, on peut aussi se lancer dans la rédaction d’une série de romans noirs, à caractère politique, ce qui nous occupe aujourd’hui même – par exemple.

YVES  BUIN

CASA NEGRA

Éditions des Ragosses, 285 p., 13,50 €

« Malgré le manque », un article de Natacha Andriamirado

Paru en 1999 aux éditions Flohic, Fou civil d’Eugène Savitskaya est aujourd’hui réédité chez Argol. Le poète nous manque et il n’a pourtant jamais cessé d’écrire. Il nous manque, même lorsque nous le lisons, avec la crainte que sa voix singulière cesse, qu’elle se décide à ne plus chanter, à une époque où, comme l’écrit Annie Le Brun « le trop de réalité est en train d’avoir raison de nous ».

EUGÈNE SAVITSKAYA

FOU CIVIL

Argol, 128 p., 18 €

« Hybride », un article de Thierry Romagné

Au départ, Carte son pourra surprendre le lecteur : ce n’est ni un roman, quoiqu’il y ait une histoire, ni un recueil de poèmes, malgré la disposition typographique du texte en brèves lignes cernées de blanc, ni une réécriture de la mythologie grecque, même si quelques divinités helléniques y rôdent. Mais Carte son est un peu tout cela à la fois car c’est avant tout un livre hybride.

PATRICK BOUVET

CARTE SON

L’Olivier, 104 p., 13 €

ESSAIS LITTÉRAIRES

« Où commence la fin d’un livre ? », un article de Daniel Bergez

« Fini, c’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir. » Cette réplique de Clov, qui ouvre Fin de partie de Beckett, pourrait servir d’épigraphe au dernier livre de Gérard Genette. Entre « fiction » et « diction » – pour reprendre la distinction proposée naguère par le critique -, ce volume met en scène une fin qui ne cesse de se prolonger dans l’acte même de son énonciation.

GERARD GENETTE

ÉPILOGUE

Seuil, 204 p., 17 €

VOYAGES

« Le désir de voyager », un article de Stéphane Michaud

Pour Baudelaire, contempler dans un port les lignes des navires et les mouvements de « ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager » est l’un des plaisirs rares qui entretiennent le goût du rythme et de la beauté. Nietzsche, qui à la lecture de Baudelaire s’éprouvera comme son double, a pour sa part très tôt privilégié, entre les ressources qui allègent, le voyage et son alliée la musique.

FRIEDRICH NIETZSCHE

Textes choisis et présentés par Jean Lacoste

Louis Vuitton, coll. « Voyager avec… », 224 p., 26 €

 LA NOUVELLE QUINZAINE LITTÉRAIRE

« Maurice Nadeau et les écrivains »

POÉSIE

« Un inédit de Wulf Kirsten »

« Entre deux exils », un article de Norbert Czarny

LA GRÈCE DE L’OMBRE

Chansons rébétika traduites par Michel Volkovitch et Jacques Lacarrière

Le miel des anges, 176 p., 12 €

Disponible chez lemieldesanges@gmail.com ou à la librairie Tschann, 125 bd du Montparnasse, 75006 Paris

« Bénézet posthume », un article de Claude Adelen

Non, je ne suis pas triste. Je lis ce livre. Comme les étoiles éteintes dont la lumière nous parvient seulement, l’énergie de langue rayonne.

MATHIEU BÉNÉZET

PREMIER CRAYON

Flammarion, 120 p., 14 €

ARTS

« Juan Gris satiriste », un article de Georges Raillard

Connu sous le nom de Juan Gris. Né José Victoriano Carmelo Gonzáles à Madrid en 1887. Célèbre par la place qu’il a tenue dans le cubisme : une pratique différente autant de celle de Picasso que de celle de Braque, le binôme fondateur.

EXPOSITION

JUAN GRIS : DESSINS SATIRIQUES

Institut Cervantes

7, rue Quentin-Bauchart, 75008 Paris

Du 10 avril au 6 juin 2014

« Sam Szafran », un article de Georges Raillard

Une exposition ample : des œuvres, des séries connues, mais aussi une rare confrontation dont on ne peut saisir – ou sentir – rapidement les richesses en présence.

EXPOSITION

SAM SZAFRAN

Galerie Claude Bernard

7-9, rue des Beaux-Arts, 75006 Paris

Du 22 mai au 5 juillet 2014

HISTOIRE

« Jules Ferry, tout simplement », un article de Maïté Bouyssy

Jules Ferry ne passionne guère, mais la plume subtile de Mona Ozouf parvient à ce qu’on s’intéresse par son biais aux contradictions de la IIIe République naissante. Cet art de la nuance rend son poids de réalité à des tensions politiques dont Ferry fut l’incarnation ; à ce titre, il est une figure importante de notre histoire nationale, même par temps de désintérêt marqué pour le roman républicain.

MONA OZOUF

JULES FERRY

La liberté et la tradition

Gallimard, coll. « L’esprit de la cité », 120 p., 12 €

PHILOSOPHIE

« Deux conceptions de la révolution », un article de Jean Lacoste

Deux Juifs de la Rhénanie (l’un né à Düsseldorf en 1797 et l’autre à Trèves en 1818), aux idées avancées, hostiles à la mainmise prussienne sur leur pays depuis le congrès de Vienne, se rencontrent en l’exil à Paris en 1843 et1844.

LUCIEN CALVIE

HEINE/MARX

Révolution, libéralisme, démocratie et communisme

Inclinaison, 184 p., 15 €

« La politique comme théologie », un article de Marc Lebiez

Il est peu discutable que Carl Schmitt soit un penseur radical et que son radicalisme le rende, comme dit Meier, « politiquement mal avisé et dangereux ». Ce n’est pas une raison pour ne pas le lire ; cela peut même « s’avérer utile pour pénétrer dans la chose », ce qui est « éclairant pour le philosophe ».

HEINRICH MEIER

LA LEÇON DE CARL SCHMITT

trad. de l’allemand par Françoise Manent

Cerf, coll. « Nuit surveillée », 296 p., 29 €

PSYCHANALYSE

« Le voyageur sans bagage », un article de Patrick Faugeras

Alors que les protagonistes de cette histoire fascinante étaient morts depuis longtemps, un document émanant de la Cité du Vatican, daté du 10 juin 1970, reconnaissait enfin que l’inconnu de Collegno, l’amnésique le plus célèbre d’Italie, était bien le professeur Giulio Canella, disparu lors de la bataille de Nitzopole en Macédoine en décembre 1916, et donc mari légitime de Giulia Canella. Ainsi un voile de morale et de légitimité, tendu par la Providence, venait officiellement et religieusement recouvrir ce que l’opinion, la science et la justice n’avaient cessé de remettre en cause.

CHRISTINE DAL BON                                      

OUBLIER SON NOM

Histoire d’un cas

L’Amnésique de Collegno

Préface de Michel Plon

Imago, 160 p., 20 €

« La lettre volée de Maurice Blanchot », un article de Frédéric Postel

IDÉES

« Le sommeil menacé », un article de Jean-Michel Kantor

Il faudrait écrire l’histoire universelle du sommeil. On y  apprendrait par exemple comment dans certaines sociétés paysannes jusqu’au XVIIe siècle les nuits de sommeil étaient divisées en deux parties séparées par une période d’activité, on étudierait aussi avec Marx la normalisation de la durée du sommeil comme conséquence de l’avènement de l’ère industrielle.

JONATHAN CRARY

24/7

Le capitalisme à l’assaut du sommeil

trad. de l’anglais (États-Unis) par Grégoire Chamayou

La Découverte, 140 p., 15 €

CINÉMA

« Cannes, dernières », un article de Lucien Logette

Comme dans la chanson de Damia, la guinguette cannoise a fermé ses volets. Tapis rouges roulés, limousines remisées, escouade de vigiles démobilisée, la Croisette est rendue aux autochtones – quoique l’on ne soit pas certain que les photographes amateurs ne squattent pas à l’année le décamètre de trottoir à la vue imprenable sur l’entrée du bunker. Et mai 2015 est bientôt là… Une fois éteints les projecteurs et disparues les caméras de télévision qui offraient à l’heure apéritive des instants de rêve à tous les foyers de la planète, que reste-t-il des quelques millions d’images (à vingt-quatre par seconde, les compteurs s’affolent rapidement) consommées dix jours durant ?

BIBLIOGRAPHIE

Par Adeline Rajch

MUSIQUE

« Sur la fin », un article de Thierry Laisney

Voici un syllogisme qu’Aristote eût sûrement désavoué : après la musique, il n’y a rien ; après la vie il n’y a rien ; la musique s’identifie donc à la vie.

La Nouvelle Quinzaine littéraire n°1106 du 1er au 15 juin 2014

(Télécharger ce numéro en cliquant sur le lien)

EN PREMIER

« Madame de Lafayette, vous voici ! », un article de Catriona Seth

Il était une fois une jeune fille « d’une des meilleures maisons de Normandie, et très bien alliée dans cette Province ». Parée de toutes les vertus, et encore célibataire, elle croisa un marquis. Leurs yeux se rencontrèrent, ou plutôt : « Il vit la Belle, la Belle le vit ».

MADAME DE LAFAYETTE

ŒUVRES COMPLÈTES

Édition établie, présentée et annotée par Camille Esmein-Sarrazin

Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1 664 p., 60 €

« Romain Gary : « J’ai vécu… » », un article d’Albert Bensoussan

Chez les Romains, « Vixit » – « il a vécu » – contournait le tabou du mot « mort ». Souvenons-nous : « Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine », chantée par André Chénier. La Promesse de l’aube, qui rapporte l’épopée de Romain Gary de sa naissance à la fin de la guerre et la disparition de sa mère, se clôt par cette phrase : « J’ai vécu ».

« Petites formes », un article de Norbert Czarny

« Il est difficile dans une description ou dans un récit, comme le fait observer Joseph Conrad dans sa nouvelle intitulée « Un sourire de la fortune », de mettre chaque chose à sa place exacte ». Voilà ce qu’écrit Jean Echenoz dans le deuxième récit, « Caprice de la reine », qui donne son titre au recueil. Tout un programme.

JEAN ECHENOZ

CAPRICE DE LA REINE

Minuit, 128 p., 13 €

LITTÉRATURE

« Du silence à l’écriture », un article de Jean-Luc Tiesset

De Peter Handke  paraissent simultanément en français deux ouvrages : l’Essai sur le Lieu Tranquille renoue avec un genre que l’auteur avait exploré dans les années quatre-vingt-dix ; La Grande Chute s’inscrit dans le long sillage des récits caractéristiques de Handke : il s’agit d’une marche, d’une traversée des lieux et des temps où le regard du narrateur trouve à se nourrir et traque la substance même de la vie, là où s’emboîtent au centimètre près l’espace vécu et l’espace onirique, la réalité tangible et les paysages de la mémoire.

PETER HANDKE

LA GRANDE CHUTE

trad. de l’allemand par Olivier Le Lay

Gallimard,176 p., 17,50 €

ESSAI SUR LE LIEU TRANQUILLE

trad. de l’allemand par Olivier Le Lay

Gallimard, coll. « Arcades », 98 p., 9,50 €

« La langue des survivants », un article de Gabrielle Napoli

Fille de Juifs polonais déportés pendant la Seconde Guerre mondiale, Helena Janeczek a vécu en Allemagne (où elle a publié des poèmes) puis en Italie, où elle a fait paraître en 1997 le roman Traverser les ténèbres, réédité en 2001, après que son deuxième roman, Les Hirondelles de Montecassino, eut connu un succès exceptionnel. Traverser les ténèbres frappe par l’utilisation d’un ton a priori léger, souvent plein de dérision, pour aborder des questions on ne peut plus graves, celles de l’appartenance, du témoignage, de l’héritage et de la mémoire.

HELENA JANECZEK

TRAVERSER LES TÉNÈBRES

trad. de l’italien par Marguerite Pozzoli

Actes Sud, 202 p., 20 €

« Immortel Ionesco », un article de Philippe Chavanne

La pendule s’est tue. Le 28 mars 1994, Eugène Ionesco rejoignait Adamov et Beckett au panthéon des dramaturges de l’avant-garde des années cinquante. Deux décennies suffisent-elles à reléguer une oeuvre théâtrale d’une inventivité hors normes, parsemée d’onirisme et de poésie, empreinte d’insolence et d’humanisme, dans les basses-fosses de l’histoire littéraire ? Ionesco a marqué son temps, et de nos jours sa grand oeuvre rayonne encore, étrange paradoxe pour un homme qui, en 1934, alors toujours roumain, publiait la diatribe Contra teatrului (« Contre le théâtre »).

« Un polar, vraiment ? », un article d’Eve Charrin

Tout est signe dans les romans de René Belletto, signe plus qu’indice. Les noms des personnages, d’abord, qui se font indéfiniment écho les uns aux autres. Michel Aventin, le héros, traverse Paris en Dodge Reborn (oui, Reborn, nom prometteur). Il tombe amoureux d’une jeune femme appelée Évelyne Doublier, puis d’une autre, nommée comme par décalage Éva Tircée, laissant au lecteur le soin d’imaginer le premier amour, ce grand amour originel d’où dérivent tous les autres. Peut-être la sœur du narrateur, la belle Élisabeth, morte quelques mois avant le début du récit ? 

RENÉ BELLETTO

LE LIVRE

P.O.L, 281 p., 18 €

« La blessure du passé », un article de Jean-François Guélain

Dans son premier roman, Sergueï Lebedev raconte l’histoire d’une blessure antérieure à la vie et d’une haine qui survit à la mort. Cette blessure est le souvenir diffus de crimes commis bien avant la naissance de l’auteur et cette haine poursuit la mémoire d’un vieillard au passé mystérieux.

SERGUEÏ LEBEDEV

LA LIMITE DE L’OUBLI

trad. du russe par Luba Jurgenson

Verdier, coll. « Poustiaki », 352 p., 22 €

« Un paysage qui s’estompe », un article de Jacques Fressard

Ce bref et singulier récit, en manière de fable imprévue, se propose rien de moins qu’une apocalypse latino-américaine sous l’aspect d’un voyage vers le Nord depuis les terres pauvres mais humaines du Mexique jusqu’à ce « lieu d’obsidienne où il n’y a ni fenêtres ni issues pour la fumée », qui ressemble fort à une image urbaine des États-Unis, et peut-être plus généralement à l’univers technologique qui nous guette.

YURI HERRERA

SIGNES QUI PRÉCÉDERONT LA FIN DU MONDE

trad. de l’espagnol (Mexique) par Laura Alcoba

Gallimard, 121 p., 12 €

« Entre deux âges », un article de Liliane Kerjan

Dans un fourmillement de tentatives et de faux départs, Kevin Canty saisit par le menu les soupirs et les balbutiements de l’incertitude chronique d’un homme entre deux âges. Son écriture mimétique, en croches et en rondes, fouille rencontres et solitude déconcertée chez ce batelier d’un coin perdu du Montana, dont les atermoiements ont une portée bien plus large. Un roman d’oscillation entre « diamants et rouille », comme dans la chanson de Joan Baez.

KEVIN CANTY

TOUTES LES CHOSES DE LA VIE

trad. de l’anglais (États-Unis) par Anne Dumour

Albin Michel, coll. « Terres d’Amérique », 324 p., 22,90 €

POÉSIE

« A la religieuse portugaise », un article de Marie Etienne

Quand on parcourt la liste des écrits suscités depuis plus de trois siècles par les cinq lettres de Mariana la Portugaise, on ne peut qu’être stupéfait, on s’interroge sur la vigueur de cette correspondance, sur sa présence renouvelée et sur la propension du genre épistolaire à faire naître des commentaires et des prolongements.

GUY GOFFETTE

MARIANA, PORTUGAISE

Gallimard, 70 p., 9,50 €

HISTOIRE LITTÉRAIRE

« Manchester, 1848 », un article d’Alain Jumeau

Elizabeth Gaskell (1810-1865) est une romancière anglaise qui jouit dans son pays d’un grand prestige, comme Charlotte Brontë, dont elle était l’amie et pour qui elle rédigea La Vie de Charlotte Brontë, parue en 1857, ou encore comme George Eliot, avec qui elle partageait la même inspiration féministe.

ELIZABETH GASKELL

MARY BARTON

trad. de l’anglais, préfacé et annoté par Françoise du Sorbier

Fayard, 457 p., 24 €

RUTH

trad. de l’anglais par Aline Azoulay-Pacvon

Phébus, 473 p., 24 €

« Hugo spirite », un article de Maurice Mourier

Pour tout lecteur qui tient Les Contemplations, La Légende des siècles, ensembles achevés et édités du vivant du poète, et ces deux aérolithes inachevés et éclatants, La Fin de Satan et Dieu, publiés à titre posthume, pour le sommet poétique de Victor Hugo, ce livre constitue un événement majeur, de plusieurs points de vue.

VICTOR HUGO

LIVRE DES TABLES

Les séances spirites de Jersey

Édition de Patrice Boivin

Gallimard, coll. « Folio classique », 758 p., 8,40 €

« XVIIIe siècle buissonnier », un article d’Agnès Vaquin

Un air de liberté, c’est une promenade dans la seconde partie du XVIIIe siècle et le début du XIXe, un temps que Chantal Thomas connaît comme sa poche, et c’est une balade joliment sous-titrée « Variations sur l’esprit du XVIIIe siècle » que l’on savoure avec gourmandise.

CHANTAL THOMAS

UN AIR DE LIBERTÉ

Variations sur l’esprit du XVIIIe siècle

Payot, coll. « Manuels Payot », 292 p., 19,50 €

« XVIIIe siècle épistolier », un article de Jean M. Goulemot

La critique des livres réserve parfois de bonnes surprises. En voici une avec cet ouvrage d’une présentation agréable et raffinée – la couverture reproduit un papier dominoté du XVIIIe siècle de la fabrique de Pierre Fiacre Perdoux à Orléans – qui prolonge une étude consacrée à des Lettres inédites de Madame du Deffand à sa famille (QL n° 967). Le volume précédent écartait volontairement « toute matière relative à Julie de Lespinasse », ce que nombre de lecteurs et de spécialistes pouvaient regretter. Ce nouveau dossier rigoureusement établi et commenté vient combler ce manque.

MADAME DU DEFFAND ET JULIE DE LESPINASSE

LETTRES ET PAPIERS DE FAMILLE

Rassemblés, revus et annotés par Pierre E. Richard

Sans nom d’éditeur, 196 p., prix non précisé (richard643@aol.com)

ARTS

« Le conteur des mythes hermétiques », un article de Gilbert Lascault

Dirigée par Catherine Grenier, cette exposition bien organisée rassemble plus de deux cents œuvres très variées de Martial Raysse (né en 1936) : des peintures, des sculptures, des films, des dessins. Depuis les années 1960 jusqu’à aujourd’hui, la trajectoire singulière d’un créateur visionnaire se révèle. En une cinquantaine d’années, il invente des scènes disparates, bigarrées, des images insolites, des récits énigmatiques.

EXPOSITION

MARTIAL RAYSSE

Rétrospective 1960-2014

Centre Georges-Pompidou

14 mai-22 septembre 2014

Catalogue sous la direction de Catherine Grenier

Éditions du Centre Pompidou, 304 p., 350 ill. coul., 44,90 €

« « Murs de lumière » », un article de Georges Raillard

Aux murs de la galerie, de très grands tableaux : 300 x 400 cm. Horizontales, verticales, dégradés des couleurs, noirs, gris, crèmes, le langage de Sean Scully est repérable. Le peintre, né à Dublin en 1945 et devenu américain, est représenté dans le fonds des plus prestigieux musées, ses expositions sont innombrables : l’Albertina de Vienne, le MoMA, Philadelphie, la Tate… En France, dès 1996, une rétrospective au Jeu de Paume, puis une exposition à la Bibliothèque nationale de France.

EXPOSITION

SEAN SCULLY : DORIC

Galerie Daniel Lelong

13, rue de Téhéran, 75008 Paris

Du 15 mai au 11 juillet 2014

Catalogue

Repères n° 159

Avec des textes de Jean Frémon et de Kelly Grovier, un entretien de Sean Scully avec Cristos  Paradis

Galerie Lelong éd., 112 p., 25 €

HISTOIRE

« Survoler et détruire », un article de Pierre Benetti

Par la puissance de destruction qu’elle a rendue possible, l’invention du bombardement aérien a radicalement changé la manière de faire la guerre. Depuis qu’un lieutenant italien a lâché une bombe depuis le ciel de Tripoli, le 1er novembre 1911, le développement de la guerre aérienne a bouleversé ce qui constituait jusqu’alors le fondement même des pensées de la guerre : la frontière entre guerre et paix, combattant et non-combattant.

THOMAS HIPPLER

LE GOUVERNEMENT DU CIEL

Histoire globale des bombardements aériens

Les Prairies ordinaires, 263 p., 18 €

« Témoignage d’un résistant », un article de Jean-Louis Panné

Depuis les années 1990, l’histoire de la Résistance en France fait l’objet de nombreux travaux qui ont renouvelé la perception que l’on pouvait avoir d’elle. De l’« histoire héroïque », nous sommes passés à l’élaboration de monographies sur les réseaux ou mouvements, fondements de synthèses originales. Reste une abondance de témoignages anciens ou nouveaux qui viennent enrichir une histoire complexe, chargée d’affects et sujette aux polémiques.

MAURICE DE CHEVEIGNÉ

RADIO LIBRE

1940-1945

Préface de Daniel Cordier

Postface de Sébastien Albertelli

Le Félin, coll. « Résistance », 224 p., 20 €

« Ce que les Italiens pensaient du fascisme », un article de Marie-Anne Matard-Bonucci

À partir de lettres adressées à Mussolini et de journaux intimes d’Italiens anonymes, l’historien britannique Christopher Duggan s’efforce de sonder la popularité du régime fasciste et de comprendre les mécanismes d’une nouvelle « religion politique ».

CHRISTOPHER DUGGAN

ILS Y ONT CRU

Une histoire intime de l’Italie de Mussolini

trad. de l’anglais par Cécile Dutheil de La Rochère

Flammarion, 490 p., 28 €

« La guerre du sexe », un article de Françoise Blum

Ce beau livre met la question sexuelle au cœur du politique. Il s’agit – bien plutôt que d’une simple histoire de la sexualité – de son inscription dans une histoire du pouvoir et des rapports de force entre les nations.

MARY LOUISE ROBERTS

DES GI’S ET DES FEMMES

Amours, viols et prostitution à la Libération

trad. de l’américain par Cécile Deniard et Léa Drouet

Seuil, coll. « L’univers historique », 404 p., 22 €

« Confidences d’un « prince rouge » », un article de Maïté Bouyssy

Ce livre est parfois présenté comme sulfureux, mais il faut le lire avec la circonspection dont on use devant du Saint-Simon, modèle des chroniqueurs de cour de tous les temps. Les vraies fausses confidences d’un prince (Moulay Hicham), dit « rouge » – ce dont il se défend d’ailleurs -, sont certes  plus cinglantes et plus judicieuses que Gala.

MOULAY HICHAM EL ALAOUI

JOURNAL D’UN PRINCE BANNI

Demain, le Maroc

Grasset, 343 p., 18 €

PHILOSOPHIE

« Portrait et retrait », un article d’Anne-Laure Rigeade

Dans L’Autre Portrait, Jean-Luc Nancy nous invite à repenser le portrait comme genre, à travers son histoire ; mais il propose aussi d’y voir une pensée originale du sujet.

JEAN-LUC NANCY

L’AUTRE PORTRAIT

Galilée, 110 p., 22 €

« La French Theory hors de ses frontières », un article de Martin Mégevand

Si cet ouvrage, paru en anglais, mérite d’être connu d’un public français, c’est qu’il offre une mine d’informations sur la manière dont un certain nombre de livres de penseurs français majeurs des décennies 1960 à 1990 ont été accueillis dans le monde anglo-saxon au temps de la constitution des théories postcoloniales. Contrairement au livre désormais classique de François Cusset, French Theory, c’est aux anglophones que s’adresse ici Jane Hidlleston.

JANE HIDDLESTON

POSTSTRUCTURALISM AND POSTCOLONIALITY

The Anxiety of Theory

Liverpool University Press, 208 p.

« Le premier théoricien de l’Etat », un article de Marc Lebiez

La démocratie est athénienne, la république et l’empire sont romains. Nous continuons à penser la politique avec les concepts qui furent forgés alors ; nous faisons comme si ce n’étaient que d’autres manières de nommer la même chose, éternelle sans doute, qui serait l’État. Moyennant quoi nous ne parvenons pas à penser celui-ci dans sa spécificité telle qu’elle ne s’est développée qu’avec les Temps modernes ; le premier à en avoir clairement formulé le concept est Giovanni Botero.

GIOVANNI BOTERO

DE LA RAISON D’ÉTAT

(1589-1598)

Édition, traduction et notes de Pierre Benedittini et Romain Descendre

Gallimard, coll. « Bibliothèque de Philosophie », 424 p., 32 €

DES CAUSES DE LA GRANDEUR DES VILLES

Édition, traduction, notes et postface de Romain Descendre

Éditions Rue d’Ulm, 188 p.

SCIENCES

« Science at work », un article de Jean-Michel Kantor

Comment s’est constituée la science moderne ? Quand et où sont apparus les premiers « savants » ? Dans quels laboratoires ? Avec quelles expériences ? Comment ont été créées les premières institutions scientifiques ?

SIMON SCHAFFER

LA FABRIQUE DES SCIENCES MODERNES

trad. de l’anglais par Frédérique Aït-Touati, Loïc Marcou et Stéphane Van Damme

Seuil, coll. « Science ouverte », 448 p., 24 €

THÉÂTRE

« Abécédaire Shakespeare », un article de Monique Le Roux

Anniversaire : Shakespeare a quatre cent cinquante ans ; il est célébré par de nombreuses manifestations, il l’a été en particulier par un colloque international, en avril dernier, organisé à l’Odéon-Théâtre de l’Europe par la Société française Shakespeare, coordonné par sa présidente, Dominique Goy-Blanquet.

BIBLIOGRAPHIE

Par Adeline Rajch

MUSIQUE

« Parler de musique », un article de Thierry Laisney

D’une oeuvre musicale on commence souvent par dire des choses qui ne lui appartiennent pas : elle a été écrite par telle personne, en tel lieu et en telle année. Parfois, de longs développements sont consacrés aux circonstances de sa composition ;; il n’y a plus qu’à attendre patiemment qu’on change de sujet.

LA NOUVELLE QUINZAINE LITTÉRAIRE

« Petites déambulations philosophiques. 7. Les « bouderies » d’Auteuil », un article de Jean Lacoste

Le XVIe arrondissement de Paris n’est pas riche en lieux à forte teneur philosophique. Pourtant, au 59 de la rue d’Auteuil, la Société d’Auteuil a incarné, pendant presque quarante ans,  l’esprit libéral des Lumières ; elle mérite à ce titre mieux que l’oubli qui l’entoure. 

La Nouvelle Quinzaine littéraire n°1105 du 16 au 31 mai 2014

(Télécharger ce numéro en cliquant sur le lien)

LITTÉRATURE

« Les ombres sur la mer », un article de Hugo Pradelle

De livre en livre, Lobo Antunes affine sans cesse un langage d’une puissance inouïe qui fait de la douleur d’individus égarés au bord d’eux-mêmes le symbole même de la condition humaine. Ici, il inscrit l’écrivain en personne dans le type de dispositif narratif dont il est coutumier. C’est envoûtant, dérangeant, émouvant… C’est  immense ! 

ANTONIO LOBO ANTUNES

QUELS SONT CES CHEVAUX QUI JETTENT LEUR OMBRE SUR LA MER ?

trad. du portugais par Dominique Nédellec

Christian Bourgois, 432 p., 23 €

« Le chaudron du passé », un article de Gabrielle Napoli

Auteur marquant de la littérature italienne contemporaine, Marcello Fois laisse entendre une voix qui témoigne de son amour pour la Sardaigne tout en visant à l’universalité, celle du mythe. Après La Lignée du forgeron, C’est à toi est le deuxième volet d’une trilogie. S’il peut se lire de manière indépendante, le lecteur du premier livre retrouvera avec émotion des personnages attachants comme Michele Angelo et Marianna.

MARCELLO FOIS

C’EST À TOI

trad. de l’italien par Jean-Paul Manganaro

Seuil, 328 p., 21,50 €

« Réchauffer la guerre froide », un article de Steven Sampson

Pour les romanciers occidentaux, comblés par les riches possibilités narratives que leur offrait la guerre froide, la chute du Mur fut rude. Vingt-cinq ans après, de nombreux écrivains reviennent en arrière pour l’ériger de nouveau. Rien de plus excitant que cette ambiance de danger et de tension… Aujourd’hui, deux plumes anglaises, Jonathan Coe et Ian McEwan, renflouent les rangs. Ah, le bon vieux temps !

JONATHAN COE

EXPO 58

trad. de l’anglais par Josée Kamoun

Gallimard, 336 p., 22 

 

IAN McEWAN

OPÉRATION SWEET TOOTH

trad. de l’anglais par France Camus-Pichon

Gallimard, 440 p. 22,50 €

« L’envie de vivre », un article de Marie Etienne

« Une disposition naturelle au démembrement » : telle est la qualité qu’Arthur Dreyfus recherche et qu’il affirme dès le début d’un livre désigné comme « roman », composé de fragments : bouts de dialogues, scènes souvenirs, déclarations d’amour à l’autre, à la littérature, réflexions sur l’écrit en train de se constituer, déclarations de joie, de peur ou de colère, d’humilité ou d’ambition. « Il semble qu’en écrivant j’obéis à une loi m’autorisant à commettre toutes les erreurs du monde (d’écriture, d’ego, etc.) si je les dissèque, si je les dis. »

ARTHUR DREYFUS

HISTOIRE DE MA SEXUALITÉ

Gallimard, 364 p., 21 €

« Le cœur a ses raisons », un article de Jean-Luc Tiesset

Jochen Jung, né en 1942 en Allemagne, installé en Autriche, s’est d’abord fait connaître par son activité dans l’édition, qui l’a conduit à fonder sa propre maison : « Jung und Jung Verlag ». Mais il est aussi l’auteur d’une œuvre personnelle appréciée du public et de la critique. Après Venezuela, les éditions Métailié nous offrent aujourd’hui la traduction en français d’un ouvrage publié en 2009.

JOCHEN JUNG

UNE LAME SI DOUCE

trad. de l’allemand par Françoise Toraille

Métailié, 120 p., 14 €

VOYAGES

« Voyages mobiles et immobiles », un article de Philippe Di Meo

Comme ce fut le cas pour Alberto Moravia, une longue immobilité forcée, un genou malade, a fait découvrir à Antonio Tabucchi les plaisirs de la lecture. C’est la littérature de voyage qui séduira en tout premier lieu l’adolescent, grâce à L’Île au trésor de Stevenson. Un fervent désir d’ailleurs s’installe dès lors dans son esprit.

ANTONIO TABUCCHI 

VOYAGES ET AUTRES VOYAGES

trad. de l’italien par Bernard Comment

Gallimard, coll. « Arcades », 282 p., 20 €

« Après ta mort », un article de Gabrielle Napoli

Me reconnais-tu ? Ce vers de Rilke donne son titre au beau récit que l’écrivain italien Andrea Bajani écrit après la mort de son ami Antonio Tabucchi, récit qui accompagnera la lecture du recueil de textes récemment traduits, Voyages et autres voyages.

ANDREA BAJANI

ME RECONNAIS-TU ?

trad. de l’italien par Vincent Raynaud

Gallimard, 136 p., 15,50 €

« L’odyssée des parkings », un article de Santiago Artozqui

Julio Cortázar aurait eu cent ans cette année. Il en avait soixante-huit lorsqu’il entreprit avec Carol Dunlop, sa dernière compagne, un voyage où l’essentiel n’était pas d’arriver, mais d’aller. Pendant trente-deux jours, sur l’autoroute du sud, nos courageux explorateurs tiennent un journal de bord où onirisme et dadaïsme font, comme eux deux, bon ménage.

JULIO CORTÁZAR ET CAROL DUNLOP

LES AUTONAUTES DE LA COSMOROUTE OU UN VOYAGE INTEMPOREL PARIS-MARSEILLE

trad. de l’espagnol par Laure Bataillon (textes de Julio Cortázar) et Françoise Campo (journal de bord et légendes des photographies)

Gallimard, coll. « Du monde entier », 288 p., 25 €

« D’un col à l’autre », un article de Jean-Louis Tissier

Antoine de Baecque, historien du cinéma et du théâtre (Avignon), propose un essai singulier, où le GR 5 (sentier de la grande randonnée 5) croise la rue des Archives, afin de comprendre le goût des contemporains pour cet exercice  qui sollicite le corps et mobilise l’esprit : la randonnée.

ANTOINE DE BAECQUE

LA TRAVERSÉE DES ALPES

Essai d’histoire marchée

Gallimard, coll. « Bibliothèque des Histoires », 432 p., 24,50 €

« Histoires de Paris », un article de Pierre Saint-Germain

Aux yeux d’un Parisien, la capitale de tous les Français est sa ville : le lieu où il réside, où il travaille peut-être, où il se promène et se divertit. Sauf s’il ne fait qu’y passer brièvement, il entretient avec son cadre de vie un rapport singulier d’appropriation : les années passant, il peut en mesurer la transformation en même temps qu’il avance en âge, et regretter ce qui se perd dans la nouveauté.

RÉGINE ROBIN

LE MAL DE PARIS

Stock, 360 p., 21,50 €

« Voyages de Zbigniew Herbert », un article de Pierre Pachet

L’intrépide éditeur va au bout de son projet, les Œuvres complètes de Herbert, auteur encore peu connu en France. Ici même, nous avions pré-publié deux poèmes tirés du volume intitulé Épilogue de la tempête (NQL n° 1 099). Les proses qui paraissent en même temps, récits de voyages en France et en Italie pendant deux ans (1958-1960), lorsque l’écrivain eut la chance de recevoir un passeport, devraient compléter et favoriser la lecture des poèmes.

ZBIGNIEW HERBERT

ÉPILOGUE DE LA TEMPÊTE

Œuvres poétiques complètes, III

Édition bilingue

trad. du polonais par Brigitte Gautier

Le Bruit du temps, 400 p., 26 €

UN BARBARE DANS LE JARDIN

Œuvres en prose, III

Nouvelle édition illustrée

trad. du polonais par Jean Lajarrige et Laurence Dyèvre

Le Bruit du temps, 336 p., 24 €

 

CORRESPONDANCES

« Pavel Florensky, ou le don de soi », un article de Christian Mouze

Solovki : c’est le nom d’un archipel de la mer Blanche, une mer côtière, au nord-ouest de la Russie ; tout près du cercle polaire arctique. À partir du Moyen Âge, ce fut un ensemble fortifié de monastères et de cellules d’anachorètes. Lénine puis Staline en firent un lieu de déportation et de torture du goulag (1920-1939). Pavel (Paul) Florensky (1882-1937), prêtre orthodoxe, mathématicien, savant dans de nombreux domaines (physique, géologie, botanique, etc.), philosophe (auteur notamment de La Colonne et le Fondement de la vérité), poète, y fut exilé et y mena malgré tout sans relâche, tant bien que mal, des travaux scientifiques. Dans sa correspondance avec sa famille, il partageait ses recherches et son amour de la vie.

PAUL FLORENSKY

LETTRES DE SOLOVKI

(1934-1937)

trad. du russe et présenté par Françoise Lhoest

L’Âge d’Homme, 749 p., 32 €

« L’Europe contre les Etats », un article de Tiphaine Samoyault

Éditées en 1987 en Allemagne, les lettres échangées entre 1910 et 1940 par Romain Rolland et Stefan Zweig étaient pour la plupart restées inédites en français, même si certaines avaient été publiées dans le Journal des années de guerre de Rolland et d’autres dans les Cahiers Romain Rolland. Elles sont d’une qualité inestimable ; non seulement comme documents historiques, témoignages d’une époque où le pacifisme était la seule visée de la construction européenne, mais surtout comme pensée politique encore forte ménageant un espace de résistance à toute forme de nationalisme.

ROMAIN ROLLAND et STEFAN ZWEIG

CORRESPONDANCE 1910-1919

Édition établie par Jean-Yves Brancy

Lettres de Stefan Zweig en allemand traduites par Siegrun Barat

Albin Michel, 640 p., 30 €

HISTOIRE LITTÉRAIRE

« Valéry a-t-il raté sa vie ? », un article de Maurice Mourier

Qu’est-ce qu’il a pu nous faire suer, Valéry, en khâgne, quand un professeur aux yeux dégoulinant d’admiration venait se planter devant nous, potaches résignés, en lançant d’un air suave la formule secrète du maître, ces « gênes exquises » dont il convenait d’essayer de retrouver la recette afin de pondre de bonnes dissertations !

BENOÎT PEETERS

VALÉRY

Tenter de vivre

Flammarion, 415 p., 22 €

 

PAUL VALÉRY

LETTRES À JEAN VOILIER

Choix de lettres (1937-1945)

Avant-propos de Martine Boivin-Champeaux

Gallimard, 554 p., 35 €

 

POÉSIE

« D’une traite », un article de Sophie Ehrsam

La qualité d’un livre ne se mesure pas au nombre de ses pages. Témoins ce long poème d’Amelia Rosselli et ce récit en épisodes brefs de Fabienne Swiatly, qui permettenten outre de relativiser les clivages ordinaires entre prose et poésie.

AMELIA ROSSELLI

LA LIBELLULE

trad. de l’italien par Marie Fabre

Édition bilingue

Ypsilon, 72 p., 19 €

 

 

 

FABIENNE SWIATLY

LA FULGURANCE DU GESTE

L’Amourier, 68 p., 11 €

« Le seuil de l’improbable », un article de Gilbert Lascault

Au départ, de 2010 à 2012, les poèmes d’Yves Bonnefoy (né en 1923) sont imprimés par l’artiste Bertrand Dormy (né en 1931) et accompagnés par un certain nombre de collages de celui-ci. Successivement, sept poèmes originaux de Bonnefoy deviennent sept recueils.

YVES BONNEFOY

LA GRANDE OURSE

ILLUSTRATION-COLLAGE DE BERTRAND DORMY

Trames, 25 exemplaires

ARTS

« Chemins nocturnes », un article de Georges Raillard

À la galerie La Ralentie, Jo Vargas. Cette galerie réagit contre les choses en cours. Elle montre des œuvres où la réflexion, la sensibilité se découvrent à l’attention et au regard. « De Nuit », c’est le titre donné à un ensemble qui, une nouvelle fois, fait pénétrer dans cette œuvre forte.

« DE NUIT » JO VARGAS

Galerie La Ralentie

22-24, rue de la Fontaine-au-Roi, 75011 Paris

 

 

STÉPHANE AUDOIN-ROUZEAU

QUELLE HISTOIRE

Un récit de filiation (1914-2014)

Seuil, coll. « Hautes Études », 142 p., 17 €

HISTOIRE

« Histoire des deux statues », un article de Pietro Pucci

Dans le Pro Milone, Cicéron s’exclame : « Les Grecs décernent des honneurs divins aux meurtriers des tyrans. Que n’ai-je vu moi-même à Athènes, ainsi que dans d’autres villes de Grèce ! Quelles cérémonies religieuses, instituées à l’honneur de tels héros ! Quels chants ! Quels poèmes ! »

VINCENT AZOULAY

LES TYRANNICIDES D’ATHÈNES

Vie et mort de deux statues

Seuil, coll. « L’univers historique »,  432 p., 24 €

« Le droit du plus fort », un article de Vincent Milliot

Les travaux de l’historien britannique Edward Palmer Thompson (1924-1993) ont été traduits tardivement en France : le célèbre ouvrage La Formation de la classe ouvrière anglaise (1963) a paru en français vingt-cinq ans après sa première publication. Avec cette traduction abrégée du livre Whigs and Hunters (« les Whigs et les chasseurs »), sorti à Londres en 1975, c’est la diversité et la cohérence d’une œuvre majeure d’histoire sociale autant que sa résonance actuelle qui se manifestent avec force.

EDWARD P. THOMPSON

LA GUERRE DES FORÊTS

Luttes sociales dans l’Angleterre du XVIIIe siècle

trad. de l’anglais par Christophe Jaquet

Présentation de Philippe Minard

La Découverte, coll. « Futurs antérieurs », 196 p., 15 €

POLITIQUE

« Les lois de la haine », un article de Gabrielle Napoli

Dans ce roman réaliste extrêmement documenté. Les Noirs et les Rouges, l’écrivain Alberto Garlini s’intéresse à un épisode rarement évoqué de l’histoire italienne, celui du terrorisme d’extrême droite durant les années de plomb, en suivant Stefano Guerra, jeune étudiant au sujet de qui l’éditeur se demande s’il est un « tueur psychopathe, un terroriste sans pitié ou un Pinocchio moderne en quête de père ». Vaste programme…

ALBERTO GARLINI

LES NOIRS ET LES ROUGES

trad. de l’italien par Vincent Raynaud

Gallimard, coll « Du monde entier », 674 p., 27,50 €

« Défense et illustration des Rouges », un article de Christian Limousin

Spécialiste de Nathalie Sarraute, auteure de deux biographies chez Gallimard, blogueuse à Mediapart, Pascale Fautrier signe un premier roman touffu et tonique, ambitieux et généreux. Une sorte d’ovni littéraire.

PASCALE FAUTRIER

LES ROUGES

Seuil, 552 p., 23 €

« La droite aussi manifeste », un article de Vincent Robert

Il y a maintenant près d’un quart de siècle que les manifestations en France font l’objet d’études historiques, et ce livre n’est pas le premier que Danielle Tartakowsky, qui fut pionnière dans ce domaine, leur a consacré. Mais si Les Droites et la Rue reprend et synthétise bien des éléments de recherches antérieures, la perspective d’ensemble a considérablement changé.

DANIELLE TARTAKOWSKY

LES DROITES ET LA RUE

Histoire d’une ambivalence, de 1880 à nos jours

La Découverte, coll. « Cahiers libres », 222 p., 18 €

IDÉES

« Une chimère européenne », un article de Georges-Arthur Goldschmidt

De 1867 à 1918, l’Est européen fut, du nord de l’Italie jusqu’à la Roumanie, un vaste empire à deux capitales fait d’une bonne douzaine de peuples et de langues, familièrement appelé, depuis Robert Musil, « Kakanien », où les deux k signifient impérial (kaiserlich) et royal (königlich).

GERALD STIEG

L’AUTRICHE : UNE NATION CHIMÉRIQUE ?

Sulliver, coll. « Archéologie de la modernité », 302 p., 22 €

« La vue et la vie », un article de Michel Collot

François Jullien revient sur la question du paysage, qu’il avait déjà abordée dans La grande image n’a pas de forme (Seuil, 2003), mais en l’envisageant cette fois surtout dans sa dimension éthique, comme l’annonce le titre, qui nous invite à « vivre de paysage » comme on peut vivre d’amour et d’eau fraîche.

FRANÇOIS JULLIEN

VIVRE DE PAYSAGE OU L’IMPENSÉ DE LA RAISON

Gallimard, coll. « Bibliothèque des Idées », 272 p., 17,90 €

PHILOSOPHIE

« Philosopher à coups de manteau », un article de Daniel Franco

Si Ivan Segré a choisi de l’intituler Le Manteau de Spinoza, ce n’est pas uniquement parce que son livre constitue à bien des égards une lecture serrée d’un certain nombre de passages du Traité théologico-politique de Spinoza. Autrement dit, le livre d’Ivan Segré n’est pas simplement un livre sur Spinoza, et pourtant, à l’aune de son titre, un livre « sous le manteau ».

IVAN SEGRE

LE MANTEAU DE SPINOZA

Pour une éthique hors la loi

La Fabrique, 264 p., 14 €

THÉÂTRE

« Molière au présent mais sans portable », un article de Monique Le Roux

Luc Bondy, aux ateliers Berthier de l’Odéon, et Clément Hervieu-Léger, dans la salle Richelieu de la Comédie-Française, montent respectivement Tartuffe et Le Misanthrope de Molière. Ces deux metteurs en scène, si différents, ont pourtant fait un même choix : passer du XVIIe siècle à aujourd’hui sans complète actualisation, c’est-à-dire sans munir les personnages de téléphones portables.

MOLIÈRE

TARTUFFE

Mise en scène de Luc Bondy

Odéon-Ateliers Berthier

Jusqu’au 6 juin

LE MISANTHROPE

Mise en scène de Clément Hervieu-Léger

Comédie-Française, salle Richelieu

En alternance jusqu’au 17 juillet

MUSIQUE

« Pourquoi ? », un article de Thierry Laisney

 

 

ROGER SCRUTON

THE SOUL OF THE WORLD

Princeton University Press, 208 p.

BIBLIOGRAPHIE

Par Adeline Rajch

CINÉMA

« Cannes, première », un article de Lucien Logette

La Croisette a donc sorti ses tapis, les photographes amateurs se sont installés pour bivouaquer dans l’axe du grand escalier afin de ne rien rater de ce qui se passera sur ses marches entre 9 et 22 heures, la totalité du cinéma français et la moitié du cinéma mondial (celle qui compte, les vendeurs et les acheteurs) vont se croiser dix jours durant dans un grand mouvement brownien de mouches affolées. À chaque fois, malgré l’habitude, on demeure surpris devant la sur-agitation – l’énergie frénétiquement déployée, de façon diurne et nocturne, par les dizaines de milliers de participants du festival, alimenterait une ville moyenne pendant quelques mois. Cannes est à la fois le meilleur endroit (on y voit des films qu’on ne verra pas ailleurs) et le pire (la tension qui y règne constamment fausse l’accueil des films). Pas question pour autant d’y échapper. C’est ainsi.

67e FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DE CANNES

Du 14 au 25 mai 2014

LA NOUVELLE QUINZAINE LITTÉRAIRE

« En littérature, il n’est jamais trop tard », un article de Claudio Magris

La Nouvelle Quinzaine littéraire n°1104 du 1er au 15 mai 2014

(Télécharger ce numéro en cliquant sur le lien)

LITTERATURE

« Une insoutenable insignifiance », un article d’Albert Bensoussan

Sur la petite terrasse de son pigeonnier au trentième et dernier étage d’une tour qui lui permettait, par vent d’est, en se penchant un peu, de franchir du regard la barrière bretonne et de guetter les aiguilles du Hradschin, Milan Kundera ne se résignait pas à jeter toutes les bouteilles de Byrrh qu’il avait vidées, en couple solitaire, avec Vera, sa belle Pepiku. Il barbouillait sur chacune d’elles des visages grotesques, clowns, monstres ou gnomes, et ces figures drolatiques, par le génie de l’artiste, se transformaient en autant d’atlantes et de cariatides soutenant les planches de bois où reposaient livres et partitions : telle était la bibliothèque de Kundera dans les quatre murs de son exil.

MILAN KUNDERA

LA FÊTE DE L’INSIGNIFIANCE

Gallimard, 142 p., 15,90 €

« Trames de vie », un article de Laurent Margantin

Ils n’ont été ensemble que quelques mois, dans un sanatorium de l’ex-Allemagne de l’Est. En 1946, elle était une jeune fille et lui encore un enfant. Que s’est-il passé pour que, si longtemps après, l’amie d’August devenue un écrivain célèbre ait ressenti le besoin de raconter leur rencontre ?

CHRISTA WOLF

AUGUST

trad. de l’allemand par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein

Postface de Gerhard Wolf

Christian Bourgois, 54 p., 8 €

« L’obstination du désir », un article de Natacha Andriamirado

L’obstination, oui, le désir, encore plus, dans ce très beau roman d’Angélique Villeneuve qui, après Un territoire, continue de mettre en branle des vies a priori éteintes.

ANGÉLIQUE VILLENEUVE

LES FLEURS D’HIVER

Phébus, 160 p., 15 €

« Une histoire de transfuge », un article d’Ève Charrin

« Relent doucereux de narguilé, couscous, kebab, gaz d’échappement d’un bus bloqué dans la circulation. 98, 16, 32, plus de places assises — plus vite fait de marcher ! […] Journal polonais, journal turc, arabe, irlandais, français, russe, espagnol, News of the World ». Ouvrir le dernier opus de Zadie Smith revient, pour le lecteur français, à découvrir une ville inconnue. Il s’agit bien de Londres pourtant, pas si loin du quartier joliment « gentrifié » de Notting Hill — mais socialement à des années-lumière. Cette périphérie-là, la romancière la remet d’un coup au centre. 

ZADIE SMITH

CEUX DU NORD-OUEST

trad. de l’anglais par Emmanuelle et Philippe Aronson

Gallimard, 408 p., 22,50 €

« Intérieurs », un article de Hugo Pradelle

En lisant le dernier récit de Jean-Jacques Salgon, en découvrant les explorations digressives qui le structurent, nous pensons à une autre lecture marquante, de septembre 2013 celle-ci, à laquelle nous souhaitons revenir.

JEAN-JACQUES SALGON

PLACE DE L’OIE

Verdier, 192 p., 14,50 €

THOMAS CLERC

INTÉRIEUR

Gallimard, coll. « L’arbalète », 400 p., 22,90 €

« Buzzati journaliste », un article de Monique Baccelli

Le Désert des Tartares, paru en 1942 en Italie, traduit en France dix ans plus tard, et porté à l’écran en 1976, fait de Dino Buzzati un écrivain d’envergure internationale, tout particulièrement apprécié par nos compatriotes. Si son œuvre théâtrale et poétique n’a pas été intégralement traduite en français, nouvelles et romans sont tous à notre disposition. Et pourtant, il manquait à ces publications un aspect essentiel : celui du journaliste que fut Dino Buzzati.

DINO BUZZATI

CHRONIQUES TERRESTRES

trad. de l’italien par Delphine Gachet

Robert Laffont, 448 p., 22 €

« Obituaire festif », un article de Maurice Mourier

Ça s’amuse, ça caracole, ça s’exclame, ça rit, la prose fantasque et sage de Patrick Roegiers, écrivain dont la phrase ne cesse de s’échapper de sa plume en rafales, en sauts et en gambades.

PATRICK ROEGIERS

LA TRAVERSÉE DES PLAISIRS

Escapade littéraire

Grasset, 249 p., 20 €

« Obituaire festif », un article de Corinne François-Denève

Un lac, la Saint-Jean, la Suède des années soixante… Contrairement à l’été suédois, l’innocence n’a qu’un temps. Avec Un été avec Kim Novak, Hakan Nesser signe un roman d’initiation délicat et poignant, mâtiné de roman policier. Qui tue les enfants en nous ?

HÅKAN NESSER

UN ETE AVEC KIM NOVAK

trad. du suédois par Agneta Ségol et Marianne Ségol-Samoy

Seuil, 286 p., 20 €

« Solitude radicale », un article de Norbert Czarny

On voit ces images : des hommes hébétés, qui errent seuls et resteront inconsolables. Des hommes qui s’interrogent sur leur survie, sur ce qui leur a valu d’être épargnés par les bourreaux ou d’échapper à la mort.

JEAN HATZFELD

ENGLEBERT DES COLLINES

Gallimard, 112 p., 11,90 €

« Dans la bohème d’Oakland », un article de Steven Sampson

En face de San Francisco, sur l’autre rive de la baie, se trouve la ville d’Oakland, dernier théâtre de la nostalgie et de la quête des origines qui caractérisent l’œuvre de Michael Chabon. Son roman Telegraph Avenue doit son titre à une rue qui traverse plusieurs quartiers d’Oakland. Tout ici tourne autour d’un magasin de vinyles qui semble appartenir à une autre dimension temporelle, comme le suggère la tonalité désuète que l’auteur parvient à rendre à travers un langage hermétique, truffé de références.

MICHAEL CHABON

TELEGRAPH AVENUE

trad. de l’anglais (États-Unis) par Isabelle D. Philippe

Robert Laffont, 630 p., 23 €

HISTOIRE LITTÉRAIRE

« Djuna Barnes, la scandaleuse », un article de Marie Etienne

Il y a des romans dans lesquels on hésite à entrer car on craint leur température : trop chaude ou trop froide ? Ryder est de ceux-là. Il y a des romans qui incitent à s’interroger sur la biographie de leur auteur, sans laquelle, pense-t-on, on ne comprendrait rien. Ryder est de ceux-là.

DJUNA BARNES

RYDER

trad. de l’anglais (États-Unis) par Jean-Pierre Richard

Ypsilon, 350 p., 27 €

« Mademoiselle Martinet », un article de Catriona Seth

Il aurait sans doute été impossible de trouver un meilleur titre pour un recueil des principaux romans du « chevalier von Sacher-Masoch » que celui choisi par Cécile Guilbert : l’anthologie qu’elle préface s’intitule Œuvres maîtresses.

LEOPOLD VON SACHER-MASOCH

ŒUVRES MAÎTRESSES

Préface de Cécile Guilbert

Robert Laffont, coll. « Bouquins », 864 p., 28 €

« Pierre Herbart », un article de Pierre Pachet

Les péripéties et les moments les plus savoureux, les plus dramatiques ou les plus heureux de sa vie, Pierre Herbart (1903-1974) en avait lui-même extrait et transmué l’élixir dans des récits elliptiques et maîtrisés, séduisants par leur spontanéité un peu cynique : La Ligne de force (1958) ou les Histoires confidentielles (1970) rééditées aujourd’hui. On y respire une douleur, le goût de la vie, et un jugement politique sans défaut. Et une foncière résistance à l’envie de tout dire. Typiquement : « De la Chine, je ne dirai pas un mot. J’entends garder cette poire pour la soif. »

PIERRE HERBART

HISTOIRES CONFIDENTIELLES

Grasset, coll. « Les cahiers rouges », 192 p., 7,90 €

JEAN-LUC MOREAU

PIERRE HERBART

L’orgueil du dépouillement

Grasset, 624 p., 29 €

POESIE

« Chants d’un éternel ici », un article de Sophie Ehrsam

Yves di Manno publie un nouveau « traité de poétique », qui paraît en même temps que la réédition de Champs chez Flammarion, dont il dirige la collection « Poésie » depuis vingt ans. Cette œuvre est une nouvelle ramification du travail qu’il poursuit depuis des décennies, entre créations textuelles et recherche théorique, et rassemble ses écrits sur une dizaine d’années, inédits pour certains, mais ponctués de quatre versions d’un poème plus ancien, retravaillé, représentatif de sa démarche.

YVES DI MANNO

TERRE NI CIEL

Corti, coll. « en lisant en écrivant », 288 p., 21 €

« « Funambule à cloche-pied » », un article de Gérard Noiret

MAURICE MOURIER

L’IVRE DE BORDS

Dessins de Tristan Felix

Caractères, 20 €

« Les arts en guerre », un article de Guillaume Artous-Bouvet

L’important volume Opéradiques, dix-huitième livre de poésie de Philippe Beck, s’intitule d’un adjectif des Goncourt, néologisme repris par Rimbaud dans l’une de ses Illuminations : « opéradiques », issu de l’anglais « operadic », « relatif à l’opéra ». Il s’agit ici d’un opéra des arts, et d’un opéra en poème(s).

PHILIPPE BECK

OPERADIQUES

Flammarion, 485 p., 20 €

INEDIT

« La véritable origine des plus beaux aphorismes » par Dominique Noguez

A paraître en mai 2014 chez Payot & Rivages.

ARTS

« Chemins inconnus et frontières flottantes », un article de Gilbert Lascault

Au musée de l’Orangerie, Werner Spies choisit cent cinquante-cinq dessins d’artistes de la seconde moitié du XIXe siècle : visions, abîmes, labyrinthes, fragments de l’univers, fantasmes. Parallèlement, à côté de cette exposition, il réunit (pour le catalogue officiel) les images et les textes d’une centaine de créateurs du XXIe siècle : des peintres, des écrivains, des cinéastes…

EXPOSITION

LES ARCHIVES DU RÊVE

Dessins du musée d’Orsay : carte blanche à Werner Spies

Musée de l’Orangerie

Jardin des Tuileries

26 mars-30 juin 2014

Catalogue de l’exposition

Musée d’Orsay/Hazan, 432 p., 49,90 €

HISTOIRE

« Révolution étranglée », un article de Jean-Jacques Marie

Ces deux ouvrages, dans des registres très différents malgré la parenté politique de leurs auteurs, évoquent un des épisodes majeurs de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe au début du XXe siècle : l’effondrement de la monarchie allemande (concomitant de celui de la monarchie austro-hongroise), le déferlement de la révolution en Allemagne, son écrasement sanglant et l’instauration d’une république édifiée sur cette défaite. Comme en Autriche et en Italie, pays soumis aux mêmes secousses violentes, l’échec de la révolution débouchera sur le fascisme.

PAUL MATTICK

LA RÉVOLUTION FUT UNE BELLE AVENTURE

Des rues de Berlin en révolte aux mouvements radicaux américains (1918-1934)

trad. de l’allemand par Laure Batier et Marc Geoffroy

Préface de Gary Rothe et notes de Charles Reev

L’Échappée, 192 p., 17 €

PAUL FRÖLICH, RUDOLF LINDAU, ALBERT SCHREINER et JAKOB  WALCHER

RÉVOLUTION ET CONTRE-RÉVOLUTION EN ALLEMAGNE

1918-1920

De la fondation du parti communiste au putsch de Kapp

Éd. Science marxiste, 510 p., 22 €

« L’archive, l’agent secret et l’historien », un article de Sonia Combe

On ne le dira jamais assez : les archives informent autant sur l’institution qui les produit que sur ce – ou ceux – qu’elle administre. Cela vaut a fortiori pour les archives de la surveillance, ces archives du renseignement qui sont la source d’autant d’informations que de ces désinformations dans le piège desquelles tombe plus d’un historien chevronné.

JENS GIESEKE

THE HISTORY OF THE STASI

East Germany’s Secret Police 1945-1990

Berghahn Books, 265 p.

WOLFGANG KRIEGER

SERVICES SECRETS

Une histoire, des pharaons à la CIA

trad. de l’allemand par Tilman Chazal et Prune Le Bourdon

CNRS éditions, 352 p., 10 €

HENRY A. CRUMPTON

THE ART OF INTELLIGENCE

Lessons from a Life in the CIA’s Clandestine Service

Penguin Books, 338 p.

« Les prisonniers de guerre du FLN », un article de Gilles Bataillon

Le dernier ouvrage de Raphaëlle Branche explore un sujet peu connu et pourtant capital de la guerre d’Algérie, la question des prisonniers de guerre du FLN. Partant d’une analyse de faits micro-historiques, le sort du millier de personnes capturées par les maquisards algériens, elle renouvelle l’approche de trois pans essentiels de la guerre d’Algérie : la question de la mémoire collective de cette guerre, celle du poids nouveau du droit international de la guerre et de l’application des conventions de Genève, enfin  celle du rôle des prisonniers dans une guerre asymétrique.

RAPHAËLLE BRANCHE

PRISONNIERS DU FLN

Payot, 286 p., 21 €

PHILOSOPHIE

« La démocratie des phrases », un article de Christian Descamps

Penseur de l’égalité, de la démocratie radicale, Jacques Rancière est l’un des rares philosophes français à tisser véritablement les rapports de l’esthétique et du politique. Dans Le Partage du sensible, il soulignait déjà comment Schiller – promu citoyen d’honneur par la Convention –, en affirmant l’autonomie de l’art, faisait de la forme un enjeu décisif. Le Fil perdu reprend les questions de la forme, du style, des républiques esthétiques, examinées de près dans Madame Bovary, Lord Jim, Les Vagues ou encore Oncle Vania.

JACQUES RANCIÈRE

LE FIL PERDU

Essais sur la fiction moderne

La Fabrique, 142 p., 14 €

« Existe-il une philosophie juive ? », un article de Marc Lebiez

Tout comme l’amour, la philosophie se préfère sans adjectif. L’adjonction d’un qualificatif a quelque chose d’amoindrissant, a fortiori s’il renvoie à une religion. On s’irrite que certains parlent d’une « philosophie chrétienne », ce n’est pas pour trouver plus acceptable la notion d’une « philosophie juive », d’autant qu’il est à craindre que ne soit désignée ainsi la philosophie des Juifs, comme si celle-ci devait présenter une particularité reconnaissable. Esther Starobinski-Safran fait plus qu’assumer l’alliance de ces mots, elle entend la justifier.

ESTHER STAROBINSKI-SAFRAN

ESSAIS DE PHILOSOPHIE JUIVE

Albin Michel, coll. « Présences du judaïsme », 252 p., 20 €

« Le lieu secret de l’âme », un article de Jean Lacoste

« Je suis seul désormais avec moi-même dans la chambre de mon cœur. » Ainsi Jean-Louis Chrétien exprime-t-il le « basculement » caractéristique de la modernité – « la perte de l’horizon mystique » et la « profanation », autrement dit la banalisation de l’espace intérieur. Par un processus qu’il fait commencer avec la condamnation de Fénelon et du quiétisme en 1697, nous aurions perdu le sens de « cette vacuité hospitalière où Dieu peut habiter », n’ayant plus à offrir que le lieu désert d’un moi solitaire, arrogant et malheureux.

JEAN-LOUIS CHRÉTIEN

L’ESPACE INTÉRIEUR

Minuit, coll. « Paradoxe », 264 p., 25 €

JEAN-LUC MARION

COURBET OU LA PEINTURE À L’ŒIL

Flammarion, 230 p., 23 €

JACQUES JULLIARD

LE CHOC SIMONE WEIL

Flammarion, coll. « Café Voltaire », 134 p., 12 €

IDÉES

« Aux sources de l’écologie politique », un article de Jean-Paul Déléage

Ce recueil rassemble quatre textes pionniers et visionnaires de l’écologie politique, écrits dans les années 1930 par deux auteurs aussi inséparables dans leurs vies que dans leurs idées. Avec bonheur, Christian Roy a parlé à leur propos d’un « personnalisme gascon », à l’origine de « l’école de Bordeaux ».

BERNARD CHARBONNEAU et JACQUES ELLUL

NOUS SOMMES DES RÉVOLUTIONNAIRES MALGRÉ NOUS

Textes pionniers de l’écologie politique

Préface de Quentin Hardy

Seuil, coll. « Anthropocène », 218 p., 18 €

« La nature est un mandala », un article de Maïté Bouyssy

On prend ce livre avec sympathie car nul ne sait plus observer un coin de forêt une année entière et, hormis les zoologues, nul n’en a plus la langue, serait-ce à l’échelle tout empirique du chasseur en sa palombière. Le pari de l’auteur est d’observer un mètre carré de sol, sans y rien modifier ni toucher. Cette aventure expliquée aux « nuls », mais sans abandonner les exigences du savoir, lui a valu le prix de l’Académie des sciences des États-Unis en 2013 ; ce succès, certes mérité, n’est pas neutre.

DAVID G. HASKELL

UN AN DANS LA VIE D’UNE FORÊT

Flammarion, 368 p., 21,90 €

PSYCHANALYSE

« Manahattan Transfer », un article de Michel Plon

Les deux personnages que désigne le titre de ce livre ne sont pas en quête d’auteurs : ceux-ci sont multiples, et Laurence Kahn, psychanalyste dont ce n’est pas le premier ouvrage, nous les fait connaître pour mesurer ce qu’il faut bien appeler leur tentative, pas toujours vaine hélas, d’édulcorer la psychanalyse sans en abandonner le nom.

LAURENCE KAHN

LE PSYCHANALYSTE APATHIQUE ET LE PATIENT POSTMODERNE

L’Olivier, 173 p. 18 €

THÉÂTRE

« Premières fois », un article de Monique Le Roux

Quand le théâtre redonne pleinement vie à des textes menacés d’oubli : Joël Pommerat met en scène Une année sans été de Catherine Anne aux ateliers Berthier de l’Odéon ; Viviane Théophilidès interprète L’Homme atlantique de Marguerite Duras aux Artistic Athévains.

CATHERINE ANNE

UNE ANNÉE SANS ÉTÉ

Mise en scène de Joël Pommerat

Odéon-Ateliers Berthier jusqu’au 4 mai

Tournée jusqu’au 16 mai et la saison prochaine

MARGUERITE DURAS

L’HOMME ATLANTIQUE

Par Viviane Théophilidès

Théâtre Artistic Athévains jusqu’au 11 mai

Tournée la saison prochaine

BIBLIOGRAPHIE

Par Adeline Rajch

CINÉMA

« Au paradis des images », un article de Lucien Logette

Nous avions jadis envisagé de créer un diplôme qui serait attribué au journaliste capable, signant un article sur Henri Langlois, de ne pas utiliser « ce dragon qui veille sur nos trésors« , assurément le plus increvable de tous les clichés accrochés aux basques du cofondateur de la Cinémathèque française. Le cher Cocteau, inventeur de ce slogan qui peut s’appliquer sans faillir à bien du monde, directeur du FMI, bibliothécaire du Fonds Jacques Doucet ou vigile de super-marché, n’imaginait sans doute pas une telle postérité à ce qui n’était tout d’abord qu’argument pour un appel à financement privé.

LE MUSÉE IMAGINAIRE D’HENRI LANGLOIS

EXPOSITION DU 9 AVRIL AU 3 AOÛT

Cinémathèque française, 51, rue de Bercy 75012 Paris

MUSIQUE

« Entre singe et loup », un article de Thierry Laisney

On a beau aimer la musique, il faut bien admettre qu’elle n’est pas toujours dépourvue de manigances.

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