Simone Weil, d’une permanente actualité

février 9, 2010

Un article de Jean Lacoste

SIMONE WEIL
ŒUVRES COMPLÈTES IV
ÉCRITS DE MARSEILLE 2 (1941-1942)
GRÈCE – INDE – OCCITANIE
Gallimard, 814 p., 45 €

Volume après volume, l’édition des « œuvres complètes » de Simone Weil, publiée sous la direction de Florence de Lussy, redonne toute sa dimen- sion à la pensée de cette philosophe longtemps méconnue, à laquelle la caricature de Georges Bataille dans Le Bleu du ciel ne rend guère justice. Apparaît notamment dans son originalité, grâce aux manuscrits, sa méthode de travail : des citations soigneusement transcrites, dans la langue d’origine, scrupuleusement traduites, commentées, rassemblées, comme pour constituer un livre, le Livre, capable de montrer, par l’évidence même des textes, la convergence des spiritualités. On songe, dans un autre ordre, à la manière dont Benjamin rassemble ses citations, pour, lui aussi, contester la notion de progrès dans l’histoire… Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine n°1008


La Quinzaine n°1008, du 1er au 15 février 2010

février 5, 2010

« Le cercle de boue beckettien », un article de Maurice Mourier

ÉRIC CHEVILLARD
CHOIR
Minuit, 271 p., 19 €

Il existe, dans l’œuvre déjà fournie d’Éric Chevillard, quelques sommets mémorables. Citons, en fonction de nos goûts, jadis « La Nébuleuse du crabe » (1993), naguère « L’Œuvre posthume de Thomas Pilaster » (1999), plus récemment « Du hérisson » (2002). Mais la dernière parution de ce romancier entre tous inclassable, Choir, qui est aussi le premier texte de son auteur où la volonté d’amuser se fasse très sporadique, se situe à notre avis loin au-dessus de ces pourtant excellents titres.

« Une nuit au Ritz », un article de Norbert Czarny

PATRICK ROEGIERS
LA NUIT DU MONDE
Seuil, coll. « Fiction & Cie », 180 p., 18 €

Le 22 novembre, il y avait beaucoup de monde au Père-Lachaise, pour suivre Marcel Proust jusqu’à sa dernière demeure, selon le cliché consacré. Shakespeare et Cervantès, Thomas Bernhard et Italo Calvino, Perec et Flaubert, Diderot et Jarry. Joyce aussi, que l’auteur de « La Recherche » avait rencontré au soir du 18 mai, dans un salon du Ritz. Tout cela s’est passé – enfin presque.

« Quand le sens du réel vacille », un article d’Agnès Vaquin

CHRISTIAN GAILLY
LILY ET BRAINE
Minuit, 190 p., 14,50 €

Christian Gailly en est à son quatorzième roman et la bonne nouvelle, c’est qu’on le connaît nettement mieux depuis que le cinéma s’en mêle. Deux films sont sortis quasi simultanément à la f in de l’année dernière : celui d’Alain Resnais, « Les Herbes folles », d’après « L’Incident » paru en 1996, et « Un soir au club », de Jean Achache, inspiré du roman éponyme paru en 2002. À notre humble avis, si Alain Resnais a su épouser avec une grande aisance le tempo de l’écriture, tel n’est pas le cas de Jean Achache. La tâche était ardue, Un soir au club étant peut-être le plus fascinant des romans de Gailly.

« Trou noir », un article de Hugo Pradelle

LEONARD MICHAELS
SYLVIA
trad. de l’anglais (États-Unis) par Céline Leroy
Christian Bourgois, 154 p., 17 €

CONTEURS, MENTEURS : UNE ANTHOLOGIE
The Collected Stories
trad. de l’anglais (États-Unis) par Céline Leroy
Christian Bourgois, 608 p., 28 €

De la rencontre fulgurante à la détérioration de sa relation compliquée avec sa femme Sylvia, jusqu’à l’ultime disparition qui laisse « désespérément heureux », Leonard Michaels (1933-2003) revient, plus de vingt-cinq ans après, sur l’un des moments-clés de sa vie. Il signe un récit chirurgical en même temps que poétique, inventif, conçu comme une vaste reprise émouvante, une confrontation avec la réalité de sa vie et son œuvre.

« L’architecte des sons », un article de Frédéric Sylvanise

PAUL BEATTY
SLUMBERLAND
trad. de l’anglais (États-Unis) par Nicolas Richard
Seuil, 327 p., 21 €

Paul Beatty est presque un inconnu dans nos contrées. Ce romancier Noir américain, déjà auteur de cinq livres, distingué comme un grand slammeur aux États-Unis, est en effet traduit pour la première fois en France. Il faut saluer cette initiative tant Slumberland est une réussite, un roman d’une grande inventivité, humoristique à souhait.

« L’écrivain écrit par le livre », un article de Gisèle Sapiro

YORAM KANIUK
LE DERNIER JUIF
trad. de l’hébreu par Laurence Sendrowicz
Fayard, 624 p., 25 €

Pièce maîtresse de l’œuvre de l’écrivain israélien Yoram Kaniuk, ce roman de la quête identitaire paru en hébreu il y a près de trente ans voit enfin le jour en français dans la superbe traduction de Laurence Sendrowicz. Le problème de la mémoire y est incarné en un personnage fantastique, le « dernier Juif », qui est à la fois l’anti-héros, le narrateur involontaire et l’objet de la recherche croisée que mènent un écrivain allemand et un professeur israélien en vue de retracer cette histoire qui ne peut s’écrire qu’à deux, sous une double forme romanesque et savante.

« Une expérience hongroise « , un article de Gabrielle Napoli

BÉLA ZSOLT
NEUF VALISES
trad. du hongrois par Chantal Philippe
Seuil, 415 p., 23 €

Béla Zsolt, journaliste politique et écrivain reconnu puisqu’il a à son actif une dizaine de romans, plusieurs pièces de théâtre, et qu’il a également dirigé la revue littéraire « A Toll », livre, dans « Neuf valises », un témoignage bouleversant de son existence de Juif hongrois livré aux affres de l’Histoire du XXe siècle.

« Émotion et maîtrise », un article de Marie Etienne

CLAUDE ADELEN
LÉGENDAIRE
Flammarion, coll. « Poésie », 330 p., 19,50 €

La discrétion aimable et la hauteur de ton : deux qualités qui frappent chez le poète Claude Adelen.
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« Le charme de Shéhérazade opère dans Cranford », un article d’Alain Jumeau

ELIZABETH GASKELL
CRANFORD
trad. de l’anglais par Béatrice Vierne
Éditions de l’Herne, 271 p., 18 €

La romancière Elizabeth Gaskell (1810-1865), qui jouissait d’une réputation prestigieuse en son temps, a retrouvé la faveur des lecteurs en son pays depuis un bon demi-siècle, en raison de son engagement féministe et de sa conscience sociale. Son roman Cranford vient d’être mis à l’honneur pendant les fêtes de Noël en 2009, avec la diffusion d’une belle adaptation à la télévision dont la BBC a le secret, où jouait la grande actrice Judi Dench. À leur tour, les Français redécouvrent Gaskell, grâce à des traductions récentes : « Charlotte Brontë » en 2004 (QL n° 877, la première biographie de la romancière dont Gaskell était l’amie), « Femmes et filles » en 2005 (QL n° 901), « Nord et Sud la même année » (QL n° 914). Et voici maintenant que Béatrice Vierne, à qui l’on doit déjà « Femmes et filles », propose une nouvelle traduction de Cranford, alors que la précédente, publiée par Dominique Jean chez Aubier Montaigne, ne remonte qu’à 1981. Toute cette activité ne suffit peut-être pas pour conclure que Cranford est le chef-d’œuvre de Gaskell (on en discute vigoureusement entre spécialistes et amateurs), mais signale à l’évidence l’importance et l’attrait de cette œuvre.

« L’autre philosophie allemande « , un article de Pascal Engel

MORITZ SCHLICK
THÉORIE GÉNÉRALE DE LA CONNAISSANCE
trad. de l’allemand et présenté par Christian Bonnet
Gallimard, 551 p., 22 €

Le mur de Berlin est tombé, mais à quand celui de Königsberg ? Dieu merci tous les philosophes allemands ne sont pas des idéalistes post ou néokantiens, des hegeliens, des marxistes, des nietzschéens, des heideggeriens ou des transcendantalo-habermassiens. Il y a une autre philosophie allemande, qui comprend des noms moins familiers : Johann Friedrich Herbart, Friedrich Beneke, Hermann Lotze, Hermann Lipps ou Carl Stumpf, Friedrich Trendelenburg et Gottlob Frege.

« Une image vivante de Friedrich Engels », un article de Jean-Jacques Marie

TRISTAM HUNT
ENGELS, LA VIE RÉVOLUTIONNAIRE D’UN GENTLEMAN COMMUNISTE
trad. de Marie-Blanche et Damien-Guillaume Audollent
Flammarion, 570 p., 28 €

On éprouve d’abord une certaine inquiétude lorsqu’on lit dès la deuxième page du prologue que : « la plupart du temps les dirigeants du monde socialiste iraient chercher du côté d’Engels plutôt que de Marx les arguments pour asseoir leurs politiques, justifier leurs excès et consolider leurs régimes ».

« Le Japon analysé par un des siens », un article de Cécile Sakai

SHÛICHI KATÔ
LE TEMPS ET L’ESPACE DANS LA CULTURE JAPONAISE
Nihon bunka ni okeru jikan to kûkan
trad. du japonais et annoté par Christophe Sabouret
CNRS éditions, 272 p., 30 €

Né le 19 septembre 1919, Shûichi Katô est décédé le 5 décembre 2008 à Tokyo. Il avait 89 ans. C’était une des dernières grandes figures intellectuelles du siècle passé. Médecin hématologiste formé à l’Université de Tokyo, savant et engagé, bon connaisseur du marxisme mais critique à l’égard de tout dogmatisme, il a traversé le XXe siècle japonais en observateur critique.

« Les redites innovantes de Žižek », un article de Laurence Zordan

SLAVOJ ŽIŽEK
APRÈS LA TRAGÉDIE, LA FARCE !
OU COMMENT L’HISTOIRE SE RÉPÈTE
Flammarion, 242 p., 20 €

Lorsque la redite est porteuse d’une parole neuve, il y a ce ressassement où Gracq voyait la marque de la littérature. Lorsque la répétition philosophique traite de la répétition de l’histoire, il y a entreprise de déniaisement, surtout lorsqu’elle est le fait du « philosophe le plus dangereux d’Occident », peut-on lire à propos de Slavoj Žižek. Son dernier livre, répétition des précédents, échappe à la redondance, comme si, lorsque tout a été dit, tout restait à dire. Au sein de l’abondance d’ouvrages parus sur la crise et la sortie de crise, et sur les crises qui reviennent toujours et sur la crise qui ne disparaîtra jamais car elle est structurelle, et sur la crise de la pensée de la crise, l’analyse de Žižek tranche par une forme de parallaxe. Sans qu’il mentionne cette notion abstraite, on peut toutefois y faire référence en le lisant, d’autant qu’il a consacré de longs développements, en 2008, au « déplacement apparent d’un objet que provoque un changement du point d’observation ». L’idée communiste, mise en avant par l’auteur en guise de remède aux errements capitalistes, pourrait alors s’inscrire dans cette perspective, sans se confondre avec l’exhortation d’un retour vers le passé disparu avec la chute du mur de Berlin.

« Échos du silence », un article de Lucien Logette

Quatre films muets russes
Éd. Montparnasse & Lobster Films,
coll. « Classiques de poche du cinéma russe », vague n° 2, 10 € chaque

Quinze millions de spectateurs bientôt pour Avatar : excellente opération pour le fonds de soutien du cinéma français qui, en récoltant les miettes de toute cette f inance, pourra favoriser quelques f ilms moins assurés de plaire au grand nombre. Mais cette domination des créatures bleues a fait quelques dégâts : peu de titres ont pu résister aux miasmes émis par la planète Pandora, et, « Le Ruban blanc » et « Un prophète » exceptés, bien des films d’auteurs certifiés, Jarmusch ou Chéreau, se sont tôt retrouvés sur le chemin du purgatoire. Souhaitons que les hybrides Navi’s laissent une chance à Jane Campion, dont le superbe « Bright Star » mériterait mieux qu’un passage éclair. Et qu’en sera-t-il d’Eastwood et des frères Coen qui vont eux aussi affronter le monstre Cameron ? Plutôt que suivre ces terrifiants combats, revenons à des valeurs patrimoniales moins épuisantes.

« Histoires d’exilés « , un article de Monique Le Roux

MARIUS VON MAYENBURG
LA PIERRE
Mise en scène de Bernard Sobel Grande salle de la Colline Jusqu’au 17 février
DEA LOHER
MANHATTAN MEDEA
Mise en scène de Sophie Loucachevsky Petite salle de la Colline Jusqu’au 20 février

« La Pierre » et « Manhattan Medea » se jouent en même temps dans les deux salles de la Colline. Leurs auteurs, Marius von Mayenburg et Dea Loher,
nés en Bavière, ont passé leurs jeunes années dans une Allemagne divisée, puis réunifiée. Mais évoquant, dans des registres fort différents, le déraci-
nement, le déplacement, la perte des origines et des repères, ils dépassent la situation de leur propre pays.


Il y a quarante dans la Quinzaine…

février 3, 2010

Dans le numéro 88 de la Quinzaine littéraire, paru le 1er février 1970, vous retrouverez Simone de Beauvoir avec son ouvrage « La vieillesse », Louis Aragon avec « Je n’ai jamais appris à écrire ou les incipit », Michel Butor et « Les mots dans la peinture », Eugène Ionesco et « Découvertes », Elsa Triolet et « La mise en mots ». Ainsi qu’une chronique du film « La nuit des Morts vivants » par Roger Dadoun et la suite du feuilleton littéraire de Georges PerecVoici en intégralité ce numéro anniversaire, paru il y a tout juste quante ans… Cliquez sur le lien suivant pour accéder au numéro 88


Tout sur Bach

janvier 29, 2010

« Universalité de Bach », un article de Thierry Laisney

BERTRAND DERMONCOURT (sous la direction de)
TOUT BACH
Robert Laffont, coll. « Bouquins », 895 p., 30 €

Bergson distinguait deux manières de connaître une chose : tourner autour de cette chose ; entrer en elle. Le présent « Tout Bach », qui prend la forme d’un dictionnaire, approfondit moins notre connaissance de Bach qu’il ne multiplie les angles sous lesquels notre curiosité peut l’aborder.

Il comporte quelque 800 notices consacrées aux sujets les plus variés (Dieu lui-même y a son entrée !) : éléments biographiques (on apprend que Bach a été emprisonné à Weimar en 1717 pour crime de lèse-majesté), contemporains, interprètes (avec une orientation discographique fortement marquée), œuvres (chacune d’elles est présentée), et une rubrique originale, intitulée « postérité » dans la table thématique des entrées qui figure au début de l’ouvrage. Au fil des notices relevant de cette catégorie, le fervent de Bach aura plaisir à se promener dans la communauté de ceux qui l’aiment avec lui. Il se trouvera convié à lire la monographie d’Alberto Basso, à découvrir les ar ticles qu’Alberto Savinio ou Paul Dukas ont écrits sur Bach. Il sera touché par ce que des poètes ont dit de Bach, par exemple Philippe Jaccottet : « À l’écouter, il n’est plus de tombe qui tienne » ; ou encore Jude Stéfan (Pandectes, 2008) : « Bach – équation sonore d’une vérité, l’apaisement dans la détresse – musique qui aurait raison »… Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine n°1007


Une histoire des Arméniens

janvier 28, 2010

« L’incomparable musique d’Armen Lubin », un article de Christian Mouze

ARMEN LUBIN
(CHAHAN CHAHNOUR)
LA RETRAITE SANS FANFARE
Histoire illustrée des Arméniens
trad. de l’arménien sous la direction de Krikor Beledian
L’Act Mem éd., coll. « Morari », 197 p., 20 €

Chahnour Kerestédjan, né à Istanbul en 1903, fuit la Turquie persécutrice des Arméniens (génocide de 1915-1916) et arrive à Paris en 1923. Il gagne tant bien que mal sa vie comme retoucheur de photographies, se consacre également à l’écriture, en arménien d’abord (sous le nom de Chahan Chahnour), puis en français : il choisit alors le nom d’Armen Lubin, c’est-à-dire celui qui aime l’Arménie (en russe lioubov veut dire amour).

La Retraite sans fanfare est le seul roman d’Armen Lubin. Il parut en feuilleton dans le journal Haratch (1928), puis aussitôt en volume (Paris, 1929). Il n’avait jamais été traduit en français : bien qu’Armen Lubin en eût le projet, il renonça à le réaliser, souhaitant une refonte complète. Mais les diff icultés s’amoncelaient dans sa vie. Atteint vers 1936 d’une tuberculose osseuse, il va désormais errer d’hôpitaux en sanatoria, sans protection sociale, et apatride : la nationalité française a été refusée à l’un de nos grands poètes de langue française. On voit que nos dirigeants d’aujourd’hui n’ont rien inventé. Et qu’on n’aille pas nous dire qu’Armen Lubin eût été l’élu d’une émigration choisie, leur choix d’inculture sinon de réserve ou de suspicion vis-à-vis de la culture étant plus que démontré… Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine n°1007


Penser la femme en philosophe

janvier 27, 2010

Un entretien de Catherine Malabou réalisé par Omar Merzoug

CATHERINE MALABOU
CHANGER DE DIFFÉRENCE, LE FÉMININ ET LA QUESTION PHILOSOPHIQUE
Galilée, coll. « La philosophie en effet », 157 p., 24 €

« En quoi et dans quelle mesure le féminin fait-il sens pour la pensée philosophique ? Que peut signifier penser philosophiquement aujourd’hui la condition de la femme ? » En posant ces questions dans Changer de différence (Galilée, 2009) Catherine Malabou dresse un bilan critique d’un certain féminisme dans un entretien exclusif accordé à La Quinzaine littéraire.

Omar Merzoug – Avant d’en venir au cœur de votre ouvrage, j’aimerais vous poser une question préalable, comment jugez-vous la situation des
femmes dans le monde occidental après quelque cinquante ans de combats féministes ?

Catherine Malabou – Cette question est vraiment urgente et c’est pour cela que j’ai écrit ce livre, car à mon sens il n’y a eu pratiquement aucun progrès. Il n’y a eu quelques avancées que dans ce que Marx appelle « la société civile bourgeoise » des pays riches, mais même dans nos sociétés occidentales, les violences infligées aux femmes non seulement n’ont pas diminué mais se sont accrues… Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine n°1007


Du IIIe Reich à la guerre mondiale

janvier 26, 2010

Un article de Laurent Joly

RICHARD J. EVANS
LE TROISIÈME REICH
3 tomes
trad. de l’anglais par Barbara Horchstedt et Paul Chemla
Flammarion

IAN KERSHAW
CHOIX FATIDIQUES. DIX DÉCISIONS QUI ONT CHANGÉ LE MONDE 1940-1941
trad. de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat,
Seuil, 815 p., 28 €

Aussi étonnant que cela puisse paraître, il existe fort peu d’études d’ensemble sur le IIIe Reich. Et, depuis la somme de William L. Shirer, parue il y a près de cinquante ans, rares sont les historiens à s’être lancés dans une telle entreprise. C’est dire combien la contribution de Richard J. Evans, forte de plus de 2 000 pages réparties en trois volumes, constitue un défi, d’autant que l’auteur s’adresse à un large public. À bien des égards, cette trilogie représente le pendant de la monumentale biographie d’Hitler publiée il y a dix ans par Ian Kershaw – dont le dernier livre, « Choix fatidiques », a également paru cet automne… Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine n°1007


Dans les catacombes, dans les églises

janvier 25, 2010

Un article de Gilbert Lascault

GÉRARD-HENRY BAUDRY
LES SYMBOLES DU CHRISTIANISME ANCIEN (Ier-VIIe S.)
Cerf/Novalis, 240 p., nb. ill., 44 €

Aux premiers siècles du Christianisme (Ier-VIIe siècles), dans les catacombes et dans les églises, les fresques, les mosaïques, les sculptures des sarcophages, les vases proposent aux f idèles les images des réalités évidentes et signif icatives : le navire, le port et le phare, le bâton, la faucille, le soleil, la lune, les étoiles, la montagne, la vigne, le palmier et les palmes, la colombe, le paon, l’aigle, l’agneau, le lion, le cerf, le poisson, la baleine, le miel, le vin, le lait, l’huile… Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine n°1007


La Quinzaine n°1007, du 16 au 31 janvier 2010

janvier 21, 2010

« L’antre de l’entre », un article d’Alain Joubert

FRANCIS IMBERT
WITOLD GOMBROWICZ OU LES AVENTURES DE L’INTERHUMAIN
L’Harmattan, 292 p., 27 €
ALAIN BADIOU avec NICOLAS TRUONG
ÉLOGE DE L’AMOUR
Flammarion, 91 p., 12 €
ANDRÉ BRETON
LETTRES À AUBE
Gallimard, 180 p., 28 €

Lao Tseu dit que le Yin et le Yang ne peuvent être « deux » que s’il y a passage de l’un à l’autre, et que ce qui permet ce passage, c’est le vide. Il y a donc « trois » : Yin, Yang, vide. Sans quoi rien ne se passe. Ce « vide », nous l’appellerons ici l’entre, parce qu’il constitue un espace qui favorise « les aventures de l’interhumain », comme il offre à l’amour la chance de s’épanouir dans l’éternité de l’instant.

« La gourmande ! », un article d’Agnès Vaquin

MARYLINE DESBIOLLES
LA SCÈNE
Seuil, coll. « Fiction & Cie », 118 p., 15 €

Ce n’est pas que Maryline Desbiolles fût particulièrement « matheuse », mais son imagination s’enflamma quand, au collège, un « jeune professeur aux yeux brillants » initia ses élèves à la théorie des ensembles. La leçon devait porter ses fruits plus tard, après un dîner et une conversation avec un commensal mathématicien : « Je mettais joyeusement à jour le désir forcené de composer des ensembles, de les réunir, de leur trouver des intersections en auscultant leurs propriétés, en les tirant au besoin par les cheveux, désir qui n’est autre au fond que celui de l’écriture. »

« La langue du trouble », un article de Hugo Pradelle

LOJZE KOVACIC
LES IMMIGRÉS II : L’ENFANT DE LA GUERRE
Prisleki
trad. du slovène par Andrée Lück Gaye,
Seuil, 312 p., 22 €

Dans ce second volume, Kovacic (1928-2004) entreprend ses années d’adolescence qui furent aussi celles de l’occupation fasciste. Entre inadaptation chronique, dureté de la vie quotidienne et efflorescence des désirs, il trace sa route, approfondit un sillon accidenté : le cœur trouble de la fin de l’enfance et l’émerveillement de l’écriture naissante.

« La modernité et la tradition », un article de Hugo Pradelle

‘ABD AL-HAMID SULAYMÂN dit TCHULPÂN
NUIT
Kecha
trad. de l’ouzbek par Stéphane A. Dudoignon
Bleu autour, coll. « D’un lieu l’autre », 456 p., 23,50 €

Un livre condamné par le régime stalinien que nous découvrons plus de soixante-dix ans après sa publication. À la fois roman des sentiments, de la modernité, d’une société traditionnelle d’Asie centrale, Nuit apparaît comme le texte exemplaire d’une littérature méconnue. Tchulpân (vers 1897-1938) brosse le portrait d’un monde au bord de la rupture et nous plonge au cœur d’un univers fascinant et étrange. Une œuvre qui propose un équilibre fragile entre tradition et progressisme.

« Roubaud en 2 000 pages », un article de Jean José Marchand

JACQUES ROUBAUD
LE GRAND INCENDIE DE LONDRES
Seuil, 2 060 p., 39 €

Roubaud, né en 1932, donc âgé de 77 ans, réunit les cinq volets (ce qu’il appelle des « branches ») de ses mémoires. L’ensemble est volumineux mais intéresse tous les historiens de la littérature.

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« B. S. Johnson, un puritain égaré dans les Swinging Sixties« , un article d’Alain Jumeau

JONATHAN COE
B. S. JOHNSON, HISTOIRE D’UN ÉLÉPHANT FOUGUEUX
trad. de l’anglais par Vanessa Guignery,
Quidam éditeur, 505 p., 30 €

La biographie du romancier Bryan Stanley Johnson (1933-1973), publiée en 2004 en Angleterre, n’est pas signée par un spécialiste des biographies littéraires comme il en existe tant dans ce pays-là, ni par un critique ou un universitaire : c’est l’œuvre de Jonathan Coe, un brillant romancier fort connu et apprécié outre-Manche, où son succès ne fait que se confirmer au fil des années, et que le public français a découvert à son tour avec beaucoup d’intérêt, grâce à ses romans qui présentent une vigoureuse et joyeuse satire de l’Angleterre contemporaine et exploitent avec talent les ressorts du polar.

« Survivre est un acte de résistance », un article d’Albert Bensoussan

CARLOS LISCANO
L’ÉCRIVAIN ET L’AUTRE
trad. de l’espagnol (Uruguay) par Jean-Marie Saint-Lu
Belfond, 204 p., 17 €

L’écrivain uruguayen Carlos Liscano (né en 1949), connu déjà par ses cinq ouvrages publiés en France, nous donne pour son sixième ce qui se présente comme un essai sur l’écriture et apparaît f inalement comme un parcours biographique.

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« Propos d’une exilée », un article de Marie Etienne

SILVIA BARON SUPERVIELLE
JOURNAL D’UNE SAISON SANS MÉMOIRE
Gallimard, coll. « Arcades », 254 p., 18 €
MARGUERITE YOURCENAR – SILVIA BARON SUPERVIELLE
UNE CORRESPONDANCE PASSIONNELLE 1980-1987
Gallimard, 103 p., 16 €

Née en Argentine, vivant au cœur même de Paris, dans l’île Saint-Louis, Silvia Baron Supervielle poursuit une méditation qui la conduit à offrir sa vision de l’exil, dans son dernier ouvrage qu’elle intitule Journal.

« Le Grand Art d’Athanase Kircher», un article de Dominique Goy-Blanquet

JOSCELYN GODWIN
ATHANASIUS KIRCHER
LE THÉÂTRE DU MONDE
trad. de l’anglais par Charles Moysan
Un ouvrage relié sous jaquette Imprimerie nationale, 320 p., 411 gravures, 64 €

C’est un superbe cadeau que propose l’Imprimerie nationale avec ce livre nourri par la folle et savante imagination d’un jésuite polymathe. Toutes les sciences, tous les domaines de connaissance intéressaient Athanase Kircher (1602-1680), surnommé le « Maître de cent Savoirs », classé par Umberto Eco au rang des Serendipities. Jean-Marie Blas de Roblès qui l’envoie à la découverte du Brésil dans son dernier roman considère son œuvre comme un « énorme fatras » mais lui reconnaît joliment « un certain génie dans l’art de se tromper ».

« Archéologie de la chair et du verbe », un article d’Aliocha Wald Lasowski

GIORGIO AGAMBEN
NUDITÉS
trad. de l’italien par Martin Rueff
Payot, coll. « Bibliothèque Rivages », 195 p., 20 €

GIORGIO AGAMBEN
LE SACREMENT DU LANGAGE
trad. de l’italien par Joël Gayraud
Vrin, 120 p., 12

En 2008, Le Règne et la Gloire cherchait à répondre à la question, déterminante pour notre époque engloutie dans la médiatisation, de savoir pourquoi le pouvoir a-t-il besoin de gloire, tandis que Signatura rerum ouvrait l’espace d’un court traité de la méthode sous la forme d’un triptyque (paradigme, signature, archéologie). Aujourd’hui, avec Nudités et Le Sacrement du langage, le philosophe italien Giorgio Agamben poursuit ses investigations historiques sur l’échange entre les figures du passé et celles du présent.

« Pour une sociologie critique », un article de Patricia Cingolani

LUC BOLTANSKI
DE LA CRITIQUE
précis de sociologie de l’émancipation
Gallimard, 294 p., 19,90 €

On ne sait si Luc Boltanski honore tout à fait le sous-titre de son livre. La question de l’émancipation en tant que telle n’occupe que quelques pages à la fin de celui-ci, mais il faut lui savoir gré d’avoir cherché à systématiser dans un ouvrage dense et difficile les enjeux actuels de la critique ; d’une sociologie critique. Ce livre qu’il nous propose sur les concepts de cette critique ne manque pas, en effet, d’utilité pour qui veut échapper aux formes contemporaines de la domination et c’est sur cet aspect que nous voudrions principalement insister.

« Le « Philoctète » d’Heiner Müller », un article de Jean-Pierre Morel

HEINER MÜLLER
PHILOCTÈTE
trad. de l’allemand par Jean-Louis Besson et Jean Jourdheuil
Minuit, 96 p., 8 €

Revue Frictions
n° 15, hiver 2009, dossier : Qu’en est-il de Müller aujourd’hui ?

Dans la dixième année de la guerre de Troie, alors que l’armée grecque, saignée par des combats sans résultat décisif, joue son va-tout, Ulysse se rend sur l’île de Lemnos où, au début de la guerre, il a abandonné l’un des plus fameux guerriers grecs, Philoctète, pour des raisons que Sophocle expliquait d’entrée de jeu, mais que Müller garde pour la fin.

« Comédie rose, comédie noire », un article de Monique Le Roux

WILLIAM SHAKESPEARE
LES JOYEUSES COMMÈRES DE WINDSOR
Mise en scène d’Andrés Lima Jusqu’au 2 mai 2010
ÖDÖN VON HORVÀTH
FIGARO DIVORCE
Mise en scène de Jacques Lassalle Jusqu’au 5 février 2010
Comédie-Française, salle Richelieu, en alternance

Voir Les Joyeuses Commères de Windsor de William Shakespeare, mis en scène par Andrés Lima, et – peut-être revoir – Figaro divorce d’Ödön  von Horvàth par Jacques Lassalle : ces plaisirs indissociables de la pratique du répertoire et de l’alternance constituaient de meilleures raisons de
s’intéresser à la Comédie-Française en cette fin d’année 2009 que les décisions contestables du Comité, autre particularité de la Maison.

« Une littérature rêvée « , un article de Gabrielle Napoli

DEZSÖ KOSZTOLÁNYI
KORNÉL ESTI
trad. du hongrois par Sophie Képès
Éd. Cambourakis, 265 p., 20 €

Pour la première fois le lecteur français peut trouver rassemblées dans un seul volume les aventures de Kornél Esti, le célèbre personnage de Dezsö Kosztolányi, grâce à la traduction de Sophie Képès et aux Éditions Cambourakis qui ont déjà à leur catalogue quelques grands écrivains de la littérature hongroise comme Milán Füst, István Örkény ou encore Frigyes Karinthy. On avait pu prendre connaissance de quelques-unes des aventures de Kornél Esti dans le recueil de nouvelles Le Traducteur cleptomane et autres histoires publié chez Viviane Hamy, mais les voici toutes réunies en un seul volume pour notre plus grand plaisir.


Il y a quarante ans, dans la Quinzaine…

janvier 16, 2010

Dans le numéro 87, publié le 16 janvier 1970, Georges Balandier chroniquait le livre de Gille Lapouge « Les Pirates« . À la rubrique « Correspondances », Pascal Pia rendait compte des « Lettres à Lou » de Guillaume Apollinaire. Mais c’est un dossier de huit pages consacré à « Éros enchaîné, déchaîné » qui tenait la vedette ! Au sommaire :  une contribution de Claude Bonnefoy, « Qu’est-ce que la littérature érotique ? » et trois interviews des éditeurs Éric Losfeld et Régine Deforges, ainsi qu’Alain Robbe-Grillet. Gaudí, Picasso étaient présents à  la rubrique Arts. Régis Blachère s’intéressait à La « Civilisation de l’Islam classique » de Janine et Dominique Sourdel ainsi qu’à « L’Islam et sa civilisation » d’André Miquel. Et, à la rubrique « Cinéma », Jacques-Pierre Amette donne sa vision du Fellini-Satyricon. Sans oublier Georges Perec, qui poursuivait comme dans chaque numéro  son feuilleton littéraire. Voici en intégralité ce numéro anniversaire, paru il y a tout juste quante ans… Cliquez sur le lien suivant pour accéder au numero 87