Taslima Nasreen encore et toujours menacée

En 1993, quand elle publie son roman Lajja, la bangladaise Taslima Nasreen choisit de placer une phrase en exergue : « Aux peuples du sous-continent indien/ Que la religion ait pour autre nom humanisme ». Treize ans après ce choix, son appel à la tolérance religieuse garde tout son sens. Mercredi 28 novembre, la romancière a dû être placée sous protection policière dans un lieu tenu secret après avoir fui Calcutta, où elle vit en exil, à la suite de manifestations hostiles d’islamistes. Au mois d’août déjà, celle que l’on surnomme parfois « la Salman Rushdie bangladaise » avait été agressée lors d’une conférence à Hyderabad (Sud de l’Inde), par des islamistes qui l’avaient frappée avec des chaises.

Depuis 1993, cette scientifique de formation vit en effet avec l’épée de Damoclès d’une fatwa lancée contre elle par des mollahs du Bangladesh, qui ont mis sa tête à prix. Ils lui reprochent ses critiques du rôle dévolu aux femmes dans l’Islam, ses combats pour les droits des femmes et le sécularisme. Lajja a ainsi pour toile de fond les émeutes qui ont touché la minorité hindoue du Bangladesh à la suite de la destruction de la mosquée d’Ayodhya, en Inde, par des hindous intégristes.

Béatrice Roman-Amat

Retrouvez les articles consacrés à Taslima Nasreen dans les archives de la Quinzaine littéraire :
Taslima Nasreen, Femmes, manifestez vous ! et Lajja (la honte). Un article de Pierre Pachet, ” La Force de Taslima Nasreen “. Revue N° 654 parue le 16-09-1994

Pennac, le rescapé

Pendant toute sa scolarité, Daniel Pennachioni a eu la sensation d’être un bout de bois à la dérive, bringuebalé par des flots de connaissances inaccessibles, des vagues de données incompréhensibles. Pourtant, en 2006, cet ex-cancre faisait son entrée dans les dictionnaires Larousse et Robert, sous le nom de Daniel Pennac. Mieux, il vient de recevoir le prix Renaudot pour Chagrin d’école (Gallimard), le récit même de ses années d’ “adolescent installé dans la conviction de sa nullité”. Une revanche magistrale pour cet adulte qui n’a renié ni les peurs ni la fantaisie de son enfance et reconnaît que “ si l’on guérit parfois de la cancrerie, on ne cicatrise jamais tout à fait des blessures qu’elle nous infligea ”.

        bonnet.jpg
        (Photo : Soezic)

Né au Maroc d’un père officier, dans une famille cultivée, précédé par trois enfants qui avaient connu des scolarités sans histoire, le petit Daniel n’avait aucune raison atavique de porter un bonnet d’âne. Ni de devenir un écrivain génial, traduit dans 20 langues, d’ailleurs. Affligé d’une dysorthographie chronique et d’une imperméabilité totale aux mathématiques comme à l’anglais et à la mémorisation des dates, le petit Daniel s’enferma dans la certitude du “ No future ”. Il émeut le lecteur de Chagrin d’école en racontant que ces années de “ cancrerie ” ont laissé des traces indélébiles dans sa vie d’écrivain : des tendances à l’angoisse de la page blanche, à la “ rêverie, la procrastination, l’éparpillement, l’hypocondrie ”.

Pourtant, au milieu de toutes ses lacunes scolaires, le cancre avait un talent : celui de la narration. Un professeur de lettres le comprit et fit sauter le verrou en lui en remplaçant l’exercice de dissertation par celui d’écriture d’un roman, chapitre par chapitre. Devenu professeur de français en 1969 dans un magnifique pied de nez à la vie, Pennac se voua corps et âme à la même tâche : celle de faire sauter les verrous qui empêchaient ses élèves d’apprécier la beauté de la langue française. Pendant 25 ans, il tâcha d’incarner sa matière devant ses classes, de créer ce “ présent d’incarnation ” qu’il préconise dans Chagrin d’école, comme une méthode éprouvée, pas une doctrine pédagogique.

Lire, écrire et enseigner devinrent un triptyque magique où les enfants étaient à la fois un auditoire et une source d’inspiration inépuisable. En inventant le personnage de Benjamin Malaussène, bouc émissaire professionnel, aussi attachant qu’improbable, Daniel Pennac s’imposa comme le provocateur en chef de la littérature jeunesse. Puisant aussi bien dans la verve de Raymond Queneau que dans ce que d’autres appellent le “ sabir des banlieues ”, il créa une langue qui ne mâche pas ses mots, saturée d’argot et de néologismes. Une langue où l’on prononce un “ spitch ”, où l’on “ morfle ” et gagne du pognon, dans un Belleville, peuplé de “ camés ” et de flics travestis.

Tous ceux qui ont taxé avec dédain la série des Malaussène, qui s’amuse des codes du roman noir, de littérature populaire, voire de démagogie langagière, ont intérêt à redécouvrir Pennac avec Chagrin d’école. Ils y découvriront une gravité, une vulnérabilité qu’on ne décèle pas toujours sous sa folie verbale. Ils y trouveront aussi de quoi faire réfléchir tous les adultes persuadés d’être devenu “ quelqu’un ” qui assènent aux enfants des “ tu ne feras jamais rien de ta vie ! ”, des “ Vous, Pennacchioni, le BEPC ? Vous ne l’aurez jamais ! Vous m’entendez ? Jamais ! ”.

Béatrice Roman-Amat

Bibliographie sélective
1973 : Le service militaire, au service de qui ? 1982 : Cabot-Caboche
1985 : Au bonheur des ogres
1987 : La fée carabine
1989 : La petite marchande de prose
1992 : Comme un roman
1993 : Kamo, l’idée du siècle (Illustrations de Jean-Philippe Chabot)
1995 : Monsieur Malaussène
1996 : Des Chrétiens et des Maures
1997 : Kamo, l’agence Babel (Illustrations de Jean-Philippe Chabot)
1998 : Aux fruits de la passion
2000 : La débauche (illustrations de Jacques Tardi)
2003 : Le dictateur et le hamac
2004 : Merci
2007 : Chagrin d’école

On peut trouver des articles consacrés à Daniel Pennac dans les archives de la Quinzaine :

Daniel Pennac, Au bonheur des Ogres. Un article de Serge Quadruppani, ” Eloge du paumé “. Revue N° 494 parue le 01-10-1987

Daniel Pennac, Au bonheur des ogres. Un article de Pierre Lepape, ” Ecrivains eux aussi “. Revue N° 443 parue le 01-07-1985

Extrait de l’article « Quand l’Armée prend soin de la Nation » de Bernard Rémy (publié le 01-03-1974), consacré à Le Service militaire, pour quoi faire ? de Daniel Pennac

« Pour Daniel Pennac, avec le service militaire, quelque chose de civil se continue : l’armée, c’est ce qui ferait passer de l’immaturité familiale à l’immaturité du métier, de la vie conjugale, de la vie politique. Autre chose également se continuerait et traverserait la vie de caserne : le rapport de domination patron/ouvrier se traduirait dans la forme E.O.R.appelé ; ce serait la figure militaire d’une forme de pouvoir de nature civile. Dans la continuité qui conduit à lier le savoir militaire de l’officier supérieur au, savoir du diplômé de l’Université dam la figure unique de l’Elite. Le service militaire en tant que médiation, relais quasi civil, ne ferait que déplacer des questions et conflits civils d’un domaine la famille, par exemple dans un autre le métier.
Quelle hiérarchie ?
Cet enserrement du service entre le point de vue d’un commencement civil et le point de vue d’une finalité civile s’accompagne, puisque rien de bien nouveau en fait ne s’accomplit, de remarques conservatrices, dépressives, sur “l’ignorance des masses”, leur “intégration aux rouages du système”. Mais la hiérarchie militaire annonce-t elle, prépare t-elle à la hiérarchie civile ? N’est ce pas une hiérarchie d’une tout autre nature où en certaines circonstances elle disparaît, où le moindre soldat peut disposer d’un pouvoir absolu ? L’exercice du pouvoir militaire recoupe-t-il les différenciations sociales ? »

Gilles Lapouge. Jeter l’encre, encore et encore

« Un jour, ils m’ont mis dans les écrivains voyageurs. Je n’avais pas vu venir le coup mais j’ai conservé mon sang froid », écrit avec humour Gilles Lapouge dans L’encre du voyageur (Albin Michel), qui vient d’obtenir le prix Femina du meilleur essai. Serait-il donc un écrivain voyageur malgré lui ? Ce collaborateur de la Quinzaine littéraire depuis 1966 est surtout un romancier et chroniqueur qui sait marier l’ironie la plus fine avec la modestie du promeneur solitaire.

Dans le recueil En étrange pays (2003), dont l’esprit est semblable à celui de L’encre du voyageur, Gilles Lapouge racontait ainsi qu’il s’interdit d’aller admirer le lac Léman, pour ne pas épuiser une des dernières réserves d’exotisme qu’il conserve sur la surface du globe, après avoir parcouru le Brésil, l’Inde ou l’Islande battue par les vents. Insensible aux modes, il parcourt le monde comme bon lui semble, en n’oubliant jamais que le récit qu’on fait au retour représente au moins 50% de l’intérêt d’un voyage. L’encre du voyageur est donc un ouvrage à picorer de façon non linéaire, à prendre et à reprendre, pour attraper au vol des parcelles de sa sensibilité. Qu’il évoque Julien Gracq, les vaches indiennes, « dont la tactique consiste à faire comme si la ville était une campagne », ou l’obsession contemporaine pour les commémorations, son art des métaphores et des comparaisons géographiques fait des miracles. A lire ses chroniques, « les après-midi coul[ent] comme on caresse les oreilles d’un chat, sans y penser », pourrait-on dire en empruntant une formule de son roman L’incendie de Copenhague (1995).

      ssl10164.jpg

Photo : vache dans une ville du nord de l’Inde (BRA)

Malgré la variété des thèmes abordés, on retrouve d’un chapitre à l’autre ses thèmes de prédilection, ainsi que les grands mythes qui informent son univers : les îles, les vents, les palimpsestes et leurs secrets, les sagas islandaises, Icare, Bougainville. Sans préciosité ni affectation, la culture se met au service des sensations, les éclaire et les approfondit. Nostalgique des grands équipages à voiles, Gilles Lapouge regrette que le voyage ne soit plus « un égarement », puisque le voyageur est aujourd’hui relié en permanence par Internet et le téléphone à son port d’attache. Néanmoins, pour ne pas se cantonner lui-même à la catégorie de « regretteur de bon vieux temps », il se réserve le droit d’être nostalgique d’époques qu’il n’a pas vécu, celle des chevaliers errants ou celle de Magellan. Voilà qui est beaucoup plus romanesque.

Béatrice Roman-Amat

Retrouver les articles de et sur Gilles Lapouge dans les archives de la Quinzaine littéraire : Gilles Lapouge ” En étrange pays “. Un article de Gilbert Lascault, ” Revue N° 850 parue le 16-03-2003

Gilles. Lapouge ” Pirates, boucaniers, flibustiers “. Un article de Georges Raillard. Revue N° 843 parue le 01-12-2002

Gilles Lapouge ” La mission des frontières “. Un article de Nicole Casanova. Revue N° 829 parue le 16-04-2002

Gilles Lapouge ” Besoin de mirages “. Un article de Maurice Nadeau. Revue N° 761 parue le 01-05-1999

Kenneth White ” Le rôdeur des confins “. Un article de Gilles Lapouge. Revue N° 923 parue le 16-05-2006

” L’anniversaire, une affaire qui tourne rond”. Un article de Gilles Lapouge. Numéros spéciaux (40 ans). Revue N° 919 parue le 16-03-2006

” Pour qui vous prenez-vous ? “. Un article de Gilles Lapouge. Numéros spéciaux (Pour qui vous prenez-vous ?). Revue N° 882 parue le 01-08-2004

Extrait de “Pour qui vous prenez-vous ?” de Gilles Lapouge :

Le vrai voyageur, celui qui réside entre l’Alaska et la Birmanie, est chiche de ses étonnements. Rien ne le surprend. Il vous parle des tigres au Bengale comme s’il s’agissait de chats. Je procédais au contraire : d’un chat j’extrayais un lion. Dans le satin des ciels de l’Ile-de-France, je prélevais des aurores himalayennes.
Je travaillais le langage. Ce n’est pas moi qui aurait parlé de cartes marines ou d’Atlas. Je n’utilisais que des portulans, des “insulaires”, des planisphères ou des mappemondes. Je disais que j’étais “sur zone”. Je ne “jetais” pas l’ancre. Je “mouillais”. Au besoin, “j’ancrais”, comme Conrad conseille de le dire dans Le miroir de la mer. Pendant un temps, et comme les récits de voyage desquels je m’inspirais étaient souvent écrits en Anglais, j’ai envisagé de parler de miles, de pieds, de pouces. Mais ces mesures britanniques m’embrouillaient”.

Ce texte fait partie des chroniques rassemblées dans L’encre du voyageur.

Extrait de l’interview de Gilles Lapouge par Eric Phalippou (Revue numéro 955)

Eric Phalippou : Il me semble que vous êtes sensible aux gens qui ont la nostalgie d’une langue perdue. En Inde, vous rencontrez dans la région de Goa un chauffeur de taxi qui, ébloui par votre pratique du portugais, ne veut plus vous lâcher à destination. Au fin fond de l’Amazonie, vous avez cette histoire avec deux dames qui se croient encore sous le Paris de la Belle Époque et qui minaudent et qui en rajoutent avec la madeleine de Proust.

Gilles Lapouge : Je ne le cherche pas. C’est une chance extraordinaire, comme dans les voyages on en a. Surtout dans les voyages que je fais où j’en ai plus que les autres parce que je me perds complètement, parce que je n’y comprends rien. Alors je rencontre quelqu’un qui me raconte des choses que je cours vérifier. Ces deux dames, c’était du côté de Bélem, par hasard un Français qui vivait là m’a raconté leur histoire. Puis il m’emmène le lendemain dans sa voiture pour faire trente kilomètres et les voir… C’est vrai que les histoires de langues m’intéressent parfois sérieusement, parfois pour leur côté cocasse. Comme ce chauffeur de taxi, c’était émouvant d’une certaine manière, mais cocasse aussi.

É. P : Paradoxal également, car les Portugais n’étaient plus en Inde en état de sainteté.

G. L : C’était un type âgé et puis, même si on ne regrette pas, je suis persuadé qu’il y a une imprégnation et (c’est une expression banale que je vais employer) un côté proustien. Je suis persuadé que même parmi les fellaghas qui ont foutu les Français à la porte, qui les détestaient et qui les détestent, il doit y avoir encore comme une odeur de nostalgie…

É. P : La nostalgie des langues perdues que vous comprenez si bien. Il y a en revanche une nostalgie que vous vous appliquez à dénoncer un bon quart de ce livre, c’est la nostalgie des paradis perdus. Vous la détestez parce que c’est une nostalgie qui génère des utopies.

G. L : Les utopies, je les déteste de longue date. J’ai même écrit un livre sur l’histoire des utopies. C’est curieux d’ailleurs, ce livre que j’ai publié dans les années, oh ! je ne sais plus, il y a longtemps, pour dénoncer les utopies alors que j’étais comme maintenant encore plutôt de gauche, mais dans aucun parti, ne m’a valu à l’époque que des critiques. On était encore très idéologue en France et mes amis de gauche m’ont battu vraiment froid en me disant que j’avais écrit un livre fasciste, un livre contre le communisme. Heureusement, après on s’est aperçu que ce n’était pas si faux cette espèce d’horreur que j’ai des utopies. En ce qui concerne les nostalgies, c’est comme le cholestérol, il y en a une bonne et il y en a une mauvaise. La bonne, c’est l’anodine, celle des livres scolaires avec des petites vignettes où l’on voit l’eau qui coule, qui descend et qui remonte en nuages. La mauvaise, dont je crois je suis épargné, ce sont les gens qui disent : tout était mieux avant, maintenant les enfants sont désagréables, il n’y a plus de solidarité, tout ça. Ce qui est en partie vrai mais c’est un discours tellement rabâcheur, un peu ronchon, aigre, très amer, que je m’en méfie beaucoup. Quant à avoir de la nostalgie, je n’ai aucune limite sur ce point. Ça me plaît même assez d’être triste par nostalgie.

Agenda

Les franciliens amoureux des livres ne sauront pas où donner de la tête dans les semaines à venir, grâce à une série de manifestations :

Salon de la presse et du livre jeunesse du 28 Novembre 2007 au 03 Décembre 2007, à Montreuil : sur le thème des « jeux de mots ». Au milieu des stands de dizaines d’éditeurs pour enfants et adolescents, des jurys d’enfants remettront des prix « Tam-Tam » et les plus créatifs pourront s’exercer au dessin de bandes dessinées.

Journée dédicaces à Sciences Po, le 1er Décembre 2007 de 14 à 18h30 :
En présence de Jacques Attali, Max Gallo, Barbara Cassin, Bertrand Badie, Hubert Védrine, Clémence Boulouque, Ariane Chemin, Raphaëlle Bacqué ou encore Philippe Sollers. En tout, une centaine d’auteurs d’essais, romans et bandes dessinées dédicaceront leurs ouvrages et animeront des débats.
27, rue Saint Guillaume, 75007 Paris
Entrée libre

Lectures d’automne au musée Zadkine , le 6 Décembre 2007 à 19 heures :
Alain Badiou lira une sélection de ses textes (littérature, théâtre, politique et philosophie), ainsi que des extraits de Platon, Pascal, Rousseau, Hölderlin, Mallarmé, Rimbaud, Lacan, Char et Beckett.
100 bis, rue d’Assas
75006 Paris

Salon international de l’édition indépendante, L’Autre livre, du 07 Décembre 2007 au 09 Décembre 2007, à la Maison des métallos (Paris).
L’occasion de découvrir la production d’une centaine d’éditeurs français et étrangers. Des débats autour du thème de la bibliodiversité, des lectures et des séances de dédicaces sont programmées. Le public sera invité à acheter des livres pour que le Secours populaire les transmettent aux plus démunis.

Décès de l’historien Pierre Miquel

L’historien spécialiste de la Première Guerre mondiale est décédé le 26 novembre, à l’âge de 77 ans. Il laisse derrière lui une centaine d’ouvrages, dont les plus connus sont La Grande guerre, La véritable histoire des Français ou encore Les Poilus. Pierre Miquel s’intéressa également à l’hisoire de la révolution française, aux deux empires et à la France rurale (La France et ses paysans – Une histoire du monde rural au XXe siècle, L’Archipel, 2004).

Homme de télévision et de radio, soucieux de vulgarisation, il participa à de nombreuses émissions consacrées à l’Histoire et réalisa des documentaires pour l’ORTF.

Retrouvez les articles consacrés aux livres de Pierre Miquel dans les archives de la Quinzaine littéraire

-Pierre Miquel “39-45 (milles images inédites des archives militaires)”. Un article de Gilbert Lascault, Revue N° 452 parue le 01-12-1985

-Pierre Miquel “Lettre ouverte aux bradeurs de l’histoire”. Un article de Robert Bonnaud, Revue N° 352 parue le 16-07-1981

Hommage à Anne Thébaud

France Culture diffusera mercredi 28 novembre l’émission “Flaubert ou l’expérience des limites” par Anne Thébaud, de 22h15 à 23h30. L’occasion de réentendre la voix de cette collaboratrice de la Quinzaine Littéraire, qui nous a quitté le 9 septembre dernier, à 41 ans.
L’occasion aussi, bien sûr, de réfléchir à l’influence sur la littérature française de celui qui a voulu écrire “le roman sur rien” avec Madame Bovary.

L’intelligence au service de la fantaisie

En ce dimanche après-midi, ils sont treize à s’être déplacés jusqu’au théâtre du Rond-Point. Des hommes et des femmes, des têtes tout juste sorties de l’adolescence et d’autres grisonnantes. Amoureux des mots, ils sont venus participer à l’atelier d’écriture organisé par l’Oulipo, dont les membres animent trois séquences de quatre ateliers par an.

Cette fois-ci, c’est Olivier Salon, professeur de mathématiques en classes préparatoires et membre de l’Oulipo depuis 2000, qui est le chef d’orchestre de la séance. Il succède à Hervé Le Tellier et Marcel Bénabou. Chemise bariolée et air malicieux, il annonce à ses victimes consentantes qu’ils vont ensemble « explorer les contraintes littéraires oulipiennes » pendant 2 heures et demi.

La première contrainte fixée n’est heureusement qu’une contrainte « molle », qui servira de mise en jambe aux plumes et aux neurones. Il s’agit de l’exercice du sardinosaure : les apprentis oulipiens doivent former un animal imaginaire à partir de deux noms d’animaux existants, puis écrire un poème ou un article encyclopédique décrivant leur création. Pendant un quart d’heure, chacun se penche sur sa feuille dans un silence quasi-religieux. « Il y a toujours une prise de risque dans l’atelier, pour chaque participant », explique Olivier Salon. « On est toujours nu devant l’écriture. C’est un mélange intéressant de sérieux et d’enjouement ».

      olivier salon au cours de l’atelier

Une fois le quart d’heure écoulé, les participants lisent chacun leur tour leur œuvre devant les autres. La salle nue aux gradins noirs est soudain envahie de ouistitigres, sourinocéros, coucouleuvres, homarabouts et autres chimpanzébus. Les rires et les commentaires loufoques –un autre sardinosaure- fusent. « Certaines fois, j’en ai pleuré de rire ! C’est tout le contraire d’une littérature guindée et austère », commente Aurélie [prénom modifié], qui assiste à son troisième atelier.

L’exercice suivant sera plus difficile : contrainte perécienne par excellence, le lipophone interdit d’avoir recours aux lettres B, M, P, V et F dans la rédaction d’un texte. Le récit obtenu doit être lu sur la scène, en bougeant le moins possible la bouche, puisqu’il ne comporte ni consonnes labiales ni dento-labiales, qui impliquent d’ouvrir les lèvres. La séance hebdomadaire se termine par le jeu du perverbe, qui consiste à mélanger deux proverbes et à écrire une fable dont le nouveau proverbe est la morale. « Bien mal acquis l’accuse de la rage », « Qui veut voyager loin n’amasse pas mousse » et « qui vole un bœuf ne fait pas le printemps » seront quelques uns des perverbes obtenus.

A 17 heures, chacun se sépare et retourne à sa vie d’étudiant, de retraité des télécoms ou d’employé de banque. « Ecrire sous la contrainte est un vrai challenge, et en même temps une activité très ludique » souligne une des joueuses de mots, Isabelle Southgate, auteur de livres pour enfants. Comme les autres, elle emporte avec elle le souvenir de ces instants de complicité littéraire nouée avec des inconnus.

Béatrice Roman-Amat

Cliquez ici pour plus d’informations sur les inscriptions à ces ateliers. La participation à une série de quatre ateliers coûte 40 euros par personne.

17 décembre : au théâtre du Rond-Point, représentation de L’amour au travail de Jacques Jouet, scénettes écrites sous contraintes oulipiennes.

Bulletin de santé du roman

« Le roman se porte bien, merci ». Tel était le thème engageant de la conférence qui se tenait jeudi 22 novembre à l’institut néerlandais de Paris. Pour débattre de la considération dont jouit le roman aujourd’hui et de la richesse de la production contemporaine, les écrivains français Pierre Assouline, Jean Rouaud et Gisèle Pineau et les néerlandais Geert Buelens, Oek de Jong et Margriet de Moor étaient réunis autour de Michel Crépu, de la Revue des deux mondes.

Pourquoi adopte-t-on presque toujours le ton de la «curieuse morbidité », disant qu’il « bouge encore un peu », quand on évoque l’état de santé du roman ?, a commencé par interroger Michel Crépu. Selon Jean Rouaud, dans les années 1970, à l’époque de Barthes, Deleuze ou Baudrillard, seule la réflexion critique était valorisée dans le monde des lettres. « Quand je pensais à devenir écrivain, à 20 ans, jamais je n’envisageait d’écrire des romans. Les romanciers passaient pour des débiles mentaux ! Le roman était bourgeois, voire fasciste ! », s’est-il exclamé. Il aurait donc fallu aux écrivains nés après guerre réapprendre l’art du récit, des personnages, des situations, réapprendre à « poser des couleurs sur la toile », une fois terminée l’époque de la déconstruction, les années 1960 et 1970. Bien que néerlandais, Oek de Jong s’est également dit conscient du poids dont « les dictatures parisiennes ont pesé sur le roman ».

      Oek de Jong, Geet Buelens, Gisèle Pineau, Michel Crépu et Margriet de Moor
      (Photo : Oek de Jong, Geet Buelens, Gisèle Pineau, Michel Crépu et Margriet de Moor)

Appartenant à la même génération que Jean Rouaud, Pierre Assouline ne partageait pourtant pas cette analyse de la destinée du roman. « Le roman n’a pas bougé depuis Homère », a-t-il au contraire souligné. « Et le roman moderne depuis Don Quichotte et la Princesse de Clèves ! Ils sont beaucoup plus révolutionnaires que tout ce qu’on écrit aujourd’hui ». Margriet de Moor a abondé dans le même sens en insistant sur les points communs qui relient l’œuvre de Philippe Roth ou de Gabriel Garcia Marquez à celles d’écrivains du XIXe siècle, comme Dostoïevski ou Stendhal, dans une sorte d’universalité du roman.

Tous les participants s’accordaient en tout cas pour affirmer que les jeunes générations de romanciers qui irriguent les littératures françaises et néerlandaises considéraient le débat sur le nouveau roman comme tout aussi daté que la querelle des Anciens et des Modernes. « Aujourd’hui, il n’y a heureusement plus de dédain à l’égard de quelque forme de roman que ce soit », s’est réjoui Oek de Jong. La romancière guadeloupéenne Gisèle Pinault a pour sa part insisté sur le nouveau souffle apporté à la littérature francophone par « l’âme créole » et la poésie de sa langue.

Le mot de la fin est revenu à Pierre Assouline, qui a conclu la conférence sur une pirouette : « Il ne faut pas non plus oublier qu’on peut être écrivain et ne jamais éprouver le besoin d’écrire de roman ». Et de citer trois exemples illustres de non-romanciers : Borges, Claudel et Valéry. Même si « le roman se porte bien », être ou ne pas être romancier reste ainsi une question d’actualité.

Béatrice Roman-Amat

Les archives de la Quinzaine littéraire, mode d’emploi

Le site Internet et son moteur de recherche simple ou avancée de la Quinzaine littéraire permettent de trouver les références des articles publiés depuis sa création en 1966. Le résultat des recherches que l’on peut enregistrer et imprimer, permet d’établir des listes de références bibliogaphiques. Ces quelque 40.000 chroniques rédigées par des écrivains, des universitaires et les meilleurs spécialistes dans leur domaine, offrent une très riche base documentaire pour les étudiants et les chercheurs, dans des genres aussi variés que la littérature, la sociologie, l’histoire, l’économie ou la psychanalyse.
Voici quelques conseils pour permettre un meilleur accès à ce patrimoine sans équivalant que représente le fond d’archives du journal.

        arcimboldo72.jpg

Comment accéder aux archives ?

Journal totalement indépendant, la Quinzaine littéraire ne peut vivre que par le soutien de ses lecteurs. L’accès aux archives est payant, afin de pouvoir rétribuer les auteurs, financer l’archivage et la mise en ligne des articles qui reste à effectuer. S’abonner au site archive et ou à la revue, permet de valoriser le fond d’archives de la Quinzaine qui représente potentiellement une véritable base encyclopédique par le livre.
Les archives sont régulièrement enrichies des nouveaux articles parus, mais également des articles des années antérieures (de 1966 à 2000), déjà numérisées et convertis en format texte au fur et à mesure.
L’abonnement aux archives de la Quinzaine coûte 75 euros pour un an. Mais il est également possible de coupler l’abonnement au journal traditionnel et aux archives informatisées : l’abonnement coûte alors 105 euros pour la France et 120 euros si vous résidez à l’étranger. Ces sommes donnent droit à un accès illimité aux archives. Des réductions sont consenties aux étudiants. (Contact : ql@quinzaine-litteraire.net)
Les internautes qui ne souhaitent pas s’abonner mais ont un besoin ponctuel d’accès à un ou plusieurs articles, peuvent les acquérir à l’unité, au prix de 3 euros.

Comment utiliser le moteur de recherche des archives ?

Le moteur de recherche inclut deux niveaux : la recherche simple et la recherche avancée. En mode « recherche simple », vous pouvez vous contenter de taper un mot-clé, nom propre ou nom commun, pour trouver tous les articles y ayant trait.
Le mode « recherche avancée » comprend de nombreux critères : vous pouvez rechercher un article en fonction de son auteur, du titre de l’article, du titre de l’oeuvre qui s’y rapporte, de l’auteur de l’œuvre, de sa date de parution ou encore de la rubrique ou de la sous-rubrique sous laquelle elle a été indexée.
En choisissant la rubrique « correspondances » et la sous-rubrique « cinéastes » vous trouverez ainsi deux articles, l’un consacré à la correspondance de Pier Paolo Pasolini et l’autre à celle de Jean Renoir. En tapant simplement « Conrad Joseph » dans la fenêtre « auteur » vous aurez accès à la liste de 17 articles consacrés à l’œuvre de l’écrivain voyageur. Cliquez sur « Imprimer » pour visualiser cette liste en un clin d’œil.
Si l’article est disponible en ligne, un simple clic sur son titre permet de l’afficher en format pdf. C’est à ce moment que vous devrez vous identifier, avec nom d’utilisateur et mot de passe, si vous êtes abonné aux archives. Si vous n’êtes pas abonné, cliquez sur le titre de l’article puis sur « ajouter au panier ». Au moment de régler le contenu de votre « panier », vous serez redirigé automatiquement vers la plateforme de paiement en ligne sécurisé PayPal.
Si l’article choisi n’est pas consultable immédiatement, un message vous avertira que « Cet article n’est pas encore disponible en ligne » et vous invitera à complétez un formulaire succinct si vous souhaitez le recevoir par e-mail. En remplissant le formulaire, vous êtes sûr de recevoir l’article sous sept jours, en format Word ou PDF.

Prix littéraires 2007 : une moisson très disputée

Pour cette saison des prix 2007, il n’a pas fallu moins de quatorze tours de scrutin à l’Académie Goncourt pour désigner Alabama song de Gilles Leroy (Mercure de France), qui n’a finalement devancé À l’abri de rien d’Olivier Adam (L’Olivier) que de deux voix. Olivier Adam devra se contenter du moins prestigieux prix du roman France Télévision.

La tension devait également être rude parmi les jurés du prix Renaudot, qui ont couronné Chagrin d’école de Daniel Pennac (Gallimard), mémoires autobiographiques d’un cancre génial, après dix tours de consultation – au grand dam de Christophe Donner qui croyait la partie gagnée pour son roman Un roi sans lendemain (Grasset). L’écrivain a immédiatement accusé Franz-Olivier Giesbert d’avoir manipulé les délibérations, avant d’annoncer théâtralement qu’il se retirait de la course aux prix littéraires.

Rappelons qu’en 2006 Les Bienveillantes de Jonathan Littell (Gallimard) s’était vu décerner le prix Goncourt dès le premier tour. Si les débats ont été plus âpres cette année, le triomphe de Gallimard, dont le Mercure de France est une filiale, n’en est pas moins éclatant en 2007.

L’annonce de la remise du prix Femina à Eric Fottorino pour Baisers de cinéma (Gallimard), une plongée dans le quartier latin de la Nouvelle Vague, a pour sa part été bouleversée par une supposée militante féministe.Outrée que le prix ne soit pas remis à une femme, bien que ce ne soit pas sa vocation, la jeune femme a brandi son soutien-gorge comme une bannière et crié au scandale. Il s’agissait en fait d’une comédienne, qui avait monté cet « attentat télévisuel » pour une émission de la chaîne France 4.

Au-delà de ces anecdotes croustillantes dont les professionnels de la littérature feront des gorges chaudes pendant quelques semaines, les livres récompensés ont souvent un caractère hybride, piochant largement dans la réalité tout en se classant dans la catégorie des romans. Ainsi Daniel Pennac mêle souvenirs d’enfance et réflexion sur le système éducatif français. Olivier Germain-Thomas, prix Renaudot de l’essai pour Le Bénarès-Kyôto (Ed. du Rocher), navigue entre le récit de voyage et la méditation sur le temps et la spiritualité. Mais c’est surtout Jean Hatzfeld (Prix Médicis 2007), ancien grand reporter à Libération, qui affirme brillamment sa singularité en transformant les témoignages de rescapés du génocide rwandais en une véritable œuvre littéraire, dans La stratégie des antilopes (Seuil).

Enfin un écrivain que les lecteurs de la Quinzaine connaissent comme collaborateur depuis ses tous débuts, Gilles Lapouge a reçu le Prix Femina de l’essai pour L’Encre du voyageur (Albin Michel)

Béatrice Roman-Amat

Autres prix
Prix Goncourt des lycéens : Philippe Claudel pour Le rapport de Brodek (Stock)
Prix Médicis étranger : Daniel Mendelsohn pour Les Disparus (Flammarion)
Prix Médicis de l’essai : Joan Didion pour L’Année de la pensée magique (Grasset)
Prix Interallié : Christophe Ono-dit-Biot pour Birmane (Plon)
Prix Femina étranger : Edward Saint Aubyn pour Le Goût de ma mère (Christian Bourgois)
Prix de Flore : Amélie Nothomb pour Ni d’Eve ni d’Adam (Albin Michel)
Prix Décembre : Yannick Haenel pour Cercle (Gallimard)
Pris Wepler : Olivia Rosenthal pour On n’est pas là pour disparaître (Verticales)
(liste non exhaustive, la remise des prix étant un sport national)

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 52 followers