Le livre, objet graphique

« L’esprit du livre se signe au creux des mains » écrivait le romancier Philippe di Folco. Une phrase qui pourrait résumer l’exposition « Faire des livres, défaire des codes », qui se tient actuellement à l’école de l’image, à Paris. Elle s’intéresse à l’impact de l’aspect visuel d’un livre sur la réception de son contenu.

L’exposition présente le travail fourni par l’atelier du graphiste Michel Bouvet pour les éditions Flammarion, la Martinière, Climats ou encore Textuels. A travers des exemples de couvertures de livres rejetées et d’autres adoptées, elle montre comment graphistes et éditeurs créent une dialectique du texte et de l’image, de la couleur et du symbole. Ainsi la couverture de Réenchanter le monde de Bernard Stiegler se pare-t-elle de zébrures multicolores pour faire passer l’idée d’optimisme tandis que d’autres négligent la contrainte de lisibilité pour mieux attirer l’œil du client potentiel en librairie. Le graphisme peut bien sûr être mis au service de la propagande, puisque « les idéologues nazis furent les premiers à percevoir l’importance d’une identité visuelle forte » rappelle un panneau.

Faire varier les polices, en créer de nouvelles, adopter une couleur ou une forme comme fil rouge, puiser dans un patrimoine symbolique collectif, autant de moyens utilisés pour faire de chaque livre un objet unique, même quand il doit s’inscrire dans une collection.

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Le parcours à travers la conception de « l’objet livre » comprend également une réflexion sur la façon d’organiser un ouvrage de photos, en redessinant au crayon les photographies, comme sur une planche de bandes dessinées : « une manière de mieux connaître l’œuvre, d’y sentir les lignes de tension », afin d’imaginer la déambulation possible du lecteur d’une image à l’autre. Feuilleter un tel livre devient un voyage initiatique dans l’univers du photographe.

« Faire des livres, défaire des codes » s’adresse sans nul doute plus aux passionnés de graphisme sensibles au « style Pop’Art transesthétique » qu’aux chineurs de livres anciens aux goûts classiques. Néanmoins, l’exposition fait réfléchir intelligemment aux rapports entre édition, arts visuels et publicité.

Béatrice Roman-Amat

Jusqu’au 11 janvier, entrée libre, 73 Boulevard Saint Marcel, métro les Gobelins

Photo : affiches et couvertures des catalogues des rencontres d’Arles, par Michel Bouvet

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