Âpre et merveilleux désert

Les pieds dans le sable d’une dune reconstituée, une odeur de thé à la menthe bouillant lui chatouillant les narines, le spectateur qui entre dans le théâtre du Plateau vit une immersion sensorielle globale. Dans la pénombre d’une tente de bédouin tendue de sacs de toile brune et éclairée d’une bougie, il laisse les notes d’une flutte du désert l’emporter bien loin du 19e arrondissement de Paris.

Le spectacle « Et si l’homme avait été taillé dans une branche de baobab » est inspiré, et inspiré seulement, du roman Désert de Le Clézio, où une jeune fille des sables (Lalla) rêve d’un ailleurs, au-delà des dunes et des mers, et le cherche dans un exil-déracinement à Marseille.

La compagnie « la fabrique des petites utopies » a conçue cette pièce au Burkina Fasso. Elle mêle habillement à la trame du roman de Le Clézio, non linéaire et progressant par cercles concentriques, la couleur et la vie des traditions orales, presque une touche de palabre africaine. En y greffant des contes où il est question de l’origine du monde, de princesses et de jeunes hommes transformés en oiseaux, elle infuse le merveilleux dans le quotidien âpre du désert. Grâce à des ombres chinoises, à des poissons transformés en marionnettes, à un sable qui se dérobe comme par magie, ou encore au visage bleu qui sort d’un puit, la tente devient le lieu où se projette le monde entier par la force de l’imagination.

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Bruno Thircuir, le metteur en scène, affirme avoir vous exprimer la quête de Lalla pour « trouver seule le chemin qui mène au monde tant convoité des autres ». Il a pour cela choisi de mêler le français et les langues africaines, parlées et chantées par des comédiens aux origines diverses : une Franco-Ethiopienne, un Béninois, une Congolaise…

Le résultat est une fable accessible aux enfants comme aux adultes, qui émerveille et distille savamment rires et angoisses, mélancolie et espoir.

Béatrice Roman-Amat

« Et si l’homme avait été taillé dans une branche de baobab ». Jusqu’au 16 décembre à l’Atelier du Plateau (5 rue du Plateau, Paris 19e), entrée 8 à 12 euros.
Puis à Vif (Isère) les 13 et 15 février (théâtre ambulant installé esplanade O. de Gougees)
A Grenoble les 6 et 7 mars (théâtre ambulant installé à la Tronche)

Retrouvez les articles consacrés à Désert de J.M.G. Le Clézio dans les archives de la Quinzaine littéraire :

J.M.G. Le Clézio. Désert. Bonnes feuilles. Revue N° 326 parue le 01-06-1980

J.M.G. Le Clézio, Désert. Un article de Jean-Michel Maulpoix, ” Le poème de l’espérance et de la misère “. Revue N° 326 parue le 01-06-1980

2 Réponses vers «Âpre et merveilleux désert»

  1. gmc dit :

    BAOBAB SONG

    Aller d’une feuille à une autre
    Nécessite l’aide du vent
    Qui alimente les souterrains du velours
    Les pages se tournent
    Sous l’effet giratoire des griots
    Centrifugeuses polarisées
    A l’extrême des overdrives
    Sous la glace des tropiques
    Un virage assassin enlève
    Les cercles inutiles

  2. Nanon dit :

    J’avais beaucoup apprécié le livre, votre article me donne très envie d’aller voir cette pièce-fable!

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