Chez les scientifiques

Il ne peut y avoir recherche scientifique et par conséquent enseignement des sciences, sans liberté de l’esprit. Mais chacun sait qu’il y a mille entraves à cette liberté là comme aux autres. Respect des théories en cours, respect des sacro saints programmes officiels, ou bien encore respect des titres, du prix Nobel à l’agrégation… Le règne des pontifes, dans la science comme dans l’Éducation Nationale, a traversé sans encombre tous les régimes. Il est plaisant de constater que dans les amphis de la faculté des sciences aussi bien que dans les lycées occupés, ces formes officielles ont été simplement ignorées. La pègre dont a parlé M. Fouchet n’a pas perdu son temps à dégonfler ces fausses réputations dont l’évanouissement a eu quelque chose de miraculeux.

Un thème est alors apparu partout : le travail en équipe. Partout : chez les élèves de quinze ans préoccupés de leur formation mathématique ; chez les chercheurs de l’Institut National d’Astronomie et de géophysique (“ le mouvement de Meudon ”).

Les lycéens se sont d’ailleurs montrés aussi actifs et aussi imaginatifs que leurs aînés de quelques années. Ce sont eux qui imposeront des formules neuves aux professeurs, sachant entraîner dans leur mouvement tous ceux qui considéraient les quelques rares chercheurs en pédagogie comme des hurluberlus dangereux. Le décalage est d’ailleurs saisissant entre l’audace tranquille (et sage) des lycéens préconisant des formules de gestion des écoles ou une formule réaliste de baccalauréat et l’absence presque totale de revendications originales des syndicats de l’enseignement sur la gestion générale de l’Éducation Nationale.

Élèves et étudiants ont demandé l’autonomie pour leurs facultés ou leurs lycées. Mieux, ils l’ont réalisée. Soyez tranquilles : les bureaux feront ce qu’ils pourront pour stériliser cette vie là. Mais qui est le plus fort, la vie ou la bureaucratie ?

Un fait étrange est l’effroi de beaucoup de professeurs devant la réussite, à vrai dire imprévue, de leur enseignement ! Ne se proposaient ils pas de former des hommes libres, c’est à dire des hommes sachant dire non ? S’ils sont réellement effrayés de leur réussite, faut il en déduire que les beaux principes proclamés étaient la couverture c h a t o y a n t e d’une plus triste marchandise ?

On objectera, bien sûr, qu’il y a eu des “ désordres ” ; un général les a d’ailleurs dénoncés d’un mot impropre. C’est de “ tohu bohu triomphants ” (1) qu’il s’agissait, qu’il s’agit encore. Car une impulsion est donnée. Le système des colloques de sages soigneusement préparés par des commissions officielles et couronnés par un grand et historique discours du ministre (rappelez vous Amiens 68), cela appartient au passé.

1. Rimbaud : “… Et les Péninsules démarrées n’ont pas connu tohu bohu plus triomphants.”

par Gilbert Walusinski

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