Un article inconnu de Rimbaud : ” Le rêve de Bismarck “

Quinzaine littéraire n° 969 du 16 mai 2008

Par Jean-Jacques Lefrère

En novembre 1870, le photographe Émile Jacoby fonda à Charleville un quotidien radical auquel il donna le titre de Progrès des Ardennes. Le but de ce journal politique, littéraire, agricole et industriel était de concurrencer le conservateur et bien-pensant Courrier des Ardennes, quotidien départemental qui avait déjà quelque ancienneté, ayant été fondé en 1833. Né en 1814 dans le Gers, Philippe Émile Jacobs, dit Jacoby, était un vieux Républicain portant la barbe blanche des quarante-huitards. Il ne lui déplaisait pas de passer pour un ancien proscrit du 2 décembre, ce qu’il avait d’ailleurs peut-être été. À ses débuts, il avait dirigé une maison d’éducation à Tours et avait découvert un calculateur prodige, jeune pâtre illettré du nom d’Henri Mondeux, né en Touraine en 1826. Jacoby avait publié quelques études sur ce Mondeux, qui eut quelque célébrité en son temps. Ayant pris pied dans les Ardennes à la suite de péripéties mal connues, Jacoby gagnait sa vie comme photographe. Le jour de leur première communion, les frères Arthur et Frédéric Rimbaud avaient posé dans l’atelier de ce personnage chauve au visage grave : après son berger tourangeau surdoué en calcul mental, Jacoby s’était trouvé ce jour-là, sans le savoir, en présence d’une autre variété de petit prodige, qui allait exercer son don dans un domaine sans rapport avec le calcul mental. L’adresse de Jacoby à Charleville était le 22, rue Forest : c’était la maison immédiatement voisine de celle que la famille Rimbaud avait occupée jusqu’à l’année précédente.

Le jeune Rimbaud, qui devait se sentir en sympathie avec ce vieil opposant à l’Empire, allait s’intéresser de près à son Progrès des Ardennes, particulièrement au cours de l’année suivante, lorsque le journal en vint à soutenir ouvertement la Commune. Le premier numéro du Progrès, paru le 8 novembre 1870, était sorti des presses de Ferdinand Devin, imprimeur de Mézières dont l’atelier était sis 35, rue du Château. L’adresse de la rédaction et de l’administration du journal était le 22, avenue de Charleville. Vendu dix centimes, le Progrès était diffusé à Charleville, à Mézières, et dans quelques localités voisines. Son ambitieuse devise était empruntée aux Ruines de Volney : ” Dévoilez à l’homme la cause de ses maux ! Redressez-le par la vue de ses erreurs ! Enseignez-lui sa propre sagesse et que l’expérience des races passées devienne un tableau d’instruction et un germe de bonheur pour les races présentes et futures ! “

Dès son apparition, Le Progrès des Ardennes n’eut pas bonne presse dans le département. Dans sa lettre du 11 novembre à son collègue et ami Georges Izambard — resté dans l’histoire littéraire comme le professeur de rhétorique et le confident de l’élève Rimbaud –, Léon Deverrière, qui était pourtant du même bord politique que Jacoby, n’avait pas caché le peu d’estime que lui inspirait le nouveau journal : ” Le Progrès se hèle à l’instant… C’est un journal épismar… On m’a demandé un article pour le premier numéro. Je fabrique un article de circonstance. Douze jours après, le numéro paraît, et j’y aperçois mon article démodé, maladroitement retaillé et corrigé… Jacoby en est réduit à sa prose bourgeoise et javanaise… C’est un fou… Il est vrai que les Ardennais ne sont pas difficiles. “

Une question que se posent les exégètes de Rimbaud depuis bon nombre d’années est la suivante : a-t-il collaboré au Progrès des Ardennes en y publiant notamment son célèbre Dormeur du val, composé au retour de son premier séjour à Douai ou au cours de son escapade d’octobre ? En 1933, Charles-Marie des Granges, professeur de première au lycée Charlemagne, reproduisit ce sonnet dans un volume de Morceaux choisis des auteurs français du Moyen Age à nos jours, paru à la Librairie Hatier, en donnant comme mention d’origine l’édition des poésies de Rimbaud au Mercure de France et en ajoutant une précision qui ne figure pas dans cette édition : ” Rimbaud a publié ces vers, un ” croquis de guerre “, en novembre 70, dans le Progrès des Ardennes “.

Malheureusement, ni la Bibliothèque nationale de France, ni la Bibliothèque muni-cipale de Charleville, ni les Archives départementales des Ardennes, ni le Musée-Bibliothèque Arthur Rimbaud de Charleville-Mézières, ni les Archives nationales ne conservent de collection complète du Progrès des Ardennes. Ce fut en vain qu’en mai 1949, Pierre Petitfils, un biographe de Rimbaud, lança un appel aux lecteurs de L’Ardennais en leur demandant de rechercher dans leur grenier des exemplaires du journal que publia Jacoby durant quelques mois de 1870 et de 1871. Des Granges, qui est mort à Paris en juin 1944, n’est plus là pour nous dire où il avait déniché le numéro du Progrès des Ardennes sur lequel il avait lu Le Dormeur du val, car il n’a probablement pas inventé ce détail. S’il ne s’est pas fourvoyé, la première publication du sonnet ne serait donc pas le tome IV de l’Anthologie des poètes français de Lemerre, paru en 1888 : à cette date, ces vers qui dénoncent l’horreur de la guerre et de la mort en lui opposant la beauté et la douceur de la nature n’étaient peut-être plus inédits depuis dix-huit années. Le problème n’est toujours pas résolu en 2008, mais il gagne un regain d’intérêt par la récente découverte faite par M. Taliercio, qu’il nous faut à présent évoquer.


On savait, par le témoignage de son ami Delahaye, que Rimbaud avait adressé à Jacoby des échantillons rimés de sa plume en dissimulant son identité sous le pseudonyme de Jean Baudry. Ce nom était celui du protagoniste qui donnait son titre à un drame en quatre actes d’Auguste Vacquerie, Jean Baudry, créé au Théâtre-Français en octobre 1863. L’œuvre, éditée chez Pagnerre l’année de sa création, figurait en 1870 au catalogue de la Librairie internationale de Lacroix et Verboeckhoven. À part le fait que Baudry était presque son patronyme inversé, Rimbaud avait-il une raison particulière de choisir ce pseudonyme plutôt qu’un autre ? Delahaye ne nous a pas renseigné sur ce point.

Par la rubrique de Correspondance du deuxième numéro de son Progrès des Ardennes, paru le 9 novembre, Jacoby avait laissé entendre à ce mystérieux Baudry que, les Prussiens s’approchant des remparts de Mézières, le temps n’était plus aux frivolités de la muse : ” – À M. J. Baudry, à Charleville. – Impossible d’insérer vos vers en ce moment. Ce qu’il nous faut, ce sont des articles d’actualité et ayant une utilité immédiate. Quand l’ennemi ne sera plus sur notre sol, nous aurons peut-être le temps de prendre les pippeaux [sic] et de chanter les arts de la paix. Mais aujourd’hui, nous avons autre chose à faire. ” Jacoby aurait différé la publication du Dormeur du val dans son journal qu’il n’aurait pas employé des termes différents. Aurait-il été indifférent à la poésie ? Si son épouse composait des vers, lui-même trouvait peut-être que des rimes n’avaient pas leur place dans un journal comme le sien. D’après Delahaye, Rimbaud aurait exprimé quelque découragement à la lecture de l’annonce faite à Baudry : décidément, après une récente déconvenue auprès du propriétaire du Journal de Charleroi, les directeurs de quotidiens ne paraissaient pas vouloir de sa collaboration. Mais l’Ardennais Rimbaud, lorsqu’il avait une idée en tête, ne renonçait pas facilement. Puisque le maître d’œuvre du Progrès des Ardennes désirait des écrits de circonstance, il résolut de le satisfaire. Dans ses souvenirs, Delahaye se souvenait d’un texte en prose sur Bismarck que son ami avait composé à l’intention de Jacoby. Delahaye le résumait ainsi :

Bismarck est abominablement saoul. Un Bismarck autrement n’aurait été, je suppose, accueilli par personne. Donc il est ” rond comme une cosse “, Monsieur le Chancelier de l’Allemagne du Nord. Et il rêve, accoudé sur sa table où s’écarte une carte de France. L’œil alourdi par l’ivresse, l’œil clignotant du monstre suit l’index qui tourne, tourne… autour de Paris… qu’il faut prendre… s’arrête ça et là, marque des points de repère : Étampes, Soissons, Versailles, repousse d’un geste furieux des choses, là-bas, sur la Loire… tourne, tourne encore… peu à peu rétrécit le cercle fatal ; puis l’homme se penche, il pose enfin sur le point voulu sa pipe de porcelaine dorée… voluptueusement il grogne… mais l’œil se ferme, la grosse tête chenue s’incline, s’affaisse… il dort — tellement saoul !…. – Tout à coup un cri, un hurlement… c’est lui qui s’éveille, le nez grésillant dans sa pipe ardente !….

Dans une biographie de Rimbaud parue il y a quelques années, nous avions allègrement soutenu que Jacoby n’avait pas publié ce Bismarck des plus métaphoriques. Un prudent ” sans doute ” eût été de mise, comme on va le voir, même si Delahaye lui-même ne paraissait pas se souvenir de la publication de cet écrit de son camarade.

Sans se décourager, Rimbaud avait continué à envoyer des textes à Jacoby, et Delahaye avait même suivi le mouvement : ” Nous n’avions que ça à faire ! ” reconnaîtra plus tard ce dernier, qui avait pour sa part adressé au directeur du Progrès ” une belle lettre à grandes phrases, douzième accessit de discours français “, dans laquelle il soutenait que le maréchal Bazaine avait bel et bien trahi. Comme Rimbaud, Delahaye avait pris la précaution d’user d’un pseudonyme : Charles Dhayle. Intrigué à la longue, Jacoby avait voulu savoir à qui il avait affaire et, par la Correspondance du Progrès du 29 décembre, s’était adressé à ces collaborateurs de l’ombre : ” MM. Baudry et Dhayle, vos articles m’intéressent, mais soulevez un peu le loup de votre bavolet. ” L’évolution de la guerre ne permit pas aux deux apprentis journalistes d’en esquisser le geste. Le 30 décembre, en descendant la rue de Saint-Julien, ils tombèrent sur un rassemblement autour du tambour de ville : le maire de Mézières avertissait ses concitoyens que l’ennemi avait lancé son ultime sommation à la forteresse et ouvrirait le feu à l’aube. Les Prussiens tinrent parole : le 31 décembre, le bombardement commença dès le lever du soleil. Il allait durer près de vingt-quatre heures. Mézières fut dévastée. Plus de six mille obus lancés par quatre-vingts canons prussiens eurent raison de la citadelle et de la plus grande partie de la ville. À minuit, une flopée d’obus apporta aux Franzozen les vœux de nouvel an du général Von Manteuffel. Avec l’obus prussien qui eût le mauvais goût de démolir de fond en comble l’atelier de l’imprimeur du Progrès des Ardennes, l’espoir de Rimbaud de devenir journaliste avait pris un nouveau plomb dans l’aile.

Les relations de Rimbaud avec le Progrès des Ardennes ne s’arrêtèrent toutefois pas sur ce désastre. L’année suivante, dans sa perpétuelle dérobade aux cours du collège, Rimbaud prit le 12 avril – jour annoncé de la rentrée scolaire – un petit emploi au journal de Jacoby. Car ce dernier était parvenu à relancer son périodique. Lorsqu’il engagea le jeune Rimbaud pour l’aider à dépouiller la correspondance de son journal, la publication n’était redevenue quotidienne que depuis deux semaines. Mais les activités de Rimbaud dans les bureaux du Progrès ne durèrent que cinq jours. Le quotidien cessa de paraître le 17 avril, suspendu, non par l’occupant, mais par le préfet des Ardennes, qu’inquiétait fort le soutien de Jacoby à la Commune. Ainsi disparut définitivement le Progrès des Ardennes, le seul journal pour lequel Rimbaud ait travaillé. Quant au vaillant Jacoby, il mourut l’année suivante.

À part Le Dormeur du val, dont la publication dans le Progrès des Ardennes demeure hypothétique, on s’est longtemps demandé si d’autres textes de Rimbaud avaient paru dans l’introuvable journal de Jacoby ? Ni son nom ni son pseudonyme de Baudry n’apparaissaient dans les rares exemplaires qui avaient été conservés. En 1949, Jules Mouquet avait signalé l’existence d’un article intitulé Lettre du Baron de Petdechèvre à son secrétaire au château de Saint-Magloire, signé ” Jean Marcel ” et paru dans l’édition du 16 septembre 1871 d’un autre journal de Charleville, Le Nord-Est. Selon ce chercheur, Jean Marcel et Arthur Rimbaud ne faisaient qu’un : ” Il n’y avait que sa plume qui fut capable, à Charleville en 1871, de rédiger avec tant d’humour, tant de sûreté un texte de cette qualité “, affirmait Mouquet. Or, cette lettre satirique et bouffonne sur l’actualité politique était présentée dans le Nord-Est comme reprise d’un Progrès que Mouquet avait un peu rapidement assimilé à celui des Ardennes, qui avait pourtant cessé de paraître en avril. Une bonne partie de la critique, durant les quarante-deux années qui suivirent, n’en adhéra pas moins à la thèse de Mouquet sur l’attribution du texte à Rimbaud, jusqu’à ce qu’un autre chercheur révèle que le Progrès en question n’était pas celui des Ardennes mais celui de Lyon, dans lequel un Jean Marcel tenait une Chronique parisienne : le numéro du 9 septembre 1871 contenait cette Lettre du Baron de Petdechèvre que plusieurs générations de lecteurs ont cru de la plume de Rimbaud. Étrange fortune d’un article de la presse lyonnaise de l’année 1871 !

Pourtant, un article inconnu de Rimbaud attendait d’être découvert dans le Progrès, le vrai, le bon, celui de Jacoby. On doit sa découverte à M. Taliercio, jeune cinéaste séjournant actuellement à Charleville, et sa révélation à M. Mellet, dont l’article intitulé ” Rimbaud était journaliste au Progrès des Ardennes ” a paru dans L’Ardennais du 24 avril dernier. En repérage en vue d’un documentaire sur le poète qu’il envisage de tourner dans les Ardennes, M. Taliercio a mis la main, chez un bouquiniste de la région, sur quelques exemplaires du Progrès des Ardennes. Par chance, le pseudonyme de ” Jean Baudry ” n’avait pas de mystère pour lui. Cherchant un Dormeur du val qu’il n’a pas trouvé, il est tombé sur un Rêve de Bismarck qu’il est sans doute le premier à lire – en tout cas le premier à identifier – depuis plus de treize décennies. Le destin qui veille à la bonne fortune des chercheurs n’a pas manqué de malice : le simple conscrit mort dans un vallon a laissé place à un chancelier d’Allemagne dévoré par le désir de conquête. Question de grade.

Ce Rêve de Bismarck figure en dernière page de la livraison du 25 novembre 1870 du Progrès des Ardennes, entre un article repris du Peuple français sur des soldats prussiens déguisés en maraudeurs et quelques nouvelles du ” Département des Ardennes “, dont une lettre signée ” Un abonné ” et adressée au directeur du journal, interpellant ” Messieurs du conseil municipal ” sur la dissolution de la garde nationale de Charleville. Il est signé Jean Baudry et sa teneur est à peu près conforme au récit fait par Delahaye dans ses souvenirs, sauf sur un point : la prétendue ivresse du chancelier, que l’on ne retrouve pas dans la prose de Rimbaud.

Rimbaud et Bismarck ? Les spécialistes de Rimbaud ont peu souvent rapproché ces deux noms, bien qu’un dessin — peut-être un décalque — attribué à Rimbaud représente un personnage marqué au front d’une croix de fer : Pierre Petitfils, dans son livre de 1949, L’Œuvre et le visage d’Arthur Rimbaud. Essai de bibliographie et d’iconographie, se demandait s’il figurait le ” Chancelier allemand “.

Cet article de circonstance paru dans Le Progrès des Ardennes, pour aussi enlevé et ironique qu’il soit, ne sera sans doute pas considéré comme un des sommets de la production littéraire de son auteur. Bien que, dans les dernières lignes, quelques mots demeurent inconnus par une déchirure du document original, reconnaissons toutefois à ce texte le mérite de remplacer, assez avantageusement, cette fameuse Lettre du Baron de Petdechèvre que l’on crut longtemps issue de la plume de Rimbaud. La découverte de M. Taliercio n’en est pas moins des plus intéressantes : outre qu’elle relance le débat sur la publication du Dormeur du val dans Le Progrès des Ardennes et qu’elle fait naître l’espoir de dénicher d’autres textes de ” Jean Baudry ” dans ce journal, elle confirme, si besoin était, la grande souplesse d’écriture du Rimbaud de 1870, capable d’imiter François Coppée ou Victor Hugo dans les pièces rimées qu’il composait, et le style qui convenait, en ces mois troublés de guerre, à une chronique persifleuse et patriote.

LE RÊVE DE BISMARCK
(Fantaisie).

C’est le soir. Sous sa tente, pleine de silence et de rêve, Bismarck, un doigt sur la carte de France, médite ; de son immense pipe s’échappe un filet bleu.
Bismarck médite. Son petit index crochu chemine, sur le vélin, du Rhin à la Moselle, de la Moselle à la Seine ; de l’ongle il a rayé imperceptiblement le papier autour de Strasbourg : il passe outre.
A Sarrebruck, à Wissembourg, à Woerth, à Sedan, il tressaille, le petit doigt crochu : il caresse Nancy, égratigne Bitche et Phalsbourg, raie Metz, trace sur les frontières de petites lignes brisées, – et s’arrête…
Triomphant, Bismarck a couvert de son index l’Alsace et la Lorraine ! – Oh ! sous son crâne jaune, quels délires d’avare ! Quels délicieux nuages de fumée répand sa pipe bienheureuse !….

*
* *

Bismarck médite. Tiens ! un gros point noir semble arrêter l’index frétillant. C’est Paris.
Donc, le petit ongle mauvais, de rayer, de rayer le papier, de ci, de là, avec rage, – enfin, de s’arrêter… Le doigt reste là, moitié plié, immobile.
Paris ! Paris ! – Puis, le bonhomme a tant rêvé l’œil ouvert, que, doucement, la somnolence s’empare de lui : son front se penche vers le papier ; machinalement, le fourneau de sa pipe, échappée à ses lèvres, s’abat sur le vilain point noir…
Hi ! povero ! en abandonnant sa pauvre tête, son nez, le nez de M. Otto de Bismarck, s’est plongé dans le fourneau ardent… Hi ! povero ! va povero ! dans le fourneau incandescent de la pipe… hi ! povero ! Son index était sur Paris !…. Fini, le rêve glorieux !

*
* *

Il était si fin, si spirituel, si heureux, ce nez de vieux premier diplomate ! – Cachez, cachez ce nez !….
Eh bien, mon cher, quand, pour partager la choucroûte royale, vous rentrerez au palais, […] avec des crimes de… dame […] dans l’histoire, vous porterez éternellement votre nez carbonisé entre vos yeux stupides !….
Voilà ! fallait pas rêvasser !

Jean BAUDRY.

4 Réponses vers «Un article inconnu de Rimbaud : ” Le rêve de Bismarck “»

  1. albin dit :

    219. inédit

    L’inédit de Rimbaud l’a alerté.
    Albin depuis longtemps soupçonnait la présence d’un trésor caché ; pour le trouver, lui manquait juste un peu de courage.
    L’inédit de Rimbaud l’a stimulé.
    Jusque là n’avait jamais eu la force de lire son calepin en totalité. En est venu à bout, enfin.
    Et sur deux pages l’une à l’autre collées, voici ce qu’il a déniché.

    Le lézard et la fourmi

    Sur ce mur au sud exposé,
    Un lézardeau dort, ventre à terre.
    Pour couler le temps de l’été
    Connaîtrait-on meilleure manière ?

    Une fourmi vient à passer.
    Sans dissimuler son mépris,
    À boulets rouges elle va juger,
    Règle par là, principe ici.

    Comme la chose est regrettable,
    Si jeune et déjà désoeuvré.
    Jusqu’au delà du supportable
    On ne me voit, moi, qu’affairée.

    Comment peut-on rester couché,
    Tant de sujets sont en attente,
    Faire et défaire et travailler,
    Vivrait-on décemment de rente ?

    Las d’entendre déblatérer
    L’avorton qui trouble sa sieste,
    Sans le moindre geste esquisser
    Le lézard a gobé la peste.

    Moralité :
    Toi qui ne saurais accepter
    Que l’aigre cédrat ne soit mangue,
    Ne juge pas cet étranger
    Dont tu ne connais pas la langue.

    Troublé par sa découverte Albin depuis se demande de qui, mais de qui donc, cet inédit.

  2. Éric Poindron dit :

    « Il faut s’entraider, c’est la loi de la Nature. » Jean de la Fontaine

    « Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de « Bateau-livre »
    n’ait dissipé. » Anonyme.

    Reçu hier cette lettre de Frédéric Ferney animateur du « Bateau–Livre » Sur France 5.

    Je vous laisse juge de réagir et surtout de soutenir cette belle cause….

    N’hésitez pas à laisser vos commentaires et vos messages de soutien que nous ferons parvenir à Frédéric FERNEY.

    Une émission littéraire qui disparaît, contrairement au train, n’en cache pas forcément une autre.

    Alors restons vigilants et continuons de soutenir ceux qui donnent envie de lire ailleurs que sur les autoroutes culturelles…

    MERCI DE RELAYER L’INFORMATION ET DE LAISSER UN MESSAGE SUR CE BLOG :

    http://blog.france3.fr/cabinet-de-curiosites

    Votre dévoué,

    Eric Poindron

    *
    **

    Paris, le 4 juin 2008

    Monsieur le Président et cher Nicolas Sarkozy,

    La direction de France-Télévisions vient de m’annoncer que « Le Bateau-Livre », l’émission littéraire que j’anime sur France 5 depuis février 1996, est supprimée de la grille de rentrée. Aucune explication ne m’a encore été donnée.

    Si j’ose vous écrire, c’est que l’enjeu de cette décision dépasse mon cas personnel. C’est aussi par fidélité à la mémoire d’un ami commun : Jean-Michel Gaillard, qui a été pour moi jusqu’à sa mort un proche conseiller et qui a été aussi le vôtre.

    Jean-Michel, qui a entre autres dirigé Antenne 2, était un homme courageux et lucide. Il pensait que le service public faisait fausse route en imitant les modèles de la télévision commerciale et en voulant rivaliser avec eux. Il aimait à citer cette prédiction : « Ils vendront jusqu’à la corde qui servira à les pendre » et s’amusait qu’elle soit si actuelle, étant de Karl Marx. Nous avions en tous cas la même conviction : si l’audience est un résultat, ce n’est pas un objectif. Pas le seul en tous cas, pas à n’importe quel prix. Pas plus que le succès d’un écrivain ne se limite au nombre de livres vendus, ni celui d’un chef d’état aux sondages qui lui sont favorables.

    La culture qui, en France, forme un lien plus solide que la race ou la religion, est en crise. Le service public doit répondre à cette crise qui menace la démocratie. C’est pourquoi, moi qui n’ai pas voté pour vous, j’ai aimé votre discours radical sur la nécessaire redéfinition des missions du service public, lors de l’installation de la « Commission Copé ».
    Avec Jean-Michel Gaillard, nous pensions qu’une émission littéraire ne doit pas être un numéro de cirque : il faut à la fois respecter les auteurs et plaire au public ; il faut informer et instruire, transmettre des plaisirs et des valeurs, sans exclure personne, notamment les plus jeunes. Je le pense toujours. Si la télévision s’adresse à tout le monde, pourquoi faudrait-il renoncer à cette exigence et abandonner les téléspectateurs les plus ardents parce qu’ils sont minoritaires? Mon ambition : faire découvrir de nouveaux auteurs en leur donnant la parole. Notre combat, car c’en est un : ne pas céder à la facilité du divertissement pur et du ”people”. (Un écrivain ne se réduit pas à son personnage). Eviter la parodie et le style guignol qui prolifèrent. Donner l’envie de lire, car rien n’est plus utile à l’accomplissement de l’individu et du citoyen.

    Certains m’accusent d’être trop élitaire. J’assume : « Elitaire pour tous ». Une valeur, ce n’est pas ce qui est ; c’est ce qui doit être. Cela signifie qu’on est prêt à se battre pour la défendre sans être sûr de gagner : seul le combat existe. La télévision publique est-elle encore le lieu de ce combat ? Y a-t-il encore une place pour la littérature à l’antenne ? Ou bien sommes-nous condamnés à ces émissions dites « culturelles » où le livre n’est qu’un prétexte et un alibi ? C’est la question qui est posée aujourd’hui et que je vous pose, Monsieur le Président.

    Beaucoup de gens pensent que ce combat est désespéré. Peut-être. Ce n’est pas une raison pour ne pas le mener avec courage jusqu’au bout, à rebours de la mode du temps et sans céder à la dictature de l’audimat. Est-ce encore possible sur France-Télévisions ?

    En espérant que j’aurai réussi à vous alerter sur une question qui encore une fois excède largement celle de mon avenir personnel, et en sachant que nous sommes à la veille de grands bouleversements, je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, l’assurance de mon profond respect.

    Frédéric Ferney

    P.S. « Le Bateau-Livre » réunit environ 180 000 fidèles qui sont devant leur poste le dimanche matin à 8h45 ( ! ) sur France 5, sans compter les audiences du câble, de l’ADSL et de la TNT ( le jeudi soir) ni celles des rediffusions sur TV5. C’est aussi l’une des émissions les moins chères du PAF.

    *
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  3. Raphaël Zacharie de Izarra dit :

    “LE MONDE” PUBLIE UN ARTICLE SUR MOI !

    Paris est venu au Mans. Ce qui équivaut, en terme professionnel, à un scoop. Du moins dans le cercle restreint des journalistes littéraires, appelés aussi dans notre jargon « mondains du livre ». Depuis là-haut, c’est un événement, une prouesse. Rappel d’une épopée locale qui avait fait deux ou trois vagues dans nos salons : quelques heures à peine après la révélation au grand public d’un inédit de Rimbaud (Le rêve de Bismarck) retrouvé chez un bouquiniste de Charleville-Mézières, un énergumène manceau revendiqua non sans fracas la paternité du document qui serait donc… Un faux ! Info ou intox ?

    A la rédaction les collègues ont bien ri. Il y avait de quoi, avec ma mission d’« envoyé spécial en province »… La décision résonnait désagréablement comme le coup de «sifflet de Jéricho» de l’officier de police plein d’avenir du Quai des Orfèvres rétrogradé du jour au lendemain à la circulation de la Place Clichy. Et j’ai effectivement été envoyé au Mans afin de tenter d’éclaircir ce mystère d’arrière pays. Merci le TGV. Bref, de retour avec mon papier, ils ne riaient plus du tout à la rédaction. Enquête.

    AUTEUR PROLIXE

    Raphaël Zacharie de Izarra est un farceur.

    Un auteur prolixe aussi. Avec plein d’imagination.

    Un simple hurluberlu en mal de notoriété comme l’affirmait, un peu énervé, le plus grand spécialiste de Rimbaud Jean-Jacques Lefrère dans les pages du « Figaro Littéraire » ? Pas si sûr… Dès qu’on approche le phénomène, les certitudes toutes faites s’éloignent. Il y a fort à parier qu’au contact de ce fou follet, plus d’un routard de la presse reverrait son jugement. Un poids-plume de l’auto édition (il se répand sur Internet) capable d’ébranler des maisons : Izarra a du souffle, il faut lui reconnaître ce précieux avantage.

    FRISSONS

    Personnage machiavélique diraient certains… Angelot d’une désarmante naïveté pour d’autres. Prince cynique ou entité ailée, peu importe : le plaisantin ne manque pas d’atouts. S’il est vrai que le diable a plus d’un tour dans son sac, les anges n’en ont pas moins de la plume. Celui qui veut défier les exégètes de la littérature, pardon de la Littérature comme il le précise, est bien outillé. Ce maître du verbe joue de son art oratoire jusqu’à l’énième degré, là où commencent les premiers frissons. Déstabilisant.

    Le « clown à particule » s’avère être un morceau de choix pour tigres de rédactions, un cas d’école comme on en rencontre rarement dans une carrière de reporter. Un pigiste averti y regarderait à deux fois.

    Izarra, ça à l’apparence de l’ersatz, de loin ça n’a l’air de rien, de Paris on croit que c’est du toc… Et quand on vient chez lui au Mans pour une interview de près, pour de vrai, alors l’Izarra c’est de l’or en barre ! Foi de journaliste.

    L’animal est prêt. De mon côté, je fourbis mes armes. Ambiance règlement de compte à l’oral. L’interview commence mais c’est lui qui tient la baguette.

    Quand je l’interroge au sujet de cette affaire grotesque du « vrai-faux-Rimbaud » il ne se démonte pas. Ses yeux s’éclairent. Le masque de la sincérité l’habille tout de blanc. Et il a des arguments le renard ! Répondant point par point aux objections émanant de ses détracteurs, il se défend. Avec foi, panache, consistance. De telle façon qu’à mi-parcours de l’interview il est déjà permis de douter de la version officielle. Question de choix. En l’écoutant, intarissable, virtuose, charmeur, parfois excessif, toujours percutant, on se sent plus léger, libre de balancer entre vérité médiatique et doute « izarrien », qualificatif dont il abuse avec jubilation. C’est le cadeau qu’il nous fait : penser par soi-même. Raphaël Zacharie de Izarra est persuasif, il a l’art de soulever des questions que nul n’oserait effleurer.

    POLEMIQUE

    Ses arguments ? Contestables, soyons honnêtes. Contestables et pourtant… Pas tant que cela. Et c’est étrange, et c’est puissant, et c’est passionnant. C’est oui ou c’est non, c’est vrai ou c’est faux. Entre les deux, une infinité de nuances. Toutes déroutantes.

    Izarra a sa place dans la polémique et il tient tête. Il a pris le rôle du bouffon, qui n’est pas le plus facile. Rappelons que le pitre officiel du royaume assénait des vérités cinglantes au roi. Izarra se paye la tête du roi et c’est bien le seul : il n’y a qu’un bouffon dans tout le royaume pour user de ce droit. Les autres se taisent. Lui, il la ramène. Il fabrique du faux pour « mieux dénoncer une autre imposture : celle d’une certaine littérature » dit-il.

    Dans le détail son discours ressemble un peu à cette histoire de fous où l’un soutient que la bouteille est à moitié pleine pendant que l’autre s’évertue à démontrer qu’elle est à demi vide. L’un a tort, les deux ont raison et personne ne peut trancher. Ensuite c’est une question de crédibilité vestimentaire. La « vérité » du porteur de cravate sera toujours un peu plus « vraie » que celle de l’adepte de la chemise à carreaux. Izarra ne porte ni cravate ni chemise à carreaux, il arbore un front vaillant dénué d’artifice, affrontant nu les « cohortes de Bêtise parées de flatteurs, mensongers atours ».

    Même pour un reporter qui a de la bouteille, il serait trop facile de prendre à la légère l’édifice de papier de monsieur Izarra. Pour l’heure tout est théorie, démonstration intellectuelle, preuve par la dialectique et conviction intime. Le sieur Izarra est redoutable quand il s’agit de semer le doute. Et ça prend. A faire trembler les bases du plus orthodoxe des convaincus. Ca prend tellement bien que, séduit par le brillant discours, déjà convaincu mais pas tout à fait prêt à mettre la main au feu tout de même, on ne demande plus qu’à voir.

    ROCAMBOLESQUE

    Voir, c’est ce qu’il nous promet depuis le début de cette affaire décidément rocambolesque… Mais il n’est pas pressé d’apporter de la matière à son moulin à paroles. Izarra brille tant qu’il reste dans ses « hauteurs » abstraites, position stratégique bien commode dans laquelle il a tendance à s’éterniser… Sur la terre ferme son pied est plus glissant.

    Il a le temps pour lui, répète-t-il. «Je n’agis pas dans la précipitation, mon dessein est de plus grande envergure que de nourrir ces poussins de journalistes. Patience ! Au lieu de petit grain sans lendemain vous aurez la grosse pâtée pour l’hiver» confie-t-il, un brin malicieux.

    C’est vrai qu’il cause bien le contradicteur et qu’on serait prêt à se convertir à sa « vérité », à deux doigts du gouffre séparant « l’hérésie médiatique du ciel izarrien »… A condition de donner corps au discours. Bluffant pour ceux qui l’approchent, l’écoutent, le « sentent », simple zozo pour les autres qui n’ont pas eu le privilège d’un tête-à-tête, le personnage a de quoi faire peur.

    La première fois il avait même fait très peur : l’AFP lui reproche un séisme d’ampleur nationale provoqué par ses simples assertions. Pas si zozo qu’il en a l’air le « Zaza » !

    DU TEMPS

    Raphaël Zacharie de Izarra nous demande du temps, encore du temps pour prouver qu’il est l’auteur de cette farce. Mais où est la vraie farce ? Dans le document lui-même qui serait un « authentique faux » ou dans le formidable pouvoir de persuasion d’un mythomane de premier ordre ?

    Sa démarche, se justifie-t-il, est une oeuvre « de long terme, dense, complexe, nécessairement lente ».

    A la lumière de ses propos pour le moins convaincants, irritants, intrigants, presque fascinants, on lui laissera le bénéfice du doute. Mais pas trop longtemps. Pas trop longtemps monsieur Izarra : à la rédaction ils ne rient plus, mais alors plus du tout.

    R.S.
    (Le Monde)

  4. Raphaël Zacharie de Izarra dit :

    Faux-Rimbaud : rebondissement !

    Il y a quelques semaines, nous évoquions sous le titre Inédit de Rimbaud, vrai ou faux ? la polémique née de la découverte chez un bouquiniste de Charleville-Mézières d’un texte en prose du poète, Le rêve de Bismarck, signé du pseudonyme Jean Baudry. L’un des spécialiste français d’Arthur Rimbaud, Jean-Jacques Lefrère, attestait l’authenticité de ce texte, authenticité aussitôt démentie par le trublion littéraire Raphaël Zacharie de Izarra qui assurait être l’auteur de ce canular. Mise en veilleuse pendant la trêve estivale, la controverse pourrait bien rebondir aujourdhui à la suite d’un article du très sérieux quotidien Le Monde. L’un de ses journalistes a rencontré Raphaël Zacharie de Izarra, et le moins que l’on puisse dire est qu’il est sorti troublé de cet entretien. Extraits :

    Raphaël Zacharie de Izarra nous demande du temps, encore du temps pour prouver qu’il est l’auteur de cette farce. Mais où est la vraie farce ? Dans le document lui-même qui serait un « authentique faux » ou dans le formidable pouvoir de persuasion d’un mythomane de premier ordre ?

    Sa démarche, se justifie-t-il, est une oeuvre « de long terme, dense, complexe, nécessairement lente ».

    A la lumière de ses propos pour le moins convaincants, irritants, intrigants, presque fascinants, on lui laissera le bénéfice du doute.

    http://rayonsud.free.fr/?p=26

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    L’article du “Monde”

    Paris est venu au Mans. Ce qui équivaut, en terme professionnel, à un scoop. Du moins dans le cercle restreint des journalistes littéraires, appelés aussi dans notre jargon « mondains du livre ». Depuis là-haut, c’est un événement, une prouesse. Rappel d’une épopée locale qui avait fait deux ou trois vagues dans nos salons : quelques heures à peine après la révélation au grand public d’un inédit de Rimbaud (Le rêve de Bismarck) retrouvé chez un bouquiniste de Charleville-Mézières, un énergumène manceau revendiqua non sans fracas la paternité du document qui serait donc… Un faux ! Info ou intox ?

    A la rédaction les collègues ont bien ri. Il y avait de quoi, avec ma mission d’« envoyé spécial en province »… La décision résonnait désagréablement comme le coup de «sifflet de Jéricho» de l’officier de police plein d’avenir du Quai des Orfèvres rétrogradé du jour au lendemain à la circulation de la Place Clichy. Et j’ai effectivement été envoyé au Mans afin de tenter d’éclaircir ce mystère d’arrière pays. Merci le TGV. Bref, de retour avec mon papier, ils ne riaient plus du tout à la rédaction. Enquête.

    AUTEUR PROLIFIQUE

    Raphaël Zacharie de Izarra est un farceur.

    Un auteur prolifique aussi. Avec plein d’imagination.

    Un simple hurluberlu en mal de notoriété comme l’affirmait, un peu énervé, le plus grand spécialiste de Rimbaud Jean-Jacques Lefrère dans les pages du « Figaro Littéraire » ? Pas si sûr… Dès qu’on approche le phénomène, les certitudes toutes faites s’éloignent. Il y a fort à parier qu’au contact de ce fou follet, plus d’un routard de la presse reverrait son jugement. Un poids-plume de l’auto édition (il se répand sur Internet) capable d’ébranler des maisons : Izarra a du souffle, il faut lui reconnaître ce précieux avantage.

    FRISSONS

    Personnage machiavélique diraient certains… Angelot d’une désarmante naïveté pour d’autres. Prince cynique ou entité ailée, peu importe : le plaisantin ne manque pas d’atouts. S’il est vrai que le diable a plus d’un tour dans son sac, les anges n’en ont pas moins de la plume. Celui qui veut défier les exégètes de la littérature, pardon de la Littérature comme il le précise, est bien outillé. Ce maître du verbe joue de son art oratoire jusqu’à l’énième degré, là où commencent les premiers frissons. Déstabilisant.

    Le « clown à particule » s’avère être un morceau de choix pour tigres de rédactions, un cas d’école comme on en rencontre rarement dans une carrière de reporter. Un pigiste averti y regarderait à deux fois.

    Izarra, ça à l’apparence de l’ersatz, de loin ça n’a l’air de rien, de Paris on croit que c’est du toc… Et quand on vient chez lui au Mans pour une interview de près, pour de vrai, alors l’Izarra c’est de l’or en barre ! Foi de journaliste.

    L’animal est prêt. De mon côté, je fourbis mes armes. Ambiance règlement de compte à l’oral. L’interview commence mais c’est lui qui tient la baguette.

    Quand je l’interroge au sujet de cette affaire grotesque du « vrai-faux-Rimbaud » il ne se démonte pas. Ses yeux s’éclairent. Le masque de la sincérité l’habille tout de blanc. Et il a des arguments le renard ! Répondant point par point aux objections émanant de ses détracteurs, il se défend. Avec foi, panache, consistance. De telle façon qu’à mi-parcours de l’interview il est déjà permis de douter de la version officielle. Question de choix. En l’écoutant, intarissable, virtuose, charmeur, parfois excessif, toujours percutant, on se sent plus léger, libre de balancer entre vérité médiatique et doute « izarrien », qualificatif dont il abuse avec jubilation. C’est le cadeau qu’il nous fait : penser par soi-même. Raphaël Zacharie de Izarra est persuasif, il a l’art de soulever des questions que nul n’oserait effleurer.

    POLEMIQUE

    Ses arguments ? Contestables, soyons honnêtes. Contestables et pourtant… Pas tant que cela. Et c’est étrange, et c’est puissant, et c’est passionnant. C’est oui ou c’est non, c’est vrai ou c’est faux. Entre les deux, une infinité de nuances. Toutes déroutantes.

    Izarra a sa place dans la polémique et il tient tête. Il a pris le rôle du bouffon, qui n’est pas le plus facile. Rappelons que le pitre officiel du royaume assénait des vérités cinglantes au roi. Izarra se paye la tête du roi et c’est bien le seul : il n’y a qu’un bouffon dans tout le royaume pour user de ce droit. Les autres se taisent. Lui, il la ramène. Il fabrique du faux pour « mieux dénoncer une autre imposture : celle d’une certaine littérature » dit-il.

    Dans le détail son discours ressemble un peu à cette histoire de fous où l’un soutient que la bouteille est à moitié pleine pendant que l’autre s’évertue à démontrer qu’elle est à demi vide. L’un a tort, les deux ont raison et personne ne peut trancher. Ensuite c’est une question de crédibilité vestimentaire. La « vérité » du porteur de cravate sera toujours un peu plus « vraie » que celle de l’adepte de la chemise à carreaux. Izarra ne porte ni cravate ni chemise à carreaux, il arbore un front vaillant dénué d’artifice, affrontant nu les « cohortes de Bêtise parées de flatteurs, mensongers atours ».

    Même pour un reporter qui a de la bouteille, il serait trop facile de prendre à la légère l’édifice de papier de monsieur Izarra. Pour l’heure tout est théorie, démonstration intellectuelle, preuve par la dialectique et conviction intime. Le sieur Izarra est redoutable quand il s’agit de semer le doute. Et ça prend. A faire trembler les bases du plus orthodoxe des convaincus. Ca prend tellement bien que, séduit par le brillant discours, déjà convaincu mais pas tout à fait prêt à mettre la main au feu tout de même, on ne demande plus qu’à voir.

    ROCAMBOLESQUE

    Voir, c’est ce qu’il nous promet depuis le début de cette affaire décidément rocambolesque… Mais il n’est pas pressé d’apporter de la matière à son moulin à paroles. Izarra brille tant qu’il reste dans ses « hauteurs » abstraites, position stratégique bien commode dans laquelle il a tendance à s’éterniser… Sur la terre ferme son pied est plus glissant.

    Il a le temps pour lui, répète-t-il. «Je n’agis pas dans la précipitation, mon dessein est de plus grande envergure que de nourrir ces poussins de journalistes. Patience ! Au lieu de petit grain sans lendemain vous aurez la grosse pâtée pour l’hiver» confie-t-il, un brin malicieux.

    C’est vrai qu’il cause bien le contradicteur et qu’on serait prêt à se convertir à sa « vérité », à deux doigts du gouffre séparant « l’hérésie médiatique du ciel izarrien »… A condition de donner corps au discours. Bluffant pour ceux qui l’approchent, l’écoutent, le « sentent », simple zozo pour les autres qui n’ont pas eu le privilège d’un tête-à-tête, le personnage a de quoi faire peur.

    La première fois il avait même fait très peur : l’AFP lui reproche un séisme d’ampleur nationale provoqué par ses simples assertions. Pas si zozo qu’il en a l’air le « Zaza » !

    DU TEMPS

    Raphaël Zacharie de Izarra nous demande du temps, encore du temps pour prouver qu’il est l’auteur de cette farce. Mais où est la vraie farce ? Dans le document lui-même qui serait un « authentique faux » ou dans le formidable pouvoir de persuasion d’un mythomane de premier ordre ?

    Sa démarche, se justifie-t-il, est une oeuvre « de long terme, dense, complexe, nécessairement lente ».

    A la lumière de ses propos pour le moins convaincants, irritants, intrigants, presque fascinants, on lui laissera le bénéfice du doute. Mais pas trop longtemps. Pas trop longtemps monsieur Izarra : à la rédaction ils ne rient plus, mais alors plus du tout.

    R.S.
    (Le Monde)

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