mars 22, 2009
par capucinebordet
“Les vivants et les morts”, un article de Jacques Fressard
GUILLERMO FADANELLI
BOUE
trad. de l’espagnol (Mexique) par Nelly Lhermillier
Christian Bourgois éd., 348 p., 23 €
Le roman policier d’envergure littéraire ne date pas d’aujourd’hui au Mexique. Il suffit de songer à Jorge Ibargüengoitia (1928-1983), qui fut accueilli en notre Série Noire, pour s’en convaincre. Un certain mélange d’humour et de macabre participe aussi de l’idiosyncrasie nationale, qui se manifeste avec éclat le Jour des Morts où l’on juche des crânes en sucre sur les monuments funéraires et munit les marmots de squelettes miniatures à roulettes. Dans l’un et l’autre de ces deux livres les vivants etles défunts se donnent volontiers la main tandis que le temps s’écoule, comme une boue, en des minutes noires.
MARTÍN SOLARES
LES MINUTES NOIRES
trad. de l’espagnol (Mexique) par Christilla Vasserot
Christian Bourgois éd., 469 p., 25 €
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“L’enfer pour un nom”, un article d’Albert Bensoussan
JORGE VOLPI
LE JARDIN DÉVASTÉ
trad. de l’espagnol (Mexique) par Gabriel Iaculli
Seuil éd., 176 p., 18 €
Jorge Volpi, jeune écrivain mexicain, s’est fait connaître par des romans ambitieux et formidablement structurés, s’attachant aux grandes idéologies de notre vieille Europe et à leur effondrement : le nazisme dans À la recherche de Klingsor, le communisme avec Le Temps des cendres, la révolution de mai 1968 et la faillite de la gaucherévolutionnaire ou La Fin de la folie. Aujourd’hui, il s’en prend à l’islamisme et, pour ce faire, adopte un style complètement opposé où l’aphorisme est roi, et le mutisme la règle.
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“Le jeu du vrai et du faux”, un article de Jacques Fressard
DANIEL SADA
L’ODYSSÉE BARBARE
trad. de l’espagnol (Mexique) par Claude Fell
Passage du Nord-Ouest éd., 702 p., 26 €
Pourquoi ce titre un peu ronflant, conforté par une couverture où se déploie un arbre tourmenté sur un ciel d’orage ? C’est qu’il correspond sans doute à ce qu’on attend trop souvent chez nous de la littérature latino-américaine, en oubliant le mot de Montaigne : « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ». Par chance le titre original – un peu long sans doute une fois traduit littéralement – nous est fourni en épigraphe : « La vérité c’est comme du mensonge, on n’en sait jamais rien. »
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“Mario Bellatin : du récit gigogne au roman haïku”, un article d’Albert Bensoussan
MARIO BELLATIN
JEU DE DAMES
trad. de l’espagnol (Mexique) par Svetlana Doubin
Gallimard éd., 104 p., 11,50 €
L’œuvre doit se suffire à elle-même, a souvent déclaré ce jeune écrivain mexicain (né en 1960), qui ne veut rien dire sur lui-même ou si peu. Il a vécu au Pérou, certes, et même à Cuba, il aurait étudié la théologie, la littérature et le cinéma, soit. Il dirigerait à Mexico une énigmatique « École Dynamique d’Écrivains », bon. Ce qu’il y a de sûr c’est qu’il est l’auteur d’unedemi-douzaine de récits économes : courts, mais denses, où l’intrigue ou l’anecdote est toujours minimale, avec une sollicitation permanente du lecteur, comme au cinéma où l’enchaînement de séquences brèves amène le spectateur attentif à « écrire » lui-même l’histoire. Romancier à succès, Bellatin est traduit en allemand, anglais et français, et a été couronné de quelques prix. C’est une valeur sûre de la littérature mexicaine.
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“La montée en écriture”, un article d’Agnès Vaquin
ALAIN NADAUD
LE PASSAGE DU COL
Albin Michel éd., 320 p., 19 €
Le Passage du col est un livre très ingénieusement agencé, peut-être trop, même, pour un lecteur que la f in ne gratif ie d’aucune surprise. Nadaud, on le sait, est un grand voyageur qui voyage la plume à la main. Son narrateur pénètre cette fois en terrain sensible, voire interdit désormais, puisqu’il entreprend de passer la frontière chinoise pour entrer au Tibet.
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“Le Démon de l’Amérique”, un article de Hugo Pradelle
TRISTAN EGOLF
KORNWOLF, LE DÉMON DE BLUE BALL
Kornwolf
trad. de l’anglais (États-Unis) par Francesca Gee
Gallimard éd., 470 p., 22,90 €
Le livre posthume de Tristan Egolf (1971-2005) poursuit l’entreprise rabelaisienne d’exploration des fondements d’une société à la dérive. Un requiem grotesque, sordide et mélancolique pour l’Amérique
de notre temps.
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“L’homme et la bête”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt
HANS HENNY JAHNN
PAUVRETÉ, RICHESSE, HOMME ET BÊTE
trad. de l’allemand par Huguette Duvoisin et René Radrizzani
José Corti éd., 138 p., 16 €
Hans Henny Jahnn est l’un de ces écrivains en qui s’incarne au mieux ce qui est censé faire les spécif icités de la littérature allemande « romantique » dans toutes ses ambiguïtés et ses orientations. C’est grâce aux éditions José Corti qu’il commence à être connu en France, alors qu’il reste encore assez méconnu en Allemagne. Il en est à certains égards une f iguration presque caricaturale que le génie a sauvé des excès derniers.
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“Proust et la peinture”, un article de Georges Raillard
ERIC KARPELES
LE MUSÉE IMAGINAIRE DE MARCEL PROUST
Tous les tableaux de À la recherche du temps perdu
trad. de l’anglais par Pier re Saint-Jean
Thames & Hudson éd.
350 p., 206 ill., 32 €
« Proust et la peinture », « Proust et les peintres », des passages aujourd’hui obligés dans la lecture de l’œuvre de Proust, enrichi depuis quelques années de textes inédits, ou d’« esquisses » dont notre lecture ne peut pas faire l’économie.
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“Qu’est-ce qu’une vie digne de ce nom ?”, un article de Christian Descamps
ALAIN BADIOU
SECOND MANIFESTE POUR LA PHILOSOPHIE
Fayard éd., 155 p., 14 €
Alain Badiou – il est l’auteur de deux ouvrages majeurs, L’Être et l’événement et Logiques des mondes – a une haute idée de la philosophie ; éducateur actif, il a longtemps enseigné à Paris VIII-Vincennes, aux côtés de Deleuze, de Châtelet, de Lyotard… À la veulerie ambiante qui nous enjoint de « vivre sans idée », ce platonicien sophistiqué oppose un présent intensifié par l’art, l’amour, la science, la politique. Ce Second manifeste pour la philosophie déploie, pour la période actuelle, une critique du moralisme conservateur qui, sous le fallacieux intitulé de philosophie, se répand partout. Des médias aux bistrots, des gourous
médiatiques aux commissaires d’État, des sectateurs indignes n’ont de cesse de limer les dents d’une philosophie ne se contentant pas de l’adoration de ce qui est.
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“Pour l’amour du grec”, un article de Pierre Pachet
JACQUELINE DE ROMILLY et MONIQUE TRÉDÉ
PETITES LEÇONS SUR LE GREC ANCIEN
Stock éd., 182 p., 15,50 €
On sait que Madame de Romilly ne peut désormais plus lire. C’est donc dans sa vaste et lumineuse mémoire qu’elle a retrouvé les éléments d’une histoire de la langue et de la littérature grecques, et les textes dans lesquels – avec l’aide de Monique Trédé – elle a puisé les exemples frappants dont elle illustre les divers points de son essai, clair, pédagogique et séduisant. C’est là une performance intellectuelle impressionnante, et un exemple moral.
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“Emblématique de son époque”, un article de Jean M. Goulemot
ÉVELYNE et MAURICE LEVER
LE CHEVALIER D’ÉON, « UNE VIE SANS QUEUE NI TÊTE »
Fayard éd., 384 p., 22 €
Il est en Histoire des sujets qui, changeant de statut, reviennent à la mode et sont alors justiciables d’une mise en perspective et d’un traitement plus actuels. Ainsi en est-il de ce personnage sexuellement incertain, officier de dragons, diplomate, agent secret, bretteur redouté, aventurier et homme de lettres, mais portant, par goût ou obligation, le cotillon aussi souvent que la culotte. Il s’agit de Charles, Geneviève, Louis, Auguste, Thimotée, Éon de Beaumont (1728-1810), plus connu sous le nom du chevalier d’Éon, célèbre en son temps, et demeuré présent dans la mémoire comme une curiosité historique.
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“Droit, morale et politique”, un article de Monique Chemillier-Gendreau
ANNE SIMONIN
LE DÉSHONNEUR DANS LA RÉPUBLIQUE
Une histoire de l’indignité. 1791-1958
Grasset éd., 758 p., 26,90 €
Voilà un livre prolifique dans lequel la narration historique est mêlée à des interrogations de philosophie politique et la science politique à la sociologie juridique. Cela à travers l’analyse de deux moments particuliers de l’histoire de France (et de leurs prolongements) dans lesquels le droit pénal a été utilisé pour circonscrire le cercle politique à ceux qui en étaient « dignes ». Ces innovations dans le rapport du pénal au politique sont étudiées dans un va-et-vient comparatif de la Révolution française (plus précisément de la Terreur) à la période qui va de Vichy à la Libération. On y voit l’utilité mais aussi les limites et les dérives de l’instrumentalisation politique du droit pénal. Par les exemples de Sade et de Baudelaire, par l’attitude critique de Jean Paulhan, la littérature est placée au cœur de ce débat. Enfin, la réflexion peut être utilement actualisée puisque, sous nos yeux, juristes et politologues peinent à nouer, notamment à l’échelle internationale, répression des crimes et réalité de la communauté politique.
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“Vers un nouveau paradigme”, un article de Jean-Paul Deléage
EMMANUEL DESJARDINS
PRENDRE SOIN DU MONDE
Survivre à l’effondrement des illusions
Alphée éd., 282 p., 21,90 €
Toutes les idéologies du XXe siècle ont failli. Cependant, tant que la promesse de l’avènement du paradis sur terre est restée crédible, elle a pu donner un incroyable élan créateur à notre société occidentale. Désormais, toutes les espérances d’un monde meilleur s’effondrent dans un désenchantement généralisé.
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“Place aux jeunes !”, un article de Lucien Logette
Rétrospective Erich von Stroheim
Musée d’Orsay du 13 au 19 mars 2009
Rétrospective Joris Ivens
Cinémathèque française
jusqu’au 5 avril 2009
Au fil des trois mercredis qui nous séparent encore du printemps, le spectateur parisien pourra découvrir 34 nouveaux films – et pas des moindres, puisque certains signés Gus Van Sant, André Téchiné, Jia Zhangke ou Walter Salles – et 6 rééditions. Deux lignes droites plus tard, l’artillerie cannoise tirera ses premières salves, qui promettent déjà d’être lourdes. Aucun problème donc dans l’alimentation des tuyaux à images, au contraire – et lorsque l’on apprend que le cinéma nigérian produit à Lagos, avec des moyens de fortune, 2 500 f ilms par an, directement vendus sur place en vidéo, on frémit devant la menace; le monde de 2009 est-il si passionnant qu’il faille le célébrer de façon si nombreuse ?
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“La lettre et l’esprit d’Oncle Vania”, un article de Monique le Roux
ANTON TCHEKHOV
ONCLE VANIA
Mise en scène de Claudia Stavisky
Tournée nationale jusqu’au 24 mai
Mise en scène de Rodolphe Dana et Katja Hunsinger
Tournée nationale jusqu’au 28 avril
Hasard des programmations : Oncle Vania d’Anton Tchekhov est présenté en même temps aux Bouffes du Nord par Claudia Stavisky et à la Bastille par Rodolphe Dana et Katja Hunsinger, avec le collectif les Possédés. C’est l’occasion d’éprouver une fois encore l’apport singulier de la mise en scène comme art des variations.
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