Vrais ou faux Duras ?

Un article de Tiphaine Samoyault

DOMINIQUE NOGUEZ
DURAS, TOUJOURS
Actes Sud, 142 p., 18 €

Après Duras, Marguerite, publié en 2001 aux éditions Flammarion, Dominique Noguez revient à la fois sur ses souvenirs personnels de Duras – il l’a fréquentée assez assidûment dans les années 1970, au moment des entretiens qu’il a faits avec elle sur son cinéma – et sa grande connaissance de l’œuvre, pour les mettre au service d’un essai informé et sensible, personnel et délié.

Le livre s’ouvre sur l’énigme du roman caché, ou plutôt des romans cachés, puisque ces dernières années, deux textes ont pu être promus, à tort ou à raison (c’est ce que Dominique Noguez entreprend d’examiner), au rang de romans de Duras, et font ici l’objet d’une enquête détaillée d’attribution… Retrouvez la suite de l’article dans la Quinzaine n°999

Les contes de Grimm : enfance d’une écriture

Un article de Laurent Margantin

JACOB ET WILHEM GRIMM
CONTES
José Corti, 1184 p., 50

Les éditions José Corti nous offrent, avec cette nouvelle traduction de tous les contes de Grimm, une des œuvres fondatrices de la culture allemande. Y est notamment posée la question de l’enfance en littérature, et de ce qu’il advient de cette dernière à travers le conte.

Publiés en deux volumes en 1812 et 1815, les Contes pour les enfants et la maison des frères Grimm bénéficièrent d’un contexte favorable. Plusieurs auteurs allemands s’étaient tournés avant eux vers l’écriture du conte, qu’il s’agisse de Goethe ou des romantiques allemands, donnant à ce qui n’était pas encore un genre littéraire à part entière (du moins en Allemagne) une légitimité croissante… Retrouvez la suite de l’article dans la Quinzaine n°998

Bientôt : le numéro 1000 !

bientot

La Quinzaine littéraire publie le 1er octobre prochain son numéro 1 000. Des écrivains, français et étrangers, nos collaborateurs habituels, des éditeurs et des lecteurs diront ce qu’a été, ce qu’est, ce que sera la Quinzaine. Ce numéro spécial sera disponible dans les kiosques.

La Quinzaine n°999, du 16 au 30 septembre 2009

“Le cavalier polonais”, un article de Norbert Czarny

YANNICK HAENEL
JAN KARSKI
Gallimard, coll. « L’Infini », 194 p., 16,50 €

Un petit tableau de Rembrandt, à la Frick Collection de New York, aura été la véritable patrie de Jan Karski. Karski est dans Shoah de Lanzmann le résistant polonais qui, guidé par deux membres de la communauté juive, est entré dans le ghetto de Varsovie et y a vu l’inhumanité à l’œuvre. Il n’est jamais revenu de ce temps, jusqu’à son décès en 2000 à Washington.

“Si l’amour ne meurt”, un article de Vanessa Aubert

NOËLLE REVAZ
EFINA
Gallimard, 192 p., 14,90 €

« Le soleil est rare – Et le bonheur aussi – L’amour s’égare – Au long de la vie. » (Serge Gainsbourg). Après Rapport aux bêtes (2005) dans lequel elle recréait la beauté de la langue paysanne, Noëlle Revaz signe un nouveau roman, Ef ina. Cette fois-ci, l’auteur suisse s’attache à dépeindre le face-à-face amoureux dans un va-et-vient tragique.

“Le grand sommeil”, un article de Huho Pradelle

VINCENT MESSAGE
LES VEILLEURS
Le Seuil, 636 p., 22 €

Un premier roman qui réorganise le chaos du monde contemporain, défaisant le réel et le ravaudant avec une certaine forme de jouissance atterrée. Une fresque qui s’apparente à un gouffre et à un recouvrement. Vincent Message interroge la raison, la folie, l’imagination, la mémoire, les rêves qui nous habitent et la parole qui les ordonne. Un livre éprouvant, à l’aune d’une époque de transition où l’homme s’affronte à la perte de sa propre image. Reste à veiller.

“La vie derrière soi”, un article de Hugo Pradelle

PIERRE SILVAIN
ASSISE DEVANT LA MER
Édition définitive
Verdier, 128 p., 14 €

Pierre Silvain entreprend le ressouvenir de son enfance au Maroc, de sa mère, de leurs rapports étranges, cruels et innocents à la fois, de ses secrets de jeunesse, de son rapport à la disparition et à l’écriture. Il signe un récit bouleversant, plein de clarté, la chronique d’un amour compliqué, d’une recouvrance.

“Composition canadienne”, un article de Liliane Kerjan

ALICE MUNRO
DU CÔTÉ DE CASTLE ROCK
A view from Castle Rock
trad. de l’anglais (Canada) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso
Éd. de l’Olivier, 344 p., 22

Gagner sa liberté, sa vie, son espace : tel est toujours le f il serré des histoires d’Alice Munro. Mais pour la première fois il s’agit de son histoire personnelle, précise, lucide, dans la ferme aux renards argentés, en lien direct avec celle de ses ancêtres venus d’Écosse. Pour mieux s’affranchir d’un livre de mémoires, l’imagination s’en mêle qui va faire vibrer des existences robustes ou discrètes sur les terres vierges des cantons canadiens. L’audacieuse Alice Munro crée un genre hybride, original parce que rebrodé sur la trame historique, f idèle dans l’inf idélité. Élargissant les histoires familiales pour créer une f iction de généalogiste, elle invente une composition à la fois ample et intimiste portée par l’élan de sa belle plume incisive.

“Une journée de mai à Rome”, un article de Monique Baccelli

MELANIA G. MAZZUCCO
UN JOUR PARFAIT
trad. par Philippe Di Meo
Flammarion, 393 p., 21 €

Une romancière méthodique : douze personnages principaux, pas ou peu de seconds rôles. Tout se passe à Rome, dans « l’ère Bersluconi » en une seule journée, comme dans l’Ulysse de Joyce, mais une journée scandée par les 24 heures correspondant chacune à un chapitre. Dès les premières pages on sait que le roman s’achèvera sur un crime. Seul point d’interrogation, la journée sera-t-elle pour tous aussi «parfaite» que le titre l’indique ?

“L’équilibre”, un article de Hugo Pradelle

COLUM MCCANN
ET QUE LE VASTE MONDE POURSUIVE SA COURSE FOLLE
Let The Great World Spin
trad. de l’anglais (Irlande) par Jean-Luc Piningre,
Belfond, 448 p., 22 €

Le dernier roman de Colum McCann est un immense creuset pour les voix éperdues de personnages en quête d’amour et de paix. Un requiem polyphonique pour une ville qui change, un cri d’alarme presque désespéré, un élan de tendresse acharné. Ce qu’il appelle « la collision des histoires ».

“Essais parlants”, un article de Marie Tournier-Cardinal

HUANG KUO-CHUN
ESSAIS DE MICRO
Maikefeng Shiyin
trad. du chinois (Taiwan) par Esther Lin et Angel Pino
Actes Sud, 184 p., 19 €

Recueil de courts textes en prose, Essais de micro, traduction littérale du chinois Maikefeng Shiyin, est la tentative d’un jeune écrivain taïwanais, rendu au silence par sa mort prématurée, pour faire entendre l’effet Larsen d’une société qui grince sur elle-même. La diff iculté de celui qui se propose d’en faire la chronique consiste essentiellement à ne pas céder la parole à son auteur dont l’ironie jubilatoire nous amène bien souvent à lire à haute voix, af in d’en faire prof iter l’entourage. Il s’agirait peut-être alors, pour citer Huang Kuo-chun, lorsqu’il entreprend dans le présent ouvrage la recension des « Nouveaux Horaires des trains » de Taipei d’une « monstrueuse critique de livre ».

“Merci de lire ce livre”, un article de Liliane Kerjan

DAVE EGGERS
LE GRAND QUOI
What is the What
trad. de l’anglais (États-Unis) par Samuel Todd
Gallimard, 627 p., 26 €

L’horreur des guerres civiles et des camps de réfugiés d’Éthiopie et du Kenya, la candeur d’un gamin qui fuit son village massacré par les cavaliers arabes pour f inalement atterrir, treize ans plus tard, en Amérique. Du Sud-Soudan à Atlanta, du désert de poussière à la jungle urbaine, un livre effarant, très bien écrit, qui devient une fantastique épopée contemporaine et une exemplaire tragédie du nomade déplacé, traqué, marchant dans l’inconnu.

“Jean Pérol : une vie en poésie”, un article de Maurice Mourier

JEAN PÉROL
POÉSIE I 1953-1978
La Différence, 510 p., 39

Étrange entreprise, et quelque peu mélancolique : en présentant le volume I de ses « Œuvres complètes », qui rassemble ses neuf premiers recueils, publiés de 1953 (il avait vingt et un ans) à 1978, volume I qui devrait être suivi d’un numéro II regroupant cinq ensembles suivants (le dernier sorti en 2004), Jean Pérol aff irme que « la forme présente de ces recueils, dans cette édition des œuvres poétiques, doit être considérée comme leur forme déf initive et faire seule référence »

“Une poésie en marche”, un article de Stéphane Barsacq

JEAN-CLARENCE LAMBERT
X-ALTA, CONTINUUM POÉTIQUE 1991-2006
accompagné de dessins originaux d’Antonio Segui
Galilée, coll. « Écritures / Figures », 154 p., 30 €

Il y a cinquante ans un poète qui n’avait pas trente ans alors écrivait en liminaire d’une vaste anthologie qu’il présentait avec Roger Caillois, Trésor de la poésie universelle : « Je me suis pris à rêver au Musée imaginaire de la poésie. » Avec X-Alta, Jean-Clarence Lambert offre le dernier état de sa quête en marche, sans origine et sans fin peut-être.

“Anne et Patrick Poirier :  la Fabbrica della Memoria”, un article de Georges Raillard

EXPOSITIONS
Vertiges / Vestiges
Chapelle Saint-Charles, Avignon.
Jusqu’au 30 septembre, du mercredi au lundi.
Ruines et mémoire
Maison René-Char, Hôtel Campredon,
L’Isle-sur-Sorgue, jusqu’au 11 octobre.
PUBLICATIONS
ANNE ET PATRICK POIRIER. VERTIGES / VESTIGES
Catalogue de l’œuvre. Préfaces de Marc Augé et Damien Sausset.
144 p., 150 illustrations en couleur, 30 €
L’ATELIER DE ANNE ET PATRICK POIRIER
Photos prises par les artistes. Entretien avec Evelyne Artaud.
Thalia éditions, 76 p. illustrées, 28 €

Anne et Patrick Poirier sont de ces rares artistes qui ne doivent rien qu’à eux-mêmes. Et qui s’adressent à nous – fût-ce par des voies détournées. À nous aux prises avec notre présent, notre futur, notre mémoire. Ils en tirent des œuvres qui sont toutes des f igures d’intelligence, de culture et de sensibilité.

“Une telle confiance”, un article de Christian Mouze

OSSIP MANDELSTAM
Europe, juin-juillet 2009, 332 p., 20 €

La revue Europe consacre son double numéro d’été à Mandelstam, et comme pour Chestov c’est une réussite. « Il est impossible de citer un autre poète qui, dans des circonstances aussi inhumaines, ait cultivé une telle conf iance en l’humain. » Alexandre Kouchner (né en 1936), poète héritier de la tradition pétersbourgeoise à laquelle appartenaient Ossip Mandelstam et Anna Akhmatova, et plus près de nous Iossif Brodski dont il fut le compagnon, ne pouvait mieux ouvrir ce numéro que par le mot confiance : au milieu des crimes et des douleurs, un poète témoigne d’une ultime conf iance précisément dans le mot et l’homme (tout homme et tout l’homme) qui le prononce.

“Les avertissements de Joseph Roth”, un article de Pierre Pachet

JOSEPH ROTH
JUIFS EN ERRANCE
SUIVI DE L’ANTÉCHRIST
trad. de l’allemand par Michel-François Demet
Le Seuil, 254 p., 19 €

Dans ces deux essais, le premier daté de 1927, le second de 1934 (publié en allemand à Amsterdam, après l’exil de l’auteur), le romancier trouve des formules prophétiques, non seulement en ce qu’elles anticipent un avenir proche, mais en ce qu’elles transpercent le présent.

“Faire vibrer la fibre inconnue”, un article de Jean-Claude Chevalier

LOUIS SÉBASTIEN MERCIER
NÉOLOGIE
texte établi, annoté et présenté par Jean-Claude Bonnet
Belin, 591 p., 26 €

Louis Sébastien Mercier, observateur de la rue et des mœurs, est surtout connu pour ses Tableaux de Paris, publiés de 1781 à 1788, souvenirs d’un marcheur parisien : « Je les ai écrits avec les pieds », disait-il en parlant de cet énorme compendium qui trouva tout de suite le succès.

“L’Algérie des « pieds-rouges »”, un article d’Omar Merzoug

CATHERINE SIMON
ALGÉRIE, LES ANNÉES PIEDS-ROUGES
La Découverte, 300 p., 22€

Le 19 mars 1962, lorsque les accords d’Évian sont signés, une époque de convulsions, de sang, d’exactions, de tortures et de crimes de guerre s’achève. Malgré la politique de « la terre brûlée » de l’OAS, on s’achemine vers la paix, une paix encore armée, déchirée çà et là par des règlements de comptes, des liquidations, notamment de harkis, et endeuillée aussi par l’implosion du FLN, à l’été 1962. Grand reporter au quotidien Le Monde, Catherine Simon ne se propose pas de décrire les derniers instants de l’occupation française en Algérie ; elle entreprend de restituer les faits d’une nouvelle histoire qui commence en 1962, quand « le fil se casse », au moment où l’Algérie et la France « font mine de se tourner le dos ».

“Une génération perdue”, un article de Jean-Jacques Marie

JEAN-JACQUES AYME
JEUNESSES SOCIALISTES 1944-1948.
Socialisme contre social-démocratie
Éd. Amalthée, 506 p., 23,50 €

On peut s’interroger ? Pourquoi écrire une histoire des Jeunesses socialistes SFIO de 1944 à 1948 ? N’est-ce pas là un étroit sujet plus digne d’une simple maîtrise universitaire que d’un livre ?

“Biribi, c’est en Afrique”, un article de Vincent Milliot

DOMINIQUE KALIFA
BIRIBI. LES BAGNES COLONIAUX DE L’ARMÉE FRANÇAISE
Perrin, 344 p., 21 €

Hors les lecteurs du roman rageur que Darien publia en 1890, régulièrement réédité depuis, plus grand monde ne frisonne, ni ne s’indigne à l’évocation de ce nom : Biribi. Symbole des formes les plus dures de l’oppression militaire, ce terme ne désignait pas un lieu précis mais un archipel de structures disciplinaires et pénitentiaires installées principalement en Afrique du Nord. Dans l’impunité presque totale et sous l’arbitraire absolu des « chaouchs », les « gibiers de Biribi » enduraient travail forcé, privations et sévices plus d’une fois mortels.

Les Aigles foudroyés

Du vendredi 25 au dimanche 27 septembre 2009, l’auditorium du musée d’Orsay présente la série documentaire des Aigles foudroyés. Chronique de la fin des grands empires (1997), réalisée par Frédéric Mitterrand.

À la fin du XIXe siècle, trois grands empires autoritaires dirigés par trois dynasties prestigieuses (les Hohenzollern en Allemagne, les Habsbourg en Autriche-Hongrie, les Romanov en Russie) tentent de maintenir leur hégémonie en Europe. Cependant des forces nouvelles apparaissent, qui contrarient désormais leurs desseins : la prédominance des impérialismes économiques et coloniaux, l’émergence de nouvelles grandes puissances (les États-Unis, le Japon) et surtout la montée des nationalismes et la naissance du socialisme. Ni le poids des traditions historiques, ni les alliances conclues entre cousins, ni les initiatives individuelles ne parviendront à contenir la lame de fond qui déferle. Dès les années 1900, plusieurs fois la guerre sera évitée de justesse, au Maroc, dans les Balkans, mais c’est en 1914 qu’éclatera le conflit qui mènera les empires centraux à leur perte et créera un nouvel ordre mondial.

Lire la suite

Interview de Pierre Michon

William Irigoyen, journaliste et présentateur d’Arte Info, a interviewé sur son blog l’auteur Pierre Michon. Cet entretien de 75 minutes est l’aboutissement d’une série de douze chroniques écrites sur l’écrivain, dont le dernier livre Les Onze est paru en avril dernier chez Verdier. Cet ouvrage, sélectionné pour les prix Goncourt et Renaudot, avait été chroniqué dans le n° 993 de la Quinzaine.

Retrouvez toutes les chroniques et l’interview sonore de Pierre Michon sur : http://blogs.arte.tv/Le_poing_et_la_plume/

L’Histoire en BD

«Ils sont fous ces Romains !» La bande dessinée à l’épreuve de l’Histoire, un article de Vincent Milliot

Objectif bulles.
Bande dessinée et Histoire
sous la direction de Michel Porret,
Georg éditeur, coll.
« L’équinoxe », 302 p., 22 €

Dans sa vie académique, Michel Porret est aujourd’hui l’un des historiens les plus réputés du droit de punir et de l’histoire de la justice à l’époque des Lumières. Côté jardin, c’est un collectionneur passionné et un amateur éclairé de bandes dessinées. Et lorsque la passion du métier d’historien rencontre celle du lecteur de vignettes illustrées, cela donne un ouvrage collectif passionnant, inspiré par une source imprimée d’une importance majeure pour étudier les imaginaires sociaux contemporains.

S’inscrivant dans le sillage de la littérature d’aventures qu’élaborent au XIXe siècle et parmi d’autres, Walter Scott, Alexandre Dumas, Fenimore Cooper ou Jules Verne, la bande dessinée appartient aux dispositifs de fiction qui glorifient l’imaginaire de l’aventure comme récit héroïsé du dépassement de soi dans la quête courageuse du bien. Elle décline une « mystique moderne » liée à la figure romantique et individualiste de l’aventurier redresseur de torts dans tous ses états, du savant à l’explorateur, du militaire au globetrotter, du détective au journaliste d’investigation. Longtemps dévalorisée sur le plan culturel par les censeurs et les moralistes qui l’opposent à la grande littérature, la bande dessinée est un produit littéraire lié des modes de production socio-culturelle, matérielle et économique de dimension industrielle…Retrouvez la suite de l’article dans la Quinzaine n°998

La révolution des Iraniennes

Un article de Laurence Zordan

MARIE LADIER-FOULADI
IRAN : UN MONDE DE PARADOXES
L’Atalante, 347 p., 18 €

Démontrer que la baisse de la fécondité, en Iran, a été amorcée dès le milieu des années 1980, c’est-à-dire sous la République islamique elle même : voilà qui rompt avec les idées reçues, en montrant que les femmes, censées être évincées de l’espace public, conservent en réalité une forme de maîtrise. Par leur influence sur la natalité, déjouant ainsi les slogans du régime, les femmes échappent à un processus de contrôle incapable, dès lors, de revendiquer une totale emprise. Mainmise du pouvoir qui, ne détenant plus toutes les clés, risque ainsi d’être mis à mal. N’y avait-il pas, il y a trente ans déjà, une menace de rébellion (quel mot employer qui ne soit pas politiquement connoté ?), battant en brèche un dispositif que l’on croyait solidement verrouillé ? Et si les affrontements actuels étaient déjà en germe dans une insoumission silencieuse, vieille de trois décennies ?

Retrouvez la suite de l’article dans la Quinzaine n°998

Picasso Cézanne

Un article de Georges Raillard

EXPOSITION
AU MUSÉE GRANET
Aix-en-Provence
25 mai – 27 septembre 2009
catalogue collectif sous la direction de Bruno Ely,
directeur du musée Granet 280 pages illustrées, 39 €

Non pas Cézanne Picasso, ordre qui ouvrirait, une fois de plus, à une chronologie, à une thématique de l’influence, réelle ou supposée, de l’aîné (1839-1906) sur l’oeuvre du cadet (1881-1973), du maître sur l’apprenti. Mais l’exposition d’Aix est en ceci éclairante qu’elle est bâtie sur Picasso, sur Picasso àVauvenargues, dans l’ombre de Sainte-Victoire.

Au château de Vauvenargues, Picasso fut enterré, quasi secrètement. Jacqueline, sa veuve, le fut aussi, près de Pablo. Depuis, sa fille, Catherine Hutin, héritière d’une part importante de l’oeuvre de son beau-père et du château de Vauvenargues, tenait les portes closes de l’austère demeure. Durant cet été elle organise des visites liées à l’exposition du Musée. Elle y a largement contribué par le prêt
d’oeuvres de son immense collection… Retrouvez la suite de l’article dans la Quinzaine n°998


Les “Trois femmes puissantes” de Marie NDiaye

Le nouveau livre de Marie NDiaye, Trois femmes puissantes, semble constituer l’événement littéraire de la rentrée. Deux de nos collaborateurs donnent leur avis.

MARIE NDIAYE
TROIS FEMMES PUISSANTES
Gallimard, 320 p., 19 €

“L’exil et la mauvaise conscience”, un article de Marie Etienne

Trois femmes puissantes (en quoi ? nous tenterons de le comprendre), trois moments du roman, largement autonomes et cependant liés les uns aux autres par un pays, le Sénégal, l’atmosphère de malaise, sinon de drame, le crescendo du dénouement.

Norah est avocate, mère d’une enfant, et a un compagnon. Un jour son père lui demande de venir le rejoindre au Sénégal. Ce qu’elle fait. Le malaise dans lequel se débat la jeune femme tient à la situation (déchéance du père, incarcération du frère), ainsi qu’au sentiment de culpabilité qui ne la quitte pas : « Honte à elle », pense-t-elle constamment… Retrouvez la suite de l’article dans la Quinzaine n°998

“Marie NDiaye ou la force des faibles”, un article d’Omar Merzoug

À l’heure où le moindre écrivailleur juge ses humeurs, ses embarras gastriques et ses bleus de l’âme dignes d’être communiqués aux lecteurs, Marie NDiaye nous fait grâce de ces confidences importunes et de ces aveux intempestifs qui fournissent à la trame filandreuse d’un grand nombre d’ouvrages. Douée d’un talent qui n’est gâté ni par l’artifice ni par l’apprêt, elle renoue avec une veine romanesque dont le contenu est tissé d’intrigues multiples et de personnages vivant des aventures. Elle sait ménager des rebondissements, créer des atmosphères et des univers. Avec ce nouveau récit, la romancière restitue, tantôt avec vivacité, tantôt avec nonchalance, mais toujours avec un instinct très sûr du rythme et de l’harmonie, des moments d’existences « prises en tant que livre », selon l’heureuse formule de Novalis.

Entre Norah et son père, qui n’estime que les garçons, il ne peut y avoir qu’un dialogue de sourds ou de fous. « Cela n’a ni sens ni
intérêt d’avoir pour père un homme avec lequel on ne peut pas s’entendre » se répétait Norah qui avait, à l’endroit de son père, « une inépuisable colonne de griefs » tout en sachant « qu’elle ne lui ferait part ni des graves ni des bénins » et « qu’elle ne pourrait jamais
rappeler dans la réalité du face-à-face avec cet homme insondable »… Retrouvez la suite de l’article dans la Quinzaine n°998

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 52 followers