La Quinzaine n°998, du 1er au 15 septembre 2009

“De la rupture à l’extase”, un article d’Agnès Vaquin

JEAN-PHILIPPE TOUSSAINT
LA VÉRITÉ SUR MARIE
Éd. de Minuit, 208 p., 14,50 €

Après Faire l’amour (2002) et Fuir (2005), Jean-Philippe Toussaint considère que La Vérité sur Marie constitue un “prolongement” des deux premiers romans. Pour qu’il y ait trilogie, il faudrait que le récit de ces amours tumultueuses s’arrête là. Le texte s’achève sur un point d’orgue, sur un grand moment de bonheur et, comme chacun sait, les gens heureux n’ont pas d’histoire… Va-t-on en rester là ? Quoi qu’il en soit, Marie reste toujours la même sylphide dont le narrateur est toujours aussi amoureux.

“La créature”, un article de Hugo Pradelle

STÉPHANE VELUT
CADENCE
Christian Bourgois, 196 p., 15 €

Le premier roman de Stéphane Velut est un récit de la solitude extrême, de la distorsion de la perception, de la perversité et de la déshumanisation. Entre fable kafkaïenne et variations sur le mythe de la créature, il signe un livre court, intense et formidablement dérangeant.

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“La chanson du retour”, un article de Norbert Czarny

ÉRIC HOLDER
BELLA CIAO
Le Seuil, 156 p., 16 €

« Tu vas me dire ce que tu as en tête ? » Prononcée avec colère par Franck, l’employeur du narrateur, cette phrase fait écho au « J’en ai assez » dit posément par Myléna, son épouse, à ce même narrateur en ouverture du roman. Façon de dire qu’on part brutalement, sur une impulsion, dans Bella Ciao, comme dans bien des livres d’Éric Holder.

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“Laura apprend”, un article de Norbert Czarny

BRIGITTE GIRAUD
UNE ANNÉE ÉTRANGÈRE
Stock, 216 p., 17 €

Il faut attendre les toutes dernières lignes d’Une année étrangère, le nouveau roman de Brigitte Giraud, pour qu’enfin on se sente libéré d’un poids qui oppresse. Poids des secrets et des silences qui les accompagnent ? Poids d’une année passée loin de chez soi dans une langue étrangère ? Cela mais pas seulement.

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“Ecrire la guerre”, un article de Norbert Czarny

LAURENT MAUVIGNIER
DES HOMMES
Éd. de Minuit, 290 p., 17,50 €

On le surnomme Feu-de-Bois, il se prénomme Bernard. Avant d’être cet homme aux ongles sales, qui sent mauvais et qu’on préfère tenir éloigné, il a été un époux, un père de famille qui travaillait à l’usine, à Boulogne. Quarante ans ont passé et quand il vient offrir un cadeau coûteux à sa sœur Solange, tout le monde s’interroge sur la provenance de l’argent.

“Chasseur de sens”, un article de Marie Etienne

YOKO TAWADA
LE VOYAGE À BORDEAUX
Verdier, 128 p., 15 €

Écrire en Allemagne, dans la langue japonaise, le récit d’un voyage à Bordeaux destiné à apprendre le français, est déjà en lui-même un acte intéressant sur le plan linguistique.

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“L’immense possible”, un article d’Agnès Vaquin

MATHIEU TERENCE
L’AUTRE VIE
Gallimard, 166 p., 13,90 €

Pourquoi aime-t-on les romans de Mathieu Terence sinon pour son art de vous fabriquer des personnages a priori parfaitement artificiels, évoluant dans un milieu qui l’est tout autant. Un miroir déformant mais un miroir tout de même, une image de la métamorphose dont l’espèce humaine est actuellement affectée.

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“Tout rêveur est un prisonnier qui s’évade”, un article de Tiphaine Samoyault

HÉLÈNE CIXOUS
ÈVE S’ÉVADE. LA RUINE ET LA VIE
Galilée éd., 215 p., 25 €

Comme Ciguë l’année dernière, Ève s’évade est un « Livre de ma mère ». Mais tandis que dans le précédent texte, les motifs de la vieillesse et de la mort dialoguaient avec la scène du suicide de Socrate, ici, le double argument de la prison et de l’évasion entre en résonance avec certains moments de la vie et de l’œuvre de Freud.

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“Le Journal de Valery Larbaud au complet (1600 pages)”, un article de Béatrice Mousli

VALERY LARBAUD
JOURNAL
édition définitive – texte établi, préfacé et annoté par Paule Moron
Gallimard, 1616 p., 70 €

La bande rouge « édition définitive » qui entoure cet énorme volume (plus de 1600 pages) a de quoi faire rêver tous ceux qui s’intéressent à Valery Larbaud : un seul volume pour réunir toutes les éditions diverses parues au siècle dernier !

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“Les démesures et les violences d’Une semaine de bonté“, un article de Gilbert Lascault

MAX ERNST
UNE SEMAINE DE BONTÉ
Les collages originaux (1933)
Musée d’Orsay  30 juin – 13 septembre 2009
WERNER SPIES ET COLL.
CATALOGUE DE L’EXPOSITION
Gallimard / Fundación MAPFRE / Musée d’Orsay
406 p., 350 ill. coul., 45 €

À l’été 1933, dans le Château de Vigaleno, près de Plaisance, dans le nord de l’Italie, pendant trois semaines, Max Ernst a rassemblé des matériaux. Il achève 184 planches originales qui formeront un livre troublant que Jeanne Bucher publiera en 1934 : Une semaine de bonté (ou les sept éléments capitaux).

“Sur les formes idéologiques de la politique”, un article de Patrick Cingolan

MIGUEL ABENSOUR
POUR UNE PHILOSOPHIE POLITIQUE
CRITIQUE – ITINÉRAIRES
Sens & Tonka, 400 p., 25 €

Il y a deux ans, Miguel Abensour nous avait donné un livre remarquable sur Hannah Arendt : Hannah Arendt, contre la philosophie politique ? Dans ce livre il revenait notamment sur le rapport Arendtien à la troisième critique de Kant et sur la manière dont la philosophe renouait contre Platon la politique à l’esthétique et plus particulièrement à la question du beau dans son rapport au sens commun chez Kant. Aujourd’hui, dans le recueil Pour une philosophie politique critique, Miguel Abensour revient centralement sur ce dialogue complexe avec Arendt, sur ce pour ou contre la philosophie politique, adjoignant aux deux mots un troisième : celui de critique.

“Une ère post-totalitaire”, un article de Jean Lacoste sur le même livre que précédemment

Un recueil d’articles sans doute, mais qui mérite une lecture attentive, lente et respectueuse,parce qu’en lui se concentrent plus de trente ans de réflexions philosophiques sur la politique, depuis le manifeste « Critique de la politique » de 1971, qui traçait le programme éditorial d’une collection prestigieuse chez Payot, jusqu’à « L’extravagante hypothèse », de 2006, qui comme il se doit, ouvre encore de nouvelles voies avec Levinas.Trente
années consacrées à défendre une certaine notion de la philosophie politique critique contre ceux, acteurs ou théoriciens, qui veulent n’y voir que
le reflet des conflits sociaux et de l’économie ou qui souhaitent la réduire à des techniques de gestion ou de manipulation de l’opinion.

“Les enchantements du Graal”, un article de Dominique Goy-Blanquet

LE LIVRE DU GRAAL, TOME III
Gallimard / Pléiade, 1707 p.,
prix de lancement, 65 € jusqu’au 31/12/09 ; 73 € ensuite
LA QUÊTE DU GRAAL
Le Seuil, 350 p., 28 €

Nous avions quitté les chevaliers d’Arthur il y a six ans sur la longue absence de Lancelot et la quête de Mordret, dont le conteur prédit qu’il fera mourir quinze mille hommes (La Quinzaine n° 867, 16-31décembre 2003). Le hasard fait bien les choses cet été car les lecteurs pourront lire le conte enrichi d’un côté des notes savantes de la Pléiade, de l’autre des enluminures qu’offre le Seuil en rééditant la version donnée jadis par Yves Bonnefoy et Albert Béguin.

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“Capitales de la douleur”, un article de Laurence Zordan

ADRIEN GOMBEAUD
L’HOMME DE LA PLACE TIANANMEN
Le Seuil/presses de Sciences-Po, 121 p.,14 €
GEOFFROY DE LAROUZIÈRE-MONTLOSIER
JOURNAL DE KABOUL
Bleu autour, 205 p.,15 €
RAPHAËL KRAFT
JOURNALISTE À VÉLO  UN PETIT TOUR AU PROCHE-ORIENT
Bleu autour, 293 p.,18 €

Des capitales de la douleur, des lieux meurtris de la planète, que retient le voyageur qui s’y est rendu ? De passage, détenant trace du passé par des photos ou des pages de diariste, que reste-t-il de son regard porté sur des mondes où règne la violence ? Que garde-t-il de ce qu’il a entr’aperçu, si, comme l’écrit Eluard dans Capitale de la douleur, il faut prendre la main de la mémoire et fermer les yeux du souvenir ?

“Dieu joue-t-il à la Bourse ?”, un article de Jean-Michel Kantor

NICOLAS BOULEAU
MATHÉMATIQUES ET RISQUES FINANCIERS
Odile Jacob, 272 p., 24,50€
ANDRÉ ORLÉAN
DE L’EUPHORIE À LA PANIQUE : PENSER LA CRISE FINANCIÈRE
Rue d’Ulm, 110 p., 11€

« La crise, comment en sortir ? La réponse est technique : Dieu seul le sait. Nous manquons terriblement de modèles. »

“La route parallèle”, un article de Lucien Logette

MICHEL CIMENT
KAZAN/LOSEY, ENTRETIENS
édition définitive Stock, 648 p., 36 €

Elia Kazan (1909-2003), Joseph Losey (1909-1984) : ce n’est pas seulement leur année de naissance commune qui vaut de les rapprocher, mais les similitudes de leur itinéraire. Formation universitaire, engagement militant, carrière théâtrale puis cinématographique durant les mêmes périodes, reconnaissance internationale ponctuée de prix dans les festivals majeurs : on parlerait de trajectoires jumelles, s’il n’y avait, en leur mitan, cet événement décisif que constitua le maccarthysme, et leur façon opposée de l’affronter. Chacun des deux mit du temps à s’en remettre – s’ils s’en remirent jamais.

3 réponses vers «La Quinzaine n°998, du 1er au 15 septembre 2009»

  1. Les “Trois femmes puissantes” de Marie NDiaye « Le blog de la Quinzaine Littéraire dit :

    [...] Norah est avocate, mère d’une enfant, et a un compagnon. Un jour son père lui demande de venir le rejoindre au Sénégal. Ce qu’elle fait. Le malaise dans lequel se débat la jeune femme tient à la situation (déchéance du père, incarcération du frère), ainsi qu’au sentiment de culpabilité qui ne la quitte pas : « Honte à elle », pense-t-elle constamment… Retrouvez la suite de l’article dans la Quinzaine n°998 [...]

  2. La révolution des Iraniennes « Le blog de la Quinzaine Littéraire dit :

    [...] Retrouvez la suite de l’article dans la Quinzaine n°998 [...]

  3. AGNES LABLANCHY dit :

    La Quinzaine n°998, du 1er au 15 septembre 2009 Tout rêveur est un prisonnier qui s’évade”, un article de Tiphaine Samoyault HÉLÈNE CIXOUS ÈVE S’ÉVADE. LA RUINE ET LA VIE texte établi, préfacé et annoté par Paule Moron Galilée éd., 215 p
    l’usage est-il de mentionner une précision fantôme ?
    Je ne vois aucune trace – quant à la matérialité du texte – d’une préface de Paule Moron dont d’ailleurs j’ignore tout et n’ai pas encore parcouru le texte.
    Apportez toutes précisions à recevoir.Merci.A.L.

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