La Quinzaine n°1022, du 16 au 30 septembre 2010

“Le dilemme du rentier”, un article de Liliane Kerjan

ANITA BROOKNER ÉTRANGERS, Strangers, trad. de l’anglais par Françoise du Sorbier, Fayard, 269 p., 19 €

Vingt-trois romans, dont “L’Hôtel du lac” (Booker Prize en 1984), “Le Dernier Voyage”, “Les Règles du consentement” ont à chaque fois confirmé la place d’Anita Brookner dans la cohorte des romancières anglaises qui excellent dans l’analyse intelligente et intransigeante. Étrangers aborde sous une plume élégante le temps, la vieillesse et le vide au cœur d’une bourgeoisie ouverte aux courants d’air, en perpétuel exil.

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“Fiction ?”, un article de Norbert Czarny

PHILIPPE VASSET, JOURNAL INTIME D’UNE PRÉDATRICE, Fayard, 208 p., 15,90 €

“Carte muette” : c’était le titre d’un précédent roman de Philippe Vasset. L’auteur proposait une cartographie des espaces vacants, des zones vierges dans Paris. Le vide supposé en disait long sur la ville, telle qu’elle se construit, se peuple et se fait objet marchand. Le projet qui sous-tend le Journal intime d’une prédatrice est-il si différent ?

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“Vivre, ça fait mal”, un article d’Agnès Vaquin

YVES BICHET, RESPLANDY, Seuil, 240 p., 17 €

Les romans d’Yves Bichet se nourrissent de sensualité, de sexe et de mort et “Resplandy” ne va pas faire exception. Faut-il y ajouter l’humour noir ? On peut en discuter.

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“Quand le mal vient de très loin”, un article d’Agnès Vaquin

ÉRIC PESSAN, INCIDENT DE PERSONNE, Albin Michel, 190 p., 15 €

Le narrateur d’’Incident de personne’ n’est pas un garçon d’une folle gaîté. Ce n’est pas en vain qu’au début de son roman Éric Pessan termine certains paragraphes, comme s’il s’agissait d’une ponctuation, par « Noir ». Le personnage est dans un train en direction de Nantes. Il revient de Nicosie où il a séjourné pour animer des ateliers d’écriture.

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“Une autobiographie anonyme”, un article d’Odile Hunoult

CÉCILE REIMS, PEUT-ÊTRE, Le Temps qu’il fait, 176 p., 18 €

L’originalité de ce récit, et sa grâce, c’est l’absence quasi totale de ce qui fait l’autobiographie : ni lieux, ni noms, ni dates. Pour cela on peut se rapporter aux livres et aux catalogues du couple Cécile Reims-Fred Deux – ici F et C, limités à leurs initiales (sans points).

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“Un roman simple”, un article de Maurice Mourier

PER PETTERSON – MAUDIT SOIT LE FLEUVE DU TEMPS – trad. du norvégien par Terje Sinding, Gallimard, coll. « Du monde entier », 235 p., 18,50 €

Un homme de trente-sept ans, ouvrier dans une usine de routage de magazines, divorce. Au même moment, sa mère apprend qu’elle a un cancer, qu’il ne lui reste que peu de temps à vivre. D’origine danoise mais vivant depuis quarante ans à Oslo avec celui qu’elle a épousé, elle décide d’une sorte de pèlerinage au pays natal et se rend dans la petite île de Laeso où jadis elle avait accouché hors mariage de son premier fils, plus tard légitimé par l’union avec le Norvégien père de ses trois autres garçons mais qu’elle n’a jamais aimé.

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“Parentèle indienne”, un article de Liliane Kerjan

LOUISE ERDRICH – LA MALÉDICTION DES COLOMBES The Plague of Doves – trad. de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez – Albin Michel, 482 p., 22,50 €

De romans en poèmes, Louise Erdrich, depuis le succès de “Love Medicine” en 1984, écrit une œuvre originale, haute en couleur, pleine d’his- toires de familles dans une réserve d’Indiens du Dakota du Nord. Avec La Malédiction des colombes, elle signe, selon Philip Roth, « un chef-d’œuvre éblouissant ».

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“Les années vécues ensemble révèlent-elles réciproquement les âmes ?”, un article de Christian Mouze

SOPHIE TOLSTOÏ  – À QUI LA FAUTE ?
LÉON TOLSTOÏ  – LA SONATE À KREUTZER – trad. du russe par Christine Zeytounian-Beloüs – Albin Michel, 334 p., 19 €

« En aucune façon ! » répond Alexandre Herzen (1812-1870) qui, dans un roman que ne pouvaient ignorer ni Léon ni Sophie Tolstoï, intitulé À qui la faute ? (1841-1846) – et ce n’est pas un hasard si le titre du récit de Sophie Tolstoï fait écho à Herzen –, posait avec force, en même temps que celui de la place et du rôle social de la femme, le problème de l’amour conjugal et de la passion, leur tangence, leurs intersections, leurs recoupements, leur écartement, leurs écartèlements, leurs résonnances intimes et sociales.

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“Contre le vert Pour le vert”, un article de Gilbert Lascault

MICHEL PASTOUREAU – LES COULEURS DE NOS SOUVENIRS – Seuil, 260 p., 18 €

Historien érudit, inventif, original, Michel Pastoureau (né en 1947) explore les passions des couleurs, les symboles des animaux (l’ours, le cochon), les blasons, les jeux.

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“Reliques”, un article de Marie-José Tramuta

EUGENIO MONTALE – PAPILLON DE DINARD – trad. de l’italien par Mario Fusco – Verdier, 220 p., 18 €

Lorsque Eugenio Montale meurt, à Milan, le 12 septembre 1981, âgé de presque quatre-vingt-cinq ans (il était né le 12 octobre 1896 à Gênes), il laisse une œuvre couronnée par le prix Nobel en 1975 qui le consacre de son vivant déjà comme un poète classique. Giorgio Zampa écrivait dans son introduction à Tutte le poesie chez Mondadori, en 1984 : « Montale était conscient de la signi- fication que son œuvre assumerait, une fois refermée ; il hésita longtemps à y mettre le sceau. Quand il le fit, il cessa de chercher son stylo, il cessa de soulever la housse de son Olivetti. Et quelques mois plus tard, il quittait Milan, pour le modeste mais infini espace de San Felice a Ema » (cimetière où reposait depuis 1963, celle qui fut sa compagne puis sa femme, Drusilla Tanzi, dite la « Mosca »). Avant de mourir, il avait assisté à la publication de ses œuvres complètes, fait assez rare dans l’histoire littéraire.

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“La durée de la littérature”, un article de Nicole Casanova

ALBERT THIBAUDET – INTÉRIEURS – Baudelaire – Fromentin – Amiel  – Édition présentée et annotée par Robert Kopp – Gallimard, coll. « Les Cahiers de la NRF », 258 p., 25 €

« On pourra s’étonner, et même se scandaliser de voir approcher, d’une manière qu’on dira artificielle, trois écrivains en apparence si différents, et qui trouvent leur public, leurs critiques, en des classes de lecteurs si hostiles les unes aux autres. »

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“Le romancier, agent moral”, un article de Laurence Zordan

MARTHA C. NUSSBAUM – LA CONNAISSANCE DE L’AMOUR – Cerf, 589 p., 68 €

Que le roman soit le fer de lance de l’éthique est une idée déconcertante qui, une fois achevée la lecture de l’ouvrage de Martha Nussbaum, devient pourtant évidente. Figure majeure de la philosophie politique et morale américaine, elle démonte les objections telles : la critique éthique de la littérature serait nécessairement dogmatique et simpliste, en méconnaissant la portée esthétique des œuvres. Autre cliché réfuté par l’auteur : une évaluation éthique serait subjective et toute tentative pour rendre raison d’un texte serait en réalité une quête de puissance, expression d’une idéologie. La philosophe récuse la thèse voulant que soit réactionnaire le recours aux textes romanesques
pour répondre à la question « comment faut-il vivre ? », interrogation elle-même suspectée d’ individualisme réticent devant toute révolution collective. La puissance d’argumentation de Martha Nussbaum vient d’une formidable capacité à disséquer Aristote et Henry James si l’on ose dire « simultanément », d’un même élan minutieux, et ce n’est pas contradictoire dans les termes.

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“Gaël Eismann démystifie”, un article de Jean-Jacques Marie

GAËL EISMANN, HÔTEL MAJESTIC, Ordre et sécurité en France occupée (1940-1944), Tallandier, 592 p., 32 €

Alors même que l’issue de la guerre est imminente”, l’administration militaire allemande en France présente un bilan satisfait de son activité, cité par Gaël Eismann : «L’administration militaire allemande en France a prouvé, pendant ses quatre années d’activité, que la direction administrative et économique allemande avait la capacité d’organiser une administration européenne apte à obtenir les plus grands résultats possibles dans l’intérêt de l’Europe, sans que les spécificités économiques et culturelles nationales d’un pays n’en pâtissent. » Cette administration serait donc la vraie mère de l’Union européenne, contenue en germe dans son activité !

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“Puissance de la mafia italienne”, un article de Patrice Peveri

NICOLA TRANFAGLIA, POURQUOI LA MAFIA A GAGNÉ, Les classes dirigeantes italiennes et la lutte contre la mafia (1861-2008) trad. de l’italien par Jacques Bersani, préface de Gian Carlo Caselli, Tallandier, 234 p., 21 €

Peu connu en France, Nicola Tranfaglia est un membre éminent de l’intelligentsia transalpine. Historien prolixe de l’Italie contemporaine (on lui doit une trentaine d’ouvrages consacrés tant à l’histoire politique qu’à l’histoire des médias de son pays), président de l’université de Turin pendant plusieurs années et éditorialiste dans plusieurs grands quotidiens, il revient ici sur la mafia, un thème qui lui est cher et qu’il a déjà abordé dans quatre ouvrages. Publié en 2008 en Italie, Pourquoi la mafia a gagné s’inscrit dans les dernières péripéties de la courte mais animée carrière politique de l’auteur. Homme de gauche, adhérent déçu du PDS, puis député sous les couleurs du Partito dei Communisti Italiani de 2004 à 2006, il se présente, sans succès, aux élections européennes de 2009 sous les couleurs de « l’Italia dei Valori», dont le combat porte essentiellement sur la lutte contre la corruption et le crime organisé.

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“Une pinte de bon sang”, un article de Lucien Logette

NICOLAS STANZICK, DANS LES GRIFFES DE LA HAMMER, Éd. Le Bord de l’eau, coll. « Ciné-Mythologies », 492 p., 30 €

Vu de loin, avant que le mois ne commence, les promesses de septembre nous font déjà tomber les bras. Les dizaines de films qui nous menacent (65 au premier comptage), à consommer immédiatement avant que le contingent d’octobre, aussi nombreux, ne les chasse, nous plongent dans le même état de stupeur que le critique affligé derrière les murailles de livres apportés par la grande marée de l’été et qui frémit de s’y atteler. Pour réaffûter nos souvenirs et briller en ville – les films qui donnent à penser sont une bénédiction pour lesdiscussions postprandiales –, va-t-il nous falloir revoir les deux triomphateurs de Cannes, “Oncle Boonmee”, d’Apichatpong Weerasethakul, et “Des hommes et des dieux”, de Xavier Beauvois, dont on prévoit les commentaires énamourés à cinq étoiles qu’ils vont éveiller ?

Entretiens filmés – Zeev Sternhell sur le fascisme et le sionisme

Les travaux de l’historien israélien Zeev Sternhell sur les racines françaises du fascisme ont provoqué des controverses, voire des polémiques. Les historiens Raymond Aron, Michel Winock, Pierre Milza ont contesté tout ou partie de ses analyses. Omar Merzoug a réalisé cet entretien pour savoir si Zeev Sternhell maintient, d’une part, que le fascisme a des origines françaises et, d’autre part, que les idées fascistes avaient réalisé une profonde pénétration en France à la veille de la 2e Guerre mondiale ? Il a demandé aussi à ce fondateur du mouvement La Paix maintenant qu’elle sa position vis-à-vis du sionisme et de la question palestinienne.

Voici quelques extraits de cet entretien, filmés par le réalisateur Gilles Nadeau

Pour plus de renseignements, n’hésitez pas à vous rendre sur le site de la Quinzaine littéraire pour consulter les archives des articles consacrés à Zeev Sternhell :

- le numéro 280 du 1er juin 1978

- le numéro 394 du 16 mai 1983

- le numéro 529 du 1er avril 1989

- le numéro 694 du 1er juin 1996

- le numéro 924 du 1er juin 2006

- le numéro 1021 du 1er septembre 2010


Entretiens filmés – André Schiffrin sur la concentration dans l’édition et contrôle de la presse

Editeur et essayiste, André Schiffrin est l’auteur de L’argent et les mots, paru en 2009 chez La Fabrique éd., troisième volet d’une série qui comprend aussi : L’édition sans éditeurs (1999) et Le contrôle de la parole (2005, tous deux parus chez le même éditeur). A l’occasion de la sortie de cet ouvrage, l’auteur et son éditeur Eric Hazan débataient, le 8 juin 2010 à la librairie “Le Comptoir des mots“. Voici les meilleurs extraits de cette rencontre, filmée par le réalisateur Gilles Nadeau. Il s’agit du deuxième entretien filmé que consacre la Quinzaine littéraire à André Schiffrin. Retrouvez sa précédente interview en cliquant sur ce lien.

Retrouvez la précédente interview que la Quinzaine littéraire consacrait à André Schiffrin en cliquant sur ce lien

Il y a quarante ans, dans la Quinzaine…

Il y a tout juste quarante ans, le 16 septembre 1970, paraissait le 102e numéro de la Quinzaine littéraire. Au sommaire, vous retrouverez André Biély, Jean-Marie Fonteneau, Marie-Claude de Brunhoff, Bruno Gay-Lussac, ainsi qu’un entretien avec le best-seller américain n° 1 de l’époque “Love Story” d’Erich Segal. Sans oublier les “Œuvres plus que complètes” de  Félix Fénéon,  un colloque autour du thème « Où en est l’avant-garde ? » avec Gilbert Gadoffre, Michel Deguy, Nathalie Sarraute, J. M. G. Le Clézio et Bernard Teyssèdre. Ainsi que la chronique des essais de Maud Mannoni, “Le Psychiatre, son « fou » et la Psychanalyse” et de L. Oppenheim (“La Mésopotamie. Portrait d’une civilisation”). Vous découvrirez également une critique de l’ouvrage de Pierre AnsartMarx et l’anarchisme. Naissance de l’anarchisme” ainsi que le sentiment de Bernard Cazes sur “Pour une prospective marxiste“, ouvrage de Léon Lavallée…

Voici en intégralité ce numéro anniversaire, paru il y a tout juste quarante ans. Cliquez sur le lien suivant pour accéder au numéro 102

Retrouvez tous les numéros anniversaires en cliquant sur ce lien

Exposition – Alechinsky : les Ateliers du Midi

Un article de Georges Raillard

EXPOSITION – ALECHINSKY LES ATELIERS DU MIDI, Musée Granet Aix-en-Provence; 5 juin-3 octobre 2010 Au catalogue des textes de Hélène Cixous,
Daniel Abadie et Pierre Alechinsky. Gallimard/Musée Granet éditeurs, 220 p. illus., 29 €

« Ce qu’il peint (…) c’est l’en-mouvement des êtres. » C’est Hélène Cixous qui écrit dans le texte, allant au vif, qui ouvre le catalogue des Ateliers du Midi d’Alechinsky, une belle exposition, toute de clarté.

En-mouvement des êtres, des figures, des suites dans les prédelles, en-mouvement d’Alechinsky dans sa pratique picturale – sa découverte de l’usage de l’acrylique, l’estam- page. En-mouvement du Nord au Sud, d’un atelier à l’autre, d’une lumière à l’autre, d’un nouveau mouvement de la main, de l’imaginaire du peintre. Il y a beaucoup à voir à Aix. Au musée Granet, rénové, éclairé, enrichi d’une prestigieuse donation, notre regard suit l’œuvre d’Alechinsky dans un ensemble choisi : peinture, dessin, lithographie, livres de porce- laine, ouvrages composés en alliance avec des dizaines de poètes, et, souvent encore, l’écrit et le dessin sont en dialogue…Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine numéro 1021

De Gaulle, les services secrets et l’Algérie

“En tête-à-tête avec l’espion”, un article de Laurence Zordan

CONSTANTIN MELNIK, DE GAULLE, LES SERVICES SECRETS ET L’ALGÉRIE, Nouveau Monde éditions, 464 p., 22 €

Un impossible tête-à-tête, une rencontre avec le grand homme qui n’aura jamais eu lieu dessinent un mouvement de fuite épousé par un livre gigogne, abondant en préface, postface et annexes, avec des emboîtements chronologiques scandés par 1959, 1962, 1988 et enfin 2010. Vingt-cinq ans après, cinquante ans après… ce n’est pas une simple évocation mémo- rielle, mais une tentative d’exploration où mille jours à Matignon pendant la guerre d’Algérie sont scrutés par Constantin Melnik, qui fut trois ans (1959-1962) conseiller pour la sécurité et l’espionnage auprès de Michel Debré, alors Premier ministre.

Paradoxes et déphasages foisonnent : l’auteur n’a jamais eu d’entretien approfondi avec celui qui lui avait pourtant confié une si délicate mission de coordination des services de police et de renseignement : le général de Gaulle. Alors qu’en 1988 le texte est semé de marques d’auto- satisfaction pour le rôle difficile ainsi joué autre- fois, un impératif de modestie s’exprime aujourd’hui. Mais le regard rétrospectif actuel (pas celui d’il y a vingt-deux ans) est-il pour autant signe de retenue, ou s’agit-il plutôt de faire triompher une vocation de pamphlétaire qui ne dit pas son nom ? Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine numéro 1021

Quel monde après la crise ?

Un article de Dominique Plihon

ÉLIE COHEN, PENSER LA CRISE, Défaillances de la théorie, du marché, de la régulation, Fayard, coll. « Essais », 430 p., 22 €

La crise économique et financière qui a secoué le monde depuis 2007 a suscité un grand nombre d’analyses de la part des économistes. Le livre d’Élie Cohen “Penser la crise” a l’ambition de « contribuer à rendre intelligible la plus formidable crise depuis 1929… de traiter la complexité et la nouveauté de cette crise » et de répondre à la question « Quel monde va émerger de cette crise ? ».

Elie Cohen commence par proposer une des- cription vivante et pédagogique des princi- paux épisodes de cette crise, articulés en cinq actes. Le premier acte met en scène les banques des principaux pays industrialisés qui, ayant acquis de nombreux actifs toxiques fondés sur les crédits immobiliers des ménages américains, se trouvent en difficulté et ne veulent plus se prêter mutuellement, d’où une crise de confiance entraînant une évaporation de la liquidité inter- bancaire…Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine numéro 1021

Festival d’Avignon 2010 : état des lieux

Un article de Monique Le Roux

« Est-ce un véritable langage artistique ? » : lors de la conférence de presse, au début du soixante-quatrième Festival d’Avignon, les deux directeurs, Hortense Archambault et Vincent Baudriller, ont présenté cette interrogation comme critère de leurs choix, pour la programmation de ce qui demeure la plus grande manifestation théâtrale européenne. Et l’asso- ciation avec des artistes tels que l’écrivain Olivier Cadiot et le metteur en scène Christoph Marthaler confirmait cette large ouverture à la diversité des langages.

«Le Festival réussit l’alliance originale d’un public populaire avec la création internationale. » Cette affirmation dans Mélanges (1), transcription d’échanges entre les directeurs et les artistes associés, ouvrage publié en collaboration avec les éditions P.O.L et offert pour la troisième fois aux festivaliers, ne se confirmait pas toujours dans les premiers bilans : tension entre deux ambitions parfois opposées plutôt qu’alliance pleinement réussie… Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine numéro 1021

Le Chopin d’André Gide

Un article de Thierry Laisney

ANDRÉ GIDE, NOTES SUR CHOPIN, Gallimard, 170 p., 13,50 €

Il n’y a pas beaucoup d’écrivains pour qui la musique ait eu autant d’importance que pour Gide. Et c’est à Chopin que Gide, praticien assidu du piano, a consacré le plus de temps et d’attention amoureuse. Le livre qui nous intéresse réunit les “Notes sur Chopin” (publiées en 1931 dans la Revue musicale) et divers textes dont notamment certains passages du Journal dédiés à la musique.

Ce n’est pas dans les Notes sur Chopin que l’amour de Gide pour la musique est le plus palpable. Gide, pour marquer la supériorité de Chopin, l’oppose trop volontiers à d’autres com- positeurs (1). Il oppose Chopin à Wagner en pré- tendant que le premier est le « moins germa- nique » des musiciens, c’est-à-dire pour Gide (et, il faut le reconnaître, pour bon nombre de ses contemporains) le moins enclin à l’énormité et aux « excès de tous genres ». Il l’oppose à Schumann, dont la gaîté serait « un peu sommaire et vulgaire », et qui est un poète là où Chopin est un artiste. Cette formulation n’est pas la seule des Notes qui paraisse découpée à l’em- porte-pièce… Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine numéro 1021

La Quinzaine n°1021, du 1er au 15 septembre 1021

“Lucidité enfantine”, un article de Hugo Pradelle

ALAIN MABANCKOU
DEMAIN J’AURAI VINGT ANS
Gallimard, 384 p., 21 €

Alain Mabanckou s’enfouit dans la voix d’un enfant qui témoigne de son monde intérieur et ausculte l’indépendance de son pays et les vicissi- tudes de la politique internationale des années soixante-dix. Un regard d’une grande lucidité et une voix d’une truculence délicieuse.

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“Jules et Jim en yiddish”, un article de Norbert Czarny

ROBERT BOBER
ON NE PEUT PLUS DORMIR TRANQUILLE QUAND ON A UNE FOIS OUVERT LES YEUX
P.O.L, 290 p., 17 €

« Mon vice à moi, c’est d’aimer les histoires. » Le propos est de Robert Giraud, grand explorateur de Paris, de ses recoins et bistrots. Il vaut pour Robert Bober qui le cite dans son dernier roman, au titre emprunté à Reverdy, On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux. Bober aime les anecdotes, les récits qui rebondissent et se font écho, les personnages, réels ou imaginaires, qui se croisent et donnent à la trame romanesque une densité plus grande.

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“Plongée en apnée dans le post-exotisme”, un article de Claire Richard

LUTZ BASSMAN, LES AIGLES PUENT, Verdier, 160 p., 16 € /
MANUELA DRAEGER, ONZE RÊVES DE SUIE, L’Olivier, 204 p., 18 € /
ANTOINE VOLODINE, ÉCRIVAINS, Seuil, 192 p., 17,50 €

Trois auteurs, trois livres. Mais trois modulations d’une même voix, trois entrées sur un monde unique. Y plonger est une expérience de lecture sans équivalent, qui conjugue l’onirique et le politique, le lyrisme de la défaite et l’humour du désastre. Et vous laisse hanté, convaincu que l’œuvre qui s’édifie de livre en livre, de nom en nom, est l’une des plus fascinantes de la littérature contemporaine.

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“Mauvaise odeur”, de Norbert Czarny

MARC WEITZMANN, QUAND J’ÉTAIS NORMAL, Grasset, 240 p., 18,50 €

Une terrible odeur hante les nuits de Paris en cet été 2003. On se rappelle sans doute la canicule qui étouffait la ville, et qui provoqua tant de morts, parmi les personnes âgées souvent seules, souvent pauvres. C’est dans ce paysage désolé, ce cadre étouffant que se termine le face-à-face entre Gilbert Bratsky et Didier Leroux, principaux protagonistes de “Quand j’étais normal”.

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“Un roman japonais”, un article de Norbert Czarny

OLIVIER ADAM LE CŒUR RÉGULIER L’Olivier, 240 p., 18 €

« Sentir battre en moi un cœur régulier » : tel est le souhait de Sarah, narratrice du roman d’Olivier Adam. Entre l’univers glacial dans lequel elle survit jusqu’au brutal décès de Nathan, son frère, et la fièvre qui animait ce dernier, l’héroïne cherche au Japon « un abri » : une forme de paix qui ne soit pas renoncement, oubli de ce qu’elle est, au fond. Et le roman raconte cette quête et reconquête de soi.

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“Écrire le travail aujourd’hui”, un article de Norbert Czarny

THIERRY BEINSTINGEL, RETOUR AUX MOTS SAUVAGES, Fayard, 300 p., 19 €

Les mots sauvages n’entrent pas dans la « procédure ». Ils échappent au canevas que l’on a donné au téléopérateur, cette figure anonyme ou absente que l’on imagine à peine derrière son casque. Éric est dans ce roman le pseudonyme de ce « nouveau ». Autre nom, absence de corps : le travail d’aujourd’hui, comme la politique, est affaire de langage. Comme la littérature aussi, qui rend leur sens aux mots.

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“Au temps des Brigades rouges”, un article de Monique Baccelli

GIORGIO VASTA, LE TEMPS MATÉRIEL, trad. de l’italien par Vincent Raynaud, Gallimard, 361 p., 21,50 €

Le ton est donné dès les premières lignes : pendant que la mère tourne le dos pour distribuer une pâtée grisâtre à des chats squelettiques et galeux, son jeune fils applique de toutes ses forces un bout de fil de fer barbelé sur le flanc du plus mal en point, l’« estropié de naissance ». Le lecteur sait d’emblée qu’il n’aborde pas un roman rose.

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“Des hommes”, un article de Norbert Czarny

THOMAS HEAMS-OGUS, CENT SEIZE CHINOIS ET QUELQUES, Seuil, coll. « Fiction & Cie », 132 p., 15 €

Dans les dernières pages de son roman, Thomas Heams-Ogus donne la liste des cent seize Chinois transférés en mai 1942 du camp de Tossicia à celui d’Isola del Gran Sasso, dans les Abruzzes. L’histoire que le jeune romancier raconte est de celles qu’on n’invente pas. La façon dont il le fait témoigne de la puissance de la littérature, et de la poésie en particulier.

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« Quand on parle de soi, on ne doit pas tricher », Propos recueillis et filmés par Gilles Nadeau, visibles sur le blog en cliquant sur ce lien

BERNARD RUHAUD, SALUT À VOUS ! Maurice Nadeau, 206 p., 18 €

Bernard Ruhaud vient de publier aux éditions Maurice Nadeau, Salut à vous !, un roman autobiographique en trois séquences qui décrit, avec beaucoup de verve, la vie de famille d’un militant du Parti communiste de la « Banlieue rouge » dans les années soixante, puis la trajectoire, hors du Parti, de son auteur.

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“Un poète-forgeron”, un article d’Odile Hunoult

JEAN-PAUL MICHEL, JE NE VOUDRAIS RIEN QUI MENTE, DANS UN LIVRE, Flammarion, coll. « Poésie », 320 p., 19,50 €

Troisième recueil de Jean-Paul Michel dans la collection d’Yves Di Manno. Comme le premier, Le plus réel est ce hasard, et ce feu (poèmes 1976-1996), il couvre toute la période créatrice, et reprend Défends-toi, Beauté violente ! (1), du second volume. Je ne voudrais rien qui mente, dans un livre est une architecture, pas une enfilade chronologique.

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“L’arrivée à l’écriture”, un article de Tiphaine Samouyault

HÉLÈNE CIXOUS, LE RIRE DE LA MÉDUSE ET AUTRES IRONIES, préface de Frédéric Regard, Galilée, 199 p., 29 €

Le fait est connu : les voies de la réception sont impénétrables et la circulation des textes obéit à des circonstances plus qu’à des lois. Il n’em- pêche : l’incroyable fortune à l’étranger des deux textes d’Hélène Cixous publiés en 1975 et rassemblés pour la première fois en un volume, le relatif dédain dont ils ont fait l’objet en France ont de quoi surprendre ou désoler.

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“Les lendemains qui pensent”, un article de Laurence Zordan

De quoi l’avenir intellectuel sera-t-il fait ? Enquêtes 1980, 2010, Revue Le Débat, 509 p., 22,50 € / LAWRENCE W. LEVINE CULTURE D’EN HAUT, CULTURE D’EN BAS, L’émergence des hiérarchies culturelles aux États-Unis trad. de l’américain par Olivier Vanhée et Marianne Woollven La Découverte, 316 p., 26 € / MIGUEL ABENSOUR L’HOMME EST UN ANIMAL UTOPIQUE Éd. de la nuit, 263 p., 25 €

Au lieu des lendemains qui chantent, les lendemains qui pensent ? Trois chemins mènent à cette perspective inattendue. Premier itinéraire : l’avenir des hommes supplanté par l’avenir intellectuel, celui-ci portant les couleurs du numéro anniversaire de la revue Le Débat. Deuxième parcours : la révolution par les masses étouffées sous la culture pour l’élite, en une surprenante trajectoire décrite dans Culture d’en haut, culture d’en bas, contraste plus singulier encore à la lumière du titre anglais original. Celui- ci emprunte en effet à la phrénologie, soulignant l’irréductible différence entre les formes et contenances des crânes, la « culture d’en bas » devenant alors celle d’un front bas, sans noblesse. Troisième cheminement : au lieu de la peur du lendemain, la griserie d’ouvrir des brèches d’avenir, sous prétexte que « L’homme est un animal utopique ». Trois ouvrages ambitieux : avec le premier, le temps qui pense retient le temps qui passe. Avec le second, une benoîte analyse historique prend des allures de brûlot politique. Avec le troisième, penser est synonyme de peser en passant au trébuchet des textes que l’on croyait connaître.

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“La voix même de la littérature”, un article de Jean Lacoste

JEAN-CLAUDE MATHIEU, ÉCRIRE, INSCRIRE, Images d’inscriptions, mirages d’écriture, José Corti, coll. « les Essais », 632 p., 29 €

Le lecteur pressé, à qui ce beau et substantiel livre n’est pas destiné, pourra s’étonner de cette composition en mosaïque, de cette marqueterie de citations associées, accumulées, combinées, chacune bien identifiée dans les notes, mais comme intégrée au discours très écrit de Jean-Claude Mathieu. Comme si, derrière les voix très diverses des écrivains cités devait se faire entendre la voix même de la littérature, telle qu’elle voit et vit le monde (la « voix de Personne », est-il dit). L’autorité de l’auteur de chacune des citations s’efface – qu’il s’agisse de Hugo, de Mallarmé, de Dante ou de Baudelaire – pour donner plus d’éclat encore au témoignage pour ainsi dire anonyme et objectif, partagé, qu’il apporte sur les phéno- mènes apparentés et pourtant contraires de l’écriture et de l’inscription.

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“Kracauer, chiffonnier mélancolique (et cinéphile)”, un article d’Enzo Traverso

SIEGFRIED KRACAUER, THÉORIE DU FILM La rédemption de la réalité matérielle, trad. de l’anglais par Daniel Blanchard et Claude Orsoni, édité et présenté par Philippe Despoix et Nia Perivolaropoulou, préface de Jean-Louis Leutrat, Flammarion, 516 p., 32 € / OLIVIER AGARD, KRACAUER, LE CHIFFONNIER MÉLANCOLIQUE, CNRS Éditions, 391 p., 28 €

Dans une lettre à Georg Simmel de 1917, Siegfried Kracauer se définissait comme un « homme-œil » (Augenmensch). Les images ont toujours été au centre de sa réflexion, comme un moyen privilégié pour déchiffrer le réel. Pendant la République de Weimar, lorsqu’il écrivait pour les pages culturelles de la Frankfurter Zeitung, le principal quotidien allemand de l’époque, il publia plusieurs centaines de critiques de films, aujourd’hui rassemblées en trois gros tomes de son œuvre complète.

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“La France, terre nourricière du fascisme”, un entretien réalisé par Omar Merzoug

ZEEV STERNHELL, LES ANTI-LUMIÈRES, UNE TRADITION DU XVIIIe SIÈCLE À LA GUERRE FROIDE, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 942 p., 11,78 €

Historien et penseur politique israélien, Zeev Sternhell s’est intéressé de près aux origines françaises du fascisme. Dans La Droite révolutionnaire, il a soutenu des thèses qui ont provoqué des réactions passionnées. À l’oc- casion de la publication de son dernier livre, La Quinzaine littéraire a souhaité en savoir davantage sur les récents développements de la pensée de cet historien controversé.

Omar Merzoug – Vos travaux sur les racines françaises du fascisme ont provoqué des contro- verses, voire des polémiques. Raymond Aron, Pierre Milza et Michel Winock ont contesté tout ou partie de vos analyses. Est-ce que vous main- tenez, d’une part, que le fascisme a des origines françaises et, d’autre part, que les idées fascistes avaient réalisé une profonde pénétration en France à la veille de la Seconde Guerre mondiale ?

Zeev Sternhell – Je maintiens non seulement ces deux idées-là mais plus je travaille sur ces ques- tions, plus je suis convaincu que les choses sont telles que je les dis dans mes ouvrages. J’ai commencé mon travail en m’intéressant au natio- nalisme de Maurice Barrès… Retrouvez la suite de cet entretien dans le numéro 1021 de la Quinzaine.

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“Musique du silence”, un article de Lucien Logette

RÉTROSPECTIVE ERNST LUBITSCH Cinémathèque française, 25 août-10 octobre €
ERNST LUBITSCH, L’ÉVENTAIL DE LADY WINDERMERE, DVD, éditions Montparnasse (en vente le 7 septembre), 15 €

« Doors ! Doors ! Doors ! »… C’est ce que reprochait Mary Pickford, à Ernst Lubitsch. Elle l’avait fait venir de Berlin en 1923 pour la diriger dans Rosita, prévu pour transformer la « petite fiancée de l’Amérique » en héroïne « normale » – malgré ses trente ans bien sonnés, elle continuait en effet à incarner des gamines ou des gamins, de Pollyana au petit lord Fauntleroy. Plutôt que s’intéresser à elle, vedette la mieux payée d’Hollywood, le réalisateur allemand semblait préférer filmer des portes. La « forever young » Mary avait-elle raison ? Notre lointain souvenir de Rosita ne nous autorise pas à trancher. Mais la rétrospective complète de Lubitsch que nous offre la Cinémathèque réglera la question.

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“Les confidences d’une photographie”, suite et fin de l’article consacré à une photo récemment retrouvée de Rimbaud à Aden en 1880 (QL n° 1 019), par Jean-Jacques Lefrère

Identification des autres personnages

Après Rimbaud et Lucereau, restait à mettre un nom sur les autres personnages. Avant de connaître la date du cliché, nous nous étions posé la question de l’identification d’Alfred Bardey, patron de Rimbaud à Aden, au barbu assis à l’extrême-gauche, mais ne regrettons pas aujourd’hui d’avoir formulé cette hypothèse au conditionnel. Le seul portrait connu de Bardey est une photographie qui fut communiquée en novembre 1883 par l’intéressé à la Société de géographie de Paris : elle établit que Bardey, individu à la physionomie pleine d’énergie, aux cheveux denses et coupés court, ayant 26 ans en 1880 – il était né la même année que Rimbaud – n’est pas le barbu déjà dégarni, même sur les tempes, qui apparaît sur la photographie d’Aden. De plus, en août 1880, Alfred Bardey venait de partir pour un voyage d’exploration commer- ciale en Abyssinie : son absence sur le portrait de groupe de l’Hôtel de l’Univers ne saurait donc surprendre… Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 1021 de la Quinzaine littéraire.

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