Il y a quarante-cinq ans dans La Quinzaine – n°16 du 15 novembre 1966

Il y a quarante cinq ans, le 15 novembre 1966, paraissait le n°16 de la Quinzaine littéraire. Voici ce numéro en intégralité dans lequel vous retrouverez, entres autres,deux entretiens avec Saul Bellow et Kerenski et les recensions des ouvrages  de Pierre Bourgeade, Les immortelles, par Maurice Nadeau ; Philip Roth, Laisser courir, par Jean Wagner ; M. Lichtheim, Marxism in modern France, par Pierre Naville ; Malcolm X, Le pouvoir noir, par Jean Wagner…

Voici en intégralité ce numéro anniversaire, paru il y a tout juste quarante cinq ans.

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LE LIVRE DE LA QUINZAINE : C. Wright Mills, Les Cols blancs, par Marcel Marantz  Lire la suite

La Quinzaine des libraires n°11 – Domaines étranger “enfance et langage”

La Quinzaine littéraire en partenariat avec Unik Production présente la 11ème édition de l’émission littéraire « La Quinzaine des libraires ».

Après avoir évoqué la rentrée littéraire française, Hugo Pradelle accompagné de Bertrand Hugot (librairie Tschann) et Maurice Mourier (membre du comité de rédaction de La Quinzaine littéraire), ont évoqué le domaine étranger autour du thème de l’enfance et du langage.

Au sommaire :

Jon Kalman Stefánsson, La Tristesse des anges (Gallimard) (retrouvez la critique de cet ouvrage par Maurice Mourier ainsi que celle de Entre ciel et terre)

Partie 1/3

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JÓN KALMAN STEFÁNSSON, ENTRE CIEL ET TERRE

L’Islande est un grand pays, un article de MAURICE MOURIER (QL n°1010 parue le 01-03-2010)

Jón Kalman Stefánsson a quarante-sept ans. Entre ciel et terre, qui date de 2007, est son premier texte traduit en français. Il illustre avec éclat et prouve la vigueur toujours actuelle, intacte, d’une prose créée vers 1180 sous forme de sagas par les descendants lointains des bardes vikings émigrés qui, dès le IXe siècle, produisirent là-bas les premiers poèmes appelés “ scaldiques ”. Or c’est autour d’un poème, d’un extrait du Paradis perdu de John Milton (1608-1674), traduit au début du XIXe siècle par un pasteur islandais, que tourne l’intrigue, d’ailleurs minimale, du roman. 

JÓN KALMAN STEFÁNSSON, ENTRE CIEL ET TERRE, trad. de l’islandais par Éric Boury Gallimard, 240 p., 21 euros 

Nous sommes en 1850. La seule ressource est la pêche, si vitale pour ces hommes qui végètent sur une terre sans arbres ni vraie agriculture, où le paysage naît des seules variations de la lumière, qu’ils peuvent à peine attendre le début du printemps pour se lancer sur leurs barques non pontées et gagner à la rame les fonds où ils jettent leurs lignes. Ayant quitté le village et les femmes, ils s’entassent alors dans des baraquements et obéissent de leur plein gré à un patron, qui est leur égal et ne doit son statut privilégié (la seule femme présente est la sienne, cantinière d’un groupe de six ou huit rameurs) qu’à sa connaissance des mœurs du poisson et à son courage.  Lire la suite

Jon Kalman Stefasson, La tristesse des anges

Splendeurs transies, un article de MAURICE MOURIER (paru dans la QL n°1045 du 15 septembre 2011)

Entre ciel et terre, le premier roman traduit en français de Stefánsson, avait suscité de notre part l’enthousiasme que mérite une révélation littéraire indiscutable. La Tristesse des anges – tel est le nom métaphorique de la neige en islandais, dans l’islandais de Stefánsson au moins, une langue de poète – constitue la suite, au plan de l’anecdote, des aventures du « gamin », ce grand adolescent rescapé de la mer et du désespoir causé par la perte de sa famille et de son ami le plus proche, puis installé en fils adoptif dans un café tenu par deux femmes, où vit aussi un capitaine devenu aveugle et passionné de Shakespeare. Et c’est peu de dire que cette suite ne déçoit pas, elle produit, dès ses premières lignes, l’impression d’un miracle esthétique non point renouvelé mais décuplé. 

JÓN KALMAN STEFÁNSSON, LA TRISTESSE DES ANGES, trad. de l’islandais par Éric Boury Gallimard, coll. « Du monde entier », 384 p., 21,50 euros

Le roman précédent reposait sur une structure en deux parties, très simple : d’abord le récit chargé de bruit et de fureur de la pêche tragique, terminée par la mort de l’ami, cet épisode initial et initiatique étant orchestré, dans un registre élisabéthain, par la lutte hallucinée des marins contre la tempête, dans leurs barques non pontées, au péril de la moindre bourrasque et du froid mortel qui glace jusqu’au cœur l’homme que la vague et la pluie ont mouillé une seule fois.  Lire la suite

Lojze Kovacic, “Les immigrés : l’enfant de l’exil (tome I)”

La langue de l’exil, un article de Hugo Pradelle (QL n° 981 parue le 01-12-2008)

Nous découvrons, en lisant ce livre difficile, parfois ennuyeux mais traversé d’une énergie fascinante et d’une force d’évocation remarquable, les prolégomènes d’une œuvre autobiographique en suspens. Le récit s’inscrit dans un travail depuis la langue et au-dedans d’elle-même, pour repenser un genre et une forme dans une dynamique d’une grande intelligence.

Lojze Kovacic Les immigrés : l’enfant de l’exil (tome I) trad. du Slovène par Andrée Lück Gaye, Seuil

La littérature est une Pangée, celle d’Europe centrale s’en détache lentement, livre par livre, comme les continents dérivèrent, mètre par mètre ; nous la découvrons peu à peu, infiniment, au gré des traductions, de l’acharnement de quelques-uns. Lojze Kovacic, à l’instar d’autres écrivains majeurs — Peter Nadas (1), Ismaël Kadaré ou Janos Székely (2) —, incarne la littérature de son pays, empruntant dans ses récits la geste nationale, les vicissitudes du temps, et construisant un parcours intime exemplaire. Lire la suite

LOJZE KOVACIC, “LES IMMIGRÉS II : L’ENFANT DE LA GUERRE”

La langue du trouble, un article de HUGO PRADELLE (QL n°1007 parue le 16-01-2010)

Dans ce second volume, Kovacic (1928-2004) entreprend ses années d’adolescence qui furent aussi celles de l’occupation fasciste. Entre inadaptation chronique, dureté de la vie quotidienne et efflorescence des désirs, il trace sa route, approfondit un sillon accidenté : le cœur trouble de la fin de l’enfance et l’émerveillement de l’écriture naissante. 

LOJZE KOVACIC, LES IMMIGRÉS II : L’ENFANT DE LA GUERRE, trad. du slovène par Andrée Lück Gaye, Seuil, 312 p., 22 €

Après sa lente et pénible adaptation à une nouvelle vie (1) – apprivoisement d’une autre langue et d’une culture différente – le jeune Bubi s’est tant bien que mal habitué à son existence appauvrie dans les quartiers populaires de Ljubljana. Entre l’école où il s’ennuie ferme parce qu’il ne maîtrise pas bien la langue slovène et que son accent germanique prononcé le différencie des autres, le logis misérable où ses parents travaillent, et les menus larcins qu’il commet avec ses copains alors que l’occupation italienne se fait de plus en plus dure, il vivote, gamin à demi perdu qui erre dans les rues de la ville. C’est là que le grand changement de sa vie va se produire, le confrontant au monde terrible des adultes. Il s’insurge : “ Si c’est ainsi que doivent vivre les adultes, alors je préfère ne jamais devenir grand… ”  Lire la suite

LOJZE KOVAČIČ, “LES IMMIGRÉS III : L’ÂGE DES CHOIX”

ROMANS, RÉCITS 

La troisième langue, un article de HUGO PRADELLE (QL n°1049 du 15 novembre 2011)

Avec l’ultime volume de sa trilogie autobiographique, Kovačič (1928-2004) referme un pan de sa vie, célébrant avec tristesse, ironie, mais aussi une fabuleuse énergie, la fin de l’enfance et d’une innocence qu’il conçoit comme la base de la liberté. À la fois terriblement violent, sombre et désespéré, le roman, entièrement basé sur une réflexion sur la langue, ordonne les commencements d’une vie propre, entre refus radical et incompréhension coupable. 

LOJZE KOVAČIČ LES IMMIGRÉS III : L’ÂGE DES CHOIX, trad. du slovène par Andrée Lück Gaye Seuil, 512 p., 24 euros

L’œuvre autobiographique de Lojze Kovačič conforme le refus le plus absolu. Elle nous apparaît riche, protéiforme, portée par le mouvement d’un être qui ne peut que s’y abîmer, comme égaré, perpétuellement rejeté aux marges d’un monde conçu comme un enfermement. Après s’être cherché, contournant les empêchements d’une vie d’exilé – à la fois géographiquement et linguistiquement –, Bubi, narrateur énergique et bouleversant que nous retrouvons avec une joie teintée d’un certain accablement, semble devoir inéluctablement achopper à ses propres limites, à son inadaptation chronique et un sort singulier qui se confond avec le terrible traumatisme d’une Histoire brutale qui s’impose dans la violence et l’injustice, ne pouvant rien faire d’autre que d’écrire dans la langue qu’il s’est finalement choisie, comme au rebours de luimême (1). Pour se sauver en quelque sorte. « Je voulais me comprendre, comprendre mon âme… je ne pensais pas à l’art… je pensais que je devais en premier lieu trouver un sens à mon existence et à tout ce qui était autour de moi… Malgré Dieu, qui le réclamait de moi… Mais ça n’allait pas avec ces mots cachés comme des amandes dans leur bogue. J’avais tout perdu… je devrais trouver une troisième langue… »  Lire la suite

Journal en public de Maurice Nadeau du 15 novembre 2011

Kafka en colère. Tel est le titre, accrocheur, d’un nième ouvrage critique sur l’œuvre d’un auteur mondialement lu, objet de commentaires infinis et de tous ordres : biographiques, psychanalytiques, religieux, métaphysiques. Considéré comme l’écrivain absolu, voire traité par certains de « saint », de « prophète ».

Je lis Kafka, j’admire Kafka, j’ai souvent recours à Kafka, je m’applique à moi-même cet aphorisme que je viens de lire dans un nouveau recueil, nouvelle traduction, de ce qui formait pour lui une publication à part : « Chez l’homme les deux péchés capitaux d’où dérivent tous les autres sont l’impatience et la négligence » (Ungeduld und Lässigkeit), quoique Lässigkeit puisse trouver un autre équivalent : oisiveté, laisser-aller. En maintes occasions de ma vie, le Journal m’a renvoyé à moi-même. Non, je ne le prends pas pour Bible. Comme pour beaucoup, – n’est-ce pas Ruth ? –, Kafka est le compagnon auquel on a recours en de décisives circonstances. C’est le sort des écrivains qu’on aime. Ils vous sont nécessaires selon le moment, selon l’événement. Je me méfie des déifications. Lire la suite

La Quinzaine littéraire n°1049 – du 15 au 30 novembre 2011

 EN PREMIER

Politique de l’amour, un article de LAURENT MARGANTIN

PAUL CELAN et INGEBORG BACHMANN LE TEMPS DU CŒUR Correspondance - trad. de l’allemand par Bertrand Badiou Seuil, coll. « La librairie du XXIsiècle », 464 p., 30 euros

Troublante lecture que celle de cette correspondance entre Ingeborg Bachmann et Paul Celan : on en sort avec la conviction que leurs deux œuvres sont bien indissociables, et que leur relation amoureuse se réalisa avant tout à travers l’écriture poétique.

 ROMANS, RÉCITS

Une exemplaire travailleuse du sexe, un article de AGNÈS VAQUIN

GRISÉLIDIS RÉAL, MÉMOIRES DE L’INACHEVÉ - Verticales, 360 p., 22.90 euros

Pour qui considère le combat des travailleurs du sexe comme nécessaire et insuffisant, la figure de Grisélidis Réal est exemplaire. En 1979, elle a quarante ans et elle se présente ainsi : « Actuellement, je vis à Genève où je mène de front mes activités d’écrivain et de prostituée au service d’une lutte collective pour la paix et la survie d’un monde meilleur. »

V. S. Naipaul en Afrique, un article de PIERRE PACHET

V. S. NAIPAUL, LE MASQUE DE L’AFRIQUE Aperçus de la croyance africaine - trad. de l’anglais par Philippe Delamare Grasset, 336 p., 19 €

À sa parution en anglais, le dernier récit de voyage de V. S. Naipaul a reçu un accueil mitigé : l’acuité de son regard et son sens comique seraient compromis par des lieux communs presque racistes sur l’Afrique et les Africains, par la fatigue cynique d’un Nobel vieillissant (78 ans). Je ne suis pas d’accord. Le maître sait toujours observer, s’émerveiller, décrire. Lire la suite

D’une Quinzaine à l’autre, du 15 au 30 novembre 2011

EXPOSITIONS

MATHÉMATIQUES, UN DÉPAYSEMENT SOUDAIN

La Fondation Cartier a convoqué pour l’exposition « Mathématiques, un dépaysement soudain », à la fois la communauté de mathématiciens (Sir Michael Atiyah, Alain Connes, Nicole el Karoui, Misha Gromov, Cédric Villani, Don Zagier) spécialistes dans leurs domaines (théorie des nombres, géométrie algébrique, géométrie différentielle…) et neuf artistes ayant déjà exposé à la Fondation Cartier (Jean-Michel Alberola, Raymond Depardon et Claudine Nougaret, Takeshi Kitano, David Lynch, Beatriz Milhazes, Patti Smith, Hiroshi Sugimoto et Tadanori Yokoo). Ainsi les mathématiques sortentelles de leurs limites conceptuelles pour être pensées et interprétées au fil d’un parcours d’exposition qui, reliant les dimensions géométrique, algébrique, artistique et cinématographique, incite à les voir et à les écouter. En un mot, à être dépaysé. Jusqu’au 18 mars 2012. Fondation Cartier, 261, bd Raspail, 75014 Paris. Tél. : 01.42.18.56.50. Lire la suite

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