La Quinzaine Littéraire n°1055 du 15 au 29 février 2012
février 17, 2012 1 Commentaire
EN PREMIER
Le Nostradamus du mois prochain
Entretien avec Gary Shteyngart (1), propos recueillis par Steven Sampson.
Drôletristesuperhistoire, un article de STEVEN SAMPSON
GARY SHTEYNGART, SUPER TRISTE HISTOIRE D’AMOUR, trad. de l’anglais (ÉtatsUnis) par Stéphane Roques L’Olivier, 416 p., 23 €
Dans l’univers dystopique de cet écrivain américain d’origine soviétique, toutes les frontières s’effacent, y compris celles qui devraient figurer entre les signes linguistiques.
ROMANS, RÉCITS
Un roman barbare et envoûtant, un article de HUGO PRADELLE
LUTZ BASSMANN, DANSE AVEC NATHAN GOLSHEM Les intellectuels dans la machine de guerre SS, Verdier, coll. « Chaoïd », 192 p., 16 €
Un roman bref et envoûtant qui rassemble les enjeux du grand projet postexotique, faisant comme trembler des voix face au chaos d’un monde inhumain, et célèbre la grandeur complexe et ironique de la résistance.
H. G.Wells : prophète et homme à femmes, un article de CLAUDE GRIMAL
DAVID LODGE, UN HOMME DE TEMPÉRAMENT, trad. de l’anglais par Martine Aubert Rivages, 706 p., 24,50 €
H. G. Wells (18661946), à qui David Lodge vient de consacrer un roman biographique, Un homme de tempérament, fut un personnage et un écrivain très populaires en son temps. Il ne laisse aujourd’hui que le souvenir de quelques grands classiques du fantastique ou de la sciencefiction (La Machine à remonter le temps [1895], L’Homme invisible [1897] et La Guerre des mondes [1898]) alors qu’il passa, à un moment de son existence, pour un grand prophète de la vie politique et sociale.
Du bon usage des détournements littéraires, un article de JACQUES FRESSARD
SILVIA BARON SUPERVIELLE, LE PONT INTERNATIONAL, Gallimard, 177 p., 17,50 €
Silvia Baron Supervielle, on le sait, se réclame explicitement, en sa vie comme en son œuvre, de trois pays : l’Argentine où elle est née, l’Uruguay proche mais distinct, et la France où la retiennent de très anciennes racines, ce qui implique trois cultures et deux langues. S’y adjoint en ce nouveau livre, avec une présence très forte, son goût foncier pour la littérature anglaise, singulièrement Joseph Conrad et Thomas de Quincey, dont certaines œuvres – de même que par ailleurs celle de Borges – vont en quelque sorte se trouver comme incrustées partiellement ici dans la fiction qu’elle propose en français.
Redécouvrir un grand écrivain danois : Herman Bang, un article de JEAN-LUC TIESSET
HERMAN BANG, MIKAËL, trad. du danois par Elena Balzamo Avantpropos de Klaus Mann Phébus, 246 p., 19 €
LES QUATRE DIABLES, trad. du danois par Isabelle Frambourg Phébus, 128 p., 7,60 €
Écrivain, critique, journaliste, grand voyageur, toujours auréolé du parfum de scandale lié à ses premières publications et entretenu par ses allures de « dandy » et son homosexualité si mal acceptée à l’époque, Herman Bang est mort il y a exactement cent ans, le 29 janvier 1912, alors qu’il effectuait un cycle de conférences aux ÉtatsUnis. Il n’avait que cinquantequatre ans. Un siècle après, l’occasion est idéale de redécouvrir une œuvre qui fut tant admirée à l’aube du XXe siècle, et un homme en qui Claude Monet aurait vu « le premier écrivain impressionniste ».
Après l’ombre du soleil, un article de NATACHA ANDRIAMIRADO
LAWRENCE DURRELL, DANS L’OMBRE DU SOLEIL GREC, Textes choisis et présentés par Corinne AlexandreGarner Peintures et dessins de Lawrence Durrell La Quinzaine littéraire/Louis Vuitton, coll. « Voyager avec… », 384 p., 28 €
« Voyager avec… » on aurait dû se méfier des points de suspension… Voilà un livre passionnant qui nous laisse pantois…Avec qui voyageton, au juste, dans « l’ombre du soleil grec » ?Avec l’auteur ? Durrell ? Mais lequel ? L’homme ? L’attaché de presse au service de la Couronne ? L’écrivain ? Le poète ? Ou le peintre ? On aimerait répondre « tout cela à la fois »… Et pourtant…
ESSAIS LITTÉRAIRES
Alibis, un article de NORBERT CZARNY
PIERRE BAYARD, COMMENT PARLER DES LIEUX OÙ L’ON N’A PAS ÉTÉ ?, Minuit, coll. « Paradoxe », 160 p., 15 €
O. BATTISTINI, J.D. POLI, P. RONZEAUD et J.J. VINCENSINI, DICTIONNAIRE DES LIEUX ET PAYS MYTHIQUES, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1 344 p., 32 €
Michel Leiris raconte dans son livre sur Raymond Roussel que celuici avait aménagé une sorte de luxueux campingcar avant la lettre et qu’il voyageait ainsi de lieu en lieu, sans sortir de son véhicule pour visiter. Comme Phileas Fogg, dont parle Pierre Bayard, il parcourait le monde et l’observait à distance. Idéal que prône l’essayiste dans son dernier essai, Comment parler des lieux où l’on n’a pas été ?
Claude Simon et la vérité, un article de MAURICE MOURIER
CLAUDE SIMON, QUATRE CONFÉRENCES, Minuit, 124 p., 13,50 €
Établis et annotés de façon discrète et suffisante par Patrick Longuet, ces quatre textes sont les traces de « causeries », comme les appelait modestement l’auteur, données en public à Genève, Bologne et au Canada pour les trois dernières, le lieu où fut prononcée la première, qui est aussi la plus ancienne (1980), n’étant pas précisé.
POÉSIE
Philip Larkin : la poésie en partage, un article de SOPHIE EHRSAM
PHILIP LARKIN, LA VIE AVEC UN TROU DEDANS, trad. de l’anglais par Guy Le Gaufey avec la collaboration de Denis Hirson Éd. Thierry Marchaisse, 194 p., 16 €
« Je pense vraiment que cela fait partie du poème : vous voulez qu’il soit et vu et lu, vous tentez de préserver quelque chose. Pas pour vousmême, mais pour les gens qui ne l’ont ni vu ni vécu ni entendu. »
La poésie de Philip Larkin (19221985) est enfin accessible au public français avec ce recueil qui comprend une sélection de poèmes tirés de l’ouvrage posthume Collected Poems. L’édition inclut en guise de préface « Le principe de plaisir », sorte de profession de foi poétique de Larkin, et en manière de postface un entretien à l’Observer de 1979. Philip Larkin, bibliothécaire et grand amateur de jazz, laisse une œuvre poétique douceamère qui a trouvé son public outreManche mais reste méconnu en France.
Un bilantourbillon, GÉRARD NOIRET
HENRI DELUY, L’HEURE DITE, Flammarion, 254 p., 18 €
EMMANUEL HOCQUARD, LES COQUELICOTS, CIPM, 50 p., 10 €
Irruption de la Manche, GEORGES GUILLAIN
JACQUES DARRAS, IRRUPTION DE LA MANCHE, Le Cri, 244 p., 25 €
ARTS
Les merveilleux artisans des origines de la Rome ancienne, un article de GILBERT LASCAULT
FILIPPO COARELLI, L’ART ROMAIN DES ORIGINES AU IIIe SIÈCLE AV. J.C., trad. de l’italien par Blanche Bauchau Picard, 256 p., 119 ill. coul., 90 €
Professeur d’histoire romaine à l’université de Pérouse, remarquable archéologue, Filippo Coarelli étudie, avec subtilité et précision, les fouilles (anciennes et récentes) des tombes, les plans des temples et des maisons privées, les exvoto en terre cuite, les peintures, les statues en bronze, les miroirs, les pièces de monnaie, les céramiques (1).
Écrits sur l’art de Michel Leiris, un article de GEORGES RAILLARD
MICHEL LEIRIS, ÉCRITS SUR L’ART, Édition établie par Pierre Vilar CNRS éditions, 666 p., 29,90 €
Composé par Pierre Vilar – le neveu de l’historien homonyme –, l’ensemble des écrits de Michel Leiris sur l’art : 666 pages. On y compte, outre les textes de l’écrivain, des bibliographies, mais aussi d’abondants essais du commentateur sur les artistes qui ont retenu l’attention de Leiris. En très petit nombre : André Masson, Joan Miró, Alberto Giacometti, Pablo Picasso, Wifredo Lam, Francis Bacon, les figures majeures du XXe siècle avec qui Leiris eut des liens d’amitié. C’est moins l’anecdote de ces rencontres que l’on cherchera et trouvera, dans ce fort volume, que la trace de la voix du poète dans le champ de l’art, son exercice, son horizon.
PHILOSOPHIE
«Ne pas se laisser anéantir», un article de PATRICK SULTAN
HANNAH ARENDT, ÉCRITS JUIFS, trad. de l’allemand et de l’anglais par Sylvie CourtineDenamy Fayard, 750 p., 28 €
« C’est seulement au sein d’un peuple qu’un homme peut vivre en tant qu’homme parmi les hommes, s’il ne veut pas mourir d’épuisement. Et seul un peuple vivant et fonctionnant de concert avec d’autres peuples peut contribuer à établir sur la terre habitée par nous tous un monde des hommes créé et contrôlé en commun par nous tous. » Cette affirmation énergique et radicale de la volonté humaine, appel impérieux et dramatique à l’agir sous sa forme essentiellement politique, pourrait servir de fil conducteur à la lecture du volumineux ensemble qui est présenté sous le titre un peu trompeur d’Écrits juifs de Hannah Arendt.
HISTOIRE
Toujours plus outre, un article de DOMINIQUE GOY-BLANQUET
SERGE GRUZINSKI, L’AIGLE ET LE DRAGON Démesure européenne et mondialisation au XVIe siècle, Fayard, 350 p., 24 €
La mondialisation ne date pas d’hier : elle remonte au XVIe siècle, affirme Serge Gruzinski, mais son devenir n’était nullement inscrit dans les faits qu’il nous invite à relire. Après 1492, les liaisons européennes se multiplient avec le reste du monde, lancées pour la plupart depuis la péninsule Ibérique. Routes commerciales, bien sûr, mais pas exclusivement. Le rêve de Christophe Colomb est d’abord idéologique : l’or qu’il espère trouver en terres lointaines permettra de reprendre Jérusalem et de terrasser l’islam. Le pacte de Tordesillas qui partage le monde entre Espagne et Portugal explique les « égarements » de la cartographie sur la route des épices, quand il faut situer les îles convoitées à l’est ou à l’ouest de la ligne de démarcation.
De la révolte à la crainte de Dieu, un article de JEAN-JACQUES MARIE
BERNARD LE MEIGNEN, SOLJENITSYNE SEPT VIES EN UN SIÈCLE, SolinActes Sud, 886 p., 32 €
Sept vies : celle d’un étudiant dont la famille a été décimée par la guerre civile, celle d’un capitaine courageux décoré puis arrêté pour quelques lignes politiques jugées suspectes dans une correspondance avec un ami, celle d’un pensionnaire du Goulag pendant huit ans (plus trois ans de relégation), celle, assez brève, d’un écrivain qui publie sous Khrouchtchev le récit d’une journée d’un détenu du Goulag, qui fait sensation dans l’URSS d’alors, celle d’un homme qui se dresse contre le régime bureaucratique et le sort sinistre qu’il réserve à la littérature, puis d’un exilé pendant vingt ans en Occident où il devient avec la publication de L’Archipel du Goulag le prophète adulé de la dénonciation du « communisme » et de ses « crimes », et enfin celle d’un prophète exilé retournant dans son pays où sa voix, quoique tonitruante, se perd assez vite dans l’indifférence.
La révolution sociale, fille de la révolution esthétique, PATRICK CINGOLANI
JACQUES RANCIÈRE, AISTHESIS, Galilée, coll. « La philosophie en effet », 328 p., 27 €
Dans le parcours philosophique de Rancière, audelà du corpus des œuvres philosophiques reconnues comme telles ou des œuvres traitant de la littérature ou des arts, il est quelques rencontres singulières et décisives. Qui ne connaît désormais Joseph Jacotot dont Jacques Rancière s’est ressaisi de la théorie de l’émancipation intellectuelle et à partir duquel il actualise sur le terrain de l’intelligence les enjeux d’égalité qui ont constamment préoccupé son œuvre ? Mais les plus récents lecteurs de Rancière se souviennent peutêtre moins de LouisGabriel Gauny dont il a exhumé les archives dans le livre éponyme soustitré : le philosophe plébéien et qui apparaît à une place décisive de la Nuit des prolétaires et dans les réflexions du philosophe sur ce qu’est l’expérience ouvrière au XIXe siècle et sur les paradoxes de l’identité militante.
GÉOPOLITIQUE
Réflexions sur l’hégémonie des États-Unis, un article de CHRISTIAN COMELIAU
PHILIP GOLUB, UNE AUTRE HISTOIRE DE LA PUISSANCE AMÉRICAINE, trad. de l’américain par Claude Albert Seuil, 288 p., 19 €
Fils de deux artistes newyorkais, déjà auteur de divers ouvrages et articles sur l’hégémonie des ÉtatsUnis, Philip Golub est aujourd’hui établi en France : il est journaliste, notamment pour Le Monde diplomatique, mais aussi enseignant à l’Université de ParisVIII et à SciencesPo. Son dernier ouvrage se présente comme une synthèse de l’histoire de la puissance américaine depuis plus de deux siècles, mais axée plus particulièrement sur les décennies les plus récentes. Cette synthèse est attrayante parce que bien informée et écrite dans un langage simple (traduit de l’américain) ; elle s’appuie à la fois sur les travaux des meilleurs historiens et spécialistes de la science politique, et sur divers témoignages d’acteurs importants de cette histoire, avec pour ambition de « donner un sens à la trajectoire du système international dans l’aprèsguerre froide (…) et du rôle de la « république impériale américaine » dans la mondialisation » (p. 9).
THÉÂTRE
Beckett, écrivain classique ?, un article de MONIQUE LE ROUX
SAMUEL BECKETT OH LES BEAUX JOURS
Mise en scène de Blandine Savetier Théâtre de la Commune d’Aubervilliers Jusqu’au 17 février
Mise en scène de Marc Paquien Théâtre de la Madeleine Jusqu’au 29 mars Tournée jusqu’en juin 2012
Dans la même période, Oh les beaux jours est deux fois présenté en région parisienne, par Blandine Savetier au Centre dramatique national d’Aubervilliers, par Marc Paquien à la Madeleine. Une telle concomitance ne concerne habituellement que le répertoire du passé : Samuel Beckett serait-il devenu un écrivain classique, au sens où son œuvre théâtrale se prêterait maintenant à toutes les variations possibles ?
DVD
Max Ernst, «mes vagabondages, mes inquiétudes», un article de DOMINIQUE RABOURDIN
PETER SCHAMONI, MAX ERNST « MES VAGABONDAGES, MES INQUIÉTUDES », Collection DVD « Phares », 23 €
Après André Breton, Jacqueline Lamba, Robert Desnos, Yves Tanguy, Yves Elléouët, Marcel Duchamp, Alan Glass, Wifredo Lam et Leonora Carrington, la collection DVD « Phares », entièrement financée par Aube Elléouët, la fille d’André Breton, s’enrichit d’un film consacré à Max Ernst. L’intérêt de cette collection tient à son éclectisme, à la possibilité que s’est donnée Aube d’ouvrir la porte aux peintres – et aux poètes –, sans se soucier de leur plus ou moins grande notoriété. Certains, commeYves Elléouët ouAlan Glass, sont peu connus et restent à découvrir. Le contraire de Max Ernst, dadaïste et surréaliste de la première heure, « l’homme des possibilités infinies », ainsi que le présentait André Breton lors sa de sa première exposition en France en 1921. Ce n’était pas si mal vu.
MUSIQUE
Stravinski sur la musique, un article de THIERRY LAISNEY
IGOR STRAVINSKI POÉTIQUE MUSICALE, Édition établie, présentée et annotée par Myriam Soumagnac Flammarion, coll. « Harmoniques », 190 p., 20 €
Six conférences prononcées par Stravinski à l’université de Harvard en 1939, au moment où le compositeur quitte l’Europe pour les ÉtatsUnis. Six leçons où Stravinski expose, non sans autorité, quelquesunes de ses conceptions en matière musicale.






Bonjour, je m’appelle Alex, belge, 23 ans.
J’écris de courtes nouvelles et j’aimerais bien avoir l’avis de quelqu’un comme vous qui s’intéresse à la littérature. Je ne demande rien d’autre qu’un avis pour pouvoir m’améliorer.
Voici mon blog où je publie mes écrits : http://loli-popo.blogspot.com/
Merci d’avance pour votre réponse