La Nouvelle Quinzaine littéraire n°1102 du 1er au 15 avril 2014

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EN PREMIER

« Flaubert dans le temps », un article de Michel Pierssens

S’il en était encore besoin, la publications de ces deux nouveaux volumes des Œuvres complètes de Flaubert viendrait confirmer le sentiment qu’on peur avoir d’un tournant décisif dans le champ des études littéraires : le théoricisme conquérant des années soixante est définitivement oublié.

GUSTAVE FLAUBERT

OEUVRES COMPLÈTES II (1845-1851)

OEUVRES COMPLÈTES III (1851-1862)

Sous la direction de Claudine Gothot-Mersch

Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2 vol., respectivement 1 658 et 1 332 p., 72 et 67 €

LITTERATURE

« Ménage à trois avec peluche », un article de Steven Sampson

Poupée, onzième livre d’Alain Sevestre, se passe à Londres. Julie, une jeune Française, y a été attirée par la puissance et l’étrangeté de la ville. Elle en jouit grâce  à son riche amant, banquier et spécialiste de la fusion-acquisition, moins doué pour des relations intimes, hormis celle qu’il entretient avec son lion en peluche. Dans un monde néolibéral, peut-on encore former des attaches permanentes ? Les êtres – animés ou inanimés – sont-ils devenus interchangeables ?

ALAIN SEVESTRE

POUPÉE

Gallimard, 322 p., 21,50 €

« Dans la peau d’une bourgeoise », un article de Yaël Pachet

Les faits sont connus, les protagonistes aussi. Un érotomane, une grande bourgeoise et une femme peule immigrée aux Etats-Unis. On s’épuise à imaginer la triangulation du désir qui relie aussi fermement ces trois personnages, on y échoue, un grand prix est proposé à celui qui la trouvera, un prix littéraire de préférence, mais le plus probable est que le mystère de la chambre jaunie par le sperme restera entier.

RÉGIS JAUFFRET

LA BALLADE DE RIKERS ISLAND

Seuil, 432 p., 21 €

 

« Edouardo, autrefois Nissim », un article de Jacques Fressard

Voici un bref roman, égrené en chapitres parfois très courts que sépare un simple astérisque, un roman qui cependant ne manque pas de poids. Il convient de le lire lentement, un peu comme une fable où l’on tiendrait à ne laisser échapper aucun détail.

EDUARDO HALFON

MONASTÈRE

trad. de l’espagnol (Guatemala) par Albert Bensoussan

Quai Voltaire, 154 p., 16 €

« Jaccottet, fragile et rayonnant », un article de Norbert Czarny

En 1947, Philippe Jaccottet, qui a un peu plus de vingt ans, écrit « Requiem », poème qu’il reniera jusqu’en 1991. Ce texte en vers inspiré de photos de résistants du Vercors torturés par la milice et les nazis, on le trouvera en appendice de l’édition de la Pléiade qui vient de paraître. Cette nouvelle parution du poème marque à la fois la rupture et la continuité d’une oeuvre.

PHILIPPE JACCOTTET

OEUVRES

Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1 728 p., 66,50 €

 

« Ce qui manque dans la mémoire », un article de Hugo Pradelle

Un livre qui, s’il ne tient pas toutes ses promesses, propose une belle réflexion sur la solitude, les à-côtés de l’Histoire, la mémoire, la peur extrême de vivre et la puissance de la fiction. Un roman audacieux qui – à l’instar de ceux de Couto et de Mãé – témoigne de la vitalité de la littérature lusophone en Afrique.

JOSÉ EDUARDO AGUALUSA

THÉORIE GÉNÉRALE DE L’OUBLI

trad. du portugais (Angola) par Geneviève Leibrich

Métailié, 176 p., 17 €

« Une autre façon d’être humain », un article de Marie Etienne

Le récit s’articule autour d’un souvenir de l’héroïne, Jessica Speight, dite Jess. Au cours d’un voyage en Afrique, qu’elle effectue en tant qu’étudiante en anthropologie, elle rencontre un groupe d’enfants dont les pieds, à cause d’une maladie génétique, ont les orteils soudés.

MARGARET DRABBLE

UN BÉBÉ D’OR PUR

trad. de l’anglais par Christine Laferrière

Christian Bourgois, 400 p., 22 €

« Enquête policière et littéraire », un article d’Ève Charrin

A Holon, dans la banlieue de Tel Aviv, le jeune et taciturne Ofer Sharabi, seize ans, disparaît sans laisser de traces. Mais le commandant Avraham Avraham, policier chevronné, ne s’affole pas pour autant. Pas tout de suite, du moins : « Savez-vous pourquoi il n’y a pas de littérature policière écrite en Israël ? » Telle est la question qu’il pose à la mère de l’adolescent, flemme blême et apeurée venue faire sa déposition au commissariat.

DROR MISHANI

UNE DISPARITION INQUIÉTANTE

trad. de l’hébreu par Laurence Sendrowicz

Seuil, 321 p., 21 €

« Chasse à l’homme », un article de Claude Fierobe

Une chasse à l’homme, à travers le Donegal et jusqu’en Amérique, une traque incessante, haletante, sordide et poétique à la fois. La condition humaine, celle des misérables et des exploités, sur les deux rives de l’Atlantique, dans les années 1830.

PAUL LYNCH

UN CIEL ROUGE, LE MATIN

trad. de l’anglais (Irlande) par Marina Boraso

Albin Michel, 268 p., 20 €

« Nouvelles d’Okinawa », un article de Sophie Ehrsam

Ce recueil réunit six nouvelles, qui toutes se déroulent à Okinawa, cet archipel au sud du Japon occupé par les Américains à la suite de la Seconde Guerre mondiale. C’est un territoire luxuriant de vie, mais où la mort n’est jamais très loin. Medoruma Shun est traduit en français pour la première fois.

MEDORUMA SHUN

L’ÂME DE KÔTARÔ CONTEMPLAIT LA MER

trad. du japonais par Myriam Dartois-Ako, Véronique Perrin et Corinne Quentin

Zulma, 288 p., 21 €

« Demeurer dans le jour », un article de Norbert Czarny

« Que faire au jour le jour et comment maintenir les chiens de l’ombre en laisse ? » Ces vers de Guy Goffette, ami de Paul de Roux, traduisent ce qui hante désormais ce dernier, dont vient de paraître le cinquième recueil de carnets. La maladie qui l’a frappé le laisse sans voix.

PAUL DE ROUX

AU JOUR LE JOUR 5

CARNETS 2000-2005

Préface de Gilles Ortlieb

Le Bruit du temps, 224 p., 15 €

ENTREVOIR

LE FRONT CONTRE LA VITRE

LA HALTE OBSCURE

Préface de Guy Goffette

Poésie/Gallimard, 384 p., 9,50 €

GUY GOFFETTE

UN MANTEAU DE FORTUNE

L’ADIEU AUX LISIERES

TOMBEAU DU CAPRICORNE

Préface de Jacques Réda

Poésie/Gallimard, 304 p., 7 €

 « La vie en partage – Entretien avec Christine Angot », propos recueillis par Tiphaine Samoyault

CHRISTINE ANGOT

LA PETITE FOULE

Flammarion, 255 p., 19 €

POÉSIE

« Un « grand corps de tristesse » breton », un article d’Albert Bensoussan

Le poète Jacques Josse : un homme qui n’est pas issu de l’université mais qui a tout lu, et tant écrit, avec des phrases économes, sobres, denses et qui éclatent sur vos lèvres comme des bulles d’air. D’un air vif de Bretagne, ce « grand corps de tristesse » dont parlait Julien Gracq.

JACQUES JOSSE

LISCORNO

Apogée, 96 p., 12 €

« Claude Vigée : le douleur est une naissance », un article d’Odile Hunoult

En 2008 était paru de Claude Vigée (né en 1921) Mon heure sur la terre, poésies complètes 1936-2008. Son oeuvre n’est pas achevée ; le livre somme (plus de 920 pages) n’est pas à la portée de toutes les bourses ; Vigée à obtenu entre-temps le Goncourt de la poésie 2008 et le Grand prix national de la poésie (fin 2013). Voilà, sans aller chercher très loin, quelques raisons de la publication au format de poche de L’Homme naît grâce au cri.

CLAUDE VIGÉE

L’HOMME NAÎT GRÂCE AU CRI

Poèmes choisis (1950-2012)

Edition établie, présentée et annotée par Anne Mounic

Seuil, coll. « Points Poésie », 336 p., 7,80 €

Peut-être n° 5, 2014

Revue poétique et philosophique

Association des amis de l’oeuvre de Claude Vigée

25 €

« Dans la langue et la mémoire », un article de Claude Grimal

« Près des lacs », un poème du recueil de Tomas Venclova, Le Chant limitrophe, s’ouvre sur un mystérieux paysage d’eau, d’arbres, d’« humide clarté », où une femme « aussi vieille que Leni Riefenstahl » nourrit ses canards.

TOMAS VENCLOVA

LE CHANT LIMITROPHE

trad. du lituanien par Henri Abril

Circé, 163 p., 18,20 €

HISTOIRE LITTÉRAIRE

« Du nouveau sur Tolkien », un article de Maurice Mourier

Ce fragment de biographie, extrêmement méticuleux et documenté, aurait mérité une traduction moins gauche et parfois moins approximative mais, en dépit de ces menus défauts qu’une relecture attentive par de vrais correcteurs – espèce en voie de disparition – aurait évités, c’est un document saisissant, et qui éclaire en profondeur la genèse d’une des œuvres d’imagination les plus cohérentes et les plus fortes du siècle dernier.

JOHN GARTH

TOLKIEN ET LA GRANDE GUERRE

« Au seuil de la Terre du Milieu »

trad. de l’anglais par Johan-Frédérik  Hel Guedj

Christian Bourgois, 382 p., 22 €

ARTS

« Les forêts de la Guinée, les initiations, les secrets », un article de Gilbert Lascault

EXPOSITION BOIS SACRÉ

Initiations dans les forêts guinéennes 

Musée du quai Branly

37, quai Branly, 75007 Paris

4 mars –18 mai 2014

Catalogue officiel

Beaux-Arts magazine (hors-série), 44 p., 9 €

« Nancy Cunard et les luttes des Noirs », un article de Gilbert Lascault

Nancy Cunard (1896-1965) organise et publie en 1934 un énorme ouvrage, Negro Anthology. Ce sont huit cents cinquante pages, cent quarante-cinq rédacteurs. Ils sont africains, afro-américains, antillais, malgaches… Ce sont des militants, des universitaires, des journalistes, des surréalistes français. Dans cette immense anthologie (en partie décousue, volontairement), dans un collage, la parole est offerte à des dominés.

EXPOSITION « L’ATLANTIQUE NOIR » DE NANCY CUNARD

Negro Anthology (1931-1934)

Musée du quai Branly

37, quai Branly, 75 007 Paris

4 mars -18 mai 2014

Catalogue de l’exposition

Coordonné par Sarah Frioux-Salgas

Gradhiva hors-série /musée du quai Branly, 220 p., 20 €

« Van Gogh / Artaud », un article de Georges Raillard

Le signature, Vincent, au flanc des pots de terre où rutile le soleil des tournesols. Sur le champ de blé aux corbeaux, « Corbeaux aux ailes noires, d’un noir de truffes lustrées ». D’une image à l’autre, images célébrissimes, s’étend le mythe Van Gogh. Mais aussi, entre elles, s’incruste Van Gogh. Le suicidé de la société d’Antonin Artaud. Ce texte a été suggéré à l’écrivain par Pierre Loeb, le galeriste, à l’occasion de l’exposition ouverte en 1947 à l’Orangerie. Un article de journal a placé l’oeuvre de l’artiste, (que je ne suis pas le seul à découvrir réellement ce jour-là), sous le signe de la folie. Au journaliste, Artaud oppose ses mots, ses contradictions, sa violence, sa voix. C’est la présence de Van Gogh dans Artaud que le musée d’Orsay expose.

EXPOSITION VAN GOGH / ARTAUD, LE SUICIDE DE LA SOCIETE

Commissariat : Isabelle Cahn, conservateur en chef au musée d’Orsay

Musée d’Orsay

11 mars – 6 juillet 2014

HISTOIRE

« Lamartine historien », un article de Maïté Bouyssy

Pourquoi lit-on ce Lamartine sans décrocher, et en voulant toujours aller plus loin ? On a 2 000 pages devant soi, le pensum se transforme en piège, on revient sur les passages sautés alors que l’on se soucie comme d’une guigne de la fin de l’histoire, que l’on connaît. Mais précisément parce que « l’enchanteur » nous conte cette aventure toujours en mouvement sans sombrer dans le positivisme critique, toujours lourd et dont il n’a que faire, et sans davantage donner dans le mélodrame, forme bien trop populaire pour l’homme de Milly.

ALPHONSE DE LAMARTINE

HISTOIRE DES GIRONDINS

Edition établie par Anne et Laurent Theis

Préface de Mona Ozouf

Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2 tomes, respectivement 960 et 1150 p., 30 € chacun

« « Ce temps-là du génocide » », un article de Pierre Benetti

« Quand une personne était chassée, ils la faisaient disparaître, ils mettaient sa maison à terre, ils tuaient ses enfants, ils tuaient sa femme et ils dégradaient tout ce qu’ils pouvaient trouver. Mais les autres, eux, ils ont encore tous leurs biens. » Ainsi parle une femme, le 5 octobre 2006 sur la colline de Nyarurama au Rwanda, au cours d’un procès qui juge les assassins de sa famille.

HÉLÈNE DUMAS

LE GÉNOCIDE AU VILLAGE

Le massacre des Tutsi au Rwanda

Seuil, coll. « L’univers historique », 365 p., 23 €

« La France de Pierre Nora », un article d’Yves Surel

Un ouvrage passionnant, mais curieux. Cette compilation d’articles de revues et chapitres d’ouvrages publiés de 1962 à 2010fait suite à deux autres livres parus (également chez Gallimard) en 2011, Historien public et Présent, nation, mémoire. Pierre Nora, dès l’ouverture de Recherches de la France, souligne d’ailleurs lui-même la cohérence voulue de cet ensemble, dont il résume ainsi la dynamique générale : « L’organisation presque naturelle de ce rassemblement fait apparaître une image fortement unitaire : celle de l’Etat-nation dans son âge accompli ».

PIERRE NORA

RECHERCHES DE LA FRANCE

Gallimard, coll. « Bibliothèque des Histoires », 608 p., 24,50 €

SCIENCES

« Cybernétique et cyber-philosophie », un article de Jean-Michel Kantor

L’homme et la machine : un thème cher aux philosophes et aux écrivains, en particulier de science-fiction. Avec Norbert Wiener, les relations futures de l’homme avec la machine devinrent un projet encyclopédique, celui de la cybernétique.

NORBERT WIENER

LA CYBERNÉTIQUE

Information et régulation dans le vivant et la machine

trad. de l’anglais par Ronan Le Roux, Robert Vallée et Nicole Vallée-Lévi

Seuil, coll. « Sources du savoir », 376 p., 28 €

CYBERNÉTIQUE ET SOCIÉTÉ

Seuil, coll. « Points Sciences », 220 p., 8 €

PIERRE CASSOU-NOGUÈS

LES RÊVERIES CYBERNÉTIQUES DE NORBERT WIENER

Seuil, coll. « Science ouverte », 284 p., 22 €

IDEES

« De l’humour », un article de Thierry Laisney

La nature de l’humour et sa valeur, telles sont les deux grandes questions auxquelles le philosophe américain Noël Carroll nous invite à réfléchir dans cet ouvrage.

NOËL CARROLL

HUMOUR

A Very Short Introduction

Oxford University Press, 128 p.

« Comment traduire ? », un article de Santiago Artozqui

Contrairement à ce que le titre de cet essai pourrait nous laisser croire, Mireille Gansel n’a pas écrit un énième pensum sur la traduction, ses vertus supposées ou ses complexes ancillaires. Elle nous raconte une histoire, la sienne, celle de ses langues et de ses racines.

MIREILLE GANSEL

TRADUIRE COMME TRANSHUMER

Préface de Jean-Claude Duclos

Calligrammes, coll. « Sillages », 96 p., 18 €

THÉÂTRE

« A distance », un article de Monique Le Roux

Hasard des programmations : Le Dernier Jour du jeûne de et par Simon Abkarian est actuellement représenté aux Amandiers de Nanterre, Liliom de Ferenc Molnar, mis en scène par Galin Stoev, à la Colline. Ces deux pièces évoquent des sujets auxquels notre époque et notre société sont devenues particulièrement sensibles. Leur concomitance conduit à s’interroger sur la distance apportée au théâtre par l’éloignement spatial ou temporel.

SIMON ABKARIAN

LE DERNIER JOUR DU JEÛNE

Mise en scène de Simon Abkarian

Théâtre des Amandiers jusqu’au 6 avril

Centre dramatique national de Limoges jusqu’au 11 avril

FERENC MOLNÁR

LILIOM

Mise en scène de Galin Stoev

Théâtre de la Colline jusqu’au 4 avril

Tournée jusqu’au 16 avril

BIBLIOGRAPHIE

Par Adeline Rajch

TELEVISION

« Honneur au courage malheureux », un article de Lucien Logette

Même si la situation politique est loin d’être la même, l’arrivée des chars russes en Crimée renvoie inévitablement, pour les spectateurs qui ont l’âge de s’en souvenir, à l’entrée des blindés du pacte de Varsovie dans Prague, le 21 août 1968. Prescience des décideurs d’Arte ou clin d’œil du hasard, le programmation de la série Sacrifice les 27 et 28 mars et sa sortie consécutive en DVD remettent à l’ordre du jour un moment décisif des années 1960, qui clôt la parenthèse enchantée.

AGNIESZKA HOLLAND

SACRIFICE

Coffret 2 DVD, éd. Montparnasse, 20 €

LA NOUVELLE QUINZAINE LITTERAIRE

« Petites déambulations philosophiques – 5. La haine, quai aux Fleurs », un article de Jean Lacoste

La Nouvelle Quinzaine littéraire n°1101 du 16 au 31 mars 2014

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EN PREMIER

« Un grand livre venu de Corée », un article de Maurice Mourier

L’Asie a le vent en poupe, en matière de culture comme en tout autre secteur d’activité. Après la déferlante des traductions du japonais et un peu avant l’arrivée des troupes littéraires chinoises, la Corée avait commencé de conquérir son espace dans les librairies, malgré l’isolement et la difficulté de sa langue. Mais il est bien peu de livres issus du Pays du matin calme, territoire d’invasions et de malheur qui mérite si mal son nom, qui aient suscité une attention autre que polie. Raison de plus pour signaler celui-ci, une manière de révélation.

PARK BUM-SHIN

PUTAIN DE PUPITRES !

trad. du coréen par Ko Kwang-dun et Éric Bidet avec le concours de Jean Bellemin-Noël

Decrescenzo, 237 p., 21 €

« L’Argentine au Salon du Livre : Damian Tabarovsky », un article de Santiago Artozqui

Cette année, le Salon du Livre met à l’honneur les auteurs argentins et invite dans ce cadre Damian Tabarovsky, romancier, essayiste, éditeur, traducteur, mais surtout intellectuel engagé, dont les textes cultivent le désenchantement et une ironie mordante.

DAMIÁN TABAROVSKY

AUTOBIOGRAPHIE MEDICALE

trad. de l’espagnol (Argentine) par Nelly Lhermillier

Christian Bourgois, 110 p., 16 €

« Ricardo Piglia », un article de Norbert Czarny

On est au tournant des années quatre-vingt -dix, en Amérique,, c’est-à-dire nulle part. Une femme intelligente et rebelle, d’une beauté mystérieuse, professeur dans une petite ville universitaire du New Jersey, meurt dans un accident de voiture. Sa main brûlée suscite des doutes, des questions. C’est le coeur de Pour Ida Brown, roman « américain » de Ricardo Piglia.

RICARDO PIGLIA

POUR IDA BROWN

trad. de l’espagnol (Argentine) par Robert Amutio

Gallimard, coll. « Du monde entier », 320 p., 21 €

LITTERATURE

« Chaque viol est unique », un article d’Agnès Vaquin

D’emblée, à sa manière incisive et dépouillée, Caroline Lamarche glace son lecteur : « Cette nuit, en rêve, je descendais un ravin au péril de ma vie et trouvais, au fond, une morte […] Cette morte donc avait mon âge, de cela je suis certaine, pourtant elle ressemblait à celle que j’étais il y a plus de vingt ans, comme si j’avais été moi-même en sommeil depuis lors, comme si j’avais passé tout ce temps à mourir. »

CAROLINE LAMARCHE

LA MÉMOIRE DE L’AIR

Gallimard, 104 p., 11 €

« Eloge de la contre-folie », un article de Tiphaine Samoyault

Au cimetière du Père-Lachaise, la tombe la plus fleurie, la plus vénérée sans doute, est toujours celle d’Allan Kardec, auteur, en 1861, du Livre des médiums. Sur sa tombe en forme de dolmen et sous son buste en bronze poli est gravé l’un des postulats de la doctrine : « tout effet intelligent a une cause intelligente ». Sans qu’il se réfère à la pensée spirite, à laquelle il préfère le tao, Philippe Sollers choisit néanmoins de reconnaître à l’écrivain les propriétés du médium, capable d’établir des communications inédites et des correspondances mystérieuses, antidotes aux faiblesses du temps.

PHILIPPE SOLLERS

MEDIUM

Gallimard, 166  p., 17,50 €

« Vérité des masques », un article de Hugo Pradelle

Certains livres réclament du temps pour être vraiment lus, et ce sont souvent ceux à qui on en laisse le moins. Le premier « roman » d’Edouard Louis éclate avec violence et provoque un bouleversement ambigu dont il faut mesurer l’importance.

EDOUARD LOUIS

EN FINIR AVEC EDDY BELLEGUEULE

Seuil, 224 p., 17 €

« Relire Chandler », un article de Dominique Rabourdin

On ne devait pas s’ennuyer dans les bureaux de Marcel Duhamel. L’illustre inventeur de la « Série noire » se souvient, dans Raconte pas ta vie, d’un « accrochage » avec son éditeur. « Coupe, taille et rogne, il me dit, sinon tes lecteurs vont se faire vieux. » Chez Gallimard, malgré le succès phénoménal de la Série noire, ce que l’on n’appelait pas encore « formatage » existait, et Raymond Chandler n’était pas mieux traité que les autres. L’éditeur avait tous les droits, dont celui d’imposer un style – à base d’argot de Pigalle – à ses traducteurs, et à ses livres un nombre de pages –  deux cent cinquante – à ne pas dépasser.

RAYMOND CHANDLER

LES ENQUÊTES DE PHILIP MARLOWE

Traductions revisitées par Cyril Laumonier

Gallimard, coll. « Quarto », 1 300 p., 28,50 €

« L’appel de la terre », un article de Steven Sampson

Comme Hemingway, Jim Harrison situe une partie de son oeuvre à la campagne, dans le Michigan, où il donne libre cours à son amour de la chasse et de la pêche. Nageur de rivière, son quarante et unième livre, contient deux romans courts unis par le ton élégiaque caractéristique du style tardif de l’écrivain. Si l’auteur se préoccupe de la mort, il ne renonce en rien à son indignation devant un mode de vie coupé des valeurs de la Nature.

JIM HARRISON

NAGEUR DE RIVIÈRE

trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Brice Matthieussent

Flammarion, 263 p., 19,90 €

« L’argent après le sexe », un article de Monique Baccelli

Walter Siti n’est pas le seul à constater que le sexe et l’argent mènent le monde, mais il est peut-être le premier à étudier cette question de façon méthodique, en deux temps. Dans Leçons de nu (Verdier, 2012, QL n°1072) il centrait son analyse sur le sexe, et plus particulièrement sur l’homosexualité. Dans Résister ne sert à rien, il donne la priorité à l’argent, sans que le sexe soit exclu, mais cette fois sous l’angle de l’hétérosexualité. Les deux romans ne forment pas une suite, mais sont reliés par la personne du narrateur.

WALTER SITI

RÉSISTER NE SERT A RIEN

trad. de l’italien par Serge Quadruppani

Métailié, 297 p., 21 €

« La résistance des petites gens », un article de Jean-Luc Tiesset

« Nous avons tous été obligés d’agir chacun tout seul, pour soi, et c’est tout seuls que nous devrons mourir. Mais ce n’est pas pour autant que nous sommes seuls, Quangel, ce n’est pas pour autant que nous mourrons en vain. » 

HANS FALLADA

SEUL DANS BERLIN

trad. de l’allemand par Laurence Courtois

Denoël, 736 p., 26,90 €

« Entretien avec Gabriela Adamesteanu », propos recueillis par Gabrielle Napoli

Écrivain et journaliste roumaine, Gabriela Adamesteanu (née en 1942) est l’auteur de trois romans et de deux recueils de nouvelles. Elle a bien voulu répondre aux questions de La Nouvelle Quinzaine littéraire.

« Vladimir Pozner : souvenirs d’amitié », un article de Christian Mouze

Zeus étant la Vie, Vladimir Pozner (1905-1992) est son Mercure. Il court le XXe siècle et ses écrivains, peintres, savants, cinéastes… et, de façon incomparable, il rapporte de chaque rencontre la justesse d’un homme.

VLADIMIR POZNER

VLADIMIR POZNER SE SOUVIENT

Lux, 254 p., 18 €

VLADIMIR POZNER

Revue Europe, n° 1 017-1 018 (janvier-février 2014)

396 p., 20 €

« Deux femmes obstinées », un article de Claude Grimal

Marlene van Niekerk, auteure sud-africaine de langue afrikaans, a publié en 1994 un premier roman grinçant très réussi, Triomf, sur la vie d’une famille afrikaner misérable des faubourgs de Johannesburg peu avant les premières élections démocratiques du pays. Avec Agaat, son nouveau roman (2004), elle change de lieu géographique, de milieu social et de moment historique.

MARLENE VAN NIEKERK

AGAAT

trad. de l’afrikaans par Pierre-Marie Finkelstein

Gallimard, coll. « Du monde entier », 716 p., 22,90 €

MUSIQUE

« La mélodie bien en dehors », un article de Thierry Laisney

En musique comme ailleurs, c’est souvent la restriction qui nous est enseignée.

POÉSIE

« La vie n’est jamais pauvre », un article de Marie Etienne

Marie-Claire Bancquart est née à Aubin, dans la région Midi-Pyrénées, mais son livre commence par un texte, mi-prose, mi-poésie, qui concerne la ville de Thérouanne, un bourg de l’Artois proche d’Arras, riche de passé et de vestiges. 

MARIE-CLAIRE BANCQUART

MOTS DE PASSE

Le Castor astral, 144 p., 15 €

INEDITS

« Voyager avec Nietzsche : exercices de la solitude », un article de Jean Lacoste

Maurice Nadeau lui avait naguère demandé un livre sur Nietzsche pour sa collection « Voyager avec… » : c’est en le dédiant à sa mémoire que Jean Lacoste l’a finalement écrit. Il propose ici les premières pages de ce livre qui paraîtra au mois de mai aux éditions Voyager avec…/ Louis Vuitton.

ARTS

« Les prodiges et les démons de Gustave Doré », un article de Gilbert Lascault

Illustrateur inventif et prolifique, Gustave Doré dessine le terrible Chat Botté, l’Ogre féroce et le Petit Poucet agile, les damnés et les diables de l’Enfer de Dante, les hallucinations de don Quichotte, le corbeau troublant de Poe, les squelettes, les anges, les draperies inquiétantes, les brigands, les mendiants, les hordes, les trois sorcières de Macbeth, le Sphinx, Jésus et Judas, les épées, les forêts obscures, les abîmes, les grouillements.

EXPOSITION

GUSTAVE DORÉ (1832-1883)

L’imaginaire au pouvoir

Musée d’Orsay, 1, rue de la Légion-d’honneur, 75007 Paris

18 février – 11 mai 2014

Livre-catalogue de l’exposition

Sous la direction de Philippe Kaenel

Musée d’Orsay/Flammarion, 336 p., 250 ill., 45 €

« Le gendre de Mussolini », un article de Marie-Anne Matard-Bonucci

À l’aube du 11 janvier 1944, Galeazzo Ciano est fusillé dans le dos, selon le châtiment réservé aux traîtres. À l’issue d’une parodie de procès, avec cinq autres dignitaires fascistes, il a été jugé coupable de haute trahison, pour avoir contribué à la chute de Mussolini (25 juillet 1943).

GALEAZZO CIANO

JOURNAL (1939-1943)

Préface de Pierre Milza

La Baconnière/Payot, 790 p., 30 €

HISTOIRE

« Parce que c’était lui », un article de Jean-Louis Panné

Voici un livre qui, en dépit de son nombre de pages et de son format, marquera ceux qui l’ouvriront. Le récit introspectif de Francesco Arnoaldi est une sorte de chef-d’oeuvre en raison de la maîtrise avec laquelle il est conduit et de sont style ; chaque mot est choisi, chaque phrase construite pour évoquer le mieux possible une époque, les sentiments des protagonistes, la douleur, comme le montre d’emblée le sous-titre : « Mort et vie », non pas le trop classique « vie et mort ».

FRANCESCO BERTI ARNOALDI

VOYAGE AVEC L’AMI

Mort et vie de Giuliano Benassi

Gallimard, coll. « Témoins », 105 p., 12,90 €

« Enfants déportés », un article de Maïté Bouyssy

On crut au début que l’enfant qui avait été sauvé à Buchenwald, Stefan J. Zweig, l’avait été du fait d’un vaste réseau de solidarité, et c’est indéniable. Mais une fois décantée de tout romanesque, et rejugée au sens strict, cette affaire apporte, si ce n’est du neuf, en tout cas une réflexion sur la chronologie et les raisons des usages de la mémoire.

SONIA COMBE

UNE VIE CONTRE UNE AUTRE

Échange de victime et modalités de survie dans le camp de Buchenwald

Fayard, 336 p., 19 €

PIERRE NELSON

UNE SI DOUCE ENFANCE

L’Harmattan, 204 p., 25 €

PHILOSOPHIE

« Hans Jonas : de la religion à l’écologie », un article de Marc Lebiez

Le Jonas de l’ « écologie philosophique » est bien connu, et encore plus son titre Le Principe responsabilité. Le Jonas du gnosticisme l’est d’autant moins que le seul de ses ouvrages en la matière qui ait été traduit en français est épuisé de longue date. Or, comme lui-même le remarque plaisamment, les deux forment « une seule et même personne », et même un seul et même philosophe. Ce livre a le mérite de le montrer.

HANS JONAS

ESSAIS PHILOSOPHIQUES

Du credo ancien à l’homme technologique

Vrin, 456 p., 32 €

THEÂTRE

« Andrea Badea : un « théâtre politique » », un article de Monique Le Roux

Avec Pulvérisés, créé à Strasbourg au TNS, repris au Centre dramatique national d’Aubervilliers, coproducteur du spectacle, Andrea Badea qui a écrit le texte, Aurélia Guillet et Jacques Nichet qui l’ont mis en scène, surmontent les écueils d’un genre trop souvent galvaudé :le « théâtre politique ».

ALEXANDRA BADEA

PULVERISES

Mise en scène d’Aurélia Guillet et  de Jacques Nichet

Théâtre de la Commune d’Aubervilliers

Du 19 mars au 5 avril

BIBLIOGRAPHIE

Par Adeline Rajch

CINEMA

« Kitsch, morale et nostalgie », un article de Pascal Engel

Le kitsch désignait au départ toute forme d’art inférieur associée à une sensibilité esthétique débile,  à un mauvais goût propre à ceux qui désirent l’art et la culture mais sont incapables d’en saisir les authentiques valeurs.

WES ANDERSON

LE GRAND BUDAPEST HOTEL

LA NOUVELLE QUINZAINE LITTÉRAIRE

« Encyclopédie des terreurs », un article de Jean-Claude Chevalier

ALAIN REY

DICTIONNAIRE AMOUREUX DU DIABLE

Dessins d’Alain Bouldouyre

Plon, 976 p., 26 €

La Nouvelle Quinzaine littéraire n°1100 du 1er au 15 mars 2014

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LITTERATURE

« Un Américain à Madrid », un article de Steven Sampson

Poète et essayiste, spécialiste de John Ashbery, Ben Lerner a décidé de transformer ses théories sur ce dernier en un roman. Comment rendre hommage à un auteur qui, selon Lerner, « crée un effet de miroir où le lecteur regarde sa propre expérience de lecture » ? En partie par la médiation de la langue. Le texte d’Au départ d’Atocha est censé être traduit de l’espagnol, filtrant ainsi les observations d’un narrateur qui passe l’année 2004 à Madrid et témoigne des attaques terroristes à la gare d’Atocha comme du statut absurde de l’Américain à l’étranger.

BEN LERNER – AU DÉPART D’ATOCHA
trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Jakuta Alikavazovictrad
L’Olivier, 208 p., 21 €

« Entretien avec Juan Francisco Ferré », propos recueillis par Benoît Laureau

Juan Francisco Ferré n’est pas de ces écrivains qui tentent d’ordonner le chaos ou d’en extraire une vérité quelconque sur l’état ou l’avenir de notre humanité. Il utilise la complexité des différentes couches de la réalité dans laquelle nous ne cessons de nous compromettre et, dans une fable excessive et grotesque, transforme le roman en « machine de guerre » pour épuiser le réel. Romancier espagnol de la Generación Nocilla, Juan Francisco Ferré est principalement connu en France pour son roman Providence. Karnaval est son quatrième roman.

JUAN FRANCISCO FERRÉ – KARNAVAL
trad. de l’espagnol par Inès Introcaso et Brigitte Jensen
Passage du Nord-Ouest, 621 p., 24 €

« « On écrit toujours pour quelqu’un » », un article de Hugo Pradelle

Un récit intime puisé à « l’inexprimable bonheur de l’enfance », abordant l’ensemble des questions qui, discrètement, hantent toute l’oeuvre de Jean-Michel Delacomptée.

JEAN-MICHEL DELACOMPTÉE – ÉCRIRE POUR QUELQU’UN
Gallimard, coll. « L’un et l’autre », 84 p., 15,90 €

« Cette si fragile virilité », un article d’Arno Bertina

Sans remonter à son tout premier livre, publié par les éditions de Minuit en 1993, il est intéressant de lire et inscrire La Très Bouleversante Confession… dans la perspective dessinée par les deux précédents ouvrages d’Emmanuel Adely : Cinq suites pour
violence sexuelle (Argol, 2008) et Sommes (Argol, 2009). Ces trois livres font corps, ils posent un rapport épidermique au politique et à l’actualité en affirmant (en acte) la capacité de la littérature à répondre à cette actualité brûlante.

EMMANUEL ADELY – LA TRÈS BOULEVERSANTE CONFESSION DE L’HOMME QUI A ABATTU LE PLUS GRAND FILS DE PUTE QUE LA TERRE AIT PORTÉ
Inculte, 128 p., 13,90 €

« « Dans ce pays que Dieu parfume » », un article d’Albert Bensoussan

Grand voyageur et grand biographe, amateur d’histoires et d’Histoire, autobiographe et hétérobiographe, Gérard de Cortanze, au goût hispanique jamais démenti dans sa plongée aux sources méditerranéennes qui sont les siennes, se penche pour la première fois sur le destin juif et apporte une nouvelle pierre au mur des Lamentations. Dans cet An prochain qui est son année dernière à Grenade, le romancier invente pour nous tout à la fois un amour fou – celui de la juive Gâlâh et du musulman Halim – et une étonnante traversée du temps par la vertu d’une pierre magique, sur fond de persécutions, de massacres et de génocide.

GÉRARD DE CORTANZE – L’AN PROCHAIN À GRENADE

Albin Michel, 430 p., 22,50 €

« Une fable nucléaire », un article d’Eve Charrin

Bombay, métropole muticulturelle, se trouve ici ravagée par les attentats terroristes, drastiquement divisée en zones hindoues et musulmanes, menacée de surcoît d’une apocalypse nucléaire. Sarita, jeune femme hindoue partie à la recherche de son mari disparu, se réfugie dans un sous-sol d’hôpital pour échapper aux bombes… Terrifiant ? Avec ses charniers, ses pogroms et ses lynchages, la politique-fiction à l’indienne de Manil Suri effraie, mais pas seulement. C’est là son grand mérite et son irrévérence : ce livre est très drôle.

MANIL SURI – BOLLYWOOD APOCALYPSE
trad. de l’anglais par Dominique Vitalyos
Albin Michel, 470 p., 20 €

« L’art subtil de l’inachevé », un article d’Alain Joubert

Poète et essayiste, Pierre Vandrepote a publié une dizaine d’ouvrages depuis 1968 ; il a également édité, naguère, nombre de ses contemporains au sein de sa collection « Inactualité de l’orage ». Aujourd’hui, il nous propose une série de courtes nouvelles dont Yves Buin, son préfacier, déclare : « Il y a dans les figurations de Pierre Vandrepote, dans sa manière d’exposer, dans son approche d’une réalité inaccessible qui ne se dévoile que pour nous enfermer ou nous rejeter, une touche à la Hopper. » Oui, mais…

PIERRE VANDREPOTE – L’AMOUR EN MOINS et autres nouvelles
Apogée, 175 p., 17 €

« L’homme brûlé », un article de Corinne François-Denève

Gaute Heivoll, auteur déjà très célèbre en Norvège, est traduit en français pour la première fois. L’intrigue supposément policière du roman cache un récit subtil et profond sur la naissance d’une vocation.

GAUTE HEIVOLL – AVANT QUE JE ME CONSUME
trad. du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud
Jean-Claude Lattès, 375 p., 22 €

« Deux héros du monde animal », un article de Jean Lacoste

Gilles Lapouge, notre nouveau fabuliste ? Il n’ose pas encore comme « l’espiègle écrivain » de Château-Thierry, faire parler eux-mêmes les animaux qu’il met en scène, mais, pratiquant lui aussi un anthropomorphisme sans état d’âme, il n’hésite pas, dans cet essai de « zoologie comparée » d’inspiration libertaire, à leur attribuer les vertus et les vices qu’on associe d’ordinaire aux êtres humains.

GILLES LAPOUGE – L’ÂNE ET L’ABEILLE
Albin Michel, 328 p., 19,50 €

« Deux Chines », un article de Maurice Mourier

Deux Chines : celle d’aujourd’hui, continentale et devenue libéralo-marxiste ; celle du Taïwan des années 1960, insulaire et pro-occidentale. La première, réduite à Shanghaï, sa mégapole la plus ouverte sur l’Occident, constitue le décor unique d’un roman écrit en français par un auteur d’origine chinoise vivant à Paris. La seconde, alors dernier bastion de la révolution nationaliste de Tchang Kaï-chek, est croquée en vifs tableautins par le plus connu des représentants de la « littérature du terroir », florissante à Taïpei au temps où la confrontation entre le nouvel empire conquis par Mao et le quasi-protectorat américain de la grand île se maintenait dans une situation précaire de paix armée grâce à l’équilibre de la terreur.

CELIA LEVI – DIX YUANS UN KILO DE CONCOMBRES
Tristram, 247 p., 19,50 €

« Saison adolescente », un article de Sophie Ehrsam

Le premier roman d’Emmanuelle Richard est la chronique d’un été : vacances au seuil de l’âge du lycée, entre ennui et rage de vivre. Le tout écrit en incandescence.

EMMANUELLE RICHARD – LA LÉGÈRETÉ
L’Olivier, 276 p., 18 €

« Ce qu’il y a de profond dans le plaisir », un article de Marie Etienne

Voici le cadeau d’un livre enchanteur. Non parce qu’il essaierait de redonner au monde contemporain une magie qu’on dit perdue, mais parce que, avec l’élan propre à Jacqueline Risset, il en détecte et en extrait les instants, les éclairs.

JACQUELINE RISSET – LES INSTANTS LES ÉCLAIRS
Gallimard, coll. « L’infini », 180 p., 16,90 €

« Samuel Agnon, « Hokusai de Jérusalem » », un article de Norbert Czarny

« Il y avait une vieille à Jérusalem ». Cela commence comme un conte et cette première phrase dit tout un univers : celui de S. J. Agnon (1888- 1970), romancier israélien né en Galicie, Prix Nobel 1966. Un écrivain qui réunit des temps et des espaces divers dans une brève histoire.

S. J. AGNON – TEHILA
trad. de l’hébreu par Emmanuel Moses
Postface de Dan Laor
Gallimard, 102 p., 12,50 €

HISTOIRE LITTERAIRE

« L’écriture des secrets », un article de Marc Lebiez

Entre couvertures criardes, idéologie réactionnaire et prétention à révéler le dessous des choses, le roman d’espionnage est souvent perçu comme une des formes les plus vulgaires d’infralittérature. N’avouez jamais que vous en lisez ! Ou alors pour les scènes érotiques. L’exposition proposée par la Bibliothèque des littératures policières ne feint pas de réhabiliter ce genre qui, dans un tel lieu, n’a rien de maudit. Sa démarche est plus subtile : mettre en évidence la relation profonde que le monde l’espionnage entretient avec l’écrit.

EXPOSITION LES ESPIONS SE LIVRENT
Bibliothèque des littératures policières
48 rue du Cardinal-Lemoine, 75005 Paris

« Berceaux de l’autobiographie », un article de Françoise Simonet-Tenant

Philippe Gasparini, bien connu des lecteurs passionnés par les écritures du moi, a consacré ses deux premiers livres au roman autobiographique et à l’autofiction (Est-il je ?, 2004 ; Autofiction. Une aventure du langage, 2008). C’est une autre aventure qu’il nous conte dans Le Tentation autobiographique. De l’Antiquité à la Renaissance, un véritable défi : écrire une histoire de l’autobiographie en s’aidant de recherches récentes qui ont mis en évidence la présence de textes autobiographiques dans des environnements extrêmement divers : l’Antiquité, Byzance, la culture arabo-musulmane, la Chine, le Japon, l’Europe médiévale.

PHILIPPE GASPARINI – LA TENTATION AUTOBIOGRAPHIQUE
De l’Antiquité à la Renaissance
Seuil, coll. « Poétique », 480 p., 28 €

ARTS

« Cartier-Bresson à Beaubourg », un article de Georges Raillard

Le nom seul de l’artiste donne son titre à l’exposition de Beaubourg. Il faudrait y joindre ses dates : 1908-2004. Henri Cartier-Bresson est mort voici dix ans. C’est cet anniversaire qui suscite l’exposition.

EXPOSITION HENRI CARTIER-BRESSON
Centre Georges-Pompidou
12 février-9 juin 2014

Catalogue de l’exposition
Sous la direction de Clément Chéroux
Editions du Centre Pompidou, 400 p., 49,90 €

« Le cinéma de Cartier-Bresson », un article de Lucien Logette

Pour quiconque est capable de piétiner quelques heures durant – la contemplation de tirages gélatino-argentiques 8 x 12, en compagnie de quatre visiteurs par mètre carré, réclamant patience et obstination -, l’exposition Henri Cartier-Bresson qui vient d’ouvrir au Centre Georges-Pompidou offre un plaisir de choix. Par le nombre de documents présentés : on en annonce cinq cents, il nous a semblé qu’ils étaient encore plus nombreux, impression due sans doute à la scénographie labyrinthique. Par la richesse et la beauté de l’ensemble. Par le souci d’illustrer scrupuleusement toutes les activités d’HCB – et en particulier l’activité cinématographique, certes mince comparé à la capture d’images fixes, mais pas négligeable pour étant.

HENRI CARTIER-BRESSON
5 films (1937-1971)
2 DVD, MK2/Fondation HCB

« Les tressages amoureux de François Rouan », un article de Gilbert Lascault

Balthus, Lacan (1978), des poètes (Bernard Noël, Claude Minière), des philosophes et historiens de l’art (Damisch, Marc Le Bot, Lyotard, Pleynet, Denis Hollier), des conservateurs de musée (Dominique Bozo, Dominique Cordellier, Marie-Laure Bernadac, Claire Stoullig, Isabelle Monod-Fontaine, Bernard Blistène), des critiques d’art ont observé les peintures de François Rouan (né en 1943). Ils les décrivent ; ils les admirent.

EXPOSITION FRANÇOIS ROUAN : TROTTEUSES
Maison de la culture d’Amiens
Place Léon Gontier – 80000 Amiens

FRANÇOIS ROUAN – TROTTEUSES
Notes d’atelier
Maison de la culture d’Amiens, 80 p., 17 €

HISTOIRE

« L’hystérie en toutes lettres », un article de Bénédicte Prot

Si le terme « hystérie » apparaît pour la première fois en 1703, sa définition reste longtemps indécise. L’hystérie se rapproche de cette pathologie aujourd’hui surannée que sont les vapeurs, maux de la mondanité et de la noblesse, touchant hommes et femmes, du convulsionnaire à l’aristocrate délicat. Située dans un champ chronologique antérieur à Charcot et à Freud, l’étude de Sabine Arnaud propose de répondre à la question : « comment crée-t-on une maladie ? » C’est précisément au cours du XVIIIe siècle que l’hystérie se constitue en tant que catégorie médicale et qu’elle devient progressivement une pathologie de la féminité.

SABINE ARNAUD – L’INVENTION DE L’HYSTÉRIE AU TEMPS DES LUMIÈRES (1670-1820)
Editions de l’EHESS, coll. « En temps et lieux », 348 p., 24 €

« Une guerre « d’une modernité brutale » ? », un article de Jean-Jacques Marie

Christopher Clark définit d’emblée l’objectif de son livre : « Son propos est moins d’expliquer pourquoi la guerre a éclaté que comment on en est arrivé là ». Pour y parvenir, il se concentre délibérément sur la « chaîne de décisions » qui implique « les principaux décideurs – rois, empereurs, ministres des Affaires étrangères, ambassadeurs, commandants militaires [...] et fonctionnaires subalternes qui marchèrent vers le danger à pas calculés « , plus les terroristes serbes de la « Main Noire », qui ont assassiné l’archiduc François-Ferdinand et sa femme.

CHRISTOPHER CLARK – LES SOMNAMBULES
Été 1914 : comment l’Europe a marché vers la guerre
trad. de l’anglais par Marie-Anne de Béru
Flammarion, 668 p., 25 €

« L’invention de l’environnement au XVIIIe siècle », un article de Jean-Paul Déléage

Voici enfin la traduction, remarquablement réalisée par Mathias Lefèvre, d’un des articles majeurs de Richard Grove, « Les îles du Paradis ». Son doctorat d’histoire à l’université de Cambridge en 1988 a jeté les bases de son grand livre Green Imperialism, consacré à l’invention de l’environnement sous les tropiques au XVIIIe siècle.

RICHARD GROVE – LES ÎLES DU PARADIS
L’invention de l’écologie politique aux colonies
1660-1854
trad. de l’anglais par Mathias Lefèvre
La Découverte, coll. « Futurs antérieurs », 138 p., 13,50 €

ECONOMIE POLITIQUE

« Comment taxer la rente », un article de Nicolas Lyon-Caen

Lire Le Capital au XXIe siècle est un acte salutaire, scientifiquement et politiquement. Thomas Piketty, qu’on savait déjà familier des approches historiques, y ramène l’économie au bercail des sciences sociales.

THOMAS PIKETTY – LE CAPITAL AU XXIe SIÈCLE
Seuil, coll. « Les Livres du nouveau monde », 970 p., 25 €

ACTUALITE

« La Syrie, du rêve au cauchemar », un article de Sonia Dayan-Herzbrun

« En Syrie, le rêve révolutionnaire a tourné au cauchemar », constate Claire Beaugrand, contributrice (parmi vingt-huit) de cet ouvrage essentiel pour quiconque veut comprendre le rêve syrien, sans se laisser engluer par les messages des médias qui oscillent entre visions manichéennes et politiques de l’apitoiement.

FRANÇOIS BURGAT ET BRUNO PAOLI (DIR.) – PAS DE PRINTEMPS POUR LA SYRIE
Les clés pour comprendre les acteurs et les défis de la crise (2011-2013)
La Découverte, coll. « Cahiers libres », 356 p., 23 €

IDEES

« Faillite des hommes et des mots », un article d’Aurore Touya

Jean-Michel Rey poursuit son entreprise d’étude des mécanismes du réel, entamée dans le tome 1 qui était consacré à « la vengeance par le crédit » dans Le Comte de Monte Cristo. L’auteur s’emploie à mettre au jour certains rouages de l’économie en passant par le reflet qu’en donne la fiction et se saisit d’un roman de Thomas Mann pour y déceler les règles du fonctionnement et les significations d’une pratique humaine ancestrale : le crédit.

JEAN-MICHEL REY – HISTOIRES D’ESCROCS
Tome 2. La banqueroute en famille ou les Buddenbrook
L’Olivier, coll. « Penser/Rêver », 206 p., 16 €

PSYCHANALYSE

« Des ailleurs sans retour », un article de Michel Plon

Berta Roth est une psychanalyste argentine, ou plutôt d’origine argentine comme l’indique la quatrième de couverture de ce petit livre qui donne à entendre une plainte née de cicatrices jamais refermées.

BERTA ROTH – JE NE SUIS PAS D’ICI
La tête à l’envers, 124 p., 14,50 €

MUSIQUE

« Le silence », un article de Thierry Laisney

Ce qui fait la différence entre la musique et le bruit, c’est le silence.  Je l’ai pris chez un auteur américain.

BIBLIOGRAPHIE

Par Adeline Rajch

THEÂTRE

« Duras par Bezace », un article de Monique Le Roux

Représenté actuellement à l’Atelier, le cycle Marguerite, les trois âges fait partie des différents spectacles programmés pour le centenaire de Marguerite Duras, morte en mars 1996. Surtout il constitue la première création de Didier Bezace, depuis que s’est achevé, fin décembre dernier, son mandat comme directeur du Théâtre de la Commune, centre dramatique national d’Aubervilliers.

MARGUERITE, LES TROIS ÂGES
D’après Marguerite Duras
Mise en scène de Didier Bezace
Théâtre de l’Atelier jusqu’au 9 mars
Tournée jusqu’à la fin 2014

LA NOUVELLE QUINZAINE LITTERAIRE

« Adieu à Jean Métellus », un article de Roland Chollet

J’évoquerai d’abord le hasard heureux auquel je dois ma rencontre avec l’oeuvre de Jean Métellus aux temps inconnus de ses débuts, près de vingt ans avant la publication du premier livre signé de son nom. Je rendrai compte ensuite de ma dernière lecture, hier, cinquante ans plus tard, d’une oeuvre que je n’avais jamais quittée et que je croyais connaître. C’est en suivant au jour le jour, dans l’angoisse, les terrifiants événements qui ont récemment ensanglanté Haïti que j’ai pris conscience, me replongeant dans Métellus, de la vraie dimension, de l’importance historique de cette oeuvre de louange et d’inquiétude.

La Nouvelle Quinzaine littéraire n°1099 du 16 au 28 février 2014

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EN PREMIER

« Ce qui reste de Ward », un article de Tiphaine Samoyault

A la question si souvent posée par la critique, « qu’arrive-t-il dans la littérature française ? », on pourrait répondre avec Ward : une littérature étrangère. En produisant une civilisation aujourd’hui en partie détruite, en inventant sa langue et son histoire, en présentant sa production écrite et sa pensée, Frédéric Werst crée en français une littérature absolument étrangère, qui n’en finit pas d’inquiéter notre langue et le monde dans lequel on la parle.

FRÉDÉRIC WERST – WARD IIIe SIÈCLE
Seuil, coll. « Fiction & Cie », 428 p., 22,50 €

LITTERATURE

« Le ciel vibre de leurs cris », un article de Pierre Pachet

Un roman puissant, rural, historique, temporel. Le temps y est vécu par les paysans d’un petit village dans la montagne des Balou, le village des Trois Patronymes, autrement dit de trois familles : les Du, les Sima et les Lan., qui luttent pour essayer de vivre jusqu’à l’âge de quarante ans, et plus si possible.

YAN LIANKE – LA FUITE DU TEMPS
trad. du chinois par Brigitte Guilbaud
Philippe Picquier, 608 p., 22 €

« Enfants-soldats à Okinawa », un article de Maurice Mourier

En octobre 1942, les Américains remportent leur première victoire navale de la guerre du Pacifique dans l’archipel des Santa Cruz, au sud-est des îles Salomon, elles-mêmes situées au nord-est de l’Australie, ce qui leur permet d’enlever aux Japonais l’aérodrome de Guadalcanal au nord-ouest,  puis de progresser lentement, d’un ilôt volcanique à l’autre, plein nord / nord-ouest.

AKIRA YOSHIMURA – MOURIR POUR LA PATRIE
trad. du japonais par Sophie Refle
Actes Sud, 174 p., 18,50 €

« L’espoir après la guerre », un article de Franck Colotte

Rhidian Brook, né en 1964, a connu la succès dès son premier roman, The Testimony of Taliesin Jones (1996), adapté au cinéma. Dans la maison de l’autre est son troisième roman. Richement documenté à partir de témoignages réels – le grand-père de l’auteur ayant exercé les fonctions de gouverneur du district de Hambourg, chargé de la reconstruction et de dénazification -, il centre son propos sur la période de l’immédiat après-guerre.

RHIDIAN BROOK – DANS LA MAISON DE L’AUTRE
trad. de l’anglais par Gabrielle Merchez et Frédérique Daber
Fleuve Noir, 336 p., 19,90 €

« Portrait d’une matriarche », un article de Steven Sampson

Rendue célèbre par l’animatrice de télévision Oprah Winfrey, Ayana Mathis est fêtée outre-Atlantique comme la nouvelle Toni Morrison. Son premier roman a tout pour plaire à un public habitué aux récits qui distillent certains des préceptes de la psychologie populaire, comme celui qui nous enjoint d’accéder à nos émotions.

AYANA MATHIS – LES DOUZE TRIBUS D’HATTIE
trad. de l’américain par François Happe
Gallmeister, 315 p., 23,40 €

« La lance et le sanglier », un article de Liliane Kerjan

Face à face en Australie, un protecteur de la nature et un sanglier : l’homme et la bête. Avec la maîtrise d’un scénariste et auteur de théâtre, Kenneth Cook construit une chasse splendide, duel et tête-à-tête de deux intelligences à l’épreuve de la terre, de l’eau et du feu.

KENNETH COOK- LA BÊTE
trad. de l’anglais par Pierre Brévignon
Autrement, 271 p., 19 €

« Drôle d’époque », un article de Gabrielle Napoli

Après l’étonnant récit Des bruits dans la tête, traduit en 2011, et le recueil de nouvelles Ethiopiques (2012), Drago Jancar, dans un texte de facture plus classique, met en lumière la façon dont l’événement, celui du crime politique, est vécu par différents personnages qui tentent de s’expliquer comment ils ont pu le laisser se produire. Cette nuit, je l’ai vue est inspiré d’une disparition qui a réellement au lieu en Slovénie. En réécrivant l’Histoire dans une histoire, l’auteur interroge la question de la marginalité à travers le personnage de Veronika. En filigrane, et de manière subtile, ce récit pose la question de la responsabilité de chacun devant l’Histoire.

DRAGO JANCAR – CETTE NUIT, JE L’AI VUE
trad. du slovène par Andrée Lück-Gaye
Phébus, 214 p., 20 €

« Précis de peinture et de littérature », un article de Léonore Chastagner

Etel Adnan peint, et elle écrit : dans son dernier livre, Voyage au mont Tamalpaïs (sorti aux Etats-Unis en 1986), elle parle de peinture et de poésie selon l’alliage dont elle a fait la matière de sa vie. Et ce livre ressemble davantage à ses peintures et à ses poèmes qu’aux romans qu’elle a publiés jusque-là, plus engagés et politiques.

ETEL ADNAN – VOYAGE AU MONT TAMALPAÏS
Manuella, 96 p., 19 €

« Dans les marges du monde », un article de Norbert Czarny

Se rendant en Sibérie, et notamment à Krasnoïarsk, Christian Garcin note incidemment qu’il n’a jamais lu Michel Strogoff, l’un des plus beaux romans d’aventures de Jules Verne, épopée poétique aussi. Mais il connaît assez le romancier pour proposer une superbe liste des peuples qui, à l’instar des Oroks, des Tazs ou des Komis, vivent dans ces lointains qui font rêver.

CHRISTIAN GARCIN – IENISSEÏ
Verdier, 96 p., 11,80 €

HISTOIRE LITTERAIRE

« Louise Michel romancière », un article de Catriona Seth

Parmi les noms qui reviennent dans les propositions de personnalités à faire entrer au Panthéon, il y a celui de Louise Michel, dont le corbillard de septième classe, recouvert d’un drap rouge bordé de noir, a été accompagné au cimetière de Levallois-Perret par des milliers de sympathisants en janvier 1905. Ceux qui soutiennent « sa » candidature défendent la femme engagée politiquement, militante avant l’heure des droits des travailleurs ; d’autres soulignent, à juste titre, qu’elle serait à l’étroit dans un bâtiment officiel consacré par « la patrie reconnaissante » aux « grands hommes ». Personne, que je sache, n’a avancé, dans le cadre de ce débat, l’oeuvre littéraire de Louise Michel. Elle est pourtant considérable.

LOUISE MICHEL – TROIS ROMANS
Les Microbes humains
Le Monde nouveau
Le Claque-dents
Presses universitaires de Lyon, 632 p., 26 €

« L’écologie à la source », un article de Santiago Artozqui

Essayiste et poète de Concord, dans le Massachusetts, Thoreau (1817-1862) est l’auteur de La Désobéissance civile, texte qui a inspiré le concept de la non-violence dont Gandhi ou Martin Luther King seront plus tard des héritiers. Il est également l’un des premiers penseurs à développer une vision politique de la nature et de l’écologie, comme en témoigne cet inédit publié en édition bilingue.

HENRY DAVID THOREAU ET ÉLISEE RECLUS – LA MONTAGNE
Texte de Thoreau traduit de l’anglais par Camille Bloomfield
L’Atelier de l’agneau, coll. « litté-nature », 68 p., 14 €

POESIE

« Comme un étranger, la poésie », un article de Gérard Noiret

Auteur d’une quinzaine de livres mais aussi de deux CD, François Rannou, qui a longtemps dirigé cette revue de haute tenue que fut La rivière échappée, a commencé à publier au début des années 1990. Loin de se ranger parmi les adeptes du « retour au calme » ou de s’engouffrer dans le postmodernisme, ce jeune professeur de français revendiquait une modernité où les oeuvres de Ponge, de Du Bouchet, de Celan, continuaient d’être agissantes.

FRANÇOIS RANNOU – RAPT
La Termitière, 110 p., 14 €

ÉLÉMENTAIRE
(lettre sur la poésie)
La Termitière, 4€

« Fenêtre sur… » par Marie Etienne

DIDIER CAHEN – LES SEPT LIVRES
La Lettre volée, 200 p., 23 €

PATRICK VARETZ – PREMIER MILLE
P.O.L., 528 p., 29 €

ARTS

« Les créations crues, brutes, sauvages », un article de Gilbert Lascault

A la Halle Saint-Pierre, plus de quatre cents œuvres de quatre-vingt-un créateurs rayonnent : des visions hallucinées, des utopies, les images de prédicateurs surexcités, les jeux de la géométrie affolée et des symétries, les fétiches de rites personnels, le bricolage de matériaux mêlés, les scènes de la violence et du désir.

EXPOSITION RAW VISION (25 ANS D’ART BRUT)
La Halle Saint-Pierre
2, rue Ronsard, 75018 Paris
18 septembre 2013-22 août 2014

Livre-catalogue de l’exposition
Sous la direction de Martine Lusardy et John Maizels
Halle Saint-Pierre, 368 p., 40 €

« L’espace poétique d’Antoni Taulé », un article de Georges Raillard

D’exposition en exposition, la peinture de Taulé (né en Catalogne espagnole en 1945) s’impose au regard et sollicite la pensée du regardeur. Par sa force, voire sa virtuosité, dans le dessin et dans le traitement des couleurs. Par ce que les constructions sur lesquelles elle repose préservent d’énigmatique.

EXPOSITION ANTONI TAULÉ
Peintures
Maison Elsa Triolet-Aragon
Moulin de Villeneuve
78730 Saint-Arnoult-en-Yvelines

« Remedios », un article de Georges Raillard

Remedios, peintre mexicaine (1908-1963). C’est ainsi que l’on voit abréger la vie et l’oeuvre d’une artiste surréaliste singulière. ; Remedios est le prénom sous lequel s’est fait connaître Remedios Varo, espagnole, formée aux Beaux-Arts de Madrid, conduite par son père au Prado – Brueghel, Bosch, Vélasquez… Elle fréquente Buñuel, Dali, Lorca… Après un séjour en France, elle revient en Espagne à Barcelone avant d’émigrer au Mexique, où elle se liera avec Leonora Carrington, Frida Kahlo, Jacqueline Lamba.

REMEDIOS VARO
Editions Seven Doc, 10 rue Henri-Bergson, 38100 Grenoble
23 € le coffret plus 6,50 € de frais de port

INEDITS

« Entretien inédit avec Cornelius Castoriadis », propos recueillis par Christian Descamps

La sortie des tomes III et IV des Ecrits politiques de Cornelius Castoriadis (1922-1997), aux éditions de Sandre, nous donne l’occasion de publier un entretien inédit – réalisé au début des années 1990 – avec ce penseur politique, ce philosophe, qui fut – aux côtés notamment de Claude Lefort et Jean-François Lyotard – l’animateur du groupe « Socialisme ou barbarie ». Les difficiles questions philosophiques abordées ici éclairaient la pensée d’un défricheur, l’un des tout premiers de notre époque.

PHILOSOPHIE

« Existe-t-il une philosophie française ? », un article de Jean Lacoste

Une conviction s’impose à la lecture de ces Etudes de philosophie « française » de Pierre Macherey, une conviction que viennent conforter d’abondantes citations de belle allure : la philosophie française du XIXe siècle mérite mieux que sa réputation tristounette, et que l’accusation de spiritualisme tiède portée contre elle. A condition de tracer les bonnes perspectives à partir de l’événement politique fondateur que fut la Révolution française et d’ouvrir l’objectif assez largement pour embrasser d’un même regard les questions religieuses, politiques et sociales.

PIERRE MACHEREY – ÉTUDES DE PHILOSOPHIE « FRANÇAISE » – De Sieyès à Barni
Publications de la Sorbonne, coll. « La philosophie à l’oeuvre », 396 p., 22 €

« Le vrai en soi », un article de Pascal Engel

La traduction, même partielle, de la Wissensschaftslehre (1837) de Bernard Bolzano (1781-1848) vient couronner un lent processus de découverte d’un auteur qui fut de son temps ignoré, et dont on a réalisé seulement tardivement qu’il était le grand-père de la phénoménologie et de la philosophie analytique.

BERNARD BOLZANO – THÉORIE DE LA SCIENCE
trad. de l’allemand par Jacques English
Gallimard, 478 p., 27,30 €

« L’énigme des mathématiques », un article de Jean-Michel Kantor

Il n’est pas nécessaire de bien connaître les mathématiques pour se demander comment elles fonctionnent. Par exemple : que fait le mathématicien, des inventions ou des découvertes ?

MARCO PANZA ET ANDREA SERENI – INTRODUCTION À LA PHILOSOPHIE DES MATHÉMATIQUES
trad. de l’italien par Ronan de Calan et Roberta Lacatelli
Flammarion, coll. « Champs essais », 486 p., 15 €

PSYCHANALYSE

« Une analyse joyeusement subversive », un article de Michel Plon

La Bourse, Wall Street, la Banque de France, le « marché », cette entité anonyme, fluctuante et, semble-t-il, incontrôlable, en un mot l’économie qu’on nous explique à coups de statistiques assénées comme autant de preuves qu’il n’y aurait pas d’autre politique possible que celle résultant de la « mondialisation », tout cela demeure le fait d’hommes dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils aiment l’argent – « votre argent m’intéresse » était il y a quelques années le slogan d’une banque qui mit quelque temps à réaliser l’ambiguïté du message -, qu’ils aiment ce que l’argent permet, le pouvoir qu’il procure, quel que soit le prix à payer par ceux, la majorité des habitants de cette terre, qu’ils bernent sans vergogne.

RENÉ MAJOR – AU CŒUR DE L’ÉCONOMIE, L’INCONSCIENT
Galilée, 168 p., 20 €

FRANÇOISE NEAU (DIR.) – CRUAUTÉS
PUF, coll. « Petite bibliothèque de psychanalyse », 158 p., 13 €

IDEES

« Heidegger, « nazi par l’existence » », un article de Georges-Arthur Goldschmidt

D’où vient qu’en 1952 un blanc-­bec d’à peine vingt-­quatre ans, tout juste licencié ès lettres, mention allemand, ignorant de tout, ait vu dès la page 127 de Sein und Zeit que Heidegger ne pouvait qu’être passé par le national-­socialisme, chose que tout le monde aurait tout
aussi bien pu voir ?

« Sérendépitée », un article de Dominique Goy-Blanquet

J’ai commencé, je l’avoue, avec une pointe de mauvaise humeur. C’est toujours irritant de voir quelqu’un traiter le même sujet que vous tout en ignorant ou en faisant semblant d’ignorer vos travaux. Sylvie Catellin cite l’édition chez Thierry Marchaisse du conte des Princes de Serendip dans la bibliographie au chapitre des traductions françaises, sans jamais faire référence au « Voyage en Sérendipité » d’Aude Volpillac, Marie-Anne Paveau et moi-même qui l’accompagne, alors qu’elle suit pour une bonne part un chemin identique. Mais peut-être ne l’a-t-elle pas ouvert, car elle choisit de citer le conte d’après le texte en ligne de la BnF (Amsterdam, 1788), et retraduit elle-même, sans trop d’élégance, la lettre où le romancier Horace Walpole invente le mot magique.

SYLVIE CATELLIN – SÉRENDIPITÉ – Du conte au concept
Seuil, coll. « Science ouverte », 264 p., 21 €

HISTOIRE

« Un homme providentiel ? », un article de Jean-Jacques Marie

Les auteurs commencent par un constat peu contestable encore que souvent contesté : « la guerre s’est jouée dans la grande plaine russo-ukrainienne [...]. A Stalingrad il est mort en cinq mois plus d’hommes que de soldats américains depuis la naissance des Etats-Unis. La Wehrmacht, les SS, leurs alliés roumains, hongrois, finlandais, slovaques ont laissé entre Volga et Elbe plus de 4 millions de tués ; les trois quarts de leurs pertes. En un mot comme en cent, c’est l’Armée rouge qui a vaincu le nazisme ».

JEAN LOPEZ ET LASHA OTKHMEZURI – JOUKOV – L’homme qui a vaincu Hitler
Perrin, 712 p., 28 €

MUSIQUE

« Irréalité de la musique », un article de Thierry Laisney

Un jour, à l’écoute d’une mélodie, j’ai attendu que les choses reprennent leur cours.

BIBLIOGRAPHIE

Par Adeline Rajch

LA NOUVELLE QUINZAINE LITTERAIRE

« Deux poèmes de Zbigniew Herbert »

La Nouvelle Quinzaine littéraire n°1098 du 1er au 15 février 2014

(Télécharger ce numéro en cliquant sur le lien)

EN PREMIER

« Cinq grands romans du XXe siècle », un article d’Arno Bertina

Je plaiderai ici pour une lecture franco-française de Romanciers pluralistes, l’essai que Vincent Message a consacré à plusieurs oeuvres phares du XXe siècle.

VINCENT MESSAGE – ROMANCIERS PLURALISTES
Seuil, coll. « Le don des langues », 496 p., 26 €

« La vague des oiseaux migrateurs », un article de Norbert Czarny

Une façon d’entrer dans le dernier roman de Maryline Desbiolles : lire les titres des chapitres : « Les mimosas », « La bruyère blanche » « L’univers », « Rouge », et « Les oiseaux migrateurs », titre qui revient souvent, orientant peut-être notre lecture dans la direction que ces oiseaux suivent : du Nord vers le soleil du Sud.

MARYLINE DESBIOLLES – CEUX QUI REVIENNENT
Seuil, coll. « Fiction & Cie », 150 p., 15 €

LITTERATURE

« Retour au pays », un article de Hugo Pradelle

Le deuxième roman de Lilyane Beauquel témoigne d’une certaine obsession du décalage, de la difficulté de vivre pleinement, et donne à entendre une nostalgie impossible. Quelques rares livres inventent ainsi des formes presque magiques pour dire les troubles et la grandeur terrible de la vie.

LILYANE BEAUQUEL – EN REMONTANT VERS LE NORD
Gallimard, 240 p., 18 €

« Le fiction est-elle une science ? », un article de Steven Sampson

Richard Powers est l’un des écrivains américains les plus admirés par ses pairs. Sa fiction aborde l’histoire de la science, domaine trop souvent négligé selon lui par les romanciers contemporains. Son oeuvre est restée longtemps inédite en français, mais depuis 2006 sept de ses romans ont été traduits. Le Dilemme du prisonnier, le dernier en date, publié en 1988 aux États-Unis, est fidèle à son ambition de donner un cadre macrocosmique au roman familial. Est-ce possible ?

RICHARD POWERS – LE DILEMME DU PRISONNIER
trad. de l’américain par Jean-Yves Pellegrin
Le Cherche Midi, coll. « Lot 49 », 500 p., 21,50 €

« D’un cœur l’autre », un article de Norbert Czarny

« Enterrer les mots et réparer les suivants ». La phrase est tirée de Platonov, la pièce de Tchékhov. Elle figure au milieu de Réparer les vivants, au moment de bascule entre deux temps. Simon est mort et Claire vivra. La phrase du dramaturge fait le lien, ou établit un pont.

MAYLIS DE KERANGAL – RÉPARER LES VIVANTS
Verticales, 282 p., 16,90 €

« Un conte d’outre-Rhin », un article de Georges-Arthur Goldschmidt

Depuis quelque temps, on voit réapparaître en Allemagne un genre littéraire champêtre que les naufrages de l’Histoire avaient emporté avec eux. Depuis la catastrophe nazie, on n’osait plus guère retourner à d’anciennes formes du « récit ». L’emprise du nazisme, qui pénétra la société allemande jusqu’en son intimité la plus profonde, reposait largement sur la « vraie nature », fraîche, joyeuse, libre (frisch, froh, frei), opposée à l’asphalte et à la ville dénaturée : la poésie des mouvements de jeunesse contre le journalisme. Il s’écrivit ainsi, pendant cent ans environ, de 1850 à 1945, une immense littérature de « retour à la terre » qui promouvait les valeurs « écologiques » du nazisme. Les auteurs et les ouvrages en sont aujourd’hui heureusement tous oubliés.

STEFAN AUS DEM SIEPEN – LA CORDE
trad. de l’allemand par Jean-Marie Argelès
Écriture, 154 p., 16,50 €

« Les somnanbules », un article de Corinne François-Denève

Dans ses Endormeurs, Anna Enquist pratique, au sens premier, un roman d’analyse et d’observation. Auscultant le corps médical, son roman croise théories psychanalytiques et réflexions scientifiques, avec un sens consommé du storytelling.

ANNA ENQUIST – LES ENDORMEURS
trad. du néerlandais par Arlette Ouranian
Actes Sud, 365 p., 22,80 €

« Marin d’eau douce », un article de Corinne François-Denève

Anton Valens fait le récit de la dérive existentielle d’un apprenti Whistler attiré par les gouffres amers.

ANTON VALENS – POISSON
trad. du néerlandais par Annie Kroon
Actes Sud, 160 p., 17 €

POESIE

« Trois registres poétiques », un article de Sophie Ehrsam

Bucolique

CONSTANTIN KAÏTÉRIS – TROIS JARDINS CAPITAUX
Les Arêtes, coll. « Les Cahiers du Cornet à Voix », 27 p., 7 €

Ludique

FLYNN MARIA BERGMANN – FIASCO FM
art&fiction, revue Re:Pacific, vol. 8, 116 p., 21 €

Epique

PIERRE VINCLAIR – LES GESTES IMPOSSIBLES

Flammarion, 164 p., 17 €

« Une terre qui veille », un article de Marie Etienne

FABIENNE RAPHOZ – TERRE SENTINELLE
Dessins d’Ianna Andréadis
Héros-Limite, 182 p., 18 €

HISTOIRE LITTERAIRE

« Amants du secret des choses », un article de Maurice Mourier

La formule « amant du secret des choses » est de Cendrars, au singulier car il se désigne ainsi lui-même en 1945, au moment où paraît L’Homme foudroyé, qui inaugure, après le silence angoissé des premières années de l’Occupation, la prodigieuse tétralogie romanesque qui sera son chant du cygne.

VICTOR SEGALEN – HISTOIRES FANTASTIQUES
Notes et postface de Jean Esponde
Atelier de l’Agneau, 87 p., 15 €

BLAISE CENDRARS – HISTOIRES VRAIES
Édition présentée et annotée par Claude Leroy
Gallimard, coll. « Folio », 296 p., 7,40 €

« La Commune de Rimbaud », un article de Michel Pierssens

Il aura fallu vingt-cinq ans à cet essai pour traverser l’Atlantique et changer de langue. C’est beaucoup. Ce faisant, il a perdu quelques-uns des composants de l’édition originale de 1988 aux presses de l’université du Minnesota, haut lieu d’un certain radicalisme critique : sa bibliographie, son index et l’essentiel de son iconographie, assez chiche il est vrai. Simultanément, son titre aura subi un intéressant retournement puisqu’il se lisait d’abord : The Emergence of Social Space. Rimbaud and the Paris Commune, Rimbaud et la Commune ne figurant alors qu’en sous-titre.

KRISTIN ROSS – RIMBAUD, LA COMMUNE DE PARIS ET L’INVENTION DE L’HISTOIRE SPATIALE
trad. de l’anglais par Christine Vivier
Les Prairies ordinaires, 224 p., 20 €

PHILOSOPHIE

« Anthopologie de la discrétion », un article de Jean Lacoste

Pierre Zaoui fait l’éloge de la discrétion. L’inconscient ! L’époque est au contraire à la mise en valeur de soi, à la transparence obligée, à l’exposition sur les réseaux dits « sociaux » et aux indiscrétions de toute nature.

PIERRE ZAOUI – LA DISCRÉTION – Ou l’art de disparaître
Autrement, 158 p., 14 €

INEDITS

« Mots gelés » par Philippe Beck

Ce poème que Philippe Beck offre en avant-première à La Nouvelle Quinzaine littéraire est extrait d’un recueil à paraître chez Flammarion le mois prochain. Opéradiques, le dix-neuvième livre de poésie de Philippe Beck, est consacré à la guerre des arts mais aussi à l’opéra que, malgré tout, ils composent ensemble. La musique est sensible, à l’intérieur de chacun des arts, mais aussi entre eux, comme la guerre. Comme dans Lyre Dure (Nous, 2009), le poème est ici une partition dont il faut lire le timbre entre les lignes et grâce aux lignes. Il faut le lire à haute voix pour en entendre les sons, mais il faut le lire aussi à l’intérieur de soi, en silence pour en saisir le sens chiffré. On y reconnaîtra Rabelais et Thoreau, la nature et les noms, les bruits qu’ils font ensemble. (Tiphaine Samoyault)

ARTS

« Les Prisons de Pignon-Ernest », un article de Georges Raillard

À Pignon-Ernest est attaché un portrait en pied. Pas le sien. Ernest Pignon-Ernest, ou Pignon-Ernest, aime jouer avec son nom mais pas, comme Picasso, avec un autoportrait. Son regard, sa main, ont pour objet notre société. Changer la vie, c’est ce que rappelle le portrait en pied de Rimbaud, sérigraphies collées par centaines sur les murs des villes en 1978. Aujourd’hui encore, il reste un bon introducteur à l’oeuvre de Pignon-Ernest (né à Nice en 1942) quand il se fait le révélateur de l’horreur à Lyon, dans les années 1940, à la prison Saint-Paul.

EXPOSITION PIGNON-ERNEST : PRISONS
Galerie Lelong
13, rue de Téhéran, 75008 Paris
Du 13 janvier au 15 mars 2014
Repères n° 158
Texte de Gérard Mordillat

« Les lieux maudits, les châtiments », un article de Gilbert Lascault

Matois, érudit, ironique, Hugo Lacroix propose certains puzzles complexes, enchevêtrés. Ils révèlent des territoires infernaux, des royaumes sinistres, des zones de douleurs, d’angoisses, de tortures répétées.

HUGO LACROIX – L’ENFER – Mythologie des lieux
La Différence, 224 p., 220 ill. coul., 45 €

« Butor et Barcelò », un article de Yan Céh

Rencontre exclusive avec l’artiste Miquel Barceló et l’écrivain Michel Butor, au sujet de leur livre Une nuit sur le mont Chauve, paru aux éditions de La Différence (150 p., 45 €).

IDEES

« La mélancolie des plébéiens », un article de Jean-Yves Potel

En philosophe éclairé, Alain Brossat distingue la plèbe du plébéien  La première appartient au « vocabulaire des maîtres », elle désigne le « rebut dangereux » du peuple, le second est une « singularité rétive, rebelle », le serviteur qui remet en cause le maître à sa place. Figaro chez Beaumarchais et Jacques le Fataliste chez Diderot en sont les figures tutélaires et lumineuses. Or, à regarder de plus près les métamorphoses de ce « personnage-concept » dans la littérature des derniers siècles, d’autres facettes, sombres, mélancoliques voire fatiguées, apparaissent au premier plan.

ALAIN BROSSAT – LE PLÉBÉIEN ENRAGÉ – Une contre-histoire de la modernité de Rousseau à Losey
Le passager clandestin, 250 p., 17 €

« La leçon des Papous », un article de Jean-Paul Deléage

Jared Diamond, qui rencontra la Nouvelle-Guinée en 1964 pour sa première étude de terrain ornithologique, est un auteur à succès. Dans ce nouveau livre, il pose la question suivante : que nous apprennent les Papous sur ce que les Occidentaux ont perdu avec la disparition des sociétés traditionnelles ? Ces dernières ont en effet inventé d’innombrables solutions aux problèmes humains toujours présents dans les sociétés modernes, mais en leur donnant des réponses très différentes des nôtres.

JARED DIAMOND – LE MONDE JUSQU’À HIER – Ce que nous apprennent les sociétés traditionnelles
trad. de l’américain par Jean-François Sené
Gallimard, 576 p., 24 €

HISTOIRE

« Les grognards du Texas », un article de Maïté Bouyssy

Un historien peut avoir du mal à rendre compte d’un ouvrage qui a essentiellement pour but de satisfaire les besoins narratifs des lecteurs, que ces besoins soient idéologiques ou romanesques.

ANNE BOQUEL ET ÉTIENNE KERN – LES DERNIERS DES FIDÈLES – 1818
Flammarion, 320 p., 21 €

« Naissance d’un géant », un article de Jean-Jacques Marie

Toute histoire de la social-démocratie allemande évoque bien entendu ses débuts aussi modestes qu’héroïques : la fondation du premier parti ouvrier, l’Allgemeiner Deutscher Arbeiterverein (ADAV) par Ferdinand Lassalle en 1863, puis surtout celle de la Sozialdemokratische Arbeiterpartei (SDAP) à Eisenach en 1869 par Wilhelm Liebknecht et August Bebel ; l’opposition de ces deux derniers à la guerre de la Prusse contre la République française née de l’effondrement de l’Empire, leur défense acharnée de la Commune de Paris, l’unification en 1875 des deux partis pour fonder le SPD, les premiers succès de ce dernier, les décrets d’interdiction imposés par Bismarck en 1878 et qui soumettent le jeune parti à une répression permanente pendant les douze années de leur application.

ANNE DEFFARGES – LA SOCIAL-DÉMOCRATIE SOUS BISMARCK – Histoire d’un mouvement qui changea l’Allemagne
L’Harmattan, 256 p., 25 €

« Le dernier des injustes », un article d’Anna Colao

Consacré à Benjamin Murmelstein, doyen du Conseil juif deTheresienstadt, le récent film de Claude Lanzmanna relancé la question des Judenräte, accusés d’avoir « collaboré » avec les nazis. En relatant son expérience au cœur du « ghetto-modèle » créé par Eichmann, Benjamin Murmelstein avait livré dès 1961 un témoignage qui mettait en lumière les « contradictions sauvages » (Lanzmann) auxquelles le régime nazi avait acculé ses victimes. Source de connaissance indispensable à l’histoire du camp à laquelle seul le lectorat italien a jusqu’à présent accès, ce document constitue l’indispensable complément du Dernier des injustes.

BENJAMIN MURMELSTEIN – TEREZINI – Il ghetto-modello di Eichmann
La Scuola (première édition : Cappelli, 1961)

BIBLIOGRAPHIE

Par Adeline Rajch

THEÂTRE

« Eaux et forêts à la Colline », un article de Monique Le Roux

La Colline présente actuellement deux spectacles très différents, mais qui témoignent également des fidélités de Stéphane Braunschweig. Le metteur en scène monte Le Canard sauvage de Henrik Ibsen, un de ses auteurs de prédilection. Le directeur du Théâtre national a coproduit Re:Walden de Jean-François Peyret, d’après Walden ou la vie dans les bois de Henry David Thoreau, créé au Festival d’Avignon 2013.

HENRIK IBSEN – LE CANARD SAUVAGE
Mise en scène de Stéphane Braunschweig
Théâtre de la Colline (grande salle)
Jusqu’au 15 février 2014
Tournée jusqu’en avril 2014

 

RE :WALDEN
Un spectacle de Jean-François Peyret
D’après Walden de Henry David Thoreau
Théâtre de la Colline (petite salle)
Jusqu’au 15 février 2014

MUSIQUE

« L’humour en musique », un article de Thierry Laisney

La musique peut-elle faire preuve d’humour ? En a-t-elle seulement besoin puisqu’elle partage avec l’humour la faculté de nous libérer du langage de tous les jours ?

CINEMA

« De bonnes soupes dans de vieux pots », un article de Lucien Logette

Alors, Le Loup de Wall Street ou Twelve Years a Slave ? Martin Scorsese ou Steve McQueen ? Leonardo DiCaprio ou Michael Fassbender ? Quels seront les triomphateurs des prochains Oscars 2014, rois de la planète cinéma pour l’année échue ? Six semaines encore d’attente, de supputations, de rumeurs, de paris. Le suspense est insupportable, si l’on en croit les médias, pour le milliard (ou deux) de téléspectateurs qui regarderont le 2 mars, après Sotchi, la distribution des médailles à Los Angeles. En réalité, agitation pure, autocélébration organisée par le système, en forme de pseudo-événement pour entretenir la flamme, aussi peu intéressante, sur
le plan qualitatif, que la remise du Goncourt – souvenons-nous (avec peine) que les lauréats de l’an dernier furent, pour les titres, Argo et pour les cinéastes, Ang Lee…

RÉTROSPECTIVE HENRY HATHAWAY
Cinémathèque française, du 8 janvier au 23 février
HOMMAGE À MICHAEL CURTIZ
Institut Lumière, Lyon, du 7 janvier au 2 mars

« Rohmer, cinéaste écrivain », un article de Pierre Pachet

Pour qui a aimé voir La Collectionneuse, ou Ma nuit chez Maud, Conte d’hiver, Les Nuits de la pleine lune ou La Marquise d’O., Pauline à la place et Conte d’été, ces parutions sont un régal : elles relancent l’énigme de ce cinéma étrangement séduisant, inclassable malgré sa parenté avec la Nouvelle Vague, et surtout celle de son réalisateur, Eric Rohmer, mort en 2010 à l’âge de quatre-vingt-neuf ans.

ANTOINE DE BAECQUE ET NOËL HERPE – ÉRIC ROHMER – Biographie
Stock, 608 p., 29 €

ÉRIC ROHMER – FRIPONNES DE PORCELAINE
Stock, 304 p., 20 €

LA NOUVELLE QUINZAINE LITTERAIRE

« Petites déambulations philosophiques – 4. Dérives d’Auguste Comte », un article de Jean Lacoste

Guy Debord avait tracé sur un plan de Paris les « pentes psychogéographiques de la dérive ». La plus singulière de ces dérives pourrait bien être celle qui conduit de la maison d’Auguste Comte au Père-Lachaise, en passant par le Marais, dans un pèlerinage de « l’amour fou ».

La Nouvelle Quinzaine littéraire n°1097 du 16 au 31 janvier 2014

(Télécharger ce numéro en cliquant sur le lien)

LITTERATURE

« Le plaisir solitaire et violent de la pensée », propos recueillis par Marie Etienne

Après Les Plumes d’Éros et L’Outrage aux mots, paraît le troisième tome des oeuvres de Bernard Noël, La Place de l’autre. Ces volumes rassemblent de brefs textes de poésie ou de prose, de nature érotique pour le premier, politique pour le deuxième et critique pour le troisième ; une répartition probablement difficile à réaliser parce que Bernard Noël récuse la notion de genre, et que tous ses écrits sont à la fois traversés par la poésie, la pensée et les événements de notre temps.

BERNARD NOËL – LA PLACE DE L’AUTRE
P.O.L, 876 p., 35 €

« Perdu dans un labyrinthe », un article de Norbert Czarny

En 1978, l’odeur du franquisme régnait encore sur l’Espagne, une « odeur de merde » comme le précise Canas, le héros et souvent le narrateur des Lois de la frontière. En 2006, au moment où il raconte, Canas est devenu avocat, l’un des meilleurs de Gérone, la ville qu’il habite depuis toujours. Mais il a eu une jeunesse indécise, de l’autre côté de la frontière. Et rien ne dit que l’indécision a passé.

JAVIER CERCAS – LES LOIS DE LA FRONTIÈRE
trad. de l’espagnol par Élisabeth Beyer et Aleksandar Grujicic
Actes Sud, 348 p., 23 €

« Redescendre dans la boue », un article de Steven Sampson

Joyce Carol Oates a publié plus de quarante romans, mettant en scène des héroïnes aux prises avec leur féminité, leur passé ou encore la violence masculine. Mudwoman, sa dernière parution en français, n’est pas dépourvu d’une certaine dimension biblique.

JOYCE CAROL OATES – MUDWOMAN
trad. de l’anglais (États-Unis) par Claude Seban
Philippe Rey, 576 p., 24 €

« Un bouclier de verre ou de plastique », un article d’Eve Charrin

Soit un mince recueil de nouvelles d’un jeune écrivain coréen inconnu en France, publié par une petite maison d’édition tout aussi peu connue, affligé de surcroît d’une quatrième de couverture à peu près sans queue ni tête : autant dire que, sous nos latitudes, ce Bus errant semble assez mal parti pour devenir un best-seller. Pourtant, il serait vraiment dommage de passer à côté d’un petit livre aussi ingénieux et original.

KIM JUNG-HYUK – BUS ERRANT
trad. du coréen par Moon So-Young, Lee Seung-shin, Hwang Ji-Young,
Lee Tae-yeon et Aurélie Gaudillat
Decrescenzo éd., 104 p., 12 €

« Eros sauce Gertrude », un article de Claude Grimal

Lifting Belly (calamiteusement traduit par Lève bas-ventre en français) : un texte poétique d’environ cinquante pages, écrit entre 1915 et 1917 par Gertrude Stein, jamais publié de son vivant mais figurant dans l’édition de ses œuvres complètes de la Yale University Press. Il est aujourd’hui connu dans les pays anglo-saxons pour la vivacité de son modernisme et surtout pour son érotisme lesbien qui lui a valu lecteurs et lectrices en dehors des milieux amateurs de poésie.

GERTRUDE STEIN – LÈVE BAS-VENTRE
trad. de l’anglais (États-Unis) par Christophe Lamiot Enos
Corti, coll. « Série américaine », 78 p., 17 €

« Le charme de la parenthèse », un article de Norbert Czarny

Dans une discussion qu’il a à Rolle avec Jean-Luc Godard, le narrateur s’entretient avec le cinéaste de l’illusion à laquelle se mêle toute mémoire. « On bricole, par petits bouts, des bribes que l’on assemble, plus ou moins », dit Godard. Et les pages qu’on lit dans Apologie du slow illustrent cette idée simple.

FABIO VISCOGLIOSI – APOLOGIE DU SLOW
Stock, coll. « La forêt », 270 p., 19 €

« La nature, espace de la fiction », un article de Hugo Pradelle

Dans un récit d’un grand classicisme, Ron Rash, écrivain discret s’il en est, parvient à affirmer quelque chose de ce qu’est une nation, à interroger les espaces et les formes qui la constituent. Avec cette fable morale désespérée, il fait entendre une voix singulière, de plus en plus dense.

RON RASH – UNE TERRE D’OMBRE
trad. de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez
Seuil, 250 p., 21 €

« Trouver sa langue maternelle », un article de Gabrielle Napoli

Antoine Wauters, auteur belge connu surtout pour sa poésie, propose aujourd’hui un roman, Nos mères, dans lequel un jeune garçon confronté à la barbarie de l’Histoire endosse progressivement son habit d’écrivain. Le souffle poétique de Wauters est renforcé par des extraits de poèmes d’Andrea Zanzotto, de Josep M. Sala-Valldaura, de Juan Gelman, ou encore de Nazim Hikmet.

ANTOINE WAUTERS – NOS MÈRES
Verdier, 144 p., 14,60 €

« Doris Lessing l’Africaine », un article d’Isabelle D. Philippe

Née en 1919 – elle avait vingt ans au début de la Seconde Guerre mondiale –, Doris Lessing s’est éteinte le 17 novembre 2013. Prix Nobel de littérature en 2007, et cinquante livres en tout, un chiffre rond en forme de pied de nez.

« Nécrologie impossible », un article de Pierre Benetti

Ceci n’est ni une biographie, ni une nécrologie, prévient Lyonel Trouillot. Certes son récit parle d’un homme qui fut bien de ce monde, Karl Marcel Casséus, dit Lobo, né en 1962 et mort en 1997 ; certes, comme Pedro, le personnage du livre, Lobo s’est jeté du cinquième étage d’un immeuble du XIIe arrondissement de Paris, loin des quartiers de Port-au-Prince où il fut comédien autant que poète. Mais Parabole du failli demeure ce que son titre annonce : une parabole, tendue entre le réel et la fiction, entre deux formes du langage – entre ce qui a existé et ce que la langue reformule dans l’espace poétique pour le retenir.

LYONEL TROUILLOT – PARABOLE DU FAILLI
Actes Sud, 189 p., 20 €

HISTOIRE LITTERAIRE

« Goethe, la vie est l’oeuvre », un article de Jean Lacoste

Multiples sont les raisons de ne pas écrire aujourd’hui une « vie » de Goethe, à commencer par la masse décourageante des documents disponibles : journaux, chroniques, lettres de Goethe lui-même et de ses contemporains, sans parler des « conversations », dont les fameuses Conversations avec Eckermann – le plus beau livre de la langue allemande selon Nietzsche.

RÜDIGER SAFRANSKI – GOETHE
Kunstwerk des Lebens
Biographie
Carl Hanser Verlag, 748 p.

JEAN-YVES MASSON – L’INCENDIE DU THÉÂTRE DE WEIMAR
Verdier, 184 p., 15 €

« L’utopie de la traduction », un article de Jacques Fressard

Cet essai brillant et sagace, d’un philosophe un peu trop chichement traduit chez nous, a été publié tout d’abord dans le journal La Nación de Buenos Aires, entre mai et juin 1937, grâce à l’entremise de Victoria Ocampo, qui cherchait ainsi à fournir une aide financière à son ami Ortega réfugié en France lors de la guerre civile d’Espagne.

JOSÉ ORTEGA Y GASSET – MISÈRE ET SPLENDEUR DE LA TRADUCTION
trad. de l’espagnol sous la direction de François Géal
Les Belles Lettres, 120 p., 17 €

« En goguette avec Diderot », un article de Jean M. Goulemot

Quand on a édité l’oeuvre de Diderot, avec tous les scrupules scientifiques requis, quand on a satisfait ou sacrifié au rituel des commémorations révérencieuses et toujours un peu guindées, comment ne pas éprouver l’envie de briser le carcan et de faire un bout
de chemin avec Maître Denis, bras dessus bras dessous, lui en philosophe débraillé, oubliant Platon ou Socrate, revêtu de la tunique percée de Diogène, irrespectueux des puissants et des autorités ? Mais sans oublier non plus qu’il faut séduire le public, ne pas dépasser les bornes au risque de choquer et d’indigner le lectorat. Quelle tentation pourtant de donner libre cours à ses pensées, à ses rêveries !

MICHEL DELON – DIDEROT CUL PAR-DESSUS TÊTE
Albin Michel, 416 p., 24 €

INEDITS

« Pierre Bayard »

Ces bonnes feuilles proposées aux lecteurs de La Nouvelle Quinzaine littéraire proviennent du livre à paraître en février de Pierre Bayard, Il existe d’autres mondes (Minuit). L’auteur y explique comment la théorie des univers parallèles, prise au sérieux à la fois par les physiciens et les romanciers, pourrait aussi profiter aux chercheurs en sciences humaines.

POESIE

« Splendeur de Rodanski », un article de Dominique Rabourdin

« Les mots m’ont toujours mené loin dans la vie, trop loin pour que j’y renonce jamais car je les emploie désormais strictement dans le sens où ils m’échappent, où leur portée cesse d’être consciemment perçue alors que j’écris les yeux dans le vague et que mes regards se coulent dans le devenir. »

STANISLAS RODANSKI – JE SUIS PARFOIS CET HOMME
Édition établie et préfacée par François-René Simon
Gallimard, 176 p., 17 €

SUBSTAN CE 13
Éd. des Cendres, 188 p., 24 €

ARTS

« La vérité de Maryan », un article de Georges Raillard

Dans les années 1950-1970 à Paris, à New York, l’oeuvre de Maryan a retenu l’attention. Le voici à nouveau présenté. Présent comme il ne l’avait pas été auparavant. Grâce à la place donnée à ses carnets de dessins, à l’exposition et au catalogue. Une découverte. Le goût y a peu de part. Maryan nous avertit : « Je n’oblige personne à aimer ma peinture ».

EXPOSITION – MARYAN – La ménagerie humaine
Musée d’art et d’histoire du Judaïsme
Du 6 novembre 2013 au 9 février 2014
71, rue du Temple 75003 Paris
Livre-catalogue de l’exposition
Sous la direction de Nathalie Hazan-Brunet
Flammarion, 118 pages, deux carnets de dessins en fac-similé, 39,90 €

« Contempler et caresser la beauté des Antiques », un article de Gilbert Lascault

Auguste Rodin (1840-1917) a acheté plusieurs centaines de sculptures antiques (grandes et petites), souvent fragmentaires, usées, mutilées. Il les rassemble ; il les regarde ; il se réjouit. Sa pratique s’inscrit dans la continuité de l’art ancien des Grecs.

EXPOSITION RODIN : LA LUMIÈRE DE L’ANTIQUE
Musée Rodin
79 rue de Varenne, 75007 Paris
19 novembre 2013-16 février 2014
Livre-catalogue de l’exposition
Gallimard/Musée départemental Arles antique, 400 p., 45 €

SOCIOLOGIE

« Comment Manet a révolutionné l’art », un article de Gisèle Sapiro

Comment s’opère une « révolution symbolique » ? C’est à cette question que Pierre Bourdieu a consacré son avant-dernier cours au Collège de France, dans les années 1998-2000, en le centrant, comme il l’avait fait pour Flaubert dans Les Règles de l’art, sur un cas, celui de Manet, l’artiste qui a mené à son terme la subversion du système académique pour fonder l’art moderne.

PIERRE BOURDIEU – MANET – Une révolution symbolique
Raisons d’agir/Seuil, coll. « Cours et travaux », 776 p., 32 €

PSYCHANALYSE

« Vivre dans la mort », un article de Michel Plon

Psychiatre, psychanalyste, Richard Rechtman témoigne de sa capacité, rare dans son milieu professionnel, à entendre, au-delà des murs de son cabinet, la souffrance psychique et physique que subirent – que subissent encore aujourd’hui en Syrie, au Soudan ou dans quelque autre coin de la planète – les Cambodgiennes et les Cambodgiens d’abord chassés des villes puis vite massacrés parce que porteurs de ces stigmates indélébiles – propres à la bourgeoisie, petite, moyenne ou grande – qui étaient autant d’obstacles à l’instauration d’une « démocratie » bien pensée.

RICHARD RECHTMAN – LES VIVANTES
Léo Scheer, 146 p., 18 €

PHILOSOPHIE

« La tentation littéraire de Levinas », un article de Marc Lebiez

Publier les cours de Heidegger donne à entendre la voix d’un grand professeur. Avec les Cahiers pour une morale, les lecteurs de Sartre découvrirent une suite virtuelle de L’Être et le Néant et comprirent pourquoi cette suite-là ne pouvait aboutir. Les inédits de Levinas présentent une autre sorte d’intérêt : montrer les tâtonnements d’un philosophe qui s’est longtemps cherché.

EMMANUEL LEVINAS – ÉROS, LITTÉRAT URE ET PHILOSOPHIE
OEuvres complètes, tome 3
Grasset/Imec, 380 p., 26 €

« Cavaillès, philosophie et mathématique », un article de Jean-Michel Kantor

Jean Cavaillès est une figure héroïque de la philosophie française. Mort à quarante ans en 1944 sous les balles d’un peloton d’exécution allemand, il avait d’abord entrepris une brillante carrière de philosophe des mathématiques puis, à partir de 1940, joué un grand rôle d’organisateur de la Résistance.

HOURYA BENIS SINACEUR – CAVAILLÈS
Les Belles Lettres, coll. « Figures du savoir », 270 p., 19,50 €

SCIENCES

« Un regard inédit sur les insectes », un article de Colette Bitsch

Voraces, doués d’une fécondité sans pareille, parfois armés de dards venimeux, facilement tapis dans l’ombre, beaucoup d’insectes suscitent des sentiments d’antipathie et sont relégués au rang de vermines. Jean-Marc Drouin se détache de ce manichéisme pour reconsidérer de fond en comble le statut des insectes dans la nature depuis la nuit des temps, et mieux penser le vivant aujourd’hui.

JEAN-MARC DROUIN – PHILOSOPHIE DE L’INSECTE
Seuil, coll. « Science ouverte », 276 p., 19,50 €

IDEES

« Un reste pensable », un article de Tiphaine Samoyault

Dans une période où le multiculturalisme et les perspectives critique issues de la mondialisation ont tendance à occulter les relations binaires, les face-à-face interculturels et les oppositions, il est stimulant d’entendre Georges-Arthur Goldschmidt rappeler que quelque chose peut encore avoir lieu entre la France et l’Allemagne et doit être pensé.

GEORGES-ARTHUR GOLDSCHMIDT – LA JOIE DU PASSEUR
CNRS éditions, 190 p., 20 €

LA NOUVELLE QUINZAINE LITTERAIRE

« Hommage à Bernard Cazes »

THEÂTRE

« Robert Wilson : rive gauche/rive droite », un article de Monique Le Roux

Événement exceptionnel à la mesure de l’artiste célébré : le Festival d’Automne à Paris et le Louvre se sont associés afin de proposer un portrait de Robert Wilson. Pour la deuxième fois, après Patrice Chéreau l’hiver 2010-2011, un metteur en scène, mais aussi plasticien, vidéaste, architecte, est le « grand invité » du musée. L’ensemble de son oeuvre en reçoit un éclairage qui renouvelle l’approche des spectacles programmés pour la quarante-deuxième édition du Festival d’Automne.

LE LOUVRE REÇOIT ROBERT WILSON
LIVING ROOMS
Musée du Louvre
Jusqu’au 17 février 2014

MUSIQUE

« Musique et folie », un article de Thierry Laisney

La musique et la folie ont-elles quelque chose de commun, en particulier dans le rapport que l’une et l’autre entretiennent avec le langage ? C’est ce qu’examine ici John T. Hamilton, professeur de littérature comparée à Harvard.

JOHN T. HAMILTON – MUSIC, MADNESS AND THE UNWORKING OF LANGUAGE
Columbia University Press, 252 p.

BIBLIOGRAPHIE

Par Adeline Rajch

CINEMA

« Génération retrouvée », un article de Lucien Logette

« Que reste-t-il de la Nouvelle Vague ? » Le critique italien Aldo Tassone posait la question, en 2003, dans un livre paru sous ce titre, chez Stock. Question qu’il est loin d’être le seul à avoir posée, puisque les quinze dernières années, via la célébration du quarantième, puis du cinquantième anniversaire, ont vu fleurir les ouvrages sur le sujet – la bibliographie de 58-68, retour sur une génération en évoque une douzaine traitant du mouvement de façon générale, sans prendre en compte les monographies sur ses participants les plus connus, qui doivent aisément atteindre la centaine. À mesure que le moment historique s’éloigne, se renforce l’édifice patrimonial, soigneusement entretenu par quelques spécialistes de la légende dorée du tournant des années soixante.

58-68, RETOUR SUR UNE GÉNÉRATION – Vers un nouveau cinéma français
Sous la direction de Laurent Bismuth et Éric Le Roy
Centre national de la cinématographie, 466 p., 29 €

REPORTAGE

« Les chauffeurs-livreurs », un article de Santiago Artozqui

Un demi-siècle après que Roland Barthes a mis en lumière la façon dont les représentations collectives modernes rappellent les mythes ancestraux, Ève Charrin se penche sur l’un des mystères fondateurs du dogme consumériste : par quel miracle la corne d’abondance où nous allons tous puiser de quoi satisfaire nos envies se remplit-elle ?

ÈVE CHARRIN – LA COURSE OU LA VILLE
Seuil, coll. « Raconter la vie », 76 p., 5,90 €

La Nouvelle Quinzaine littéraire n°1095 du 16 au 31 décembre 2013

(Télécharger ce numéro en cliquant sur le lien)

LITTÉRATURE

« De l’économie à la littérature fantastique (et retour) », un article d’Eve Charrin

Revanche de la littérature sur la finance : « Pour comprendre les événements espagnols de toutes ces dernières années, il faut lire certains des rares rapports internationaux qui alertaient sur la possibilité d’un désastre, mais il faut avant tout lire  Cervantès ». Comment l’argent facile, les constructions à tout va et les taux de croissance qui s’envolent ont-ils brutalement fait place au chômage et à la pauvreté ? Le romancier a raison : pour saisir quelque chose du miracle économique espagnolet de la banqueroute générale qui a suivi, il est très éclairant de sortir d’une lecture purement économique.

ANTONIO MUÑOZ MOLINA – TOUT CE QUE L’ON CROYAIT SOLIDE
trad. de l’espagnol par Philippe Bataillon
Seuil, 246 p., 21 euros

« Permanence du nouveau roman », un article de Maurice Mourier

Dernier mouvement littéraire français qui ait compté internationalement après le surréalisme, dont il est d’ailleurs en partie issu, le Nouveau Roman porta très haut le culte baudelairien de la beauté formelle. En cela il se situait dans la droite ligne de quelques-uns des grands moments de l’histoire de notre littérature : la Pléiade, l’art pour l’art, le symbolisme, autant de paroxysmes esthétiques qui, selon la formule de Barthes, attachent un prix plus élevé au « quelque chose à faire » qu’au « quelque chose à dire ».

CLAUDE OLLIER – CINQ CONTES FANTASTIQUES
P.O.L, 169 p., 15 euros

ROBERT PINGET – LE CHRYSANTHÈME
Préface de Martin Mégevand
Zoé, 39 p., 4,50 euros

« Entretien avec Erri De Luca – Tout vient de l’ouïe », propos recueillis par Norbert Czarny

Le romancier italien Erri De Luca était à Bastia le 23 novembre pour y recevoir le prix Ulysse couronnant l’ensemble de son oeuvre. Il a bien voulu répondre à nos questions.

« Identité heureuse », un article de Natacha Andriamirado

L’histoire de Frank Eskenazi commence dans une rue de Paris, à l’âge de douze ans, au moment où, alors qu’il est raccompagné par ses copains de classe, ces derniers hurlent son nom de famille.

FRANK ESKENAZI – UNE ÉTOILE MYSTÉRIEUSE
Seuil, 160 p., 15 euros

« « Citoyen de son enfance » », un article de Gabrielle Napoli

Déambulons une nouvelle fois en compagnie de Michel Chaillou, guidés par ses rythmes puissants, à l’image de la nature qu’il évoque dans ce récit qui se passe pour l’essentiel en pays breton, sur la presqu’île de Quiberon, à Portivy.

MICHEL CHAILLOU – L’HYPOTHÈSE DE L’OMBRE

Gallimard, coll. « Haute enfance », 185 p., 17,90 euros

« La langue coupée », un article de Pierre Bergez

Avec L’Art français de la guerre, prix Goncourt 2011, Alexis Jenni s’était imposé comme un romancier aussi original qu’ambitieux. Les Élucidations marquent un retrait volontaire par rapport à l’ampleur totalisante de l’écriture romanesque. Le livre est construit autour de « souvenirs » restés à l’état de « fragments », que le narrateur interroge comme « la partie d’une très grosse pierre enterrée. Alors je
prends la pelle, et je creuse autour ».

ALEXIS JENNI – ÉLUCIDATIONS – 50 anecdotes

Gallimard, 210 p., 14,90 euros

« Le plus imparfait des présents », un article de Claude Grimal

Nadine Gordimer, écrivain sud-africain, Prix Nobel de littérature, écrit avec Vivre à présent son seizième roman, dans lequel, encore une fois, elle choisit pour sujet l’état de la société et des habitants de son pays natal.

NADINE GORDIMER – VIVRE À PRÉSENT
trad. de l’anglais (Afrique du Sud) par David Fauquemberg
Grasset, 480 p., 22 euos

« Philippe Roth, marque déposée ? », un article de Steven Sampson

Philip Roth à la retraite ? Jamais ! À New York, il organise ses archives et travaille étroitement avec ses biographes. À Paris, ses éditeurs français ont collaboré avec lui sur un nouveau « packaging » de l’oeuvre, afin de mettre au premier plan le Roth tardif, celui qui est censé avoir brossé un portrait de l’Amérique entière. Que doiton penser des romans des quarante premières années de sa carrière ? Sont-ils trop formels ou solipsistes ? Parce que, de fait, il y a eu plusieurs Roth, comme le démontre son amie Claudia Roth Pierpont, journaliste au New Yorker, qui vient de publier une hagiographie très remarquée.

PHILIP ROTH – L’AMÉRIQUE DE PHILIP ROTH
trad. de l’américain par Josée Kamoun
Gallimard, coll. « Quarto »1 152 p., 25 euros

CLAUDIA ROTH PIERPONT – ROTH UNBOUND
A writer and his books
Farrar Straus Giroux, 368 p.

MICHAEL KIMMAGE – IN HISTORY ’S GRIP

Philip Roth’s Newark trilogy

Stanford University Press, 216 p.

«  « Je ne divorce pas des morts » », un article de Christian Mouze

Cette parole tenue devant le procureur par une de ses amies, Nadejda Mandelstam (1899-1980) aurait pu la prononcer elle-même. C’est d’ailleurs ce qu’a fait toute sa vie, après la mort d’Ossip Mandelstam dans un camp d’Extrême-Orient (le 27 décembre 1938). Ses souvenirs vont désormais constituer le pendant de l’oeuvre du poète. Le côté pile. Et quand il s’agit d’Anna Akhmatova, il s’agit d’une relation à trois. L’ombre de Mandelstam est l’encre des mots de Nadejda, l’écriture de celle-ci l’épithalame de leur union.

NADEJDA MANDELSTAM – SUR ANNA AKHMATOVA
Édition et postface de Pavel Nerler
trad. du russe par Sophie Benech
Le Bruit du temps, 224 p., 21 euros

« Le chant des fantômes », un article de Pierre Benetti

« Je ne suis pas un fétichiste de la bibliophilie. Ce qui m’intéresse, en revanche, c’est de voir comment utiliser au mieux les possibilités de cet objet », confiait Mark Z. Danielewski il y a quelques années. Cet objet, c’est le livre lui-même, celui qu’on a dans les mains et qu’on garde dans la tête, celui que l’écrivain américain né en 1966 fabrique d’abord, raconte-t-il, sur le panneau en bois de son bureau.

MARK Z. DANIELEWSKI – L’ÉPÉE DES CINQUANTE ANS
trad. de l’anglais (États-Unis) par Héloïse Esquié
Denoël, 285 p., 22 euros

LA MAISON DES FEUILLES
trad. de l’anglais (États-Unis) par Claro
Denoël, 709 p., 32 euros

« Un conte de Noël », un article de Marie Etienne

Voici le dernier roman de Colette Lambrichs, qui écrit peu (depuis 1997, quatre recueils de nouvelles et un roman) mais qui publie beaucoup les autres (ceci expliquant probablement cela) à La Différence, la maison d’édition qu’elle dirige depuis 1976, soit quatre ans après avoir quitté la Belgique où elle est née.

COLETTE LAMBRICHS – ÉLÉONORE
La Différence, 174 p., 15 euros

« Matrice », un article de Hugo Pradelle

Paru en 1969, le troisième livre de Richard Yates assume clairement une dimension autobiographique, tout en étendant les thèmes qu’il aborde à une société tout entière tournée vers le désir et vers l’image.

RICHARD YATES – UN DESTIN D’EXCEPTION
trad. de l’anglais (États-Unis) par Aline Azoulay-Pacvon
Robert Laffont, coll. « Pavillons », 324 p., 22 euros

POESIE

« « L’éclat de ce qui est » », un article de Gérard Noiret

« De la poésie, des arts, de la pensée, je n’ai jamais attendu moins que ceci : un monde nouveau – moins mensonger, plus éclatant, plus digne. Non pas quelque “ailleurs” seulement imaginé, mais le rapport vivant le moins illusoire à ce qu’il en est de ce qui est. – Toujours ces puissances ont eu pour moi, dans des œuvres, les prestiges de l’action la plus durable, la moins soumise à la simple reconduction de l’état des choses, la mieux capable de résister à l’entropie, à la décomposition, à la mort. »

JEAN-PAUL MICHEL – ÉCRITS SUR LA POÉSIE
1981-2012
Flammarion, 316 p., 20 euros

« « Pense au soleil qui brûle sans voir » », un article de Jacques Fressard

L’Amérique de langue espagnole est si fertile en excellents poètes relativement proches chronologiquement les uns des autres, en un espace à la fois immense et analogue, qu’ils semblent s’accorder ou se répondre de génération en génération.

GONZALO ROJAS – NOUS SOMMES UN AUTRE SOLEIL
trad. de l’espagnol (Chili) et présenté par Fabienne Bradu
La Différence, coll. « Orphée », 128 p., 5 euros

HISTOIRE LITTERAIRE

« Savants et poètes au XIXème siècle », un article de Jean-Michel Kantor

Dans les premières années du XIXe siècle, de nombreux recueils de poésie célèbrent la science, les travaux de Buffon, de Cuvier. Certains constituent même de véritables succès de librairie.

MUSES ET PTÉRODACTYLES
La poésie de la science de Chénier à Rimbaud
Anthologie sous la direction d’Hugues Marchal
Seuil, 660 p., 32 euros

INEDITS

« Point d’origine » par Peter Szendy

Peter Szendy est musicologue et philosophe. La plupart de ses essais portent sur l’expérience musicale, d’Écoute. Une histoire de nos oreilles (Minuit, 2001) à Tubes. La philosophie dans le juke-box (Minuit, 2008). Son dernier livre, À coups de points, la ponctuation comme expérience (voir le compte rendu de Tiphaine Samoyault, p. 18), porte sur le point dans la phrase. Il a confié à la Nouvelle Quinzaine littéraire un chapitre inédit, écarté de la version finale.

« Ponctuer, boxer », un article de Tiphaine Samoyault

Peter Szendy choisit de raviver le terme rare et ancien de « stigmatologie », qui désignait en grec la ponctuation du texte hébreu de la Bible, pour proposer un traité de ponctuation générale, qui est surtout une philosophie du point : à la fois le point du grammairien mais aussi l’empreinte, la marque, la couture qui sont autant de formes que prend l’expérience ponctuante.

PETER SZENDY – A COUPS DE POINTS, La ponctuation comme expérience

Minuit, 158 p. 19,50 euros

ARTS

« Beaux Livres », un article de Georges Raillard

ALESSANDRA ZAMPERINI – VERONÈSE
Imprimerie Nationale, 352 p., 144 euros

MAXIMILIAAN P. J. MARTENS ET ANNICK BORN – VAN EYCK PAR LE DÉTAIL
Hazan, 252 p., 39 euros

SERGE FAU CHEREAU – LES PEINTRES MEXICAINS (1910-1960)

Flammarion, 256 p., 286 ill., 45 euros

FRANCO MARIA RICCI (DIR.) – LABYRINTHES

Avant-propos d’Umberto Eco
Textes de Giovanni Mariotti
Rizzoli, 224 p., 120 ill. coul. 54 euros

COLLECTIF – MARCEL BROODTHAERS, Livre d’images
Flammarion, 320 p., 65 euros

« Les objets ambigus, les poupées aguicheuses », un article de Gilbert Lascault

Commissaire de cette exposition du Centre Pompidou, Didier Ottinger rassemble plus de 200 oeuvres : celles de Giacometti, Dalí, Duchamp, Man Ray, Brassaï, Picasso, Calder, bien d’autres, celles aussi d’artistes vivants (Arnaud Labelle-Rojoux, Philippe
Mayaux …).

Exposition LE SURRÉALISME ET L’OBJET
Centre Georges-Pompidou
30 octobre 2013 – 3 mars 2014

DIDIER OTTINGER (dir.) – DICTIONNAIRE DE L’OBJET SURRÉALISTE
Gallimard, 334 p., 39,90 euros

« Georges Braque », un article de Georges Raillard

Au fronton du Gand Palais, le nom du peintre. Seul, comme, dans les mêmes lieux en 1995, Cézanne. Sa rétrospective était annoncée par cette constatation : « Aborder Cézanne, c’est aujourd’hui encore entrer dans un territoire sacré ». Mais l’exposition était orientée par ces mots de Maurice Denis : « Il est celui qui peint. » Braque n’est pas sacralisé. D’artiste français idéal, officialisé par Malraux, confronté au Louvre à Poussin, il serait aujourd’hui devenu un peintre méconnu ? Plus qu’à revoir, à voir et à revoir, longuement, lentement.

EXPOSITION GEORGES BRAQUE 1882-1963
Grand Palais, Galeries nationales
Du 16 septembre 2013 au 6 janvier 2014
Livre-catalogue de l’exposition
Sous la direction de Brigitte Léal
Réunion des musées nationaux, 344 p., 45 euros

IDEES

« « Charbonnier est maître en sa demeure » », un article de Marc Lebiez

Mis en cause par la Société des Nations pour les persécutions qu’il faisait subir aux Juifs, le gouvernement nazi fit répondre par son représentant que « charbonnier est maître en sa demeure ». Même si ce n’est pas l’exemple qu’elle prend, car ses références sont plus récentes, cette réponse pose bien le problème que Monique Chemillier-Gendreau aborde ici : jusqu’où la revendication de souveraineté est-elle acceptable ? Sa position a le mérite de la netteté : ce livre est un long réquisitoire contre la notion même de souveraineté.

MONIQUE CHEMILLIER-GENDREAU – DE LA GUERRE À LA COMMUNAUTÉ UNIVERSELLE
Entre droit et politique
Fayard, 388 p., 23 euros

PSYCHANALYSE

« Safouan, le patron », un article de Michel Plon

Grâces soient rendues à Braque et à Jean Paulhan, à Jean Renoir et aux « jeunes Turcs » que furent François Truffaut et Jacques Rivette. Moustapha Safouan, qui affirme avec hauteur combien Lacan fut pour lui un maître, est bien un « patron », détenteur d’un mystère et d’un secret que ce livre nous aide à percer.

MOUSTAPHA SAFOUAN – LA PSYCHANALYSE
Science, thérapie – et cause
Thierry Marchaisse éd., 420 p., 29,50 euros

HISTOIRE

« Le goût de l’archive », un article de Catriona Seth

Portant sur des périodes et des expériences très différentes, deux ouvrages viennent dire un même goût de l’archive chez deux historiennes, la dix-huitiémiste Arlette Farge et la soviétologue Sonia Combe. Toutes deux ont en commun de raconter à cette
occasion leurs recherches en passant par un récit à la première personne. Elles ont l’une et l’autre traqué, dans leurs écrits, des témoignages : la « mémoire grise » de ceux qui documentaient autrefois le « bloc Est » ; les voix disparues sur les infimes traces
desquelles s’est engagée, dans nombre de livres et d’articles, l’auteur du Bracelet de parchemin. Leur récit se double ainsi d’une précieuse réflexion méthodologique sur le travail en cours.

ARLETTE FARGE – LA DÉCHIRURE
Souffrance et déliaison sociale au XVIIIe siècle
Bayard, 228 p., 19 euros

SONIA COMBE – D’EST EN OUEST
Retour à l’archive
Publications de la Sorbonne, coll. « Itinéraires », 270 p., 18 euros

« Jaurès au fil du temps », un article de Jean-Jacques Marie

Il est difficile de trouver dans l’histoire un homme dont l’image ait été autant trafiquée que celle de Jaurès. Autant et aussi vite, car l’embaumement a commencé dès le lendemain de son assassinat et n’a cessé de s’amplifier au fil des années.

VINCENT DUCLERT – JAURÈS

1859-1914

La politique et la légende

Éd. Autrement, 282 p., 21 euros

« Un témoignage politiquement incorrect », un article de Sonia Combe

Présenté par Olivier Lalieu, historien à qui l’on doit une étude solide sur la Résistance française dans le camp qui rassembla le plus grand nombre de Français (26 000), ce journal tenu à Buchenwald, heureusement exhumé par la famille (et publié avec le concours de la ville de Compiègne et du Mémorial de l’internement et de la déportation), nous donne à voir la scène concentrationnaire « par le bas ». Le journal de Jean Hoen possède ce « cachet d’authenticité » qui nous rappelle à quel point la mémoire, fût-elle contradictoire, est indispensable à l’Histoire.

JEAN HOEN – MATR. 20 224
KLB
Journal de Buchenwald
1943-1945
Puf, 432 p., 23 euros

« Littérature et fascisme », un article de Maïté Bouyssy

Alors que le trop connu éloigne les anciennes générations de l’affaire Dreyfus, et que les nouvelles n’y voient plus qu’un pensum de collège, la reprendre en la liant à l’hypothèse d’un épuisement des récits romanesques, et resituer ainsi le trio Bernard Lazare, Barrès, Zola, n’est pas sans intérêt. C’est le très séduisant projet de ce livre.

Uri EISENZWEIG – Naissance littéraire du fascisme
Seuil, coll. « La librairie du XXIe siècle », 172 p., 19 euros

MUSIQUE

« Mozart, Bergson, Rousseau », un article de Thierry Laisney

Je me souviens qu’un jour, me trouvant dans une librairie philosophique située place de la Sorbonne à Paris, j’ai entendu une voix de stentor clamer ceci : « Je suis pour une séparation des espaces de compréhension. » On n’est pas obligé d’être d’accord.

THEÂTRE

« Le médecin, l’écrivain, le comédien… », un article de Monique Le Roux

La quarante-deuxième édition du Festival d’Automne à Paris ne s’achève pas au moment du solstice d’hiver ; outre « Le Portrait de Robert Wilson », auquel sera consacré un prochain article, elle programme au Théâtre du Rond-Point Un métier idéal, un « projet de et avec Nicolas Bouchaud », mis en scène par Éric Didry, d’après le livre éponyme de John Berger et Jean Mohr.

JOHN BERGER & JEAN MOHR – UN METIER IDEAL
Projet de Nicolas Bouchaud
Mise en scène d’Éric Didry
Théâtre du Rond-Point
Jusqu’au 4 janvier 2014

CINEMA

« The Filming Dutchman », un article de Lucien Logette

Le dernier Festival de Cannes se révèle en définitive plus fourni en grandes oeuvres que la critique, trop occupée par les aventures d’Adèle, ne l’avait jugé sur le moment. La preuve : les films les plus intéressants distribués ces derniers temps – Rêves d’or, La Vénus à la fourrure, The Immigrant, Zulu et surtout A Touch of Sin, de Jia Zhang-ke, qui, à défaut d’une Palme d’or méritée, aurait pu au moins se voir attribuer le prix de la mise en scène – figuraient dans le cru printanier. Sans oublier Only Lovers Left Alive, de Jim Jarmush, accessible seulement en février, bien meilleur que les échos cannois ne l’ont laissé croire. Il en est de même pour Borgman, enfin offert à la curiosité des amateurs.

ALEX VAN WARMERDAM – BORGMAN

LA NOUVELLE QUINZAINE LITTERAIRE

« Petites déambulations philosophiques – 2. Une famille d’esprit », un article de Jean Lacoste

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