JOURNAL EN PUBLIC de MAURICE NADEAU – 15 décembre 2012
décembre 27, 2012 Poster un commentaire
En parlerai-je, n’en parlerai-je pas ? Je pourrais me taire. Pour la raison que j’y suis fortement impliqué dans ce livre, et qu’il est de règle à La Quinzaine de ne pas commenter les ouvrages qui ont des rapports avec votre personne, vos activités extra-littéraires, vos amitiés. Cependant, je dirige ce journal, et je ne veux pas mettre vis-à-vis de moi l’un ou l’autre de ses collaborateurs dans le même embarras.
Il s’agit du livre de Jean-Jacques Lefrère (il n’y apparaît que comme « postfacier ») intitulé La Chasse spirituelle, avec un nom d’auteur : Arthur Rimbaud, et, en 4e de couverture, une reproduction d’une page d’écriture, vraisemblablement, de Rimbaud.
On se frotte les yeux : Jean-Jacques Lefrère aurait-il retrouvé le fameux manuscrit qui fit couler tant d’encre et donna lieu à une tonitruante affaire il y a soixante ans, à cause d’un faux qui portait ce titre ? Ou ne s’agit-il que d’appâter le lecteur ? En fait, cette Chasse spirituelle annoncée sous le nom de Rimbaud est le nom commun donné par Jean-Jacques Lefrère aux nombreux faux et pastiches qu’ont suscités les œuvres du poète. L’équivoque subsiste. Elle a été voulue par l’éditeur. On peut se demander pourquoi.
En fait, ce que raconte le « postfacier », c’est l’histoire du plus retentissant avatar de ces faux dont il a entrepris de dresser un catalogue très fourni. Quant au vrai manuscrit de cette fameuse Chasse, on n’est pas près, semble-t-il, à la différence d’autres inédits retrouvés de Rimbaud, d’en voir le jour.
J’ai joué un rôle dans cette affaire, dite de La Chasse spirituelle, dans les années cinquante. Celui du journaliste trop heureux d’annoncer, aux lecteurs du grand quotidien de l’époque dont j’étais le critique littéraire, une fameuse trouvaille : la publication en librairie d’un important inédit de Rimbaud, dont je donne des extraits, et qui, selon toute vraisemblance, aurait précédé Une saison en enfer (bien qu’on apprenne au même moment que les Illuminations sont postérieures à ce fameux adieu à la poésie). J’accompagne l’annonce d’une « Présentation », due à Pascal Pia, et d’une histoire du manuscrit par « un rimbaldien », Gabriel Gros (Maurice Saillet). Cette page spéciale de Combat fait grand bruit. Elle me vaut des applaudissements, et un coup de sifflet rageur d’André Breton qui crie au « faux ». Lire la suite



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