Rencontre avec Jean-Jacques Lebel

novembre 20, 2009

A l’occasion de l’exposition “Soulèvements” de Jean-Jacques Lebel à La Maison rouge à Paris jusqu’au 17 janvier 2010, Gilles Nadeau s’est entretenu avec l’artiste. Ancien collaborateur de la Quinzaine littéraire, Jean-Jacques Lebel est l’introducteur, dans les années soixante, du Happening en France. Rencontre avec celui qui fréquentait les poètes de la Beat Generation, Gilles Deleuze et Félix Guattari, qui a chroniqué John Cage, Julian Beck et a rendu hommage lors de leur disparition à André Breton, Lam et Joyce Mansour. Il se définit lui-même comme “un accumulateur, un rassembleur, un collectionneur, un organisateur de manifestations, d’expositions ou de festivals internationaux” ; il est aussi artiste, poète, théoricien, activiste politique, écrivain (“Happening”, aux éditions des Lettres Nouvelles), réalisateur, éditeur…

“De la salle guerre d’Algérie au happening”

“Le happening, une forme d’anthropologie critique”

“Breton m’a attaqué”

“Hommage à Felix Guattari : dissolution des frontières entre l’état normal et l’état d’anormalité”


L’espace de Soulages

novembre 7, 2009

un article de Georges Raillard

Exposition Soulages au Centre Pompidou
14 octobre 2009 – 8 mars 2010
Catalogue collectif sous la direction d’Alfred Pacquement et Pierre Encrevé
352 p., 245 illustrations, 44,90 €

“Soulages Le temps du papier”, exposition au Musée d’Art moderne et contemporain de la ville de Strasbourg 31 octobre 2009 – 3 janvier 2010

Une exposition admirablement composée. Une exposition d’œuvres de Soulages dont Soulages est aussi pour une grande part l’architecte. Le peintre a des affinités avec l’architecture. Il a dit son intérêt pour Boullée et pour Ledoux. Cette exposition de Beaubourg tient quelque chose de l’architecture dessinée par les utopistes. Quand il avait dix ans, se rappelle-t-il encore, un jour qu’il avait tracé à l’encre des traits noirs sur une feuille de papier et qu’on lui demandait ce qu’il faisait, il répondit : un paysage de neige : « le blanc du papier s’illuminait comme la neige grâce aux traits noirs que j’y peignais »… Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine n°1002


Auguste Renoir au Grand Palais

octobre 21, 2009

Deux de nos collaborateurs donnent leur avis sur cette expositions. Retrouvez ces deux articles en intégralité dans le n°1001 de la Quinzaine littéraire.

EXPOSITION Renoir au XXe siècle
Galeries nationales, Grand Palais, Champs-Élysées
23 septembre 2009 – 4 janvier 2010
Catalogue sous la direction de Sylvie Patry,
commissaire de l’exposition, 464 p., 49 €, publication RMN
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“Renoir au XXe siècle”, un article de Georges Raillard

Une exposition non conformiste et attrayante : Renoir, parmi ceux à qui il doit quelque chose de son art, Rubens, Titien, Véronèse, Raphaël. Et, surtout, Renoir parmi ceux qui, de son temps ou du nôtre, ont été influencés par lui : Picasso, Matisse, Maillol, Bonnard, dont quelques œuvres le rappellent dans les galeries du Grand Palais.

La dernière exposition rétrospective de Renoir, en 1985, répondait à un regard historique. L’œuvre était distribué selon un classement par périodes, chacune marquée par des tableaux fameux. Sept sections : Les années soixante (Le Cabaret de la mère Antony). 1871-1880 (Le Bal du Moulin de la Galette). 1880-1883 (Le Déjeuner des canotiers). 1884-1887 (Baigneuse dite La Coiffure). 1888-1898 (Baigneuses) : tant il est vrai que pour Renoir « les sujets les plus simples sont éternels : la femme sortira de l’onde amère ou de son lit, elle s’appellera Vénus ou Nini. On n’inventera rien de mieux »… Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine n°1001.

Lisez la suite de cette entrée »

La Quinzaine n°1000, du 1er au 15 octobre

octobre 7, 2009

“La grippe comme métaphore“, un article de Laurence Zordan

ZYGMUNT BAUMAN
L’ÉTHIQUE A-T-ELLE UNE CHANCE DANS UN MONDE DE CONSOMMATEURS
Climats, 296 p., 23 €
PANDÉMIE GRIPPALE : L’ORDRE DE LA MOBILISATION
sous la direction d’Emmanuel Hirsch
Éd. du Cerf, 389 p., 20 €

L’éthique a-t-elle une chance dans un monde de consommateurs ? demande Zygmunt Bauman dans son dernier livre. La question pourrait être complétée par : un monde de consommateurs a-t-il une chance face à la pandémie s’il ne donne pas une chance à l’éthique ? L’ouvrage collectif dirigé par le directeur de « l’espace éthique » de l’Assistance publique des Hôpitaux de Paris montre qu’une crise sanitaire met en jeu les valeurs de la démocratie. À quelles conditions un ordre de mobilisation, non pas martial mais civique, face à la menace grippale peut-il être envisageable à l’heure de ce que Zygmunt Bauman appelle « le présent liquide », labilité généralisée où l’individualisme dénie toute consistance, y compris à lui-même ?

“Qui a fait tomber le mur de Berlin ?”, un article de Laurence Zordan

CYRIL BUFFET
LE JOUR OÙ LE MUR EST TOMBÉ
Larousse, 320 p., 18 €
FREDERICK TAYLOR
LE MUR DE BERLIN 1961-1989
J.-C. Lattès, 620 p., 218 €
MARC FERRO
LE MUR DE BERLIN ET LA CHUTE DU COMMUNISME EXPLIQUÉS À MA PETITE-FILLE
Le Seuil, 122 p., 8 €
MICHEL MEYER
HISTOIRE SECRÈTE DE
LA CHUTE DU MUR DE BERLIN
Odile Jacob, 346 p., 21 €

La question se pose en termes personnels, car ce ne sont pas les masses, mais des protagonistes qui ont pris des décisions telles que le symbole de la guerre froide s’est écroulé. Si assurément ils ne poursuivaient guère ce but, ils en ont toutefois été les initiateurs, involontaires mais insistants, avec une sorte d’obstination somnambulique. Les hommes font l’histoire, mais ils ne savent pas l’histoire qu’ils font. Les caciques ont certes été dépassés par les citoyens, mais la brèche inaugurale est, paradoxalement, le fait d’une révolution de palais, à huis clos. L’histoire se prête alors à la dramaturgie, véritable art de la composition théâtrale, avec ses conspirations et rebondissements.

“Une Afrique de « wassan kara »”, un article de Claire Richard

JACQUES JOUET
BODO
P.O.L, 362 p., 19,90 €

Qu’est-ce que le wassan kara ? Que dit de Gaulle quand il rencontre un Nigérien nommé Bodo au tabac de Colombey-les-Deux-Églises ? Que se passe-t-il si on promène le miroir de Stendhal au bord des routes de la province de Zinder, tout en laissant libre cours à une verve intarissable ? La réponse à toutes ces questions (et à bien d’autres) figure dans le dernier roman de Jacques Jouet, Oulipien qui a fait de l’Afrique aussi son pays.

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“Le livre des passages”, un article de Tiphaine Samoyault

PASCAL QUIGNARD
LA BARQUE SILENCIEUSE.
DERNIER ROYAUME VI
Le Seuil, 242 p., 18 €

Les précédents volumes de « Dernier royaume », Paradisiaques et Sordidissimes (après Les Ombres errantes, Sur le Jadis et Abîmes), exploraient des lisières du monde et de la vie. La Barque silencieuse, qui est d’abord bien sûr la barque de Charon, s’intéresse à tout ce qui fait passer d’un monde dans un autre, à une géographie du passage qui ne soit pas le dessin d’une transcendance.

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“Les imprévus du voyage”, un article de Jacques Fressard

JOSÉ SARAMAGO
LE VOYAGE DE L’ÉLÉPHANT
trad. du portugais par Geneviève Leibrich
Le Seuil, 218 p., 19 €

« Ne me parlez pas de la mort car je la connais. » C’est en ces termes que José Saramago répondait aux journalistes s’enquérant de sa santé au début de l’année 2008, à la sortie de cette clinique de Lanzarote qui l’avait accueilli très amaigri et affligé d’un hoquet incoercible.

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“En Toscane, et ailleurs…”, un article de Monique Baccelli

ANNA LUISA PIGNATELLI
LE DERNIER FIEF
trad. par Alain Adaken
Minos et La Différence, coll poche, 220 p, 8 €
LES GRANDS ENFANTS
trad. par Alain Adaken
Minos et La Différence, coll poche, 253 p, 8 €
NOIR TOSCAN
trad. par Alain Adaken
La Différence, 123 p., 14 €

Ce n’est pas sans raisons que les éditions Minos-La Différence publient en même temps trois romans d’Anna Luisa Pignatelli. Sans constituer une suite, ils tournent autour de deux phénomènes concomitants : la fin de la paysannerie traditionnelle, et l’abandon des campagnes au profit des villes.

“Les adieux”, de Vanessa Aubert

HYAM YARED
SOUS LA TONNELLE
Sabine Wespieser éd., 277 p., 21 €

Après L’Armoire des ombres, la poétesse libanaise Hyam Yared renoue avec la veine romanesque et dévoile son nouveau roman Sous la tonnelle. Quand une âme poétique et violente se retrouve au carrefour de l’inspiration romanesque, la plume se transforme en art. Dramatique. « J’étais née le jour où tu m’avais aimée. »

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“Un défenseur de l’ordre : Jean Cocteau”, un article de Jean José Marchand

JEAN COCTEAU
LE COQ ET L’ARLEQUIN, 1918
Stock (réédition), 144 p., 11 €
JEAN COCTEAU
OPIUM, 1930
Stock (réédition), 267 p., 12 €

Si sa poésie est flamboyante d’énigmes, la personnalité de Jean Cocteau semble beaucoup plus lisible. Il le disait lui-même : « Vous découvrirez plus tard que je fus un défenseur de l’ordre. »

“Regards sur les arts premiers”, un article de Georges Raillard

EXPOSITIONS
Musée du Quai Branly
La Collection
Un ouvrage collectif sous la direction d’Yves Le Fur,
directeur du Patrimoine et des Collections 480 pages illustrées, Éd. Skira-Flammarion,
musée du Quai Branly, 55 €
La passion des arts premiers. Regards de marchands
Exposition à la Monnaie de Paris du 9 septembre au 18 octobre 2009
Catalogue sous la direction d’Elena Martinez-Jacquet
Primedia Monnaie de Paris éd., 212 pages, 45 €
Medusa en Afrique
Exposition au Musée d’ethnographie, Genève, jusqu’au 31 janvier 2010
Catalogue : Medusa en Afrique. La sculpture de l’enchantement
Textes de Boris Wastiau, photographies de Johnathan Watts, 256 pages, 160 illustrations en couleurs, 49 €

Trois ouvrages qui retiennent l’attention : une anthologie des œuvres maîtresses du Quai Branly, la place actuelle des marchands dans la circulation des arts premiers, le pouvoir d’« enchantement » de ces œuvres. Des textes apportent des points de vue mesurés. Des expositions concomitantes, sur lesquelles s’ouvre à neuf notre regard, les soutiennent.

“Heidegger : modèle de séminaire ou séminaire modèle”, un article de François Vezin

MARTIN HEIDEGGER
INTERPRÉTATION DE LA DEUXIÈME
CONSIDÉRATION INTEMPESTIVE DE NIETZSCHE
Gallimard, 420 p., 35 €

Le mot séminaire a été singulièrement galvaudé depuis une quarantaine d’années. Partout on parle maintenant de séminaire, c’est tout juste si le Conseil des ministres qui se tient chaque mercredi à l’Élysée n’est pas rebaptisé : Séminaire gouvernemental !

“Entre connaissance et finance”, un article de Jean-Paul Deléage

EL MOUHOUB MOUHOUD – DOMINIQUE PLIHON
LE SAVOIR ET LA FINANCE,
LIAISONS DANGEREUSES AU CŒUR
DU CAPITALISME CONTEMPORAIN
La Découverte, 240 p., 18 €

Cet ouvrage livre l’étude précise des rapports actuels entre l’économie de la connaissance et le rôle central de la f inance. Depuis une trentaine d’ années en effet, le capitalisme subit une profonde mutation sous le double effet de la montée en puissance de la f inance désormais force planétaire ; et de la violence de l’impact des nouvelles technologies qui ont ouvert, aux sociétés industrielles, le seuil de l’ère de la « société de la connaissance ».

“Les pinsons des Galápagos – Darwin et les mystères de l’évolution”, un article de Jean-Michel Kantor

JEAN-CLAUDE AMEISEN
DANS LA LUMIÈRE ET LES OMBRES.
DARWIN ET LE BOULEVERSEMENT DU MONDE
Fayard/Le Seuil, 2008 (2e édition 2009), 500 p., 23 €
JOANNY MOULIN
UNE SCANDALEUSE VÉRITÉ
Éd. Autrement, coll. « Littératures », 391 p., 23 €

Avez-vous déjà rencontré un dodo ? Un diable de Tasmanie ? Certainement pas : ces animaux n’existent plus (le dodo ou dronte a disparu au XVIIe siècle), comme nombre d’espèces au cours des siècles, qu’on ne peut plus admirer qu’au dernier étage de la Galerie de l’évolution du Muséum d’ histoire naturelle. L’évolution des espèces, la naissance ou la disparition de certaines d’entre elles par exemple, ont été constatées depuis bien longtemps. Pour expliquer ces phénomènes, jusqu’au siècle dernier, on recourait à la volonté divine, ainsi de Georges Cuvier (1769-1832), et encore aujourd’hui les partisans du créationnisme.


Picasso Cézanne

septembre 5, 2009

Un article de Georges Raillard

EXPOSITION
AU MUSÉE GRANET
Aix-en-Provence
25 mai – 27 septembre 2009
catalogue collectif sous la direction de Bruno Ely,
directeur du musée Granet 280 pages illustrées, 39 €

Non pas Cézanne Picasso, ordre qui ouvrirait, une fois de plus, à une chronologie, à une thématique de l’influence, réelle ou supposée, de l’aîné (1839-1906) sur l’oeuvre du cadet (1881-1973), du maître sur l’apprenti. Mais l’exposition d’Aix est en ceci éclairante qu’elle est bâtie sur Picasso, sur Picasso àVauvenargues, dans l’ombre de Sainte-Victoire.

Au château de Vauvenargues, Picasso fut enterré, quasi secrètement. Jacqueline, sa veuve, le fut aussi, près de Pablo. Depuis, sa fille, Catherine Hutin, héritière d’une part importante de l’oeuvre de son beau-père et du château de Vauvenargues, tenait les portes closes de l’austère demeure. Durant cet été elle organise des visites liées à l’exposition du Musée. Elle y a largement contribué par le prêt
d’oeuvres de son immense collection… Retrouvez la suite de l’article dans la Quinzaine n°998



La Quinzaine n°996, du 16 au 31 juillet 2009

juillet 26, 2009

“Histoire romanesque d’un photographe”, un article de Norbert Czarny

AGUSTÍ CENTELLES 1909-1985
ouvrage collectif, Actes Sud, 258 p., 55 €

Jusqu’au 13 septembre se tient à l’Hôtel de Sully une exposition photo intitulée « Journal d’une guerre et d’un exil », Espagne-France 1936-1939. Celui dont on découvrira les photos, Agustí Centelles, est un photographe étonnant, aussi bien par sa vie que par son oeuvre longtemps cachée.

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“L’Occident et ses mythes”, un entretien de l’économiste Georges Corm réalisé par Omar Merzoug

GEORGES CORM
L’EUROPE ET LE MYTHE DE L’OCCIDENT
La Découverte, 314 p., 23 €

« De Mozart à Hitler que s’est-il passé ? »

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“L’attention et la simplicité de Blanchot”, un article de Christian Mouze

MAURICE BLANCHOT
LETTRES À VADIM KOZOVOÏ
suivi de La Parole ascendante
Manucius, 219 p., 18 €

« … Je rappellerai mon refus obstiné de publier toute correspondance. Qu’elle soit ou non d’écrivain. C’est un principe que je ne demande pas à d’autres de partager, mais qui appartient à ma tendance la plus sûre. » La volonté d’un mort passerait-elle toujours par les pertes et profits ?

“La fin de l’innocence”, un article de Hugo Pradelle

JOHN UPDIKE
VILLAGES (VILLAGES)
trad. de l’anglais (États-Unis) par Michèle Hechter,
Seuil, 324 p., 21 €
NICHOLSON BAKER
UPDIKE & MOI (U AND I,A TRUE STORY)
trad. de l’anglais (États-Unis) par Martin Winckler,
Christian Bourgois, 196 p., 17 €

Publication en miroir de deux livres chronologiquement dépareillés et néanmoins ravissants. D’un côté, Updike (1932-2009) signe un roman en treize chapitres plus un, pour conjurer le sort, un livre mou et heurté à la fois, étrangement dérangeant, sur l’Amérique et le sexe, la norme et le temps perdu. De l’autre, un essai iconoclaste, inclassable et réjouissant sur l’un des maîtres des lettres américaines récemment disparu.

“Istanbul-Stockholm”, un article de Norbert Czarny

LIVANELI
UNE SAISON DE SOLITUDE
trad. du turc par Timour Muhidine,
Gallimard, 240 p., 21 €

C’est l’histoire d’un réfugié, un parmi tant d’autres. Aujourd’hui, il pourrait être iranien et pleurer la mort de sa compagne Neda, assassinée lors d’une manifestation contre une élection volée. C’est le présent, le réel. se nomme Sami Baran, il est turc et sa compagne, Filiz, a été tuée par des militaires, lorsque la Turquie était une dictature. C’est un roman, et pourtant…

“L’apprentissage de la liberté”, un article de Gabrielle Napoli

ÁRON TAMÁSI
ÁBEL DANS LA FORÊT PROFONDE
trad. du hongrois par Agnès Járfás,
Éditions Héros-Limite, Genève, 299 p., 20 €

Áron Tamási est peu, voire pas connu du public français alors qu’il l’auteur d’un roman extrêmement célèbre en Hongrie, paru d’abord sous la forme d’un feuilleton puis publié chez un éditeur à Cluj, en 1932, spécialisé dans la littérature hungarophone. Le succès fut immédiat, et aujourd’hui encore le roman est très populaire, étudié dans les lycées hongrois et faisant partie intégrante du patrimoine culturel hongrois. Il nous aura fallu attendre la très belle traduction d’Agnès Járfás, dans une édition soignée, pour découvrir, ou redécouvrir ce texte qui peut être considéré comme le roman picaresque transylvain par excellence.

“Dans l’obscurité, l’imaginaire devenait réel”, un article de Gabrielle Napoli

MILJENKO JERGOVIC
FREELANDER
Actes Sud, 207 p., 20 €

Karlo Adum se met en route au volant de sa vieille Volvo qui a enterré tous ses proches. De Zagreb à Sarajevo, ville qu’il a quittée depuis une cinquantaine d’années, il parcourt un pays fantomatique, morcelé par la guerre et la haine. Au-delà des paysages en ruine, ce sont les souvenirs intimes du personnage principal qui ressurgissent. De cette traversée en solitaire, de ce face-à-face avec lui-même, Karlo Adum ressortira métamorphosé, mais pas forcément libéré.

“Le visage et le corps”, un article de Jean M. Goulemot

ÉLISABETH VIGÉE LE BRUN
SOUVENIRS
édition établie et annotée par Didier Masseau,
Taillandier, 624 p., 25 €
LE DISCOURS DU CORPS
AU XVIIIe SIÈCLE : Littérature-
Philosophie-Histoire-Science
sous la direction d’Hélène Cussac, Anne Deneys-Tunney et Catriona Seth,
Presses de l’Université Laval, 2009, 360 p., 36 €

On connaît ÉlisabethVigée Le Brun (1755-1842) comme portraitiste de talent, et moins comme mémorialiste. La publication de deux éditions de ses souvenirs (celle de Geneviève Haroche-Bouzinac chez Champion en 2008 et celle présentée ici) est l’occasion de découvrir une autre facette de son talent. En un mot, de retrouver le regard qu’elle porte sur les hommes, différent de celui qu’elle attache aux modèles de ses portraits mondains, sur la société et l’histoire de son temps…

“Le dire ivre”, un article de Tiphaine Samouyault

LAURENT ZIMMERMANN
LA LITTÉRATURE ET L’IVRESSE
Hermann, 163 p., 25 €

Laurent Zimmermann, qui a déjà publié deux recueils collectifs chez l’éditrice nantaise Cécile Defaux L’Aujourd’hui du roman en 2004 et Penser par les images, autour des travaux de Georges Didi-Huberman en 2006, propose un essai sur la littérature et l’ivresse se donnant pour corpus Rabelais, Baudelaire et Apollinaire. L’argument n’est pas sans ambition : il s’agit de saisir, par le biais du savoir spécifique de l’ivresse, les opérations qui sont au coeur du bouleversement provoqué par la littérature.

“Une voix d’outre-Rhin”, un article de Jean Lacoste

WULF KIRSTEN
GRAVIERS
présenté et trad. de l’allemand par Stéphane Michaud,
Belin, coll. « L’extrême contemporain », 108 p., 18 €

C’est une voix importante, reconnue, déjà distinguée par de nombreux prix, et appelée sans doute à devenir familière, qui nous vient d’outre-Rhin ; de plus loin encore, pourrait-on dire, des rives de l’Elbe, de la Saxe, ce coin de terre baroque de collines pierreuses, meurtri par l’histoire, où se croisent tant d’influences, germaniques, polonaises, tchèques, juives aussi.

“Un hibou dans les parages”, un article de Liliane Kerjan

G. K. CHESTERTON
LA FIN DE LA SAGESSE
ET AUTRES CONTES EXTRAVAGANTS
trad. de l’anglais par Gérard Joulié,
L’Âge d’homme, 377 p., 27 €

Trente-cinq histoires de Gilbert K. Chesterton, l’inclassable, qui nous emmènent sur des « terres colorées » aussi bien qu’une demi-heure aux Enfers ou au « jardin de fumée », dans des contrées où l’on croise le Fils prodigue, le Gentilhomme et le Boutiquier. Une société peut en cacher une autre : embarquement immédiat.

“Question Claudel”, un article de Odile Hunoult

PAUL CLAUDEL,
JEAN AMROUCHE
MÉMOIRES IMPROVISÉS, 1951-1952
12 CD Frémeaux & Associés, 79,99 €
PAUL CLAUDEL
PSAUMES
texte établi et annoté par Renée Nantet
et Jacques Petit, avant-propos de Pierre Claudel, préface de Guy Goffette
Gallimard, 332 p., 25 €

Cette conversation-fleuve (41 entretiens) a été enregistrée pour la radio en hiver 1951. Claudel a 83 ans. Jean Amrouche, très respectueusement, fait avec lui la genèse et l’exégèse de son oeuvre. Ce qu’il y a de passionnant à l’écoute de ces entretiens, cinquante ans après, c’est que, débarrassé de la présence occultante de l’auteur, on en sait plus qu’Amrouche ne peut en demander, plus que Claudel ne peut en dire.

“Regards de photographies”, un article de Georges Raillard

HENRI CARTIER-BRESSON
Au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris du 19 juin-13 septembre 2009
et à la Maison Européenne de la Photographie du 15 avril-30 août 2009
FERDINANDO SCIANNA
La géométrie et la passion
À la Maison Européenne de la Photographie du 24 juin-11 octobre 2009
GRETE STERN
Berlin-Buenos Aires du 24 juin-11 octobre 2009
Livre-catalogue (sous la direction d’Emmanuel Guigon) d’une exposition au Musée des Beaux-Arts
de Besançon, à présent close, 166 p., 32 €

Henri Cartier-Bresson aurait un peu plus de cent ans. Pour ses quatre-vingts ans, il revenait sur ce qui était sa vie, la photographie. Sur le regard du photographe : « C’est très difficile de regarder, de saisir les proportions. C’est une interrogation perpétuelle, une jouissance de l’oeil, une exaltation merveilleuse. Les gens ont des yeux qui ne jouissent pas. C’est leur cerveau qui jouit. »

“Une pensée de l’hétérogène”, de Régine Robin

LE TERRITOIRE DES PHILOSOPHES
Lieu et espace dans la pensée au XXe siècle
sous la direction de Thierry Paquot et Chris Younès,
La Découverte, 386 p., 26 €

Depuis le célèbre article de Michel Foucault : « Des espaces autres », de 1967, on sait qu’à une pensée du temps qui hante la philosophie depuis toujours, s’est substituée une pensée de l’espace. Le problème n’était pas absolument nouveau, mais Michel Foucault l’a systématisé. Au coeur de cette interrogation, la ville et son devenir, qu’ils soient inscrits dans la réflexion philosophique même ou qu’ils se situent au carrefour d’une multitude de disciplines.

“L’Algérie et la France”, un entretien de l’historienne Jeannine Verdès-Leroux réalisé par Omar Merzoug

JEANNINE VERDÈS-LEROUX
(Dictionnaire coordonné par)
L’ALGÉRIE ET LA FRANCE
Robert Laffont, coll. « Bouquins », 992 p., 32 €

Omar Merzoug : Vous êtes historienne et vous publiez chez Robert Laffont un dictionnaire intitulé L’Algérie et la France, pourriez-vous nous parler de la genèse de cet ouvrage ?
Jeannine Verdès-Leroux : L’ancien directeur de la collection « Bouquins » m’avait demandé de faire un Dictionnaire sur la période 1830-1962 ; j’avais répondu que pour la comprendre, il faut d’abord savoir ce qu’était l’Algérie – ou plutôt le territoire qui deviendra l’Algérie – quand la France y débarque.

“Si ma plume valait ton pistolet…”, un article de Marta Ruiz Galbete

ANDRÉS TRAPIELLO
LES ARMES ET LES LETTRES.
LITTÉRATURE ET GUERRE D’ESPAGNE
(1936-1939)
La Table Ronde, 526 p., 24 €

Est-ce parce qu’elle fut la dernière guerre romantique ou bien parce que chacun la sentit comme une préfiguration de l’affrontement qui allait mettre l’Europe à feu et à sang ? Le fait est qu’Orwell y reconnut tout de suite « un état de choses pour lequel cela valait le coup de lutter » et que la guerre d’Espagne galvanisa les consciences comme nul autre conflit extérieur ne l’avait fait auparavant, y compris parmi les intellectuels.

“Renoncer au pouvoir ?”, un article de Monique Chemillier-Gendreau

JACQUES LE BRUN
LE POUVOIR D’ABDIQUER
Essai sur la déchéance volontaire
Gallimard, coll. « L’esprit de la cité », 278 p., 21,50 €

S’interroger sur la renonciation volontaire au pouvoir suprême, celui que détient le souverain, consiste en vérité à questionner ce pouvoir lui-même en ses fondements, à sonder l’énigme de ses origines, du lien qui unit celui qui en est le titulaire et ceux sur lesquels il s’exerce. Jacques Le Brun mène l’enquête à partir d’une poignée de cas exceptionnels, ceux que nous fournit l’histoire des monarchies d’Ancien Régime à quoi il ajoute un grand mythe théâtral puisé dans Shakespeare.

“Religions et mathématiques”, un article de Bernard Bru

LOREN GRAHAM, JEAN-MICHEL KANTOR
NAMING INFINITY. A TRUE STORY OF RELIGIOUS MYSTICISM AND MATHEMATICAL CREATIVITY,
The Belknap Press of Harvard University Press, 2009

Pour nommer, il faut croire et aimer

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“Un exilé de l’intérieur”, un article de Lucien Logette

JEAN-MICHEL FRODON,
AMOS GITAÏ,
MARIE-JOSÉ SANSELME
AMOS GITAÏ GENÈSES
Gallimard, 400 p., 29,50 €
REVUE CINÉMACTION N° 131
AMOS GITAÏ ENTRE TERRE ET EXIL
sous la direction de Lucie Dugas,
Corlet Publications, 192 p., 24 €

85 films signés depuis ses débuts en 1972 – de toutes durées, entre 3 et 213 minutes. Amos Gitaï n’est pas un rétracté de la pellicule : il est un des rares cinéastes à proposer un film chaque année, quand il ne s’agit pas de trois ou quatre, comme en 1998, et il a longtemps incarné à lui seul tout le cinéma isarélien pour les spectateurs occidentaux. Entre 1999 et 2007, aucun de ses films n’a échappé aux « grands » festivals, Cannes et Venise, ce qui n’a pas manqué de finir par agacer quelque peu. Non qu’il s’agisse d’une situation indue, mais on se lasse de ne voir qu’un unique grand arbre masquer le reste du terrain.

“Des livres entre les spectacles”, un article de Monique Le Roux

BERNARD DORT
LA REPRÉSENTATION ÉMANCIPÉE
Actes Sud, 187 p., 20 €
GEORGES BANU
MINIATURES THÉORIQUES
Actes Sud, 192 p., 22 €
PATRICE CHÉREAU
J’Y ARRIVERAI UN JOUR
Actes Sud, 149 p., 22 €

« Le temps du théâtre » a longtemps correspondu à la saison, achevée avec l’entrée dans les vacances. Il s’est ensuite augmenté de la
période des festivals en plein air. C’est aussi le titre d’une collection, dont quelques titres récemment parus permettent d’associer en villégiature lecture et spectacles : La Représentation émancipée de Bernard Dort, Miniatures théoriques de Georges Banu, J’y arriverai un jour de Patrice Chéreau.

Expositions
HENRI CARTIER-BRESSON
Au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris
19 juin-13 septembre 2009
et à la Maison Européenne de la Photographie
15 avril-30 août 2009
FERDINANDO SCIANNA
La géométrie et la passion
À la Maison Européenne de la Photographie
24 juin-11 octobre 2009
GRETE STERN
Appareils électroménagers, 1950
FERDINANDO SCIANNA
Enna, Sicile, 1962
GRETE STERN
Berlin-Buenos Aires
24 juin-11 octobre 2009
Livre-catalogue (sous la direction d’Emmanuel
Guigon) d’une exposition au Musée des Beaux-Arts
de Besançon, à présent close, 166 p., 32 €

Une image peut en cacher une autre

juin 3, 2009

“Une image peut en divulguer plusieurs”, un article de Gilbert Lascaut

Une image peut en cacher une autre
(Arcimboldo – Dalí – Raetz)
Galeries nationales du Grand Palais
8 avril – 6 juilllet 2009
JEAN-HUBERT MARTIN et coll.
CATALOGUE DE L’EXPOSITION
RMN éd., 416 p., nb ill. coul., 54 €

Dans un labyrinthe du Grand Palais, deux cent quatre-vingt-six oeuvres (peintures, sculptures, dessins, gravures, films, objets) mêlent les formes glissantes. Ces oeuvres déboîtent les contours, excentrent les silhouettes ; elles dérangent les dessins et les redoublent. Elles modifient les perspectives. Elles métamorphosent les figures ; elles les déguisent ; elles les travestissent. Elles dévoient. Elles séduisent.
En 1969, une phrase de Max Ernst inquiète : « Attention : un masque peut en masquer (ou démasquer) un autre. » Cette phrase se construit à partir de celle inscrite par la SNCF près de certains passages à niveau : « Attention ! Un train peut en cacher un autre ! » Le redoublement d’un danger et d’une menace inconnue risque toujours de surprendre, de tromper, d’étonner. Retrouvez la suite de l’article dans la Quinzaine n°993


La Quinzaine n°992, du 16 au 31 mai 2009

mai 20, 2009

“Redécouvrir Jean Guéhenno”, un article de Maryse Arrigoni

JEAN GUÉHENNO
LA JEUNESSE MORTE
Claire Paulhan éd., 286 p., 32 €

Nous avions un peu oublié la voix de Jean Guéhenno (1890-1978), tendre et violente à la fois. À peine si, dans nos mémoires survivaient les clichés nostalgiques de l’enfant pauvre de Fougères, aux rares merveilles : l’orange de Noël, une journée à la mer, sa réussite grâce à l’école de la IIIe République et à la volonté de changer sa vie. Peut-être aussi certains se souvenaient-ils de son horreur de la guerre, thème récurrent de son œuvre avec, çà et là, quelques références à la guerre de 14.

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“Sans esprit de retour”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

ULRIKE VOSWINKEL,
FRANK BERNINGER
EXILS MÉDITERRANÉENS
ÉCRIVAINS ALLEMANDS
DANS LE SUD DE LA FRANCE (1933-1941)
trad. de l’allemand par Alain Huriot
Seuil éd., 244 p., 21,50 €

On a souvent parlé des écrivains allemands qui, fuyant le nazisme, se sont réfugiés à Sanary-sur-Mer qui, on le sait, devint littéralement la capitale en exil des lettres allemandes.

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“Bref, intense et lumineux”, un article de Hugo Pradelle

SIEGFRIED LENZ
UNE MINUTE DE SILENCE
Schweigeminute
trad. de l’allemand par Odile Demange
Robert Laffont éd., 132 p., 16 €

Siegfried Lenz signe un livre sur la disparition, le deuil, l’amour, la nostalgie et la complexité des sentiments. Un récit bref et épuré qui rassemble les thèmes d’une œuvre extrêmement riche.

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“Le refus des larmes”, un article de Hugo Pradelle

ALAN PAULS
HISTOIRE DES LARMES
Un témoignage
Historia del llanto.
Un testimonio
trad. de l’espagnol (Argentine) par Vincent Raynaud
Christian Bourgois éd., 128 p., 15 €

Alan Pauls signe un récit bref confondant de sensibilité. Confrontant réflexion et sensation, intimité et politique, entremêlant allègrement les périodes, il propose une réflexion profonde sur les sens, l’individu, la souffrance, l’événement et le bonheur. Un récit de l’au-delà des larmes.

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“La crinière de l’hippogriffe”, un article d’Albert Bensoussan

MAURICE MOURIER
AJOUPA-BOUILLON
EST-Samuel Tastet éd., 360 p., 22 €

Étrange livre ou récit, que nous donne aujourd’hui Maurice Mourier, l’auteur du Miroir mité, de Parcs de la mémoire (ou retour vers le futur de l’innocence et du sexe sans péché), de Godilande (autre f iction du plaisir et du gaudir) ou des Nuits de Narra.

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“Adieu à Sénèque”, un article de Nicole Casanova

GIUSEPPE CONTE
LA FEMME ADULTÈRE
trad. de l’italien par Monique Baccelli
Laurence Teper éd., 329 p., 19,60 €

Le livre de ce poète et romancier italien a obtenu le prix Manzoni du meilleur roman historique 2008. Il est inspiré par un épisode rapporté dans l’Évangile selon saint Jean : « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre… »

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“Pleure, ô mon Vietnam bien-aimé”, un article de Maurice Mourier

DUONG THU HUONG
AU ZÉNITH
trad. du vietnamien par Phuong Dang Tran
Sabine Wespieser éd., 786 p., 29 €

Le cas d’un souverain communiste que la mise au jour des horreurs commises sous son règne n’a pas précipité du trône suprême dans les bas-fonds de la vindicte publique est-il exceptionnel ? Peut-être pas, si la médiocrité avérée de ses successeurs doit aboutir à le réhabiliter un jour, mouvement qui s’esquisse déjà en faveur de Staline et de Mao. On peut néanmoins parier que le culte de ces deux serial killers, s’il doit renaître un jour, conservera ses hérésiarques.

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“L’inconnue de la cabane”, un article de Odile Hunoult

JEAN DAIVE
UNE FEMME DE QUELQUES VIES
coll « Poésie »
Flammarion éd., 184 p., 18 €

C’est un « poème narratif », forme déjà explorée par Jean Daive, qui sonde les contradictions entre narration et poème, les discordances de leur rapport au temps (le poème, comme le tableau, est une impression immédiate) et les différences de densité de leur matériau.

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“Sonnets californiens”, un article de Hugo Pradelle

VIKRAM SETH
GOLDEN GATE
trad. de l’anglais (Inde) par Claro
Grasset éd., 360 p., 20 €

En 1986, Vikram Seth faisait paraître un bien étrange roman entièrement composé de sonnets. Entre prodige formel et maigreur du propos, un récit sous forme de ballets sentimentaux au cœur de la Californie et des années Reagan. Un livre inégal mais porté par une traduction remarquable.

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“Un exercice de haut vol”, un article de Patrick Sultan

PIERRE BAYARD
LE PLAGIAT PAR ANTICIPATION
Minuit éd., 160 p., 15 €

Avec élégance, il détecte le point faible des notions les mieux verrouillées, jette des déf is toujours plus audacieux au sens commun, les relève au pas de charge, passe par où on ne l’attend pas, s’extrait de justesse des situations inextricables où il s’est enferré à dessein et son butin profite à tous les amateurs de livres. Pierre Bayard est l’Arsène Lupin de la théorie littéraire et le paradoxe est sa pince-monseigneur. Qu’il s’interroge sur la manière d’améliorer les œuvres ratées, d’appliquer la littérature à la psychanalyse ou de parler des livres qu’on n’a pas lus, on retient son souffle à l’annonce de ses nouveaux exploits. Jusqu’où ira-t-il ?

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“Un esprit curieux, inventif généreux de son savoir”, un article de Pierre Pachet

MARC FUMAROLI
PARIS-NEW YORK ET RETOUR
Voyage dans les arts et les images
Journal 2007-2008
Fayard éd., 638 p., 26 €

C’est pour une part l’irritation ressentie par le visiteur cultivé et sensible devant des expositions récentes et confuses dans leur propos, comme « Traces du sacré » à Beaubourg, ou plus que déroutantes, comme le « lancement » de Jan Fabre à Avignon et au Louvre, ou l’intronisation de Jeff Koons et des rayures de Buren à Versailles, et d’autres voyantes aberrations comme la délocalisation de la Bibliothèque nationale dans un bâtiment peu accueillant, ou le pot de fleurs géant, officialisé et vide qui se dresse devant les locaux de La Quinzaine, qui anime Marc Fumaroli dans ce gros livre.

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“Le bestiaire d’André Masson”, un article de Georges Raillard

LE BESTIAIRE
D’ANDRÉ MASSON
Musée de la Poste 6 avril – 5 septembre 2009
Catalogue de 102 p. ill. sous la dir. de Josette Rasle
Musée de la Poste
Beaux-Arts de Paris éd., 20 €

Les expositions du Musée de la Poste sont remarquables par leurs choix. Chaissac récemment. À présent le Bestiaire d’André Masson. Dessins, peintures, aquarelles, gravures, livres, plus de 150 pièces sont réunies. Un ensemble qui, pour la première fois, illustre ce thème central de l’art et de l’univers de Masson.

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“L’héritage théologique des démocraties”, un article de Lucie Campos

GIORGIO AGAMBEN
LE RÈGNE ET LA GLOIRE
Il Regno e la Gloria
Pour une généalogie théologique de l’économie et du gouvernement
Homo Sacer II, 2
trad. de l’italien par Joël Gayraud et Martin RueffA
Seuil éd., 443 p., 26 €

Pourquoi le pouvoir, en Occident, a-t-il pris la forme d’une oikonomia ? Selon Giorgio Agamben, la vocation économique et gestionnaire des démocraties contemporaines ne serait ni un « incident de parcours » de notre époque, ni une invention de la modernité, mais une partie intégrante de l’héritage théologique dont ces démocraties sont les dépositaires.

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“Élisabeth Ire, l’insularité au féminin”, un article de Dominique Goy-Blanquet

BERNARD COTTRET
LA ROYAUTÉ AU FÉMININ :
ÉLISABETH Ire D’ANGLETERRE
Fayard éd., 722 p., 29 €

Les Tudors sont à la mode depuis des années outre-Manche où grâce à la télévision et au cinéma leurs aventures sentimentales, politiques, diplomatiques, religieuses sont devenues bankable, entraînant dans leur sillage toute une série de livres adressés au grand public : histoires romancées, biographies dramatisantes, fresques hollywoodiennes, fictions ont désormais leurs rayons réservés comme un genre à part entière dans les librairies britanniques. Même en France où elle a toujours exercé une fascination ambiguë, on ne compte plus les ouvrages parus sur Élisabeth et sa rivale tragique Marie Stuart.

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“Face à la technoscience”, un article de Jean-Paul Deléage

BERNADETTE BENSAUDE-VINCENT
LES VERTIGES DE LA TECHNOSCIENCE
Façonner le monde atome par atome
La Découverte éd., 224 p., 17 €

Façonner le monde atome par atome, tel est le vertigineux programme lancé par la National NanoInitiative aux États-Unis en décembre 1999. Cette formule hyperbolique vise à capter des moyens financiers pour les laboratoires en panne de questionnement scientifique. Pour la science, il ne s’agit plus « de lever un coin du grand voile » selon la formule d’Einstein, mais de lever des fonds pour financer d’improbables recherches destinées à reconfigurer notre monde, par un renversement monstrueux des f ins et des moyens de la quête scientifique.

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“Pourquoi le ciel est bleu ?”, un article de Jean-Michel Kantor

Les ours blancs ont-ils le blues ?
Et 100 autres questions savantes
et intrigantes
Seuil éd., 177 p., 14 €

Pourquoi les aliments cuits n’ont-ils pas le même goût froid que chaud ? Les insectes peuvent-ils être obèses ? Pourquoi les manchots n’ont-ils pas froid aux pieds ?

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“Épures”, un article de Monique Le Roux

PETER VERBURGT
WITTGENSTEIN INCORPORATED
Mise en scène de Jan Ritsema
Théâtre de la Cité internationale jusqu’au 30 mai
LARS NORÉN
PUR
Mise en scène de Lars Norén Théâtre du Vieux-Colombier jusqu’au 17 mai

« Il n’y a rien de plus beau qu’un acteur dans un espace vide. Et c’est ce que je cherche : un être humain nu dans une situation essentielle. Écrire sur l’essence des choses. Ce sont de grandes questions, la vie, la mort, les souvenirs, le temps ». Paradoxalement le commentaire de Lars Norén à propos de sa pièce Pur et de sa propre mise scène au Vieux-Colombier entre en résonance avec Wittgenstein incor porated de Peter Verburgt par Jan Ritsema, actuellement présenté au Théâtre de la Cité internationale.


Exposition Kandinsky au Centre Pompidou

mai 8, 2009

“Un monde nouveau : Kandinsky”, un article de Georges Raillard

KANDINSKY
Exposition réalisée en collaboration avec la Städtische Galerie im Lenbachhaus und Kunstbau,
Munich et le Salomon R. Guggenheim Museum, New York
Centre Pompidou, 8 avril – 10 août 2009
Catalogue sous la dir. de Christian Derouet 360 p, 44,90 €

Une exposition éblouissante. Le regard et l’esprit sont conviés ensemble. Dans les salles de Beaubourg sont disposées au mieux des œuvres venues des trois gisements richissimes de l’œuvre de Kandinsky : Munich, New York, Paris. Cette rencontre exceptionnelle est présentée successivement dans les trois villes dont les grands musées ont bénéficié d’achats, et surtout de dons, legs et dations qui permettent de suivre les passages et les stations du cheminement de Kandinsky à la recherche d’un « monde nouveau » où seraient unies la nécessité « intérieure » et la construction d’un monde.

Extrait de l’article : “Un cavalier blanc, des débuts de l’œuvre, y conduit ; blanc dans l’Apocalypse, le cavalier est entré dans l’Histoire de l’art sous
l’appellation, devenue fameuse, de Cavalier bleu (1912). Dans cette période primitive de son art se rencontrent tous les chemins de Kandinsky. Dans la peinture, dans les esquisses. Mais outre la peinture et la gravure, l’écriture. En prose et en vers. En 1910 Du Spirituel dans l’art, en 1913 Regards sur le passé. En 1912 les poèmes de Klänge (Sonorités). Un des poèmes est intitulé Quelque chose. Quelque chose que le poète voit et dit, quelque chose à faire apparaître : « Un cheval blanc restait tranquillement sur ses longues jambes. Le ciel était bleu. Les jambes étaient longues. Le cheval était immobile (…). Il était vivant. Vivant comme “la fleur bleue sur la prairie”. » Restait, pour bâtir un monde, à tendre un fond, un toit, des parois. Avant sa mort, il le réalise. C’est Bleu Musical.
Retrouvez la suite de l’article dans La Quinzaine n°991.


Hommage à Mandiargues

mai 8, 2009

“Des lys pour Mandiargues”, un article de Hugo Pradelle

ANDRÉ PIEYRE DE MANDIARGUES
RÉCITS ÉROTIQUES ET FANTASTIQUES
coll. « Quarto » Gallimard éd., 952 p., 27 €

ANDRÉ PIEYRE DE MANDIARGUES : PAGES MEXICAINES
sous la dir. d’A.-P. Mallard et S. Pieyre de Mandiargues
Gallimard éd., 136 p., 35 €

À l’occasion du centenaire de la naissance d’André Pieyre de Mandiargues (1909-1991) paraît une anthologie de certains de ses textes. Parallèlement, une exposition sur son voyage au Mexique de 1958 se tient à la Maison de l’Amérique latine. Voici l’occasion de remettre un écrivain sensible et virtuose en lumière, de saisir une personnalité exceptionnelle.

Extrait de l’article : “L’œuvre de Mandiargues est un immense nimbe, un large champ offert aux sens, à l’imagination débridée et à l’inconscient le plus sombrement enfoui. C’est une œuvre, cérébrale et sensuelle, constituée principalement, comme le souligne Gérard Macé, de récits brefs, souvent insaisissables, « qu’il voulait d’une perfection minérale et d’une concision lapidaire ». Mandiargues est l’écrivain de la per turbation, de l’angoisse mâtinée par la sophistication, du désir et de son explosion, d’un fantastique singulièrement perturbant et de la trépidation sexuelle. D’une cohérence magistrale, inf iniment déclinée, il a su extraire des livres exceptionnels, joyaux ravis à la langue comme les diamants à la terre. Ses récits en ont l’éclat et la rareté. Le plaisir de les lire, d’en déchiffrer les énigmes, de frissonner d’envie ou de dégoût en en découvrant les arcanes obsessionnels, semble inépuisable….” Retrouvez la suite de l’article dans La Quinzaine N°991.