La Quinzaine n°1005, du 16 au 31 décembre 2009

décembre 21, 2009

“Les fruits passeront les promesses des fleurs”, un article de Jean-Jacques Marie

JEAN JAURÈS
OEUVRES, TOME 1
Les années de jeunesse (1859-1889)
édition établie par Madeleine Rebérioux et Gilles Candar
Fayard, 660 p., 32 €

Un petit homme d’affaires français a dit un jour « Si l’on n’est pas gauchiste à vingt ans c’est que l’on n’a pas de coeur, si on l’est à quarante c’est qu’on n’a pas de tête ». Au vrai nombre d’intellectuels qui veulent changer le monde à vingt ans s’y trouvent fort bien à quarante et le défendent becs et ongles à quarante-cinq. La glissade s’effectue lentement ou précipitamment, mais toujours sûrement.

“Manganelli en Afrique”, un article de Monique Bacceli

GIORGIO MANGANELLI
VOYAGE EN AFRIQUE
trad. par Dominique Férault
Le Promeneur, 72 p., 13,90 €

Rendu célèbre, non sans raisons, par son essai, La Littérature comme mensonge, apprécié par un lectorat exigeant pour ses romans/ traités tels que “Centurie” ou “Aux dieux ultérieurs”, Giorgio Manganelli (1922-1990) est moins connu comme auteur de récits de voyages.

“Sans escales”, un article de Marie Tournier-Cardinal

CATHERINE MAVRIKAKIS
LE CIEL DE BAY CITY
Sabine Wespieser, 294 p., 21 €

Motif du livre de Catherine Mavrikakis, au sens où Matisse l’entend – à la fois forme et fond, le ciel de Bay City, bourgade perdue dans l’État du Michigan, est, matière glaise dans les mains de son auteur, tour à tour, toile abstraite où poser son regard, champ d’aviation et de résurrection, et prénom de l’enfant à naître. Violet toujours. Mauve parfois. Y sue le noir de l’univers. Y flottent les poussières des assassinés de la Shoah.

“L’univers de Juan José Saer”, un article de Jacques Fressard

JUAN JOSÉ SAER
LE TOUR COMPLET
La vuelta completa
trad. de l’espagnol (Argentine) par Philippe Bataillon
Le Seuil, 330 p., 22,50 €

Voici enfin traduit en français le tout premier roman de Juan José Saer, et c’est un événement pour tous ceux qui chez nous ont été conquis par son oeuvre extrêmement cohérente, tout à fait singulière dans le panorama de la littérature latino-américaine moderne.

“L’innocence”, un article de Hugo Pradelle

JAYNE ANNE PHILLIPS
LARK ET TERMITE
Lark and Termite
trad. de l’anglais (États-Unis) par Marc Amfreville
Christian Bourgois, 432 p., 26 €

Un roman lumineux sur les secrets et les liens familiaux, mais aussi une réflexion profonde sur l’innocence et sur la figure de l’idiot. Une entreprise formelle profondément intelligente.

“Une partie de solitaire”, un article de Liliane Kerjan

MARILYNNE ROBINSON
CHEZ NOUS
Home
trad. de l’anglais (États-Unis) par Simon Baril
Actes Sud, 446 p., 23 €

Voici un livre rare, longuement mûri, superbement écrit, qui prolonge le précédent roman “Gilead” (2004) et la fable du fils prodigue en forme de gueule de bois, un livre d’émotions fortes et de quête spirituelle où Marilynne Robinson rejoint les grands romanciers anglais du XVIIIe siècle par sa maîtrise de l’ambiguïté incandescente qui règne au refuge de la maison familiale, la maison d’un pasteur presbytérien.

“Joris-Karl Huysmans sans tabou”, un article Daniel Grojnowski

JEAN-MARIE SEILLAN
J.-K. HUYSMANS, POLITIQUE ET RELIGION
Garnier, 440 p., 68 €

J.-K. HUYSMANS
LES MYSTÈRES DE PARIS
édition présentée par Philippe Barascud
Manucius, 130 p., 10 €

J.-K. HUYSMANS – CÉCILE BRUYÈRE
CORRESPONDANCE 1896-1903
édition établie par Philippe Barascud
Éd. du Sandre, 170 p., 19 €

J.-K. Huysmans et les genres littéraires
La Licorne, n° 90, 450 p., 20,90 €

Aux côtés d’Octave Mirbeau (« celui qui supplicie ») ou d’Édouard Drumont (« celui qui ne parle pas librement »), Alfred Jarry avait inscrit dans “l’Almanach du Père Ubu” (1899) : « Huysmans : celui qui digère par la trappe ». Tel apparaissait le converti, tout au long de ses deux dernières décennies. Naguère encore, peu de temps après qu’on eut célébré le centenaire de sa disparition, la Société de ses Amis les invitait à une Assemblée générale à laquelle participaient les moniales de Sainte-Cécile, rendezvous étant fixé devant l’abbaye Saint-Pierre, avec un alléchant programme de vêpres, de restauration et de lectures édifiantes (16 mai 2009, journée d’études de Solesmes).

Ingeborg Bachmann : « aujourd’hui encore un grand nombre d’êtres humains ne meurent pas mais sont assassinés », un article de Laurent Margantin

INGEBORG BACHMANN
OEUVRES
trad. de l’allemand
Actes Sud, coll. « Thesaurus », 746 p., 29,80 €

Le présent volume rassemble les oeuvres en prose d’Ingeborg Bachmann, excepté le récit Malina, publié il y a quelques années chez un autre éditeur dans une traduction de Philippe Jaccottet.

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“La vision primitive de Lam”, un article de Georges Raillard

LAM
Texte de Jacques Leenhardt
richement illustré
HC Édition, 320 p., 50 €

Breton, dans le sillage d’une déesse guinéenne du musée de l’Homme, exalte « l’oeil moderne embrassant peu à peu la diversité sans fin des objets d’origine dite “sauvage” et leur somptueux déploiement sur le plan lyrique prit conscience des ressources incomparables de la vision primitive et s’éprit (jusqu’à vouloir par impossible la faire sienne) de cette vision ».

“Un inédit d’Ernest Renan”, un article de Jean-Claude Chevalier

ERNEST RENAN
HISTOIRE DE L’ÉTUDE DE LA LANGUE GRECQUE DANS L’OCCIDENT DE L’EUROPE DEPUIS LA FIN DU Ve SIÈCLE
JUSQU’À CELLE DU XIVe
Texte introduit et édité par Perrine Simon-Nahum, textes latins et grecs revus et traduits par Jean-Christophe de Nadaï
Cerf, coll. « Patrimoines-Histoire des religions »,
790 p., 69 €

La publication de ce manuscrit inédit est étonnante : par la taille – cinq gros cahiers ! –, par la dramaturgie de la mise en scène (les aventures de l’exercice du grec depuis l’Antiquité), par la richesse de l’érudition, par l’ambition du projet ; mais surtout par le nom de l’auteur : Ernest Renan, alors âgé de vingt-cinq ans. L’ouvrage avait été couronné par l’Institut en 1848, conservé dans les archives et – surprise ! – jamais publié.

“Hobbes et ses conceptions de la liberté”, un article de Christophe Miqueu

QUENTIN SKINNER
HOBBES ET LA CONCEPTION RÉPUBLICAINE DE LA LIBERTÉ
Albin Michel, 239 p., 25 €

Quentin Skinner est probablement le plus important des historiens des idées politiques actuellement vivant, et pourtant, son audience en France ne dépasse guère le champ de quelques spécialistes de philosophie, histoire et sciences politiques. Son dernier ouvrage traduit en français pourrait probablement amener les lecteurs francophones à apprendre un peu plus à connaître celui qui a remis l’historique tradition républicaine au goût du jour.

“Toutes sortes de chambres”, un article de Anne-Marie Sohn

MICHELLE PERROT
HISTOIRE DE CHAMBRES
Le Seuil, coll. « La Librairie du XXIe siècle »,
445 p., 22 €

Cet ouvrage est inattendu au regard des travaux antérieurs de Michelle Perrot. À cheval entre essai et histoire, il doit beaucoup à la sensibilité de l’auteur. « Mes expériences de chambre irriguent ce récit », écritelle d’emblée : souvenirs de sieste et de maladie, plaisir de la chambre d’hôtel, ou « trouble ressenti à l’entrée dans la chambre avec l’être aimé ».

“Une saga dramatique”, un article de Jean-Jacques Marie

OWEN MATTHEWS
LES ENFANTS DE STALINE
trad. de l’anglais par Karine Reignier
Belfond, 400 p., 22 €

“Les Enfants de Staline” semble relever au premier regard de la saga familiale traditionnelle : il s’ouvre sur la biographie politique d’un militant puis cadre communiste soviétique Boris Bibikov qui porte sur ses épaules la construction à rythme forcé d’une usine de tracteurs à Kharkov au début de la collectivisation. Owen Matthews évoque avec beaucoup de pittoresque l’activisme débridé de ce Bibikov pour convaincre les ouvriers frais émoulus de la campagne de construire cette usine quasiment à mains nues. On peut certes s’étonner quand on lit « Les ouvriers alignaient chaque soir leurs godasses d’étoupe au pied des baraques pour les faire sécher au soleil » (p. 47). Le soir ? Or même Staline n’arrivait pas à faire briller le soleil pendant la nuit, mais sans doute Owen Matthews se laisse-t-il là gagner par l’enthousiasme de son grand-père.

“À Vienne, le diable vous emporte tardivement, car la mort le devance”, un article de Jean-Luc Tiesset

GÜNTER BRUS
VIENNE ET MOI
Das gute alte Wien
trad. de l’allemand par Jacques Lajarrige, avec des illustrations de l’auteur
Éd. Absalon, 188 p., 18,50 €

Il y a des peintres qui écrivent, ou des écrivains qui peignent. La musique, parfois, accompagne cette joyeuse réunion de muses sous un même crâne, dans un même cœur, dans une même main. L’Autrichien Günter Brus, comme d’autres, est victime du préjugé qui n’admet pas que plusieurs fées aient déposé leurs dons dans le même berceau…

“Fin d’automne avec le tg STAN”, un article de Monique Le Roux

ARTHUR SCHNITZLER
LE CHEMIN SOLITAIRE
Spectacle de la compagnie tg STAN, Théâtre de la Bastille, jusqu’au 17 décembre

IMPROMPTU XL
Spectacle de la compagnie tg STAN, Théâtre de la Bastille, le 19 décembre de midi à minuit

Avec Le Chemin solitaire, spectacle de la compagnie tg STAN présenté au Théâtre de la Bastille, s’achève le Festival d’Automne à Paris. Par une sorte d’ironie tragique ou de hasard objectif, la belle et sombre pièce d’Arthur Schnitzler entre en résonance avec la f in de cette manifestation marquée, moins d’un mois après son ouverture, par la mort subite de son directeur Alain Crombecque.


S’abonner, ou comment soutenir concrètement la Quinzaine

décembre 15, 2009

En vous abonnant, ou en offrant un abonnement, vous soutenez directement la Quinzaine littéraire. En effet, comme aucune publicité n’alimente son édition papier, pas plus que son site ni ce blog, les abonnements constituent la première source de financement de notre périodique. Et plus d’affirmer votre engagement envers un journal totalement indépendant, vous pourrez faire connaître à votre entourage l’une des dernières revues à ne pas plier sous l’effet des modes et des copinages… Une idée de cadeau originale en cette période de fêtes !

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Il y a 40 ans, dans la Quinzaine

décembre 14, 2009

Dans le numéro 85, publié le 16 décembre 1969, Yves Léger faisait le point sur la situation de l’écrivain dissident dans son article “Soljenitsyne, la Russie, l’exil”. A la rubrique des romans français, Jean Wagner parlait de “Portrait de l’enfant” de Louis Calaferte, et à celle des romans étrangers, Serge Fauchereau donnait son sentiment sur “Blanche-Neige” de Donald Barthelme. En cette période de fêtes, la Quinzaine pensait aux cadeaux de ses lecteurs et leur conseillait “Les meilleurs livres pour enfants” et “Les meilleurs livres d’art de l’année“. Louis Marin rendait compte de l’exposition Klee, Anne Fabre-Luce parlait de “La prose du monde” de  Maurice Merleau-Ponty, et Georges Perec poursuivait son feuilleton littéraire. Voici en intégralité ce numéro anniversaire, paru il y a tout juste quante ans…

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La Quinzaine n°1004, du 1er au 15 décembre 2009

décembre 6, 2009

“Sagan : une désinvolture bouleversante”, un article de Claire Richard

FRANÇOISE SAGAN
DES BLEUS À L’ÂME
Stock, 176 p., 16,50 €
TOXIQUE
illustrations de Bernard Buffet
Stock, 72 p., 15 €
DES YEUX DE SOIE
Stock, 193 p., 16,50 €

Dites « Sagan » et les mêmes images surgissent. Le « charmant petit monstre » de Mauriac, « la petite musique », les voitures de sport conduites pieds nus, le whisky, Deauville et les boîtes de nuit, une façon de parler et des cigarettes. Une citation aussi : « Sur ce sentiment inconnu, dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse. » Dans ce fatras, où est passé l’écrivain ? Les textes inédits de Sagan invitent à redéfinir ce que serait « Sagan ».

“L’apaisement”, un article de Hugo Pradelle

RICHARD BAUSCH
PAIX
Peace
trad. de l’anglais (États-Unis) par Jamila Ouahmane-Chauvin
Gallimard, 176 p., 17,50 €
L’HOMME QUI A CONNU BELLE STARR et AUTRES NOUVELLES
The Stories of Richard Bausch
trad. de l’anglais (États-Unis) par Jamila Ouahmane-Chauvin et Serge Chauvin
Gallimard, 444 p., 26 €

Le roman de l’Amérique semble ne pas avoir de fin. Les auteurs reprennent sans cesse, ajoutant leur pierre à l’édifice, sa brève histoire pour en extraire l’essence à la fois violente et paradoxalement innocente. Comme une aventure à chaque livre renouvelée, sempiternellement réinvestie, celle de l’ineffable. Le récit de guerre qui sublime la bataille ou explore les tréfonds de consciences bouleversées par la violence,
anéanties ou revigorées par la peur et le danger, fait se jouer l’ordre même de la nation et de l’individu, la cohésion et le sentiment d’une
identité qui échappe, et que seules des mythologies modernes parviennent vaille que vaille à maintenir…

“Je suis le secret”, un article de Norbert Czarny

A. M. HOMES
LE SENS DE LA FAMILLE
trad. de l’américain par Yoann Gentric
Actes Sud, 240 p., 19,80 €

Cela commence dans le salon des Homes, les parents adoptifs de A. M. Homes, romancière de trente et un ans alors. L’avocat qui s’était chargé de leur conf ier la petite f ille à la naissance leur a appris que quelqu’un cherchait A. M. Alors débute une histoire d’une rare intensité, racontée en un présent haletant.

“Éloge de la fuite”, un article de Vanessa Aubert

SHMUEL T. MEYER
LES VILLES N’ONT PAS DE TOIT
Gallimard, 222 p., 18

Le Périmètre de l’Étoile a été publié en 2008 aux éditions Gallimard. Un an plus tard, Shmuel T. Meyer renoue avec l’art minutieux et ambitieux qu’est la nouvelle avec Les villes n’ont pas de toit. Au carrefour du destin d’hommes et de femmes, à la fois spectateur et observateur, il explore dans de multiples huis clos les f igures du déracinement. Une communauté de destins mise au jour ici et ailleurs par une écriture de l’intime et du sensible.

“Écrire et aimer”, un article de Christian Mouze

JEAN ROUNAULT
MON AMI VASSIA
SOUVENIRS DU DONETZ
Préface de Gabriel Marcel (1949) Postface de Jean-Louis Panné
Dossier établi par Anne-Marie Biemel-Montarnal et Jean-Louis Panné
Le Bruit du Temps, 478 p., 24 €

Voici un récit écrit en chapitres courts, chacun représentant une scène emblématique qu’on peut prendre comme accusation d’un état de choses. Mais ce n’est pas cela qui résulte au f inal de la lecture. Autre chose de plus fort et de plus beau.

“Une place et une histoire”, un article de Norbert Czarny

TAMAR BERGER
PLACE DIZENGOFF
trad. de l’hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech
Actes Sud, 340 p., 23 €

Pendant de nombreuses années, la place Dizengoff et la rue qui la prolongeait ont été à Tel-Aviv ce que Saint-Germain-des-Prés sont à Paris : un carrefour de l’intelligence et des élégances, le lieu où il fallait être vu. Les années quatre-vingt et la vogue des galeries commerciales ont mis fin à cette célébrité. Le livre de Tamar Berger revient sur l’histoire de cette place, longtemps avant…

“Dédale”, un article de Hugo Pradelle

ROBERTO BOLAÑO et A. G. PORTA
CONSEILS D’UN DISCIPLE DE MORRISON À UN FANATIQUE DE JOYCE
suivi de JOURNAL DE BAR
Consejos de un discípulo de Morrison a un fanático de Joyce seguido de Diario de bar
trad. de l’espagnol par Robert Amutio
Christian Bourgois, 224 p., 18 €

Écrit à quatre mains, le premier roman de Roberto Bolaño (1953-2003) est, sous couvert de pastiche, un livre profond qui préfigure les obsessions qui nourriront les œuvres à venir. Une lecture sous forme d’archéologie, émouvante, drôle et perturbante.

“La beauté est souvent un parfum”, un article de Gilbert Lascault

100 000 ANS DE BEAUTÉ
Collectif sous la direction d’Élisabeth Azoulay
Gallimard, 5 volumes, 1 300 p., env. 600 ill. coul., 150 €

En de longs millénaires (le plus souvent pénibles et rudes), par l’intelligence et l’imagination des humains et pour les rendre moins malheureux, la beauté s’invente, se métamorphose, se déplace ; elle modifie les espaces, les corps, les sensualités nouvelles, les peaux imprévisibles.

“La logique implacable des couleurs du blason”, un article de Gilbert Lascault

MICHEL PASTOUREAU
L’ART HÉRALDIQUE AU MOYEN ÂGE
Seuil, 240 p., 136 ill. coul., 42 €

Historien subtil et exigeant, spécialiste des couleurs, des images et des emblèmes, Michel Pastoureau enseigne depuis vingt-sept ans à l’École pratique des hautes études en sciences sociales. Il occupe la chaire d’histoire de la symbolique occidentale. Il a publié une trentaine d’ouvrages souvent admirés et traduits dans une vingtaine de langues. Il étudie en particulier l’histoire des couleurs : les « tissus rayés » (1991, 1994), le bleu (2000), le noir (2008). Il analyse aussi les bestiaires, par exemple l’ours (2007).

“L’art de l’Histoire”, un article d’Odile Hunoult

PAUL LOUIS ROSSI
VIES D’ALBRECHT ALTDORFER,
PEINTRE MYSTÉRIEUX DU DANUBE
Bayard. 192 p., 20,50 €

En 1529 Albrecht Altdorfer peint la Bataille d’Alexandre à Issos, considérée comme son œuvre maîtresse, que l’Alexandre des temps modernes, Napoléon, se sentant peut-être concerné, rapporte à Saint-Cloud en prise de guerre. Une reproduction figure en exergue des Vies d’Albrecht Altdorfer. On ne distingue qu’une masse emportée dans un tourbillon rouge et or sous le ciel d’orage, bleu et noir – il faut une loupe pour voir Alexandre sur Bucéphale à la poursuite de Darius dans la foule qui s’entre-tue.

“Une école entièrement nouvelle”, un article de Jean-Claude Chevalier

L’École normale de l’an III (tome 4)
Leçons d’analyse de l’entendement, art de la parole, littérature, morale. Garat, Sicard,
La Harpe, Bernardin de Saint-Pierre sous la direction de Jean Dhombres et Béatrice Didier
Éd. ENS rue d’Ulm, 714 p., 55 €

Par un étrange paradoxe, une révolution qui s’était nourrie de philosophes grands réformateurs de l’éducation, de Jean-Jacques, des savants de l’Encyclopédie, comme d’Alembert, auteur du célèbre article « Collège », cette révolution donc avait vidé écoles et collèges. La raison était simple : l’enseignement du temps de la royauté était tenu principalement par des ecclésiastiques que la Terreur avait exilés ou réduits au silence.

“Jacques Rancière ou la puissance vivifiante de la contradiction“, un article de Patrick Cingolani

JACQUES RANCIÈRE
MOMENTS POLITIQUES
La Fabrique, 240 p., 15 €

Depuis la réédition du recueil Au bord du politique, en 1998, les éditions La Fabrique accompagnent fidèlement le travail de Jacques Rancière. Elles ont publié Le Partage du sensible en 2000, Le Destin des images en 2003, La Haine de la démocratie en 2005, la réédition de la Parole ouvrière en 2007, Le Spectateur émancipé en 2008. Cette année après L’Interruption de C. Ruby, livre dont l’objet est «Jacques Rancière et la politique », elles ont tout récemment publié de Jacques Rancière lui- même Moments politiques – interventions 1977-2009. Le livre rassemble selon l’idée et le choix de l’éditeur des articles dont la parution s’étale sur près de trente ans ; il cherche, dit Rancière, à « rendre sensible les ruptures que les inventions égalitaires opèrent dans le tissu de la domination ». D’autre part paraît un fort volume d’entretiens qui nous permet de mesurer l’apport de cette pensée du dissensus.

“Gaza : des victimes sans voix”, un article de Sonia Dayan-Herzbrun

REPORTERS SANS FRONTIÈRES
GAZA, LE LIVRE NOIR
Avant-propos de Jean-François Julliard Préfaces de Camille Mansour et Gideon Levy
La Découverte, 268 p., 17 €
ESTHER BENBASSA
ÊTRE JUIF APRÈS GAZA
CNRS Éditions, 74 p., 4 €

Dans les conclusions du rapport que le juge Richard Goldstone a rédigé à la demande de l’ONU en vue d’établir les faits après l’offensive
menée par l’armée israélienne contre Gaza, en décembre 2008 et en janvier 2009, f igure la phrase suivante : « Comme c’est le cas dans bien des conflits, l’une des caractéristiques du conflit israélo-palestinien est la déshumanisation de l’autre et des victimes en particulier. » On ne saurait mieux résumer l’impression qui se dégage à la lecture de Gaza, le livre noir que publie Reporters sans frontières.

“Convaincre pour vaincre”, un article de Lucien Logette

SÉBASTIEN DENIS
LE CINÉMA ET LA GUERRE D’ALGÉRIE
La propagande à l’écran (1945-1962)
Nouveau Monde éditions, 480 p., + DVD de 4 heures d’archives, 34 €

L’Algérie est longtemps restée la tache aveugle du cinéma français. Autant Hollywood a toujours travaillé en phase avec l’Histoire, intégrant au fil du temps dans ses fictions guerrières tous les conflits en cours, Corée, Vietnam, Salvador, Irak, autant les films hexagonaux ont été privés, pendant les huit années que ceux-là ont duré, de toute référence aux « événements » et autres « opérations de maintien de l’ordre », déguisement sémantique pudibond de notre ultime expédition coloniale. Puisque la guerre n’existait pas, il n’y avait aucune raison de la montrer. Et jusqu’aux accords d’Évian de 1962, le cinéma français (celui destiné aux salles, pas le cinéma militant qui a heureusement sauvé l’honneur) est demeuré allusif.

“Octave Mirbeau, notre contemporain”, un article de Monique Le Roux

OCTAVE MIRBEAU
LES AFFAIRES SONT LES AFFAIRES
Mise en scène de Marc Paquien
Théâtre du Vieux-Colombier jusqu’au 3 janvier 2010

Comment représenter une pièce créée il y a plus d’un siècle, quasiment oubliée, redevenue pleinement contemporaine : “Les affaires sont les affaires” d’Octave Mirbeau ? La mise en scène de Marc Paquien au Théâtre du Vieux-Colombier déjoue les pièges de l’actualisation.

“Poésie et musique”, un article de Thierry Laisney

STANISLAS DEHAENE
et CHRISTINE PETIT (sous la direction de)
PAROLE ET MUSIQUE
Aux origines du dialogue humain
Odile Jacob, 366 p., 31 €

Comme c’est en général le cas pour les ouvrages collectifs, nous avons affaire ici à un livre très composite, né d’un colloque organisé par le Collège de France et regroupant près de vingt chapitres, pour la plupart consacrés à la musique, le plus souvent sous l’angle de ses rapports avec le langage ou la parole.

“Le cas peu banal de l’Amiral Leblanc”, un article de François-René Simon

GUY CABANEL
HOMMAGE À L’AMIRAL LEBLANC
Éd. Ab irato, 92 p., 10 €

Guy Cabanel n’est guère connu que par cet “À l’animal noir” dont le langage a fait dire à André Breton qu’il lui gardait « à jamais le cœur de son oreille ». Mais l’histoire est volontairement négligente, ou ses serviteurs soi-disant trop affairés. Il faudra pourtant qu’elle reconnaisse un jour, et décrypte, l’œuvre considérable de ce poète qui a d’emblée trouvé dans le surréalisme à la fois sa reconnaissance et sa liberté.

“Monnaie de singe”, un article d’Omar Merzoug

MA’ARRI
LES IMPÉRATIFS
trad. de l’arabe, présentés et commentés par Hoa Hoï Vuong et Patrick Mégarbané
Actes Sud, 254 p., 19 €

Abû Alâ Al-Ma’arri est l’un des plus grands noms de la poésie arabe classique. Né en 979, dans la province d’Alep en Syrie, il perd la vue à l’âge de quatre ans. Si ses premiers textes sont marqués au sceau d’un genre traditionnel, le panégyrique, bien vite, il renonce à « vendre » sa poésie en louant des émirs ou des dignitaires qu’il méprise.


Il y a 40 ans, dans la Quinzaine

décembre 1, 2009

Dans le numéro 84, daté du 1er décembre 1969, Maurice Nadeau chroniquait Moi Je de Claude Roy, Michèle Albrand parlait d’Eugène Le Roy et de son Jacquou le Croquant, L’Ennemi de la mort, adaptés à la télévision. Diane Fernandez rendait compte du Journal 1931-1934 d’Anaïs Nin. Une lettre de Soljenitsyne à l’Union des Ecrivains (russes, qui venait de l’exclure) était publiée. Jean Duvignaud chroniquait La Forme et le Sens de Jean-Louis Ferrier et des Entretiens avec Vasarely, Jean Selz rend compte de L’Univers de Rembrandt d’Henri Bonnier et de l’Exposition des Plus belles eaux-fortes de Rembrandt. Bernard Cazes s’intéresse à Eloge de la société de consommation de Raymond Ruyer. Marc Ferro présentait un inédit en France de Boukharine : La guerre et le socialisme révolutionnaire paru le 29 mai 1917. Gilles Sandier rend compte de la mise en scène du Cid de Roger Planchon et de La Paix d’Aristophane. Sans oublier, Georges Perec qui poursuivait son feuilleton. Voici en intégralité ce numéro anniversaire, paru il y a tout juste quante ans…

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Rencontre avec Claudio Magris

décembre 1, 2009

Germaniste, universitaire, journaliste et écrivain, Claudio Magris est connu en France depuis la parution, en 1986, de son livre Danube. A l’occasion du numéro 1000 de la Quinzaine littéraire et de la parution du dernier ouvrage de l’auteur Loin d’où ? (Le Seuil), une soirée était organisée en son honneur le 17 novembre dernier par l’association “Mille-Feuilles” au restaurant parisien des Fous de l’île. Maurice Nadeau, écrivain, éditeur, et Philippe Di Meo, son traducteur et poète étaient venus lui rendre hommage. A cette occasion, le réalisateur Gilles Nadeau s’est longuement entretenu avec Claudio Magris. Voici, en exclusivité, le meilleur de cet entretien. Retrouvez en bas de page la liste des articles sur Claudio Magris parus dans la Quinzaine. Si vous souhaitez consulter ces chroniques, rendez-vous sur le site de la Quinzaine.

Hommage à Claudio Magris par Maurice Nadeau

Danube : “Une fiction faite de réalités”

“Derrière la frontière, l’empire de Staline”

“J’aime voyager”

“La littérature est aussi un travail d’arrière-garde”

Utopie et désenchantement

“C’est nous qui sommes l’histoire”

“La langue, c’est la frontière par excellence pour un écrivain”

“Les deux formes du travail de l’écriture”

Voici la liste des articles sur Claudio Magris parus dans la Quinzaine littéraire :

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Rencontre avec Jean-Jacques Lebel

novembre 20, 2009

A l’occasion de l’exposition “Soulèvements” de Jean-Jacques Lebel à La Maison rouge à Paris jusqu’au 17 janvier 2010, Gilles Nadeau s’est entretenu avec l’artiste. Ancien collaborateur de la Quinzaine littéraire, Jean-Jacques Lebel est l’introducteur, dans les années soixante, du Happening en France. Rencontre avec celui qui fréquentait les poètes de la Beat Generation, Gilles Deleuze et Félix Guattari, qui a chroniqué John Cage, Julian Beck et a rendu hommage lors de leur disparition à André Breton, Lam et Joyce Mansour. Il se définit lui-même comme “un accumulateur, un rassembleur, un collectionneur, un organisateur de manifestations, d’expositions ou de festivals internationaux” ; il est aussi artiste, poète, théoricien, activiste politique, écrivain (“Happening”, aux éditions des Lettres Nouvelles), réalisateur, éditeur…

“Présentation de son exposition Soulèvements

“Faire fonctionner le rhizome social et humain”

“C’est à se demander si la Quinzaine fait partie de l’industrie culturelle”

“De la salle guerre d’Algérie au happening”

“Le happening, une forme d’anthropologie critique”

“Le sexe et la politique dans les happening”

“Les Happening et mai 68″

“Breton m’a attaqué”

“Hommage à Felix Guattari : dissolution des frontières entre l’état normal et l’état d’anormalité”


Il y a quarante ans dans la Quinzaine

novembre 20, 2009

Dans le numéro 83, daté du 16 novembre 1969, Claude Bonnefoy explorait le thème de l’enfance chez onze romanciers français, à l’instar d’Hélène Cixous, Louis Calaferte, Michel Polac et Jeanne Cressanges… Maurice Chavardès chroniquait L’éternité plus un jour de Georges-Emmanuel Clancier, André Dalmas parlait lui des Guerillères de Monique Wittig, et Gilles Lapouge de Miroir brisé de Jean Sulivan… Marc Pierret s’entretenait avec le compositeur et théoricien de la musique Pierre Schaeffer. Françoise Choay rendait compte des Arts du Moyen Age et des Temps Modernes de Jean Taralon, Mayer Shapiro et Antony Blunt ; la Rétrospective Giacometti, Paris 1969 était chroniquée par Jean Selz. Sous le titre “Un scandale littéraire à Rome” (Quand un bureaucrate soviétique attaque un intellectuel communiste italien), Guido Davico Bonino parlait de Vittorio Strada et Vsevolod Kochetov, et Gilles Sandier donnait son sentiment sur les Tambours et trompettes de Bertolt Brecht. Sans oublier Georges Perec, qui poursuivait son feuilleton quinzomadaire. Voici en intégralité ce numéro anniversaire, paru il y a tout juste quante ans…

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Les interviews filmées des collaborateurs – Evelyne Pieiller

octobre 26, 2009

A l’occasion du millième numéro de la Quinzaine, Gilles Nadeau a interviewé les membres du comité de rédaction. Voici les extraits vidéo de l’interview d’Evelyne Pieiller, journaliste, écrivain, dramaturge et collaboratrice de la Quinzaine depuis mars 1979, et chronique les livres de poche depuis 1983.

Extrait 1 : “Quand la littérature c’est central : avoir un journal qui t’accompagne, c’est une beauté”


Extrait 2 : “Baudelaire disait que la critique devait être partiale, passionnée, politique…”



Extrait 3 : “Il y a ce qui paraît nous embellir, et ce qui nous affûte”

Extrait 4 : “C’est hallucinant de penser qu’autrefois, des gens de 18 ans lisaient Lacan avec passion”


Extrait 5 : “Sur internet, comme ailleurs, le savoir sera réservé à ceux qui savent chercher”


Les interviews filmées des collaborateurs – Michel Plon

octobre 26, 2009

A l’occasion du millième numéro de la Quinzaine, Gilles Nadeau a interviewé les membres du comité de rédaction. Voici les extraits vidéo de l’interview de Michel Plon, essayiste et psychanalyste et collaborateur de la Quinzaine depuis novembre 1997.

Extrait 1 : “L’inconscient dérange”

Extrait 2 : “Parler de toutes les orientations”

Extrait 3 : “Ecouter hors du champ psychanalytique”