Requiem pour Antonio Tabucchi

A peine un mois après Vincenzo Consolo, l’Italie déplore la disparition d’un autre de ses écrivains les plus illustres et les plus appréciés de l’hexagone et bien au-delà de notre expression géométrique.

Antonio Tabucchi vient de mourir à l’âge de 68 ans dans cette Lisbonne qu’il aimait tant et à laquelle il a consacré un de ses plus beaux ouvrages Requiem. Une hallucination qu’il écrivit directement en portugais.

Si la vie est un songe, il n’y a aucune raison (c’est le cas de le dire) que la mort n’en soit pas un aussi. Alors imaginons-le auprès de Pessoa, ce poète si près d’Ulysse, puisqu’il partageait la même identité pseudonyme, et qui pratiquait la contemplation immobile et écoutons notre Tabucchi (dans la traduction de Isabelle Pereira avec la collaboration de l’auteur, preuve s’il en est que la France était un de ses nombreux ports d’attache) :

« Bonne nuit, dis-je, ou plutôt : adieu. A qui, ou bien à quoi disais-je adieu ? Je ne savais trop, mais c’était ce que j’avais envie de dire à haute voix. Adieu et bonne nuit à tous, répétai-je. J’appuyai ma tête en arrière et me mis à regarder la lune. »

Marie-José Tramuta

La Quinzaine littéraire a évoqué à de nombreuses reprises son oeuvre d’écrivain et de traducteur.

Ces quelques articles témoignent de cet intérêt :

Antonio Tabucchi ”Au pas de l’oie. Chroniques de nos temps obscures”. Un article de Tramuta Marie-Josée “La lueur d’une allumette”

 - Antonio Tabucchi “Tristano meurt – Une vie (Tristano muore)”. Un article de Vaquin Agnès “La triste histoire de Tristano”

- Antonio Tabucchi “La Nostalgie, l’automobile et l’infini”. Un article de Fressard Jacques “Bien sûr, c’est Pessoa”

- Antonio Tabucchi “Requiem”. Un article de Fressard Jacques “Entretien avec Tabucchi”

- Antonio Tabucchi “Nocturne indien”. Un article de Martinoir Francine de “Construit comme un rêve”

Antonio Tabucchi, Au pas de l’oie. Chroniques de nos temps obscures

ROMANS, RECITS (nouvelles) LITTERATURE (contemporaine)

La lueur d’une allumette, un article de Marie-Josée Tramuta (paru dans la QL n°933 parue le 1er novembre 2006)

Cet été, les lecteurs du Monde ont pu lire des extraits de ce nouveau recueil d’Antonio Tabucchi qui, loin de baisser les yeux et de raser les murs de la Cité, considère les yeux grands ouverts les turpitudes du monde où un coup de dés peut-être l’a fait naître.

Antonio Tabucchi, Au pas de l’oie. Chroniques de nos temps obscures, trad. de l’Italien par Judith Rosa, Seuil

Le titre de ce présent recueil de Tabucchi assume en français une connotation plus noire encore que ne le laisse entendre le titre italien : L’oca al passo. D’ailleurs les commentateurs italiens (guère légions : ceci expliquant cela mais il faudra lire l’ouvrage pour décrypter l’allusion) ne s’y sont pas trompés en insistant davantage sur les règles du jeu de l’oie qui structurent le livre.

Il n’en reste pas moins que le pas de l’oie prend souvent le pas (c’est le cas de le dire) sur le jeu de l’oie, ne serait-ce que par les fréquents rappels au passé, le plus douloureux, celui du fascisme nazi, et à sa réception actuelle, notoirement par l’ex Président de la République italienne, Carlo Azeglio Ciampi dont l’exquise modération a bouleversé et scandalisé l’écrivain Tabucchi – (mais las, peu de voix se sont élevées pour dénoncer amalgame et indulgence, aveuglement ou cynisme doucereux) – qui, en octobre 2001, confia son écœurement au quotidien susmentionné : “Un président de la République ne peut pas se permettre de dire tout ce qu’il veut, car du haut de sa fonction, quand il fournit de fausses informations aux jeunes et aux citoyens, notamment à ceux qui n’ont pas accès à l’étude de l’Histoire, il désoriente gravement une opinion publique italienne déjà suffisamment déboussolée. Déclarer que ceux qui avaient choisi le fascisme nazi étaient animés par le sentiment de l’unité de l’Italie est un grossier mensonge historique. La République de Salò, née après le 8 septembre 1943 (date à laquelle l’Italie demande l’armistice aux Alliés), fut un État fantoche créé par les nazis dans le Nord de la péninsule, à peu près dans les mêmes régions qui sont aujourd’hui aux mains d’un parti séparatiste de la Lega, et l’idée que ce minuscule État artificiel, forteresse du fascisme nazi, aurait agi pour l’unité de l’Italie, c’est comme dire que le régime de Vichy, collaborateur des occupants nazis, était patriotique”. Lire la suite

Antonio Tabucchi, La Nostalgie, l’automobile et l’infini

ESSAIS (critiques)

Bien sûr, c’est Pessoa, un article de Jacques Fressard

Antonio Tabucchi, La Nostalgie, l’automobile et l’infini, trad. de l’Italien, Seuil

Ce précieux petit livre au titre subtilement déplacé - rien a priori ne nous y indique qu’il s’agit de Pessoa – recèle en son seuil un menu mystère qui fera les délices de la critique génétique, des amoureux de l’avant-texte.

Initialement, en effet, sur épreuves, l’ouvrage était précédé de ces quelques lignes émouvantes de l’auteur: ” Ce livre est dédié à un poème de Pessoa découvert par hasard, il y a trente ans, chez un bouquiniste à Paris. Ainsi est-il dédié à toutes les personnes que, grâce à ce poème, j’ai connues et aimées depuis. “

Peut-être pour avoir trop souvent raconté (1) comment la lecture inopinée de Bureau de tabac, dans la traduction française de Pierre Hourcade, avait infléchi son existence, le conduisant à faire du Portugal sa patrie d’élection.

Antonio Tabucchi a-t-il choisi d’effacer cette dédicace en donnant d’entrée de jeu la parole à Pessoa lui-même. L’extrait utilisé à cette fin, cependant, laisse perplexe. Liberté s’intitule ce poème publié le 11 septembre 1935, quelques jours avant sa mort, dans la prestigieuse revue Seara Nova, et son caractère testamentaire est indéniable. Après avoir congédié tous les livres, le poète y réitère son allégeance messianique à Dom Sébastien, le roi caché qui doit revenir un jour, et conclut en portant au plus haut le Messie par autonomase, ” Jésus-Christ/ Qui ne savait rien en finances/ Et dont il n’est pas dit qu’il avait une bibliothèque… ” Comment ne pas voir dans cette chute une allusion critique à Salazar, plébiscité dictateur deux ans plus tôt, pous ses compétences financières justement, maintes fois répandues en d’innombrables discours et traités reliés cuir ! Lire la suite

Antonio Tabucchi, Nocturne indien

ROMANS, RECITS LITTERATURE (contemporaine)

Construit comme un rêve, un article de Francine de Martinoir (paru dans la QL n°489 paru le 1er juillet 1987)

A tort sans doute on a eu longtemps l’impression que la fiction en Italie restait liée à la géographie variée des régions, enfermée dans les provinces. Or, voici que les jeunes romanciers, Tondelli, del Giudice, Tabucchi, orientent le roman vers des dérives intérieures ou éloignées de tout enracinement, vers des aventures ou des explorations plus linguistiques, dans le sillage de Calvino.

Antonio Tabucchi, Nocturne indien, trad. de l’Italien par Lise Chapuis, Bourgois

Dans le Stade de Wimbledon, Daniel del Giudice partait à la recherche d’un homme qui avait peu écrit, le narrateur de Nocturne indien, lui, poursuit jusqu’au fond de l’Inde un ami qui peut-être n’existe pas. La profusion des détails, adresses d’hôtels ou de sociétés savantes, emplacements d’arrêts d’autobus, permet à ce voyage de s’inscrire en se déroulant sur l’écran d’une fausse mémoire colorée d’imaginaire, comme sur les parois de la caverne platonicienne. La force du réel un peu lacunaire, discontinu, bizarre, éclaire ce nocturne dans lequel une ombre est poursuivie. Lire la suite

Antonio Tabucchi, Requiem

ENTRETIENS (écrivains) ROMANS, RECITS

Entretien avec Tabucchi, un article de Jacques Fressard (paru dans la QL n°622 parue le 16 avril 1993)

Antonio Tabucchi, Requiem, trad. du Portugais par Isabelle Pereira et Antonio Tabucchi, Bourgois

Requiem est le premier livre d’Antonio Tabucchi directement écrit en portugais. Il s’en explique ainsi dans son avant-propos : “Si l’on me demandait pourquoi cette histoire a été écrite en portugais, je répondrais qu’une histoire pareille ne pouvait être écrite qu’en portugais, et voilà tout.” Et comme, insatisfait, je l’interroge à nouveau sur ce point lors de l’entretien qu’il a bien voulu m’accorder à l’occasion de son passage à Paris, il me rétorque narquoisement : “Je répondrai à votre question par une autre question : Peut-on oublier puis se souvenir dans deux langues différentes ?” Je comprends alors que tout a l’air simple mais qu’en réalité rien ne l’est, comme souvent dans les livres de Tabucchi, à moins que ce ne soit l’inverse, comme dans les étonnantes nouvelles du Jeu de l’envers (1), dont ceux qui les ont lues, en italien ou en traduction, ont certainement gardé le souvenir. Lire la suite

Antonio Tabucchi “Tristano meurt – Une vie”

ROMANS, RECITS LITTERATURE (contemporaine)

La triste histoire de Tristano, un article de Agnès Vaquin (paru dans la QL n°883 du 1er septembre 2004)

Tristano meurt – Une vie. Difficile de ne pas faire un rapprochement avec le Malone meurt de Samuel Beckett, d’autant qu’il s’agit d’un soliloque et qu’il émane d’un Tristano âgé, finissant ses jours sous calmant, une jambe gagnée par la gangrène. Or c’est plutôt au nom de Fernando Pessoa et à l’éventail de ses hétéronymes qu’on associe d’ordinaire celui d’Antonio Tabucchi. Dans ce livre, toutefois, on ne trouvera rien d’explicite ni dans l’une ni dans l’autre direction.

Antonio Tabucchi, Tristano meurt – Une vie (Tristano muore) trad. de l’Italien par Bernard Comment Gallimard

Cela ne signifie nullement que Tristano soit un personnage monolithique. Bien au contraire, il relève “d’une nature protéiforme et absolue” et se démultiplie à plaisir. Pour commencer, et semblable en cela à l’éléphant qui, sentant sa fin prochaine, quitte la harde avec un compagnon de son choix, il s’offre un double. Il s’est retiré pour mourir dans sa villa toscane : “Je suis revenu ici pour m’en aller là où je suis né.” Il a invité un ami, un proche dont on ne saura rien, sinon qu’il est écrivain, qu’il a déjà écrit un livre dont Tristano est le héros et qu’il doit maintenant et de façon impérative garder le silence. Lire la suite

De l’influence – ou pas – du numérique sur les revues de poésie

 

 

 À l’occasion du numéro de La Quinzaine littéraire consacré à la poésie (QL n°1056 du 1er au 15 mars), l’Association culturelle des Amis de La Quinzaine littéraire et Ent’revues proposent une rencontre le vendredi 2 mars à 18 h 30 :

De l’influence – ou pas – du numérique sur les revues de poésie

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Dossier spécial Antoni Tàpies

Antoni Tàpies, né en 1923 à Barcelone, y est mort le 6 février 2012. La Quinzaine littéraire, en décembre 1968, avait publié du grand artiste un texte, inédit en français, « Sommes-nous tous des monstres ? ». Il est réimprimé dans La Pratique de l’art (Gallimard). Nous en donnons ici l’intégralité du texte paru dans le n° 63 de La Quinzaine.

Vous pourrez aussi retrouver en libre accès sur le blog, un entretien avec Antoni Tàpies : “Revenir aux choses fondamentales” paru dans la QL n° 354 et la critique par Marc Le Bot du livre La syllabe noire de Georges Raillard à propos du peintre.

La Quinzaine littéraire N°1053 du 15 au 30 janvier 2012

EN PREMIER

Un exemple de « marketing » : Charles Bukowski, « le meilleur poète d’Amérique », un article de ABEL DEBRITTO

ROMANS, RÉCITS

« Comme un invité dans sa propre vie », un article de NORBERT CZARNY

ANTONIO MUÑOZ MOLINA, DANS LA GRANDE NUIT DES TEMPS, trad. de l’espagnol par Philippe Bataillon Seuil, 768 p., 23 euros

Noir et rouge, teintes de mort et de misère, de nuit et d’obscurantisme, de sang et de passion : telles sont les couleurs que l’on pourrait garder du dernier roman d’Antonio Muñoz Molina. Texte ancré dans l’histoire de l’Espagne, Dans la grande nuit des temps est aussi un roman d’amour, l’histoire d’une fidélité dans l’espace et dans le temps. Lire la suite

Dossier spécial – Christa Wolf

Christa Wolf, née en 1929, est décédée le 1er décembre 2011. Elle avait reçu, en octobre 2010, le Prix Thomas-Mann pour l’ensemble de son oeuvre qui, selon le jury « examine les combats, les espoirs et les erreurs de son temps de manière critique et autocritique, avec des récits puissants, sérieux et profonds moralement ». De cette écrivain, souvent cité comme la plus célèbre romancière de l’ex-RDA, il a souvent été question dans les pages de La Quinzaine. Vous pourrez retrouver dans ce dossier quelques une de ces critiques parmi lesquelles :

- On appelait ça le communisme,  un article de Nicole Casanova (QL n°920 parue le 01-04-2006) à propos de Christa Wolf, Un jour dans l’année (1960 – 2000) trad. de l’Allemand par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein Fayard

- Fin de partie,  un article de Christine Lecerf (QL n°860 parue le 01-09-2003) à propos de Christa Wolf, Le corps même (Leibhaftig) trad. de l’Allemand par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein Fayard

- Une très étrange lumière,  un article de François Bon (QL n°563 parue le 01-10-1990), à propos de Christa Wolf, Scènes d’été trad. de l’Allemand par Lucien Haag et Marie-Ange Roy, Alinéa / Ce qui reste trad. de l’Allemand par Ghislain Riccardi, Alinéa

- “Moi, Médée, je vous maudis”,  un article de Nicole Casanova (QL n°725 parue le 16-10-1997), à propos de Christa Wolf, Médée, trad. de l’Allemand par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein, Fayard


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