Prix Renaudot (essais) pour “Alias Caracalla”, de Daniel Cordier

novembre 6, 2009

“Alias Caracalla, Mémoires, 1940-1943″, le livre de Daniel Cordier vient d’être couronné par le prix Renaudot (essais). Dans la Quinzaine n° 995, Pascale Goetschele chroniquait cet ouvrage (article que nous publions intégralement ci-dessous). Pour retrouver les autres chroniques consacrées à Daniel Cordier, écrits à l’occasion de ses deux biographies de Jean Moulin, “Jean Moulin, L’Inconnu du Panthéon”et “Jean Moulin, la république des catacombes“, rendez-vous sur le site de la Quinzaine.

“Une histoire ‘au cordeau’”, un article de Pascale Goetschel

DANIEL CORDIER
ALIAS CARACALLA, MÉMOIRES, 1940-1943
Gallimard, coll. ” Témoins “, 944 p. 32 euros

Afin d’avoir le cœur net sur la teneur des activités de Jean Moulin sous l’Occupation allemande et pour répondre aux accusations taxant l’homme de de Gaulle en France de crypto-communiste, Daniel Cordier, rompant avec des années de silence, commençait, à partir de 1977, des recherches systématiques sur son “patron”. Après quatre imposants volumes biographiques parus entre 1989 et 1990, il offre, dans “Alias Caracalla” une autre méthode d’investigation : le jeu de la reconstitution au scalpel des liens entre la France libre et la Résistance intérieure, lus au prisme des mois passés aux côtés de Jean Moulin.

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La Quinzaine n°1000, du 1er au 15 octobre

octobre 7, 2009

“La grippe comme métaphore“, un article de Laurence Zordan

ZYGMUNT BAUMAN
L’ÉTHIQUE A-T-ELLE UNE CHANCE DANS UN MONDE DE CONSOMMATEURS
Climats, 296 p., 23 €
PANDÉMIE GRIPPALE : L’ORDRE DE LA MOBILISATION
sous la direction d’Emmanuel Hirsch
Éd. du Cerf, 389 p., 20 €

L’éthique a-t-elle une chance dans un monde de consommateurs ? demande Zygmunt Bauman dans son dernier livre. La question pourrait être complétée par : un monde de consommateurs a-t-il une chance face à la pandémie s’il ne donne pas une chance à l’éthique ? L’ouvrage collectif dirigé par le directeur de « l’espace éthique » de l’Assistance publique des Hôpitaux de Paris montre qu’une crise sanitaire met en jeu les valeurs de la démocratie. À quelles conditions un ordre de mobilisation, non pas martial mais civique, face à la menace grippale peut-il être envisageable à l’heure de ce que Zygmunt Bauman appelle « le présent liquide », labilité généralisée où l’individualisme dénie toute consistance, y compris à lui-même ?

“Qui a fait tomber le mur de Berlin ?”, un article de Laurence Zordan

CYRIL BUFFET
LE JOUR OÙ LE MUR EST TOMBÉ
Larousse, 320 p., 18 €
FREDERICK TAYLOR
LE MUR DE BERLIN 1961-1989
J.-C. Lattès, 620 p., 218 €
MARC FERRO
LE MUR DE BERLIN ET LA CHUTE DU COMMUNISME EXPLIQUÉS À MA PETITE-FILLE
Le Seuil, 122 p., 8 €
MICHEL MEYER
HISTOIRE SECRÈTE DE
LA CHUTE DU MUR DE BERLIN
Odile Jacob, 346 p., 21 €

La question se pose en termes personnels, car ce ne sont pas les masses, mais des protagonistes qui ont pris des décisions telles que le symbole de la guerre froide s’est écroulé. Si assurément ils ne poursuivaient guère ce but, ils en ont toutefois été les initiateurs, involontaires mais insistants, avec une sorte d’obstination somnambulique. Les hommes font l’histoire, mais ils ne savent pas l’histoire qu’ils font. Les caciques ont certes été dépassés par les citoyens, mais la brèche inaugurale est, paradoxalement, le fait d’une révolution de palais, à huis clos. L’histoire se prête alors à la dramaturgie, véritable art de la composition théâtrale, avec ses conspirations et rebondissements.

“Une Afrique de « wassan kara »”, un article de Claire Richard

JACQUES JOUET
BODO
P.O.L, 362 p., 19,90 €

Qu’est-ce que le wassan kara ? Que dit de Gaulle quand il rencontre un Nigérien nommé Bodo au tabac de Colombey-les-Deux-Églises ? Que se passe-t-il si on promène le miroir de Stendhal au bord des routes de la province de Zinder, tout en laissant libre cours à une verve intarissable ? La réponse à toutes ces questions (et à bien d’autres) figure dans le dernier roman de Jacques Jouet, Oulipien qui a fait de l’Afrique aussi son pays.

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“Le livre des passages”, un article de Tiphaine Samoyault

PASCAL QUIGNARD
LA BARQUE SILENCIEUSE.
DERNIER ROYAUME VI
Le Seuil, 242 p., 18 €

Les précédents volumes de « Dernier royaume », Paradisiaques et Sordidissimes (après Les Ombres errantes, Sur le Jadis et Abîmes), exploraient des lisières du monde et de la vie. La Barque silencieuse, qui est d’abord bien sûr la barque de Charon, s’intéresse à tout ce qui fait passer d’un monde dans un autre, à une géographie du passage qui ne soit pas le dessin d’une transcendance.

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“Les imprévus du voyage”, un article de Jacques Fressard

JOSÉ SARAMAGO
LE VOYAGE DE L’ÉLÉPHANT
trad. du portugais par Geneviève Leibrich
Le Seuil, 218 p., 19 €

« Ne me parlez pas de la mort car je la connais. » C’est en ces termes que José Saramago répondait aux journalistes s’enquérant de sa santé au début de l’année 2008, à la sortie de cette clinique de Lanzarote qui l’avait accueilli très amaigri et affligé d’un hoquet incoercible.

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“En Toscane, et ailleurs…”, un article de Monique Baccelli

ANNA LUISA PIGNATELLI
LE DERNIER FIEF
trad. par Alain Adaken
Minos et La Différence, coll poche, 220 p, 8 €
LES GRANDS ENFANTS
trad. par Alain Adaken
Minos et La Différence, coll poche, 253 p, 8 €
NOIR TOSCAN
trad. par Alain Adaken
La Différence, 123 p., 14 €

Ce n’est pas sans raisons que les éditions Minos-La Différence publient en même temps trois romans d’Anna Luisa Pignatelli. Sans constituer une suite, ils tournent autour de deux phénomènes concomitants : la fin de la paysannerie traditionnelle, et l’abandon des campagnes au profit des villes.

“Les adieux”, de Vanessa Aubert

HYAM YARED
SOUS LA TONNELLE
Sabine Wespieser éd., 277 p., 21 €

Après L’Armoire des ombres, la poétesse libanaise Hyam Yared renoue avec la veine romanesque et dévoile son nouveau roman Sous la tonnelle. Quand une âme poétique et violente se retrouve au carrefour de l’inspiration romanesque, la plume se transforme en art. Dramatique. « J’étais née le jour où tu m’avais aimée. »

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“Un défenseur de l’ordre : Jean Cocteau”, un article de Jean José Marchand

JEAN COCTEAU
LE COQ ET L’ARLEQUIN, 1918
Stock (réédition), 144 p., 11 €
JEAN COCTEAU
OPIUM, 1930
Stock (réédition), 267 p., 12 €

Si sa poésie est flamboyante d’énigmes, la personnalité de Jean Cocteau semble beaucoup plus lisible. Il le disait lui-même : « Vous découvrirez plus tard que je fus un défenseur de l’ordre. »

“Regards sur les arts premiers”, un article de Georges Raillard

EXPOSITIONS
Musée du Quai Branly
La Collection
Un ouvrage collectif sous la direction d’Yves Le Fur,
directeur du Patrimoine et des Collections 480 pages illustrées, Éd. Skira-Flammarion,
musée du Quai Branly, 55 €
La passion des arts premiers. Regards de marchands
Exposition à la Monnaie de Paris du 9 septembre au 18 octobre 2009
Catalogue sous la direction d’Elena Martinez-Jacquet
Primedia Monnaie de Paris éd., 212 pages, 45 €
Medusa en Afrique
Exposition au Musée d’ethnographie, Genève, jusqu’au 31 janvier 2010
Catalogue : Medusa en Afrique. La sculpture de l’enchantement
Textes de Boris Wastiau, photographies de Johnathan Watts, 256 pages, 160 illustrations en couleurs, 49 €

Trois ouvrages qui retiennent l’attention : une anthologie des œuvres maîtresses du Quai Branly, la place actuelle des marchands dans la circulation des arts premiers, le pouvoir d’« enchantement » de ces œuvres. Des textes apportent des points de vue mesurés. Des expositions concomitantes, sur lesquelles s’ouvre à neuf notre regard, les soutiennent.

“Heidegger : modèle de séminaire ou séminaire modèle”, un article de François Vezin

MARTIN HEIDEGGER
INTERPRÉTATION DE LA DEUXIÈME
CONSIDÉRATION INTEMPESTIVE DE NIETZSCHE
Gallimard, 420 p., 35 €

Le mot séminaire a été singulièrement galvaudé depuis une quarantaine d’années. Partout on parle maintenant de séminaire, c’est tout juste si le Conseil des ministres qui se tient chaque mercredi à l’Élysée n’est pas rebaptisé : Séminaire gouvernemental !

“Entre connaissance et finance”, un article de Jean-Paul Deléage

EL MOUHOUB MOUHOUD – DOMINIQUE PLIHON
LE SAVOIR ET LA FINANCE,
LIAISONS DANGEREUSES AU CŒUR
DU CAPITALISME CONTEMPORAIN
La Découverte, 240 p., 18 €

Cet ouvrage livre l’étude précise des rapports actuels entre l’économie de la connaissance et le rôle central de la f inance. Depuis une trentaine d’ années en effet, le capitalisme subit une profonde mutation sous le double effet de la montée en puissance de la f inance désormais force planétaire ; et de la violence de l’impact des nouvelles technologies qui ont ouvert, aux sociétés industrielles, le seuil de l’ère de la « société de la connaissance ».

“Les pinsons des Galápagos – Darwin et les mystères de l’évolution”, un article de Jean-Michel Kantor

JEAN-CLAUDE AMEISEN
DANS LA LUMIÈRE ET LES OMBRES.
DARWIN ET LE BOULEVERSEMENT DU MONDE
Fayard/Le Seuil, 2008 (2e édition 2009), 500 p., 23 €
JOANNY MOULIN
UNE SCANDALEUSE VÉRITÉ
Éd. Autrement, coll. « Littératures », 391 p., 23 €

Avez-vous déjà rencontré un dodo ? Un diable de Tasmanie ? Certainement pas : ces animaux n’existent plus (le dodo ou dronte a disparu au XVIIe siècle), comme nombre d’espèces au cours des siècles, qu’on ne peut plus admirer qu’au dernier étage de la Galerie de l’évolution du Muséum d’ histoire naturelle. L’évolution des espèces, la naissance ou la disparition de certaines d’entre elles par exemple, ont été constatées depuis bien longtemps. Pour expliquer ces phénomènes, jusqu’au siècle dernier, on recourait à la volonté divine, ainsi de Georges Cuvier (1769-1832), et encore aujourd’hui les partisans du créationnisme.


La Quinzaine n°999, du 16 au 30 septembre 2009

septembre 20, 2009

“Le cavalier polonais”, un article de Norbert Czarny

YANNICK HAENEL
JAN KARSKI
Gallimard, coll. « L’Infini », 194 p., 16,50 €

Un petit tableau de Rembrandt, à la Frick Collection de New York, aura été la véritable patrie de Jan Karski. Karski est dans Shoah de Lanzmann le résistant polonais qui, guidé par deux membres de la communauté juive, est entré dans le ghetto de Varsovie et y a vu l’inhumanité à l’œuvre. Il n’est jamais revenu de ce temps, jusqu’à son décès en 2000 à Washington.

“Si l’amour ne meurt”, un article de Vanessa Aubert

NOËLLE REVAZ
EFINA
Gallimard, 192 p., 14,90 €

« Le soleil est rare – Et le bonheur aussi – L’amour s’égare – Au long de la vie. » (Serge Gainsbourg). Après Rapport aux bêtes (2005) dans lequel elle recréait la beauté de la langue paysanne, Noëlle Revaz signe un nouveau roman, Ef ina. Cette fois-ci, l’auteur suisse s’attache à dépeindre le face-à-face amoureux dans un va-et-vient tragique.

“Le grand sommeil”, un article de Huho Pradelle

VINCENT MESSAGE
LES VEILLEURS
Le Seuil, 636 p., 22 €

Un premier roman qui réorganise le chaos du monde contemporain, défaisant le réel et le ravaudant avec une certaine forme de jouissance atterrée. Une fresque qui s’apparente à un gouffre et à un recouvrement. Vincent Message interroge la raison, la folie, l’imagination, la mémoire, les rêves qui nous habitent et la parole qui les ordonne. Un livre éprouvant, à l’aune d’une époque de transition où l’homme s’affronte à la perte de sa propre image. Reste à veiller.

“La vie derrière soi”, un article de Hugo Pradelle

PIERRE SILVAIN
ASSISE DEVANT LA MER
Édition définitive
Verdier, 128 p., 14 €

Pierre Silvain entreprend le ressouvenir de son enfance au Maroc, de sa mère, de leurs rapports étranges, cruels et innocents à la fois, de ses secrets de jeunesse, de son rapport à la disparition et à l’écriture. Il signe un récit bouleversant, plein de clarté, la chronique d’un amour compliqué, d’une recouvrance.

“Composition canadienne”, un article de Liliane Kerjan

ALICE MUNRO
DU CÔTÉ DE CASTLE ROCK
A view from Castle Rock
trad. de l’anglais (Canada) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso
Éd. de l’Olivier, 344 p., 22

Gagner sa liberté, sa vie, son espace : tel est toujours le f il serré des histoires d’Alice Munro. Mais pour la première fois il s’agit de son histoire personnelle, précise, lucide, dans la ferme aux renards argentés, en lien direct avec celle de ses ancêtres venus d’Écosse. Pour mieux s’affranchir d’un livre de mémoires, l’imagination s’en mêle qui va faire vibrer des existences robustes ou discrètes sur les terres vierges des cantons canadiens. L’audacieuse Alice Munro crée un genre hybride, original parce que rebrodé sur la trame historique, f idèle dans l’inf idélité. Élargissant les histoires familiales pour créer une f iction de généalogiste, elle invente une composition à la fois ample et intimiste portée par l’élan de sa belle plume incisive.

“Une journée de mai à Rome”, un article de Monique Baccelli

MELANIA G. MAZZUCCO
UN JOUR PARFAIT
trad. par Philippe Di Meo
Flammarion, 393 p., 21 €

Une romancière méthodique : douze personnages principaux, pas ou peu de seconds rôles. Tout se passe à Rome, dans « l’ère Bersluconi » en une seule journée, comme dans l’Ulysse de Joyce, mais une journée scandée par les 24 heures correspondant chacune à un chapitre. Dès les premières pages on sait que le roman s’achèvera sur un crime. Seul point d’interrogation, la journée sera-t-elle pour tous aussi «parfaite» que le titre l’indique ?

“L’équilibre”, un article de Hugo Pradelle

COLUM MCCANN
ET QUE LE VASTE MONDE POURSUIVE SA COURSE FOLLE
Let The Great World Spin
trad. de l’anglais (Irlande) par Jean-Luc Piningre,
Belfond, 448 p., 22 €

Le dernier roman de Colum McCann est un immense creuset pour les voix éperdues de personnages en quête d’amour et de paix. Un requiem polyphonique pour une ville qui change, un cri d’alarme presque désespéré, un élan de tendresse acharné. Ce qu’il appelle « la collision des histoires ».

“Essais parlants”, un article de Marie Tournier-Cardinal

HUANG KUO-CHUN
ESSAIS DE MICRO
Maikefeng Shiyin
trad. du chinois (Taiwan) par Esther Lin et Angel Pino
Actes Sud, 184 p., 19 €

Recueil de courts textes en prose, Essais de micro, traduction littérale du chinois Maikefeng Shiyin, est la tentative d’un jeune écrivain taïwanais, rendu au silence par sa mort prématurée, pour faire entendre l’effet Larsen d’une société qui grince sur elle-même. La diff iculté de celui qui se propose d’en faire la chronique consiste essentiellement à ne pas céder la parole à son auteur dont l’ironie jubilatoire nous amène bien souvent à lire à haute voix, af in d’en faire prof iter l’entourage. Il s’agirait peut-être alors, pour citer Huang Kuo-chun, lorsqu’il entreprend dans le présent ouvrage la recension des « Nouveaux Horaires des trains » de Taipei d’une « monstrueuse critique de livre ».

“Merci de lire ce livre”, un article de Liliane Kerjan

DAVE EGGERS
LE GRAND QUOI
What is the What
trad. de l’anglais (États-Unis) par Samuel Todd
Gallimard, 627 p., 26 €

L’horreur des guerres civiles et des camps de réfugiés d’Éthiopie et du Kenya, la candeur d’un gamin qui fuit son village massacré par les cavaliers arabes pour f inalement atterrir, treize ans plus tard, en Amérique. Du Sud-Soudan à Atlanta, du désert de poussière à la jungle urbaine, un livre effarant, très bien écrit, qui devient une fantastique épopée contemporaine et une exemplaire tragédie du nomade déplacé, traqué, marchant dans l’inconnu.

“Jean Pérol : une vie en poésie”, un article de Maurice Mourier

JEAN PÉROL
POÉSIE I 1953-1978
La Différence, 510 p., 39

Étrange entreprise, et quelque peu mélancolique : en présentant le volume I de ses « Œuvres complètes », qui rassemble ses neuf premiers recueils, publiés de 1953 (il avait vingt et un ans) à 1978, volume I qui devrait être suivi d’un numéro II regroupant cinq ensembles suivants (le dernier sorti en 2004), Jean Pérol aff irme que « la forme présente de ces recueils, dans cette édition des œuvres poétiques, doit être considérée comme leur forme déf initive et faire seule référence »

“Une poésie en marche”, un article de Stéphane Barsacq

JEAN-CLARENCE LAMBERT
X-ALTA, CONTINUUM POÉTIQUE 1991-2006
accompagné de dessins originaux d’Antonio Segui
Galilée, coll. « Écritures / Figures », 154 p., 30 €

Il y a cinquante ans un poète qui n’avait pas trente ans alors écrivait en liminaire d’une vaste anthologie qu’il présentait avec Roger Caillois, Trésor de la poésie universelle : « Je me suis pris à rêver au Musée imaginaire de la poésie. » Avec X-Alta, Jean-Clarence Lambert offre le dernier état de sa quête en marche, sans origine et sans fin peut-être.

“Anne et Patrick Poirier :  la Fabbrica della Memoria”, un article de Georges Raillard

EXPOSITIONS
Vertiges / Vestiges
Chapelle Saint-Charles, Avignon.
Jusqu’au 30 septembre, du mercredi au lundi.
Ruines et mémoire
Maison René-Char, Hôtel Campredon,
L’Isle-sur-Sorgue, jusqu’au 11 octobre.
PUBLICATIONS
ANNE ET PATRICK POIRIER. VERTIGES / VESTIGES
Catalogue de l’œuvre. Préfaces de Marc Augé et Damien Sausset.
144 p., 150 illustrations en couleur, 30 €
L’ATELIER DE ANNE ET PATRICK POIRIER
Photos prises par les artistes. Entretien avec Evelyne Artaud.
Thalia éditions, 76 p. illustrées, 28 €

Anne et Patrick Poirier sont de ces rares artistes qui ne doivent rien qu’à eux-mêmes. Et qui s’adressent à nous – fût-ce par des voies détournées. À nous aux prises avec notre présent, notre futur, notre mémoire. Ils en tirent des œuvres qui sont toutes des f igures d’intelligence, de culture et de sensibilité.

“Une telle confiance”, un article de Christian Mouze

OSSIP MANDELSTAM
Europe, juin-juillet 2009, 332 p., 20 €

La revue Europe consacre son double numéro d’été à Mandelstam, et comme pour Chestov c’est une réussite. « Il est impossible de citer un autre poète qui, dans des circonstances aussi inhumaines, ait cultivé une telle conf iance en l’humain. » Alexandre Kouchner (né en 1936), poète héritier de la tradition pétersbourgeoise à laquelle appartenaient Ossip Mandelstam et Anna Akhmatova, et plus près de nous Iossif Brodski dont il fut le compagnon, ne pouvait mieux ouvrir ce numéro que par le mot confiance : au milieu des crimes et des douleurs, un poète témoigne d’une ultime conf iance précisément dans le mot et l’homme (tout homme et tout l’homme) qui le prononce.

“Les avertissements de Joseph Roth”, un article de Pierre Pachet

JOSEPH ROTH
JUIFS EN ERRANCE
SUIVI DE L’ANTÉCHRIST
trad. de l’allemand par Michel-François Demet
Le Seuil, 254 p., 19 €

Dans ces deux essais, le premier daté de 1927, le second de 1934 (publié en allemand à Amsterdam, après l’exil de l’auteur), le romancier trouve des formules prophétiques, non seulement en ce qu’elles anticipent un avenir proche, mais en ce qu’elles transpercent le présent.

“Faire vibrer la fibre inconnue”, un article de Jean-Claude Chevalier

LOUIS SÉBASTIEN MERCIER
NÉOLOGIE
texte établi, annoté et présenté par Jean-Claude Bonnet
Belin, 591 p., 26 €

Louis Sébastien Mercier, observateur de la rue et des mœurs, est surtout connu pour ses Tableaux de Paris, publiés de 1781 à 1788, souvenirs d’un marcheur parisien : « Je les ai écrits avec les pieds », disait-il en parlant de cet énorme compendium qui trouva tout de suite le succès.

“L’Algérie des « pieds-rouges »”, un article d’Omar Merzoug

CATHERINE SIMON
ALGÉRIE, LES ANNÉES PIEDS-ROUGES
La Découverte, 300 p., 22€

Le 19 mars 1962, lorsque les accords d’Évian sont signés, une époque de convulsions, de sang, d’exactions, de tortures et de crimes de guerre s’achève. Malgré la politique de « la terre brûlée » de l’OAS, on s’achemine vers la paix, une paix encore armée, déchirée çà et là par des règlements de comptes, des liquidations, notamment de harkis, et endeuillée aussi par l’implosion du FLN, à l’été 1962. Grand reporter au quotidien Le Monde, Catherine Simon ne se propose pas de décrire les derniers instants de l’occupation française en Algérie ; elle entreprend de restituer les faits d’une nouvelle histoire qui commence en 1962, quand « le fil se casse », au moment où l’Algérie et la France « font mine de se tourner le dos ».

“Une génération perdue”, un article de Jean-Jacques Marie

JEAN-JACQUES AYME
JEUNESSES SOCIALISTES 1944-1948.
Socialisme contre social-démocratie
Éd. Amalthée, 506 p., 23,50 €

On peut s’interroger ? Pourquoi écrire une histoire des Jeunesses socialistes SFIO de 1944 à 1948 ? N’est-ce pas là un étroit sujet plus digne d’une simple maîtrise universitaire que d’un livre ?

“Biribi, c’est en Afrique”, un article de Vincent Milliot

DOMINIQUE KALIFA
BIRIBI. LES BAGNES COLONIAUX DE L’ARMÉE FRANÇAISE
Perrin, 344 p., 21 €

Hors les lecteurs du roman rageur que Darien publia en 1890, régulièrement réédité depuis, plus grand monde ne frisonne, ni ne s’indigne à l’évocation de ce nom : Biribi. Symbole des formes les plus dures de l’oppression militaire, ce terme ne désignait pas un lieu précis mais un archipel de structures disciplinaires et pénitentiaires installées principalement en Afrique du Nord. Dans l’impunité presque totale et sous l’arbitraire absolu des « chaouchs », les « gibiers de Biribi » enduraient travail forcé, privations et sévices plus d’une fois mortels.


Les Aigles foudroyés

septembre 17, 2009

Du vendredi 25 au dimanche 27 septembre 2009, l’auditorium du musée d’Orsay présente la série documentaire des Aigles foudroyés. Chronique de la fin des grands empires (1997), réalisée par Frédéric Mitterrand.

À la fin du XIXe siècle, trois grands empires autoritaires dirigés par trois dynasties prestigieuses (les Hohenzollern en Allemagne, les Habsbourg en Autriche-Hongrie, les Romanov en Russie) tentent de maintenir leur hégémonie en Europe. Cependant des forces nouvelles apparaissent, qui contrarient désormais leurs desseins : la prédominance des impérialismes économiques et coloniaux, l’émergence de nouvelles grandes puissances (les États-Unis, le Japon) et surtout la montée des nationalismes et la naissance du socialisme. Ni le poids des traditions historiques, ni les alliances conclues entre cousins, ni les initiatives individuelles ne parviendront à contenir la lame de fond qui déferle. Dès les années 1900, plusieurs fois la guerre sera évitée de justesse, au Maroc, dans les Balkans, mais c’est en 1914 qu’éclatera le conflit qui mènera les empires centraux à leur perte et créera un nouvel ordre mondial.

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La Quinzaine n°996, du 16 au 31 juillet 2009

juillet 26, 2009

“Histoire romanesque d’un photographe”, un article de Norbert Czarny

AGUSTÍ CENTELLES 1909-1985
ouvrage collectif, Actes Sud, 258 p., 55 €

Jusqu’au 13 septembre se tient à l’Hôtel de Sully une exposition photo intitulée « Journal d’une guerre et d’un exil », Espagne-France 1936-1939. Celui dont on découvrira les photos, Agustí Centelles, est un photographe étonnant, aussi bien par sa vie que par son oeuvre longtemps cachée.

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“L’Occident et ses mythes”, un entretien de l’économiste Georges Corm réalisé par Omar Merzoug

GEORGES CORM
L’EUROPE ET LE MYTHE DE L’OCCIDENT
La Découverte, 314 p., 23 €

« De Mozart à Hitler que s’est-il passé ? »

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“L’attention et la simplicité de Blanchot”, un article de Christian Mouze

MAURICE BLANCHOT
LETTRES À VADIM KOZOVOÏ
suivi de La Parole ascendante
Manucius, 219 p., 18 €

« … Je rappellerai mon refus obstiné de publier toute correspondance. Qu’elle soit ou non d’écrivain. C’est un principe que je ne demande pas à d’autres de partager, mais qui appartient à ma tendance la plus sûre. » La volonté d’un mort passerait-elle toujours par les pertes et profits ?

“La fin de l’innocence”, un article de Hugo Pradelle

JOHN UPDIKE
VILLAGES (VILLAGES)
trad. de l’anglais (États-Unis) par Michèle Hechter,
Seuil, 324 p., 21 €
NICHOLSON BAKER
UPDIKE & MOI (U AND I,A TRUE STORY)
trad. de l’anglais (États-Unis) par Martin Winckler,
Christian Bourgois, 196 p., 17 €

Publication en miroir de deux livres chronologiquement dépareillés et néanmoins ravissants. D’un côté, Updike (1932-2009) signe un roman en treize chapitres plus un, pour conjurer le sort, un livre mou et heurté à la fois, étrangement dérangeant, sur l’Amérique et le sexe, la norme et le temps perdu. De l’autre, un essai iconoclaste, inclassable et réjouissant sur l’un des maîtres des lettres américaines récemment disparu.

“Istanbul-Stockholm”, un article de Norbert Czarny

LIVANELI
UNE SAISON DE SOLITUDE
trad. du turc par Timour Muhidine,
Gallimard, 240 p., 21 €

C’est l’histoire d’un réfugié, un parmi tant d’autres. Aujourd’hui, il pourrait être iranien et pleurer la mort de sa compagne Neda, assassinée lors d’une manifestation contre une élection volée. C’est le présent, le réel. se nomme Sami Baran, il est turc et sa compagne, Filiz, a été tuée par des militaires, lorsque la Turquie était une dictature. C’est un roman, et pourtant…

“L’apprentissage de la liberté”, un article de Gabrielle Napoli

ÁRON TAMÁSI
ÁBEL DANS LA FORÊT PROFONDE
trad. du hongrois par Agnès Járfás,
Éditions Héros-Limite, Genève, 299 p., 20 €

Áron Tamási est peu, voire pas connu du public français alors qu’il l’auteur d’un roman extrêmement célèbre en Hongrie, paru d’abord sous la forme d’un feuilleton puis publié chez un éditeur à Cluj, en 1932, spécialisé dans la littérature hungarophone. Le succès fut immédiat, et aujourd’hui encore le roman est très populaire, étudié dans les lycées hongrois et faisant partie intégrante du patrimoine culturel hongrois. Il nous aura fallu attendre la très belle traduction d’Agnès Járfás, dans une édition soignée, pour découvrir, ou redécouvrir ce texte qui peut être considéré comme le roman picaresque transylvain par excellence.

“Dans l’obscurité, l’imaginaire devenait réel”, un article de Gabrielle Napoli

MILJENKO JERGOVIC
FREELANDER
Actes Sud, 207 p., 20 €

Karlo Adum se met en route au volant de sa vieille Volvo qui a enterré tous ses proches. De Zagreb à Sarajevo, ville qu’il a quittée depuis une cinquantaine d’années, il parcourt un pays fantomatique, morcelé par la guerre et la haine. Au-delà des paysages en ruine, ce sont les souvenirs intimes du personnage principal qui ressurgissent. De cette traversée en solitaire, de ce face-à-face avec lui-même, Karlo Adum ressortira métamorphosé, mais pas forcément libéré.

“Le visage et le corps”, un article de Jean M. Goulemot

ÉLISABETH VIGÉE LE BRUN
SOUVENIRS
édition établie et annotée par Didier Masseau,
Taillandier, 624 p., 25 €
LE DISCOURS DU CORPS
AU XVIIIe SIÈCLE : Littérature-
Philosophie-Histoire-Science
sous la direction d’Hélène Cussac, Anne Deneys-Tunney et Catriona Seth,
Presses de l’Université Laval, 2009, 360 p., 36 €

On connaît ÉlisabethVigée Le Brun (1755-1842) comme portraitiste de talent, et moins comme mémorialiste. La publication de deux éditions de ses souvenirs (celle de Geneviève Haroche-Bouzinac chez Champion en 2008 et celle présentée ici) est l’occasion de découvrir une autre facette de son talent. En un mot, de retrouver le regard qu’elle porte sur les hommes, différent de celui qu’elle attache aux modèles de ses portraits mondains, sur la société et l’histoire de son temps…

“Le dire ivre”, un article de Tiphaine Samouyault

LAURENT ZIMMERMANN
LA LITTÉRATURE ET L’IVRESSE
Hermann, 163 p., 25 €

Laurent Zimmermann, qui a déjà publié deux recueils collectifs chez l’éditrice nantaise Cécile Defaux L’Aujourd’hui du roman en 2004 et Penser par les images, autour des travaux de Georges Didi-Huberman en 2006, propose un essai sur la littérature et l’ivresse se donnant pour corpus Rabelais, Baudelaire et Apollinaire. L’argument n’est pas sans ambition : il s’agit de saisir, par le biais du savoir spécifique de l’ivresse, les opérations qui sont au coeur du bouleversement provoqué par la littérature.

“Une voix d’outre-Rhin”, un article de Jean Lacoste

WULF KIRSTEN
GRAVIERS
présenté et trad. de l’allemand par Stéphane Michaud,
Belin, coll. « L’extrême contemporain », 108 p., 18 €

C’est une voix importante, reconnue, déjà distinguée par de nombreux prix, et appelée sans doute à devenir familière, qui nous vient d’outre-Rhin ; de plus loin encore, pourrait-on dire, des rives de l’Elbe, de la Saxe, ce coin de terre baroque de collines pierreuses, meurtri par l’histoire, où se croisent tant d’influences, germaniques, polonaises, tchèques, juives aussi.

“Un hibou dans les parages”, un article de Liliane Kerjan

G. K. CHESTERTON
LA FIN DE LA SAGESSE
ET AUTRES CONTES EXTRAVAGANTS
trad. de l’anglais par Gérard Joulié,
L’Âge d’homme, 377 p., 27 €

Trente-cinq histoires de Gilbert K. Chesterton, l’inclassable, qui nous emmènent sur des « terres colorées » aussi bien qu’une demi-heure aux Enfers ou au « jardin de fumée », dans des contrées où l’on croise le Fils prodigue, le Gentilhomme et le Boutiquier. Une société peut en cacher une autre : embarquement immédiat.

“Question Claudel”, un article de Odile Hunoult

PAUL CLAUDEL,
JEAN AMROUCHE
MÉMOIRES IMPROVISÉS, 1951-1952
12 CD Frémeaux & Associés, 79,99 €
PAUL CLAUDEL
PSAUMES
texte établi et annoté par Renée Nantet
et Jacques Petit, avant-propos de Pierre Claudel, préface de Guy Goffette
Gallimard, 332 p., 25 €

Cette conversation-fleuve (41 entretiens) a été enregistrée pour la radio en hiver 1951. Claudel a 83 ans. Jean Amrouche, très respectueusement, fait avec lui la genèse et l’exégèse de son oeuvre. Ce qu’il y a de passionnant à l’écoute de ces entretiens, cinquante ans après, c’est que, débarrassé de la présence occultante de l’auteur, on en sait plus qu’Amrouche ne peut en demander, plus que Claudel ne peut en dire.

“Regards de photographies”, un article de Georges Raillard

HENRI CARTIER-BRESSON
Au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris du 19 juin-13 septembre 2009
et à la Maison Européenne de la Photographie du 15 avril-30 août 2009
FERDINANDO SCIANNA
La géométrie et la passion
À la Maison Européenne de la Photographie du 24 juin-11 octobre 2009
GRETE STERN
Berlin-Buenos Aires du 24 juin-11 octobre 2009
Livre-catalogue (sous la direction d’Emmanuel Guigon) d’une exposition au Musée des Beaux-Arts
de Besançon, à présent close, 166 p., 32 €

Henri Cartier-Bresson aurait un peu plus de cent ans. Pour ses quatre-vingts ans, il revenait sur ce qui était sa vie, la photographie. Sur le regard du photographe : « C’est très difficile de regarder, de saisir les proportions. C’est une interrogation perpétuelle, une jouissance de l’oeil, une exaltation merveilleuse. Les gens ont des yeux qui ne jouissent pas. C’est leur cerveau qui jouit. »

“Une pensée de l’hétérogène”, de Régine Robin

LE TERRITOIRE DES PHILOSOPHES
Lieu et espace dans la pensée au XXe siècle
sous la direction de Thierry Paquot et Chris Younès,
La Découverte, 386 p., 26 €

Depuis le célèbre article de Michel Foucault : « Des espaces autres », de 1967, on sait qu’à une pensée du temps qui hante la philosophie depuis toujours, s’est substituée une pensée de l’espace. Le problème n’était pas absolument nouveau, mais Michel Foucault l’a systématisé. Au coeur de cette interrogation, la ville et son devenir, qu’ils soient inscrits dans la réflexion philosophique même ou qu’ils se situent au carrefour d’une multitude de disciplines.

“L’Algérie et la France”, un entretien de l’historienne Jeannine Verdès-Leroux réalisé par Omar Merzoug

JEANNINE VERDÈS-LEROUX
(Dictionnaire coordonné par)
L’ALGÉRIE ET LA FRANCE
Robert Laffont, coll. « Bouquins », 992 p., 32 €

Omar Merzoug : Vous êtes historienne et vous publiez chez Robert Laffont un dictionnaire intitulé L’Algérie et la France, pourriez-vous nous parler de la genèse de cet ouvrage ?
Jeannine Verdès-Leroux : L’ancien directeur de la collection « Bouquins » m’avait demandé de faire un Dictionnaire sur la période 1830-1962 ; j’avais répondu que pour la comprendre, il faut d’abord savoir ce qu’était l’Algérie – ou plutôt le territoire qui deviendra l’Algérie – quand la France y débarque.

“Si ma plume valait ton pistolet…”, un article de Marta Ruiz Galbete

ANDRÉS TRAPIELLO
LES ARMES ET LES LETTRES.
LITTÉRATURE ET GUERRE D’ESPAGNE
(1936-1939)
La Table Ronde, 526 p., 24 €

Est-ce parce qu’elle fut la dernière guerre romantique ou bien parce que chacun la sentit comme une préfiguration de l’affrontement qui allait mettre l’Europe à feu et à sang ? Le fait est qu’Orwell y reconnut tout de suite « un état de choses pour lequel cela valait le coup de lutter » et que la guerre d’Espagne galvanisa les consciences comme nul autre conflit extérieur ne l’avait fait auparavant, y compris parmi les intellectuels.

“Renoncer au pouvoir ?”, un article de Monique Chemillier-Gendreau

JACQUES LE BRUN
LE POUVOIR D’ABDIQUER
Essai sur la déchéance volontaire
Gallimard, coll. « L’esprit de la cité », 278 p., 21,50 €

S’interroger sur la renonciation volontaire au pouvoir suprême, celui que détient le souverain, consiste en vérité à questionner ce pouvoir lui-même en ses fondements, à sonder l’énigme de ses origines, du lien qui unit celui qui en est le titulaire et ceux sur lesquels il s’exerce. Jacques Le Brun mène l’enquête à partir d’une poignée de cas exceptionnels, ceux que nous fournit l’histoire des monarchies d’Ancien Régime à quoi il ajoute un grand mythe théâtral puisé dans Shakespeare.

“Religions et mathématiques”, un article de Bernard Bru

LOREN GRAHAM, JEAN-MICHEL KANTOR
NAMING INFINITY. A TRUE STORY OF RELIGIOUS MYSTICISM AND MATHEMATICAL CREATIVITY,
The Belknap Press of Harvard University Press, 2009

Pour nommer, il faut croire et aimer

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“Un exilé de l’intérieur”, un article de Lucien Logette

JEAN-MICHEL FRODON,
AMOS GITAÏ,
MARIE-JOSÉ SANSELME
AMOS GITAÏ GENÈSES
Gallimard, 400 p., 29,50 €
REVUE CINÉMACTION N° 131
AMOS GITAÏ ENTRE TERRE ET EXIL
sous la direction de Lucie Dugas,
Corlet Publications, 192 p., 24 €

85 films signés depuis ses débuts en 1972 – de toutes durées, entre 3 et 213 minutes. Amos Gitaï n’est pas un rétracté de la pellicule : il est un des rares cinéastes à proposer un film chaque année, quand il ne s’agit pas de trois ou quatre, comme en 1998, et il a longtemps incarné à lui seul tout le cinéma isarélien pour les spectateurs occidentaux. Entre 1999 et 2007, aucun de ses films n’a échappé aux « grands » festivals, Cannes et Venise, ce qui n’a pas manqué de finir par agacer quelque peu. Non qu’il s’agisse d’une situation indue, mais on se lasse de ne voir qu’un unique grand arbre masquer le reste du terrain.

“Des livres entre les spectacles”, un article de Monique Le Roux

BERNARD DORT
LA REPRÉSENTATION ÉMANCIPÉE
Actes Sud, 187 p., 20 €
GEORGES BANU
MINIATURES THÉORIQUES
Actes Sud, 192 p., 22 €
PATRICE CHÉREAU
J’Y ARRIVERAI UN JOUR
Actes Sud, 149 p., 22 €

« Le temps du théâtre » a longtemps correspondu à la saison, achevée avec l’entrée dans les vacances. Il s’est ensuite augmenté de la
période des festivals en plein air. C’est aussi le titre d’une collection, dont quelques titres récemment parus permettent d’associer en villégiature lecture et spectacles : La Représentation émancipée de Bernard Dort, Miniatures théoriques de Georges Banu, J’y arriverai un jour de Patrice Chéreau.

Expositions
HENRI CARTIER-BRESSON
Au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris
19 juin-13 septembre 2009
et à la Maison Européenne de la Photographie
15 avril-30 août 2009
FERDINANDO SCIANNA
La géométrie et la passion
À la Maison Européenne de la Photographie
24 juin-11 octobre 2009
GRETE STERN
Appareils électroménagers, 1950
FERDINANDO SCIANNA
Enna, Sicile, 1962
GRETE STERN
Berlin-Buenos Aires
24 juin-11 octobre 2009
Livre-catalogue (sous la direction d’Emmanuel
Guigon) d’une exposition au Musée des Beaux-Arts
de Besançon, à présent close, 166 p., 32 €

La Quinzaine n°995, du 1er au 15 juillet 2009

juillet 5, 2009

“Les génies aussi ont commencé petits”, un article de Alain Joubert

PATRICE GAUTHIER
L’ENFANT-CRIME
Gallimard, 190 p., 18 €

Comme surgit de nulle part, paraissait, en 1911, le premier volume d’une époustouflante saga menée à grandes guides par deux intrépides écrivains feuilletonesques : Pierre Souvestre et Marcel Allain ; avec Fantômas, un mythe « moderne » était né, qui devait
enchanter les poètes d’alors, d’Apollinaire à Robert Desnos, en passant parMax Jacob, tous les surréalistes et quelques autres…

“Un grand roman interrompu ?”, un article de Jean-Jacques Marie

ISRAËL JOSHUA SINGER
LA FAMILLE KARNOVSKI
trad. du yiddish par Monique Charbonnel,
Denoël éd., 690 p., 29 €

Ce roman familial, publié à New York en 1943, décrit les diverses composantes de l’émigration juive après la guerre de 14-18, puis évoque la victoire et le règne du nazisme en Allemagne (sans même que le nom d’Hitler soit prononcé). Le destin de beaucoup de personnages reste en suspens alors que l’extermination des juifs a déjà commencé. Aux 660 pages de cet énorme roman, I. J. Singer, mort en 1944, n’a pas eu le temps d’ajouter la vision finale.

“L’église de John Coltrane”, un article de Nicole Terrien

CHAD TAYLOR
L’ÉGLISE DE JOHN COLTRANE
trad. de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par Isabelle Chapman
Christian Bourgois éd., 308 p., 24 €

« L’Église de John Coltrane » est le titre d’un manuscrit incomplet, légué au héros par son père, avec une imposante collection de disques de jazz. Transférer ce titre au roman lui-même, c’est insister sur un horizon d’attente guidant la lecture vers une perception des formes musicales associées au jazz, mais aussi architecturales au service d’une spiritualité qui reste à définir, tout en ouvrant une réflexion sur l’héritage des formes, sur leur emboîtement.

“Un langage tangérois”, un article de Philippe Di Meo

ÁNGEL VASQUEZ
LA CHIENNE DE VIE DE JUANITA NARBONI
trad. de l’espagnol (tangérois) par Selim Chérief,
Préface de Juan Goytisolo
Rouge Inside éd., 2, rue Auguste-Comte,
69002 Lyon, 350 p., 20 €

Comment fonder une maison d’édition ? Telle est la question par un jeune éditeur lyonnais tirant son nom de la couleur écarlate de la deuxième et de la troisième de ses couvertures. La réponse implicite se révèle dépourvue d’ambiguïté : en publiant des oeuvres qui tombent sous le sens comme cette Chienne de vie de Juanita Narboni.

“En cadence”, un article de Alexandre Mare

JACQUES RÉDA
Battues
Fata Morgana, 108 p., 17 €
Battement
Fata Morgana, 88 p., 16 €

Battues et Battement, les deux derniers livres de Jacques Réda s’ouvrent par un souvenir identique. Tout du moins, par une même impression. Battues est un recueil de textes poétiques. Battement est composé de textes et de chroniques pour certains précédemment publiés dans Jazz Magazine. Les deux ouvrages présentés simultanément vont de fait se renvoyer l’un à l’autre, semblable à un écho que nous ne cesserions d’entendre.

“Mahmoud Darwich, l’exil et la mémoire”, un article de Omar Merzoug

MAHMOUD DARWICH
Anthologie (1992-2005)
édition bilingue, poèmes traduits de l’arabe
(Palestine) par Elias Sanbar,
Actes Sud, 313 p., 8,50 €
La Trace du papillon
(été 2006-été 2007)
trad. de l’arabe par Elias Sanbar,
Actes Sud, 180 p., 20 €

Né en 1942 à Birwa, près de Saint-Jean-d’Acre, Mahmoud Darwich accomplit des études supérieures en histoire et en sciences sociales à l’Université de Moscou. Incarcéré à plusieurs reprises par les autorités israéliennes, en raison de ses activités de journaliste, Darwich trouve refuge au Caire en 1970. En 1981, il fonde Al-Karmal, une revue littéraire, émanation de l’Union des écrivains palestiniens. En 1984, il élit domicile à Paris. Auteur d’une vingtaine de recueils, il est mort à Houston en 2008.

“Les amitiés particulières selon Radclyffe Hall”, un article de Alain Jumeau

RADCLYFFE HALL
SOUS INFLUENCES
trad. de l’anglais par Michel Poirier,
Autrement éd., 392 p., 23 €

Radclyffe Hall est le nom de plume d’une romancière anglaise, née Marguerite Radclyffe-Hall (1880-1943), qui se faisait appeler « John » par ses proches et cultivait un « look » masculin. Loin d’être aussi célèbre que Virginia Woolf (1882-1941), sa contemporaine, elle a cependant laissé une oeuvre qui présente un réel intérêt. On pourra en juger, grâce à ce roman de 1924, le second qu’elle ait publié, mais en fait le premier qu’elle ait écrit. Certains critiques le considèrent comme sa plus belle production.

“Antonio Saura par lui-même”, un article de Georges Raillard

ANTONIO SAURA PAR LUI-MÊME
Note Book revu, augmenté et illustré
Traduit de l’espagnol par Edmond Raillard
Édition établie, présentée et annotée par Olivier Weber-Caflisch et alii
Archives Antonio Saura – 5 Continents éditions,
431 p., 50 €

Pas un jour sans une ligne. « Nulla dies sine linea ». C’était la règle que s’était donnée le peintre Antonio Saura. Il avait commencé à
écrire quand il commençait à peindre. Ses notes dressaient l’« inventaire » de son travail. Il les appelait « guides de mon labyrinthe
personnel ». Ces réflexions sont guidées « par la spécificité d’une pensée plastique qui utilise la parole comme un complément affiché ».

“Léon Chestov le subversif”, un article de Christian Mouze

LÉON CHESTOV
Revue Europe, n° 960, 384 p., 18,50 €

La revue Europe consacre la plus grande partie de sa livraison d’avril 2009 au philosophe russe Léon Chestov (1866-1938), exilé en France (Paris et région parisienne) à partir de 1921. Sa tombe, au grand cimetière de Boulogne-Billancourt, est peu visitée et quelque peu négligée, à l’image d’une oeuvre reconnue et rappelée de loin en loin. Si l’on n’oublie pas tout à fait Léon Chestov, c’est qu’il ne se laisse pas oublier : combien l’actualité nous le rend alors indispensable…

“Les jésuites dans l’Espagne du XVIe siècle”, un article de Bernard Lavallé

MARCEL BATAILLON
LES JÉSUITES DANS L’ESPAGNE DU XVIe SIÈCLE
Les Belles Lettres éd., 352 p., 35 €

L’histoire de ce livre a quelque chose d’exceptionnel. En un temps où le projet éditorial précède souvent l’écriture d’un ouvrage, celui-ci vient de paraître après une attente de plus de quarante ans.

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“Défense et illustration du multilinguisme”, un article de Jean-Claude Chevalier

FRANÇOIS OST
TRADUIRE
Défense et illustration du multilinguisme
Fayard, coll. « Ouvertures », 421 p., 23 €

Le livre s’ouvre sur l’évocation de Babel, sur les multiples interprétations et mythes qui l’accompagnent, thème aujourd’hui particulièrement récurrent ; le texte biblique est l’objet de traductions renouvelées dont l’une constamment citée par François Ost, celle d’Henri Meschonnic, animée par le souffle et le rythme de la langue primitive.

“La Russie et l’antisémitisme”, un article de George-Arthur Goldschmidt

JEAN-JACQUES MARIE
L’ANTISÉMITISME EN RUSSIE
DE CATHERINE II À POUTINE
Tallandier éd., 448 p., 27 €

L’immense majorité de la population juive en Russie vit au cours du XIXe siècle dans l’enfermement religieux dans la soumission totale aux ordonnances rituelles et sous la constante menace d’incessants massacres, ce qui n’empêche en rien de multiples divisions et des conflits internes.

“Français en résistance”, un article de Laurent Joly

FRANÇAIS EN RÉSISTANCE
Carnets de guerre, correspondances, journaux personnels
Édition établie et présentée par Guillaume Piketty,
Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1169 p., 30 €

Ils s’appelaient Charles d’Aragon, Diego Brosset, Pierre Brossolette, Gabriel Brunet de Sairigné, François Garbit, René Génin, Claire Girard, Philippe Leclerc de Hauteclocque, Louis Martin-Chauffier, René Pleven et Lazare Rachline.

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“Une histoire «au cordeau»”, un article de Pascale Goetschel

DANIEL CORDIER
ALIAS CARACALLA,
MÉMOIRES, 1940-1943
Gallimard, coll. « Témoins », 944 p. 32 €

Afin d’avoir le coeur net sur la teneur des activités de Jean Moulin sous l’Occupation allemande et pour répondre aux accusations taxant l’homme de de Gaulle en France de crypto-communiste, Daniel Cordier, rompant avec des années de silence, commençait, à partir de 1977, des recherches systématiques sur son « patron ». Après quatre imposants volumes biographiques parus entre 1989 et 1990, il offre, dans Alias Caracalla, une autre méthode d’investigation : le jeu de la reconstitution au scalpel des liens entre la France libre et la Résistance intérieure, lus au prisme des mois passés aux côtés de Jean Moulin.

“Les commodités d’aisance”, un article de Julien Damon

ROGER-HENRI GUERRAND
LES LIEUX. HISTOIRE DES COMMODITÉS
La Découverte éd., coll. « Poche », 207 p., 9,50 €

Il faut saluer cette réédition d’un ouvrage original initialement paru en 1985. Le thème est celui des « besoins naturels » et des espaces publics ou privés dévolus à leur satisfaction. Le propos, qui prête assurément au comique troupier et à la plaisanterie graveleuse, n’en est pas moins sérieux, voire grave.

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“Le nouveau répertoire du Français”, un article de Monique le Roux

En alternance salle Richelieu
EDUARDO DE FILIPPO
La Grande Magie
Mise en scène de Dan Jemmett
Jusqu’au 19 juillet
Reprise du 7 octobre 2009 au 17 janvier
ALFRED JARRY
Ubu Roi
Mise en scène de Jean-Pierre Vincent,
Jusqu’au 21 juillet
Reprise du 2 juin à juillet 2010

La Grande Magie d’Eduardo de Filippo mise en scène par Dan Jemmett, Ubu Roi d’Alfred Jarry par Jean-Pierre Vincent : deux pièces en apparence fort éloignées du répertoire de la Comédie-Française, deux spectacles créés à la salle Richelieu sont magnifiés grâce aux moyens de la Maison et surtout à une distribution représentative de la troupe à son meilleur.


La Quinzaine n°994, du 16 au 30 juin 2009

juin 17, 2009

“Une secrète harmonie”, un article de Monique Baccelli

MARTA MORAZZONI
L’INVENTION DE LA VÉRITÉ
trad. de l’italien par Marguerite Pozzoli
Actes Sud éd., 151 p., 16 €

Tout lecteur averti sait que la tapisserie de la reine Mathilde se trouve à Bayeux, qu’elle date du XIe siècle, qu’elle fait soixante-dix mètres de long, et qu’elle relate les hauts faits d’armes de Guillaume le Conquérant. Peut-être sait-il aussi que John Ruskin, critique d’art anglais mort en 1900, est l’auteur de La Bible d’Amiens (traduite en français par Marcel Proust), ouvrage consacré à la cathédrale de cette ville. Ce qu’il ignore sans doute c’est le rapport qui existe entre le chef-d’oeuvre en toile et le chef-d’oeuvre en pierre.

“Des histoires à la fois simples et énigmatiques”, un article d’Agnès Vaquin

ANTONIO TABUCCHI
LE TEMPS VIEILLIT VITE
Gallimard éd., 186 p., 17,50 €

Le temps vieillit vite, un titre inspiré du « tachista geraskei chronos » cité en exergue du recueil. La formule vient d’un « fragment présocratique attribué à Critias ». Antonio Tabucchi regroupe là neuf « récits », des contes selon son coeur, qui paraissent dans leur version française avant d’être édités en Italie, pour cause de gravissime incompatibilité de l’auteur avec le régime de certain « mirliflore de la Telecom »…

“La vérité se trouve dans la fiction”, un article de Constance Quatrebarbès

MAURIZIO MAGGIANI
LE COURAGE DU ROUGE-GORGE
trad. de l’italien par Marguerite Pozzoli
Actes Sud éd., 381 p., 23 €

Maurizio Maggiani nous concocte une cuisine exotique et complexe pour son roman “Le Courage du rouge-gorge” où motifs, parallèles et digressions sont autant d’épices qui rehaussent la saveur de ce roman riche et inattendu.

“Une variation lucide sur la maternité”, un article de Claire Richard

ELENA FERRANTE
POUPÉE VOLÉE
(La figlia oscura)
trad. de l’italien par Elsa Damien
Gallimard éd., 176 p., 18 €

« Je commençai à me sentir mal après moins d’une heure de route. Ma brûlure sur le côté se réveilla mais je décidai pendant un moment de ne pas lui accorder d’importance. » Poupée volée s’ouvre sur une dérive et un accident. Une femme conduit sur une route en surplomb de la mer. Sous l’effet de la fatigue, elle est happée par le souvenir, ou l’hallucination, d’une scène de son enfance, et perd le contrôle de son véhicule.

“La liberté, cet « oiseau de rêve »”, un article de Gabrielle Napoli

EUGEN URICARU
ILS ARRIVENT LES BARBARES !
trad. du roumain par Marily Le Nir
Noir sur Blanc éd., 329 p., 23 €

Eugen Uricaru, une des voix d’opposition dans la Roumanie communiste, en tant que fondateur du groupe Echinox, donne à lire dans Ils arrivent les barbares ! un épisode particulièrement douloureux, et souvent oublié dans nos régions, de l’histoire roumaine. La « fictionalisation » de l’Histoire, pour utiliser un concept de Paul Ricoeur, entraîne le lecteur dans une époque tourmentée, en compagnie de personnages déroutants et parfois inquiétants.

“La maison de la dune”, un article de Hugo Pradelle

MICHÈLE LESBRE
SUR LE SABLE
Sabine Wespieser éd., 160 p., 17 €

Le nouveau livre de Michèle Lesbre poursuit avec modestie un travail sur le temps, la rencontre, le voyage, l’oubli, la force de la parole et le compagnonnage littéraire.

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“Oubli et mémoire”, un article de Hugo Pradelle

SEUMAS O’KELLY
LA TOMBE DU TISSERAND,
UNE HISTOIRE DE VIEUX HOMMES
TheWeaver’s Grave,A Story of Old Men)
trad. de l’anglais (Irlande) par Christine
Trividic et Jean-Claude Lorreau
Attila éd., 128 p., 15 €

EDGAR HILSENRATH
FUCKAMERICA : LESAVEUX DE BRONSKY
Fuck America : Bronskys Geständnis)
trad. de l’allemand par Jörg Stickan
Attila éd., 296 p., 19 €

En donnant à lire le récit puissant d’un Irlandais du début du XXe siècle et le roman échevelé d’un exilé allemand tonitruant, les jeunes
éditions Attila font redécouvrir deux auteurs superbement doués.

“Une vie peut en cacher une autre”, un article d’Alain Joubert

MICHEL DINTRICH
UN MUSICIEN CHEZ LES COUPEURS DE TÊTES
Mille et Une Nuits éd., 272 p., 17 €

Il est bien connu que, placé sous le signe de l’innocence, la première fois que l’on joue au poker, on peut gagner gros. Le poker ou autre chose, peu importe, c’est la première fois qui compte ! Jouer sa vie, par exemple ? Pourquoi pas !

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Soixante-dix poètes modernes de l’Amérique hispanique”, un article de Jacques Fessard

OMBRE DE LA MÉMOIRE
Anthologie de la poésie hispano-américaine
Établie et préfacée par Philippe Ollé-Laprune
Gallimard éd., 781 p., 35 €
CÉSAR VALLEJO
POÉSIE COMPLÈTE
trad. de l’espagnol (Pérou)
et présenté par Nicole Réda-Euvremer Flammarion éd., 406 p., 25 €

Le titre de cette superbe anthologie est emprunté au poète mexicain contemporain José Emilio Pacheco : « La poésie est l’ombre de la mémoire/mais elle sera la matière de l’oubli. »Pour conjurer le second vers, il a été fait appel ici à une douzaine d’excellents traducteurs
qui font vivre dans notre langue la parole de soixante-dix poètes modernes de l’Amérique hispanique, échelonnés sur près d’un siècle.

“Victor Hugo, vrai père du roman moderne”, un article de Jean Lacoste

JEAN-LOUIS CHRÉTIEN
CONSCIENCE ET ROMAN, I
La conscience au grand jour
Minuit éd., 287 p., 28 €

« Le roman se prétend instruit de tout ce qui se passe dans le coeur des héros » observe Stendhal dans les Chroniques italiennes. Cette prétention est constitutive du roman moderne – la prétention de connaître le for intérieur, de dévoiler le « coeur » qui se cache derrière les comportements visibles, de révéler la « conscience » – mais elle ne va pas de soi, en réalité, et c’est de cette interrogation que part le philosophe Jean-Louis Chrétien.

“Montmartre en 1907″, un article de Marie Etienne

ANDRÉ SALMON
LA NÉGRESSE DU SACRÉ-COEUR
Préface de Jacqueline Gojard Postface inédite de l’auteur
Gallimard éd., 300 p., 22 €

MAX JACOB,ANDRÉ SALMON
CORRESPONDANCE, 1905-1944
Édition établie, annotée et présentée par Jacqueline Gojard
« Les Cahiers de la NRF »
Gallimard éd., 360 p., 39 €

De même que la négresse du roman n’est pas Joséphine Baker mais la préfigure, de même André Salmon « fait entrer en poésie, avant Carco et Mac Orlan, le tambour du bal et l’accordéon des faubourgs », célèbre le cirque et les saltimbanques avant Max Jacob,
écrit sur New York avant Cendrars…

“Castoriadis : qu’en est-il de l’Être ?”, un article de Christian Descamps

CORNELIUS CASTORIADIS
HISTOIRE ET CRÉATION
Textes philosophiques inédits (1945-1967)
réunis, présentés et annotés par Nicolas Poirier
Seuil éd., 220 p., 21 €

La parution régulière des oeuvres de Castoriadis aux éditions du Seuil permet de donner à ce penseur sa vraie place – l’une des toutes premières (1). Cet ouvrage qui rassemble des inédits de 1945 à 1967, casse l’image, partielle donc fausse, d’un théoricien dont la vie aurait été partagée en deux moitiés étanches.

“La fierté d’être juif”, un article de Marc Lebiez

ERNST BLOCH
« SYMBOLE : LES JUIFS »
précédé de Les Juifs dans l’Utopie
par Raphaël Lellouche
L’Éclat éd., 176 p., 18 €

Ernst Bloch m’a longtemps fait l’effet d’être un peu trop chrétien. Ne le lisant qu’à travers les références que lui-même donne, je n’avais pas pris garde au fait que certains pouvaient voir dans son nom l’évidence du Juif. Voici que paraît un chapitre supprimé de L’Esprit de l’utopie qui commençait par ces mots : « S’éveille enfin la fierté d’être juif ».

“Le procès des Khmers rouges”, un article de Pierre Pachet

FRANCIS DERON
LE PROCÈS DES KHMERS ROUGES
Trente ans d’enquête sur le génocide cambodgien
Gallimard éd., 476 p., une carte hors-texte, 24,90 €

Le procès des dirigeants « khmers rouges » (l’expression française, forgée par le roi Norodom Sihanouk, a gagné une validité internationale) se déroule enfin à Phnom Penh devant un tribunal mixte cambodgien et international, plus de trente ans après la période de trois ans, huit mois et vingt jours, du 17 avril 1975 au 7 janvier 1979, pendant laquelle ces doctrinaires aux desseins insondables ont terrorisé et exterminé une grande partie de leur peuple : on estime le nombre des victimes par exécution, sous-alimentation, travail exténuant ou d’autres formes de mauvais traitements à 1,7 million au moins.

“Puissance de la statistique aux États-Unis”, un article de Jean-Paul Deléage

EMMANUEL DIDIER
EN QUOI CONSISTE L’AMÉRIQUE ?
Les statistiques, le New Deal et la démocratie
La Découverte éd., 318 p., 26 €

La Grande Dépression des années 1930 a bouleversé jusqu’à la conception que les Américains se faisaient d’eux-mêmes. Pour lancer le New Deal et répondre à la question cruciale : en quoi consiste l’Amérique ? L’administration Roosevelt a dû mettre au point un nouvel outil d’objectivation : les statistiques. Il s’agissait alors de forger de nouveaux instruments d’évaluation et de quantification de l’état du pays et de sa population.

“Théâtre de chambre”, un article de Monique Le Roux

MICHEL VINAVER
NINA, C’EST AUTRE CHOSE
Mise en scène de Guillaume Lévêque
Théâtre nationale de la Colline
jusqu’au 27 juin

De ses débuts militants avec le « Théâtre éclaté » d’Annecy à ses douze années à la tête du Théâtre national de la Colline, Alain Françon a effectué un parcours indissociable de celui de Michel Vinaver. À la fin de sa dernière saison en tant que directeur, il a confié la mise en scène de Nina, c’est autre chose à Guillaume Lévêque, artiste associé, qui fait redécouvrir une pièce quelque peu oubliée.


La Quinzaine n°993, du 1er au 15 juin 2009

juin 3, 2009

“Pierre Michon et les Représentants”, un article de Georges Raillard

PIERRE MICHON
LES ONZE
Verdier éd., 138 p., 14 €
ROBERTO CALASSO
LE ROSE TIEPOLO
essai trad. de l’italien par Jean-Paul Manganaro
Gallimard éd., 330 p., 27,50 €

Un livre énigmatique. Le titre, impair, bat en brèche la distribution par douze de nos symboles. D’autres énigmes, sous forme d’extrapolations, d’interpolations, de surimpressions, de substitutions font apparaître la question fondamentale du récit : qu’est-ce que l’Histoire ? Qu’est-ce que l’Art ? Ou, dit de façon plus englobante : qu’est-ce que la Représentation ? Son rôle, ses moyens, son rapport à la réalité.

“Homme exemplaire et exemplaire d’homme”, un article de Norbert Czarny

AGNÈS DESARTHE
LE REMPLAÇANT
L’Olivier éd., 96 p., 12,50 €

Quand on lui demande où elle est née, Agnès Desarthe montre la couverture d’un roman de Isaac Bashevis Singer : elle vient de là. Non pas de la Pologne évoquée dans les pages du Nobel, mais de ce territoire qu’il construit, et dans lequel rêve et réel sont étroitement imbriqués. Comme l’écrivain de Varsovie, elle est une conteuse, et c’est d’ailleurs sur cette figure particulière que débute “Le Remplaçant”, récit court mais dense.

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“Cinquante ans après”, un article d’Agnès Vaquin

BENOÎT DUTEURTRE
BALLETS ROSES
Grasset éd., 248 p., 17 €

Benoît Duteurtre n’est pas journaliste, il n’est pas historien ni romancier, il est tout à la fois et ses Ballets roses – Les dessous de mai 1958, c’est un livre qui se lit d’une traite. Le terme, assassin et définitif, est dû à « Georges Gherra, journaliste à France-Soir ». L’infamie reste attachée au nom d’André Le Troquer, alors vice-président de l’Assemblée nationale, « cet homme dont on ne prononçait plus le nom sans un sourire narquois ».

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“Avant le point final”, un article de Marie Etienne

PIERRE LARTIGUE
DES FOUS DE QUALITÉ
Gallimard éd., 428 p., 22,90 €

Pierre Lartigue a mis le point final très peu de temps avant sa mort à ce livre haletant qui se dévore jusqu’à la dernière page, et dans lequel il se dépeint, par personnages et situations interposés, dans son amour des mots, de la littérature et du bonheur à vivre.

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” Un continent d’incontinence”, un article de Claire Richard

ÉRIC FOTTORINO
L’HOMME QUI M’AIMAIT TOUT BAS
Gallimard éd., 160 p., 15 €

Michel Fottorino, le père adoptif d’Éric, directeur du journal “Le Monde”, s’est tué en 2008 d’un coup de carabine. Un an plus tard, son fils lui rend hommage dans L’Homme qui m’aimait tout bas. On comprend son besoin d’exorciser sa douleur. Mais après la lecture de son livre, on regrette qu’il ne se soit pas contenté, lui aussi, de l’exprimer tout bas.

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“Le théâtre du monde”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

ALFRED DÖBLIN
BERLIN ALEXANDERPLATZ
Histoire de Franz Biberkopf
nouvelle trad. de l’allemand par Olivier Le Lay
Gallimard éd., 464 p., 24,50 €

Ce roman parut en 1929, au moment même où éclate la grande crise qui bouleversera le monde européen et conduira au génocide hitlérien et au terrorisme stalinien. Dans l’Allemagne vaincue d’après 1919, Berlin, capitale toute récente d’un « second » Reich effondré après à peine cinquante ans d’existence, occupe une place essentielle dans tous les domaines avant de disparaître engloutie par les crimes du IIIe Reich.

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“Un homme sans visage auquel manque le nom”, un article de Alain Joubert

YÛ NAGASHIMA
BAROCOCO
trad. du japonais par Marie Maurin
Philippe Picquier éd., 256 p., 19 €

« Il » habite depuis une semaine le premier et seul étage d’une vieille bâtisse traditionnelle, abritant un magasin d’antiquités spécialisé dans les objets occidentaux, le Barococo. Contre ce « parasitage » d’un logement sommaire, il se charge du ménage de la boutique, s’occupe un peu des clients qui s’attardent en leur préparant du thé derrière le rideau noir qui isole la cuisine, appelle l’antiquaire en titre s’il y a lieu.

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“Henry James sur Robert Browning”, un article d’Alain Jumeau

HENRY JAMES
SUR ROBERT BROWNING
LA VIE PRIVÉE, nouvelle suivie de deux essais
trad. de l’anglais par Jean Pavans
Le Bruit du temps éd., 132 p., 12 €

On se souvient de la récente publication du chef-d’oeuvre monumental du poète victorien Robert Browning (1812-1889), L’Anneau et le Livre, par un nouvel éditeur (voir Q. L. n° 990). En guise d’accompagnement, cet éditeur propose maintenant un petit volume consacré à la manière dont le romancier Henry James (1843-1916) perçoit Browning.

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“W.H. Auden brode sur La Tempête de Shakespeare”, un article d’Alain Jumeau

W. H.AUDEN
LA MER ET LE MIROIR
Commentaire de La Tempête de Shakespeare
Édition bilingue
trad. de l’anglais et présentation de Bruno Bayen et Pierre Pachet
Le Bruit du temps éd., 160 p., 18 €

W. H. Auden (1907-1973) est avec T. S. Eliot (1888-1965) l’une des deux grandes figures qui dominent la poésie anglaise du XXe siècle. Ils semblent, a priori, diamétralement opposés. Tandis qu’Eliot, né Américain, viendra vivre en Europe et deviendra finalement citoyen britannique, Auden suivra un parcours inverse en allant vivre aux États-Unis en 1939 et en adoptant la nationalité américaine en 1946 – avant de revenir en Europe pour de nombreux séjours.

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“Le roman des Juifs d’Europe de l’Est”, un article de Gilles Rozier

Royaumes juifs : trésors de la littérature yiddish
rassemblés et présentés par Rachel Ertel
trad. du yiddish par Delphine Bechtel, Rachel Ertel,
Joseph Gottfarstein, Carole Ksiazenicer-Matheron,
Jacques Mandelbaum, Malkè Mann, Henri
Raczymow, Régine Robin, Raymond Samuel,
Aron Waldman, Aby Wieviorka
coll. « Bouquins », Robert Laffont éd.,
vol. 1, 960 p., 29 € ; vol. 2, 1088 p., 29 €
Le roman des Juifs d’Europe de l’Est
IRÈNEWEKSTEIN
LE ROMAN DES JUIFS D’EUROPE DE L’EST
L’Harmattan éd., 300 p., 28 €

À force de répéter que, dans l’océan de la littérature yiddish, les oeuvres accessibles en traduction française ne sont que quelques gouttes, l’on ne s’était pas rendu compte que depuis 1915, mais surtout depuis trois décennies, près de deux cents textes ont été traduits (pour une liste exhaustive : http://www.yiddishweb.com/medem/autour.htm).

“Être journaliste à l’Est”, un article de Norbert Czarny

IRINA LIEBMANN
BERLIN – MOSCOU – BERLIN
trad. de l’allemand par Marie-Claude Auger
Christian Bourgois éd., 480 p., 25 €

Allez chercher le nom de Rudolf Herrnstadt sur un moteur de recherche. C’est aujourd’hui le Panthéon virtuel, le lieu dans lequel la mémoire des hommes garde trace. Quelques mentions de ce nom et de celui qui l’a porté sur des sites allemands vous donneront une vague idée. Le livre que lui consacre sa fille permet heureusement d’en savoir plus et de mesurer l’importance de cette figure du XXe siècle.

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“La chevauchée de Pancho Villa”, un article de Jacques Fressard

PACO IGNACIO TAIBO II
PANCHO VILLA
trad. de l’espagnol (Mexique) par Claude Bleton
Payot éd., 944 p., 30 €

Qui ne connaît Pancho Villa ou qui ne croit le connaître au moins quelque peu à travers un des nombreux films qui ont popularisé son image sous les traits de Raoul Walsh (dès 1912), de Pedro Armendáriz ou même de l’improbable Yul Brynner ? Ce n’étaient là cependant, il faut bien l’avouer, que des images d’Épinal démenties, dès la photo qui illustre sa couverture, par la passionnante biographie qui nous est offerte aujourd’hui : non Villa ne portait pas d’ordinaire l’ample chapeau conique à larges bords recourbés où l’on a parfois voulu voir un trait caractéristique de la mexicanité.

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“La réapparition d’un monde englouti”, un article de Jean-Jacques Marie

DAVID KING
SOUS LE SIGNE DE L’ÉTOILE ROUGE.
Une histoire visuelle de l’Union soviétique
Gallimard éd., 360 p., 39 €

Plusieurs centaines d’images, reproductions de photographies, d’affiches, de caricatures, de couvertures de livres et de revues, de brochures, de tableaux choisis parmi les 250 000 documents patiemment rassemblés par David King pendant quatre décennies et accompagnés de commentaires succincts mais précis forment l’essentiel de ce volume qui couvre l’histoire de l’URSS de l’époque de la révolution à la victoire provisoire du stalinisme, à la « grande guerre patriotique » et à la mort de Staline.

“Sois un homme !”, un article de Maïté Bouyssy

ANNE-MARIE SOHN
« SOIS UN HOMME ! »
La construction de la masculinité au XIXe siècle
Seuil éd., 462 p., 23 €

Affaire de pairs plus encore que de pères, de modèles et de mentors ou de censeurs, la masculinité contemporaine s’est forgée tout au long du XIXe siècle dans un contexte social global qui ne cesse de donner plus de champ à la parole pour régler la conflictualité. Plutôt allègre, le livre apporte une forme de statut de la preuve à nombre de thèses en débat.

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“Versions du rien”, un article de Laurence Zordan

HÉLÈNE L’HEUILLET
AUX SOURCES DU TERRORISME.
De la petite guerre aux attentats-suicide
Fayard éd., 341 p., 23 €

Le terrorisme actuel ne surgit pas ex nihilo, mais plutôt dans le sillage du nihilisme russe. Sans chercher à montrer qu’Al-Qaïda a été engendré par les anarchistes assassinant le tsar, ce n’est pas céder à la tentation du raccourci historique que de déceler une filiation conceptuelle. Comment le rien est-il manié par le nihilisme pour être agissant ? Au lieu d’affirmer que, du rien, il n’y a rien à dire, comment en démonter les ressorts pour en révéler le potentiel destructeur ? Comment le rien devient-il figure de l’excès et non le signe de ce qui est lacunaire ? Un excès qui empêche de penser en se posant comme impensable. Résister à cette intimidation impose de mobiliser toutes les sources du savoir. Ambitieuse, une telle entreprise théorique est indispensable pour s’éveiller d’un sommeil dogmatique peuplé de clichés.

“Un art singulier”, un article de Francis Hofstein

JEAN-PIERRE MOUSSARON
L’AMOUR DU JAZZ
1. Portées
Galilée éd., 160 p., 28 €

Lorsque Jean-Pierre Moussaron écrit, page 63, que « considérée dans le temps et l’espace, la musique de jazz équivaut à un véritable texte au sens de Barthes : vaste champ d’un pluriel de voix, d’une trame multiple et différenciée de codes, d’un tissu bariolé de sons entrelaçant les discours dont la richesse hétérogène déploie l’incantation générale », il donne le ton, le rythme et le projet de L’Amour du jazz, son bien nommé dernier livre.


Zacco et Vanzetti par John Dos Passos

mai 20, 2009

“Le rêve de Sacco et Vanzetti”, un article de Laurence Zordan

JOHN DOS PASSOS
DEVANT LA CHAISE ÉLECTRIQUE
Sacco et Vanzetti : histoire de l’américanisation de deux travailleurs étrangers
coll. « Arcades », Gallimard éd., 192 p., 19 €

« Sauvez Sacco et Vanzetti ! » : exhortation de Dos Passos au printemps 1927. À peine quelques mois plus tard, dans la nuit du 23 août, après sept ans de procédure judiciaire, les deux condamnés meurent sur la chaise électrique. Tempo macabre où le vertige de la mort entraîne dans un tourbillon frénétique après des années de procédure. Retrouvez la suite de l’article dans la Quinzaine n°992


La Quinzaine n°991, du 1er au 15 mai 2009

mai 8, 2009

“Fou d’Emma, lui aussi”, un article d’Agnès Vaquin

ALAIN FERRY
MÉMOIRES D’UN FOU D’EMMA
Seuil éd., 272 p., 21 €

Après Philippe Doumenc et comme Claro naguère, voici qu’Alain Ferry s’en prend à l’inépuisable Bovary. Il intitule son livre Mémoire d’un fou d’Emma. Le mot « mémoire » doit s’entendre au masculin singulier : « Nous avons soumis ce mémoire d’Emma au râteau de la bienséance. »

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“Une romancière inattendue”, un article de Maurice Mourier

CLAUDINE HELFT
UN DIVORCE D’AMOUR
La Différence éd., 126 p., 14 €

En 2007, Claudine Helft, auteur de huit recueils publiés chez d’autres éditeurs, a donné à La Différence le neuvième, sous le beau titre provocant Une indécente éternité, où une pure voix de femme célébrait, sur un mode lyrique devenu plutôt rare aujourd’hui et d’autant plus précieux, la persistance mentale des disparus très aimés et l’acceptation de l’indécence que c’est de continuer à vivre « après ».

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“Rêves d’enfance”, un livre de Gabrielle Napoli

GYÖRGY DRAGOMÁN
LE ROI BLANC
Gallimard éd., 296 p., 23,50

En Roumanie, au milieu des années 80, un jeune garçon de onze ans doit dire au revoir à son père, que des collègues de bureau sont venus chercher dans une fourgonnette grise. L’attente interminable de l’enfant à qui le père a promis de l’amener à la mer dès son retour, les sous-entendus de ses camarades de classe, la progressive prise de conscience de la réalité, et la vie qui continue, tant bien que mal, pour le narrateur, tout est décrit avec beaucoup de pudeur et d’émotion dans Le Roi blanc, remarquable roman d’un jeune auteur transylvain.

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“Entrée des fantômes”, un article d’Alain Joubert

STANISLAS RODANSKI
REQUIEM FOR ME
Édition des Cendres (8, rue des Cendres, Paris 20e)
144 p., 18 €

Les fantômes existent. La preuve : c’est un fantôme qui trace ces lignes. De fait, le jour où j’ai perdu celle qui fut ma compagne pendant quarante-huit ans, j’ai réalisé que les fantômes n’étaient pas ceux qui partent, mais bien ceux qui restent. C’est donc en spécialiste que je sais reconnaître un fantôme lorsque les circonstances m’amènent à en croiser un – ou plusieurs –, sur ce chemin qui ne mène nulle part : la vie. « Il y a un autre monde, mais il est dans celui-ci », écrivit un jour Paul Eluard.

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“Vivre dans les livres”, un article de Tiphaine Samoyault

WILLIAM MARX
VIE DU LETTRÉ
Minuit éd., 240 p., 18 €

En cette période où ce qu’on appelait autrefois « les humanités » (et que recouvrent en partie les actuelles « sciences humaines ») font l’objet d’un mépris bruyant, l’ouvrage que William Marx consacre à la vie – c’est-à-dire le quotidien, l’existence concrète, l’éthos du lettré – est particulièrement salutaire. Où l’on voit que le dévouement aux livres ne fait pas seulement de ses sectateurs des rats de bibliothèques improductifs et stériles mais fonde « une communauté secrète, reliée à travers les temps et les lieux par des rites partagés, des habitudes analogues, des affinités mystérieuses ».

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“Fantasmagories de Faust”, un article de Laurent Margantin

GOETHE
FAUST
Urfaust, Faust I, Faust II
Édition établie par Jean Lacoste et Jacques Le Rider
Bartillat éd., 800 p., 25 €

Toute sa vie, Goethe n’a cessé de revenir à la figure de Faust. En France, nous connaissons surtout, grâce à la traduction de Gérard de Nerval, sa première pièce de théâtre inspirée par la légende du savant allemand pactisant avec le diable, et moins le Second Faust, achevé par le poète quelques mois avant sa mort. L’intérêt de cette édition est de nous offrir les deux œuvres dans une nouvelle traduction, en les faisant précéder d’un premier texte beaucoup moins connu, l’Urfaust, véritable matrice des versions ultérieures qui permet au lecteur français de découvrir le monument littéraire dans sa totalité.

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“À la mer”, un article de Hugo Pradelle

JOSEPH CONRAD
LE NAUFRAGE DU TITANIC ET AUTRES RÉCITS SUR LA MER
trad. de l’anglais par Christophe Jaquet
Arléa éd., 148 p., 16 €

Lisant ces huit textes, nous approfondissons la place immense que la mer occupa dans l’œuvre de Joseph Conrad. Autour d’une enquête sur le naufrage du Titanic se forme, entre souvenirs émouvants et réflexions savantes, une constellation de récits divers.

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“L’univers comme cirque”, un article de Gilbert Lascault

ALEXANDER CALDER : LES ANNÉES PARISIENNES (1926-1937)
CENTRE GEORGES-POMPIDOU
18 mars – 20 juillet 2009

ARNAULD PIERRE
CALDER. LA SCULPTURE EN MOUVEMENT
coll. « Découvertes », Gallimard éd., 112 p., 150 ill., 12,90 €

ALEXANDER CALDER
ANIMAL SKETCHING
Dilecta éd., 104 p., 24 €
CATALOGUE Centre Pompidou éd., 420 p., 300 ill. coul., 39,90 €

Riche, passionnante, l’exposition d’Alexander Calder (1898-1976) rassemble plus de 300 œuvres : sculptures, peintures, jouets, dessins, photographies, f ilms, documents souvent inédits. Inventif, jovial, Calder, l’Américain de Paris, est un titan raffiné et fraternel.

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“Actualité d’Auguste Comte”, un article de Laurent Fedi

JEAN-FRANÇOIS BRAUNSTEIN
LA PHILOSOPHIE DE LA MÉDECINE D’AUGUSTE COMTE.
Vaches carnivores, Vierge Mère et morts vivants
PUF éd., 210 p., 22 €

« Comte lutta toute sa vie contre la folie. » Étrange entrée en matière que ce rappel biographique qui nous ramène au temps où Comte était caricaturé en scientiste mégalomane. Cette époque est heureusement révolue. On sait aujourd’hui que le positivisme est une anthropologie de la connaissance tout à fait originale et une philosophie des régulations entre science et société.

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“Pour un vrai travail scientifique”, un article de Jean-Paul Deléage

PAUL BOGHOSSIAN
LA PEUR DU SAVOIR.
Sur le relativisme et le constructivisme de la connaissance
Agone éd., 224 p., 20 €

Les débats contemporains en philosophie et sociologie des sciences n’apportent aucun argument sérieux en faveur d’un bouleversement radical de nos concepts communs et classiques de vérité et de connaissance.

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“Nouveaux regards sur les massacres du Constantinois en mai 1945″, un entretien réalisé par Omar Merzoug

Guelma, 1945, une subversion française dans l’Algérie coloniale (la Découverte)

Historien, membre du comité d’Esprit, Jean-Pierre Peyroulou propose, dans un ouvrage intitulé Guelma, 1945, une subversion française dans l’Algérie coloniale (La Découverte), un éclairage nouveau sur les tragédies du Constantinois. Pour les lecteurs de La Quinzaine, il précise ce qui fait la singularité de son propos.

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“Composition française”, un article de Maïté Bouyssy

MONA OZOUF
COMPOSITION FRANÇAISE
Retour sur une enfance bretonne
Gallimard éd., 260 p., 17,50 €

Le questionnement de Mona Ozouf sur « la part non choisie de l’existence » a ceci de dynamique qu’elle reste toujours politique quandbien même elle ne traite que des héritages, père, mère et société : une famille bretonne en ses nuances multiples, l’école comme habitus et tous les autres ingrédients d’une France IIIe République. La force du livre tient en outre au sens de la durée de l’auteur qui lui permet de scruter les voies de la liberté au filtre des héritages et du labyrinthe des attachements.

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“Questions sociales”, un article de Pierre-Yves Cusset

JULIEN DAMON
QUESTIONS SOCIALES : ANALYSES ANGLO-SAXONNES.
Socialement incorrect ?
PUF éd., 240 p., 22 €

Julien Damon, ancien chef du département des questions sociales au Centre d’analyse stratégique, ancien rapporteur du Grenelle de l’insertion, spécialiste des politiques familiales et de la prise en charge des sans-abri, nous propose avec son dernier ouvrage un véritable OVNI éditorial. Ce dernier se présente en effet sous la forme d’une compilation de comptes-rendus critiques d’ouvrages anglo-saxons portant sur les questions sociales, publiés pour la majorité d’entre eux dans la rubrique « Livres et idées » de la revue Sociétal.

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“La musique comme amour”, un article de Thierry Laisney

THIERRY MARTIN-SCHERRER
L’EXIL MUSICAL
Les Belles Lettres éd., 280 p., 35 €

Malgré son titre, L’Exil musical parle plus de rencontre que de séparation. Si l’auteur dit lui-même de son livre que c’est une série de variations sur l’impossibilité pour les mots de « rendre compte du mystère de la musique », le thème qui s’en dégage encore plus nettement est la relation qui unit un appel, celui de l’œuvre musicale, et un désir, celui de l’auditeur.