L’Histoire en BD

septembre 7, 2009

«Ils sont fous ces Romains !» La bande dessinée à l’épreuve de l’Histoire, un article de Vincent Milliot

Objectif bulles.
Bande dessinée et Histoire
sous la direction de Michel Porret,
Georg éditeur, coll.
« L’équinoxe », 302 p., 22 €

Dans sa vie académique, Michel Porret est aujourd’hui l’un des historiens les plus réputés du droit de punir et de l’histoire de la justice à l’époque des Lumières. Côté jardin, c’est un collectionneur passionné et un amateur éclairé de bandes dessinées. Et lorsque la passion du métier d’historien rencontre celle du lecteur de vignettes illustrées, cela donne un ouvrage collectif passionnant, inspiré par une source imprimée d’une importance majeure pour étudier les imaginaires sociaux contemporains.

S’inscrivant dans le sillage de la littérature d’aventures qu’élaborent au XIXe siècle et parmi d’autres, Walter Scott, Alexandre Dumas, Fenimore Cooper ou Jules Verne, la bande dessinée appartient aux dispositifs de fiction qui glorifient l’imaginaire de l’aventure comme récit héroïsé du dépassement de soi dans la quête courageuse du bien. Elle décline une « mystique moderne » liée à la figure romantique et individualiste de l’aventurier redresseur de torts dans tous ses états, du savant à l’explorateur, du militaire au globetrotter, du détective au journaliste d’investigation. Longtemps dévalorisée sur le plan culturel par les censeurs et les moralistes qui l’opposent à la grande littérature, la bande dessinée est un produit littéraire lié des modes de production socio-culturelle, matérielle et économique de dimension industrielle…Retrouvez la suite de l’article dans la Quinzaine n°998


“Que peut la Gauche ?”, un article de Jean Chesneaux

juin 21, 2009

Archives

422_01_01A l’occasion de la mise en ligne de l’intégralité des couvertures du bimensuel sur le site internet www.quinzaine-litteraire.presse.fr ou www.quinzaine-litteraire.presse.fr, la Quinzaine vous propose de redécouvrir, chaque semaine, l’un de ses nombreux (et encore très actuels) numéros spéciaux.

Cette semaine, coup de projecteur sur “La Gauche en question“, le numéro spécial du mois d’août 1984. Voici en intégralité l’article de Jean Chesneaux. (Ce numéro est disponible sur le site de la Quinzaine via le feuilletage des couvertures, en sélectionnant l’année 1981, puis le n°353. En un clic, vous pourrez afficher son sommaire. Si vous êtes abonné, vous pourrez télécharger l’intégralité de ce numéro.)

Au printemps 1981, « état de grâce» avait signifié hausses massives du SMIC et des prestations sociales, relance des investissements public notamment en direction des nouvelles technologies, discours de solidarité et de progrès. Au printemps 1984, la débâcle lorraine ouvre la série des restructurations industrielles chirurgicales, on prépare l’opinion à une « diète budgétaire» féroce, l’entreprise est réhabilitée, mais l’électorat de gauche s’est effondré dans les sondages de popularité présidentielle. Tout semble avoir basculé au terme de trois petites années si vite passées, et que reste-t-il de nos amours ?

Lisez la suite de cette entrée »


“L’humour” au temps de colonies… quand les mots font mal

mars 27, 2009

Vendredi 27 Mars à 19h, la librairie Ishtar, à Paris, organise une rencontre animée par l’historien Alain Ruscio et l’écrivain Roland Laffitte autour du thème : “L’humour” au temps des colonies…Quand les mots font mal.

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Pour plus d’informations  :

Librairie Ishtar
10 rue du Cardinal Lemoine 75005 Paris
Tel:01.43.29.33.08 Fax:05.47.55.11.93
contact@espace-ishtar.fr


La Quinzaine n°984, du 16 janvier au 31 janvier 2009

février 1, 2009

Pour une critique de la raison neurobiologique, un article de Catherine Malabou

JEAN-PIERRE CHANGEUX, DU VRAI, DU BEAU, DU BIEN
Une nouvelle approche neuronale
Odile Jacob éd., 545 p., 29 €

Écrire le compte-rendu critique d’un livre de neuroscience, surtout lorsqu’il porte un titre aussi peu neuroscientifique et si évidemment philosophique que celui de Jean-Pierre Changeux, Du Vrai, du Beau, du Bien, est pour le philosophe une véritable gageure. En effet, celui-ci semble n’avoir d’autre alternative que d’approuver sans réserve cette tentative de domination du champ philosophique par la neuroscience d’une part, de résister de toutes ses forces à ce qui lui apparaîtra nécessairement comme une usurpation, une captation des idées métaphysiques par la neurobiologie d’autre part.

Infléchir la trajectoire suicidaire, un article de Jean-Paul Deléage

ANDRÉ LEBEAU, L’ENFERMEMENT PLANÉTAIRE
Le Débat/Gallimard éd., 312 p., 19 €

Après L’Engrenage de la technique, essai sur une menace planétaire, André Lebeau nous livre une nouvelle réflexion sur les conséquences planétaires de l’agir humain. Notre espèce se heurte désormais aux limites
biophysiques de la planète Terre.


bernardcazesUne visite au Musée des Futurs, un article de Julien Damon

BERNARD CAZES, HISTOIRE DES FUTURS
Les figures de l’avenir de saint Augustin au XXIe siècle
L’Harmattan éd., 507 p., 41,50 €

Bernard Cazes nous invite à une visite du Musée des Futurs. Maître d’oeuvre d’un authentique chef-d’oeuvre éditorial (car sans égal et d’excellente tenue), l’ancien responsable des études à long terme du défunt Commissariat au Plan nous fait traverser les galeries et les départements de son conservatoire des figures, des images et des analyses de l’avenir.


Vies parallèles, un article de Norbert Czarny

PATRICK DEVILLE, EQUATORIA
Seuil éd., 336 p., 22 €

« C’est une époque où le blanc des cartes fond comme neige au soleil », écrit Patrick Deville de la fin du XIXe siècle. Au moment où il écrit Equatoria, les couleurs multiples couvrent les atlas et à sa manière, le romancier en rend la profusion dans un livre qui a pour cadre l’Afrique : celle du méconnu Savorgnan de Brazza, celle de Jonas Savimbi et de tant d’autres héros, « traîtres et indécis ».


La « République des jésuites », un article de Monique Baccelli

EUGENIO CORTI, LA TERRE DES GUARANIS
trad. d’Andrea Vanicelli et Jean-Marie Debois
L’Âge d’homme éd., 379 p., 25 €

Un roman historique qui se présente avec toutes les caractéristiques du genre, si ce n’est qu’il nous est livré sous forme de scénario cinématographique, avec des dialogues reliés par des didascalies, et des indications précises de prise de vue : fondu, gros plan, flash-backs, etc. Ce qui surprend un peu, mais a sa raison d’être.




Alliés substantiels, un article de Norbert Czarny

LINDA LÊ, AU FOND DE L’INCONNU POUR TROUVER DU NOUVEAU
Christian Bourgois éd., 146 p., 17 €

Lecteurs, fréquentant assidûment les librairies et errant dans les allées des bibliothèques, nous ne sommes jamais rassasiés. Les livres s’accumulent sur nos rayonnages, on se demande sans cesse lesquels emporter, transmettre aux amis et aux proches, et arrive un autre livre qui nous recommande tel ou tel écrivain. Le petit recueil de Linda Lê est de ces ouvrages qui donnent envie de tourner d’autres pages, de plonger au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau, selon la formule de Baudelaire.


Une traversée du siècle, un article de Georges Guillain

GEORGES-EMMANUEL CLANCIER, VIVE FUT L’AVENTURE
Gallimard éd., 205 p., 17,90 €

Passager du temps, pour reprendre le titre d’un de ses précédents recueils, Georges-Emmanuel Clancier, né quelques semaines avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, a traversé quasiment toute l’histoire du XXe siècle. Ce qu’il en retient aujourd’hui dans ce livre bilan, ce livre testament, significativement intitulé Vive fut l’aventure, c’est le miracle d’une poésie reconnaissante et grave, restée malgré les ans, les mécomptes des temps, alerte et fraîche. En un mot : lumineuse.


Provocateur, un article de Odile Hunoult

JEAN-LUC CAIZERGUES, MON SUICIDE, poésie-fiction
Flammarion éd., 336 p., 20 €

Drôle de livre, dans la collection « Poésie » de Yves di Manno. « Poésie-fiction » dit le sous-titre : les trois premières parties, Petit catalogue de vente par correspondance, Perdant, Mon suicide, sont des fictions écrites comme des poèmes, si l’on entend qu’un poème a, sur la page, une disposition plus ou moins différente de la prose. Le « vers » de Jean-Luc Caizergues est court, très court, hoquetant même. Le mot final peut être rectifié, coupé en deux, rejeté en début de ligne suivante : une verticalité de potence.


Découvrir Ingeborg Bachmann, un article de Tiphaine Samoyault

INGEBORG BACHMANN, MALINA, trad. de l’allemand par Philippe Jaccottet et Claire de Oliveira
Seuil éd., 285 p., 21,50 €
revue IF n° 32 (32 rue Estelle, 13006 Marseille)
Seuil éd., 80 p., 12 €

La première traduction du seul roman achevé d’Ingeborg Bachmann, publié en Autriche en 1971, datait de 1973 et était épuisée depuis un bon moment. Cette traduction de Philippe Jaccottet est reprise aujourd’hui dans une version sensiblement améliorée par Claire de Oliveira et elle invite à lire ou à relire une oeuvre qui, par bien de ses aspects, est encore à découvrir.


Le Socrate de Xénophon, un article de Pierre Thillet

XÉNOPHON et SOCRATE, édité par M. Narcy et A. Tordesillas
Vrin éd., 321 p., 32 €, 1 vol.

Ce volume contient les actes du colloque qui s’est tenu à Aix-en-Provence, en novembre 2003, consacré à Xénophon et Socrate.








Le spectateur émancipé, un article de Pierre Saint-Germain

JACQUES RANCIÈRE, LE SPECTATEUR ÉMANCIPÉ
La Fabrique éd., 150 p., 13 €

Invité par diverses institutions universitaires, culturelles ou artistiques, Jacques Rancière a poursuivi sa réflexion sur l’art moderne, sa réception et son appréciation critiques. Les cinq textes qu’il réunit repartent d’une conceptualisation progressivement élaborée et exposée depuis La Nuit des prolétaires (1981) jusqu’à Politique de la littérature (2007), qui fait le lien entre politique et esthétique, agir et sentir.


Légèreté des mots, douceur des photos, un article de Odile Hunoult

FRANÇOISE DOLTO, ARCHIVES DE L’INTIME, sous la dir. de Yann Potin
Textes de Catherine Dolto, Muriel Djéribi-Valentin, Manon Pignot, Yann Potin, Jean-Pierre Winter
Gallimard éd., 256 p., 29,50 €

Archives de l’intime paraît pour le centenaire de la naissance et le vingtième anniversaire de la mort de Françoise Dolto (le 6 novembre 1988). Difficile, tant le plaisir est grand de feuilleter ces archives, de ne pas ajouter au flot de bénédictions qui traîne autour de Françoise Dolto.


Un Voltaire d’aujourd’hui, un article de Jean M. Goulemot

RAYMOND TROUSSON, VOLTAIRE
Tallandier éd., 798 p., 30 €

Raymond Trousson, professeur à l’Université libre de Bruxelles, est un spécialiste internationalement reconnu du XVIIIe siècle. Depuis quelques années il se consacre à la biographie des grandes figures des Lumières, Rousseau, Diderot et maintenant Voltaire.




De l’amour des beaux-arts, un article de Vincent Milliot

CHARLOTTE GUICHARD, LES AMATEURS D’ART À PARIS AU XVIIIe SIÈCLE
Champ Vallon éd., 400 p., 29 €

En 1767, dans les Salons, Diderot s’enflamme avec sa verve coutumière contre la « race maudite » des amateurs d’art. Objet de multiples critiques à la veille de la Révolution, cette figure sociale dont l’apogée se situe entre le triomphe du mécène au XVIIe siècle et celui du collectionneur au XIXe siècle, a pourtant constitué un acteur essentiel du système monarchique des arts au temps des Lumières, comme l’explique Charlotte Guichard, dans un ouvrage à bien des égards passionnant.


L’agonie du néolibéralisme, Entretien de Ignacio Ramonet par Omar Merzoug

Ancien directeur du Monde diplomatique, co-fondateur d’ATTAC, auteur de La Tyrannie de la communication (1999), Propagandes silencieuses (2000), Guerres du XXIe siècle (2002), Ignacio Ramonet publie Le Krach parfait (Galilée), un essai sur la récente crise financière. Pour les lecteurs de La Quinzaine littéraire, il en explique les tenants et les aboutissants.


À Londres, des économistes et des philosophes réfléchissent sur le marché, un article de Christian Descamps

En organisant une rencontre, en décembre 2008, la fondation Templeton – cette association philanthropique pour soutenir la recherche qui aime poser des « big questions » – se demandait, à l’automne : « Est-ce que le libre marché corrompt la moralité ? » Dans la capitale britannique, cette interrogation fut relancée à partir d’une plaquette où une dizaine d’intervenants répondent, prennent partie, avec plus ou moins de bonheur.


aube_ellouetLe grand large, un article de François-René Simon

YVES ELLÉOUËT
DVD (81 min) de Dominique Ferrandou, Livret de 96 p.
TFV Production éd., www.studioswinwin, 23 €

Aube Elléouët, la fille d’André Breton – la « chère Ecusette de Noireuil » de L’Amour fou –, n’est pas du genre à thésauriser : à son actif, entre autres, la production d’une collection de DVD. Dernier en date : Yves Elléouët (1932-1975), peintre et écrivain inspiré.


Théâtres en capitales, un article de Maïté Bouissy

CHRISTOPHE CHARLE, THÉÂTRES EN CAPITALES
Naissance de la société du spectacle à Paris, Berlin, Londres et Vienne
Albin Michel éd., 574 p., 29 €

En capitales, comme au sommet de l’affiche et dans les capitales majeures de l’Europe d’avant 1914, Paris, Londres, Berlin et Vienne, le théâtre ne cesse de solliciter des publics dont la fonction est d’être là sans être là (pour reprendre une formule de Peter Brook). Christophe Charle fait jouer par le chiffre et par le texte tous les ingrédients du succès rêvé par chacun des agents de l’entreprise théâtrale et la comparaison de ces « sociétés en spectacle » renvoie à notre actualité, car sa grille de lecture se médite au présent.


La Quinzaine n°983, du 1er janvier au 15 janvier 2009

janvier 20, 2009

L’avion, l’amour, le ciel, la tristesse et l’espoir, un article de Christine Spianti

SIMONE DE BEAUVOIR, TOUT CONNAÎTRE DU MONDE
Textes choisis et présentés par Éric Levéel, coll. « Voyager avec… »
La Quinzaine littéraire/Louis Vuitton éd., 272 p., 26 €

En cette année 2008 où l’on se souvient que Simone de Beauvoir est née le 9 janvier 1908, ce recueil retrace tous les voyages qu’elle a effectués, à travers des textes tirés de sa correspondance et de ses mémoires, réunis sous le titre Tout connaître du monde. Trois lettres de Sartre inédites et les photos en noir et blanc de Janine Niepce complètent ce volume. L’ensemble évoque plusieurs époques du monde, des années 30 aux
années 70, des histoires de gens et de paysages si changés depuis. Une passion de la découverte aussi, quand, de Meyrignac à Gao, en passant par Londres et l’Amazonie, chaque jour mène quelque part.

Démocratie décérébrée et mondialisation émotionnelle, un article de Laurence Zordan

AL GORE, LA RAISON ASSIÉGÉE
Fayard éd., 319 p., 21 €
DOMINIQUE MOÏSI, LA GÉOPOLITIQUE DE L’ÉMOTION
Flammarion éd., 268 p., 20 €

La démocratie délibérative, supposant débats, arguments, est-elle supplantée par une démocratie décérébrée, une fois que la raison assiégée a rendu les armes devant l’émotion ? « Raison assiégée », alors que le titre original de l’ouvrage d’Al Gore ne met pas l’accent sur l’aspect obsidional, mais sur l’assaut.


ozRencontre avec Amos Oz, entretien

Amos Oz était à Bastia le 29 novembre dernier, pour recevoir le prix Ulysse, remis par l’association Arte Mare, et qui consacre un auteur du Bassin méditerranéen. Le romancier israélien est dans l’actualité puisque avec David Grossmann, Abraham Burg et des ex-militants du Parti Travailliste, il crée un parti « Colombe », qui présentera des candidats aux élections de février 2009. Nous l’avons interrogé sur ce thème comme sur bien d’autres, plus littéraires, qui traverse son oeuvre.


Variations sur la mort, un article de Gabrielle Napoli

SÁNDOR MÁRAI, LE PREMIER AMOUR
trad. du hongrois par Catherine Fay
Albin Michel éd., 320 p., 20 €

C’est le premier roman de celui qu’Imre Kertész considère comme le plus remarquable des écrivains hongrois que la traduction de Catherine Fay nous permet de lire aujourd’hui. Les fidèles de Sándor Márai retrouveront dans Le PremierAmour la finesse d’analyse du romancier. Loin des Mémoires de Hongrie ou de Libération, qui mettent davantage l’accent sur l’Histoire hongroise, il s’agit ici de se plonger, grâce à la forme du
journal intime, dans l’intériorité, bouleversée et bouleversante, d’un professeur de latin d’une petite ville de province, à quelques mois de la retraite.


Werner Kofler : « L’art doit détruire la réalité », un article de Laurent Margantin

WERNER KOFLER, AUTOMNE, LIBERTÉ
Herbst, Freiheit, Nahorstück
trad. de l’allemand par Bernard Banoun
Absalon éd., 128 p., 17 €

Rejetant le réalisme, tout un courant de la littérature autrichienne conjugue critique de la société et bouleversement des structures romanesques traditionnelles. Werner Kofler s’inscrit dans la lignée des grands prosateurs de langue allemande occupés à défaire tous les codes de l’écriture littéraire.


Le voyage qui ne finit jamais, un article de Hugo Pradelle

NORDAHL GRIEG, LE NAVIRE POURSUIT SA ROUTE (Skibet gaar videre)
trad. du norvégien par Hélène Hilpert et Gerd de Mautort (revu par Ph. Bouquet)
Les Fondeurs de Briques éd., 172 p., 16 €

Soixante ans après sa première publication en France, nous redécouvrons, dans une traduction largement remaniée, le plus célèbre roman de Nordahl Grieg (1902-1943), figure de proue des lettres norvégiennes. Un huis clos maritime et lyrique qui s’inscrit dans une filiation passionnante et inépuisable.


caradecFrançois Caradec, donnez régulièrement de vos nouvelles !, un article de Jean-Jacques Lefrère

Dans une toute récente Quinzaine littéraire, Maurice Nadeau évoquait la disparition de François Caradec, survenue le 13 novembre dernier. D’une manière qui a un peu surpris, en tout cas passablement inattendue, la presse a donné un large écho à cette disparition, comme s’il lui importait de compenser d’un coup la discrétion dont elle avait fait preuve à son égard pendant nombre d’années.


Le Paris de Heine, un article de Jean-Luc Tiesset

HENRI HEINE, LUTÈCE, LETTRES SUR LA VIE POLITIQUE, ARTISTIQUE ET SOCIALE
DE LA FRANCE
présentation de Patricia Baudouin
La Fabrique éd., 475 p., 25 €

En écho aux diverses manifestations qui marquèrent en 2006 le cent-cinquantième anniversaire de la mort d’Heinrich Heine, la publication de ce livre dans le contexte européen actuel est une heureuse initiative. D’autant que Patricia Baudouin l’a doté d’une présentation et d’un appareil critique propres à rendre la lecture agréable à ceux qui ne sont pas obligatoirement fins connaisseurs de l’histoire de la Monarchie de Juillet…


« Sans que j’y pense… », un article de Marie Etienne

Fiction ou vérité, l’auteur prétend avoir retrouvé des papiers qui fourniraient ici matière à poésie.

MATHIEU BÉNÉZET et PHILIPPE HÉLÉNON, NE TE CONFIE QU’À MOI
Flammarion éd., 200 p., 18 €






Les équivoques de la chair, un article de Omar Merzoug

FLORENCE COLIN-GOGUEL, L’IMAGE DE L’AMOUR CHARNEL AU MOYEN ÂGE
Préface de Michel Pastoureau
Seuil éd., 189 p., 45 €

Extrait: “Parce que son idéal demeure l’imitation du Christ, le chrétien bute sur la chair dans laquelle on lui a enseigné à voir une abjection. L’aspiration du fidèle à la vertu se fait au prix d’un déchirement intérieur dans l’exacte Rédemption. Le Révérend Père Malebranche se désespérait de voir les hommes de son temps si entêtés de « choses corporelles » qu’ils négligeaient de cultiver l’esprit, « leur âme esclave du corps » chérissant les divertissements. “


Yo Picasso, un article de Georges Raillard

PHILIPPE DAGEN, PICASSO
Hazan éd., 512 p., 500 ill.,
140 €, 170 € à partir du 1er février

Cette monographie de Picasso par Philippe Dagen est une somme.
Précise, écrite avec allégresse, elle nous entraîne sur les chemins pris par Picasso durant sa longue vie. Comme si nous suivions pour la première fois le mouvement de sa peinture.


Derrida et la fable du politique, un article de René Major

JACQUES DERRIDA, LA BÊTE ET LE SOUVERAIN
Galilée éd., 462 p., 33 €

Qui veut comprendre quelque chose aux arcanes de la politique – aussi bien de celle d’hier que de celle d’aujourd’hui – ne pourra désormais s’exempter d’avoir lu La bête et le souverain. Mais sa lecture devra s’armer de patience, de la patience de l’animal qui guette sa proie ou de la bête constamment sur le qui-vive, pour traverser la forêt de cet imposant
bestiaire politique, riche de figures animales comme figures du politique, cette forêt dans laquelle l’auteur s’avance lui-même à pas de loup pour surprendre, et s’en étonner, les guets-apens de la langue, de la traduction et de l’interprétation, au sein d’une même langue comme d’une langue à l’autre, des pièges qui parsèment l’histoire occidentale de la pensée cherchant à cerner ce qui serait le propre de l’homme et le propre de l’animal.


D’Alphonse Allais à Karl Marx, un article de Jean-Jacques Marie

VINCENT PEILLON, LA RÉVOLUTION FRANÇAISE N’EST PAS TERMINÉE
Seuil éd., 212 p., 16 €
FRANÇOIS RUFFIN, LA GUERRE DES CLASSES
Fayard éd., 240 p., 19 €

Si l’on en croit la quatrième de couverture de l’ouvrage de Vincent Peillon une nouvelle étoile serait enfin apparue dans le ciel plutôt désertique de l’intelligentsia française : « Ce livre est le premier acte d’une nouvelle génération  intellectuelle et politique qui a décidé, sans craindre la polémique et la responsabilité, d’écrire enfin son histoire, de courir son risque, d’enfanter son propre temps, de construire son espérance. » Dans ces lignes modestes on reconnaît la plume de l’auteur lui-même. C’est la version littéraire du self-service.

La Bretagne et les Bretons, un article de Jean-Maurice Legal

JOËL CORNETTE, HISTOIRE DE LA BRETAGNE ET DES BRETONS
Tome I. Des âges obscurs au règne de Louis XIV
Tome II. Des Lumières au XXIe siècle
Seuil éd., 733 p. et 749 p., 26 €

Une somme d’informations, aisément accessible et dans un format commode, c’est ce que Joël Cornette offre à un public de lecteurs allant de l’amateur d’histoire, ancienne et contemporaine, à l’érudit ou à l’historien spécialisé. C’est aussi, tout au long du commentaire des faits établis, une histoire de l’historiographie traditionnelle et moderne de la Bretagne et des discussions qui en ont jalonné le cours. C’est là un ouvrage de référence.


L’homme aux quatre visages, un article de Bernard Cazes

OLIVIER DARD, BERTRAND DE JOUVENEL
Perrin éd., 528 p., 25 €

Olivier Dard avait bien des raisons de s’intéresser à la personnalité de Bertrand de Jouvenel (1903-1987). L’auteur du Rendez-vous manqué des relèves des années 50 ne pouvait manquer d’être attiré par ce jeune radical-socialiste qui, dans les années 20, chercha, toujours en vain, à faire évoluer les structures de la IIIe République. Le même spécialiste qui s’est penché sur certains aspects disons politiquement incorrects de la
France contemporaine (la Synarchie, l’OAS) a dû être tenté de retrouver dans ce qu’il qualifie par symétrie de « second Jouvenel » – celui des années 30 – ce qu’on appellera des présomptions de fascisme : après tout Jouvenel n’a-t-il pas interviewé Hitler le 21 février 1936, et siégé au bureau politique du PPF de Doriot en 1936-37 ?

Valence-Ménilmontant, un article de Monique Roux

PAULINE SALES, ISRAËL-PALESTINE, PORTRAITS
Théâtre de l’Est parisien le 10 janvier et le 8 février 2009
SERGE VALLETTI, SAINT ELVIS
Mise en scène d’Olivier Werner, Théâtre de l’Est parisien jusqu’au 9 janvier 2009

C’est une pratique habituelle pour les lieux scéniques d’Île-de-France d’accueillir des créations réalisées en province. C’est un événement exceptionnel pour le Théâtre de l’Est parisien, dirigé par Catherine Anne, de recevoir deux mois durant la Comédie de Valence, Centre dramatique national de la Drôme et de l’Ardèche, avec cinq spectacles, actuellement
Israël-Palestine, portraits de Pauline Sales, Saint Elvis de Serge Valletti par Olivier Werner et pour le jeune public La Nuit électrique de Mike Kenny par Marc Lainè.


portraits1De tout, un article de Lucien Logette

Donnons la parole à un expert : « Dans une année qui est un bon millésime pour le cinéma, il se produit cinq ou six bons films dans le monde. Pas davantage. » C’est Werner Herzog, en prélude à la rétrospective complète que nous offre jusqu’au mois de mars le Centre Pompidou, qui s’exprime ainsi dans Manuel de survie, entretiens avec Hervé Aubron
et Emmanuel Burdeau que publient les éditions Capricci. Dénigrement du travail des collègues, pessimisme grognon ou lucidité critique ? Nous pencherons pour la dernière hypothèse, puisque nous la partageons – en partie, à condition de changer « bons » en « grands ». Même si l’étiage semble faible, cinq ou six films capables de vous changer le regard, et l’année n’aura pas été totalement inutile. De toute façon, comme le précise
l’auteur d’Aguirre, « les mauvais films seront toujours plus instructifs que les bons »…

Quelle histoire des sciences ?, un article de Olivia Chevalier et Jean-Michel Kantor

L’HISTOIRE DES SCIENCES, Méthodes, styles et controverses
textes réunis et présentés par J.-F. Braunstein
Vrin éd., 384 p., 13 €

Si l’histoire des sciences est de plus en plus présente par exemple dans l’enseignement universitaire, ses méthodes et son rôle sont encore loin de faire l’unanimité.
Le recueil de textes réunis et présentés par Jean-Francois Braunstein est une synthèse bienvenue et équilibrée. Certains de ces textes sont d’ailleurs peu connus en France, d’autres apparaissent pour la première fois en traduction.


La Quinzaine n°982, du 16 décembre au 31 décembre 2008

janvier 4, 2009

vikingsLa saga des Vikings, un article de Maurice Mourier

SAGA DE HRÓLFR KRAKI
présentée, annotée et trad. du vieil islandais par Régis Boyer
Anacharsis éd., 167 p., 17 euros

RÉGIS BOYER
LES VIKINGS, HISTOIRE, MYTHE, DICTIONNAIRE
Bouquins, Robert Laffont éd., 912 p., 29 euros

Les sagas sont des récits en prose centrés sur les hauts faits d’armes de personnages masculins. Nés du brouillard historico-légendaire où se meuvent les populations germaniques anciennes du nord de l’Europe, ces textes courts et ramassés, nerveux, sont dépourvus de tous les ornements
associés, pour le lecteur occidental, à l’idée même d’épopée en vers grecque ou latine ou médiévale « classique ».


Polyphonie et unicité, un article de Christian Mouze

LUDMILA OULITSKAÏA
DANIEL STEIN, INTERPRÈTE, trad. du russe par Sophie Benech
Gallimard éd., 527 p., 26 euros

Chaque religion ne présente au départ qu’une voie, mais plusieurs
voix s’élèvent sur ce même chemin que d’autres chemins et d’autres voix
peuvent venir traverser. Ludmila Oulitskaïa fait tinter la voix unique d’un homme unique qui a tenu à se placer, géographiquement et spirituellement, à la croisée des trois grands monothéismes et recueillir et relier les traditions. Plus âpre était sa route, plus âpre sa volonté.



« Oui,mais voilà », un article de Norbert Czarny

MARIUSZ SZCZYGIEL
GOTTLAND
Actes Sud éd., 280 p., 21,80 euros

Entre reportage et récit, journalisme et littérature, quelques écrivains polonais ouvrent des voies nouvelles. Avec Stasiuk, auteur des Contes de Galicie, Hanna Krall et d’autres sans doute, Mariusz Szczygiel prend les sentiers de traverse pour décrire un pays qui n’existe plus : la Tchécoslovaquie.








Un roman expérimental de Trollope ? un article de Alain Jumeau

ANTHONY TROLLOPE
MISS MACKENZIE, trad. de l’anglais par Laurent Bury
Autrement éd., 431 p., 24 euros

Étrange romancier que Trollope (1815-1882), qui ne figure pas parmi les grands créateurs de la période victorienne, Dickens, Thackeray, George Eliot, ou encore les Brontë, mais dont le succès considérable ne s’est jamais démenti depuis plus de cent cinquante ans. Il a à son actif quarante-sept romans de belle taille, des nouvelles encore plus nombreuses (sans compter une autobiographie, des livres de voyage, des études littéraires), qu’il rédigeait au petit matin, avec la régularité d’une horloge, et dans les rares moments de loisir que lui laissait son métier d’inspecteur des postes.

« C’est la terre qui tonne », un article de Gabrielle Napoli

ATTILA JÓZSEF
À COEUR PUR
Seuil éd., livre CD 117 p., 21,50 euros

C’est un des poèmes de jeunesse d’Attila József qui donne son titre au recueil, À coeur pur, ce poème qui a provoqué d’immenses réactions, a définitivement écarté le poète de l’enseignement et l’a dans le même temps fait considérer comme un véritable génie par les plus anciens.

Jacques Roubaud oulipien, un article de Marie Etienne

JACQUES ROUBAUD
LA PRINCESSE HOPPY OU LE CONTE DU LABRADOR
Illustrations de François Ayroles et Étienne Lécroart
Absalon éd., 176 p., 30 euros

La première version de La Princesse Hoppy ou le conte du Labrador, deuxième volume de la Bibliothèque oulipienne, a été tirée à 150 exemplaires hors commerce, date de 1975 et possède 17 pages.




Le bal des fantômes, un article de Hugo Pradelle

VIOLET HUNT
LA NUIT DES SAISONS MORTES ET QUATRE AUTRES NOUVELLES DE MALAISE
The Right of noWeather trad. de l’anglais par Jacques Finné
José Corti éd., 182 p., 20 euros

Un recueil de nouvelles fantastiques qui nous fait découvrir une figure éminente et oubliée de la vie littéraire britannique.



Le « roman symboliste » existe-t-il ?, un article de Jean José Marchand

VALÉRIE MICHELET JACQUOD
LE ROMAN SYMBOLISTE, UN ART DE L’« EXTRÊME CONSCIENCE »
Droz éd., 506 p., 30 euros

Il existe des romans de l’époque symboliste : mais le roman symboliste ? Il est difficile de le décrire et c’est à ce travail méritoire que se consacre Valérie Michelet Jacquod.




Le noir, un article de Georges Raillard

MICHEL PASTOUREAU
LE NOIR. HISTOIRE D’UNE COULEUR
Seuil éd., vol. relié sous jaquette, 216 p., 100 ill., 39 euros
PIERRE ENCREVÉ
LES SOULAGES DU MUSÉE FABRE
Gallimard éd., 96 p., 60 ill. en coul., 30 euros

Odette Swann se vêtait toujours en noir, persuadée qu’en noir on est toujours bien et que c’est ce qu’il y a de plus distingué. Sous son nom de demi-mondaine – Odette de Crécy – elle avait été « la dame en rose ». Il y a une histoire des couleurs. Et aussi une géographie, mais Michel Pastoureau, dans son livre Noir, distingué en tous points – couverture, impression, iconographie, texte – ne s’occupe que du noir en Europe.


La leçon d’anatomie, un article de Georges Raillard

MORWENA JOLY
LA LEÇON D’ANATOMIE, Le corps des artistes de la Renaissance au Romantisme
photographies de Giovanni Ricci Novara
Hazan éd., vol. relié sous jaquette, 140 ill., 240 p., 79 euros

LES LOGES DE RAPHAËL
CHEF-D’OEUVRE DE L’ORNEMENT AU VATICAN
Libreria Editrice Vaticana et Hazan éd., vol. relié, 352 p. ill., 79 euros

En même temps que l’École des beaux-arts expose rue Bonaparte « Une leçon d’anatomie aux Beaux-Arts », et, à Alfortville, l’École vétérinaire ouvre ses collections animales exceptionnelles, paraît un livre qui, par hasard, joue avec ces expositions, et, surtout, qui jusqu’ici, faisait défaut.

Les fulgurances brouillées d’un peintre méconnu, un article de Gilbert Lascaux

GEORGES RAILLARD
MONTICELLI L’ÉTRANGE
André Dimanche éd., 244 p., nb ill. coul., 80 euros

Dans un livre savant et allègre, Georges Raillard révèle les fulgurances brouillées du peintre marseillais Adolphe Monticelli (1824-1886), ses éclats incertains, des formes équivoques, des scènes indéterminées, des récits flottants, des fêtes galantes et nébuleuses, des femmes illusoires et désirées, d’intenses couleurs rêvées.

Sacré bonhomme ! un article de Michel Plon

FERNAND DELIGNY
L’ARACHNÉEN ET AUTRES TEXTES
Avant-propos de Sandra Alvarez de Toledo, Postface de Bertrand Ogilvie
L’Arachnéen éd., 253 p., 25 euros

On croyait avoir tout lu, ou pouvoir encore tout lire avec l’imposant volume, mille huit cents pages, publié l’an dernier (cf. Q. L. n° 958) intitulé Œuvres. Il y manquait quelques textes devenus introuvables, tous inscrits dans cette période (1976-1982) dont l’éditrice et préfacière, Sandra Alvarez de Toledo, rappelle qu’elle fut celle de la « fin des utopies, des alternatives », celle du « retour à l’ordre ». Le contraste, aujourd’hui, n’en est que plus marquant.

Littré, un article de Jean-Claude Chevalier

ALAIN REY
LITTRÉ, L’HUMANISTE ET LES MOTS
Gallimard éd., 352 p., 22 euros

Sommet de l’érudition philologique, le Littré a absorbé son auteur. Personnage fascinant pourtant, cet Émile Littré, tant par sa passion de la science que par un physique simiesque qui permettait aux caricaturistes de faire de l’homme l’illustration même de cette théorie darwinienne qu’il soutenait si fort. Nul mieux qu’Alain Rey n’était capable de le rendre aussi présent en rééditant et actualisant un ouvrage paru chez le même éditeur en 1970.

L’horreur en faits, actes, paroles, un article de Pierre Pachet

NADINE FRESCO
LA MORT DES JUIFS
Seuil éd., 320 p., 20 euros

Titre terrifiant, abrupt. D’autant que dès les premières pages sont reproduites huit photographies de civils, habillés, serrés les uns contre les autres, alignés sur un horizon étrange, avec parfois visibles des hommes en armes, puis cinq femmes en vêtements de dessous, les mêmes nues, une fosse, des personnes debout sur le rebord, une fosse profonde avec des corps inertes.

Un diagnostic implacable, un article de Jean Jacques Marie

CORINNE ABENSOUR, BERNARD SERGENT, EDITH WOLF et JEAN-PHILIPPE TESTEFORT
DE LA DESTRUCTION DU SAVOIR EN TEMPS DE PAIX
Mille et une nuits éd., 464 p., 19 euros

Ce livre collectif au titre-choc s’ouvre sur une longue étude de 170 pages de Kathleen Barbereau (presque un livre entier à elle seule !) intitulée « La fin de l’éducation nationale ? » qui démonte avec minutie et précision les divers mécanismes de la dislocation de l’école publique
menée depuis de longues années au profit de l’école privée et des marchands de l’enseignement à distance.

Hooray for Hollywood, un article de Lucien Logette

BERTRAND TAVERNIER
AMIS AMÉRICAINS, Entretiens avec les grands auteurs d’Hollywood
Nouvelle édition enrichie, établie par Thierry Frémaux
Institut Lumière/Actes Sud éd., 996 p., 824 photos, 69 euros

« Vaste, fastueux, des lunettes avec un vrai regard derrière, perpétuellement distrait, volontiers goguenard, toujours en cavale avec quelques anecdotes, merveilleusement à l’aise dans sa passion du cinéma. C’est un garçon qui ne se raconte pas, que je crois très naturellement heureux comme d’autres sont aussi naturellement maladroits, catastrophiques. » C’est ainsi qu’il y a trente ans Yves Martin, poète et cinéphile, décrivait Bertrand Tavernier (1). Vaste et fastueux : les épithètes peuvent resservir pour qualifier l’ouvrage monumental qu’il vient de signer, avant que l’on découvre sur les écrans, d’ici quelques mois, In the Electric Mist, son adaptation du roman de James Lee Burke.

Triptyque d’August Stramm, un article de Monique Leroux

AUGUST STRAMM
FEUX
Mise en scène de Daniel Jeanneteau et Marie-Chirstine Soma
Théâtre de la Cité internationale jusqu’au 20 décembre
Tournée internationale jusqu’en février 2009

Le spectacle de Daniel Jeanneteau et de Marie-Christine Soma, Feux (1) d’après August Stramm, actuellement présenté à Paris au Théâtre de la Cité internationale, a été créé au début du Festival d’Avignon 2008. Il y avait connu un accueil partagé ; mais la découverte, à travers trois courtes pièces, d’un auteur allemand quasiment ignoré en France et la performance de Dominique Reymond, la principale interprète de la dernière, en font un événement artistique.


Quinzaine n°979 du 1er au 15 novembre 2008

novembre 16, 2008

Lessing rêve à ses parents, un article de Christian Descamps

Doris Lessing, Alfred et Emily, trad. de l’anglais par Philippe Giraudon, Flammarion éd., 285p.

Doris Lessing, l’immense auteur de Carnet d’or saluée enfin (elle est née en 1919) par le prix Nobel 2007, nous offre ici un roman polyphonique, fidèle à ses territoires anglo-africains. Biographie imaginaire de ses parents, cet ouvrage – à la structure complexe – invente d’abord des vies rêvées à Alfred et Emily.


Le rétroviseur d’Orphée, un article de Jean-Paul Champseix

Ismaël Kadaré, L’accident, trad. de l’albanais par Tedi Papavrami, Fayard éd.

Le dernier roman d’Ismaël Kadaré surprendra certainement ses lecteurs habituels. La période communiste, même si elle est évoquée, n’est plus au premier plan, et l’Albanie elle-même n’est plus explicitement centrale. Dans l’oeuvre entier de cet écrivain, il n’y avait ni héros ni amour, se plaisait-on à dire. Cette assertion se trouve invalidée par L’Accident qui porte essentiellement sur la nature des relations amoureuses. Un couple vit un long amour, bien que fort tumultueux, qui s’achève dans un ravin, à la suite de la maladresse d’un chauffeur de taxi. Une enquête est menée pour tenter de reconstituer les derniers jours des victimes.


La forme métisse, un article de Tiphaine Samoyault

J.M. Coetzee, Journal d’une année noire (Diary of a bad year), trad. de l’anglais (Afrique du sud) par Catherine Lauga du Plessis, Seuil éd., 290p.

Réflexion sur le temps, Journal d’une année noire l’est à plus d’un titre. Ce texte à la forme surprenante est à la fois un recueil de pensée sur l’époque, dans lequel notamment J.M. Coetzee poursuit de façon explicite sa dénonciation des zones de non-droit, et méditation sur le vieillissement, avec la sécheresse, la maladie et l’impuissance qui l’accompagnent. Un livre d’un profond pessimisme qui est pourtant travaillé par l’espoir qu’on peut mettre dans la musique, quelques grands livres et certaines formes d’amour comme la compassion par exemple.


Les possibles de la fiction, un article de Hugo Pradelle

Juli Zeh, L’ultime question (Schilf), trad. de l’allemand par Brigitte Hébert et Jean-Claude Colbus, Actes Sud éd., 416p.

Un roman à la fois léger et profond dans lequel s’entremêlent intrigue policière, préoccupations métaphysiques, analyse sociologique et physique quantique. Un hymne fantaisiste à la fiction.





Au cœur de l’Autriche: l’effroi originel, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

Josef Winkler, Langue maternelle, Verdier éd., 320p.

Josef Winckler qui vient, en juin 2008, de recevoir le prestigieux prix Büchner, est l’un des auteurs autrichiens les plus importants. Son oeuvre a une portée non seulement hautement littéraire, mais rend compte aussi de l’histoire de son pays et peut-être également de tout un monde souterrain du continent européen.


Une frénésie d’écriture, un article de Pierre Pachet

Rolf Dieter Brinkmann, Rome, regards, trad. de l’allemand par Martine Rémon, Quidam éd., 464p.

Poète d’avant-garde (situons-le approximativement entre “beat” et “pop”), Rolf Dieter Brinkmann meurt bêtement d’un accident en 1975, à 35 ans. Lors d’un séjour à la Villa Massimo à Rome, et à la Casa Baldi à Olevano (équivalents allemands de la Villa Medicis), se tournant vers la prose – il avait djà piblié un roman et des nouvelles-, il avait entrepris de tout enregistrer de ce qu’il voyait, ce qui donne cet énorme et passionnant journal, souvent pléthorique : notations et descriptions, lettres à sa compagne restée en Allemagne ou à des amis, suites de cartes postales avec textes manuscrits au dos, photos personnelles, cartes routièress et itinéraires, dont un éditeur a le courage de publier une visiblement excellente traduction française qui devrait attirer l’attention.

Les faux-semblants de Saul Steinberg, un article de Georges Raillard

Saul Steinberg, exposition à la Galerie Claude Bernard (7-9 rue des Beaux-Arts, 75006 Paris), du 2 octobre au 29 novembre 2008

Deux expositions successives, l’une à la fondation Henri Cartier-Bresson, qui fut l’ami de Steinberg, l’autre à la galerie Claude Bernard, permettent de retrouver cet artiste dont l’oeuvre entier, comme chacun de ses moments, est un rébus, et une déconstruction joyeuse de nos références.

Comme Ulysse, un article de Gilbert Lascault

Picasso et les maîtres, Galeries nationales du Grand Palais, 9 octobre-2 février 2009

Picasso/Delacroix, Louvre, 9 octobre-2 février 2009

Picasso/Manet, Musée d’Orsay, 9 octobre-2 février 2009

Catalogue de l’exposition sous la dir. d’Anne Baldassari et Marie-Laure Bernadac, RMN éd, 368p.

Comme Ulysse, Picasso est multiple et divers, expert en ruses variées. Il ne manque jamais d’expédients, et se tire toujours d’affaire. Habile, prompt, ingénieux, virtuose, madré, rapide, il voyage à travers les siècles de l’Histoire de la peinture. Son esprit retors tournoie: il invente des stratagèmes à l’intérieur de l’Histoire mouvante de l’art. Picasso joue avec la tradition. Il veut échapper à tout académisme, à tout conformisme. Il se sert de tous les “maîtres”, il fait usage de leurs oeuvres; il les modifie, les détourne, les déplace, les dérange; il les séduit; il les dévoit.

Images du Moyen-Age, un article de Georges Raillard

Georges Duby, Intérieurs, Nuits, sur une suite de Gérard Titus-Carmel, Bayard éd., 106p.

Jean Wirth, l’image à l’époque gothique, (1140-1280), Cerf éd., 425p. ill

Deux livres d’historiens de renom. Mais rien qui les assortisse sauf un même objet: deux siècles de ce moyen-âge de mille ans que l’un et l’autre regardent, écoutent, chacun à sa façon. Georges Duby avec l’élégance et l’art qu’on lui connaissait, Jean Wirth en chercheur attaché à toutes les implications d’un système de représentation.

Les “Barbares” et nous, un article de Omar Merzoug

Tzvetan Todorov, La peur des Barbares, Au-delà du choc des civilisations, Robert Laffont éd., 289p.

Directeur de recherches au CNRS, linguiste et historien, auteur d’essais remarqués Nous et les Autres (1988), Le jardin imparfait (1998). Le nouveau désordre mondial (2003) et plus récemment L’esprit des Lumières (2006), Tzvetan Todorov s’est attaché depuis une quinzaine d’années à jeter les fondements d’un nouvel humanisme qui passe à la fois par une relecture de notre rapport à l’autre et par une réflexion sur les crises du monde moderne.

Pour une économie ouverte sur l’environnement, un article de Jean-Paul Deléage

Jean-Paul Fitoussi, Eloi Laurent, La nouvelle écologie politique, Seuil éd., 128p.

Cet essai percutant a pour ambition de démontrer la capacité de l’un des paradigmes de la théroie économique – car les auteurs en distinguent au moins deux -, à faire face à l’urgence écologique. Le premier, celui de la régulation interne, postule que l’interaction libre entre les individus, autrement dit que le seul marché suffirait à garantir “l’optimalité de l’allocation des ressources entre les acteurs”, c’est à dire à prendre les bonnes décisions économiques face à l’urgence écologique. Se rattachent à ce courant les évangélistes du marché, idéologues des contre-révolutions tatchérienne et reaganienne au siècle dernier.

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Quinzaine n°976 du 16 au 30 septembre 2008

septembre 28, 2008

Thomas Pynchon, un article de Philippe Jaworski

Thomas Pynchon, Contre-jour, trad. de l’anglais par Claro, Seuil éd., 1207p.

Quelques belles plumes ont généreusement donné de leur talent pour saluer la publication de Against the Day aux Etats-Unis à la fin de l’année 2006: Louis Menand et Luc Sante dans le New-Yorker, Alexandre Theroux dans le Wall Street Journal, Tom Le Clair dans Bookforum. Ce n’était sans doute pas de trop pour aider les premiers lecteurs américains à comprendre ce qui se passe dans ce romain de taille XXL, plus réticualire, imprévisible, narrativement glouton, énigmatique dans son propos, semble-t-il, que les livres précédents de l’invisible et monumental écrivain américain.

voir la brève écrite en 1997 sur Mason et Dixon

Sans repos, un article de Norbert Czarny

Hélène Lenoir, Le répit, minuit éd., 130p.

Tout commence par un coup de téléphone venu d’Helsinki. Ludo, le fils, appelle son père. Véra, la mère et épouse, est à l’hôpital, presque “de l’autre côté”. le temps de décider, de prendre un billet de train, et voilà le héros, ce père resté au village, comme toujours, qui se met en route. Avec ce voyage, toute une vie défile.

L’Algérie coloniale, chimère et réalités, un article d’Omar Merzoug

Yasmina Khadra, Ce que le jour doit à la nuit, Julliard éd., 413p.

La renommée que Rilke réduisait à “une somme de malentendus s’accumulant autour d’un nom”, n’a pas été ingrate à l’endroit de Yasmina Khadra. Auteur à succès, traduit en 34 langues, l’auteur de l’Attentat, de A quoi rêvent les loups, s’est imposé comme “un écrivain majeur” dont les récits éblouissent les lecteurs. Il y aurait, à en croire certains, du Camus dans cette “oeuvre puissante” que d’autres n’hésitent pas à hisser au rang d’une “tragédie antique”.

voir la brève publiée en 2005 sur son roman L’Attentat

Le parti de la vie, un article de Tiphaine Samoyault

Hélène Cixous, Cigüe, vieilles femmes en fleurs, Galilée éd., 225p.

Hélène Cixous, Tombe, Seuil éd., 226p.

“Le parti de la vie jusque dans Tombe.” C’est la dernière ligne du texte dont Hélène Cixous fait précéder la réédition de Tombe, écrit en 1970. Jusqu’à la tombe et jusqu’à en tomber, double pari dont chaque livre relève et littéralement se relève, malgré les morts, les hantises et les absences. L’absence augmente, et plus elle augmente plus les revenants reviennent et plus les livres s’imposent dans leur nécessité et dans leur urgence. Le dernier, Cigüe, vieilles femmes en fleurs est tout entier travaillé par cette phrase: “J’ai peur que maman meure”.

voir l’article “à votre guise” écrit par Hélène Cixous en 2000

François Perrier, un psychanalyste dans tous ses états, un article de Michel Plon

François Perrier, La chaussée d’Antin, oeuvres psychanalytiques I et II, Albin michel éd., 649p.

Ce n’est pas porter atteinte à la mémoire de celui qui fut le premier à le publier, Christian Bourgeois, prestigieux éditeur, que de se féliciter de cette réedition des oeuvres de François Perrier dans un format plus avenant et avec une typographie à même de ménager les vues déclinantes.

voir l’archive de R. Gentis sur Les corps malade du signifiant de François Perrier

De la démocratie d’identification à la démocratie d’appropriation, un article de Julien Damon

Pierre Rosanvallon, La légitimité démocratique, proximité, impartialité, réflexivité, coll. Les livres du nouveau monde, Seuil éd., 380p.

Philosophie et science politique produisent une littérature proliférante autour de la démocratie. Rares sont les textes qui donnent l’impression de véritablement apporter quelquechose de neuf et d’utile. Les livres de Pierre Rosanvallon en font partie.

voir la chronique sur son livre publié en 2000: La démocratie inachevée, histoire de la souveraineté du peuple


L’après-Bush: commencement ou continuité?, un article de Laurence Zordan

Robert Kagan, Le retour de l’histoire et la fin des rêves (The return of history and the end of dreams), trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Paul Krugman, Plon éd. 169p

Paul Krugman, L’Amérique que nous voulons (The conscience of a Liberal), trad. de l’anglais (US) par Paul Chemla, Flammarion éd., 350p

Attaché à ce monde uniquement par l’espoir, je tournais dans un courant de rêves noirs. Au même moment, le temps subissait une métamorphose. Se déréglait. Ce qui avait été auparavant  détestable et piteux, mais compréhensible, enflait, devenait méconnaissable. Quelquechose de violemment haineux.” Citer un poète mort en 1988 pour souligner les enjeux des élections présidentielles de 2008 aux Etats-Unis peut certes relever de l’étrange rapprochement. Toutefois, Raymond Carver met l’accent sur ce qui anime et qui hante la pensée américaine: l’espoir (le titre d’un ouvrage de Barak Obama est révélateur à cet égard); le méconnaissable, cette opacité qui résiste au pragmatisme, à la transparence démocratique.

Entretien avec François Bon sur la naissance du Rock

François Bon, Rock’n'roll, un portrait de LEd Zeppelin, Albin Michel, 388p.

Led Zeppelin est la rencontre de quatre musiciens, dont deux, Jimmy Page et John Paul Johns venus des studios. John Bonham, alias Bonzo, pratique les percussions depuis son enfance, et Robert Plant, le chanteur, était d’abord cantonnier. En douze ans et dix disques, ils vont faire la légende du rock, connaître la fortune, dépensant sans compter, vivant dans l’excès, jusqu’à la mort de Bonzo détruit par l’alcool.

Cette demesure caractérise le groupe autant que la musique qu’il laisse.

François bon dresse les portraits croisés de ces quatre hommes décrit leur parcours dans l’angleterre en pleine mutation des années soixante, quand Londres faisait la mode. Employant le présent dans de courts chapitres, Bon propose une sorte de reportage à la Scorcese, avec montage alterné, flashback et extraits d’interviews. Mais Bon reste le romancier que nous connaissons, et c’est en romancier plus qu’en biographe que nous avons voulu l’interroger sur ce livre.

voir “à votre guise” par François Bon


Pierre Rosanvallon, La démocratie inachevée, histoire de la souveraineté du peuple

septembre 28, 2008

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La démocratie inachevée, histoire de la souveraineté du peuple, un article de Maïté Bouyssy

Revue N° 794 parue le 16-10-2000

Ce livre fera date ; il croise les lieux de l’incertitude politique présente avec l’examen de tous les credo possibles en matière de souveraineté du peuple. Cette érudition méditée permet une déprise générale de la métaphysique de la volonté et un ton de liberté qui renvoient dans leurs marques ceux qui ne cessèrent de faire des ” romans sur l’avenir ” comme ceux qui refusèrent les apories des systèmes représentatifs. Dans cette salutaire entreprise, l’auteur ne retient (discrètement) qu’un seul garde-fou : rappeler que la démocratie est aussi une fonction du temps tributaire de la mémoire.
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Simone Weil, sa pensée du travail

août 3, 2008

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Simone Weil, sa pensée du travail, un article de Jean Lacoste
Robert Chenavrier, Simone Weil, une philosophie du travail, Cerf (La nuit surveillée)

Une des raisons pour lesquelles Simone Weil exerce sur certains esprits une fascination qui en surprend bien d’autres, vient peut-être du contraste, pour ne pas dire de la contradiction, qui existe entre une pensée qui semble s’inscrire dans une tradition classique, voire scolaire, entièrement assumée, et les questions d’une grande acuité que, dans les années trente, la philosophe a tenté d’aborder de front, avec une remarquable lucidité – la condition ouvrière et le machinisme, le fascisme et de ” l’hitlérisme “, le colonialisme, le régionalisme, sans parler des rapports entre judaïsme et christianisme. Lisez la suite de cette entrée »