“Pierre Michon et les Représentants”, un article de Georges Raillard
PIERRE MICHON
LES ONZE
Verdier éd., 138 p., 14 €
ROBERTO CALASSO
LE ROSE TIEPOLO
essai trad. de l’italien par Jean-Paul Manganaro
Gallimard éd., 330 p., 27,50 €
Un livre énigmatique. Le titre, impair, bat en brèche la distribution par douze de nos symboles. D’autres énigmes, sous forme d’extrapolations, d’interpolations, de surimpressions, de substitutions font apparaître la question fondamentale du récit : qu’est-ce que l’Histoire ? Qu’est-ce que l’Art ? Ou, dit de façon plus englobante : qu’est-ce que la Représentation ? Son rôle, ses moyens, son rapport à la réalité.
“Homme exemplaire et exemplaire d’homme”, un article de Norbert Czarny
AGNÈS DESARTHE
LE REMPLAÇANT
L’Olivier éd., 96 p., 12,50 €
Quand on lui demande où elle est née, Agnès Desarthe montre la couverture d’un roman de Isaac Bashevis Singer : elle vient de là. Non pas de la Pologne évoquée dans les pages du Nobel, mais de ce territoire qu’il construit, et dans lequel rêve et réel sont étroitement imbriqués. Comme l’écrivain de Varsovie, elle est une conteuse, et c’est d’ailleurs sur cette figure particulière que débute “Le Remplaçant”, récit court mais dense.
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“Cinquante ans après”, un article d’Agnès Vaquin
BENOÎT DUTEURTRE
BALLETS ROSES
Grasset éd., 248 p., 17 €
Benoît Duteurtre n’est pas journaliste, il n’est pas historien ni romancier, il est tout à la fois et ses Ballets roses – Les dessous de mai 1958, c’est un livre qui se lit d’une traite. Le terme, assassin et définitif, est dû à « Georges Gherra, journaliste à France-Soir ». L’infamie reste attachée au nom d’André Le Troquer, alors vice-président de l’Assemblée nationale, « cet homme dont on ne prononçait plus le nom sans un sourire narquois ».
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“Avant le point final”, un article de Marie Etienne
PIERRE LARTIGUE
DES FOUS DE QUALITÉ
Gallimard éd., 428 p., 22,90 €
Pierre Lartigue a mis le point final très peu de temps avant sa mort à ce livre haletant qui se dévore jusqu’à la dernière page, et dans lequel il se dépeint, par personnages et situations interposés, dans son amour des mots, de la littérature et du bonheur à vivre.
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” Un continent d’incontinence”, un article de Claire Richard
ÉRIC FOTTORINO
L’HOMME QUI M’AIMAIT TOUT BAS
Gallimard éd., 160 p., 15 €
Michel Fottorino, le père adoptif d’Éric, directeur du journal “Le Monde”, s’est tué en 2008 d’un coup de carabine. Un an plus tard, son fils lui rend hommage dans L’Homme qui m’aimait tout bas. On comprend son besoin d’exorciser sa douleur. Mais après la lecture de son livre, on regrette qu’il ne se soit pas contenté, lui aussi, de l’exprimer tout bas.
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“Le théâtre du monde”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt
ALFRED DÖBLIN
BERLIN ALEXANDERPLATZ
Histoire de Franz Biberkopf
nouvelle trad. de l’allemand par Olivier Le Lay
Gallimard éd., 464 p., 24,50 €
Ce roman parut en 1929, au moment même où éclate la grande crise qui bouleversera le monde européen et conduira au génocide hitlérien et au terrorisme stalinien. Dans l’Allemagne vaincue d’après 1919, Berlin, capitale toute récente d’un « second » Reich effondré après à peine cinquante ans d’existence, occupe une place essentielle dans tous les domaines avant de disparaître engloutie par les crimes du IIIe Reich.
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“Un homme sans visage auquel manque le nom”, un article de Alain Joubert
YÛ NAGASHIMA
BAROCOCO
trad. du japonais par Marie Maurin
Philippe Picquier éd., 256 p., 19 €
« Il » habite depuis une semaine le premier et seul étage d’une vieille bâtisse traditionnelle, abritant un magasin d’antiquités spécialisé dans les objets occidentaux, le Barococo. Contre ce « parasitage » d’un logement sommaire, il se charge du ménage de la boutique, s’occupe un peu des clients qui s’attardent en leur préparant du thé derrière le rideau noir qui isole la cuisine, appelle l’antiquaire en titre s’il y a lieu.
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“Henry James sur Robert Browning”, un article d’Alain Jumeau
HENRY JAMES
SUR ROBERT BROWNING
LA VIE PRIVÉE, nouvelle suivie de deux essais
trad. de l’anglais par Jean Pavans
Le Bruit du temps éd., 132 p., 12 €
On se souvient de la récente publication du chef-d’oeuvre monumental du poète victorien Robert Browning (1812-1889), L’Anneau et le Livre, par un nouvel éditeur (voir Q. L. n° 990). En guise d’accompagnement, cet éditeur propose maintenant un petit volume consacré à la manière dont le romancier Henry James (1843-1916) perçoit Browning.
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“W.H. Auden brode sur La Tempête de Shakespeare”, un article d’Alain Jumeau
W. H.AUDEN
LA MER ET LE MIROIR
Commentaire de La Tempête de Shakespeare
Édition bilingue
trad. de l’anglais et présentation de Bruno Bayen et Pierre Pachet
Le Bruit du temps éd., 160 p., 18 €
W. H. Auden (1907-1973) est avec T. S. Eliot (1888-1965) l’une des deux grandes figures qui dominent la poésie anglaise du XXe siècle. Ils semblent, a priori, diamétralement opposés. Tandis qu’Eliot, né Américain, viendra vivre en Europe et deviendra finalement citoyen britannique, Auden suivra un parcours inverse en allant vivre aux États-Unis en 1939 et en adoptant la nationalité américaine en 1946 – avant de revenir en Europe pour de nombreux séjours.
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“Le roman des Juifs d’Europe de l’Est”, un article de Gilles Rozier
Royaumes juifs : trésors de la littérature yiddish
rassemblés et présentés par Rachel Ertel
trad. du yiddish par Delphine Bechtel, Rachel Ertel,
Joseph Gottfarstein, Carole Ksiazenicer-Matheron,
Jacques Mandelbaum, Malkè Mann, Henri
Raczymow, Régine Robin, Raymond Samuel,
Aron Waldman, Aby Wieviorka
coll. « Bouquins », Robert Laffont éd.,
vol. 1, 960 p., 29 € ; vol. 2, 1088 p., 29 €
Le roman des Juifs d’Europe de l’Est
IRÈNEWEKSTEIN
LE ROMAN DES JUIFS D’EUROPE DE L’EST
L’Harmattan éd., 300 p., 28 €
À force de répéter que, dans l’océan de la littérature yiddish, les oeuvres accessibles en traduction française ne sont que quelques gouttes, l’on ne s’était pas rendu compte que depuis 1915, mais surtout depuis trois décennies, près de deux cents textes ont été traduits (pour une liste exhaustive : http://www.yiddishweb.com/medem/autour.htm).
“Être journaliste à l’Est”, un article de Norbert Czarny
IRINA LIEBMANN
BERLIN – MOSCOU – BERLIN
trad. de l’allemand par Marie-Claude Auger
Christian Bourgois éd., 480 p., 25 €
Allez chercher le nom de Rudolf Herrnstadt sur un moteur de recherche. C’est aujourd’hui le Panthéon virtuel, le lieu dans lequel la mémoire des hommes garde trace. Quelques mentions de ce nom et de celui qui l’a porté sur des sites allemands vous donneront une vague idée. Le livre que lui consacre sa fille permet heureusement d’en savoir plus et de mesurer l’importance de cette figure du XXe siècle.
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“La chevauchée de Pancho Villa”, un article de Jacques Fressard
PACO IGNACIO TAIBO II
PANCHO VILLA
trad. de l’espagnol (Mexique) par Claude Bleton
Payot éd., 944 p., 30 €
Qui ne connaît Pancho Villa ou qui ne croit le connaître au moins quelque peu à travers un des nombreux films qui ont popularisé son image sous les traits de Raoul Walsh (dès 1912), de Pedro Armendáriz ou même de l’improbable Yul Brynner ? Ce n’étaient là cependant, il faut bien l’avouer, que des images d’Épinal démenties, dès la photo qui illustre sa couverture, par la passionnante biographie qui nous est offerte aujourd’hui : non Villa ne portait pas d’ordinaire l’ample chapeau conique à larges bords recourbés où l’on a parfois voulu voir un trait caractéristique de la mexicanité.
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“La réapparition d’un monde englouti”, un article de Jean-Jacques Marie
DAVID KING
SOUS LE SIGNE DE L’ÉTOILE ROUGE.
Une histoire visuelle de l’Union soviétique
Gallimard éd., 360 p., 39 €
Plusieurs centaines d’images, reproductions de photographies, d’affiches, de caricatures, de couvertures de livres et de revues, de brochures, de tableaux choisis parmi les 250 000 documents patiemment rassemblés par David King pendant quatre décennies et accompagnés de commentaires succincts mais précis forment l’essentiel de ce volume qui couvre l’histoire de l’URSS de l’époque de la révolution à la victoire provisoire du stalinisme, à la « grande guerre patriotique » et à la mort de Staline.
“Sois un homme !”, un article de Maïté Bouyssy
ANNE-MARIE SOHN
« SOIS UN HOMME ! »
La construction de la masculinité au XIXe siècle
Seuil éd., 462 p., 23 €
Affaire de pairs plus encore que de pères, de modèles et de mentors ou de censeurs, la masculinité contemporaine s’est forgée tout au long du XIXe siècle dans un contexte social global qui ne cesse de donner plus de champ à la parole pour régler la conflictualité. Plutôt allègre, le livre apporte une forme de statut de la preuve à nombre de thèses en débat.
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“Versions du rien”, un article de Laurence Zordan
HÉLÈNE L’HEUILLET
AUX SOURCES DU TERRORISME.
De la petite guerre aux attentats-suicide
Fayard éd., 341 p., 23 €
Le terrorisme actuel ne surgit pas ex nihilo, mais plutôt dans le sillage du nihilisme russe. Sans chercher à montrer qu’Al-Qaïda a été engendré par les anarchistes assassinant le tsar, ce n’est pas céder à la tentation du raccourci historique que de déceler une filiation conceptuelle. Comment le rien est-il manié par le nihilisme pour être agissant ? Au lieu d’affirmer que, du rien, il n’y a rien à dire, comment en démonter les ressorts pour en révéler le potentiel destructeur ? Comment le rien devient-il figure de l’excès et non le signe de ce qui est lacunaire ? Un excès qui empêche de penser en se posant comme impensable. Résister à cette intimidation impose de mobiliser toutes les sources du savoir. Ambitieuse, une telle entreprise théorique est indispensable pour s’éveiller d’un sommeil dogmatique peuplé de clichés.
“Un art singulier”, un article de Francis Hofstein
JEAN-PIERRE MOUSSARON
L’AMOUR DU JAZZ
1. Portées
Galilée éd., 160 p., 28 €
Lorsque Jean-Pierre Moussaron écrit, page 63, que « considérée dans le temps et l’espace, la musique de jazz équivaut à un véritable texte au sens de Barthes : vaste champ d’un pluriel de voix, d’une trame multiple et différenciée de codes, d’un tissu bariolé de sons entrelaçant les discours dont la richesse hétérogène déploie l’incantation générale », il donne le ton, le rythme et le projet de L’Amour du jazz, son bien nommé dernier livre.