La Quinzaine n°1003, du 16 au 30 novembre

novembre 23, 2009

“Penseur en captivité”, un article de Marc Lebiez

EMMANUEL LEVINAS
CARNETS DE CAPTIVITÉ
suivi d’ÉCRITS SUR LA CAPTIVITÉ
et NOTES PHILOSOPHIQUES DIVERSES
Grasset/Imec, 500 p., 25 €

Levinas aura été, après Sartre puis Althusser, le philosophe français le plus influent sur son époque. De l’expérience de la guerre et de la  captivité dans un camp de prisonniers militaires, leurs oeuvres publiées ne disaient à peu près rien. On découvre après leur mort comment ces années auront marqué leur formation intellectuelle.

“Mo Yan et ses animaux tristes”, un article de Maurice Mourier

MO YAN
LA DURE LOI DU KARMA
trad. du chinois par Chantal Chen-Andro
Seuil, 761 p., 26 €

Soit une croyance d’origine ancienne et populaire, celle en la métempsycose, qu’on retrouve, sous une forme élaborée dans des systèmes philosophiques (hindouisme, bouddhisme), plus tard répandus en extrême Asie, notamment en Chine. Elle impose à la plupart des vivants l’obligation, pour leur âme immortelle, de s’incarner en des corps successifs, humain, animal ou végétal, autant de fois qu’il le faut jusqu’à l’hypothétique délivrance ultime qui clôt enfin le cycle épuisant des réincarnations.

“Un besoin de réconfort”, un article d’Agnès Vaquin

PIERRE PÉJU
LA DIAGONALE DU VIDE
Gallimard, 282 p., 18,50 €

La Diagonale du vide, un titre intéressant. L’expression appartiendrait au langage des géographes : « Après chacune de ses absences, il souhaitait revoir la France en traversant tout le pays en diagonale, du sud-ouest au nord-est. » Le projet auquel il est fait allusion consiste en une marche à pied et l’on songe aussitôt à la mode actuelle de parcourir à nouveau, en partie du moins, l’itinéraire de Compostelle.

“Le sens de la nuit”, un article de Hugo Pradelle

ANTONIO LOBOANTUNES
JE NE T’AI PAS VU HIER DANS BABYLONE
Ontem não te vi em Babilónia
trad. du portugais par Michèle Giudicelli
Christian Bourgois, 576 p., 28 €

Un récit monstrueux qui fait se rejouer l’essence de l’oeuvre d’un immense écrivain. Lobo Antunes atteint la noirceur absolue, celle d’une nuit qui ne finit pas. Son livre est une longue interrogation sur le sens de la nuit, son temps particulier, sur la parole irréductible qui y prend forme. À la fois parachèvement et jeu, c’est l’un de ses textes les plus somptueux.

“Mensonge d’une nuit d’hiver”, un article de Liliane Kerjan

JENNIFER JOHNSTON
UN NOËL EN FAMILLE
Foolish Mortals
trad. de l’anglais par Anne Damour
Belfond, 255 p., 20 €

Une Irlande pluvieuse et neigeuse à souhait où les mortels passent d’oublis en rappels, de méprise en whiskey. Attentes, contentieux des fratries, tumulte des bons sentiments, tout va-t-il se solder la nuit de Noël ? Jennifer Johnston feint de le faire croire, mais l’essentiel est ailleurs.

“Anna Maria Ortese en URSS”, un article de Monique Baccelli

ANNA MARIA ORTESE
FEMMES DE RUSSIE
trad. de l’italien par Maria Manca et Claude Schmitt
Actes Sud, 128 p., 15 €

Le fidèle lecteur d’Anna Maria Ortese, habitué à ses longs romans, qui se déroulent presque tous dans une très étrange Italie du Sud, est un peu surpris, presque inquiet, d’avoir entre les mains un petit livre qui, diton, rend compte d’un court séjour de la romancière en URSS. La conteuse enchanteresse se transformerait-elle en simple reporter, en sévère intellectuelle engagée ?

“La terre est sans pitié”, un article d’Alain Joubert

A. H. TAMMSAARE
CYCLE VÉRITÉ ET JUSTICE
(5 tomes dont 2 en 2010)
LA COLLINE-DU-VOLEUR
trad. de l’estonien par Jean-Pascal Ollivry
Gaïa, 688 p., 23 €
INDREK
trad. de l’estonien par Jean-Pascal Ollivry
Gaïa, 512 p., 23 €
JOURS D’ÉMEUTES
trad. de l’estonien par Jean-Pierre Minaudier
Gaïa, 320 p., 23 €

Qui, en France, va parfois vérifier que les célèbres et envoûtantes « nuits blanches » de Saint-Pétersbourg existent tout autant à Tallinn,
capitale de l’Estonie, la latitude de ces deux villes étant approximativement la même ? Pas grand monde, si j’en juge par les indications touristiques (musées, hôtels, restaurants) rédigées en russe, finnois, letton, suédois, danois, italien, espagnol, allemand et, bien entendu, en anglais ; pas en français, sauf rare exception. Je peux le dire : j’en reviens. Et pourtant, quel étonnant pays !

“Pourquoi Stefan George en temps de détresse ?”, un article de Laurent Margantin

STEFAN GEORGE
POÉSIES COMPLÈTES
trad. de l’allemand, présentées et annotées par Ludwig Lehnen
La Différence, 830 p., 49 €

Qui, aujourd’hui, ne serait-ce que parmi les jeunes germanistes, lit ou a lu Stefan George ? Qui connaît même son nom parmi les étudiants de littérature allemande pour lesquels n’existent la plupart du temps, des auteurs du tournant du XIXe et du XXe siècles, que Trakl, Rilke ou Hofmannsthal, parce qu’ils sont au programme de leurs études ?

“L’ensorcellement d’Ensor”, un article de Gilbert Lascault

EXPOSITION JAMES ENSOR
au Musée d’Orsay du 20 octobre 2009 – 4 février 2010
PUBLICATIONS
James Ensor (catalogue)
Textes de Laurence Madeline et Anna Swinbourne
Musée d’Orsay/Réunion des musées nationaux 277 p., env. 230 ill., 48 €
LAURENCE MADELINE
JAMES ENSOR : LE CARNAVAL DE LA VIE
Gallimard, coll. « Découvertes », ill. coul., 8,40 €
JAMES ENSOR
DAME PEINTURE TOUJOURS JEUNE
Choix de textes, préface et notes de Colette Lambrichs
La Différence, coll « Minos » 256 p., ill. coul., 10 €

Le peintre belge James Ensor (1860-1949) est le sorcier insolent d’Ostende, le magicien des masques scabreux et des squelettes hoquetants. Parfois, il suggère les scènes sombres de l’intimité. Ou, plus souvent, il est un créateur du clair, des transparences, de l’irisé… Il aime étonner. Il veut déconcerter. Ses tableaux interrogent.

“Peindre à Venise au XVIe siècle”, un article de Georges Raillard

EXPOSITION
TITIEN, TINTORET,VÉRONÈSE…
RIVALITÉS À VENISE
Au Musée du Louvre du 17 septembre 2009 – 4 janvier 2010
PUBLICATIONS
Catalogue collectif de l’exposition
Sous la direction des commissaires Vincent Delieuvin et Jean Habert, assistés d’Arturo Galansino
Coédition Hazan/Musée du Louvre. Un volume cartonné de 480 p. et 200 ill., 42 €
ENRICOMARIA DAL POZZOLO GIORGIONE
Un volume cartonné, sous emboîtage richement illustré Actes Sud, 385 p., 120 €

Au Louvre, une exposition qui comble le regard. Mais aussi quisollicite une attention (formelle, érudite) sans laquelle on sent que l’on
manque quelque chose de fondamental dans chacune des oeuvres. Le titre de ces notes sur la rivalité productive des trois grands du Cinquecento, Titien, Véronèse, Tintoret, et quelques autres artistes aujourd’hui moins célèbres, je l’emprunte à l’ouvrage mémorable de David Rosand, traduit en français par Daniel Arasse et Fabienne Pasquet en 1993. Le « mythe de Venise » tient à l’harmonie et à la séduction exercée par la troisième puissance d’Europe, dont le Grand Canal, d’après Comines, était « la plus belle rue qui soit en tout le monde et la mieux maisonnée ».

“Parcours lacaniens”, un article de Michel Plon

MOUSTAPHA SAFOUAN
LE LANGAGE ORDINAIRE ET LA DIFFÉRENCE SEXUELLE
Odile Jacob, 150 p., 21 €
COLETTE SOLER
LACAN, L’INCONSCIENT RÉINVENTÉ
Puf, 244 p., 23 €

De ces deux livres, on serait tenté de dire qu’ils ne sont pas à mettre en toutes les mains. Non qu’ils soient inconvenants à quelque titre que ce soit mais qu’ils requièrent de leurs lecteurs une certaine ascèse, le renoncement à la facilité, celle d’un pédagogisme inévitablement simplificateur ou celle d’une vulgarisation systématiquement falsificatrice. Pour autant, de par leur exigence de rigueur, ces deux ouvrages témoignent de la vitalité de la réflexion théorique dans le champ psychanalytique.

“Machiavel et ses livres”, un article Dominique Goy-Blanquet

MARINA MARIETTI
MACHIAVEL : LE PENSEUR DE LA NÉCESSITÉ
Payot, 480 p., 27,50 €

Machiavel : le penseur de la nécessité commence par une visite de la bibliothèque paternelle, Les Devoirs de Cicéron, Tite-Live, le Codex justinien, traçant les premiers repères d’un juriste philosophe et historien, d’une vie entièrement dédiée à la politique au service de sa ville natale. Outre sa réputation sulfureuse, on ne retient guère de Machiavel que trois traités et une comédie, or il est l’auteur de rapports innombrables sur la situation et les relations diplomatiques de Florence, de plans de défense et d’armement, de plans de réformes institutionnelles, destinés au Conseil des Dix dont il fut pendant de longues années le dévoué secrétaire.

“Le baptême forcé”, un article de Jean-Jacques Marie

GÉRARD DA SILVA
L’AFFAIRE MORTARA
Syllepse, 282 p., 23 €

Le 23 juin 1858 à Bologne, ville italienne qui figure à l’époque dans les États pontificaux, un maréchal des Carabiniers veut enlever le petit Edgardo Mortara, âgé de six ans, membre d’une famille juive. L’inquisiteur de la ville a décidé que l’enfant était catholique. Une servante de la famille a en effet déclaré l’avoir baptisé secrètement six ans plus tôt, à l’âge où elle avait elle-même quatorze ans. Elle aurait jugé l’enfant en danger de mort et décidé de sauver son âme. La famille proteste. Rien à faire. L’enfant lui est enlevé.

“Une sociologue sort ses griffes”, un entretien réalisé par Omar Merzoug

NATHALIE HEINICH
LE BÊTISIER DU SOCIOLOGUE
Klincksieck, 154 p., 15 €

Directrice de recherches à l’EHESS et sociologue de métier, Nathalie Heinich est l’auteur de plusieurs ouvrages qui ont contribué à la faire connaître comme une sociologue de l’art et de la littérature. Son dernier ouvrage Le Bêtisier du sociologue a attiré l’attention de La Quinzaine littéraire qui a souhaité en savoir davantage.

“Révolution des femmes sans féminisme”, un article de Laurence Zordan

SOUS-COMMANDANT MARCOS
SAISONS DE LA DIGNE RAGE
Climats, 276 p., 21 €

SABA MAHMOOD
POLITIQUE DE LA PIÉTÉ
le féminisme à l’épreuve du renouveau islamique
La Découverte, 312 p., 26 €

Quoi de commun entre le protagoniste de la révolte du Chiapas et l’anthropologue enseignant à Berkeley, observant le rôle des femmes dans le mouvement des mosquées au Caire ? Deux ouvrages qui bousculent les lignes, qui n’en restent pas aux approches convenues et méritent ainsi un rapprochement peut-être inconvenant. Ils illustrent une conception symétrique de la profondeur : l’un est à l’image de l’exclamation paradoxale « qu’ils étaient superficiels par profondeur ! », l’autre ouvre à une minutie vertigineuse, où la ténuité possède une tonalité insoupçonnée, invitant à toutes les résonances. Tous deux posent la question de la capacité agissante des femmes, sans se satisfaire d’une réponse féministe.

“Paris & Lisbonne stories”, un article de Lucien Logette

MICMACS À TIRE-LARIGOT”, de JEAN-PIERRE JEUNET
LA RELIGIEUSE PORTUGAISE“, de EUGÈNE GREEN

Le pavé lancé dans la mare il y a maintenant un an et demi par le Club des 13, appellant à la survie des « films du milieu » (cf. QL n° 969), semble s’y être englouti en ne laissant à la surface que quelques bulles – ou bien les préconisations communiquées au Centre national de la cinématographie sont restées lettre morte ou bien leur réalisation est classée « secret-défense » ; en tout cas, leur impact sur les conditions de la production française reste encore peu discernable. Ce qui n’empêche pas ledit cinéma du milieu, en attendant la mort, de prospérer, comme le prouvent les sorties récentes des films de Guédiguian, Kahn, Brizé, Larrieu Bros, Honoré, Rivette, Tirard, Resnais, entre dix autres.

“Priorité aux acteurs”, un article de Monique Le Roux

MOLIÈRE
L’AVARE
Mise en scène de Catherine Hiegel
Comédie-Française, salle Richelieu en alternance jusqu’au 21 février 2010
CARLO GOLDONI
LA SERVA AMOROSA
Mise en scène de Christophe Lidon
Théâtre Hébertot jusqu’au 31 mars 2010

Depuis la fin du XIXe siècle, l’histoire du théâtre européen se confond en partie avec celle de la mise en scène. Mais de grands succès publics relèvent d’une pratique antérieure qui privilégie les interprètes, comme L’Avare de Molière monté par Catherine Hiegel à la Comédie-Française et La Serva amorosa de Goldoni par Christophe Lidon au Théâtre Hébertot.

“Connaître la musique”, un article de Thierry Laisney

JEAN MOLINO
LE SINGE MUSICIEN
Sémiologie et anthropologie de la musique
Actes Sud/Ina, 488 p., 29 €

Le titre de l’ouvrage est celui du dernier des textes de Jean Molino rassemblés ici (certains inédits). L’auteur, qui a de multiples compétences (littérature, philosophie, musicologie…), y définit l’homme comme animal musicum, ou « singe musicien », variante de l’animal symbolicum de Cassirer.

“L’élégant écrivain qui vit à Comiso”, un article de Maire-José Tramuta

GESUALDO BUFALINO
MUSÉE D’OMBRES (bilingue)
trad. de l’italien par André Lentin et Stefano Mangano Préface de Salvatore Silvano Nigro
Cahiers de l’Hôtel de Galliffet,
Istituto Italiano di Cultura, 194 p., 15 €

À la fin des Pierres de Pantalica, Vincenzo Consolo évoquait l’introduction « d’un élégant écrivain qui vit ici à Comiso », à propos d’un
ouvrage intitulé Comiso vivante et d’en citer un passage : « L’univers, hélas, est une trop grande et trop froide patrie pour les créatures si
précaires que nous sommes, un théâtre démesuré où nos gestes ne trouvent pas d’écho, nos mots pas de son. Alors que le bourg  nous ramène à notre mesure d’homme, donne sens et racines à notre personne, nous justifie et nous garantit au moins une dalle. »


Gwenaëlle Aubry, pour qui vous prenez-vous ?

novembre 13, 2009

L’écrivain  Gwenaëlle Aubry vient d’obtenir le Prix Fémina 2009 pour son dernier ouvrage intitulé “Personne” (Mercure de France). En 2004, elle participait au numéro spécial estival de la Quinzaine intitulé “Pour qui vous prenez-vous“. Voici, en intégralité, le texte que l’auteur avait écrit à l’époque. Pour retrouver les autres chroniques consacrées à Gwenaëlle Aubry, sur ses livres ” Le Diable détacheur” (numéro 763 du 1er juin 1999) et “L’Isolement” (Q.L. 858 du 16 juillet 2003), rendez-vous sur le site de la Quinzaine littéraire.

“Pour qui vous prenez-vous”, par Gwenaëlle Aubry

“Vous me demandez pour qui je me prends.

Mais pour rien, puisque je ne m’attrape pas.

Ou pour personne, dirait Ulysse au Cyclope, afin qu’il ne l’attrape pas.

Lisez la suite de cette entrée »


La Quinzaine n°1002, du 1er au 15 novembre 2009

novembre 7, 2009

“Où le romancier en appelle au lecteur : qui était Alejandro Bevilacqua ?”, un article de Jacques Fressard

ALBERTO MANGUEL
TOUS LES HOMMES SONT MENTEURS
trad. de l’espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco
Actes Sud, 203 p., 19 €

On se souvient que l’auteur de ce livre, Alberto Manguel, fut un jour ce jeune étudiant qui, travaillant après les cours dans une librairie de Buenos Aires, se vit solliciter par Borges – alors déjà presque aveugle – pour lui faire la lecture certains soirs.

“Une vraie sépulture”, un article de Norbert Czarny

ALAIN BLOTTIÈRE
LE TOMBEAU DE TOMMY
Gallimard, 220 p., 16,50

L’épopée de l’Affiche rouge oubliée jusqu’à ce qu’Aragon la célèbre dans un fameux poème revient dans l’actualité cet automne à travers deux fictions. La coïncidence est remarquable. D’une part L’Armée du crime, de Robert Guédiguian, d’autre part Le Tombeau de Tommy, roman. Dans les deux cas se posent les questions de la mise en scène, et de l’adaptation. Mais pas seulement.

“Angoisse de la langue “, un article de Hugo Pradelle

JEAN-MICHEL DELACOMPTÉE
LANGUE MORTE, BOSSUET
Gallimard, coll. «L’un et l’autre», 208 p., 18 €

Après son très beau livre sur Ambroise Paré, Jean-Michel Delacomptée revient au Grand Siècle en entreprenant la vie de Bossuet comme celle d’un homme qui « a fait bouger la langue ». Il interroge ainsi, non pas la simple biographie, mais l’aventure même de la langue, son rapport au temps qui la produit, la manière dont l’Homme se conçoit, les inquiétudes que notre société provoque.

“La ritournelle du songe”, un article de Vanessa Aubert

PHILIPPE RAULET
VA-ET-VIENT PARADIS
Verticales, 132 p., 14,90 €

« Tout porte à croire qu’il existe un certain point de l’esprit d’où la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l’incommunicable, le haut et le bas cessent d’être perçus contradictoirement » (André Breton).Va-et-vient paradis est une sorte d’ovni littéraire surréel. Après Allons, pressons ! publié en 2000, son dernier livre s’ouvre sur un monde communiquant, un univers accédant à tous les possibles, dans lequel les thématiques de la liberté et de la rencontre ne cessent de tournoyer.

“Un club pas comme les autres”, un article de Vanessa Aubert

JEAN-MICHEL GUENASSIA
LE CLUB DES INCORRIGIBLES OPTIMISTES
Albin Michel, 768 p., 23,90 €

Après Pour cent millions, roman policier, publié en 1986 (Liana Levi), Jean-Michel Guenassia ressurgit brillamment sur la scène littéraire avec un nouveau roman. Une énergie romanesque au service d’une chronique mélancolique et étonnante.

“«L’outre-danse» de l’Histoire”, un article de Gabrielle Napoli

ATTILA BARTIS
PROMENADE
Actes Sud, 142 p., 18 €

Cette promenade s’avère être tout autant un parcours géographique et historique qu’une déambulation dans l’intériorité mystérieuse et inquiétante d’un narrateur, dont on supposera au fil de la lecture qu’il s’agit d’une narratrice. Une terrifiante mythologie enfantine s’élabore au fil du récit, et le monde se révèle dans toutes ses failles.

“Comme on composerait une mosaïque”, un article de Sonia Dayan-Herzbrun

KHALED AL KHAMISSI
TAXI
trad. de l’arabe (Égypte) par Hussein Emara et Moïna Fauchier-Delavigne
Actes Sud, 190 p., 18,80€

ELIAS KHOURY
LE COFFRE DES SECRETS
trad. de l’arabe (Liban) par Rania Samara
Actes Sud, 207 p., 19€

On ne sait à quel genre littéraire rattacher le premier livre de l’écrivain égyptien Khaled Al Khamissi. Homme de cinéma, Khamissi a écrit, avec Taxi, ce qui aurait pu passer pour un scénario de ces films italiens à sketches des années 50.

“Voix, scènes, images pour obsessions et fantasmes”, un article de Claire Richard

SARA STRIDSBERG
LA FACULTÉ DES RÊVES
trad. du suédois par Jean-Baptiste Coursaud
Stock, coll. « La Cosmopolite », 411 p., 22,50 €

Dans cette « fantaisie littéraire » sur la vie de Valerie Solanas, la Suédoise Sara Stridsberg explore les multiples facettes d’une vie mal connue, dans un texte hybride et puissant – et montre comment la littérature peut dire beaucoup plus qu’une biographie.

“Vivre dans l’Europe de l’après-guerre”, un article de Gabrielle Napoli

SÁNDOR MÁRAI
LE MIRACLE DE SAN GENNARO
trad. du hongrois par Georges Kassai et Zéno Bianu
Albin Michel, 380 p., 20,90 €

La traduction par Georges Kassai et Zéno Bianu d’un roman de Sándor Márai permet à nouveau au lecteur français de découvrir une œuvre inconnue en France de cet auteur phare de la littérature hongroise. Le Miracle de San Gennaro décrit les habitants des bassos de Pausilippe et leur curiosité pour un couple d’étrangers, installé depuis peu, et dont l’homme veut prétendument sauver le monde.

“«Vieille dame» à la dérive”, un article de Monique Baccelli


trad. de l’italien par Lise Chapuis
Christian Bourgois, 110 p., 17 €

Dans Vipère au poing, Hervé Bazin définissait si bien la marâtre que le surnom qu’il donnait en secret à sa propre mère est quasiment devenu un nom commun : une vraie folcoche, dit-on, de certaines femmes dénuées de sentiments maternels. Et c’est de ce spécimen humain, hélas indestructible, que Rosa Matteucci propose une image réactualisée, et légèrement exotique pour nous, puisque l’extravagante Ada sévit dans un petit village italien.

“Le «monde disparu» de Joseph Roth”, un article de Pierre Pachet

JOSEPH ROTH
CABINET DES FIGURES DE CIRE
précédé d’IMAGES VIENNOISES
trad. de l’italien et présenté par Stéphane Pesnel
Seuil, 238 p., 19 €

CLAUDIO MAGRIS
LOIN D’OÙ ?
trad. de l’italien par Jean et Marie-Noëlle Pastureau
Seuil, 480 p., 26 €

Panoptikum, en allemand, désigne un musée de figures de cire, comme Tussaud ou Grévin. C’était le titre choisi en 1930 par Joseph Roth pour l’un des recueils d’articles parmi lesquels Stéphane Pesnel a choisi avec goût les textes traduits et présentés dans ce volume.

“Les foules des oiseaux, des anges, des rats”, un article de Gilbert Lascault

EXPOSITION MARIE MOREL, PEINTURES
Halle Saint-Pierre 2 rue Ronsard, Paris 18e
10 septembre 2009 – 7 mars 2010
MARIE MOREL
Textes de Pascal Quignard, Pierre Bourgeade, Daniel Marchesseau
Éd. Chalut-Mots / Halle Saint-Pierre, 208 p., nb. ill. coul., 30 €

Dans les immenses tableaux de Marie Morel (née en 1954), les femmes à demi dénudées, les hommes, les oiseaux, les anges qui bandent, les rats, les arbres, les buissons s’accumulent, s’assemblent, s’amassent. Les êtres vivants (humains, animaux, végétaux) se fréquentent, s’approchent, se conjoignent. Ils s’accolent, se superposent, se stratifient. Ils s’aiment. Ils vibrent.

“Le grand poème shakespearien”, un article de Dominique Goy-Blanquet

MICHAEL EDWARDS
SHAKESPEARE : LE POÈTE AU THÉÂTRE
Fayard, 100 p., 22 €

Pourquoi un poète renonce-t-il à sa souveraineté en se pliant aux contraintes de la scène? That is the question, celle que se posent tous les poètes lecteurs de Shakespeare. La réponse esquissée par Michael Edwards ouvre un vaste champ de questions solidaires, à commencer par celle de la langue, « ce rapport intense avec la vie du langage dans la bouche et dans l’oreille ». Mais lui,le poète poéticien navigant entre deux idiomes, pourquoi a-t-il choisi le français pour revisiter cette œuvre où « Shakespeare donne libre cours à son désir d’entendre l’anglais dans la plénitude de son existence » ?

“Fragments d’un discours politique”, un article de Pierangelo Di Vittorio

COLLECTIF
MAURICE FLORENCE
ARCHIVES DE L’INFAMIE
Les Prairies ordinaires, 160 p., 14

Salué par Gilles Deleuze comme un « chef-d’œuvre », La Vie des homme infâmes est un texte dont on ne saurait négliger l’importance dans l’ensemble des écrits de Michel Foucault. Il est révélateur à la fois des enjeux durables de sa réflexion et des tensions provenant de l’actualité qui l’ont toujours traversée.

“Walter Benjamin et la radio”, un article de Jean Lacoste

PHILIPPE BAUDOUIN
AU MICROPHONE : Dr. WALTER BENJAMIN
Walter Benjamin et la création radiophonique 1929-1933
Éd. de la Maison des sciences de l’homme, coll. «Philia », 270 p., 25 €

Inépuisable Walter Benjamin! C’est tout un pan négligé de son œuvre d’écrivain et de théoricien que Philippe Baudoin met au jour dans un travail de recherche vraiment original qui, non seulement enrichit notre connaissance de Benjamin, ce qui est en soi précieux, mais encore constitue une réflexion actuelle sur ce médium toujours d’avenir qu’est la radio.

“Edgar Morin, un parcours atypique”, un entretien réalisé par Omar Merzoug

EMMANUEL LEMIEUX
EDGAR MORIN, L’INDISCIPLINÉ
Seuil, 569 p., 25 €

Omar Merzoug – À la fin de la biographie qui vous est consacrée, l’auteur dit que vous lui avez proposé d’écrire un ouvrage sur vos rapports avec la guerre d’Algérie, projet qui s’est transformé en biographie…

Edgar Morin – C’est possible, s’il le dit, c’est vrai. Ce dont je me souviens, c’est qu’il a réalisé un entretien pour le journal économique auquel il collaborait, et puis je pense que ça l’a conduit à s’intéresser davantage à moi. C’est par les soins d’une éditrice de chez La Martinière que s’est nouée l’idée qu’il fasse ma biographie…

“La question du corps”, un article de Maïté Bouyssy

JUDITH BUTLER
CES CORPS QUI COMPTENT
De la matérialité et des limites discursives du « sexe »
Éd. Amsterdam, 250 p., 24 €

Ces corps qui comptent reprend le dossier fondamental de la pensée de Judith Butler et appartient au moment fondateur de l’un des chantiers de l’histoire et des sciences humaines qui se sont le plus abondamment développés depuis vingt ans. Plus étayée et moins grand public que Trouble dans le genre, cette analyse de la production historique du corps est strictement constructiviste.

“Si vous avez compris…”, un article de Laurence Zordan

PAUL KRUGMAN
POURQUOI LES CRISES REVIENNENT TOUJOURS
Seuil, 201 p., 17 €

DANIEL COHEN
LA PROSPÉRITÉ DU VICE
une introduction (inquiète) à l’économie
Albin Michel, 283 p., 19 €

« Si vous avez compris ce que j’ai dit, c’est que je me suis mal exprimé » : cette boutade d’Alan Greenspan est, pour paraphraser Kant, révélatrice d’un ton grand seigneur adopté naguère en économie. Naguère, mais pas jadis, puisque c’était hier, avant la crise qui a défrayé la chronique, comme si la faille de la mécanique financière signait aussi la faillite d’un certain type de discours empreint de suffisance. Le retournement de conjoncture n’est pas le simple éclatement d’une « bulle » (terme consacré), car il fait également voler en éclats des schémas de pensée dissimulés sous une rhétorique absconse.

“Les mathématiques, plaisir et savoir”, un article de Jean-Michel Kantor

IAN STEWART
MON CABINET DE CURIOSITÉS
MATHÉMATIQUES
Flammarion, 374 p., 19 €

JEAN-MICHEL SALANSKIS
VIVRE AVEC LES MATHÉMATIQUES
Seuil, 154 p., 17 €

APOSTOLOS DOXIADIS et CHRISTOS H. PAPADIMITRIOU
LOGICOMIX
Illustrations d’Alecos Papadatos et Annie Di Donna
Bloomsbury, 347 p., 22,95 $

Les cabinets de curiosités ont fait rêver des générations d’enfants et d’adultes. Leur charme reposait sur le caractère hétéroclite des curieux objets proposés.

“Germaine et Antonin”, Lucien Logette

GERMAINE DULAC
LA COQUILLE ET LE CLERGYMAN
ALAIN & ODETTE VIRMAUX
ARTAUD/DULAC
Light Cone / Paris Expérimental Coffret comprenant le D.V.D. du film et le livre (160 p.)

«Qui a fait ce film ?» «C’est Madame Germaine Dulac.» «Qu’est-ce que Madame Dulac ? » «C’est une vache. »Le dialogue échangé à voix très haute par des spectateurs, membres non identifiés du groupe surréaliste, lors de la première projection publique de La Coquille et le Clergyman– « scénario Antonin Artaud, composition visuelle Germaine Dulac »– au cinéma des Ursulines le 9 février 1928, fait partie des phrases légendaires, comme«Nous sommes la claque et vous êtes la joue ! »de Desnos à la première de L’Étoile au front ou « Notre collaborateur Benjamin Péret insultant un prêtre »du n° 8 de La Révolution surréaliste. Et le scandale créé par cette intervention demeure dans les riches heures du mouvement dans sa période primitive.

“Bernard-Marie Koltès : vingt ans après”, un article de Monique Le Roux

BERNARD-MARIE KOLTÈS
NICKEL STUFF
Minuit, 128 p., 11,50 €
BERNARD-MARIE KOLTÈS
LETTRES
Minuit, 526 p., 19 €
BRIGITTE SALINO
BERNARD-MARIE KOLTÈS
Stock, 360 p., 21,50 €

ANDRÉ JOB
KOLTÈS, LA RHÉTORIQUE VIVE
Hermann, 136 p., 25 €

Deux décennies ont passé depuis la mort de Bernard-Marie Koltès. Au fil de l’année 2009, manifestations et publications se sont multipliées : commémoration conforme au statut d’un grand écrivain, quelque peu décalée par rapport à la singularité d’une œuvre et d’une personnalité.

“Ils n’ont pas aimé la musique. Dommage !”, un article de Thierry Laisney

SÉBASTIEN ARFOUILLOUX
QUE LA NUIT TOMBE SUR L’ORCHESTRE
Surréalisme et musique
Fayard, 541 p., 24 €

Dans son livre Que la nuit tombe sur l’orchestre, Sébastien Arfouilloux reconsidère l’opinion généralement admise selon laquelle le mouvement surréaliste n’aurait pas touché la musique. Au moyen d’une enquête approfondie, où abondent faits, œuvres et références, il examine les attirances et les influences réciproques qui s’exercèrent entre la musique et les surréalistes (ou les Dada, leurs précurseurs).

 


Prix Renaudot (essais) pour “Alias Caracalla”, de Daniel Cordier

novembre 6, 2009

“Alias Caracalla, Mémoires, 1940-1943″, le livre de Daniel Cordier vient d’être couronné par le prix Renaudot (essais). Dans la Quinzaine n° 995, Pascale Goetschele chroniquait cet ouvrage (article que nous publions intégralement ci-dessous). Pour retrouver les autres chroniques consacrées à Daniel Cordier, écrits à l’occasion de ses deux biographies de Jean Moulin, “Jean Moulin, L’Inconnu du Panthéon”et “Jean Moulin, la république des catacombes“, rendez-vous sur le site de la Quinzaine.

“Une histoire ‘au cordeau’”, un article de Pascale Goetschel

DANIEL CORDIER
ALIAS CARACALLA, MÉMOIRES, 1940-1943
Gallimard, coll. ” Témoins “, 944 p. 32 euros

Afin d’avoir le cœur net sur la teneur des activités de Jean Moulin sous l’Occupation allemande et pour répondre aux accusations taxant l’homme de de Gaulle en France de crypto-communiste, Daniel Cordier, rompant avec des années de silence, commençait, à partir de 1977, des recherches systématiques sur son “patron”. Après quatre imposants volumes biographiques parus entre 1989 et 1990, il offre, dans “Alias Caracalla” une autre méthode d’investigation : le jeu de la reconstitution au scalpel des liens entre la France libre et la Résistance intérieure, lus au prisme des mois passés aux côtés de Jean Moulin.

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La Quinzaine n°1001, du 15 au 31 octobre 2009

octobre 21, 2009

“Un roman qui rend intelligent”, un article de Norbert Czarny

PHILIP ROTH
EXIT LE FANTÔME
trad. de l’anglais par Marie-Claire Pasquier
Gallimard, 334 p., 21 €

Zuckerman est de retour à New York. Pour qui ne le connaîtrait pas, ce personnage est l’un des doubles de Philip Roth et il apparaissait déjà dans la trilogie qui porte son nom comme dans d’autres romans de notre auteur. Il nous est familier et le retrouver est un plaisir, comme l’est une conversation avec un homme spirituel et intelligent. Reste à savoir quel fantôme sort de la scène…

“Festin de pierre à Gjirokastër”, un article de Jean-Paul Champseix

ISMAÏL KADARÉ
LE DÎNER DE TROP
trad. de l’albanais par Tedi Papavrami
Fayard, 200 p., 17,90 €

Kadaré considère qu’il a écrit une des œuvres « les plus sombres du siècle », face à un système qui avait « un ar rière-goût d’enfer ». Cet aspect tragique et funèbre qui se dégage de la plupart de ses ouvrages n’exclut pas une veine comique qui affleure parfois comme dans Le Dossier H ou L’Année noire. Cette fois, le burlesque touche à un sujet d’importance : l’Histoire de l’Albanie.

“La vie est un roman noir”, un article de Norbert Czarny

DIDIER DAENINCKX
MISSAK
Perrin, 306 p., 16,90 €

THIERRY MARICOURT
DAENINCKX PAR DAENINCKX
Le Cherche Midi, 312 p., 17 €

Au début de Missak, son dernier roman en date, Didier Daeninckx imagine son héros, Louis Dragère, en train de flâner dans Paris en compagnie de Willy Ronis ; tous deux réalisent une enquête sur les bandes de jeunes, pour L’Humanité, en un mois de janvier 55 qui nous semble bien lointain. Surtout sans Willy Ronis pour le teinter de gris…

“Le gardien de son frère”, un article de Liliane Kerjan

STEPHEN DIXON
COUPS DE FIL
Phone Rings
trad. de l’anglais (États-Unis) par Dominique Chevallier
Balland, 349 p., 22 €

Stephen Dixon nous livre, dans ce neuvième ouvrage paru en France, un roman ambitieux par la forme, émouvant par le lien intense qui unit deux frères tout au long d’une vie à New York et ailleurs, une vie reconstituée avec brio à partir de conversations téléphoniques. Coups de blues, coups de chapeau et coups du sort.

“Un crime crapuleux”, un article d’Agnès Vaquin

YVES RAVEY
CUTTER
Minuit, 144 p., 13,80 €

Un crime crapuleux, d’après le Petit Robert, c’est un crime « ayant l’intérêt, l’argent pour mobile ». C’est bien d’un tel crime qu’il s’agit dans le dernier roman d’Yves Ravey, Cutter, et il s’agit là d’un crime tout à fait banal.

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“Poe ou le poète contrarié”, un article de Maurice Mourier

HENRI JUSTIN
POE JUSQU’AU BOUT DE LA PROSE
Gallimard, coll. « Bibliothèque des idées », 414 p.

« Et j’étais déjà si mauvais poète/Que je ne savais pas aller jusqu’au bout. » Ce dernier vers du premier mouvement de la Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France semble dresser l’amer constat d’une incapacité que le titre même, lourd d’un vocable inattendu (« prose ») anticipait.

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“Henry James en « grande et exquise araignée »”, un article de Diane de Margerie

HENRY JAMES
ŒUVRES COMPLÈTES T. IV
Nouvelles traduites par Jean Pavans
La Différence, 1 003 p., 49 €
HENRY JAMES
SUR ROBERT BROWNING
trad. par Jean Pavans
Le Bruit du temps, 125 p., 12 €

Cette formule est de Pietro Citati dont le livre récemment paru accompagne parfaitement le dernier volume de l’Intégrale des nouvelles de James traduites par Jean Pavans.

“Comment devient-on terroriste ?”, un article de Arnaud-Dominique Houte

JOHN MERRIMAN
DYNAMITE CLUB : L’INVENTION DU TERRORISME À PARIS
trad. de l’américain par Émmanuel Lyasse
Tallandier, coll.« Histoire contemporaine », 256 p.,20 €

Comment devient-on terroriste ? Et si c’était à cause des classes préparatoires ? Si c’était un précoce épuisement mental provoqué par l’intensité du travail intellectuel qui avait poussé Émile Henry vers son geste fou du 12 février 1894, l’attentat meurtrier du café Terminus ?

“Une nation « divinement inspirée »”, un article de Jean José Marchand

CAMILLE FROIDEVAUX-METTERIE
POLITIQUE ET RELIGION AUX ÉTATS-UNIS
La Découverte, 128 p., 9,50 €

Les États-Unis présentent à l’observateur le cas unique d’un État où la croyance en Dieu et la croyance en la démocratie ont toujours été de pair. Il était intéressant de demander à l’Histoire comment ce phénomène est possible, c’est ce qu’a fait Camille Froidevaux-Metterie.

“Italia anno nove”, un article de Lucien Logette

Cinéma italien Annecy 2009
29 septembre – 6 octobre 2009

Il y a moins de traces de Valery Larbaud à Annecy que de souvenirs de Cingria à Fribourg. Il n’y est resté que trois jours, le temps d’un clin d’œil pour ce « voyageur sédentaire » qui s’incrustait dans les villes jusqu’à s’y fondre, mais la description qu’il nous livre de la vieille cité montre que celle-ci est demeurée intacte depuis son passage en septembre 1931. Le Palais de l’Isle défie toujours le cours du Thiou, les arcades ont toujours la même « élégance d’un très beau village de luxe », l’Hôtel de
Charmoisy n’a pas changé depuis que François de Sales y rendait visite à « Philotée », et pour reprendre ses mots évoquant son grand-père exilé ici sous Napoléon le Petit, « il a sûrement vu cela ». Mais à Annecy, Larbaud n’a pas été au «cinématograph », comme il s’obstinait à écrire au cœur des années trente, lorsque tout le monde allait désormais au ciné.

“La musique en soi”, un article de Thierry Laisney

VALERY AFANASSIEV
LE SILENCE DES SPHÈRES
Essais sur la musique
José Corti, 255 p., 19 €

Valery Afanassiev est un grand pianiste (d’origine russe) et un écrivain d’expression française. Dans Le Silence des sphères, il nous donne dix essais sur la musique, qui sont issus de conférences destinées à accompagner ses concerts.

“Les palmes et les sables de Palmyre…”, un article de Gilbert Lascault

ANNIE SARTRE-FAURIAT et MAURICE SARTRE
PALMYRE, LA CITÉ DES CARAVANES
Découvertes-Gallimard, 2008, 144 p., nb. ill., 13,90 €
SYRIE, JORDANIE
Guide Arthaud, Grands Voyages, 328 p.
JORDANIE, SYRIE
Hachette, Le Guide du routard, 2009, 460 p., 14,90 €

Dans ses Mémoires de guerre, Charles de Gaulle écrit : « Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples. » Mais, toi, tu ne possèdes nulle idée simple, nul but. En Syrie, tu vagabondes, tu songes, tu regardes.


La Quinzaine n°1000, du 1er au 15 octobre

octobre 7, 2009

“La grippe comme métaphore“, un article de Laurence Zordan

ZYGMUNT BAUMAN
L’ÉTHIQUE A-T-ELLE UNE CHANCE DANS UN MONDE DE CONSOMMATEURS
Climats, 296 p., 23 €
PANDÉMIE GRIPPALE : L’ORDRE DE LA MOBILISATION
sous la direction d’Emmanuel Hirsch
Éd. du Cerf, 389 p., 20 €

L’éthique a-t-elle une chance dans un monde de consommateurs ? demande Zygmunt Bauman dans son dernier livre. La question pourrait être complétée par : un monde de consommateurs a-t-il une chance face à la pandémie s’il ne donne pas une chance à l’éthique ? L’ouvrage collectif dirigé par le directeur de « l’espace éthique » de l’Assistance publique des Hôpitaux de Paris montre qu’une crise sanitaire met en jeu les valeurs de la démocratie. À quelles conditions un ordre de mobilisation, non pas martial mais civique, face à la menace grippale peut-il être envisageable à l’heure de ce que Zygmunt Bauman appelle « le présent liquide », labilité généralisée où l’individualisme dénie toute consistance, y compris à lui-même ?

“Qui a fait tomber le mur de Berlin ?”, un article de Laurence Zordan

CYRIL BUFFET
LE JOUR OÙ LE MUR EST TOMBÉ
Larousse, 320 p., 18 €
FREDERICK TAYLOR
LE MUR DE BERLIN 1961-1989
J.-C. Lattès, 620 p., 218 €
MARC FERRO
LE MUR DE BERLIN ET LA CHUTE DU COMMUNISME EXPLIQUÉS À MA PETITE-FILLE
Le Seuil, 122 p., 8 €
MICHEL MEYER
HISTOIRE SECRÈTE DE
LA CHUTE DU MUR DE BERLIN
Odile Jacob, 346 p., 21 €

La question se pose en termes personnels, car ce ne sont pas les masses, mais des protagonistes qui ont pris des décisions telles que le symbole de la guerre froide s’est écroulé. Si assurément ils ne poursuivaient guère ce but, ils en ont toutefois été les initiateurs, involontaires mais insistants, avec une sorte d’obstination somnambulique. Les hommes font l’histoire, mais ils ne savent pas l’histoire qu’ils font. Les caciques ont certes été dépassés par les citoyens, mais la brèche inaugurale est, paradoxalement, le fait d’une révolution de palais, à huis clos. L’histoire se prête alors à la dramaturgie, véritable art de la composition théâtrale, avec ses conspirations et rebondissements.

“Une Afrique de « wassan kara »”, un article de Claire Richard

JACQUES JOUET
BODO
P.O.L, 362 p., 19,90 €

Qu’est-ce que le wassan kara ? Que dit de Gaulle quand il rencontre un Nigérien nommé Bodo au tabac de Colombey-les-Deux-Églises ? Que se passe-t-il si on promène le miroir de Stendhal au bord des routes de la province de Zinder, tout en laissant libre cours à une verve intarissable ? La réponse à toutes ces questions (et à bien d’autres) figure dans le dernier roman de Jacques Jouet, Oulipien qui a fait de l’Afrique aussi son pays.

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“Le livre des passages”, un article de Tiphaine Samoyault

PASCAL QUIGNARD
LA BARQUE SILENCIEUSE.
DERNIER ROYAUME VI
Le Seuil, 242 p., 18 €

Les précédents volumes de « Dernier royaume », Paradisiaques et Sordidissimes (après Les Ombres errantes, Sur le Jadis et Abîmes), exploraient des lisières du monde et de la vie. La Barque silencieuse, qui est d’abord bien sûr la barque de Charon, s’intéresse à tout ce qui fait passer d’un monde dans un autre, à une géographie du passage qui ne soit pas le dessin d’une transcendance.

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“Les imprévus du voyage”, un article de Jacques Fressard

JOSÉ SARAMAGO
LE VOYAGE DE L’ÉLÉPHANT
trad. du portugais par Geneviève Leibrich
Le Seuil, 218 p., 19 €

« Ne me parlez pas de la mort car je la connais. » C’est en ces termes que José Saramago répondait aux journalistes s’enquérant de sa santé au début de l’année 2008, à la sortie de cette clinique de Lanzarote qui l’avait accueilli très amaigri et affligé d’un hoquet incoercible.

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“En Toscane, et ailleurs…”, un article de Monique Baccelli

ANNA LUISA PIGNATELLI
LE DERNIER FIEF
trad. par Alain Adaken
Minos et La Différence, coll poche, 220 p, 8 €
LES GRANDS ENFANTS
trad. par Alain Adaken
Minos et La Différence, coll poche, 253 p, 8 €
NOIR TOSCAN
trad. par Alain Adaken
La Différence, 123 p., 14 €

Ce n’est pas sans raisons que les éditions Minos-La Différence publient en même temps trois romans d’Anna Luisa Pignatelli. Sans constituer une suite, ils tournent autour de deux phénomènes concomitants : la fin de la paysannerie traditionnelle, et l’abandon des campagnes au profit des villes.

“Les adieux”, de Vanessa Aubert

HYAM YARED
SOUS LA TONNELLE
Sabine Wespieser éd., 277 p., 21 €

Après L’Armoire des ombres, la poétesse libanaise Hyam Yared renoue avec la veine romanesque et dévoile son nouveau roman Sous la tonnelle. Quand une âme poétique et violente se retrouve au carrefour de l’inspiration romanesque, la plume se transforme en art. Dramatique. « J’étais née le jour où tu m’avais aimée. »

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“Un défenseur de l’ordre : Jean Cocteau”, un article de Jean José Marchand

JEAN COCTEAU
LE COQ ET L’ARLEQUIN, 1918
Stock (réédition), 144 p., 11 €
JEAN COCTEAU
OPIUM, 1930
Stock (réédition), 267 p., 12 €

Si sa poésie est flamboyante d’énigmes, la personnalité de Jean Cocteau semble beaucoup plus lisible. Il le disait lui-même : « Vous découvrirez plus tard que je fus un défenseur de l’ordre. »

“Regards sur les arts premiers”, un article de Georges Raillard

EXPOSITIONS
Musée du Quai Branly
La Collection
Un ouvrage collectif sous la direction d’Yves Le Fur,
directeur du Patrimoine et des Collections 480 pages illustrées, Éd. Skira-Flammarion,
musée du Quai Branly, 55 €
La passion des arts premiers. Regards de marchands
Exposition à la Monnaie de Paris du 9 septembre au 18 octobre 2009
Catalogue sous la direction d’Elena Martinez-Jacquet
Primedia Monnaie de Paris éd., 212 pages, 45 €
Medusa en Afrique
Exposition au Musée d’ethnographie, Genève, jusqu’au 31 janvier 2010
Catalogue : Medusa en Afrique. La sculpture de l’enchantement
Textes de Boris Wastiau, photographies de Johnathan Watts, 256 pages, 160 illustrations en couleurs, 49 €

Trois ouvrages qui retiennent l’attention : une anthologie des œuvres maîtresses du Quai Branly, la place actuelle des marchands dans la circulation des arts premiers, le pouvoir d’« enchantement » de ces œuvres. Des textes apportent des points de vue mesurés. Des expositions concomitantes, sur lesquelles s’ouvre à neuf notre regard, les soutiennent.

“Heidegger : modèle de séminaire ou séminaire modèle”, un article de François Vezin

MARTIN HEIDEGGER
INTERPRÉTATION DE LA DEUXIÈME
CONSIDÉRATION INTEMPESTIVE DE NIETZSCHE
Gallimard, 420 p., 35 €

Le mot séminaire a été singulièrement galvaudé depuis une quarantaine d’années. Partout on parle maintenant de séminaire, c’est tout juste si le Conseil des ministres qui se tient chaque mercredi à l’Élysée n’est pas rebaptisé : Séminaire gouvernemental !

“Entre connaissance et finance”, un article de Jean-Paul Deléage

EL MOUHOUB MOUHOUD – DOMINIQUE PLIHON
LE SAVOIR ET LA FINANCE,
LIAISONS DANGEREUSES AU CŒUR
DU CAPITALISME CONTEMPORAIN
La Découverte, 240 p., 18 €

Cet ouvrage livre l’étude précise des rapports actuels entre l’économie de la connaissance et le rôle central de la f inance. Depuis une trentaine d’ années en effet, le capitalisme subit une profonde mutation sous le double effet de la montée en puissance de la f inance désormais force planétaire ; et de la violence de l’impact des nouvelles technologies qui ont ouvert, aux sociétés industrielles, le seuil de l’ère de la « société de la connaissance ».

“Les pinsons des Galápagos – Darwin et les mystères de l’évolution”, un article de Jean-Michel Kantor

JEAN-CLAUDE AMEISEN
DANS LA LUMIÈRE ET LES OMBRES.
DARWIN ET LE BOULEVERSEMENT DU MONDE
Fayard/Le Seuil, 2008 (2e édition 2009), 500 p., 23 €
JOANNY MOULIN
UNE SCANDALEUSE VÉRITÉ
Éd. Autrement, coll. « Littératures », 391 p., 23 €

Avez-vous déjà rencontré un dodo ? Un diable de Tasmanie ? Certainement pas : ces animaux n’existent plus (le dodo ou dronte a disparu au XVIIe siècle), comme nombre d’espèces au cours des siècles, qu’on ne peut plus admirer qu’au dernier étage de la Galerie de l’évolution du Muséum d’ histoire naturelle. L’évolution des espèces, la naissance ou la disparition de certaines d’entre elles par exemple, ont été constatées depuis bien longtemps. Pour expliquer ces phénomènes, jusqu’au siècle dernier, on recourait à la volonté divine, ainsi de Georges Cuvier (1769-1832), et encore aujourd’hui les partisans du créationnisme.


Vrais ou faux Duras ?

septembre 26, 2009

Un article de Tiphaine Samoyault

DOMINIQUE NOGUEZ
DURAS, TOUJOURS
Actes Sud, 142 p., 18 €

Après Duras, Marguerite, publié en 2001 aux éditions Flammarion, Dominique Noguez revient à la fois sur ses souvenirs personnels de Duras – il l’a fréquentée assez assidûment dans les années 1970, au moment des entretiens qu’il a faits avec elle sur son cinéma – et sa grande connaissance de l’œuvre, pour les mettre au service d’un essai informé et sensible, personnel et délié.

Le livre s’ouvre sur l’énigme du roman caché, ou plutôt des romans cachés, puisque ces dernières années, deux textes ont pu être promus, à tort ou à raison (c’est ce que Dominique Noguez entreprend d’examiner), au rang de romans de Duras, et font ici l’objet d’une enquête détaillée d’attribution… Retrouvez la suite de l’article dans la Quinzaine n°999


La Quinzaine n°999, du 16 au 30 septembre 2009

septembre 20, 2009

“Le cavalier polonais”, un article de Norbert Czarny

YANNICK HAENEL
JAN KARSKI
Gallimard, coll. « L’Infini », 194 p., 16,50 €

Un petit tableau de Rembrandt, à la Frick Collection de New York, aura été la véritable patrie de Jan Karski. Karski est dans Shoah de Lanzmann le résistant polonais qui, guidé par deux membres de la communauté juive, est entré dans le ghetto de Varsovie et y a vu l’inhumanité à l’œuvre. Il n’est jamais revenu de ce temps, jusqu’à son décès en 2000 à Washington.

“Si l’amour ne meurt”, un article de Vanessa Aubert

NOËLLE REVAZ
EFINA
Gallimard, 192 p., 14,90 €

« Le soleil est rare – Et le bonheur aussi – L’amour s’égare – Au long de la vie. » (Serge Gainsbourg). Après Rapport aux bêtes (2005) dans lequel elle recréait la beauté de la langue paysanne, Noëlle Revaz signe un nouveau roman, Ef ina. Cette fois-ci, l’auteur suisse s’attache à dépeindre le face-à-face amoureux dans un va-et-vient tragique.

“Le grand sommeil”, un article de Huho Pradelle

VINCENT MESSAGE
LES VEILLEURS
Le Seuil, 636 p., 22 €

Un premier roman qui réorganise le chaos du monde contemporain, défaisant le réel et le ravaudant avec une certaine forme de jouissance atterrée. Une fresque qui s’apparente à un gouffre et à un recouvrement. Vincent Message interroge la raison, la folie, l’imagination, la mémoire, les rêves qui nous habitent et la parole qui les ordonne. Un livre éprouvant, à l’aune d’une époque de transition où l’homme s’affronte à la perte de sa propre image. Reste à veiller.

“La vie derrière soi”, un article de Hugo Pradelle

PIERRE SILVAIN
ASSISE DEVANT LA MER
Édition définitive
Verdier, 128 p., 14 €

Pierre Silvain entreprend le ressouvenir de son enfance au Maroc, de sa mère, de leurs rapports étranges, cruels et innocents à la fois, de ses secrets de jeunesse, de son rapport à la disparition et à l’écriture. Il signe un récit bouleversant, plein de clarté, la chronique d’un amour compliqué, d’une recouvrance.

“Composition canadienne”, un article de Liliane Kerjan

ALICE MUNRO
DU CÔTÉ DE CASTLE ROCK
A view from Castle Rock
trad. de l’anglais (Canada) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso
Éd. de l’Olivier, 344 p., 22

Gagner sa liberté, sa vie, son espace : tel est toujours le f il serré des histoires d’Alice Munro. Mais pour la première fois il s’agit de son histoire personnelle, précise, lucide, dans la ferme aux renards argentés, en lien direct avec celle de ses ancêtres venus d’Écosse. Pour mieux s’affranchir d’un livre de mémoires, l’imagination s’en mêle qui va faire vibrer des existences robustes ou discrètes sur les terres vierges des cantons canadiens. L’audacieuse Alice Munro crée un genre hybride, original parce que rebrodé sur la trame historique, f idèle dans l’inf idélité. Élargissant les histoires familiales pour créer une f iction de généalogiste, elle invente une composition à la fois ample et intimiste portée par l’élan de sa belle plume incisive.

“Une journée de mai à Rome”, un article de Monique Baccelli

MELANIA G. MAZZUCCO
UN JOUR PARFAIT
trad. par Philippe Di Meo
Flammarion, 393 p., 21 €

Une romancière méthodique : douze personnages principaux, pas ou peu de seconds rôles. Tout se passe à Rome, dans « l’ère Bersluconi » en une seule journée, comme dans l’Ulysse de Joyce, mais une journée scandée par les 24 heures correspondant chacune à un chapitre. Dès les premières pages on sait que le roman s’achèvera sur un crime. Seul point d’interrogation, la journée sera-t-elle pour tous aussi «parfaite» que le titre l’indique ?

“L’équilibre”, un article de Hugo Pradelle

COLUM MCCANN
ET QUE LE VASTE MONDE POURSUIVE SA COURSE FOLLE
Let The Great World Spin
trad. de l’anglais (Irlande) par Jean-Luc Piningre,
Belfond, 448 p., 22 €

Le dernier roman de Colum McCann est un immense creuset pour les voix éperdues de personnages en quête d’amour et de paix. Un requiem polyphonique pour une ville qui change, un cri d’alarme presque désespéré, un élan de tendresse acharné. Ce qu’il appelle « la collision des histoires ».

“Essais parlants”, un article de Marie Tournier-Cardinal

HUANG KUO-CHUN
ESSAIS DE MICRO
Maikefeng Shiyin
trad. du chinois (Taiwan) par Esther Lin et Angel Pino
Actes Sud, 184 p., 19 €

Recueil de courts textes en prose, Essais de micro, traduction littérale du chinois Maikefeng Shiyin, est la tentative d’un jeune écrivain taïwanais, rendu au silence par sa mort prématurée, pour faire entendre l’effet Larsen d’une société qui grince sur elle-même. La diff iculté de celui qui se propose d’en faire la chronique consiste essentiellement à ne pas céder la parole à son auteur dont l’ironie jubilatoire nous amène bien souvent à lire à haute voix, af in d’en faire prof iter l’entourage. Il s’agirait peut-être alors, pour citer Huang Kuo-chun, lorsqu’il entreprend dans le présent ouvrage la recension des « Nouveaux Horaires des trains » de Taipei d’une « monstrueuse critique de livre ».

“Merci de lire ce livre”, un article de Liliane Kerjan

DAVE EGGERS
LE GRAND QUOI
What is the What
trad. de l’anglais (États-Unis) par Samuel Todd
Gallimard, 627 p., 26 €

L’horreur des guerres civiles et des camps de réfugiés d’Éthiopie et du Kenya, la candeur d’un gamin qui fuit son village massacré par les cavaliers arabes pour f inalement atterrir, treize ans plus tard, en Amérique. Du Sud-Soudan à Atlanta, du désert de poussière à la jungle urbaine, un livre effarant, très bien écrit, qui devient une fantastique épopée contemporaine et une exemplaire tragédie du nomade déplacé, traqué, marchant dans l’inconnu.

“Jean Pérol : une vie en poésie”, un article de Maurice Mourier

JEAN PÉROL
POÉSIE I 1953-1978
La Différence, 510 p., 39

Étrange entreprise, et quelque peu mélancolique : en présentant le volume I de ses « Œuvres complètes », qui rassemble ses neuf premiers recueils, publiés de 1953 (il avait vingt et un ans) à 1978, volume I qui devrait être suivi d’un numéro II regroupant cinq ensembles suivants (le dernier sorti en 2004), Jean Pérol aff irme que « la forme présente de ces recueils, dans cette édition des œuvres poétiques, doit être considérée comme leur forme déf initive et faire seule référence »

“Une poésie en marche”, un article de Stéphane Barsacq

JEAN-CLARENCE LAMBERT
X-ALTA, CONTINUUM POÉTIQUE 1991-2006
accompagné de dessins originaux d’Antonio Segui
Galilée, coll. « Écritures / Figures », 154 p., 30 €

Il y a cinquante ans un poète qui n’avait pas trente ans alors écrivait en liminaire d’une vaste anthologie qu’il présentait avec Roger Caillois, Trésor de la poésie universelle : « Je me suis pris à rêver au Musée imaginaire de la poésie. » Avec X-Alta, Jean-Clarence Lambert offre le dernier état de sa quête en marche, sans origine et sans fin peut-être.

“Anne et Patrick Poirier :  la Fabbrica della Memoria”, un article de Georges Raillard

EXPOSITIONS
Vertiges / Vestiges
Chapelle Saint-Charles, Avignon.
Jusqu’au 30 septembre, du mercredi au lundi.
Ruines et mémoire
Maison René-Char, Hôtel Campredon,
L’Isle-sur-Sorgue, jusqu’au 11 octobre.
PUBLICATIONS
ANNE ET PATRICK POIRIER. VERTIGES / VESTIGES
Catalogue de l’œuvre. Préfaces de Marc Augé et Damien Sausset.
144 p., 150 illustrations en couleur, 30 €
L’ATELIER DE ANNE ET PATRICK POIRIER
Photos prises par les artistes. Entretien avec Evelyne Artaud.
Thalia éditions, 76 p. illustrées, 28 €

Anne et Patrick Poirier sont de ces rares artistes qui ne doivent rien qu’à eux-mêmes. Et qui s’adressent à nous – fût-ce par des voies détournées. À nous aux prises avec notre présent, notre futur, notre mémoire. Ils en tirent des œuvres qui sont toutes des f igures d’intelligence, de culture et de sensibilité.

“Une telle confiance”, un article de Christian Mouze

OSSIP MANDELSTAM
Europe, juin-juillet 2009, 332 p., 20 €

La revue Europe consacre son double numéro d’été à Mandelstam, et comme pour Chestov c’est une réussite. « Il est impossible de citer un autre poète qui, dans des circonstances aussi inhumaines, ait cultivé une telle conf iance en l’humain. » Alexandre Kouchner (né en 1936), poète héritier de la tradition pétersbourgeoise à laquelle appartenaient Ossip Mandelstam et Anna Akhmatova, et plus près de nous Iossif Brodski dont il fut le compagnon, ne pouvait mieux ouvrir ce numéro que par le mot confiance : au milieu des crimes et des douleurs, un poète témoigne d’une ultime conf iance précisément dans le mot et l’homme (tout homme et tout l’homme) qui le prononce.

“Les avertissements de Joseph Roth”, un article de Pierre Pachet

JOSEPH ROTH
JUIFS EN ERRANCE
SUIVI DE L’ANTÉCHRIST
trad. de l’allemand par Michel-François Demet
Le Seuil, 254 p., 19 €

Dans ces deux essais, le premier daté de 1927, le second de 1934 (publié en allemand à Amsterdam, après l’exil de l’auteur), le romancier trouve des formules prophétiques, non seulement en ce qu’elles anticipent un avenir proche, mais en ce qu’elles transpercent le présent.

“Faire vibrer la fibre inconnue”, un article de Jean-Claude Chevalier

LOUIS SÉBASTIEN MERCIER
NÉOLOGIE
texte établi, annoté et présenté par Jean-Claude Bonnet
Belin, 591 p., 26 €

Louis Sébastien Mercier, observateur de la rue et des mœurs, est surtout connu pour ses Tableaux de Paris, publiés de 1781 à 1788, souvenirs d’un marcheur parisien : « Je les ai écrits avec les pieds », disait-il en parlant de cet énorme compendium qui trouva tout de suite le succès.

“L’Algérie des « pieds-rouges »”, un article d’Omar Merzoug

CATHERINE SIMON
ALGÉRIE, LES ANNÉES PIEDS-ROUGES
La Découverte, 300 p., 22€

Le 19 mars 1962, lorsque les accords d’Évian sont signés, une époque de convulsions, de sang, d’exactions, de tortures et de crimes de guerre s’achève. Malgré la politique de « la terre brûlée » de l’OAS, on s’achemine vers la paix, une paix encore armée, déchirée çà et là par des règlements de comptes, des liquidations, notamment de harkis, et endeuillée aussi par l’implosion du FLN, à l’été 1962. Grand reporter au quotidien Le Monde, Catherine Simon ne se propose pas de décrire les derniers instants de l’occupation française en Algérie ; elle entreprend de restituer les faits d’une nouvelle histoire qui commence en 1962, quand « le fil se casse », au moment où l’Algérie et la France « font mine de se tourner le dos ».

“Une génération perdue”, un article de Jean-Jacques Marie

JEAN-JACQUES AYME
JEUNESSES SOCIALISTES 1944-1948.
Socialisme contre social-démocratie
Éd. Amalthée, 506 p., 23,50 €

On peut s’interroger ? Pourquoi écrire une histoire des Jeunesses socialistes SFIO de 1944 à 1948 ? N’est-ce pas là un étroit sujet plus digne d’une simple maîtrise universitaire que d’un livre ?

“Biribi, c’est en Afrique”, un article de Vincent Milliot

DOMINIQUE KALIFA
BIRIBI. LES BAGNES COLONIAUX DE L’ARMÉE FRANÇAISE
Perrin, 344 p., 21 €

Hors les lecteurs du roman rageur que Darien publia en 1890, régulièrement réédité depuis, plus grand monde ne frisonne, ni ne s’indigne à l’évocation de ce nom : Biribi. Symbole des formes les plus dures de l’oppression militaire, ce terme ne désignait pas un lieu précis mais un archipel de structures disciplinaires et pénitentiaires installées principalement en Afrique du Nord. Dans l’impunité presque totale et sous l’arbitraire absolu des « chaouchs », les « gibiers de Biribi » enduraient travail forcé, privations et sévices plus d’une fois mortels.


Les “Trois femmes puissantes” de Marie NDiaye

septembre 3, 2009

Le nouveau livre de Marie NDiaye, Trois femmes puissantes, semble constituer l’événement littéraire de la rentrée. Deux de nos collaborateurs donnent leur avis.

MARIE NDIAYE
TROIS FEMMES PUISSANTES
Gallimard, 320 p., 19 €

“L’exil et la mauvaise conscience”, un article de Marie Etienne

Trois femmes puissantes (en quoi ? nous tenterons de le comprendre), trois moments du roman, largement autonomes et cependant liés les uns aux autres par un pays, le Sénégal, l’atmosphère de malaise, sinon de drame, le crescendo du dénouement.

Norah est avocate, mère d’une enfant, et a un compagnon. Un jour son père lui demande de venir le rejoindre au Sénégal. Ce qu’elle fait. Le malaise dans lequel se débat la jeune femme tient à la situation (déchéance du père, incarcération du frère), ainsi qu’au sentiment de culpabilité qui ne la quitte pas : « Honte à elle », pense-t-elle constamment… Retrouvez la suite de l’article dans la Quinzaine n°998

“Marie NDiaye ou la force des faibles”, un article d’Omar Merzoug

À l’heure où le moindre écrivailleur juge ses humeurs, ses embarras gastriques et ses bleus de l’âme dignes d’être communiqués aux lecteurs, Marie NDiaye nous fait grâce de ces confidences importunes et de ces aveux intempestifs qui fournissent à la trame filandreuse d’un grand nombre d’ouvrages. Douée d’un talent qui n’est gâté ni par l’artifice ni par l’apprêt, elle renoue avec une veine romanesque dont le contenu est tissé d’intrigues multiples et de personnages vivant des aventures. Elle sait ménager des rebondissements, créer des atmosphères et des univers. Avec ce nouveau récit, la romancière restitue, tantôt avec vivacité, tantôt avec nonchalance, mais toujours avec un instinct très sûr du rythme et de l’harmonie, des moments d’existences « prises en tant que livre », selon l’heureuse formule de Novalis.

Entre Norah et son père, qui n’estime que les garçons, il ne peut y avoir qu’un dialogue de sourds ou de fous. « Cela n’a ni sens ni
intérêt d’avoir pour père un homme avec lequel on ne peut pas s’entendre » se répétait Norah qui avait, à l’endroit de son père, « une inépuisable colonne de griefs » tout en sachant « qu’elle ne lui ferait part ni des graves ni des bénins » et « qu’elle ne pourrait jamais
rappeler dans la réalité du face-à-face avec cet homme insondable »… Retrouvez la suite de l’article dans la Quinzaine n°998


La Quinzaine n°998, du 1er au 15 septembre 2009

septembre 3, 2009

“De la rupture à l’extase”, un article d’Agnès Vaquin

JEAN-PHILIPPE TOUSSAINT
LA VÉRITÉ SUR MARIE
Éd. de Minuit, 208 p., 14,50 €

Après Faire l’amour (2002) et Fuir (2005), Jean-Philippe Toussaint considère que La Vérité sur Marie constitue un “prolongement” des deux premiers romans. Pour qu’il y ait trilogie, il faudrait que le récit de ces amours tumultueuses s’arrête là. Le texte s’achève sur un point d’orgue, sur un grand moment de bonheur et, comme chacun sait, les gens heureux n’ont pas d’histoire… Va-t-on en rester là ? Quoi qu’il en soit, Marie reste toujours la même sylphide dont le narrateur est toujours aussi amoureux.

“La créature”, un article de Hugo Pradelle

STÉPHANE VELUT
CADENCE
Christian Bourgois, 196 p., 15 €

Le premier roman de Stéphane Velut est un récit de la solitude extrême, de la distorsion de la perception, de la perversité et de la déshumanisation. Entre fable kafkaïenne et variations sur le mythe de la créature, il signe un livre court, intense et formidablement dérangeant.

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“La chanson du retour”, un article de Norbert Czarny

ÉRIC HOLDER
BELLA CIAO
Le Seuil, 156 p., 16 €

« Tu vas me dire ce que tu as en tête ? » Prononcée avec colère par Franck, l’employeur du narrateur, cette phrase fait écho au « J’en ai assez » dit posément par Myléna, son épouse, à ce même narrateur en ouverture du roman. Façon de dire qu’on part brutalement, sur une impulsion, dans Bella Ciao, comme dans bien des livres d’Éric Holder.

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“Laura apprend”, un article de Norbert Czarny

BRIGITTE GIRAUD
UNE ANNÉE ÉTRANGÈRE
Stock, 216 p., 17 €

Il faut attendre les toutes dernières lignes d’Une année étrangère, le nouveau roman de Brigitte Giraud, pour qu’enfin on se sente libéré d’un poids qui oppresse. Poids des secrets et des silences qui les accompagnent ? Poids d’une année passée loin de chez soi dans une langue étrangère ? Cela mais pas seulement.

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“Ecrire la guerre”, un article de Norbert Czarny

LAURENT MAUVIGNIER
DES HOMMES
Éd. de Minuit, 290 p., 17,50 €

On le surnomme Feu-de-Bois, il se prénomme Bernard. Avant d’être cet homme aux ongles sales, qui sent mauvais et qu’on préfère tenir éloigné, il a été un époux, un père de famille qui travaillait à l’usine, à Boulogne. Quarante ans ont passé et quand il vient offrir un cadeau coûteux à sa sœur Solange, tout le monde s’interroge sur la provenance de l’argent.

“Chasseur de sens”, un article de Marie Etienne

YOKO TAWADA
LE VOYAGE À BORDEAUX
Verdier, 128 p., 15 €

Écrire en Allemagne, dans la langue japonaise, le récit d’un voyage à Bordeaux destiné à apprendre le français, est déjà en lui-même un acte intéressant sur le plan linguistique.

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“L’immense possible”, un article d’Agnès Vaquin

MATHIEU TERENCE
L’AUTRE VIE
Gallimard, 166 p., 13,90 €

Pourquoi aime-t-on les romans de Mathieu Terence sinon pour son art de vous fabriquer des personnages a priori parfaitement artificiels, évoluant dans un milieu qui l’est tout autant. Un miroir déformant mais un miroir tout de même, une image de la métamorphose dont l’espèce humaine est actuellement affectée.

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“Tout rêveur est un prisonnier qui s’évade”, un article de Tiphaine Samoyault

HÉLÈNE CIXOUS
ÈVE S’ÉVADE. LA RUINE ET LA VIE
Galilée éd., 215 p., 25 €

Comme Ciguë l’année dernière, Ève s’évade est un « Livre de ma mère ». Mais tandis que dans le précédent texte, les motifs de la vieillesse et de la mort dialoguaient avec la scène du suicide de Socrate, ici, le double argument de la prison et de l’évasion entre en résonance avec certains moments de la vie et de l’œuvre de Freud.

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“Le Journal de Valery Larbaud au complet (1600 pages)”, un article de Béatrice Mousli

VALERY LARBAUD
JOURNAL
édition définitive – texte établi, préfacé et annoté par Paule Moron
Gallimard, 1616 p., 70 €

La bande rouge « édition définitive » qui entoure cet énorme volume (plus de 1600 pages) a de quoi faire rêver tous ceux qui s’intéressent à Valery Larbaud : un seul volume pour réunir toutes les éditions diverses parues au siècle dernier !

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“Les démesures et les violences d’Une semaine de bonté“, un article de Gilbert Lascault

MAX ERNST
UNE SEMAINE DE BONTÉ
Les collages originaux (1933)
Musée d’Orsay  30 juin – 13 septembre 2009
WERNER SPIES ET COLL.
CATALOGUE DE L’EXPOSITION
Gallimard / Fundación MAPFRE / Musée d’Orsay
406 p., 350 ill. coul., 45 €

À l’été 1933, dans le Château de Vigaleno, près de Plaisance, dans le nord de l’Italie, pendant trois semaines, Max Ernst a rassemblé des matériaux. Il achève 184 planches originales qui formeront un livre troublant que Jeanne Bucher publiera en 1934 : Une semaine de bonté (ou les sept éléments capitaux).

“Sur les formes idéologiques de la politique”, un article de Patrick Cingolan

MIGUEL ABENSOUR
POUR UNE PHILOSOPHIE POLITIQUE
CRITIQUE – ITINÉRAIRES
Sens & Tonka, 400 p., 25 €

Il y a deux ans, Miguel Abensour nous avait donné un livre remarquable sur Hannah Arendt : Hannah Arendt, contre la philosophie politique ? Dans ce livre il revenait notamment sur le rapport Arendtien à la troisième critique de Kant et sur la manière dont la philosophe renouait contre Platon la politique à l’esthétique et plus particulièrement à la question du beau dans son rapport au sens commun chez Kant. Aujourd’hui, dans le recueil Pour une philosophie politique critique, Miguel Abensour revient centralement sur ce dialogue complexe avec Arendt, sur ce pour ou contre la philosophie politique, adjoignant aux deux mots un troisième : celui de critique.

“Une ère post-totalitaire”, un article de Jean Lacoste sur le même livre que précédemment

Un recueil d’articles sans doute, mais qui mérite une lecture attentive, lente et respectueuse,parce qu’en lui se concentrent plus de trente ans de réflexions philosophiques sur la politique, depuis le manifeste « Critique de la politique » de 1971, qui traçait le programme éditorial d’une collection prestigieuse chez Payot, jusqu’à « L’extravagante hypothèse », de 2006, qui comme il se doit, ouvre encore de nouvelles voies avec Levinas.Trente
années consacrées à défendre une certaine notion de la philosophie politique critique contre ceux, acteurs ou théoriciens, qui veulent n’y voir que
le reflet des conflits sociaux et de l’économie ou qui souhaitent la réduire à des techniques de gestion ou de manipulation de l’opinion.

“Les enchantements du Graal”, un article de Dominique Goy-Blanquet

LE LIVRE DU GRAAL, TOME III
Gallimard / Pléiade, 1707 p.,
prix de lancement, 65 € jusqu’au 31/12/09 ; 73 € ensuite
LA QUÊTE DU GRAAL
Le Seuil, 350 p., 28 €

Nous avions quitté les chevaliers d’Arthur il y a six ans sur la longue absence de Lancelot et la quête de Mordret, dont le conteur prédit qu’il fera mourir quinze mille hommes (La Quinzaine n° 867, 16-31décembre 2003). Le hasard fait bien les choses cet été car les lecteurs pourront lire le conte enrichi d’un côté des notes savantes de la Pléiade, de l’autre des enluminures qu’offre le Seuil en rééditant la version donnée jadis par Yves Bonnefoy et Albert Béguin.

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“Capitales de la douleur”, un article de Laurence Zordan

ADRIEN GOMBEAUD
L’HOMME DE LA PLACE TIANANMEN
Le Seuil/presses de Sciences-Po, 121 p.,14 €
GEOFFROY DE LAROUZIÈRE-MONTLOSIER
JOURNAL DE KABOUL
Bleu autour, 205 p.,15 €
RAPHAËL KRAFT
JOURNALISTE À VÉLO  UN PETIT TOUR AU PROCHE-ORIENT
Bleu autour, 293 p.,18 €

Des capitales de la douleur, des lieux meurtris de la planète, que retient le voyageur qui s’y est rendu ? De passage, détenant trace du passé par des photos ou des pages de diariste, que reste-t-il de son regard porté sur des mondes où règne la violence ? Que garde-t-il de ce qu’il a entr’aperçu, si, comme l’écrit Eluard dans Capitale de la douleur, il faut prendre la main de la mémoire et fermer les yeux du souvenir ?

“Dieu joue-t-il à la Bourse ?”, un article de Jean-Michel Kantor

NICOLAS BOULEAU
MATHÉMATIQUES ET RISQUES FINANCIERS
Odile Jacob, 272 p., 24,50€
ANDRÉ ORLÉAN
DE L’EUPHORIE À LA PANIQUE : PENSER LA CRISE FINANCIÈRE
Rue d’Ulm, 110 p., 11€

« La crise, comment en sortir ? La réponse est technique : Dieu seul le sait. Nous manquons terriblement de modèles. »

“La route parallèle”, un article de Lucien Logette

MICHEL CIMENT
KAZAN/LOSEY, ENTRETIENS
édition définitive Stock, 648 p., 36 €

Elia Kazan (1909-2003), Joseph Losey (1909-1984) : ce n’est pas seulement leur année de naissance commune qui vaut de les rapprocher, mais les similitudes de leur itinéraire. Formation universitaire, engagement militant, carrière théâtrale puis cinématographique durant les mêmes périodes, reconnaissance internationale ponctuée de prix dans les festivals majeurs : on parlerait de trajectoires jumelles, s’il n’y avait, en leur mitan, cet événement décisif que constitua le maccarthysme, et leur façon opposée de l’affronter. Chacun des deux mit du temps à s’en remettre – s’ils s’en remirent jamais.