La Quinzaine n°998, du 1er au 15 septembre 2009

septembre 3, 2009

“De la rupture à l’extase”, un article d’Agnès Vaquin

JEAN-PHILIPPE TOUSSAINT
LA VÉRITÉ SUR MARIE
Éd. de Minuit, 208 p., 14,50 €

Après Faire l’amour (2002) et Fuir (2005), Jean-Philippe Toussaint considère que La Vérité sur Marie constitue un “prolongement” des deux premiers romans. Pour qu’il y ait trilogie, il faudrait que le récit de ces amours tumultueuses s’arrête là. Le texte s’achève sur un point d’orgue, sur un grand moment de bonheur et, comme chacun sait, les gens heureux n’ont pas d’histoire… Va-t-on en rester là ? Quoi qu’il en soit, Marie reste toujours la même sylphide dont le narrateur est toujours aussi amoureux.

“La créature”, un article de Hugo Pradelle

STÉPHANE VELUT
CADENCE
Christian Bourgois, 196 p., 15 €

Le premier roman de Stéphane Velut est un récit de la solitude extrême, de la distorsion de la perception, de la perversité et de la déshumanisation. Entre fable kafkaïenne et variations sur le mythe de la créature, il signe un livre court, intense et formidablement dérangeant.

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“La chanson du retour”, un article de Norbert Czarny

ÉRIC HOLDER
BELLA CIAO
Le Seuil, 156 p., 16 €

« Tu vas me dire ce que tu as en tête ? » Prononcée avec colère par Franck, l’employeur du narrateur, cette phrase fait écho au « J’en ai assez » dit posément par Myléna, son épouse, à ce même narrateur en ouverture du roman. Façon de dire qu’on part brutalement, sur une impulsion, dans Bella Ciao, comme dans bien des livres d’Éric Holder.

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“Laura apprend”, un article de Norbert Czarny

BRIGITTE GIRAUD
UNE ANNÉE ÉTRANGÈRE
Stock, 216 p., 17 €

Il faut attendre les toutes dernières lignes d’Une année étrangère, le nouveau roman de Brigitte Giraud, pour qu’enfin on se sente libéré d’un poids qui oppresse. Poids des secrets et des silences qui les accompagnent ? Poids d’une année passée loin de chez soi dans une langue étrangère ? Cela mais pas seulement.

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“Ecrire la guerre”, un article de Norbert Czarny

LAURENT MAUVIGNIER
DES HOMMES
Éd. de Minuit, 290 p., 17,50 €

On le surnomme Feu-de-Bois, il se prénomme Bernard. Avant d’être cet homme aux ongles sales, qui sent mauvais et qu’on préfère tenir éloigné, il a été un époux, un père de famille qui travaillait à l’usine, à Boulogne. Quarante ans ont passé et quand il vient offrir un cadeau coûteux à sa sœur Solange, tout le monde s’interroge sur la provenance de l’argent.

“Chasseur de sens”, un article de Marie Etienne

YOKO TAWADA
LE VOYAGE À BORDEAUX
Verdier, 128 p., 15 €

Écrire en Allemagne, dans la langue japonaise, le récit d’un voyage à Bordeaux destiné à apprendre le français, est déjà en lui-même un acte intéressant sur le plan linguistique.

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“L’immense possible”, un article d’Agnès Vaquin

MATHIEU TERENCE
L’AUTRE VIE
Gallimard, 166 p., 13,90 €

Pourquoi aime-t-on les romans de Mathieu Terence sinon pour son art de vous fabriquer des personnages a priori parfaitement artificiels, évoluant dans un milieu qui l’est tout autant. Un miroir déformant mais un miroir tout de même, une image de la métamorphose dont l’espèce humaine est actuellement affectée.

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“Tout rêveur est un prisonnier qui s’évade”, un article de Tiphaine Samoyault

HÉLÈNE CIXOUS
ÈVE S’ÉVADE. LA RUINE ET LA VIE
Galilée éd., 215 p., 25 €

Comme Ciguë l’année dernière, Ève s’évade est un « Livre de ma mère ». Mais tandis que dans le précédent texte, les motifs de la vieillesse et de la mort dialoguaient avec la scène du suicide de Socrate, ici, le double argument de la prison et de l’évasion entre en résonance avec certains moments de la vie et de l’œuvre de Freud.

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“Le Journal de Valery Larbaud au complet (1600 pages)”, un article de Béatrice Mousli

VALERY LARBAUD
JOURNAL
édition définitive – texte établi, préfacé et annoté par Paule Moron
Gallimard, 1616 p., 70 €

La bande rouge « édition définitive » qui entoure cet énorme volume (plus de 1600 pages) a de quoi faire rêver tous ceux qui s’intéressent à Valery Larbaud : un seul volume pour réunir toutes les éditions diverses parues au siècle dernier !

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“Les démesures et les violences d’Une semaine de bonté“, un article de Gilbert Lascault

MAX ERNST
UNE SEMAINE DE BONTÉ
Les collages originaux (1933)
Musée d’Orsay  30 juin – 13 septembre 2009
WERNER SPIES ET COLL.
CATALOGUE DE L’EXPOSITION
Gallimard / Fundación MAPFRE / Musée d’Orsay
406 p., 350 ill. coul., 45 €

À l’été 1933, dans le Château de Vigaleno, près de Plaisance, dans le nord de l’Italie, pendant trois semaines, Max Ernst a rassemblé des matériaux. Il achève 184 planches originales qui formeront un livre troublant que Jeanne Bucher publiera en 1934 : Une semaine de bonté (ou les sept éléments capitaux).

“Sur les formes idéologiques de la politique”, un article de Patrick Cingolan

MIGUEL ABENSOUR
POUR UNE PHILOSOPHIE POLITIQUE
CRITIQUE – ITINÉRAIRES
Sens & Tonka, 400 p., 25 €

Il y a deux ans, Miguel Abensour nous avait donné un livre remarquable sur Hannah Arendt : Hannah Arendt, contre la philosophie politique ? Dans ce livre il revenait notamment sur le rapport Arendtien à la troisième critique de Kant et sur la manière dont la philosophe renouait contre Platon la politique à l’esthétique et plus particulièrement à la question du beau dans son rapport au sens commun chez Kant. Aujourd’hui, dans le recueil Pour une philosophie politique critique, Miguel Abensour revient centralement sur ce dialogue complexe avec Arendt, sur ce pour ou contre la philosophie politique, adjoignant aux deux mots un troisième : celui de critique.

“Une ère post-totalitaire”, un article de Jean Lacoste sur le même livre que précédemment

Un recueil d’articles sans doute, mais qui mérite une lecture attentive, lente et respectueuse,parce qu’en lui se concentrent plus de trente ans de réflexions philosophiques sur la politique, depuis le manifeste « Critique de la politique » de 1971, qui traçait le programme éditorial d’une collection prestigieuse chez Payot, jusqu’à « L’extravagante hypothèse », de 2006, qui comme il se doit, ouvre encore de nouvelles voies avec Levinas.Trente
années consacrées à défendre une certaine notion de la philosophie politique critique contre ceux, acteurs ou théoriciens, qui veulent n’y voir que
le reflet des conflits sociaux et de l’économie ou qui souhaitent la réduire à des techniques de gestion ou de manipulation de l’opinion.

“Les enchantements du Graal”, un article de Dominique Goy-Blanquet

LE LIVRE DU GRAAL, TOME III
Gallimard / Pléiade, 1707 p.,
prix de lancement, 65 € jusqu’au 31/12/09 ; 73 € ensuite
LA QUÊTE DU GRAAL
Le Seuil, 350 p., 28 €

Nous avions quitté les chevaliers d’Arthur il y a six ans sur la longue absence de Lancelot et la quête de Mordret, dont le conteur prédit qu’il fera mourir quinze mille hommes (La Quinzaine n° 867, 16-31décembre 2003). Le hasard fait bien les choses cet été car les lecteurs pourront lire le conte enrichi d’un côté des notes savantes de la Pléiade, de l’autre des enluminures qu’offre le Seuil en rééditant la version donnée jadis par Yves Bonnefoy et Albert Béguin.

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“Capitales de la douleur”, un article de Laurence Zordan

ADRIEN GOMBEAUD
L’HOMME DE LA PLACE TIANANMEN
Le Seuil/presses de Sciences-Po, 121 p.,14 €
GEOFFROY DE LAROUZIÈRE-MONTLOSIER
JOURNAL DE KABOUL
Bleu autour, 205 p.,15 €
RAPHAËL KRAFT
JOURNALISTE À VÉLO  UN PETIT TOUR AU PROCHE-ORIENT
Bleu autour, 293 p.,18 €

Des capitales de la douleur, des lieux meurtris de la planète, que retient le voyageur qui s’y est rendu ? De passage, détenant trace du passé par des photos ou des pages de diariste, que reste-t-il de son regard porté sur des mondes où règne la violence ? Que garde-t-il de ce qu’il a entr’aperçu, si, comme l’écrit Eluard dans Capitale de la douleur, il faut prendre la main de la mémoire et fermer les yeux du souvenir ?

“Dieu joue-t-il à la Bourse ?”, un article de Jean-Michel Kantor

NICOLAS BOULEAU
MATHÉMATIQUES ET RISQUES FINANCIERS
Odile Jacob, 272 p., 24,50€
ANDRÉ ORLÉAN
DE L’EUPHORIE À LA PANIQUE : PENSER LA CRISE FINANCIÈRE
Rue d’Ulm, 110 p., 11€

« La crise, comment en sortir ? La réponse est technique : Dieu seul le sait. Nous manquons terriblement de modèles. »

“La route parallèle”, un article de Lucien Logette

MICHEL CIMENT
KAZAN/LOSEY, ENTRETIENS
édition définitive Stock, 648 p., 36 €

Elia Kazan (1909-2003), Joseph Losey (1909-1984) : ce n’est pas seulement leur année de naissance commune qui vaut de les rapprocher, mais les similitudes de leur itinéraire. Formation universitaire, engagement militant, carrière théâtrale puis cinématographique durant les mêmes périodes, reconnaissance internationale ponctuée de prix dans les festivals majeurs : on parlerait de trajectoires jumelles, s’il n’y avait, en leur mitan, cet événement décisif que constitua le maccarthysme, et leur façon opposée de l’affronter. Chacun des deux mit du temps à s’en remettre – s’ils s’en remirent jamais.


Le deuil, par Derrida

juillet 26, 2009

“La portée du deuil”, un article de René Major

JACQUES DERRIDA
DEMEURE,ATHÈNES
Galilée, 62 p., 25 €
PHILIPPE LACOUE-LABARTHE
PRÉFACE À LA DISPARITION
Christian Bourgois, coll. « Détroits », 46 p., 8 €

Un nom propre inscrit sur une pierre tombale me rappelle que je me dois de porter le deuil. S’agit-il d’un devoir envers moi-même, d’un devoir qui m’oblige comme une dette, de la dette que j’ai contractée envers le disparu ? Ou puis-je concevoir que le devoir soit sans dette ? À qui, à quoi me dois-je ? Qu’est-ce que porter le deuil ? Et qu’est-ce qui aura disparu, de l’autre, de moi ? Quelle est donc la portée du deuil ? Retrouvez la suite de l’article dans la Quinzaine n°996


Michel Foucault, cours au Collège de France

avril 5, 2009

“Une autre chance pour la philosophie”, un article de Pierangelo Di Vittorio

MICHEL FOUCAULT
LE COURAGE DE LA VÉRITÉ
LE GOUVERNEMENT DE SOI
ET DES AUTRES II
COURS AU COLLÈGE DE FRANCE. 1984
Édition établie sous la dir. de François Ewald et Alessandro Fontana
par Frédéric Gros
École des Hautes Études en Sciences Sociales,
Gallimard, Seuil éd., 368 p., 27 €

« Il faut bien, comme professeur de philosophie, avoir fait au moins une fois dans sa vie un cours sur Socrate et la mort de Socrate. C’est fait. Salvate animam meam. » Dans cette phrase prononcée par Michel Foucault à la f in de l’une de ses dernières leçons au Collège de France résonne la même ironie traditionnellement attribuée au personnage de Socrate.

Extrait de l’article : “En 1984 Foucault consacre son enseignement à la parrêsia comme pratique courageuse de la vérité, mais il souligne tout de suite la différence qui existe entre le dire-vrai du par rèsiaste et celui de l’enseignant, c’est- à-dire du technicien, de l’homme qui a reçu un savoir de tekhnê et qui va le transmettre aux autres. Cet homme du savoir-faire et de l’enseignement, ce « professeur » joue un rôle certes important : il relie l’héritage d’un savoir commun sur lequel se fonde la possibilité d’un lien entre les générations. Mais cet homme de la f iliation, de la reconnaissance et de l’amitié ne prend aucun risque. « Tout le monde sait, et moi le premier, que nul n’a besoin d’être courageux pour enseigner. » En revanche, le par rèsiaste est l’homme du risque et pour lequel le risque revient d’abord à mettre en jeu sa relation avec les autres. Par son franc-parler il s’expose constamment à la rupture, au déchirement, à l’hostilité, à la guerre et à la mort. Et il y a sans doute de la rude franchise dans les remarques que Foucault adresse publiquement à son activité de professeur auprès du Collège de France : que reste-t-il de la recherche au moment où tout conflue dans un enseignement qui ressemble plutôt à un spectacle, à un rituel de masse ? Trop de monde pour faire de la recherche, peut-être trop d’amitié pour faire de la philosophie. Beau paradoxe.”Retrouvez la suite de l’article dans la Quinzaine n°989


FRANÇOIS RÉCANATI, PHILOSOPHIE DU LANGAGE (ET DE L’ESPRIT)

mars 9, 2009

Quand dire c’est penser, un article de Pascal Engel

Il y a une trentaine d’années, à l’époque où François Récanati publiait son premier livre, La transparence et l’énonciation (Seuil, 1979), l’un des articles de base de la philosophie du langage de tradition analytique était que les pensées et les significations linguistiques sont des entités objectives, n’ayant rien à voir avec les représentations psychologiques, et que les mots n’ont de sens qu’au sein de phrases.

FRANÇOIS RÉCANATI
PHILOSOPHIE DU LANGAGE (ET DE L’ESPRIT)
Folio essais, Gallimard éd., 270 p., 7,90 €

La suite dans la Quinzaine n°986


La Quinzaine n°984, du 16 janvier au 31 janvier 2009

février 1, 2009

Pour une critique de la raison neurobiologique, un article de Catherine Malabou

JEAN-PIERRE CHANGEUX, DU VRAI, DU BEAU, DU BIEN
Une nouvelle approche neuronale
Odile Jacob éd., 545 p., 29 €

Écrire le compte-rendu critique d’un livre de neuroscience, surtout lorsqu’il porte un titre aussi peu neuroscientifique et si évidemment philosophique que celui de Jean-Pierre Changeux, Du Vrai, du Beau, du Bien, est pour le philosophe une véritable gageure. En effet, celui-ci semble n’avoir d’autre alternative que d’approuver sans réserve cette tentative de domination du champ philosophique par la neuroscience d’une part, de résister de toutes ses forces à ce qui lui apparaîtra nécessairement comme une usurpation, une captation des idées métaphysiques par la neurobiologie d’autre part.

Infléchir la trajectoire suicidaire, un article de Jean-Paul Deléage

ANDRÉ LEBEAU, L’ENFERMEMENT PLANÉTAIRE
Le Débat/Gallimard éd., 312 p., 19 €

Après L’Engrenage de la technique, essai sur une menace planétaire, André Lebeau nous livre une nouvelle réflexion sur les conséquences planétaires de l’agir humain. Notre espèce se heurte désormais aux limites
biophysiques de la planète Terre.


bernardcazesUne visite au Musée des Futurs, un article de Julien Damon

BERNARD CAZES, HISTOIRE DES FUTURS
Les figures de l’avenir de saint Augustin au XXIe siècle
L’Harmattan éd., 507 p., 41,50 €

Bernard Cazes nous invite à une visite du Musée des Futurs. Maître d’oeuvre d’un authentique chef-d’oeuvre éditorial (car sans égal et d’excellente tenue), l’ancien responsable des études à long terme du défunt Commissariat au Plan nous fait traverser les galeries et les départements de son conservatoire des figures, des images et des analyses de l’avenir.


Vies parallèles, un article de Norbert Czarny

PATRICK DEVILLE, EQUATORIA
Seuil éd., 336 p., 22 €

« C’est une époque où le blanc des cartes fond comme neige au soleil », écrit Patrick Deville de la fin du XIXe siècle. Au moment où il écrit Equatoria, les couleurs multiples couvrent les atlas et à sa manière, le romancier en rend la profusion dans un livre qui a pour cadre l’Afrique : celle du méconnu Savorgnan de Brazza, celle de Jonas Savimbi et de tant d’autres héros, « traîtres et indécis ».


La « République des jésuites », un article de Monique Baccelli

EUGENIO CORTI, LA TERRE DES GUARANIS
trad. d’Andrea Vanicelli et Jean-Marie Debois
L’Âge d’homme éd., 379 p., 25 €

Un roman historique qui se présente avec toutes les caractéristiques du genre, si ce n’est qu’il nous est livré sous forme de scénario cinématographique, avec des dialogues reliés par des didascalies, et des indications précises de prise de vue : fondu, gros plan, flash-backs, etc. Ce qui surprend un peu, mais a sa raison d’être.




Alliés substantiels, un article de Norbert Czarny

LINDA LÊ, AU FOND DE L’INCONNU POUR TROUVER DU NOUVEAU
Christian Bourgois éd., 146 p., 17 €

Lecteurs, fréquentant assidûment les librairies et errant dans les allées des bibliothèques, nous ne sommes jamais rassasiés. Les livres s’accumulent sur nos rayonnages, on se demande sans cesse lesquels emporter, transmettre aux amis et aux proches, et arrive un autre livre qui nous recommande tel ou tel écrivain. Le petit recueil de Linda Lê est de ces ouvrages qui donnent envie de tourner d’autres pages, de plonger au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau, selon la formule de Baudelaire.


Une traversée du siècle, un article de Georges Guillain

GEORGES-EMMANUEL CLANCIER, VIVE FUT L’AVENTURE
Gallimard éd., 205 p., 17,90 €

Passager du temps, pour reprendre le titre d’un de ses précédents recueils, Georges-Emmanuel Clancier, né quelques semaines avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, a traversé quasiment toute l’histoire du XXe siècle. Ce qu’il en retient aujourd’hui dans ce livre bilan, ce livre testament, significativement intitulé Vive fut l’aventure, c’est le miracle d’une poésie reconnaissante et grave, restée malgré les ans, les mécomptes des temps, alerte et fraîche. En un mot : lumineuse.


Provocateur, un article de Odile Hunoult

JEAN-LUC CAIZERGUES, MON SUICIDE, poésie-fiction
Flammarion éd., 336 p., 20 €

Drôle de livre, dans la collection « Poésie » de Yves di Manno. « Poésie-fiction » dit le sous-titre : les trois premières parties, Petit catalogue de vente par correspondance, Perdant, Mon suicide, sont des fictions écrites comme des poèmes, si l’on entend qu’un poème a, sur la page, une disposition plus ou moins différente de la prose. Le « vers » de Jean-Luc Caizergues est court, très court, hoquetant même. Le mot final peut être rectifié, coupé en deux, rejeté en début de ligne suivante : une verticalité de potence.


Découvrir Ingeborg Bachmann, un article de Tiphaine Samoyault

INGEBORG BACHMANN, MALINA, trad. de l’allemand par Philippe Jaccottet et Claire de Oliveira
Seuil éd., 285 p., 21,50 €
revue IF n° 32 (32 rue Estelle, 13006 Marseille)
Seuil éd., 80 p., 12 €

La première traduction du seul roman achevé d’Ingeborg Bachmann, publié en Autriche en 1971, datait de 1973 et était épuisée depuis un bon moment. Cette traduction de Philippe Jaccottet est reprise aujourd’hui dans une version sensiblement améliorée par Claire de Oliveira et elle invite à lire ou à relire une oeuvre qui, par bien de ses aspects, est encore à découvrir.


Le Socrate de Xénophon, un article de Pierre Thillet

XÉNOPHON et SOCRATE, édité par M. Narcy et A. Tordesillas
Vrin éd., 321 p., 32 €, 1 vol.

Ce volume contient les actes du colloque qui s’est tenu à Aix-en-Provence, en novembre 2003, consacré à Xénophon et Socrate.








Le spectateur émancipé, un article de Pierre Saint-Germain

JACQUES RANCIÈRE, LE SPECTATEUR ÉMANCIPÉ
La Fabrique éd., 150 p., 13 €

Invité par diverses institutions universitaires, culturelles ou artistiques, Jacques Rancière a poursuivi sa réflexion sur l’art moderne, sa réception et son appréciation critiques. Les cinq textes qu’il réunit repartent d’une conceptualisation progressivement élaborée et exposée depuis La Nuit des prolétaires (1981) jusqu’à Politique de la littérature (2007), qui fait le lien entre politique et esthétique, agir et sentir.


Légèreté des mots, douceur des photos, un article de Odile Hunoult

FRANÇOISE DOLTO, ARCHIVES DE L’INTIME, sous la dir. de Yann Potin
Textes de Catherine Dolto, Muriel Djéribi-Valentin, Manon Pignot, Yann Potin, Jean-Pierre Winter
Gallimard éd., 256 p., 29,50 €

Archives de l’intime paraît pour le centenaire de la naissance et le vingtième anniversaire de la mort de Françoise Dolto (le 6 novembre 1988). Difficile, tant le plaisir est grand de feuilleter ces archives, de ne pas ajouter au flot de bénédictions qui traîne autour de Françoise Dolto.


Un Voltaire d’aujourd’hui, un article de Jean M. Goulemot

RAYMOND TROUSSON, VOLTAIRE
Tallandier éd., 798 p., 30 €

Raymond Trousson, professeur à l’Université libre de Bruxelles, est un spécialiste internationalement reconnu du XVIIIe siècle. Depuis quelques années il se consacre à la biographie des grandes figures des Lumières, Rousseau, Diderot et maintenant Voltaire.




De l’amour des beaux-arts, un article de Vincent Milliot

CHARLOTTE GUICHARD, LES AMATEURS D’ART À PARIS AU XVIIIe SIÈCLE
Champ Vallon éd., 400 p., 29 €

En 1767, dans les Salons, Diderot s’enflamme avec sa verve coutumière contre la « race maudite » des amateurs d’art. Objet de multiples critiques à la veille de la Révolution, cette figure sociale dont l’apogée se situe entre le triomphe du mécène au XVIIe siècle et celui du collectionneur au XIXe siècle, a pourtant constitué un acteur essentiel du système monarchique des arts au temps des Lumières, comme l’explique Charlotte Guichard, dans un ouvrage à bien des égards passionnant.


L’agonie du néolibéralisme, Entretien de Ignacio Ramonet par Omar Merzoug

Ancien directeur du Monde diplomatique, co-fondateur d’ATTAC, auteur de La Tyrannie de la communication (1999), Propagandes silencieuses (2000), Guerres du XXIe siècle (2002), Ignacio Ramonet publie Le Krach parfait (Galilée), un essai sur la récente crise financière. Pour les lecteurs de La Quinzaine littéraire, il en explique les tenants et les aboutissants.


À Londres, des économistes et des philosophes réfléchissent sur le marché, un article de Christian Descamps

En organisant une rencontre, en décembre 2008, la fondation Templeton – cette association philanthropique pour soutenir la recherche qui aime poser des « big questions » – se demandait, à l’automne : « Est-ce que le libre marché corrompt la moralité ? » Dans la capitale britannique, cette interrogation fut relancée à partir d’une plaquette où une dizaine d’intervenants répondent, prennent partie, avec plus ou moins de bonheur.


aube_ellouetLe grand large, un article de François-René Simon

YVES ELLÉOUËT
DVD (81 min) de Dominique Ferrandou, Livret de 96 p.
TFV Production éd., www.studioswinwin, 23 €

Aube Elléouët, la fille d’André Breton – la « chère Ecusette de Noireuil » de L’Amour fou –, n’est pas du genre à thésauriser : à son actif, entre autres, la production d’une collection de DVD. Dernier en date : Yves Elléouët (1932-1975), peintre et écrivain inspiré.


Théâtres en capitales, un article de Maïté Bouissy

CHRISTOPHE CHARLE, THÉÂTRES EN CAPITALES
Naissance de la société du spectacle à Paris, Berlin, Londres et Vienne
Albin Michel éd., 574 p., 29 €

En capitales, comme au sommet de l’affiche et dans les capitales majeures de l’Europe d’avant 1914, Paris, Londres, Berlin et Vienne, le théâtre ne cesse de solliciter des publics dont la fonction est d’être là sans être là (pour reprendre une formule de Peter Brook). Christophe Charle fait jouer par le chiffre et par le texte tous les ingrédients du succès rêvé par chacun des agents de l’entreprise théâtrale et la comparaison de ces « sociétés en spectacle » renvoie à notre actualité, car sa grille de lecture se médite au présent.


La Quinzaine n°983, du 1er janvier au 15 janvier 2009

janvier 20, 2009

L’avion, l’amour, le ciel, la tristesse et l’espoir, un article de Christine Spianti

SIMONE DE BEAUVOIR, TOUT CONNAÎTRE DU MONDE
Textes choisis et présentés par Éric Levéel, coll. « Voyager avec… »
La Quinzaine littéraire/Louis Vuitton éd., 272 p., 26 €

En cette année 2008 où l’on se souvient que Simone de Beauvoir est née le 9 janvier 1908, ce recueil retrace tous les voyages qu’elle a effectués, à travers des textes tirés de sa correspondance et de ses mémoires, réunis sous le titre Tout connaître du monde. Trois lettres de Sartre inédites et les photos en noir et blanc de Janine Niepce complètent ce volume. L’ensemble évoque plusieurs époques du monde, des années 30 aux
années 70, des histoires de gens et de paysages si changés depuis. Une passion de la découverte aussi, quand, de Meyrignac à Gao, en passant par Londres et l’Amazonie, chaque jour mène quelque part.

Démocratie décérébrée et mondialisation émotionnelle, un article de Laurence Zordan

AL GORE, LA RAISON ASSIÉGÉE
Fayard éd., 319 p., 21 €
DOMINIQUE MOÏSI, LA GÉOPOLITIQUE DE L’ÉMOTION
Flammarion éd., 268 p., 20 €

La démocratie délibérative, supposant débats, arguments, est-elle supplantée par une démocratie décérébrée, une fois que la raison assiégée a rendu les armes devant l’émotion ? « Raison assiégée », alors que le titre original de l’ouvrage d’Al Gore ne met pas l’accent sur l’aspect obsidional, mais sur l’assaut.


ozRencontre avec Amos Oz, entretien

Amos Oz était à Bastia le 29 novembre dernier, pour recevoir le prix Ulysse, remis par l’association Arte Mare, et qui consacre un auteur du Bassin méditerranéen. Le romancier israélien est dans l’actualité puisque avec David Grossmann, Abraham Burg et des ex-militants du Parti Travailliste, il crée un parti « Colombe », qui présentera des candidats aux élections de février 2009. Nous l’avons interrogé sur ce thème comme sur bien d’autres, plus littéraires, qui traverse son oeuvre.


Variations sur la mort, un article de Gabrielle Napoli

SÁNDOR MÁRAI, LE PREMIER AMOUR
trad. du hongrois par Catherine Fay
Albin Michel éd., 320 p., 20 €

C’est le premier roman de celui qu’Imre Kertész considère comme le plus remarquable des écrivains hongrois que la traduction de Catherine Fay nous permet de lire aujourd’hui. Les fidèles de Sándor Márai retrouveront dans Le PremierAmour la finesse d’analyse du romancier. Loin des Mémoires de Hongrie ou de Libération, qui mettent davantage l’accent sur l’Histoire hongroise, il s’agit ici de se plonger, grâce à la forme du
journal intime, dans l’intériorité, bouleversée et bouleversante, d’un professeur de latin d’une petite ville de province, à quelques mois de la retraite.


Werner Kofler : « L’art doit détruire la réalité », un article de Laurent Margantin

WERNER KOFLER, AUTOMNE, LIBERTÉ
Herbst, Freiheit, Nahorstück
trad. de l’allemand par Bernard Banoun
Absalon éd., 128 p., 17 €

Rejetant le réalisme, tout un courant de la littérature autrichienne conjugue critique de la société et bouleversement des structures romanesques traditionnelles. Werner Kofler s’inscrit dans la lignée des grands prosateurs de langue allemande occupés à défaire tous les codes de l’écriture littéraire.


Le voyage qui ne finit jamais, un article de Hugo Pradelle

NORDAHL GRIEG, LE NAVIRE POURSUIT SA ROUTE (Skibet gaar videre)
trad. du norvégien par Hélène Hilpert et Gerd de Mautort (revu par Ph. Bouquet)
Les Fondeurs de Briques éd., 172 p., 16 €

Soixante ans après sa première publication en France, nous redécouvrons, dans une traduction largement remaniée, le plus célèbre roman de Nordahl Grieg (1902-1943), figure de proue des lettres norvégiennes. Un huis clos maritime et lyrique qui s’inscrit dans une filiation passionnante et inépuisable.


caradecFrançois Caradec, donnez régulièrement de vos nouvelles !, un article de Jean-Jacques Lefrère

Dans une toute récente Quinzaine littéraire, Maurice Nadeau évoquait la disparition de François Caradec, survenue le 13 novembre dernier. D’une manière qui a un peu surpris, en tout cas passablement inattendue, la presse a donné un large écho à cette disparition, comme s’il lui importait de compenser d’un coup la discrétion dont elle avait fait preuve à son égard pendant nombre d’années.


Le Paris de Heine, un article de Jean-Luc Tiesset

HENRI HEINE, LUTÈCE, LETTRES SUR LA VIE POLITIQUE, ARTISTIQUE ET SOCIALE
DE LA FRANCE
présentation de Patricia Baudouin
La Fabrique éd., 475 p., 25 €

En écho aux diverses manifestations qui marquèrent en 2006 le cent-cinquantième anniversaire de la mort d’Heinrich Heine, la publication de ce livre dans le contexte européen actuel est une heureuse initiative. D’autant que Patricia Baudouin l’a doté d’une présentation et d’un appareil critique propres à rendre la lecture agréable à ceux qui ne sont pas obligatoirement fins connaisseurs de l’histoire de la Monarchie de Juillet…


« Sans que j’y pense… », un article de Marie Etienne

Fiction ou vérité, l’auteur prétend avoir retrouvé des papiers qui fourniraient ici matière à poésie.

MATHIEU BÉNÉZET et PHILIPPE HÉLÉNON, NE TE CONFIE QU’À MOI
Flammarion éd., 200 p., 18 €






Les équivoques de la chair, un article de Omar Merzoug

FLORENCE COLIN-GOGUEL, L’IMAGE DE L’AMOUR CHARNEL AU MOYEN ÂGE
Préface de Michel Pastoureau
Seuil éd., 189 p., 45 €

Extrait: “Parce que son idéal demeure l’imitation du Christ, le chrétien bute sur la chair dans laquelle on lui a enseigné à voir une abjection. L’aspiration du fidèle à la vertu se fait au prix d’un déchirement intérieur dans l’exacte Rédemption. Le Révérend Père Malebranche se désespérait de voir les hommes de son temps si entêtés de « choses corporelles » qu’ils négligeaient de cultiver l’esprit, « leur âme esclave du corps » chérissant les divertissements. “


Yo Picasso, un article de Georges Raillard

PHILIPPE DAGEN, PICASSO
Hazan éd., 512 p., 500 ill.,
140 €, 170 € à partir du 1er février

Cette monographie de Picasso par Philippe Dagen est une somme.
Précise, écrite avec allégresse, elle nous entraîne sur les chemins pris par Picasso durant sa longue vie. Comme si nous suivions pour la première fois le mouvement de sa peinture.


Derrida et la fable du politique, un article de René Major

JACQUES DERRIDA, LA BÊTE ET LE SOUVERAIN
Galilée éd., 462 p., 33 €

Qui veut comprendre quelque chose aux arcanes de la politique – aussi bien de celle d’hier que de celle d’aujourd’hui – ne pourra désormais s’exempter d’avoir lu La bête et le souverain. Mais sa lecture devra s’armer de patience, de la patience de l’animal qui guette sa proie ou de la bête constamment sur le qui-vive, pour traverser la forêt de cet imposant
bestiaire politique, riche de figures animales comme figures du politique, cette forêt dans laquelle l’auteur s’avance lui-même à pas de loup pour surprendre, et s’en étonner, les guets-apens de la langue, de la traduction et de l’interprétation, au sein d’une même langue comme d’une langue à l’autre, des pièges qui parsèment l’histoire occidentale de la pensée cherchant à cerner ce qui serait le propre de l’homme et le propre de l’animal.


D’Alphonse Allais à Karl Marx, un article de Jean-Jacques Marie

VINCENT PEILLON, LA RÉVOLUTION FRANÇAISE N’EST PAS TERMINÉE
Seuil éd., 212 p., 16 €
FRANÇOIS RUFFIN, LA GUERRE DES CLASSES
Fayard éd., 240 p., 19 €

Si l’on en croit la quatrième de couverture de l’ouvrage de Vincent Peillon une nouvelle étoile serait enfin apparue dans le ciel plutôt désertique de l’intelligentsia française : « Ce livre est le premier acte d’une nouvelle génération  intellectuelle et politique qui a décidé, sans craindre la polémique et la responsabilité, d’écrire enfin son histoire, de courir son risque, d’enfanter son propre temps, de construire son espérance. » Dans ces lignes modestes on reconnaît la plume de l’auteur lui-même. C’est la version littéraire du self-service.

La Bretagne et les Bretons, un article de Jean-Maurice Legal

JOËL CORNETTE, HISTOIRE DE LA BRETAGNE ET DES BRETONS
Tome I. Des âges obscurs au règne de Louis XIV
Tome II. Des Lumières au XXIe siècle
Seuil éd., 733 p. et 749 p., 26 €

Une somme d’informations, aisément accessible et dans un format commode, c’est ce que Joël Cornette offre à un public de lecteurs allant de l’amateur d’histoire, ancienne et contemporaine, à l’érudit ou à l’historien spécialisé. C’est aussi, tout au long du commentaire des faits établis, une histoire de l’historiographie traditionnelle et moderne de la Bretagne et des discussions qui en ont jalonné le cours. C’est là un ouvrage de référence.


L’homme aux quatre visages, un article de Bernard Cazes

OLIVIER DARD, BERTRAND DE JOUVENEL
Perrin éd., 528 p., 25 €

Olivier Dard avait bien des raisons de s’intéresser à la personnalité de Bertrand de Jouvenel (1903-1987). L’auteur du Rendez-vous manqué des relèves des années 50 ne pouvait manquer d’être attiré par ce jeune radical-socialiste qui, dans les années 20, chercha, toujours en vain, à faire évoluer les structures de la IIIe République. Le même spécialiste qui s’est penché sur certains aspects disons politiquement incorrects de la
France contemporaine (la Synarchie, l’OAS) a dû être tenté de retrouver dans ce qu’il qualifie par symétrie de « second Jouvenel » – celui des années 30 – ce qu’on appellera des présomptions de fascisme : après tout Jouvenel n’a-t-il pas interviewé Hitler le 21 février 1936, et siégé au bureau politique du PPF de Doriot en 1936-37 ?

Valence-Ménilmontant, un article de Monique Roux

PAULINE SALES, ISRAËL-PALESTINE, PORTRAITS
Théâtre de l’Est parisien le 10 janvier et le 8 février 2009
SERGE VALLETTI, SAINT ELVIS
Mise en scène d’Olivier Werner, Théâtre de l’Est parisien jusqu’au 9 janvier 2009

C’est une pratique habituelle pour les lieux scéniques d’Île-de-France d’accueillir des créations réalisées en province. C’est un événement exceptionnel pour le Théâtre de l’Est parisien, dirigé par Catherine Anne, de recevoir deux mois durant la Comédie de Valence, Centre dramatique national de la Drôme et de l’Ardèche, avec cinq spectacles, actuellement
Israël-Palestine, portraits de Pauline Sales, Saint Elvis de Serge Valletti par Olivier Werner et pour le jeune public La Nuit électrique de Mike Kenny par Marc Lainè.


portraits1De tout, un article de Lucien Logette

Donnons la parole à un expert : « Dans une année qui est un bon millésime pour le cinéma, il se produit cinq ou six bons films dans le monde. Pas davantage. » C’est Werner Herzog, en prélude à la rétrospective complète que nous offre jusqu’au mois de mars le Centre Pompidou, qui s’exprime ainsi dans Manuel de survie, entretiens avec Hervé Aubron
et Emmanuel Burdeau que publient les éditions Capricci. Dénigrement du travail des collègues, pessimisme grognon ou lucidité critique ? Nous pencherons pour la dernière hypothèse, puisque nous la partageons – en partie, à condition de changer « bons » en « grands ». Même si l’étiage semble faible, cinq ou six films capables de vous changer le regard, et l’année n’aura pas été totalement inutile. De toute façon, comme le précise
l’auteur d’Aguirre, « les mauvais films seront toujours plus instructifs que les bons »…

Quelle histoire des sciences ?, un article de Olivia Chevalier et Jean-Michel Kantor

L’HISTOIRE DES SCIENCES, Méthodes, styles et controverses
textes réunis et présentés par J.-F. Braunstein
Vrin éd., 384 p., 13 €

Si l’histoire des sciences est de plus en plus présente par exemple dans l’enseignement universitaire, ses méthodes et son rôle sont encore loin de faire l’unanimité.
Le recueil de textes réunis et présentés par Jean-Francois Braunstein est une synthèse bienvenue et équilibrée. Certains de ces textes sont d’ailleurs peu connus en France, d’autres apparaissent pour la première fois en traduction.


La Quinzaine n°981, du 1er décembre au 15 décembre 2008

décembre 8, 2008

Le sec essentiel et les figures fluides, un article de Gilbert Lascaux

FRED DEUX et CÉCILE REIMS
Halle Saint Pierre
2 rue Ronsard, Paris 18e
15 septembre 2008 – 8 mars 2009
FRED DEUX et CÉCILE REIMS :
LA LIGNE DU PARTAGE
Catalogue officiel, Textes de Pierre Watt, Martine Lusardy, Sepp Hiekisch-Picard
Hazan/La Halle Saint Pierre éd., 192 p., nb ill.

Fred Deux (né en 1924) et Cécile Reims (née en 1927) se sont rencontrés en 1951 à la librairie La Hune au milieu des livres et ils touchent ensemble un volume de Lorca. En cinquante-sept années, ils s’aiment et ne se quittent jamais. Ensemble, toujours différents, ils inventent des oeuvres dissemblables, des styles hétérogènes, des tonalités dissemblables, des recherches autres, des humeurs opposées.

Une leçon d’énergie pour de futurs combats, un article de Agnès Vacquin

GRISÉLIDIS RÉAL
SUIS-JE ENCORE VIVANTE ? Journal de prison
Verticales éd., 204 p.

Dans sa version allemande, la formule Suis-je encore vivante ? sert de légende à un autoportrait reproduit sur la couverture de ce livre, un dessin fait au crayon à bille de deux couleurs de bleu. En version française, elle sert de titre à ce « journal d’une désespérée » que Grisélidis Réal (1929-2005) a rédigé d’avril à août 1963.

Quand le témoignage devient récit, un article de Jean-Yves Potel

HANNA KRALL
LE ROI DE COEUR, trad. du polonais par Margot Carlier
Gallimard éd., 178 p.

Plus qu’un genre, le reportage littéraire est une école en Pologne. Ses traditions remontent avant la guerre, il s’est développé ensuite quand des journalistes tentaient de contourner la censure du régime communiste. Il a donné des livres à succès. Nous connaissons en France Ryszard Kapuscinski ( Ébène, Le Négus, Imperium…), un peu moins Hanna Krall qui en est pourtant aujourd’hui le maître incontesté.


Pour son dernier voyage, un article de Agnès Vaquin

RÉGINE DETAMBEL
NOCES DE CHÊNE
Gallimard éd., 126 p.

Des Noces de chêne pour un improbable mariage, puisque le couple serait censé célébrer ses quatre-vingts ans de vie commune. Avec cette histoire, Régine Detambel semble retrouver au moins deux thèmes qui lui sont chers : celui de la grande vieillesse en perte d’autonomie et celui des plantes.

La langue de l’exil, un article d’Hugo Pradelle

LOJZE KOVACIC
LES IMMIGRÉS : L’ENFANT DE L’EXIL (tome I) trad. du slovène par Andrée Lück Gaye
Seuil éd., 300 p.

Nous découvrons, en lisant ce livre difficile, parfois ennuyeux mais traversé d’une énergie fascinante et d’une force d’évocation remarquable, les prolégomènes d’une œuvre autobiographique en suspens. Le récit s’inscrit dans un travail depuis la langue et au-dedans d’elle-même, pour repenser un genre et une forme dans une dynamique d’une grande intelligence.

Spéculations edwardiennes, un article de Liliane Kerjan

IVY COMPTON-BURNETT
UNE FAMILLE ET UNE FORTUNE, A Family and a Fortune, trad. de l’anglais par Philippe Loubat-Delranc
Phébus éd., 344 p.

Reprenant le flambeau des critiques de talent qui ont épinglé qui le snobisme, qui l’hypocrisie ou le langage de leur époque, Ivy Compton-Burnett installe une famille dans le cadre étroit d’une demeure de campagne, où elle privilégie rivalités, pointes de cynisme et  escarmouches de la conversation.

Agustina Bessa-Luís, un article de Jacques Fressard

AGUSTINA BESSA-LUÍS
LA RONDE DE NUIT
trad. du portugais par Françoise Debecker-Bardin
Métailié éd., 318 p.

Bien qu’ayant figuré parmi les auteurs pris en considération pour le prix Nobel par la commission ad hoc de l’Académie suédoise , Agustina Bessa-Luís fut en quelque sorte coiffée au poteau, comme on sait, en 1998, lors du sacre de José Saramago, premier écrivain portugais à se voir décerner cette très convoitée distinction. Plusieurs autres étaient certes sur les rangs mais ce choix-là avait un sens : le jury avait préféré un humaniste moderne, issu du courant néo-réaliste social, à une  romancière brillante certes, mais sceptique et nostalgique du passé.

Au fil du temps, un article de Marie-José Tramuta

MARIOLINA VENEZIA
J’AI VÉCU MILLE ANS, Mille anni che sto qui, trad. de l’italien par Nathalie Bauer
Robert Laffont éd., 302 p.

Lauréat du prix Campiello 2007, qui couronna naguère des écrivains comme Giuseppe Pontiggia qui reçut le prix en 2001 pour Vie des hommes non illustres, ce livre d’un jeune auteur peu ou prou inconnu a parfois été comparé, abusivement cela va de soi, à Cent ans de solitude, de Gabriel García Márquez. Une certaine veine fantastique y est perceptible dans les premières images qui ouvrent le récit.


Les patries imaginaires, un article de Tiphaine Samoyault

CAMILLE DE TOLEDO
VISITER LE FLURKISTAN OU LES ILLUSIONS DE LA LITTÉRATURE-MONDE
PUF éd., 111 p.

Camille de Toledo, auteur récemment de Vies et mort d’un terroriste américain (publié chez Verticales), fait paraître une critique vive et argumentée du « Manifeste pour une littérature-monde en français ». Un texte réactif qui se présente aussi comme une défense de la littérature.


Les paroles libres, un article de Hugo Pradelle

HERVÉ GUIBERT
ARTICLES INTRÉPIDES (1977-1985)
Gallimard éd., 384 p.

En se plongeant dans ce recueil d’articles nous redécouvrons la diversité des intérêts de Guibert, une liberté de ton rafraîchissante, ses premiers pas d’écrivain, ses amitiés, une parole toujours en mouvement, intrépide.




Paul-JeanToulet ou comment incarner la décadence, un article de Maurice Mourier

FRÉDÉRIC MARTINEZ
PRENDS GARDE À LA DOUCEUR DES CHOSES, Paul-Jean Toulet, une vie en morceaux
Tallandier éd., 345 p.

« Ce n’est pas une biographie. C’est l’histoire d’un poème. » Cette déclaration du dernier chic quand on écrit une biographie, mais un peu péremptoire, la pardonnera-t-on à Frédéric Martinez au bénéfice de la jeunesse (il a trente-cinq ans), ou bien à celui de l’empathie qu’il manifeste, pour le meilleur et le moins bon, à l’égard d’un Décadent (1867-1920) qui ne fut jamais illustre en son temps et n’est plus guère connu du nôtre ?

Aimez-vous l’Histoire ?, un article de Dominique Goy-Blanquet

SHAKESPEARE
HISTOIRES I & II, Bibliothèque de la Pléiade
Gallimard éd., tome 1 1776 p., tome 2 1760 p.

Si c’est oui, précipitez-vous, si c’est non précipitez-vous aussi sur les pièces historiques de Shakespeare. De toute façon les Histoires auront moins de succès que les Tragédies, me dit Jean-Michel Deprats, le maître d’oeuvre de cette nouvelle édition Pléiade, quand je l’appelle pour lui demander s’il est encore temps d’en rectifier quelques erreurs. Non, il n’est plus temps, l’impression et les jeux sont faits.

Ensauvager la vie avec William S. Merwin, un article de George Guillain

WILLIAM S. MERWIN
ÉCRITS AU GRÉ D’UN ACCOMPAGNEMENT INACHEVÉ, trad. par Christophe Wall-Romana
Cheyne éd., 205 p.

On s’étonnera en découvrant le recueil du poèteWilliam S. Merwin, paru en 1973 aux États-Unis sous le titre Written to an Unfinished Accompaniment qu’il ait fallu attendre jusqu’à aujourd’hui pour qu’un éditeur français – en l’occurrence Cheyne – nous offre la première édition d’un des ouvrages les plus marquants de ce poète abondant et protéiforme qui depuis le milieu des années 70 collectionne dans son pays mais aussi à l’étranger les prix les plus prestigieux.

Hegel : l’autre biographie, un article de Catherine Malabou

RUDOLF HAYM
HEGEL ET SON TEMPS, Leçons sur la genèse et le développement, nature et valeur de la philosophie hégélienne, trad. de l’allemand par Pierre Osmo
Gallimard éd., 598 p.

Hegel et son temps, publié en 1857, est la deuxième grande biographie de Hegel après celle de Karl Rosenkranz (Vie de Hegel, également traduite et présentée par Pierre Osmo en 2004). Professeur de littérature allemande, Rudolf Haym, par ailleurs actif en politique, se montre, en 1855, extrêmement critique au sujet de l’oeuvre et de l’influence de Hegel.

Kracauer àWeimar, un article de NIA PERIVOLAROPOULOU

SIEGFRIED KRACAUER

L’ORNEMENT DE LA MASSE, Essais sur la modernité weimarienne, trad. de l’allemand par Sabine Cornille, préface d’Olivier Agard, éd. par Olivier Agard et Philippe Despoix,La Découverte éd., 310 p.

LE VOYAGE ET LA DANSE
Figures de ville et vues de films, trad. de l’allemand par Sabine Cornille
textes choisis et présentés par Philippe Despoix
Maison des sciences de l’homme/Les Presses de l’université Laval éd., 196 p.,

La publication en français de L’Ornement de la masse, accompagnée de la nouvelle édition du Voyage et la Danse, recueil depuis longtemps épuisé, s’inscrit dans le mouvement, amorcé vers le milieu des années 1990, de réception en France de l’oeuvre polymorphe de Kracauer. Réception hésitante et confidentielle dans un premier temps, à l’ombre de l’École de Francfort et surtout deWalter Benjamin, mais qui, au fil des nouvelles traductions et des études qui lui sont consacrées, s’affirme en même temps que la portée et l’actualité d’un penseur original et inclassable.

Sous le signe de l’amnésie, un article de Omar Merzoug

CORINNE ENAUDEAU, JEAN-FRANÇOIS NORDMANN, JEAN-MICHEL SALANSKIS, FRÉDÉRIC WORMS (sous la dir.)
LES TRANSFORMATEURS LYOTARD
Sens & Tonka éd., 396 p.

Jean-François Lyotard n’a pas toujours bonne presse. À son sujet, ce sont les termes de « nihilisme », d’« irrationnalisme », de « pensée sophistique », de « néo-conservatisme » qui reviennent le plus souvent. Par voie de conséquence, on ne peut que se réjouir de voir des organisateurs qui manifestent « un attachement partagé » à son oeuvre se hâter de faire le point, de dissiper les malentendus et les équivoques en publiant les actes du colloque qui lui a été consacré au Collège international de philosophie en 2007. « Nous avions le sentiment qu’une réception de sa pensée s’était imposée qui faisait tort à sa complexité. »

La torture, défi majeur du XXIe siècle, un article de Laurence Zordan

MICHEL TERESTCHENKO
DU BON USAGE DE LA TORTURE ou comment les démocraties justifient l’injustifiable
La Découverte éd., 216 p.

Les démocraties en seraient-elles arrivées à considérer la torture comme légitime ? Comment glisse-t-on de l’exceptionnel condamnable à la normalisation excusable, voire recommandable ? Comment les adversaires de la torture en viennent-ils à passer pour immoraux ? Cette inversion des valeurs n’appelle pas une simple réprobation au nom des droits de l’homme, mais une réfutation implacable et subtile, démontant les rouages de « l’idéologie libérale de la torture ». Contradiction dans les
termes ou construction juridique établissant un droit de la torture, qui se mue en devoir de torturer et en absence de droit à ne pas être torturé ? Innocence et culpabilité risquent d’en être altérées au point de n’être plus pertinentes : tel est le défi que le XXIe siècle doit affronter.

Ce passé qui ne passe pas, un article de Sonia Dayan-Herzbrun

PIERRE BAYARD et ALAIN BROSSAT (sous la dir.)
LES DÉNIS DE L’HISTOIRE, Europe et Extrême-Orient au XXe siècle
Laurence Teper éd., 390 p.

L’heure est aujourd’hui aux commémorations sans fin de séquences du passé sacralisées mais rarement interrogées, dans une confusion entre Histoire et mémoire où la réflexion sur le travail des historiens est rarement menée très avant. Derrière cette inflation de discours souvent convenus, combien de silences, de dissimulations ! C’est ce que Pierre Bayard et Alain Brossat, empruntant au vocabulaire de la psychanalyse nomment « dénis de l’Histoire », désignant ainsi ce qui du passé ne passe pas, c’est-à-dire n’est pas transmis, et reste comme une arête en travers de la gorge.

La trahison de Munich, un article de Daniel Lindenberg

MICHEL WINOCK (prés. par)
EMMANUEL MOUNIER ET LA GRANDE DÉBÂCLE DES INTELLECTUELS
édité par Nora Benkorich, CNRS éd., 184 p.

Le grand débat qui a agité la France au moment de la conférence de Munich (28-30 septembre 1938) est un tournant de son histoire contemporaine. Il divise toutes les familles politiques, idéologiques et spirituelles. Il oblige certains à des révisions déchirantes, tandis que d’autres s’en tiennent aux dogmes de l’après-guerre ; il annonce le reclassement des années noires qui vont suivre.

Déjà jadis, un article de Lucien Logette

ULI EDEL
LA BANDE À BAADER

« Le film qui déchaîne les passions en Allemagne » : Le Nouvel Observateur surtitre ainsi l’article qu’il consacre, dans son numéro du 6 novembre, à l’évocation de la « bande à Baader », quelques jours avant que le film sur la Fraction Armée rouge ne parvienne sur nos écrans. À Mannheim, où nous étions pour suivre le festival que la ville organise chaque automne, les spectateurs qui sortaient des projections de Der Baader Meinhof Komplex n’avaient pas l’air autrement bouleversés et les rues ne semblaient pas le théâtre de passions spécialement libérées.

Tragédies shakespeariennes, un article de Monique Leroux

WILLIAM SHAKESPEARE

CORIOLAN, Mise en scène de Christian Schiaretti, Théâtre Nanterre-Amandiers, jusqu’au 19 décembre,  Au TNP et en tournée nationale jusqu’en février 2009

OTHELLO, Mise en scène d’Éric Vigner, Théâtre national de l’Odéon, jusqu’au 7 décembre,  Tournée nationale jusqu’en février 2009

Coriolan mis en scène par Christian Schiaretti aux Amandiers de Nanterre dans le cadre du Festival d’Automne, Othello par Éric Vigner au Théâtre national de l’Odéon : deux tragédies de Shakespeare, deux grands personnages auréolés de gloire militaire de retour à la vie civile, publique ou domestique, deux artistes de la même génération, mais deux esthétiques aux antipodes l’une de l’autre.

« Le dernier grand musicien de l’Occident », un article de Norbert Czarny

STÉPHANE BARSACQ
JOHANNES BRAHMS
Préface d’Hélène Grimaud
Actes Sud éd., 200 p.

Lorsqu’on établit la liste des musiciens dont le nom commence par B, on cite Bach, Beethoven, voire Berg. Tous trois ont marqué leur temps, ont transformé les codes de la musique. On citera plus rarement Bartok, peut-être parce qu’il appartient à une petite nation et que les échos de sa musique en semblent atténués. Et Brahms ?





Quinzaine n°980 du 16 au 30 novembre 2008

décembre 8, 2008

Alexis Léger ou Saint John Perse, un article de Maurice Mourier
RENAUD MELTZ
ALEXIS LÉGER DIT SAINT-JOHN PERSE
Flammarion éd., 846 p.

Une grande biographie ? Une grosse biographie conviendrait mieux, car on y croule sous les détails, parfois éclairants, souvent oiseux, au moins redondants. Et biographie de qui ? Voilà l’irritante question, le citoyen Léger, né à Pointe-à-Pitre le 2 juin 1887, ayant été par excellence un Janus Bifrons, poète pour les littéraires sous le pseudonyme volontairement opaque de Saint-John Perse, haut fonctionnaire de la diplomatie pour les historiens.

Simone Weil au plus près, un article de Lucette Finas

LAURE ADLER
L’INSOUMISE, Récit
Actes Sud éd., 272 p.

Récit : c’est ainsi que Laure Adler dénomme son approche minutieuse de SimoneWeil, l’« insoumise », et de son oeuvre. Et c’est bien d’un récit qu’il s’agit, dans lequel vie quotidienne et textes, lecture et écriture, s’interpénètrent, tandis que s’amassent un savoir et une réflexion auxquels conviendrait à merveille la formule de Mallarmé : « abrupts jeux d’ailes » et cette autre : « fontaine intarissable d’elle-même ». Non que Simone s’attarde sur soi : c’est l’autre, le prochain, comme disent les chrétiens qui, inépuisablement, l’intéresse.


Le livre infini, un article de Hugo Pradelle

RODRIGO FRESÁN
LA VITESSE DES CHOSES (La Velocidad de las cosas trad. de l’espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon
Passage du Nord-Ouest éd., 638 p.

Clef de voûte de l’oeuvre de Rodrigo Fresán, ce livre labyrinthique bouleverse tous les repères et établit l’irréalisme comme loi d’un univers d’une complexité fascinante, enchantement terrifiant de la mort, des mutations fictionnelles infinies, de l’éblouissement de l’acte d’écrire, du livre qui se reforme sans cesse. Un monde brillant et composite, virulent et bouleversant, les développements monstrueux d’une obsession pour le Temps, la Mort, les possibles illimités de l’écriture.

Chimamanda Ngozi Adichie, un entretien avec Hugo Pradelle

CHIMAMANDA NGOZI ADICHIE
L’AUTRE MOITIÉ DU SOLEIL
Half of a Yellow Sun
trad. de l’anglais (Nigeria) par Mona de Pracontal
Gallimard éd., 499 p.

Chimamanda Ngozi Adichie (1977-) publie un nouveau roman très construit dans lequel elle raconte les vies de Nigérians entraînés dans la tourmente de la guerre civile. Autour de deux soeurs jumelles et de leur entourage, elle oppose les moments d’effervescence et d’émancipation qui suivent l’indépendance de 1960 et la guerre civile meurtrière dans la région du Biafra. Elle passe d’une époque à l’autre, analyse le quotidien des personnages, décrit avec précision les circonstances de ce conflit, explore la profondeur d’une époque et la complexité des sentiments.

Un paradis miniature, un article de Gilles Lapouge

JACQUES BONNET
DES BIBLIOTHÈQUES PLEINES DE FANTÔMES
Denoël éd., 140 p.

Don Quichotte est un lecteur enragé. Toutes les écritures qui lui tombent sous la main, il faut qu’il les lise. Il gobe, d’un appétit égal, Amadis de Gaule et l’Iliade, un compte d’apothicaire, un vieux bout de papier griffonné ramassé dans la rue, le commandement d’un notaire, la Chanson de Roland, une recette de cuisine. Ce qui l’épate et qui l’enivre, et qui fait son bonheur, c’est qu’il existe de l’écriture, des livres. C’est un miracle. Il n’en revient pas.

emil-noldeEmil Nolde 1867-1956

EMIL NOLDE, EXPOSITION GALERIES NATIONALES DU GRAND PALAIS
25 septembre 2008 – 19 janvier 2009
Catalogue sous la dir. de Sylvain Amio, commissaire de l’exposition, RMN éd., 342 p.
EMIL NOLDE
LETTRES 1894-1926
Accompagnées de reproductions d’oeuvres essentielles trad. par Olivier Mannoni
Actes Sud éd., 214 p.

Le Futurisme crie, défie, provoque, explose, un article de Gilbert Lascault

Bien contrôlée, pensée par Didier Ottinger, réfléchie, bien cadrée, l’exposition du Futurisme à Paris rassemble 115 oeuvres (rarement vues en France) et une centaine de documents (photographies, publications, les célèbres Manifestes (1) du mouvement.

LE FUTURISME À PARIS : une avant-garde explosive
CENTRE GEORGES-POMPIDOU, 15 octobre 2008 – 26 janvier 2009
DIDIER OTTINGER et coll.
LE FUTURISME À PARIS : UNE AVANT-GARDE EXPLOSIVE
Catalogue Georges-Pompidou/5 Continents éd., 360 p., 115 ill. coul., nb doc.
Album de l’exposition, Centre Pompidou éd., 60 p., 75 ill.
GIOVANNI LISTA
LE FUTURISME : UNE AVANT-GARDE RADICALE
Découvertes, Gallimard éd., 144 p., nb ill.

L’empire du «management », un article de Christian Descamps

LUC BOLTANSKI
RENDRE LA RÉALITÉ INACCEPTABLE, À propos de La production de l’idéologie dominante
Démopolis éd., 190 p.

Luc Boltanski – l’auteur du Nouvel Esprit du capitalisme – retrace, ici, la naissance de la revue Les Actes de la recherche en Sciences sociales.
Restituant les stimulantes années 70, sa jeunesse, il décrit, en détail, la genèse d’un article : « La production de l’idéologie dominante » écrit avec Pierre Bourdieu, « le patron » de ce petit monde de sociologues; car, ceux-là entendent faire de leur discipline, du métier de sociologue, de leur austère travail scientifique, un instrument de dévoilement, mettant à mal la doxa feutrée.

De longues marches, un article de Michel Plon

ERIK PORGE
DES FONDEMENTS DE LA CLINIQUE PSYCHANALYTIQUE
Érès éd., 163 p.

PHILIPPE PORRET
LA CHINE DE LA PSYCHANALYSE
Campagne Première éd., 320 p.

La psychanalyse, le respect de son autonomie théorique et pratique,
de la spécificité de sa clinique, autant de conditions à même d’être gravement
modifiées, fût-ce indirectement, par les retombées des projets de
réglementation étatique de l’exercice des psychothérapies. Cette menace
ne va pas sans provoquer des clivages stratégiques et politiques chez les
psychanalystes, mais elle ne devrait toutefois pas masquer l’existence
corrélative d’autres oppositions, liées à l’apparition de sensibles dérives
au regard d’une lecture rigoureuse de l’oeuvre de Freud et des apports
lacaniens.

Quand l’horizon commencera à couler, un article de Claude Mouchard

GÜNTHER ANDERS
HIROSHIMA EST PARTOUT
L’Homme sur le pont
Journal de Hiroshima et de Nagasaki trad. de l’allemand par Denis Trierweiler « Hors limite » pour la conscience (Correspondance avec Claude Eatherly, le pilote de Hiroshima) trad. de l’anglais par Françoise Cazenave et Gabriel Raphaël Veyret
Les Morts (Discours sur les trois guerres mondiales) trad. de l’allemand par Ariel Morabia, Préface à l’édition française par Jean-Pierre Dupuy, Seuil éd., 519 p.

« Comme nous sommes peu libres en tant qu’êtres sentants ! » s’écrie Günther Anders dans son Journal de Hiroshima et de Nagasaki intitulé L’Homme sur le pont et qui paraît dans un gros volume comprenant aussi la correspondance avec Claude Eatherly, présenté (un peu abusivement) comme « le pilote de Hiroshima ». Libérer la capacité de sentir ? C’est un philosophe quelque peu sauvage qui le désire. Né en 1902, élève de Husserl et de Heidegger, premier mari de Hannah Arendt, il avait dû, menacé en tant que juif, s’exiler d’Allemagne en 1933, il avait vécu à Paris, aux États-Unis, à Vienne. Et c’est en 1958 qu’après avoir, à Tokyo, participé à un « congrès international contre les bombes atomiques et à hydrogène et pour le désarmement », il se rend à Hiroshima, puis à Nagasaki.

La chasse au déviant, un article de Jean-Jacques Marie

SYLVAIN BOULOUQUE et FRANCK LIAIGRE
LES LISTES NOIRES DU PCF
Calmann-Lévy éd., 262 p.

De 1933 à 1945 le Parti communiste a publié plus ou moins régulièrement
des « listes noires » adressées aux responsables départementaux
du parti invités à débusquer les « traîtres » qui y sont stigmatisés.
La composition de ces listes, l’examen de leur objectif et de leur
usage forment la partie la plus intéressante de l’ouvrage de Sylvain
Boulouque et Frank Liaigre.

Le démon des armes, un article de Lucien Logette

MESRINE, 1.
L’INSTINCT DE MORT
JEAN-FRANÇOIS RICHET

D’où vient cette furie biographique qui étreint en ce moment si fort l’audiovisuel français ? Panne d’imagination des scénaristes, souci des producteurs de s’engouffrer dans le tunnel récemment étayé de la docufiction, goût, naturel ou fabriqué, du public pour un retour vers le réel ? Parmi les quelques milliers de films français réalisés entre 1930 et 1985, on ne trouve qu’une cinquantaine de biopics – moins que ce que nous ont offert depuis dix ans cinéma et télévision réunis. En quelques mois, Piaf, Guitry, de Gaulle, Sagan, Séraphine, Coluche, Mesrine sont venus, avec des fortunes diverses, se ranger dans l’imagerie d’Épinal du spectacle moderne (et saluons la performance de Denis Podalydès, Frégoli de la réincarnation, qui, en l’espace de deux ans, a figuré Rouletabille, Sartre, Attali et Guy Schoeller).

« Idéals », un article de Monique Leroux

Au Théâtre de la Commune
Centre dramatique national d’Aubervilliers
jusqu’au 30 novembre 2008

PAUL NIZAN
ADEN ARABIE
Mise en scène de Didier Bezace

DE GAULLE EN MAI
d’après Jacques Foccart
Mise en scène de Jean-Louis Benoit
Tournée nationale jusqu’en février 2009

Aubervilliers, Montreuil, Saint-Denis, Bobigny : trois Centres dramatiques
nationaux, une Maison de la Culture, ces grands établissements culturels seraient
considérés comme trop nombreux dans un département tel que la Seine-Saint-Denis,
d’où les récentes menaces contre l’intégrité de la MC93. À Aubervilliers, c’est Didier
Bezace qui assume avec succès depuis onze ans l’héritage transmis par le fondateur du Théâtre de la Commune, Gabriel Garran. Cette saison il a placé sa rogrammation sous le signe des « Idéals ». Actuellement il met en scène Aden Arabie de Paul Nizan et accueille De Gaulle en mai, un spectacle de Jean-Louis Benoit, d’après le Journal de l’Élysée de Jacques Foccart, créé à Marseille au Théâtre de la Criée.


François Perrier, Les Corps malade du signifiant

septembre 28, 2008

Archive

En corps ? un article de Roger Gentis “Il existe mille orifices invisibles à travers lesquels un oeil pénétrant peut voir d’un seul coup ce qui se passe dans une âme”. Freud cite ainsi Tristram Shandy dans la Psychopathologie de la vie quotidienne, en conclusion de son chapitre sur les “actes symptomatiques”. Il range parmi ceux-ci ces innombrables petits gestes (le plus classique tripoter son alliance…) par lesquels l’analysant, sans y prendre garde, donne à voir à l’analyste quelque chose qu’il préfère lui-même ignorer…

François Perrier, Les Corps malade du signifiant, Inter Editions Lisez la suite de cette entrée »


Où en est le structuralisme?

mai 12, 2008

Revue N° 31 parue le 01-07-1967

“…Dans le monde instantané où les concepts se
commercialisent, l’éclectisme est de règle.” Cette phrase
d’Alain Badiou caractérise avec précision, la débauche
idéologique dont cette pseudo-école qu’on a nommée
structuralisme a été l’occasion. L’affaire continue : on
trouvera ci-contre une liste non-exhaustive des publications -
intéressantes ou significatives – consacrées à ce “problème”
dans les revues françaises. Lisez la suite de cette entrée »