La Quinzaine n°994, du 16 au 30 juin 2009

juin 17, 2009

“Une secrète harmonie”, un article de Monique Baccelli

MARTA MORAZZONI
L’INVENTION DE LA VÉRITÉ
trad. de l’italien par Marguerite Pozzoli
Actes Sud éd., 151 p., 16 €

Tout lecteur averti sait que la tapisserie de la reine Mathilde se trouve à Bayeux, qu’elle date du XIe siècle, qu’elle fait soixante-dix mètres de long, et qu’elle relate les hauts faits d’armes de Guillaume le Conquérant. Peut-être sait-il aussi que John Ruskin, critique d’art anglais mort en 1900, est l’auteur de La Bible d’Amiens (traduite en français par Marcel Proust), ouvrage consacré à la cathédrale de cette ville. Ce qu’il ignore sans doute c’est le rapport qui existe entre le chef-d’oeuvre en toile et le chef-d’oeuvre en pierre.

“Des histoires à la fois simples et énigmatiques”, un article d’Agnès Vaquin

ANTONIO TABUCCHI
LE TEMPS VIEILLIT VITE
Gallimard éd., 186 p., 17,50 €

Le temps vieillit vite, un titre inspiré du « tachista geraskei chronos » cité en exergue du recueil. La formule vient d’un « fragment présocratique attribué à Critias ». Antonio Tabucchi regroupe là neuf « récits », des contes selon son coeur, qui paraissent dans leur version française avant d’être édités en Italie, pour cause de gravissime incompatibilité de l’auteur avec le régime de certain « mirliflore de la Telecom »…

“La vérité se trouve dans la fiction”, un article de Constance Quatrebarbès

MAURIZIO MAGGIANI
LE COURAGE DU ROUGE-GORGE
trad. de l’italien par Marguerite Pozzoli
Actes Sud éd., 381 p., 23 €

Maurizio Maggiani nous concocte une cuisine exotique et complexe pour son roman “Le Courage du rouge-gorge” où motifs, parallèles et digressions sont autant d’épices qui rehaussent la saveur de ce roman riche et inattendu.

“Une variation lucide sur la maternité”, un article de Claire Richard

ELENA FERRANTE
POUPÉE VOLÉE
(La figlia oscura)
trad. de l’italien par Elsa Damien
Gallimard éd., 176 p., 18 €

« Je commençai à me sentir mal après moins d’une heure de route. Ma brûlure sur le côté se réveilla mais je décidai pendant un moment de ne pas lui accorder d’importance. » Poupée volée s’ouvre sur une dérive et un accident. Une femme conduit sur une route en surplomb de la mer. Sous l’effet de la fatigue, elle est happée par le souvenir, ou l’hallucination, d’une scène de son enfance, et perd le contrôle de son véhicule.

“La liberté, cet « oiseau de rêve »”, un article de Gabrielle Napoli

EUGEN URICARU
ILS ARRIVENT LES BARBARES !
trad. du roumain par Marily Le Nir
Noir sur Blanc éd., 329 p., 23 €

Eugen Uricaru, une des voix d’opposition dans la Roumanie communiste, en tant que fondateur du groupe Echinox, donne à lire dans Ils arrivent les barbares ! un épisode particulièrement douloureux, et souvent oublié dans nos régions, de l’histoire roumaine. La « fictionalisation » de l’Histoire, pour utiliser un concept de Paul Ricoeur, entraîne le lecteur dans une époque tourmentée, en compagnie de personnages déroutants et parfois inquiétants.

“La maison de la dune”, un article de Hugo Pradelle

MICHÈLE LESBRE
SUR LE SABLE
Sabine Wespieser éd., 160 p., 17 €

Le nouveau livre de Michèle Lesbre poursuit avec modestie un travail sur le temps, la rencontre, le voyage, l’oubli, la force de la parole et le compagnonnage littéraire.

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“Oubli et mémoire”, un article de Hugo Pradelle

SEUMAS O’KELLY
LA TOMBE DU TISSERAND,
UNE HISTOIRE DE VIEUX HOMMES
TheWeaver’s Grave,A Story of Old Men)
trad. de l’anglais (Irlande) par Christine
Trividic et Jean-Claude Lorreau
Attila éd., 128 p., 15 €

EDGAR HILSENRATH
FUCKAMERICA : LESAVEUX DE BRONSKY
Fuck America : Bronskys Geständnis)
trad. de l’allemand par Jörg Stickan
Attila éd., 296 p., 19 €

En donnant à lire le récit puissant d’un Irlandais du début du XXe siècle et le roman échevelé d’un exilé allemand tonitruant, les jeunes
éditions Attila font redécouvrir deux auteurs superbement doués.

“Une vie peut en cacher une autre”, un article d’Alain Joubert

MICHEL DINTRICH
UN MUSICIEN CHEZ LES COUPEURS DE TÊTES
Mille et Une Nuits éd., 272 p., 17 €

Il est bien connu que, placé sous le signe de l’innocence, la première fois que l’on joue au poker, on peut gagner gros. Le poker ou autre chose, peu importe, c’est la première fois qui compte ! Jouer sa vie, par exemple ? Pourquoi pas !

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Soixante-dix poètes modernes de l’Amérique hispanique”, un article de Jacques Fessard

OMBRE DE LA MÉMOIRE
Anthologie de la poésie hispano-américaine
Établie et préfacée par Philippe Ollé-Laprune
Gallimard éd., 781 p., 35 €
CÉSAR VALLEJO
POÉSIE COMPLÈTE
trad. de l’espagnol (Pérou)
et présenté par Nicole Réda-Euvremer Flammarion éd., 406 p., 25 €

Le titre de cette superbe anthologie est emprunté au poète mexicain contemporain José Emilio Pacheco : « La poésie est l’ombre de la mémoire/mais elle sera la matière de l’oubli. »Pour conjurer le second vers, il a été fait appel ici à une douzaine d’excellents traducteurs
qui font vivre dans notre langue la parole de soixante-dix poètes modernes de l’Amérique hispanique, échelonnés sur près d’un siècle.

“Victor Hugo, vrai père du roman moderne”, un article de Jean Lacoste

JEAN-LOUIS CHRÉTIEN
CONSCIENCE ET ROMAN, I
La conscience au grand jour
Minuit éd., 287 p., 28 €

« Le roman se prétend instruit de tout ce qui se passe dans le coeur des héros » observe Stendhal dans les Chroniques italiennes. Cette prétention est constitutive du roman moderne – la prétention de connaître le for intérieur, de dévoiler le « coeur » qui se cache derrière les comportements visibles, de révéler la « conscience » – mais elle ne va pas de soi, en réalité, et c’est de cette interrogation que part le philosophe Jean-Louis Chrétien.

“Montmartre en 1907″, un article de Marie Etienne

ANDRÉ SALMON
LA NÉGRESSE DU SACRÉ-COEUR
Préface de Jacqueline Gojard Postface inédite de l’auteur
Gallimard éd., 300 p., 22 €

MAX JACOB,ANDRÉ SALMON
CORRESPONDANCE, 1905-1944
Édition établie, annotée et présentée par Jacqueline Gojard
« Les Cahiers de la NRF »
Gallimard éd., 360 p., 39 €

De même que la négresse du roman n’est pas Joséphine Baker mais la préfigure, de même André Salmon « fait entrer en poésie, avant Carco et Mac Orlan, le tambour du bal et l’accordéon des faubourgs », célèbre le cirque et les saltimbanques avant Max Jacob,
écrit sur New York avant Cendrars…

“Castoriadis : qu’en est-il de l’Être ?”, un article de Christian Descamps

CORNELIUS CASTORIADIS
HISTOIRE ET CRÉATION
Textes philosophiques inédits (1945-1967)
réunis, présentés et annotés par Nicolas Poirier
Seuil éd., 220 p., 21 €

La parution régulière des oeuvres de Castoriadis aux éditions du Seuil permet de donner à ce penseur sa vraie place – l’une des toutes premières (1). Cet ouvrage qui rassemble des inédits de 1945 à 1967, casse l’image, partielle donc fausse, d’un théoricien dont la vie aurait été partagée en deux moitiés étanches.

“La fierté d’être juif”, un article de Marc Lebiez

ERNST BLOCH
« SYMBOLE : LES JUIFS »
précédé de Les Juifs dans l’Utopie
par Raphaël Lellouche
L’Éclat éd., 176 p., 18 €

Ernst Bloch m’a longtemps fait l’effet d’être un peu trop chrétien. Ne le lisant qu’à travers les références que lui-même donne, je n’avais pas pris garde au fait que certains pouvaient voir dans son nom l’évidence du Juif. Voici que paraît un chapitre supprimé de L’Esprit de l’utopie qui commençait par ces mots : « S’éveille enfin la fierté d’être juif ».

“Le procès des Khmers rouges”, un article de Pierre Pachet

FRANCIS DERON
LE PROCÈS DES KHMERS ROUGES
Trente ans d’enquête sur le génocide cambodgien
Gallimard éd., 476 p., une carte hors-texte, 24,90 €

Le procès des dirigeants « khmers rouges » (l’expression française, forgée par le roi Norodom Sihanouk, a gagné une validité internationale) se déroule enfin à Phnom Penh devant un tribunal mixte cambodgien et international, plus de trente ans après la période de trois ans, huit mois et vingt jours, du 17 avril 1975 au 7 janvier 1979, pendant laquelle ces doctrinaires aux desseins insondables ont terrorisé et exterminé une grande partie de leur peuple : on estime le nombre des victimes par exécution, sous-alimentation, travail exténuant ou d’autres formes de mauvais traitements à 1,7 million au moins.

“Puissance de la statistique aux États-Unis”, un article de Jean-Paul Deléage

EMMANUEL DIDIER
EN QUOI CONSISTE L’AMÉRIQUE ?
Les statistiques, le New Deal et la démocratie
La Découverte éd., 318 p., 26 €

La Grande Dépression des années 1930 a bouleversé jusqu’à la conception que les Américains se faisaient d’eux-mêmes. Pour lancer le New Deal et répondre à la question cruciale : en quoi consiste l’Amérique ? L’administration Roosevelt a dû mettre au point un nouvel outil d’objectivation : les statistiques. Il s’agissait alors de forger de nouveaux instruments d’évaluation et de quantification de l’état du pays et de sa population.

“Théâtre de chambre”, un article de Monique Le Roux

MICHEL VINAVER
NINA, C’EST AUTRE CHOSE
Mise en scène de Guillaume Lévêque
Théâtre nationale de la Colline
jusqu’au 27 juin

De ses débuts militants avec le « Théâtre éclaté » d’Annecy à ses douze années à la tête du Théâtre national de la Colline, Alain Françon a effectué un parcours indissociable de celui de Michel Vinaver. À la fin de sa dernière saison en tant que directeur, il a confié la mise en scène de Nina, c’est autre chose à Guillaume Lévêque, artiste associé, qui fait redécouvrir une pièce quelque peu oubliée.


La Quinzaine n°989, du 1er au 15 avril 2009

avril 5, 2009

“La Mort de Pinocchio”, un article de Hugo Pradelle

VITALIANO TREVISAN
LE PONT, UN EFFONDREMENT
Il Ponte, un crollo
trad. de l’italien par Vincent Raynaud
Gallimard éd., 188 p., 17,50 €

Dans le prolongement des Quinze mille pas, le récit de Vitaliano Trevisan entreprend un travail de déconstruction d’un homme, de son passé et d’une certaine société contemporaine. Un livre étonnant placé sous l’égide de Pasolini et, surtout, de Thomas Bernhard.

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“Une jeunesse à la dérive”, un article de Monique Baccelli

GIACOMO SARTORI
SACRIFICIO
trad. de l’italien par Nathalie Bauer
Philippe Rey éd., 143 p., 16 €

Au printemps 2004, dans la région de Trente, un groupe de jeunes revenant de la discothèque fait le pari de traverser en voiture un torrent en crue. Le 4×4 passe de justesse, la vieille jeep est emportée par la violence des eaux et l’un des occupants meurt noyé.


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“Histoire des défaites”, un article de Norbert Czarny

ANDRZEJ STASIUK
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NEUF
trad. du polonais par Grazyna Erhard
Christian Bourgois éd., 350 p., 25 €
FADO
trad. du polonais par Charles Zaremba
Christian Bourgois éd., 182 p., 16 €

« Le passé et la mémoire sont ma patrie et ma maison. J’aime me saouler tout seul et me remémorer les événements révolus, les gens, les paysages. » Ce propos n’étonnera pas sous la plume d’un écrivain. Il faut aussi les lire, écrits par Andrzej Stasiuk, comme ceux d’un résistant.

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“Paroles de fantôme : « Nul ne témoigne pour le témoin »”, un article de Gabrielle Napoli

ALAIN FLEISCHER
MOI, SÁNDOR F.
Fayard (Alter ego) éd., 394 p., 21,90 €
Et si raconter sa vie passait nécessairement par le récit de la vie de l’Autre ? Et s’il n’était possible d’accéder aux secrets de son existence qu’en opérant un détour par ceux d’un ancêtre, presque inconnu, qu’il faut alors imaginer ? Par un procédé narratif original, Alain Fleischer se glisse dans la peau d’un oncle, mort à 27 ans, dans un train, quelque part entre la Pologne et la Hongrie, un jour d’avril 1944. Né en janvier 1944, l’auteur s’empare de ces quelques mois en commun pour en faire le pivot de ses deux vies, si différentes, et dans lesquelles pourtant se tissent des liens, ténus mais bien réels.pmm
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“Quel avenir de l’héritage ?”, une article de Gabrielle Napoli

MARTIN SMAUS
PETITE, ALLUME UN FEU
trad. du tchèque par Christine Laferrière
Éditions des Syrtes, 355 p., 22 €

Andrejko Dunka naît dans le hameau de Poljana, au nord-est de l’actuelle Slovaquie. Sa famille, les Dunka, et lui, traversent l’Histoire du XXe siècle en Tchécoslovaquie, la Seconde Guerre mondiale, l’installation du régime communiste puis sa chute, l’élection de Havel, la partition de la Tchécoslovaquie en deux États. L’Histoire off icielle s’invite dans l’Histoire des Dunka sans s’imposer, s’immisce dans le récit, croise les destins individuels et s’en va, sans bruit. Pourtant, c’est à cette Histoire qu’est étroitement lié le devenir des Dunka.


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“Main gauche, main droite”, un article de Norbert Czarny

ANTONIO LOBO ANTUNES
LIVRE DE CHRONIQUES IV
trad. par Michelle Giudicelli
Christian Bourgois éd., 334 p., 23 €

Dans une chronique intitulée « De la mort et autres bagatelles » Lobo Antunes explique qu’étant plutôt gaucher, il se sert de la main droite pour écrire ce qu’il juge le meilleur de lui-même : ses romans et certaines de ces chroniques sont ainsi écrits. La main droite est moins rapide, moins fluide, mais elle permet la surprise.

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“Le monde sensible”, un article de Hugo Pradelle

ANTONI CASAS ROS
MORT AU ROMANTISME
Gallimard éd., 160 p., 13 €

En trente-neuf nouvelles, Antoni Casas Ros, auteur remarqué d’un premier roman très surprenant, poursuit sa discrète aventure dans un autre monde sensible, entre théorie et provocation.

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“Un détachement passionné”, un article de Norbert Czarny

PETER STAMM
COMME UN CUIVRE QUI RÉSONNE
trad. de l’allemand par Nicole Roethel
Christian Bourgois éd., 200 p., 18 €

Partons de ce qui n’est pas pour déf inir l’univers que déploie Peter Stamm dans son dernier recueil de nouvelles, Comme un cuivre qui résonne : l’Histoire est absente du coin du monde décrit par le narrateur et aucun passé violent ne bouleverse les personnages. Rien ne les rend très différents de nous et ce qui leur arrive semble une parenthèse qui s’est ouverte, et qui se fermera quand notre lecture touchera son terme.

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“Dans une situation menacée”, un article de Marie Etienne

ALAIN VEINSTEIN
LE DÉVELOPPEMENT DES LIGNES
Fiction & Cie, Seuil éd., 240 p., 19 €

« J’ai l’impression que tout s’endort… dans l’arrière-pays d’un pays en voie d’être détruit », disait Alain Veinstein en 2005 sur France-Culture, dans son émission anniversaire de « Surpris par la nuit ». Ce mauvais rêve habite l’auteur, ou en tout cas deux de ses livres, Dancing et Le Développement des lignes, le second reprenant en partie le premier dans un récit en vers. « À l’origine… un roman… Dancing, dans les décombres duquel, revenant sur quelques traces qui ne cessaient de me hanter, j’avais installé le monde de ce que j’hésite à appeler mon “poème”. »

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“Trajets de Franck Venaille”, un article de Norbert Czarny

FRANCK VENAILLE
ÇA
Mercure de France éd., 158 p., 14,80 €

« J’ai consacré plus de soixante ans de ma vie à marcher dans des rues tristes. Puisque c’est sur le mouvement et l’action que j’ai bâti mon écriture poétique. » Pour qui en effet lit Franck Venaille depuis Papiers d’identité jusqu’à Ça, ce recueil qui vient de paraître, mouvement et action sont deux sésames en même temps que de subtils rappels.

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“L’invention permanente de Jorn”, un article de Gilbert Lascault

ASGER JORN (1914-1973)
DESSINS
Cabinet d’art graphique. Centre Pompidou
10 février – 11 mai 2009

JONAS STORSVE, DORTE KIRKEBY-ANDERSEN,TROELS ANDERSEN
ASGER JORN : ŒUVRES SUR PAPIER
Gallimard/Centre Pompidou éd.,192 p., 140 ill. coul., 39 €

Compagnon fraternel d’autres artistes généreux, vaillant, hardi, ingénieux, le créateur danois Jorn (1914-1973) ne cesse de bouger, d’inventer, de voyager. Nomade européen, il n’oublie jamais les légendes des pays du Nord, ni leurs formes redoutables. Il tisse le local et le cosmopolite, le régional et l’international, l’archaïque, l’actuel et l’avenir.

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“Claude Simon poète”, un article de Maurice Mourier

CLAUDE SIMON
ARCHIPEL et NORD
Minuit éd., 35 p., 6,50 €

En septembre 1895, Mallarmé publie « Crise de vers » dans La Revue Blanche. Au cœur du paragraphe consacré à Hugo de ce texte capital, on trouve énoncée avec la plus grande fermeté « une majestueuse idée inconsciente, à savoir que la forme appelée vers est simplement elle-même la littérature ; que vers il y a sitôt que s’accentue la diction, rythme dès que style ».

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“Forme de langage, forme de vie”, un article de Jean-Claude Chevalier

HENRI MESCHONNIC
DANS LE BOIS DE LA LANGUE
Laurence Teper éd., 546 p., 29 €

Ce Bois de la langue est un gros livre bilan de 540 pages qui rassemble d’amples essais critiques inédits et quelques textes, imprimés ici et là.

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“Une nouvelle édition des Miroirs de l’identité”, un article de Jean Lacoste

JEAN-FRANÇOIS MARQUET
MIROIRS DE L’IDENTITÉ
coll. « La nuit surveillée »
Cerf éd., 370 p., 38 €

Spécialiste de Schelling, auquel il a consacré un livre fondateur (Liberté et existence, Gallimard, 1973), Jean-François Marquet
offre une nouvelle édition, « revue et augmentée », de ses Miroirs de l’identité. Cet ouvrage publié pour la première fois aux Éditions Hermann en 1996 réunit différents essais consacrés à ce qu’il appelle la « littérature hantée par la philosophie »…

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“L’homme, le capital le plus précieux ?”, un article de Jean-Jacques Marie

NICOLAS WERTH
L’IVROGNE ET LA MARCHANDE DE FLEURS
Autopsie d’un meurtre de masse, 1937-1938
Tallandier éd., 450 p., 23 €

En 1937 la maison d’édition du parti communiste français publia sous le titre L’homme, le capital le plus précieux le discours prononcé par Staline le dernier jour du plenum du Comité central de février-mars 1937 qui, au lendemain du deuxième procès de Moscou, annonçait le déchaînement d’une terreur jusqu’alors sans exemple dans l’Histoire. Staline y faisait entre autres l’éloge d’une dénonciatrice hystérique de Kiev, Nicolaienko qui terrorise la capitale ukrainienne.

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“L’axiome des parallèles et la liberté”, un article de Jean-Michel Kantor

IMRE TOTH
LIBERTÉ ET VÉRITÉ
Pensée mathématique et spéculation philosophique
L’Éclat éd., 156 p., 12 €

Imre Toth est bien connu des philosophes des sciences. Né en 1921 en Roumanie, il a vécu intensément les bouleversements du siècle passé en Hongrie, puis en Allemagne comme professeur de philosophie, aux USA et enfin en Europe. Une vie mouvementée consacrée à la philosophie, plus précisément aux enseignements pour la philosophie de l’histoire des mathématiques.

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“Oh, when the Saint…”, un article de Lucien Logette

LE SAINT
Coffret « Le studio RKO présente »,
4 DVD, 8 films
Montparnasse éd., 42 €

Dans le dernier numéro d’été consacré au roman populaire (Quinzaine n° 974), le nom de Simon Templar n’apparaissait pas parmi les quelques héros récurrents retenus ; si l’éventail avait été planétaire et non essentiellement français (le seul James Bond s’étant glissé entre Maigret, Burma, Angélique et San Antonio), la présence du Saint eût été impérative. En effet, parmi les personnages du rompol anglo-saxon, il est quantitativement plus important que Sherlock Holmes ou Hercule Poirot. Et sa longévité est remarquable, qui s’étend sur presque soixante-dix années d’exercice, même si sa carrière spectaculaire semble aujourd’hui terminée.

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“Renouveau d’un répertoire « populaire »”, un article de Monique Le Roux

MAXIME GORKI
VASSA 1910
Mise en scène de Gilberte Tsaï
Nouveau Théâtre de Montreuil
tournée nationale jusqu’au 20 mai

SEAN O’CASEY
LA CHARRUE ET LES ÉTOILES
Mise en scène d’Irène Bonnaud
tournée nationale jusqu’au 9 avril
Comédie de Genève du 21 avril au 2 mai

Gilberte Tsaï crée Vassa 1910 d’après Vassa Geleznova de Maxime Gorki au Centre dramatique national de Montreuil qu’elle dirige ; Irène Bonnaud a mis en scène La Charrue et les étoiles de Sean 0’Casey au Théâtre Dijon Bourgogne où elle est artiste associée à François Chattot : initiatives rares et opportunes, quand les programmations, partagées entre grandes œuvres du passé et écritures contemporaines, ne font plus guère de place à des pièces du début du XXe siècle, représentatives d’un répertoire de « théâtre populaire ».

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“Ce qui se défait”, un article de Tiphaine Samoyault

ROLAND BARTHES
JOURNAL DE DEUIL
Édition de Nathalie Léger
Seuil/Imec éd., 270 p., 18,90 €
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CARNETS DU VOYAGE EN CHINE
Édition d’Anne Herschberg Pier rot
Christian Bourgois/Imec éd.
250 p., 23 €

On peut naturellement invoquer des données biographiques pour parler de ces deux livres mais il paraît possible aussi de ne pas le faire tant ils se lisent aujourd’hui hors de la circonstance qui a fait les écrire – et ne pas les publier. Constitués de notes et de f iches écrites pour les unes en 1974 à l’occasion du voyage en Chine et pour les autres en 1978-1979 au moment de la mort de la mère de l’auteur, ils sont, séparément et ensemble, l’occasion d’une réflexion sur ce qui se défait.


La Quinzaine n°984, du 16 janvier au 31 janvier 2009

février 1, 2009

Pour une critique de la raison neurobiologique, un article de Catherine Malabou

JEAN-PIERRE CHANGEUX, DU VRAI, DU BEAU, DU BIEN
Une nouvelle approche neuronale
Odile Jacob éd., 545 p., 29 €

Écrire le compte-rendu critique d’un livre de neuroscience, surtout lorsqu’il porte un titre aussi peu neuroscientifique et si évidemment philosophique que celui de Jean-Pierre Changeux, Du Vrai, du Beau, du Bien, est pour le philosophe une véritable gageure. En effet, celui-ci semble n’avoir d’autre alternative que d’approuver sans réserve cette tentative de domination du champ philosophique par la neuroscience d’une part, de résister de toutes ses forces à ce qui lui apparaîtra nécessairement comme une usurpation, une captation des idées métaphysiques par la neurobiologie d’autre part.

Infléchir la trajectoire suicidaire, un article de Jean-Paul Deléage

ANDRÉ LEBEAU, L’ENFERMEMENT PLANÉTAIRE
Le Débat/Gallimard éd., 312 p., 19 €

Après L’Engrenage de la technique, essai sur une menace planétaire, André Lebeau nous livre une nouvelle réflexion sur les conséquences planétaires de l’agir humain. Notre espèce se heurte désormais aux limites
biophysiques de la planète Terre.


bernardcazesUne visite au Musée des Futurs, un article de Julien Damon

BERNARD CAZES, HISTOIRE DES FUTURS
Les figures de l’avenir de saint Augustin au XXIe siècle
L’Harmattan éd., 507 p., 41,50 €

Bernard Cazes nous invite à une visite du Musée des Futurs. Maître d’oeuvre d’un authentique chef-d’oeuvre éditorial (car sans égal et d’excellente tenue), l’ancien responsable des études à long terme du défunt Commissariat au Plan nous fait traverser les galeries et les départements de son conservatoire des figures, des images et des analyses de l’avenir.


Vies parallèles, un article de Norbert Czarny

PATRICK DEVILLE, EQUATORIA
Seuil éd., 336 p., 22 €

« C’est une époque où le blanc des cartes fond comme neige au soleil », écrit Patrick Deville de la fin du XIXe siècle. Au moment où il écrit Equatoria, les couleurs multiples couvrent les atlas et à sa manière, le romancier en rend la profusion dans un livre qui a pour cadre l’Afrique : celle du méconnu Savorgnan de Brazza, celle de Jonas Savimbi et de tant d’autres héros, « traîtres et indécis ».


La « République des jésuites », un article de Monique Baccelli

EUGENIO CORTI, LA TERRE DES GUARANIS
trad. d’Andrea Vanicelli et Jean-Marie Debois
L’Âge d’homme éd., 379 p., 25 €

Un roman historique qui se présente avec toutes les caractéristiques du genre, si ce n’est qu’il nous est livré sous forme de scénario cinématographique, avec des dialogues reliés par des didascalies, et des indications précises de prise de vue : fondu, gros plan, flash-backs, etc. Ce qui surprend un peu, mais a sa raison d’être.




Alliés substantiels, un article de Norbert Czarny

LINDA LÊ, AU FOND DE L’INCONNU POUR TROUVER DU NOUVEAU
Christian Bourgois éd., 146 p., 17 €

Lecteurs, fréquentant assidûment les librairies et errant dans les allées des bibliothèques, nous ne sommes jamais rassasiés. Les livres s’accumulent sur nos rayonnages, on se demande sans cesse lesquels emporter, transmettre aux amis et aux proches, et arrive un autre livre qui nous recommande tel ou tel écrivain. Le petit recueil de Linda Lê est de ces ouvrages qui donnent envie de tourner d’autres pages, de plonger au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau, selon la formule de Baudelaire.


Une traversée du siècle, un article de Georges Guillain

GEORGES-EMMANUEL CLANCIER, VIVE FUT L’AVENTURE
Gallimard éd., 205 p., 17,90 €

Passager du temps, pour reprendre le titre d’un de ses précédents recueils, Georges-Emmanuel Clancier, né quelques semaines avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, a traversé quasiment toute l’histoire du XXe siècle. Ce qu’il en retient aujourd’hui dans ce livre bilan, ce livre testament, significativement intitulé Vive fut l’aventure, c’est le miracle d’une poésie reconnaissante et grave, restée malgré les ans, les mécomptes des temps, alerte et fraîche. En un mot : lumineuse.


Provocateur, un article de Odile Hunoult

JEAN-LUC CAIZERGUES, MON SUICIDE, poésie-fiction
Flammarion éd., 336 p., 20 €

Drôle de livre, dans la collection « Poésie » de Yves di Manno. « Poésie-fiction » dit le sous-titre : les trois premières parties, Petit catalogue de vente par correspondance, Perdant, Mon suicide, sont des fictions écrites comme des poèmes, si l’on entend qu’un poème a, sur la page, une disposition plus ou moins différente de la prose. Le « vers » de Jean-Luc Caizergues est court, très court, hoquetant même. Le mot final peut être rectifié, coupé en deux, rejeté en début de ligne suivante : une verticalité de potence.


Découvrir Ingeborg Bachmann, un article de Tiphaine Samoyault

INGEBORG BACHMANN, MALINA, trad. de l’allemand par Philippe Jaccottet et Claire de Oliveira
Seuil éd., 285 p., 21,50 €
revue IF n° 32 (32 rue Estelle, 13006 Marseille)
Seuil éd., 80 p., 12 €

La première traduction du seul roman achevé d’Ingeborg Bachmann, publié en Autriche en 1971, datait de 1973 et était épuisée depuis un bon moment. Cette traduction de Philippe Jaccottet est reprise aujourd’hui dans une version sensiblement améliorée par Claire de Oliveira et elle invite à lire ou à relire une oeuvre qui, par bien de ses aspects, est encore à découvrir.


Le Socrate de Xénophon, un article de Pierre Thillet

XÉNOPHON et SOCRATE, édité par M. Narcy et A. Tordesillas
Vrin éd., 321 p., 32 €, 1 vol.

Ce volume contient les actes du colloque qui s’est tenu à Aix-en-Provence, en novembre 2003, consacré à Xénophon et Socrate.








Le spectateur émancipé, un article de Pierre Saint-Germain

JACQUES RANCIÈRE, LE SPECTATEUR ÉMANCIPÉ
La Fabrique éd., 150 p., 13 €

Invité par diverses institutions universitaires, culturelles ou artistiques, Jacques Rancière a poursuivi sa réflexion sur l’art moderne, sa réception et son appréciation critiques. Les cinq textes qu’il réunit repartent d’une conceptualisation progressivement élaborée et exposée depuis La Nuit des prolétaires (1981) jusqu’à Politique de la littérature (2007), qui fait le lien entre politique et esthétique, agir et sentir.


Légèreté des mots, douceur des photos, un article de Odile Hunoult

FRANÇOISE DOLTO, ARCHIVES DE L’INTIME, sous la dir. de Yann Potin
Textes de Catherine Dolto, Muriel Djéribi-Valentin, Manon Pignot, Yann Potin, Jean-Pierre Winter
Gallimard éd., 256 p., 29,50 €

Archives de l’intime paraît pour le centenaire de la naissance et le vingtième anniversaire de la mort de Françoise Dolto (le 6 novembre 1988). Difficile, tant le plaisir est grand de feuilleter ces archives, de ne pas ajouter au flot de bénédictions qui traîne autour de Françoise Dolto.


Un Voltaire d’aujourd’hui, un article de Jean M. Goulemot

RAYMOND TROUSSON, VOLTAIRE
Tallandier éd., 798 p., 30 €

Raymond Trousson, professeur à l’Université libre de Bruxelles, est un spécialiste internationalement reconnu du XVIIIe siècle. Depuis quelques années il se consacre à la biographie des grandes figures des Lumières, Rousseau, Diderot et maintenant Voltaire.




De l’amour des beaux-arts, un article de Vincent Milliot

CHARLOTTE GUICHARD, LES AMATEURS D’ART À PARIS AU XVIIIe SIÈCLE
Champ Vallon éd., 400 p., 29 €

En 1767, dans les Salons, Diderot s’enflamme avec sa verve coutumière contre la « race maudite » des amateurs d’art. Objet de multiples critiques à la veille de la Révolution, cette figure sociale dont l’apogée se situe entre le triomphe du mécène au XVIIe siècle et celui du collectionneur au XIXe siècle, a pourtant constitué un acteur essentiel du système monarchique des arts au temps des Lumières, comme l’explique Charlotte Guichard, dans un ouvrage à bien des égards passionnant.


L’agonie du néolibéralisme, Entretien de Ignacio Ramonet par Omar Merzoug

Ancien directeur du Monde diplomatique, co-fondateur d’ATTAC, auteur de La Tyrannie de la communication (1999), Propagandes silencieuses (2000), Guerres du XXIe siècle (2002), Ignacio Ramonet publie Le Krach parfait (Galilée), un essai sur la récente crise financière. Pour les lecteurs de La Quinzaine littéraire, il en explique les tenants et les aboutissants.


À Londres, des économistes et des philosophes réfléchissent sur le marché, un article de Christian Descamps

En organisant une rencontre, en décembre 2008, la fondation Templeton – cette association philanthropique pour soutenir la recherche qui aime poser des « big questions » – se demandait, à l’automne : « Est-ce que le libre marché corrompt la moralité ? » Dans la capitale britannique, cette interrogation fut relancée à partir d’une plaquette où une dizaine d’intervenants répondent, prennent partie, avec plus ou moins de bonheur.


aube_ellouetLe grand large, un article de François-René Simon

YVES ELLÉOUËT
DVD (81 min) de Dominique Ferrandou, Livret de 96 p.
TFV Production éd., www.studioswinwin, 23 €

Aube Elléouët, la fille d’André Breton – la « chère Ecusette de Noireuil » de L’Amour fou –, n’est pas du genre à thésauriser : à son actif, entre autres, la production d’une collection de DVD. Dernier en date : Yves Elléouët (1932-1975), peintre et écrivain inspiré.


Théâtres en capitales, un article de Maïté Bouissy

CHRISTOPHE CHARLE, THÉÂTRES EN CAPITALES
Naissance de la société du spectacle à Paris, Berlin, Londres et Vienne
Albin Michel éd., 574 p., 29 €

En capitales, comme au sommet de l’affiche et dans les capitales majeures de l’Europe d’avant 1914, Paris, Londres, Berlin et Vienne, le théâtre ne cesse de solliciter des publics dont la fonction est d’être là sans être là (pour reprendre une formule de Peter Brook). Christophe Charle fait jouer par le chiffre et par le texte tous les ingrédients du succès rêvé par chacun des agents de l’entreprise théâtrale et la comparaison de ces « sociétés en spectacle » renvoie à notre actualité, car sa grille de lecture se médite au présent.