La Quinzaine n°983, du 1er janvier au 15 janvier 2009

janvier 20, 2009

L’avion, l’amour, le ciel, la tristesse et l’espoir, un article de Christine Spianti

SIMONE DE BEAUVOIR, TOUT CONNAÎTRE DU MONDE
Textes choisis et présentés par Éric Levéel, coll. « Voyager avec… »
La Quinzaine littéraire/Louis Vuitton éd., 272 p., 26 €

En cette année 2008 où l’on se souvient que Simone de Beauvoir est née le 9 janvier 1908, ce recueil retrace tous les voyages qu’elle a effectués, à travers des textes tirés de sa correspondance et de ses mémoires, réunis sous le titre Tout connaître du monde. Trois lettres de Sartre inédites et les photos en noir et blanc de Janine Niepce complètent ce volume. L’ensemble évoque plusieurs époques du monde, des années 30 aux
années 70, des histoires de gens et de paysages si changés depuis. Une passion de la découverte aussi, quand, de Meyrignac à Gao, en passant par Londres et l’Amazonie, chaque jour mène quelque part.

Démocratie décérébrée et mondialisation émotionnelle, un article de Laurence Zordan

AL GORE, LA RAISON ASSIÉGÉE
Fayard éd., 319 p., 21 €
DOMINIQUE MOÏSI, LA GÉOPOLITIQUE DE L’ÉMOTION
Flammarion éd., 268 p., 20 €

La démocratie délibérative, supposant débats, arguments, est-elle supplantée par une démocratie décérébrée, une fois que la raison assiégée a rendu les armes devant l’émotion ? « Raison assiégée », alors que le titre original de l’ouvrage d’Al Gore ne met pas l’accent sur l’aspect obsidional, mais sur l’assaut.


ozRencontre avec Amos Oz, entretien

Amos Oz était à Bastia le 29 novembre dernier, pour recevoir le prix Ulysse, remis par l’association Arte Mare, et qui consacre un auteur du Bassin méditerranéen. Le romancier israélien est dans l’actualité puisque avec David Grossmann, Abraham Burg et des ex-militants du Parti Travailliste, il crée un parti « Colombe », qui présentera des candidats aux élections de février 2009. Nous l’avons interrogé sur ce thème comme sur bien d’autres, plus littéraires, qui traverse son oeuvre.


Variations sur la mort, un article de Gabrielle Napoli

SÁNDOR MÁRAI, LE PREMIER AMOUR
trad. du hongrois par Catherine Fay
Albin Michel éd., 320 p., 20 €

C’est le premier roman de celui qu’Imre Kertész considère comme le plus remarquable des écrivains hongrois que la traduction de Catherine Fay nous permet de lire aujourd’hui. Les fidèles de Sándor Márai retrouveront dans Le PremierAmour la finesse d’analyse du romancier. Loin des Mémoires de Hongrie ou de Libération, qui mettent davantage l’accent sur l’Histoire hongroise, il s’agit ici de se plonger, grâce à la forme du
journal intime, dans l’intériorité, bouleversée et bouleversante, d’un professeur de latin d’une petite ville de province, à quelques mois de la retraite.


Werner Kofler : « L’art doit détruire la réalité », un article de Laurent Margantin

WERNER KOFLER, AUTOMNE, LIBERTÉ
Herbst, Freiheit, Nahorstück
trad. de l’allemand par Bernard Banoun
Absalon éd., 128 p., 17 €

Rejetant le réalisme, tout un courant de la littérature autrichienne conjugue critique de la société et bouleversement des structures romanesques traditionnelles. Werner Kofler s’inscrit dans la lignée des grands prosateurs de langue allemande occupés à défaire tous les codes de l’écriture littéraire.


Le voyage qui ne finit jamais, un article de Hugo Pradelle

NORDAHL GRIEG, LE NAVIRE POURSUIT SA ROUTE (Skibet gaar videre)
trad. du norvégien par Hélène Hilpert et Gerd de Mautort (revu par Ph. Bouquet)
Les Fondeurs de Briques éd., 172 p., 16 €

Soixante ans après sa première publication en France, nous redécouvrons, dans une traduction largement remaniée, le plus célèbre roman de Nordahl Grieg (1902-1943), figure de proue des lettres norvégiennes. Un huis clos maritime et lyrique qui s’inscrit dans une filiation passionnante et inépuisable.


caradecFrançois Caradec, donnez régulièrement de vos nouvelles !, un article de Jean-Jacques Lefrère

Dans une toute récente Quinzaine littéraire, Maurice Nadeau évoquait la disparition de François Caradec, survenue le 13 novembre dernier. D’une manière qui a un peu surpris, en tout cas passablement inattendue, la presse a donné un large écho à cette disparition, comme s’il lui importait de compenser d’un coup la discrétion dont elle avait fait preuve à son égard pendant nombre d’années.


Le Paris de Heine, un article de Jean-Luc Tiesset

HENRI HEINE, LUTÈCE, LETTRES SUR LA VIE POLITIQUE, ARTISTIQUE ET SOCIALE
DE LA FRANCE
présentation de Patricia Baudouin
La Fabrique éd., 475 p., 25 €

En écho aux diverses manifestations qui marquèrent en 2006 le cent-cinquantième anniversaire de la mort d’Heinrich Heine, la publication de ce livre dans le contexte européen actuel est une heureuse initiative. D’autant que Patricia Baudouin l’a doté d’une présentation et d’un appareil critique propres à rendre la lecture agréable à ceux qui ne sont pas obligatoirement fins connaisseurs de l’histoire de la Monarchie de Juillet…


« Sans que j’y pense… », un article de Marie Etienne

Fiction ou vérité, l’auteur prétend avoir retrouvé des papiers qui fourniraient ici matière à poésie.

MATHIEU BÉNÉZET et PHILIPPE HÉLÉNON, NE TE CONFIE QU’À MOI
Flammarion éd., 200 p., 18 €






Les équivoques de la chair, un article de Omar Merzoug

FLORENCE COLIN-GOGUEL, L’IMAGE DE L’AMOUR CHARNEL AU MOYEN ÂGE
Préface de Michel Pastoureau
Seuil éd., 189 p., 45 €

Extrait: “Parce que son idéal demeure l’imitation du Christ, le chrétien bute sur la chair dans laquelle on lui a enseigné à voir une abjection. L’aspiration du fidèle à la vertu se fait au prix d’un déchirement intérieur dans l’exacte Rédemption. Le Révérend Père Malebranche se désespérait de voir les hommes de son temps si entêtés de « choses corporelles » qu’ils négligeaient de cultiver l’esprit, « leur âme esclave du corps » chérissant les divertissements. “


Yo Picasso, un article de Georges Raillard

PHILIPPE DAGEN, PICASSO
Hazan éd., 512 p., 500 ill.,
140 €, 170 € à partir du 1er février

Cette monographie de Picasso par Philippe Dagen est une somme.
Précise, écrite avec allégresse, elle nous entraîne sur les chemins pris par Picasso durant sa longue vie. Comme si nous suivions pour la première fois le mouvement de sa peinture.


Derrida et la fable du politique, un article de René Major

JACQUES DERRIDA, LA BÊTE ET LE SOUVERAIN
Galilée éd., 462 p., 33 €

Qui veut comprendre quelque chose aux arcanes de la politique – aussi bien de celle d’hier que de celle d’aujourd’hui – ne pourra désormais s’exempter d’avoir lu La bête et le souverain. Mais sa lecture devra s’armer de patience, de la patience de l’animal qui guette sa proie ou de la bête constamment sur le qui-vive, pour traverser la forêt de cet imposant
bestiaire politique, riche de figures animales comme figures du politique, cette forêt dans laquelle l’auteur s’avance lui-même à pas de loup pour surprendre, et s’en étonner, les guets-apens de la langue, de la traduction et de l’interprétation, au sein d’une même langue comme d’une langue à l’autre, des pièges qui parsèment l’histoire occidentale de la pensée cherchant à cerner ce qui serait le propre de l’homme et le propre de l’animal.


D’Alphonse Allais à Karl Marx, un article de Jean-Jacques Marie

VINCENT PEILLON, LA RÉVOLUTION FRANÇAISE N’EST PAS TERMINÉE
Seuil éd., 212 p., 16 €
FRANÇOIS RUFFIN, LA GUERRE DES CLASSES
Fayard éd., 240 p., 19 €

Si l’on en croit la quatrième de couverture de l’ouvrage de Vincent Peillon une nouvelle étoile serait enfin apparue dans le ciel plutôt désertique de l’intelligentsia française : « Ce livre est le premier acte d’une nouvelle génération  intellectuelle et politique qui a décidé, sans craindre la polémique et la responsabilité, d’écrire enfin son histoire, de courir son risque, d’enfanter son propre temps, de construire son espérance. » Dans ces lignes modestes on reconnaît la plume de l’auteur lui-même. C’est la version littéraire du self-service.

La Bretagne et les Bretons, un article de Jean-Maurice Legal

JOËL CORNETTE, HISTOIRE DE LA BRETAGNE ET DES BRETONS
Tome I. Des âges obscurs au règne de Louis XIV
Tome II. Des Lumières au XXIe siècle
Seuil éd., 733 p. et 749 p., 26 €

Une somme d’informations, aisément accessible et dans un format commode, c’est ce que Joël Cornette offre à un public de lecteurs allant de l’amateur d’histoire, ancienne et contemporaine, à l’érudit ou à l’historien spécialisé. C’est aussi, tout au long du commentaire des faits établis, une histoire de l’historiographie traditionnelle et moderne de la Bretagne et des discussions qui en ont jalonné le cours. C’est là un ouvrage de référence.


L’homme aux quatre visages, un article de Bernard Cazes

OLIVIER DARD, BERTRAND DE JOUVENEL
Perrin éd., 528 p., 25 €

Olivier Dard avait bien des raisons de s’intéresser à la personnalité de Bertrand de Jouvenel (1903-1987). L’auteur du Rendez-vous manqué des relèves des années 50 ne pouvait manquer d’être attiré par ce jeune radical-socialiste qui, dans les années 20, chercha, toujours en vain, à faire évoluer les structures de la IIIe République. Le même spécialiste qui s’est penché sur certains aspects disons politiquement incorrects de la
France contemporaine (la Synarchie, l’OAS) a dû être tenté de retrouver dans ce qu’il qualifie par symétrie de « second Jouvenel » – celui des années 30 – ce qu’on appellera des présomptions de fascisme : après tout Jouvenel n’a-t-il pas interviewé Hitler le 21 février 1936, et siégé au bureau politique du PPF de Doriot en 1936-37 ?

Valence-Ménilmontant, un article de Monique Roux

PAULINE SALES, ISRAËL-PALESTINE, PORTRAITS
Théâtre de l’Est parisien le 10 janvier et le 8 février 2009
SERGE VALLETTI, SAINT ELVIS
Mise en scène d’Olivier Werner, Théâtre de l’Est parisien jusqu’au 9 janvier 2009

C’est une pratique habituelle pour les lieux scéniques d’Île-de-France d’accueillir des créations réalisées en province. C’est un événement exceptionnel pour le Théâtre de l’Est parisien, dirigé par Catherine Anne, de recevoir deux mois durant la Comédie de Valence, Centre dramatique national de la Drôme et de l’Ardèche, avec cinq spectacles, actuellement
Israël-Palestine, portraits de Pauline Sales, Saint Elvis de Serge Valletti par Olivier Werner et pour le jeune public La Nuit électrique de Mike Kenny par Marc Lainè.


portraits1De tout, un article de Lucien Logette

Donnons la parole à un expert : « Dans une année qui est un bon millésime pour le cinéma, il se produit cinq ou six bons films dans le monde. Pas davantage. » C’est Werner Herzog, en prélude à la rétrospective complète que nous offre jusqu’au mois de mars le Centre Pompidou, qui s’exprime ainsi dans Manuel de survie, entretiens avec Hervé Aubron
et Emmanuel Burdeau que publient les éditions Capricci. Dénigrement du travail des collègues, pessimisme grognon ou lucidité critique ? Nous pencherons pour la dernière hypothèse, puisque nous la partageons – en partie, à condition de changer « bons » en « grands ». Même si l’étiage semble faible, cinq ou six films capables de vous changer le regard, et l’année n’aura pas été totalement inutile. De toute façon, comme le précise
l’auteur d’Aguirre, « les mauvais films seront toujours plus instructifs que les bons »…

Quelle histoire des sciences ?, un article de Olivia Chevalier et Jean-Michel Kantor

L’HISTOIRE DES SCIENCES, Méthodes, styles et controverses
textes réunis et présentés par J.-F. Braunstein
Vrin éd., 384 p., 13 €

Si l’histoire des sciences est de plus en plus présente par exemple dans l’enseignement universitaire, ses méthodes et son rôle sont encore loin de faire l’unanimité.
Le recueil de textes réunis et présentés par Jean-Francois Braunstein est une synthèse bienvenue et équilibrée. Certains de ces textes sont d’ailleurs peu connus en France, d’autres apparaissent pour la première fois en traduction.


La Quinzaine n°982, du 16 décembre au 31 décembre 2008

janvier 4, 2009

vikingsLa saga des Vikings, un article de Maurice Mourier

SAGA DE HRÓLFR KRAKI
présentée, annotée et trad. du vieil islandais par Régis Boyer
Anacharsis éd., 167 p., 17 euros

RÉGIS BOYER
LES VIKINGS, HISTOIRE, MYTHE, DICTIONNAIRE
Bouquins, Robert Laffont éd., 912 p., 29 euros

Les sagas sont des récits en prose centrés sur les hauts faits d’armes de personnages masculins. Nés du brouillard historico-légendaire où se meuvent les populations germaniques anciennes du nord de l’Europe, ces textes courts et ramassés, nerveux, sont dépourvus de tous les ornements
associés, pour le lecteur occidental, à l’idée même d’épopée en vers grecque ou latine ou médiévale « classique ».


Polyphonie et unicité, un article de Christian Mouze

LUDMILA OULITSKAÏA
DANIEL STEIN, INTERPRÈTE, trad. du russe par Sophie Benech
Gallimard éd., 527 p., 26 euros

Chaque religion ne présente au départ qu’une voie, mais plusieurs
voix s’élèvent sur ce même chemin que d’autres chemins et d’autres voix
peuvent venir traverser. Ludmila Oulitskaïa fait tinter la voix unique d’un homme unique qui a tenu à se placer, géographiquement et spirituellement, à la croisée des trois grands monothéismes et recueillir et relier les traditions. Plus âpre était sa route, plus âpre sa volonté.



« Oui,mais voilà », un article de Norbert Czarny

MARIUSZ SZCZYGIEL
GOTTLAND
Actes Sud éd., 280 p., 21,80 euros

Entre reportage et récit, journalisme et littérature, quelques écrivains polonais ouvrent des voies nouvelles. Avec Stasiuk, auteur des Contes de Galicie, Hanna Krall et d’autres sans doute, Mariusz Szczygiel prend les sentiers de traverse pour décrire un pays qui n’existe plus : la Tchécoslovaquie.








Un roman expérimental de Trollope ? un article de Alain Jumeau

ANTHONY TROLLOPE
MISS MACKENZIE, trad. de l’anglais par Laurent Bury
Autrement éd., 431 p., 24 euros

Étrange romancier que Trollope (1815-1882), qui ne figure pas parmi les grands créateurs de la période victorienne, Dickens, Thackeray, George Eliot, ou encore les Brontë, mais dont le succès considérable ne s’est jamais démenti depuis plus de cent cinquante ans. Il a à son actif quarante-sept romans de belle taille, des nouvelles encore plus nombreuses (sans compter une autobiographie, des livres de voyage, des études littéraires), qu’il rédigeait au petit matin, avec la régularité d’une horloge, et dans les rares moments de loisir que lui laissait son métier d’inspecteur des postes.

« C’est la terre qui tonne », un article de Gabrielle Napoli

ATTILA JÓZSEF
À COEUR PUR
Seuil éd., livre CD 117 p., 21,50 euros

C’est un des poèmes de jeunesse d’Attila József qui donne son titre au recueil, À coeur pur, ce poème qui a provoqué d’immenses réactions, a définitivement écarté le poète de l’enseignement et l’a dans le même temps fait considérer comme un véritable génie par les plus anciens.

Jacques Roubaud oulipien, un article de Marie Etienne

JACQUES ROUBAUD
LA PRINCESSE HOPPY OU LE CONTE DU LABRADOR
Illustrations de François Ayroles et Étienne Lécroart
Absalon éd., 176 p., 30 euros

La première version de La Princesse Hoppy ou le conte du Labrador, deuxième volume de la Bibliothèque oulipienne, a été tirée à 150 exemplaires hors commerce, date de 1975 et possède 17 pages.




Le bal des fantômes, un article de Hugo Pradelle

VIOLET HUNT
LA NUIT DES SAISONS MORTES ET QUATRE AUTRES NOUVELLES DE MALAISE
The Right of noWeather trad. de l’anglais par Jacques Finné
José Corti éd., 182 p., 20 euros

Un recueil de nouvelles fantastiques qui nous fait découvrir une figure éminente et oubliée de la vie littéraire britannique.



Le « roman symboliste » existe-t-il ?, un article de Jean José Marchand

VALÉRIE MICHELET JACQUOD
LE ROMAN SYMBOLISTE, UN ART DE L’« EXTRÊME CONSCIENCE »
Droz éd., 506 p., 30 euros

Il existe des romans de l’époque symboliste : mais le roman symboliste ? Il est difficile de le décrire et c’est à ce travail méritoire que se consacre Valérie Michelet Jacquod.




Le noir, un article de Georges Raillard

MICHEL PASTOUREAU
LE NOIR. HISTOIRE D’UNE COULEUR
Seuil éd., vol. relié sous jaquette, 216 p., 100 ill., 39 euros
PIERRE ENCREVÉ
LES SOULAGES DU MUSÉE FABRE
Gallimard éd., 96 p., 60 ill. en coul., 30 euros

Odette Swann se vêtait toujours en noir, persuadée qu’en noir on est toujours bien et que c’est ce qu’il y a de plus distingué. Sous son nom de demi-mondaine – Odette de Crécy – elle avait été « la dame en rose ». Il y a une histoire des couleurs. Et aussi une géographie, mais Michel Pastoureau, dans son livre Noir, distingué en tous points – couverture, impression, iconographie, texte – ne s’occupe que du noir en Europe.


La leçon d’anatomie, un article de Georges Raillard

MORWENA JOLY
LA LEÇON D’ANATOMIE, Le corps des artistes de la Renaissance au Romantisme
photographies de Giovanni Ricci Novara
Hazan éd., vol. relié sous jaquette, 140 ill., 240 p., 79 euros

LES LOGES DE RAPHAËL
CHEF-D’OEUVRE DE L’ORNEMENT AU VATICAN
Libreria Editrice Vaticana et Hazan éd., vol. relié, 352 p. ill., 79 euros

En même temps que l’École des beaux-arts expose rue Bonaparte « Une leçon d’anatomie aux Beaux-Arts », et, à Alfortville, l’École vétérinaire ouvre ses collections animales exceptionnelles, paraît un livre qui, par hasard, joue avec ces expositions, et, surtout, qui jusqu’ici, faisait défaut.

Les fulgurances brouillées d’un peintre méconnu, un article de Gilbert Lascaux

GEORGES RAILLARD
MONTICELLI L’ÉTRANGE
André Dimanche éd., 244 p., nb ill. coul., 80 euros

Dans un livre savant et allègre, Georges Raillard révèle les fulgurances brouillées du peintre marseillais Adolphe Monticelli (1824-1886), ses éclats incertains, des formes équivoques, des scènes indéterminées, des récits flottants, des fêtes galantes et nébuleuses, des femmes illusoires et désirées, d’intenses couleurs rêvées.

Sacré bonhomme ! un article de Michel Plon

FERNAND DELIGNY
L’ARACHNÉEN ET AUTRES TEXTES
Avant-propos de Sandra Alvarez de Toledo, Postface de Bertrand Ogilvie
L’Arachnéen éd., 253 p., 25 euros

On croyait avoir tout lu, ou pouvoir encore tout lire avec l’imposant volume, mille huit cents pages, publié l’an dernier (cf. Q. L. n° 958) intitulé Œuvres. Il y manquait quelques textes devenus introuvables, tous inscrits dans cette période (1976-1982) dont l’éditrice et préfacière, Sandra Alvarez de Toledo, rappelle qu’elle fut celle de la « fin des utopies, des alternatives », celle du « retour à l’ordre ». Le contraste, aujourd’hui, n’en est que plus marquant.

Littré, un article de Jean-Claude Chevalier

ALAIN REY
LITTRÉ, L’HUMANISTE ET LES MOTS
Gallimard éd., 352 p., 22 euros

Sommet de l’érudition philologique, le Littré a absorbé son auteur. Personnage fascinant pourtant, cet Émile Littré, tant par sa passion de la science que par un physique simiesque qui permettait aux caricaturistes de faire de l’homme l’illustration même de cette théorie darwinienne qu’il soutenait si fort. Nul mieux qu’Alain Rey n’était capable de le rendre aussi présent en rééditant et actualisant un ouvrage paru chez le même éditeur en 1970.

L’horreur en faits, actes, paroles, un article de Pierre Pachet

NADINE FRESCO
LA MORT DES JUIFS
Seuil éd., 320 p., 20 euros

Titre terrifiant, abrupt. D’autant que dès les premières pages sont reproduites huit photographies de civils, habillés, serrés les uns contre les autres, alignés sur un horizon étrange, avec parfois visibles des hommes en armes, puis cinq femmes en vêtements de dessous, les mêmes nues, une fosse, des personnes debout sur le rebord, une fosse profonde avec des corps inertes.

Un diagnostic implacable, un article de Jean Jacques Marie

CORINNE ABENSOUR, BERNARD SERGENT, EDITH WOLF et JEAN-PHILIPPE TESTEFORT
DE LA DESTRUCTION DU SAVOIR EN TEMPS DE PAIX
Mille et une nuits éd., 464 p., 19 euros

Ce livre collectif au titre-choc s’ouvre sur une longue étude de 170 pages de Kathleen Barbereau (presque un livre entier à elle seule !) intitulée « La fin de l’éducation nationale ? » qui démonte avec minutie et précision les divers mécanismes de la dislocation de l’école publique
menée depuis de longues années au profit de l’école privée et des marchands de l’enseignement à distance.

Hooray for Hollywood, un article de Lucien Logette

BERTRAND TAVERNIER
AMIS AMÉRICAINS, Entretiens avec les grands auteurs d’Hollywood
Nouvelle édition enrichie, établie par Thierry Frémaux
Institut Lumière/Actes Sud éd., 996 p., 824 photos, 69 euros

« Vaste, fastueux, des lunettes avec un vrai regard derrière, perpétuellement distrait, volontiers goguenard, toujours en cavale avec quelques anecdotes, merveilleusement à l’aise dans sa passion du cinéma. C’est un garçon qui ne se raconte pas, que je crois très naturellement heureux comme d’autres sont aussi naturellement maladroits, catastrophiques. » C’est ainsi qu’il y a trente ans Yves Martin, poète et cinéphile, décrivait Bertrand Tavernier (1). Vaste et fastueux : les épithètes peuvent resservir pour qualifier l’ouvrage monumental qu’il vient de signer, avant que l’on découvre sur les écrans, d’ici quelques mois, In the Electric Mist, son adaptation du roman de James Lee Burke.

Triptyque d’August Stramm, un article de Monique Leroux

AUGUST STRAMM
FEUX
Mise en scène de Daniel Jeanneteau et Marie-Chirstine Soma
Théâtre de la Cité internationale jusqu’au 20 décembre
Tournée internationale jusqu’en février 2009

Le spectacle de Daniel Jeanneteau et de Marie-Christine Soma, Feux (1) d’après August Stramm, actuellement présenté à Paris au Théâtre de la Cité internationale, a été créé au début du Festival d’Avignon 2008. Il y avait connu un accueil partagé ; mais la découverte, à travers trois courtes pièces, d’un auteur allemand quasiment ignoré en France et la performance de Dominique Reymond, la principale interprète de la dernière, en font un événement artistique.


Quinzaine n°980 du 16 au 30 novembre 2008

décembre 8, 2008

Alexis Léger ou Saint John Perse, un article de Maurice Mourier
RENAUD MELTZ
ALEXIS LÉGER DIT SAINT-JOHN PERSE
Flammarion éd., 846 p.

Une grande biographie ? Une grosse biographie conviendrait mieux, car on y croule sous les détails, parfois éclairants, souvent oiseux, au moins redondants. Et biographie de qui ? Voilà l’irritante question, le citoyen Léger, né à Pointe-à-Pitre le 2 juin 1887, ayant été par excellence un Janus Bifrons, poète pour les littéraires sous le pseudonyme volontairement opaque de Saint-John Perse, haut fonctionnaire de la diplomatie pour les historiens.

Simone Weil au plus près, un article de Lucette Finas

LAURE ADLER
L’INSOUMISE, Récit
Actes Sud éd., 272 p.

Récit : c’est ainsi que Laure Adler dénomme son approche minutieuse de SimoneWeil, l’« insoumise », et de son oeuvre. Et c’est bien d’un récit qu’il s’agit, dans lequel vie quotidienne et textes, lecture et écriture, s’interpénètrent, tandis que s’amassent un savoir et une réflexion auxquels conviendrait à merveille la formule de Mallarmé : « abrupts jeux d’ailes » et cette autre : « fontaine intarissable d’elle-même ». Non que Simone s’attarde sur soi : c’est l’autre, le prochain, comme disent les chrétiens qui, inépuisablement, l’intéresse.


Le livre infini, un article de Hugo Pradelle

RODRIGO FRESÁN
LA VITESSE DES CHOSES (La Velocidad de las cosas trad. de l’espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon
Passage du Nord-Ouest éd., 638 p.

Clef de voûte de l’oeuvre de Rodrigo Fresán, ce livre labyrinthique bouleverse tous les repères et établit l’irréalisme comme loi d’un univers d’une complexité fascinante, enchantement terrifiant de la mort, des mutations fictionnelles infinies, de l’éblouissement de l’acte d’écrire, du livre qui se reforme sans cesse. Un monde brillant et composite, virulent et bouleversant, les développements monstrueux d’une obsession pour le Temps, la Mort, les possibles illimités de l’écriture.

Chimamanda Ngozi Adichie, un entretien avec Hugo Pradelle

CHIMAMANDA NGOZI ADICHIE
L’AUTRE MOITIÉ DU SOLEIL
Half of a Yellow Sun
trad. de l’anglais (Nigeria) par Mona de Pracontal
Gallimard éd., 499 p.

Chimamanda Ngozi Adichie (1977-) publie un nouveau roman très construit dans lequel elle raconte les vies de Nigérians entraînés dans la tourmente de la guerre civile. Autour de deux soeurs jumelles et de leur entourage, elle oppose les moments d’effervescence et d’émancipation qui suivent l’indépendance de 1960 et la guerre civile meurtrière dans la région du Biafra. Elle passe d’une époque à l’autre, analyse le quotidien des personnages, décrit avec précision les circonstances de ce conflit, explore la profondeur d’une époque et la complexité des sentiments.

Un paradis miniature, un article de Gilles Lapouge

JACQUES BONNET
DES BIBLIOTHÈQUES PLEINES DE FANTÔMES
Denoël éd., 140 p.

Don Quichotte est un lecteur enragé. Toutes les écritures qui lui tombent sous la main, il faut qu’il les lise. Il gobe, d’un appétit égal, Amadis de Gaule et l’Iliade, un compte d’apothicaire, un vieux bout de papier griffonné ramassé dans la rue, le commandement d’un notaire, la Chanson de Roland, une recette de cuisine. Ce qui l’épate et qui l’enivre, et qui fait son bonheur, c’est qu’il existe de l’écriture, des livres. C’est un miracle. Il n’en revient pas.

emil-noldeEmil Nolde 1867-1956

EMIL NOLDE, EXPOSITION GALERIES NATIONALES DU GRAND PALAIS
25 septembre 2008 – 19 janvier 2009
Catalogue sous la dir. de Sylvain Amio, commissaire de l’exposition, RMN éd., 342 p.
EMIL NOLDE
LETTRES 1894-1926
Accompagnées de reproductions d’oeuvres essentielles trad. par Olivier Mannoni
Actes Sud éd., 214 p.

Le Futurisme crie, défie, provoque, explose, un article de Gilbert Lascault

Bien contrôlée, pensée par Didier Ottinger, réfléchie, bien cadrée, l’exposition du Futurisme à Paris rassemble 115 oeuvres (rarement vues en France) et une centaine de documents (photographies, publications, les célèbres Manifestes (1) du mouvement.

LE FUTURISME À PARIS : une avant-garde explosive
CENTRE GEORGES-POMPIDOU, 15 octobre 2008 – 26 janvier 2009
DIDIER OTTINGER et coll.
LE FUTURISME À PARIS : UNE AVANT-GARDE EXPLOSIVE
Catalogue Georges-Pompidou/5 Continents éd., 360 p., 115 ill. coul., nb doc.
Album de l’exposition, Centre Pompidou éd., 60 p., 75 ill.
GIOVANNI LISTA
LE FUTURISME : UNE AVANT-GARDE RADICALE
Découvertes, Gallimard éd., 144 p., nb ill.

L’empire du «management », un article de Christian Descamps

LUC BOLTANSKI
RENDRE LA RÉALITÉ INACCEPTABLE, À propos de La production de l’idéologie dominante
Démopolis éd., 190 p.

Luc Boltanski – l’auteur du Nouvel Esprit du capitalisme – retrace, ici, la naissance de la revue Les Actes de la recherche en Sciences sociales.
Restituant les stimulantes années 70, sa jeunesse, il décrit, en détail, la genèse d’un article : « La production de l’idéologie dominante » écrit avec Pierre Bourdieu, « le patron » de ce petit monde de sociologues; car, ceux-là entendent faire de leur discipline, du métier de sociologue, de leur austère travail scientifique, un instrument de dévoilement, mettant à mal la doxa feutrée.

De longues marches, un article de Michel Plon

ERIK PORGE
DES FONDEMENTS DE LA CLINIQUE PSYCHANALYTIQUE
Érès éd., 163 p.

PHILIPPE PORRET
LA CHINE DE LA PSYCHANALYSE
Campagne Première éd., 320 p.

La psychanalyse, le respect de son autonomie théorique et pratique,
de la spécificité de sa clinique, autant de conditions à même d’être gravement
modifiées, fût-ce indirectement, par les retombées des projets de
réglementation étatique de l’exercice des psychothérapies. Cette menace
ne va pas sans provoquer des clivages stratégiques et politiques chez les
psychanalystes, mais elle ne devrait toutefois pas masquer l’existence
corrélative d’autres oppositions, liées à l’apparition de sensibles dérives
au regard d’une lecture rigoureuse de l’oeuvre de Freud et des apports
lacaniens.

Quand l’horizon commencera à couler, un article de Claude Mouchard

GÜNTHER ANDERS
HIROSHIMA EST PARTOUT
L’Homme sur le pont
Journal de Hiroshima et de Nagasaki trad. de l’allemand par Denis Trierweiler « Hors limite » pour la conscience (Correspondance avec Claude Eatherly, le pilote de Hiroshima) trad. de l’anglais par Françoise Cazenave et Gabriel Raphaël Veyret
Les Morts (Discours sur les trois guerres mondiales) trad. de l’allemand par Ariel Morabia, Préface à l’édition française par Jean-Pierre Dupuy, Seuil éd., 519 p.

« Comme nous sommes peu libres en tant qu’êtres sentants ! » s’écrie Günther Anders dans son Journal de Hiroshima et de Nagasaki intitulé L’Homme sur le pont et qui paraît dans un gros volume comprenant aussi la correspondance avec Claude Eatherly, présenté (un peu abusivement) comme « le pilote de Hiroshima ». Libérer la capacité de sentir ? C’est un philosophe quelque peu sauvage qui le désire. Né en 1902, élève de Husserl et de Heidegger, premier mari de Hannah Arendt, il avait dû, menacé en tant que juif, s’exiler d’Allemagne en 1933, il avait vécu à Paris, aux États-Unis, à Vienne. Et c’est en 1958 qu’après avoir, à Tokyo, participé à un « congrès international contre les bombes atomiques et à hydrogène et pour le désarmement », il se rend à Hiroshima, puis à Nagasaki.

La chasse au déviant, un article de Jean-Jacques Marie

SYLVAIN BOULOUQUE et FRANCK LIAIGRE
LES LISTES NOIRES DU PCF
Calmann-Lévy éd., 262 p.

De 1933 à 1945 le Parti communiste a publié plus ou moins régulièrement
des « listes noires » adressées aux responsables départementaux
du parti invités à débusquer les « traîtres » qui y sont stigmatisés.
La composition de ces listes, l’examen de leur objectif et de leur
usage forment la partie la plus intéressante de l’ouvrage de Sylvain
Boulouque et Frank Liaigre.

Le démon des armes, un article de Lucien Logette

MESRINE, 1.
L’INSTINCT DE MORT
JEAN-FRANÇOIS RICHET

D’où vient cette furie biographique qui étreint en ce moment si fort l’audiovisuel français ? Panne d’imagination des scénaristes, souci des producteurs de s’engouffrer dans le tunnel récemment étayé de la docufiction, goût, naturel ou fabriqué, du public pour un retour vers le réel ? Parmi les quelques milliers de films français réalisés entre 1930 et 1985, on ne trouve qu’une cinquantaine de biopics – moins que ce que nous ont offert depuis dix ans cinéma et télévision réunis. En quelques mois, Piaf, Guitry, de Gaulle, Sagan, Séraphine, Coluche, Mesrine sont venus, avec des fortunes diverses, se ranger dans l’imagerie d’Épinal du spectacle moderne (et saluons la performance de Denis Podalydès, Frégoli de la réincarnation, qui, en l’espace de deux ans, a figuré Rouletabille, Sartre, Attali et Guy Schoeller).

« Idéals », un article de Monique Leroux

Au Théâtre de la Commune
Centre dramatique national d’Aubervilliers
jusqu’au 30 novembre 2008

PAUL NIZAN
ADEN ARABIE
Mise en scène de Didier Bezace

DE GAULLE EN MAI
d’après Jacques Foccart
Mise en scène de Jean-Louis Benoit
Tournée nationale jusqu’en février 2009

Aubervilliers, Montreuil, Saint-Denis, Bobigny : trois Centres dramatiques
nationaux, une Maison de la Culture, ces grands établissements culturels seraient
considérés comme trop nombreux dans un département tel que la Seine-Saint-Denis,
d’où les récentes menaces contre l’intégrité de la MC93. À Aubervilliers, c’est Didier
Bezace qui assume avec succès depuis onze ans l’héritage transmis par le fondateur du Théâtre de la Commune, Gabriel Garran. Cette saison il a placé sa rogrammation sous le signe des « Idéals ». Actuellement il met en scène Aden Arabie de Paul Nizan et accueille De Gaulle en mai, un spectacle de Jean-Louis Benoit, d’après le Journal de l’Élysée de Jacques Foccart, créé à Marseille au Théâtre de la Criée.


Quinzaine n°976 du 16 au 30 septembre 2008

septembre 28, 2008

Thomas Pynchon, un article de Philippe Jaworski

Thomas Pynchon, Contre-jour, trad. de l’anglais par Claro, Seuil éd., 1207p.

Quelques belles plumes ont généreusement donné de leur talent pour saluer la publication de Against the Day aux Etats-Unis à la fin de l’année 2006: Louis Menand et Luc Sante dans le New-Yorker, Alexandre Theroux dans le Wall Street Journal, Tom Le Clair dans Bookforum. Ce n’était sans doute pas de trop pour aider les premiers lecteurs américains à comprendre ce qui se passe dans ce romain de taille XXL, plus réticualire, imprévisible, narrativement glouton, énigmatique dans son propos, semble-t-il, que les livres précédents de l’invisible et monumental écrivain américain.

voir la brève écrite en 1997 sur Mason et Dixon

Sans repos, un article de Norbert Czarny

Hélène Lenoir, Le répit, minuit éd., 130p.

Tout commence par un coup de téléphone venu d’Helsinki. Ludo, le fils, appelle son père. Véra, la mère et épouse, est à l’hôpital, presque “de l’autre côté”. le temps de décider, de prendre un billet de train, et voilà le héros, ce père resté au village, comme toujours, qui se met en route. Avec ce voyage, toute une vie défile.

L’Algérie coloniale, chimère et réalités, un article d’Omar Merzoug

Yasmina Khadra, Ce que le jour doit à la nuit, Julliard éd., 413p.

La renommée que Rilke réduisait à “une somme de malentendus s’accumulant autour d’un nom”, n’a pas été ingrate à l’endroit de Yasmina Khadra. Auteur à succès, traduit en 34 langues, l’auteur de l’Attentat, de A quoi rêvent les loups, s’est imposé comme “un écrivain majeur” dont les récits éblouissent les lecteurs. Il y aurait, à en croire certains, du Camus dans cette “oeuvre puissante” que d’autres n’hésitent pas à hisser au rang d’une “tragédie antique”.

voir la brève publiée en 2005 sur son roman L’Attentat

Le parti de la vie, un article de Tiphaine Samoyault

Hélène Cixous, Cigüe, vieilles femmes en fleurs, Galilée éd., 225p.

Hélène Cixous, Tombe, Seuil éd., 226p.

“Le parti de la vie jusque dans Tombe.” C’est la dernière ligne du texte dont Hélène Cixous fait précéder la réédition de Tombe, écrit en 1970. Jusqu’à la tombe et jusqu’à en tomber, double pari dont chaque livre relève et littéralement se relève, malgré les morts, les hantises et les absences. L’absence augmente, et plus elle augmente plus les revenants reviennent et plus les livres s’imposent dans leur nécessité et dans leur urgence. Le dernier, Cigüe, vieilles femmes en fleurs est tout entier travaillé par cette phrase: “J’ai peur que maman meure”.

voir l’article “à votre guise” écrit par Hélène Cixous en 2000

François Perrier, un psychanalyste dans tous ses états, un article de Michel Plon

François Perrier, La chaussée d’Antin, oeuvres psychanalytiques I et II, Albin michel éd., 649p.

Ce n’est pas porter atteinte à la mémoire de celui qui fut le premier à le publier, Christian Bourgeois, prestigieux éditeur, que de se féliciter de cette réedition des oeuvres de François Perrier dans un format plus avenant et avec une typographie à même de ménager les vues déclinantes.

voir l’archive de R. Gentis sur Les corps malade du signifiant de François Perrier

De la démocratie d’identification à la démocratie d’appropriation, un article de Julien Damon

Pierre Rosanvallon, La légitimité démocratique, proximité, impartialité, réflexivité, coll. Les livres du nouveau monde, Seuil éd., 380p.

Philosophie et science politique produisent une littérature proliférante autour de la démocratie. Rares sont les textes qui donnent l’impression de véritablement apporter quelquechose de neuf et d’utile. Les livres de Pierre Rosanvallon en font partie.

voir la chronique sur son livre publié en 2000: La démocratie inachevée, histoire de la souveraineté du peuple


L’après-Bush: commencement ou continuité?, un article de Laurence Zordan

Robert Kagan, Le retour de l’histoire et la fin des rêves (The return of history and the end of dreams), trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Paul Krugman, Plon éd. 169p

Paul Krugman, L’Amérique que nous voulons (The conscience of a Liberal), trad. de l’anglais (US) par Paul Chemla, Flammarion éd., 350p

Attaché à ce monde uniquement par l’espoir, je tournais dans un courant de rêves noirs. Au même moment, le temps subissait une métamorphose. Se déréglait. Ce qui avait été auparavant  détestable et piteux, mais compréhensible, enflait, devenait méconnaissable. Quelquechose de violemment haineux.” Citer un poète mort en 1988 pour souligner les enjeux des élections présidentielles de 2008 aux Etats-Unis peut certes relever de l’étrange rapprochement. Toutefois, Raymond Carver met l’accent sur ce qui anime et qui hante la pensée américaine: l’espoir (le titre d’un ouvrage de Barak Obama est révélateur à cet égard); le méconnaissable, cette opacité qui résiste au pragmatisme, à la transparence démocratique.

Entretien avec François Bon sur la naissance du Rock

François Bon, Rock’n'roll, un portrait de LEd Zeppelin, Albin Michel, 388p.

Led Zeppelin est la rencontre de quatre musiciens, dont deux, Jimmy Page et John Paul Johns venus des studios. John Bonham, alias Bonzo, pratique les percussions depuis son enfance, et Robert Plant, le chanteur, était d’abord cantonnier. En douze ans et dix disques, ils vont faire la légende du rock, connaître la fortune, dépensant sans compter, vivant dans l’excès, jusqu’à la mort de Bonzo détruit par l’alcool.

Cette demesure caractérise le groupe autant que la musique qu’il laisse.

François bon dresse les portraits croisés de ces quatre hommes décrit leur parcours dans l’angleterre en pleine mutation des années soixante, quand Londres faisait la mode. Employant le présent dans de courts chapitres, Bon propose une sorte de reportage à la Scorcese, avec montage alterné, flashback et extraits d’interviews. Mais Bon reste le romancier que nous connaissons, et c’est en romancier plus qu’en biographe que nous avons voulu l’interroger sur ce livre.

voir “à votre guise” par François Bon


François Perrier, Les Corps malade du signifiant

septembre 28, 2008

Archive

En corps ? un article de Roger Gentis “Il existe mille orifices invisibles à travers lesquels un oeil pénétrant peut voir d’un seul coup ce qui se passe dans une âme”. Freud cite ainsi Tristram Shandy dans la Psychopathologie de la vie quotidienne, en conclusion de son chapitre sur les “actes symptomatiques”. Il range parmi ceux-ci ces innombrables petits gestes (le plus classique tripoter son alliance…) par lesquels l’analysant, sans y prendre garde, donne à voir à l’analyste quelque chose qu’il préfère lui-même ignorer…

François Perrier, Les Corps malade du signifiant, Inter Editions Lisez la suite de cette entrée »


Une psychiatrie rénovée

mai 12, 2008

Aux Commissions de psychiatrie, de psychanalyse et de sciences humaines, les étudiants travaillent à l’élaboration d’une charte pour une psychiatrie rénovée. Le but est de renouveler dans sa forme et son esprit un enseignement médical qui jusqu’à nos jours ne préparait en rien le candidat à son métier de psychiatre. Est exigée la réduction d’un enseignement mécaniste, biochimique, médical au profit de l’introduction de la philosophie, de la logique, de la linguistique, et, en général des sciences humaines. Le droit à la culture se trouve ainsi implicitement revendiqué. Lisez la suite de cette entrée »