La Quinzaine n°1002, du 1er au 15 novembre 2009

novembre 7, 2009

“Où le romancier en appelle au lecteur : qui était Alejandro Bevilacqua ?”, un article de Jacques Fressard

ALBERTO MANGUEL
TOUS LES HOMMES SONT MENTEURS
trad. de l’espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco
Actes Sud, 203 p., 19 €

On se souvient que l’auteur de ce livre, Alberto Manguel, fut un jour ce jeune étudiant qui, travaillant après les cours dans une librairie de Buenos Aires, se vit solliciter par Borges – alors déjà presque aveugle – pour lui faire la lecture certains soirs.

“Une vraie sépulture”, un article de Norbert Czarny

ALAIN BLOTTIÈRE
LE TOMBEAU DE TOMMY
Gallimard, 220 p., 16,50

L’épopée de l’Affiche rouge oubliée jusqu’à ce qu’Aragon la célèbre dans un fameux poème revient dans l’actualité cet automne à travers deux fictions. La coïncidence est remarquable. D’une part L’Armée du crime, de Robert Guédiguian, d’autre part Le Tombeau de Tommy, roman. Dans les deux cas se posent les questions de la mise en scène, et de l’adaptation. Mais pas seulement.

“Angoisse de la langue “, un article de Hugo Pradelle

JEAN-MICHEL DELACOMPTÉE
LANGUE MORTE, BOSSUET
Gallimard, coll. «L’un et l’autre», 208 p., 18 €

Après son très beau livre sur Ambroise Paré, Jean-Michel Delacomptée revient au Grand Siècle en entreprenant la vie de Bossuet comme celle d’un homme qui « a fait bouger la langue ». Il interroge ainsi, non pas la simple biographie, mais l’aventure même de la langue, son rapport au temps qui la produit, la manière dont l’Homme se conçoit, les inquiétudes que notre société provoque.

“La ritournelle du songe”, un article de Vanessa Aubert

PHILIPPE RAULET
VA-ET-VIENT PARADIS
Verticales, 132 p., 14,90 €

« Tout porte à croire qu’il existe un certain point de l’esprit d’où la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l’incommunicable, le haut et le bas cessent d’être perçus contradictoirement » (André Breton).Va-et-vient paradis est une sorte d’ovni littéraire surréel. Après Allons, pressons ! publié en 2000, son dernier livre s’ouvre sur un monde communiquant, un univers accédant à tous les possibles, dans lequel les thématiques de la liberté et de la rencontre ne cessent de tournoyer.

“Un club pas comme les autres”, un article de Vanessa Aubert

JEAN-MICHEL GUENASSIA
LE CLUB DES INCORRIGIBLES OPTIMISTES
Albin Michel, 768 p., 23,90 €

Après Pour cent millions, roman policier, publié en 1986 (Liana Levi), Jean-Michel Guenassia ressurgit brillamment sur la scène littéraire avec un nouveau roman. Une énergie romanesque au service d’une chronique mélancolique et étonnante.

“«L’outre-danse» de l’Histoire”, un article de Gabrielle Napoli

ATTILA BARTIS
PROMENADE
Actes Sud, 142 p., 18 €

Cette promenade s’avère être tout autant un parcours géographique et historique qu’une déambulation dans l’intériorité mystérieuse et inquiétante d’un narrateur, dont on supposera au fil de la lecture qu’il s’agit d’une narratrice. Une terrifiante mythologie enfantine s’élabore au fil du récit, et le monde se révèle dans toutes ses failles.

“Comme on composerait une mosaïque”, un article de Sonia Dayan-Herzbrun

KHALED AL KHAMISSI
TAXI
trad. de l’arabe (Égypte) par Hussein Emara et Moïna Fauchier-Delavigne
Actes Sud, 190 p., 18,80€

ELIAS KHOURY
LE COFFRE DES SECRETS
trad. de l’arabe (Liban) par Rania Samara
Actes Sud, 207 p., 19€

On ne sait à quel genre littéraire rattacher le premier livre de l’écrivain égyptien Khaled Al Khamissi. Homme de cinéma, Khamissi a écrit, avec Taxi, ce qui aurait pu passer pour un scénario de ces films italiens à sketches des années 50.

“Voix, scènes, images pour obsessions et fantasmes”, un article de Claire Richard

SARA STRIDSBERG
LA FACULTÉ DES RÊVES
trad. du suédois par Jean-Baptiste Coursaud
Stock, coll. « La Cosmopolite », 411 p., 22,50 €

Dans cette « fantaisie littéraire » sur la vie de Valerie Solanas, la Suédoise Sara Stridsberg explore les multiples facettes d’une vie mal connue, dans un texte hybride et puissant – et montre comment la littérature peut dire beaucoup plus qu’une biographie.

“Vivre dans l’Europe de l’après-guerre”, un article de Gabrielle Napoli

SÁNDOR MÁRAI
LE MIRACLE DE SAN GENNARO
trad. du hongrois par Georges Kassai et Zéno Bianu
Albin Michel, 380 p., 20,90 €

La traduction par Georges Kassai et Zéno Bianu d’un roman de Sándor Márai permet à nouveau au lecteur français de découvrir une œuvre inconnue en France de cet auteur phare de la littérature hongroise. Le Miracle de San Gennaro décrit les habitants des bassos de Pausilippe et leur curiosité pour un couple d’étrangers, installé depuis peu, et dont l’homme veut prétendument sauver le monde.

“«Vieille dame» à la dérive”, un article de Monique Baccelli


trad. de l’italien par Lise Chapuis
Christian Bourgois, 110 p., 17 €

Dans Vipère au poing, Hervé Bazin définissait si bien la marâtre que le surnom qu’il donnait en secret à sa propre mère est quasiment devenu un nom commun : une vraie folcoche, dit-on, de certaines femmes dénuées de sentiments maternels. Et c’est de ce spécimen humain, hélas indestructible, que Rosa Matteucci propose une image réactualisée, et légèrement exotique pour nous, puisque l’extravagante Ada sévit dans un petit village italien.

“Le «monde disparu» de Joseph Roth”, un article de Pierre Pachet

JOSEPH ROTH
CABINET DES FIGURES DE CIRE
précédé d’IMAGES VIENNOISES
trad. de l’italien et présenté par Stéphane Pesnel
Seuil, 238 p., 19 €

CLAUDIO MAGRIS
LOIN D’OÙ ?
trad. de l’italien par Jean et Marie-Noëlle Pastureau
Seuil, 480 p., 26 €

Panoptikum, en allemand, désigne un musée de figures de cire, comme Tussaud ou Grévin. C’était le titre choisi en 1930 par Joseph Roth pour l’un des recueils d’articles parmi lesquels Stéphane Pesnel a choisi avec goût les textes traduits et présentés dans ce volume.

“Les foules des oiseaux, des anges, des rats”, un article de Gilbert Lascault

EXPOSITION MARIE MOREL, PEINTURES
Halle Saint-Pierre 2 rue Ronsard, Paris 18e
10 septembre 2009 – 7 mars 2010
MARIE MOREL
Textes de Pascal Quignard, Pierre Bourgeade, Daniel Marchesseau
Éd. Chalut-Mots / Halle Saint-Pierre, 208 p., nb. ill. coul., 30 €

Dans les immenses tableaux de Marie Morel (née en 1954), les femmes à demi dénudées, les hommes, les oiseaux, les anges qui bandent, les rats, les arbres, les buissons s’accumulent, s’assemblent, s’amassent. Les êtres vivants (humains, animaux, végétaux) se fréquentent, s’approchent, se conjoignent. Ils s’accolent, se superposent, se stratifient. Ils s’aiment. Ils vibrent.

“Le grand poème shakespearien”, un article de Dominique Goy-Blanquet

MICHAEL EDWARDS
SHAKESPEARE : LE POÈTE AU THÉÂTRE
Fayard, 100 p., 22 €

Pourquoi un poète renonce-t-il à sa souveraineté en se pliant aux contraintes de la scène? That is the question, celle que se posent tous les poètes lecteurs de Shakespeare. La réponse esquissée par Michael Edwards ouvre un vaste champ de questions solidaires, à commencer par celle de la langue, « ce rapport intense avec la vie du langage dans la bouche et dans l’oreille ». Mais lui,le poète poéticien navigant entre deux idiomes, pourquoi a-t-il choisi le français pour revisiter cette œuvre où « Shakespeare donne libre cours à son désir d’entendre l’anglais dans la plénitude de son existence » ?

“Fragments d’un discours politique”, un article de Pierangelo Di Vittorio

COLLECTIF
MAURICE FLORENCE
ARCHIVES DE L’INFAMIE
Les Prairies ordinaires, 160 p., 14

Salué par Gilles Deleuze comme un « chef-d’œuvre », La Vie des homme infâmes est un texte dont on ne saurait négliger l’importance dans l’ensemble des écrits de Michel Foucault. Il est révélateur à la fois des enjeux durables de sa réflexion et des tensions provenant de l’actualité qui l’ont toujours traversée.

“Walter Benjamin et la radio”, un article de Jean Lacoste

PHILIPPE BAUDOUIN
AU MICROPHONE : Dr. WALTER BENJAMIN
Walter Benjamin et la création radiophonique 1929-1933
Éd. de la Maison des sciences de l’homme, coll. «Philia », 270 p., 25 €

Inépuisable Walter Benjamin! C’est tout un pan négligé de son œuvre d’écrivain et de théoricien que Philippe Baudoin met au jour dans un travail de recherche vraiment original qui, non seulement enrichit notre connaissance de Benjamin, ce qui est en soi précieux, mais encore constitue une réflexion actuelle sur ce médium toujours d’avenir qu’est la radio.

“Edgar Morin, un parcours atypique”, un entretien réalisé par Omar Merzoug

EMMANUEL LEMIEUX
EDGAR MORIN, L’INDISCIPLINÉ
Seuil, 569 p., 25 €

Omar Merzoug – À la fin de la biographie qui vous est consacrée, l’auteur dit que vous lui avez proposé d’écrire un ouvrage sur vos rapports avec la guerre d’Algérie, projet qui s’est transformé en biographie…

Edgar Morin – C’est possible, s’il le dit, c’est vrai. Ce dont je me souviens, c’est qu’il a réalisé un entretien pour le journal économique auquel il collaborait, et puis je pense que ça l’a conduit à s’intéresser davantage à moi. C’est par les soins d’une éditrice de chez La Martinière que s’est nouée l’idée qu’il fasse ma biographie…

“La question du corps”, un article de Maïté Bouyssy

JUDITH BUTLER
CES CORPS QUI COMPTENT
De la matérialité et des limites discursives du « sexe »
Éd. Amsterdam, 250 p., 24 €

Ces corps qui comptent reprend le dossier fondamental de la pensée de Judith Butler et appartient au moment fondateur de l’un des chantiers de l’histoire et des sciences humaines qui se sont le plus abondamment développés depuis vingt ans. Plus étayée et moins grand public que Trouble dans le genre, cette analyse de la production historique du corps est strictement constructiviste.

“Si vous avez compris…”, un article de Laurence Zordan

PAUL KRUGMAN
POURQUOI LES CRISES REVIENNENT TOUJOURS
Seuil, 201 p., 17 €

DANIEL COHEN
LA PROSPÉRITÉ DU VICE
une introduction (inquiète) à l’économie
Albin Michel, 283 p., 19 €

« Si vous avez compris ce que j’ai dit, c’est que je me suis mal exprimé » : cette boutade d’Alan Greenspan est, pour paraphraser Kant, révélatrice d’un ton grand seigneur adopté naguère en économie. Naguère, mais pas jadis, puisque c’était hier, avant la crise qui a défrayé la chronique, comme si la faille de la mécanique financière signait aussi la faillite d’un certain type de discours empreint de suffisance. Le retournement de conjoncture n’est pas le simple éclatement d’une « bulle » (terme consacré), car il fait également voler en éclats des schémas de pensée dissimulés sous une rhétorique absconse.

“Les mathématiques, plaisir et savoir”, un article de Jean-Michel Kantor

IAN STEWART
MON CABINET DE CURIOSITÉS
MATHÉMATIQUES
Flammarion, 374 p., 19 €

JEAN-MICHEL SALANSKIS
VIVRE AVEC LES MATHÉMATIQUES
Seuil, 154 p., 17 €

APOSTOLOS DOXIADIS et CHRISTOS H. PAPADIMITRIOU
LOGICOMIX
Illustrations d’Alecos Papadatos et Annie Di Donna
Bloomsbury, 347 p., 22,95 $

Les cabinets de curiosités ont fait rêver des générations d’enfants et d’adultes. Leur charme reposait sur le caractère hétéroclite des curieux objets proposés.

“Germaine et Antonin”, Lucien Logette

GERMAINE DULAC
LA COQUILLE ET LE CLERGYMAN
ALAIN & ODETTE VIRMAUX
ARTAUD/DULAC
Light Cone / Paris Expérimental Coffret comprenant le D.V.D. du film et le livre (160 p.)

«Qui a fait ce film ?» «C’est Madame Germaine Dulac.» «Qu’est-ce que Madame Dulac ? » «C’est une vache. »Le dialogue échangé à voix très haute par des spectateurs, membres non identifiés du groupe surréaliste, lors de la première projection publique de La Coquille et le Clergyman– « scénario Antonin Artaud, composition visuelle Germaine Dulac »– au cinéma des Ursulines le 9 février 1928, fait partie des phrases légendaires, comme«Nous sommes la claque et vous êtes la joue ! »de Desnos à la première de L’Étoile au front ou « Notre collaborateur Benjamin Péret insultant un prêtre »du n° 8 de La Révolution surréaliste. Et le scandale créé par cette intervention demeure dans les riches heures du mouvement dans sa période primitive.

“Bernard-Marie Koltès : vingt ans après”, un article de Monique Le Roux

BERNARD-MARIE KOLTÈS
NICKEL STUFF
Minuit, 128 p., 11,50 €
BERNARD-MARIE KOLTÈS
LETTRES
Minuit, 526 p., 19 €
BRIGITTE SALINO
BERNARD-MARIE KOLTÈS
Stock, 360 p., 21,50 €

ANDRÉ JOB
KOLTÈS, LA RHÉTORIQUE VIVE
Hermann, 136 p., 25 €

Deux décennies ont passé depuis la mort de Bernard-Marie Koltès. Au fil de l’année 2009, manifestations et publications se sont multipliées : commémoration conforme au statut d’un grand écrivain, quelque peu décalée par rapport à la singularité d’une œuvre et d’une personnalité.

“Ils n’ont pas aimé la musique. Dommage !”, un article de Thierry Laisney

SÉBASTIEN ARFOUILLOUX
QUE LA NUIT TOMBE SUR L’ORCHESTRE
Surréalisme et musique
Fayard, 541 p., 24 €

Dans son livre Que la nuit tombe sur l’orchestre, Sébastien Arfouilloux reconsidère l’opinion généralement admise selon laquelle le mouvement surréaliste n’aurait pas touché la musique. Au moyen d’une enquête approfondie, où abondent faits, œuvres et références, il examine les attirances et les influences réciproques qui s’exercèrent entre la musique et les surréalistes (ou les Dada, leurs précurseurs).

 


La Quinzaine n°1000, du 1er au 15 octobre

octobre 7, 2009

“La grippe comme métaphore“, un article de Laurence Zordan

ZYGMUNT BAUMAN
L’ÉTHIQUE A-T-ELLE UNE CHANCE DANS UN MONDE DE CONSOMMATEURS
Climats, 296 p., 23 €
PANDÉMIE GRIPPALE : L’ORDRE DE LA MOBILISATION
sous la direction d’Emmanuel Hirsch
Éd. du Cerf, 389 p., 20 €

L’éthique a-t-elle une chance dans un monde de consommateurs ? demande Zygmunt Bauman dans son dernier livre. La question pourrait être complétée par : un monde de consommateurs a-t-il une chance face à la pandémie s’il ne donne pas une chance à l’éthique ? L’ouvrage collectif dirigé par le directeur de « l’espace éthique » de l’Assistance publique des Hôpitaux de Paris montre qu’une crise sanitaire met en jeu les valeurs de la démocratie. À quelles conditions un ordre de mobilisation, non pas martial mais civique, face à la menace grippale peut-il être envisageable à l’heure de ce que Zygmunt Bauman appelle « le présent liquide », labilité généralisée où l’individualisme dénie toute consistance, y compris à lui-même ?

“Qui a fait tomber le mur de Berlin ?”, un article de Laurence Zordan

CYRIL BUFFET
LE JOUR OÙ LE MUR EST TOMBÉ
Larousse, 320 p., 18 €
FREDERICK TAYLOR
LE MUR DE BERLIN 1961-1989
J.-C. Lattès, 620 p., 218 €
MARC FERRO
LE MUR DE BERLIN ET LA CHUTE DU COMMUNISME EXPLIQUÉS À MA PETITE-FILLE
Le Seuil, 122 p., 8 €
MICHEL MEYER
HISTOIRE SECRÈTE DE
LA CHUTE DU MUR DE BERLIN
Odile Jacob, 346 p., 21 €

La question se pose en termes personnels, car ce ne sont pas les masses, mais des protagonistes qui ont pris des décisions telles que le symbole de la guerre froide s’est écroulé. Si assurément ils ne poursuivaient guère ce but, ils en ont toutefois été les initiateurs, involontaires mais insistants, avec une sorte d’obstination somnambulique. Les hommes font l’histoire, mais ils ne savent pas l’histoire qu’ils font. Les caciques ont certes été dépassés par les citoyens, mais la brèche inaugurale est, paradoxalement, le fait d’une révolution de palais, à huis clos. L’histoire se prête alors à la dramaturgie, véritable art de la composition théâtrale, avec ses conspirations et rebondissements.

“Une Afrique de « wassan kara »”, un article de Claire Richard

JACQUES JOUET
BODO
P.O.L, 362 p., 19,90 €

Qu’est-ce que le wassan kara ? Que dit de Gaulle quand il rencontre un Nigérien nommé Bodo au tabac de Colombey-les-Deux-Églises ? Que se passe-t-il si on promène le miroir de Stendhal au bord des routes de la province de Zinder, tout en laissant libre cours à une verve intarissable ? La réponse à toutes ces questions (et à bien d’autres) figure dans le dernier roman de Jacques Jouet, Oulipien qui a fait de l’Afrique aussi son pays.

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“Le livre des passages”, un article de Tiphaine Samoyault

PASCAL QUIGNARD
LA BARQUE SILENCIEUSE.
DERNIER ROYAUME VI
Le Seuil, 242 p., 18 €

Les précédents volumes de « Dernier royaume », Paradisiaques et Sordidissimes (après Les Ombres errantes, Sur le Jadis et Abîmes), exploraient des lisières du monde et de la vie. La Barque silencieuse, qui est d’abord bien sûr la barque de Charon, s’intéresse à tout ce qui fait passer d’un monde dans un autre, à une géographie du passage qui ne soit pas le dessin d’une transcendance.

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“Les imprévus du voyage”, un article de Jacques Fressard

JOSÉ SARAMAGO
LE VOYAGE DE L’ÉLÉPHANT
trad. du portugais par Geneviève Leibrich
Le Seuil, 218 p., 19 €

« Ne me parlez pas de la mort car je la connais. » C’est en ces termes que José Saramago répondait aux journalistes s’enquérant de sa santé au début de l’année 2008, à la sortie de cette clinique de Lanzarote qui l’avait accueilli très amaigri et affligé d’un hoquet incoercible.

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“En Toscane, et ailleurs…”, un article de Monique Baccelli

ANNA LUISA PIGNATELLI
LE DERNIER FIEF
trad. par Alain Adaken
Minos et La Différence, coll poche, 220 p, 8 €
LES GRANDS ENFANTS
trad. par Alain Adaken
Minos et La Différence, coll poche, 253 p, 8 €
NOIR TOSCAN
trad. par Alain Adaken
La Différence, 123 p., 14 €

Ce n’est pas sans raisons que les éditions Minos-La Différence publient en même temps trois romans d’Anna Luisa Pignatelli. Sans constituer une suite, ils tournent autour de deux phénomènes concomitants : la fin de la paysannerie traditionnelle, et l’abandon des campagnes au profit des villes.

“Les adieux”, de Vanessa Aubert

HYAM YARED
SOUS LA TONNELLE
Sabine Wespieser éd., 277 p., 21 €

Après L’Armoire des ombres, la poétesse libanaise Hyam Yared renoue avec la veine romanesque et dévoile son nouveau roman Sous la tonnelle. Quand une âme poétique et violente se retrouve au carrefour de l’inspiration romanesque, la plume se transforme en art. Dramatique. « J’étais née le jour où tu m’avais aimée. »

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“Un défenseur de l’ordre : Jean Cocteau”, un article de Jean José Marchand

JEAN COCTEAU
LE COQ ET L’ARLEQUIN, 1918
Stock (réédition), 144 p., 11 €
JEAN COCTEAU
OPIUM, 1930
Stock (réédition), 267 p., 12 €

Si sa poésie est flamboyante d’énigmes, la personnalité de Jean Cocteau semble beaucoup plus lisible. Il le disait lui-même : « Vous découvrirez plus tard que je fus un défenseur de l’ordre. »

“Regards sur les arts premiers”, un article de Georges Raillard

EXPOSITIONS
Musée du Quai Branly
La Collection
Un ouvrage collectif sous la direction d’Yves Le Fur,
directeur du Patrimoine et des Collections 480 pages illustrées, Éd. Skira-Flammarion,
musée du Quai Branly, 55 €
La passion des arts premiers. Regards de marchands
Exposition à la Monnaie de Paris du 9 septembre au 18 octobre 2009
Catalogue sous la direction d’Elena Martinez-Jacquet
Primedia Monnaie de Paris éd., 212 pages, 45 €
Medusa en Afrique
Exposition au Musée d’ethnographie, Genève, jusqu’au 31 janvier 2010
Catalogue : Medusa en Afrique. La sculpture de l’enchantement
Textes de Boris Wastiau, photographies de Johnathan Watts, 256 pages, 160 illustrations en couleurs, 49 €

Trois ouvrages qui retiennent l’attention : une anthologie des œuvres maîtresses du Quai Branly, la place actuelle des marchands dans la circulation des arts premiers, le pouvoir d’« enchantement » de ces œuvres. Des textes apportent des points de vue mesurés. Des expositions concomitantes, sur lesquelles s’ouvre à neuf notre regard, les soutiennent.

“Heidegger : modèle de séminaire ou séminaire modèle”, un article de François Vezin

MARTIN HEIDEGGER
INTERPRÉTATION DE LA DEUXIÈME
CONSIDÉRATION INTEMPESTIVE DE NIETZSCHE
Gallimard, 420 p., 35 €

Le mot séminaire a été singulièrement galvaudé depuis une quarantaine d’années. Partout on parle maintenant de séminaire, c’est tout juste si le Conseil des ministres qui se tient chaque mercredi à l’Élysée n’est pas rebaptisé : Séminaire gouvernemental !

“Entre connaissance et finance”, un article de Jean-Paul Deléage

EL MOUHOUB MOUHOUD – DOMINIQUE PLIHON
LE SAVOIR ET LA FINANCE,
LIAISONS DANGEREUSES AU CŒUR
DU CAPITALISME CONTEMPORAIN
La Découverte, 240 p., 18 €

Cet ouvrage livre l’étude précise des rapports actuels entre l’économie de la connaissance et le rôle central de la f inance. Depuis une trentaine d’ années en effet, le capitalisme subit une profonde mutation sous le double effet de la montée en puissance de la f inance désormais force planétaire ; et de la violence de l’impact des nouvelles technologies qui ont ouvert, aux sociétés industrielles, le seuil de l’ère de la « société de la connaissance ».

“Les pinsons des Galápagos – Darwin et les mystères de l’évolution”, un article de Jean-Michel Kantor

JEAN-CLAUDE AMEISEN
DANS LA LUMIÈRE ET LES OMBRES.
DARWIN ET LE BOULEVERSEMENT DU MONDE
Fayard/Le Seuil, 2008 (2e édition 2009), 500 p., 23 €
JOANNY MOULIN
UNE SCANDALEUSE VÉRITÉ
Éd. Autrement, coll. « Littératures », 391 p., 23 €

Avez-vous déjà rencontré un dodo ? Un diable de Tasmanie ? Certainement pas : ces animaux n’existent plus (le dodo ou dronte a disparu au XVIIe siècle), comme nombre d’espèces au cours des siècles, qu’on ne peut plus admirer qu’au dernier étage de la Galerie de l’évolution du Muséum d’ histoire naturelle. L’évolution des espèces, la naissance ou la disparition de certaines d’entre elles par exemple, ont été constatées depuis bien longtemps. Pour expliquer ces phénomènes, jusqu’au siècle dernier, on recourait à la volonté divine, ainsi de Georges Cuvier (1769-1832), et encore aujourd’hui les partisans du créationnisme.


Olivier Sacks, “Musicophilia”

mars 22, 2009

“La musique et le mental”, un article de Thierry Laisney
Même si l’on doit éviter les généralités, il semble qu’on puisse dire que les médecins aiment la musique. Parfois, ce sont de bons musiciens eux-mêmes. Plus rarement, leur activité professionnelle les confronte directement à la perception musicale et à ses éventuelles altérations. Le neurologue Oliver Sacks, auteur notamment de L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau (1988), réunit ces trois qualités.

Extrait de l’article : “Son dernier livre, Musicophilia, procède d’un étonnement : comment se fait-il que la musique, dont la fonction adaptative n’est pas bien établie, soit si importante pour tant de membres de l’espèce humaine ? L’ouvrage ne répondra pas vraiment à cette question mais s’attachera plutôt, en recourant à de nombreux récits cliniques et autres témoignages, à décrire les symptômes les plus marquants de cette « musicophilie ». L’enquête repose, d’une part, sur les ressources des neurosciences (avec leur cortège d’électro-encéphalogrammes, d’IRM et autres scanners cérébraux) et, d’autre part, sur une observation plus traditionnelle. On sent bien que l’auteur, malgré tout son savoir et son désir d’expliquer, ne tient pas vraiment à ce que le mystère musical puisse être complètement dissipé.” Retrouvez la suite de l’article dans la Quinzaine n°988.

OLIVER SACKS
MUSICOPHILIA
trad. de l’anglais par Christian Cler
Seuil éd., 472 p., 25 €

La Quinzaine n°984, du 16 janvier au 31 janvier 2009

février 1, 2009

Pour une critique de la raison neurobiologique, un article de Catherine Malabou

JEAN-PIERRE CHANGEUX, DU VRAI, DU BEAU, DU BIEN
Une nouvelle approche neuronale
Odile Jacob éd., 545 p., 29 €

Écrire le compte-rendu critique d’un livre de neuroscience, surtout lorsqu’il porte un titre aussi peu neuroscientifique et si évidemment philosophique que celui de Jean-Pierre Changeux, Du Vrai, du Beau, du Bien, est pour le philosophe une véritable gageure. En effet, celui-ci semble n’avoir d’autre alternative que d’approuver sans réserve cette tentative de domination du champ philosophique par la neuroscience d’une part, de résister de toutes ses forces à ce qui lui apparaîtra nécessairement comme une usurpation, une captation des idées métaphysiques par la neurobiologie d’autre part.

Infléchir la trajectoire suicidaire, un article de Jean-Paul Deléage

ANDRÉ LEBEAU, L’ENFERMEMENT PLANÉTAIRE
Le Débat/Gallimard éd., 312 p., 19 €

Après L’Engrenage de la technique, essai sur une menace planétaire, André Lebeau nous livre une nouvelle réflexion sur les conséquences planétaires de l’agir humain. Notre espèce se heurte désormais aux limites
biophysiques de la planète Terre.


bernardcazesUne visite au Musée des Futurs, un article de Julien Damon

BERNARD CAZES, HISTOIRE DES FUTURS
Les figures de l’avenir de saint Augustin au XXIe siècle
L’Harmattan éd., 507 p., 41,50 €

Bernard Cazes nous invite à une visite du Musée des Futurs. Maître d’oeuvre d’un authentique chef-d’oeuvre éditorial (car sans égal et d’excellente tenue), l’ancien responsable des études à long terme du défunt Commissariat au Plan nous fait traverser les galeries et les départements de son conservatoire des figures, des images et des analyses de l’avenir.


Vies parallèles, un article de Norbert Czarny

PATRICK DEVILLE, EQUATORIA
Seuil éd., 336 p., 22 €

« C’est une époque où le blanc des cartes fond comme neige au soleil », écrit Patrick Deville de la fin du XIXe siècle. Au moment où il écrit Equatoria, les couleurs multiples couvrent les atlas et à sa manière, le romancier en rend la profusion dans un livre qui a pour cadre l’Afrique : celle du méconnu Savorgnan de Brazza, celle de Jonas Savimbi et de tant d’autres héros, « traîtres et indécis ».


La « République des jésuites », un article de Monique Baccelli

EUGENIO CORTI, LA TERRE DES GUARANIS
trad. d’Andrea Vanicelli et Jean-Marie Debois
L’Âge d’homme éd., 379 p., 25 €

Un roman historique qui se présente avec toutes les caractéristiques du genre, si ce n’est qu’il nous est livré sous forme de scénario cinématographique, avec des dialogues reliés par des didascalies, et des indications précises de prise de vue : fondu, gros plan, flash-backs, etc. Ce qui surprend un peu, mais a sa raison d’être.




Alliés substantiels, un article de Norbert Czarny

LINDA LÊ, AU FOND DE L’INCONNU POUR TROUVER DU NOUVEAU
Christian Bourgois éd., 146 p., 17 €

Lecteurs, fréquentant assidûment les librairies et errant dans les allées des bibliothèques, nous ne sommes jamais rassasiés. Les livres s’accumulent sur nos rayonnages, on se demande sans cesse lesquels emporter, transmettre aux amis et aux proches, et arrive un autre livre qui nous recommande tel ou tel écrivain. Le petit recueil de Linda Lê est de ces ouvrages qui donnent envie de tourner d’autres pages, de plonger au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau, selon la formule de Baudelaire.


Une traversée du siècle, un article de Georges Guillain

GEORGES-EMMANUEL CLANCIER, VIVE FUT L’AVENTURE
Gallimard éd., 205 p., 17,90 €

Passager du temps, pour reprendre le titre d’un de ses précédents recueils, Georges-Emmanuel Clancier, né quelques semaines avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, a traversé quasiment toute l’histoire du XXe siècle. Ce qu’il en retient aujourd’hui dans ce livre bilan, ce livre testament, significativement intitulé Vive fut l’aventure, c’est le miracle d’une poésie reconnaissante et grave, restée malgré les ans, les mécomptes des temps, alerte et fraîche. En un mot : lumineuse.


Provocateur, un article de Odile Hunoult

JEAN-LUC CAIZERGUES, MON SUICIDE, poésie-fiction
Flammarion éd., 336 p., 20 €

Drôle de livre, dans la collection « Poésie » de Yves di Manno. « Poésie-fiction » dit le sous-titre : les trois premières parties, Petit catalogue de vente par correspondance, Perdant, Mon suicide, sont des fictions écrites comme des poèmes, si l’on entend qu’un poème a, sur la page, une disposition plus ou moins différente de la prose. Le « vers » de Jean-Luc Caizergues est court, très court, hoquetant même. Le mot final peut être rectifié, coupé en deux, rejeté en début de ligne suivante : une verticalité de potence.


Découvrir Ingeborg Bachmann, un article de Tiphaine Samoyault

INGEBORG BACHMANN, MALINA, trad. de l’allemand par Philippe Jaccottet et Claire de Oliveira
Seuil éd., 285 p., 21,50 €
revue IF n° 32 (32 rue Estelle, 13006 Marseille)
Seuil éd., 80 p., 12 €

La première traduction du seul roman achevé d’Ingeborg Bachmann, publié en Autriche en 1971, datait de 1973 et était épuisée depuis un bon moment. Cette traduction de Philippe Jaccottet est reprise aujourd’hui dans une version sensiblement améliorée par Claire de Oliveira et elle invite à lire ou à relire une oeuvre qui, par bien de ses aspects, est encore à découvrir.


Le Socrate de Xénophon, un article de Pierre Thillet

XÉNOPHON et SOCRATE, édité par M. Narcy et A. Tordesillas
Vrin éd., 321 p., 32 €, 1 vol.

Ce volume contient les actes du colloque qui s’est tenu à Aix-en-Provence, en novembre 2003, consacré à Xénophon et Socrate.








Le spectateur émancipé, un article de Pierre Saint-Germain

JACQUES RANCIÈRE, LE SPECTATEUR ÉMANCIPÉ
La Fabrique éd., 150 p., 13 €

Invité par diverses institutions universitaires, culturelles ou artistiques, Jacques Rancière a poursuivi sa réflexion sur l’art moderne, sa réception et son appréciation critiques. Les cinq textes qu’il réunit repartent d’une conceptualisation progressivement élaborée et exposée depuis La Nuit des prolétaires (1981) jusqu’à Politique de la littérature (2007), qui fait le lien entre politique et esthétique, agir et sentir.


Légèreté des mots, douceur des photos, un article de Odile Hunoult

FRANÇOISE DOLTO, ARCHIVES DE L’INTIME, sous la dir. de Yann Potin
Textes de Catherine Dolto, Muriel Djéribi-Valentin, Manon Pignot, Yann Potin, Jean-Pierre Winter
Gallimard éd., 256 p., 29,50 €

Archives de l’intime paraît pour le centenaire de la naissance et le vingtième anniversaire de la mort de Françoise Dolto (le 6 novembre 1988). Difficile, tant le plaisir est grand de feuilleter ces archives, de ne pas ajouter au flot de bénédictions qui traîne autour de Françoise Dolto.


Un Voltaire d’aujourd’hui, un article de Jean M. Goulemot

RAYMOND TROUSSON, VOLTAIRE
Tallandier éd., 798 p., 30 €

Raymond Trousson, professeur à l’Université libre de Bruxelles, est un spécialiste internationalement reconnu du XVIIIe siècle. Depuis quelques années il se consacre à la biographie des grandes figures des Lumières, Rousseau, Diderot et maintenant Voltaire.




De l’amour des beaux-arts, un article de Vincent Milliot

CHARLOTTE GUICHARD, LES AMATEURS D’ART À PARIS AU XVIIIe SIÈCLE
Champ Vallon éd., 400 p., 29 €

En 1767, dans les Salons, Diderot s’enflamme avec sa verve coutumière contre la « race maudite » des amateurs d’art. Objet de multiples critiques à la veille de la Révolution, cette figure sociale dont l’apogée se situe entre le triomphe du mécène au XVIIe siècle et celui du collectionneur au XIXe siècle, a pourtant constitué un acteur essentiel du système monarchique des arts au temps des Lumières, comme l’explique Charlotte Guichard, dans un ouvrage à bien des égards passionnant.


L’agonie du néolibéralisme, Entretien de Ignacio Ramonet par Omar Merzoug

Ancien directeur du Monde diplomatique, co-fondateur d’ATTAC, auteur de La Tyrannie de la communication (1999), Propagandes silencieuses (2000), Guerres du XXIe siècle (2002), Ignacio Ramonet publie Le Krach parfait (Galilée), un essai sur la récente crise financière. Pour les lecteurs de La Quinzaine littéraire, il en explique les tenants et les aboutissants.


À Londres, des économistes et des philosophes réfléchissent sur le marché, un article de Christian Descamps

En organisant une rencontre, en décembre 2008, la fondation Templeton – cette association philanthropique pour soutenir la recherche qui aime poser des « big questions » – se demandait, à l’automne : « Est-ce que le libre marché corrompt la moralité ? » Dans la capitale britannique, cette interrogation fut relancée à partir d’une plaquette où une dizaine d’intervenants répondent, prennent partie, avec plus ou moins de bonheur.


aube_ellouetLe grand large, un article de François-René Simon

YVES ELLÉOUËT
DVD (81 min) de Dominique Ferrandou, Livret de 96 p.
TFV Production éd., www.studioswinwin, 23 €

Aube Elléouët, la fille d’André Breton – la « chère Ecusette de Noireuil » de L’Amour fou –, n’est pas du genre à thésauriser : à son actif, entre autres, la production d’une collection de DVD. Dernier en date : Yves Elléouët (1932-1975), peintre et écrivain inspiré.


Théâtres en capitales, un article de Maïté Bouissy

CHRISTOPHE CHARLE, THÉÂTRES EN CAPITALES
Naissance de la société du spectacle à Paris, Berlin, Londres et Vienne
Albin Michel éd., 574 p., 29 €

En capitales, comme au sommet de l’affiche et dans les capitales majeures de l’Europe d’avant 1914, Paris, Londres, Berlin et Vienne, le théâtre ne cesse de solliciter des publics dont la fonction est d’être là sans être là (pour reprendre une formule de Peter Brook). Christophe Charle fait jouer par le chiffre et par le texte tous les ingrédients du succès rêvé par chacun des agents de l’entreprise théâtrale et la comparaison de ces « sociétés en spectacle » renvoie à notre actualité, car sa grille de lecture se médite au présent.