Lessing rêve à ses parents, un article de Christian Descamps
Doris Lessing, Alfred et Emily, trad. de l’anglais par Philippe Giraudon, Flammarion éd., 285p.
Doris Lessing, l’immense auteur de Carnet d’or saluée enfin (elle est née en 1919) par le prix Nobel 2007, nous offre ici un roman polyphonique, fidèle à ses territoires anglo-africains. Biographie imaginaire de ses parents, cet ouvrage – à la structure complexe – invente d’abord des vies rêvées à Alfred et Emily.
Le rétroviseur d’Orphée, un article de Jean-Paul Champseix
Ismaël Kadaré, L’accident, trad. de l’albanais par Tedi Papavrami, Fayard éd.
Le dernier roman d’Ismaël Kadaré surprendra certainement ses lecteurs habituels. La période communiste, même si elle est évoquée, n’est plus au premier plan, et l’Albanie elle-même n’est plus explicitement centrale. Dans l’oeuvre entier de cet écrivain, il n’y avait ni héros ni amour, se plaisait-on à dire. Cette assertion se trouve invalidée par L’Accident qui porte essentiellement sur la nature des relations amoureuses. Un couple vit un long amour, bien que fort tumultueux, qui s’achève dans un ravin, à la suite de la maladresse d’un chauffeur de taxi. Une enquête est menée pour tenter de reconstituer les derniers jours des victimes.
La forme métisse, un article de Tiphaine Samoyault
J.M. Coetzee, Journal d’une année noire (Diary of a bad year), trad. de l’anglais (Afrique du sud) par Catherine Lauga du Plessis, Seuil éd., 290p.
Réflexion sur le temps, Journal d’une année noire l’est à plus d’un titre. Ce texte à la forme surprenante est à la fois un recueil de pensée sur l’époque, dans lequel notamment J.M. Coetzee poursuit de façon explicite sa dénonciation des zones de non-droit, et méditation sur le vieillissement, avec la sécheresse, la maladie et l’impuissance qui l’accompagnent. Un livre d’un profond pessimisme qui est pourtant travaillé par l’espoir qu’on peut mettre dans la musique, quelques grands livres et certaines formes d’amour comme la compassion par exemple.
Les possibles de la fiction, un article de Hugo Pradelle
Juli Zeh, L’ultime question (Schilf), trad. de l’allemand par Brigitte Hébert et Jean-Claude Colbus, Actes Sud éd., 416p.
Un roman à la fois léger et profond dans lequel s’entremêlent intrigue policière, préoccupations métaphysiques, analyse sociologique et physique quantique. Un hymne fantaisiste à la fiction.
Au cœur de l’Autriche: l’effroi originel, un article de Georges-Arthur Goldschmidt
Josef Winkler, Langue maternelle, Verdier éd., 320p.
Josef Winckler qui vient, en juin 2008, de recevoir le prestigieux prix Büchner, est l’un des auteurs autrichiens les plus importants. Son oeuvre a une portée non seulement hautement littéraire, mais rend compte aussi de l’histoire de son pays et peut-être également de tout un monde souterrain du continent européen.
Une frénésie d’écriture, un article de Pierre Pachet
Rolf Dieter Brinkmann, Rome, regards, trad. de l’allemand par Martine Rémon, Quidam éd., 464p.
Poète d’avant-garde (situons-le approximativement entre « beat » et « pop »), Rolf Dieter Brinkmann meurt bêtement d’un accident en 1975, à 35 ans. Lors d’un séjour à la Villa Massimo à Rome, et à la Casa Baldi à Olevano (équivalents allemands de la Villa Medicis), se tournant vers la prose – il avait djà piblié un roman et des nouvelles-, il avait entrepris de tout enregistrer de ce qu’il voyait, ce qui donne cet énorme et passionnant journal, souvent pléthorique : notations et descriptions, lettres à sa compagne restée en Allemagne ou à des amis, suites de cartes postales avec textes manuscrits au dos, photos personnelles, cartes routièress et itinéraires, dont un éditeur a le courage de publier une visiblement excellente traduction française qui devrait attirer l’attention.
Les faux-semblants de Saul Steinberg, un article de Georges Raillard
Saul Steinberg, exposition à la Galerie Claude Bernard (7-9 rue des Beaux-Arts, 75006 Paris), du 2 octobre au 29 novembre 2008
Deux expositions successives, l’une à la fondation Henri Cartier-Bresson, qui fut l’ami de Steinberg, l’autre à la galerie Claude Bernard, permettent de retrouver cet artiste dont l’oeuvre entier, comme chacun de ses moments, est un rébus, et une déconstruction joyeuse de nos références.
Comme Ulysse, un article de Gilbert Lascault
Picasso et les maîtres, Galeries nationales du Grand Palais, 9 octobre-2 février 2009
Picasso/Delacroix, Louvre, 9 octobre-2 février 2009
Picasso/Manet, Musée d’Orsay, 9 octobre-2 février 2009
Catalogue de l’exposition sous la dir. d’Anne Baldassari et Marie-Laure Bernadac, RMN éd, 368p.
Comme Ulysse, Picasso est multiple et divers, expert en ruses variées. Il ne manque jamais d’expédients, et se tire toujours d’affaire. Habile, prompt, ingénieux, virtuose, madré, rapide, il voyage à travers les siècles de l’Histoire de la peinture. Son esprit retors tournoie: il invente des stratagèmes à l’intérieur de l’Histoire mouvante de l’art. Picasso joue avec la tradition. Il veut échapper à tout académisme, à tout conformisme. Il se sert de tous les « maîtres », il fait usage de leurs oeuvres; il les modifie, les détourne, les déplace, les dérange; il les séduit; il les dévoit.
Images du Moyen-Age, un article de Georges Raillard

Georges Duby, Intérieurs, Nuits, sur une suite de Gérard Titus-Carmel, Bayard éd., 106p.
Jean Wirth, l’image à l’époque gothique, (1140-1280), Cerf éd., 425p. ill
Deux livres d’historiens de renom. Mais rien qui les assortisse sauf un même objet: deux siècles de ce moyen-âge de mille ans que l’un et l’autre regardent, écoutent, chacun à sa façon. Georges Duby avec l’élégance et l’art qu’on lui connaissait, Jean Wirth en chercheur attaché à toutes les implications d’un système de représentation.
Les « Barbares » et nous, un article de Omar Merzoug
Tzvetan Todorov, La peur des Barbares, Au-delà du choc des civilisations, Robert Laffont éd., 289p.
Directeur de recherches au CNRS, linguiste et historien, auteur d’essais remarqués Nous et les Autres (1988), Le jardin imparfait (1998). Le nouveau désordre mondial (2003) et plus récemment L’esprit des Lumières (2006), Tzvetan Todorov s’est attaché depuis une quinzaine d’années à jeter les fondements d’un nouvel humanisme qui passe à la fois par une relecture de notre rapport à l’autre et par une réflexion sur les crises du monde moderne.
Pour une économie ouverte sur l’environnement, un article de Jean-Paul Deléage
Jean-Paul Fitoussi, Eloi Laurent, La nouvelle écologie politique, Seuil éd., 128p.
Cet essai percutant a pour ambition de démontrer la capacité de l’un des paradigmes de la théroie économique – car les auteurs en distinguent au moins deux -, à faire face à l’urgence écologique. Le premier, celui de la régulation interne, postule que l’interaction libre entre les individus, autrement dit que le seul marché suffirait à garantir « l’optimalité de l’allocation des ressources entre les acteurs », c’est à dire à prendre les bonnes décisions économiques face à l’urgence écologique. Se rattachent à ce courant les évangélistes du marché, idéologues des contre-révolutions tatchérienne et reaganienne au siècle dernier.
