La Quinzaine n°995, du 1er au 15 juillet 2009

juillet 5, 2009

“Les génies aussi ont commencé petits”, un article de Alain Joubert

PATRICE GAUTHIER
L’ENFANT-CRIME
Gallimard, 190 p., 18 €

Comme surgit de nulle part, paraissait, en 1911, le premier volume d’une époustouflante saga menée à grandes guides par deux intrépides écrivains feuilletonesques : Pierre Souvestre et Marcel Allain ; avec Fantômas, un mythe « moderne » était né, qui devait
enchanter les poètes d’alors, d’Apollinaire à Robert Desnos, en passant parMax Jacob, tous les surréalistes et quelques autres…

“Un grand roman interrompu ?”, un article de Jean-Jacques Marie

ISRAËL JOSHUA SINGER
LA FAMILLE KARNOVSKI
trad. du yiddish par Monique Charbonnel,
Denoël éd., 690 p., 29 €

Ce roman familial, publié à New York en 1943, décrit les diverses composantes de l’émigration juive après la guerre de 14-18, puis évoque la victoire et le règne du nazisme en Allemagne (sans même que le nom d’Hitler soit prononcé). Le destin de beaucoup de personnages reste en suspens alors que l’extermination des juifs a déjà commencé. Aux 660 pages de cet énorme roman, I. J. Singer, mort en 1944, n’a pas eu le temps d’ajouter la vision finale.

“L’église de John Coltrane”, un article de Nicole Terrien

CHAD TAYLOR
L’ÉGLISE DE JOHN COLTRANE
trad. de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par Isabelle Chapman
Christian Bourgois éd., 308 p., 24 €

« L’Église de John Coltrane » est le titre d’un manuscrit incomplet, légué au héros par son père, avec une imposante collection de disques de jazz. Transférer ce titre au roman lui-même, c’est insister sur un horizon d’attente guidant la lecture vers une perception des formes musicales associées au jazz, mais aussi architecturales au service d’une spiritualité qui reste à définir, tout en ouvrant une réflexion sur l’héritage des formes, sur leur emboîtement.

“Un langage tangérois”, un article de Philippe Di Meo

ÁNGEL VASQUEZ
LA CHIENNE DE VIE DE JUANITA NARBONI
trad. de l’espagnol (tangérois) par Selim Chérief,
Préface de Juan Goytisolo
Rouge Inside éd., 2, rue Auguste-Comte,
69002 Lyon, 350 p., 20 €

Comment fonder une maison d’édition ? Telle est la question par un jeune éditeur lyonnais tirant son nom de la couleur écarlate de la deuxième et de la troisième de ses couvertures. La réponse implicite se révèle dépourvue d’ambiguïté : en publiant des oeuvres qui tombent sous le sens comme cette Chienne de vie de Juanita Narboni.

“En cadence”, un article de Alexandre Mare

JACQUES RÉDA
Battues
Fata Morgana, 108 p., 17 €
Battement
Fata Morgana, 88 p., 16 €

Battues et Battement, les deux derniers livres de Jacques Réda s’ouvrent par un souvenir identique. Tout du moins, par une même impression. Battues est un recueil de textes poétiques. Battement est composé de textes et de chroniques pour certains précédemment publiés dans Jazz Magazine. Les deux ouvrages présentés simultanément vont de fait se renvoyer l’un à l’autre, semblable à un écho que nous ne cesserions d’entendre.

“Mahmoud Darwich, l’exil et la mémoire”, un article de Omar Merzoug

MAHMOUD DARWICH
Anthologie (1992-2005)
édition bilingue, poèmes traduits de l’arabe
(Palestine) par Elias Sanbar,
Actes Sud, 313 p., 8,50 €
La Trace du papillon
(été 2006-été 2007)
trad. de l’arabe par Elias Sanbar,
Actes Sud, 180 p., 20 €

Né en 1942 à Birwa, près de Saint-Jean-d’Acre, Mahmoud Darwich accomplit des études supérieures en histoire et en sciences sociales à l’Université de Moscou. Incarcéré à plusieurs reprises par les autorités israéliennes, en raison de ses activités de journaliste, Darwich trouve refuge au Caire en 1970. En 1981, il fonde Al-Karmal, une revue littéraire, émanation de l’Union des écrivains palestiniens. En 1984, il élit domicile à Paris. Auteur d’une vingtaine de recueils, il est mort à Houston en 2008.

“Les amitiés particulières selon Radclyffe Hall”, un article de Alain Jumeau

RADCLYFFE HALL
SOUS INFLUENCES
trad. de l’anglais par Michel Poirier,
Autrement éd., 392 p., 23 €

Radclyffe Hall est le nom de plume d’une romancière anglaise, née Marguerite Radclyffe-Hall (1880-1943), qui se faisait appeler « John » par ses proches et cultivait un « look » masculin. Loin d’être aussi célèbre que Virginia Woolf (1882-1941), sa contemporaine, elle a cependant laissé une oeuvre qui présente un réel intérêt. On pourra en juger, grâce à ce roman de 1924, le second qu’elle ait publié, mais en fait le premier qu’elle ait écrit. Certains critiques le considèrent comme sa plus belle production.

“Antonio Saura par lui-même”, un article de Georges Raillard

ANTONIO SAURA PAR LUI-MÊME
Note Book revu, augmenté et illustré
Traduit de l’espagnol par Edmond Raillard
Édition établie, présentée et annotée par Olivier Weber-Caflisch et alii
Archives Antonio Saura – 5 Continents éditions,
431 p., 50 €

Pas un jour sans une ligne. « Nulla dies sine linea ». C’était la règle que s’était donnée le peintre Antonio Saura. Il avait commencé à
écrire quand il commençait à peindre. Ses notes dressaient l’« inventaire » de son travail. Il les appelait « guides de mon labyrinthe
personnel ». Ces réflexions sont guidées « par la spécificité d’une pensée plastique qui utilise la parole comme un complément affiché ».

“Léon Chestov le subversif”, un article de Christian Mouze

LÉON CHESTOV
Revue Europe, n° 960, 384 p., 18,50 €

La revue Europe consacre la plus grande partie de sa livraison d’avril 2009 au philosophe russe Léon Chestov (1866-1938), exilé en France (Paris et région parisienne) à partir de 1921. Sa tombe, au grand cimetière de Boulogne-Billancourt, est peu visitée et quelque peu négligée, à l’image d’une oeuvre reconnue et rappelée de loin en loin. Si l’on n’oublie pas tout à fait Léon Chestov, c’est qu’il ne se laisse pas oublier : combien l’actualité nous le rend alors indispensable…

“Les jésuites dans l’Espagne du XVIe siècle”, un article de Bernard Lavallé

MARCEL BATAILLON
LES JÉSUITES DANS L’ESPAGNE DU XVIe SIÈCLE
Les Belles Lettres éd., 352 p., 35 €

L’histoire de ce livre a quelque chose d’exceptionnel. En un temps où le projet éditorial précède souvent l’écriture d’un ouvrage, celui-ci vient de paraître après une attente de plus de quarante ans.

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“Défense et illustration du multilinguisme”, un article de Jean-Claude Chevalier

FRANÇOIS OST
TRADUIRE
Défense et illustration du multilinguisme
Fayard, coll. « Ouvertures », 421 p., 23 €

Le livre s’ouvre sur l’évocation de Babel, sur les multiples interprétations et mythes qui l’accompagnent, thème aujourd’hui particulièrement récurrent ; le texte biblique est l’objet de traductions renouvelées dont l’une constamment citée par François Ost, celle d’Henri Meschonnic, animée par le souffle et le rythme de la langue primitive.

“La Russie et l’antisémitisme”, un article de George-Arthur Goldschmidt

JEAN-JACQUES MARIE
L’ANTISÉMITISME EN RUSSIE
DE CATHERINE II À POUTINE
Tallandier éd., 448 p., 27 €

L’immense majorité de la population juive en Russie vit au cours du XIXe siècle dans l’enfermement religieux dans la soumission totale aux ordonnances rituelles et sous la constante menace d’incessants massacres, ce qui n’empêche en rien de multiples divisions et des conflits internes.

“Français en résistance”, un article de Laurent Joly

FRANÇAIS EN RÉSISTANCE
Carnets de guerre, correspondances, journaux personnels
Édition établie et présentée par Guillaume Piketty,
Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1169 p., 30 €

Ils s’appelaient Charles d’Aragon, Diego Brosset, Pierre Brossolette, Gabriel Brunet de Sairigné, François Garbit, René Génin, Claire Girard, Philippe Leclerc de Hauteclocque, Louis Martin-Chauffier, René Pleven et Lazare Rachline.

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“Une histoire «au cordeau»”, un article de Pascale Goetschel

DANIEL CORDIER
ALIAS CARACALLA,
MÉMOIRES, 1940-1943
Gallimard, coll. « Témoins », 944 p. 32 €

Afin d’avoir le coeur net sur la teneur des activités de Jean Moulin sous l’Occupation allemande et pour répondre aux accusations taxant l’homme de de Gaulle en France de crypto-communiste, Daniel Cordier, rompant avec des années de silence, commençait, à partir de 1977, des recherches systématiques sur son « patron ». Après quatre imposants volumes biographiques parus entre 1989 et 1990, il offre, dans Alias Caracalla, une autre méthode d’investigation : le jeu de la reconstitution au scalpel des liens entre la France libre et la Résistance intérieure, lus au prisme des mois passés aux côtés de Jean Moulin.

“Les commodités d’aisance”, un article de Julien Damon

ROGER-HENRI GUERRAND
LES LIEUX. HISTOIRE DES COMMODITÉS
La Découverte éd., coll. « Poche », 207 p., 9,50 €

Il faut saluer cette réédition d’un ouvrage original initialement paru en 1985. Le thème est celui des « besoins naturels » et des espaces publics ou privés dévolus à leur satisfaction. Le propos, qui prête assurément au comique troupier et à la plaisanterie graveleuse, n’en est pas moins sérieux, voire grave.

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“Le nouveau répertoire du Français”, un article de Monique le Roux

En alternance salle Richelieu
EDUARDO DE FILIPPO
La Grande Magie
Mise en scène de Dan Jemmett
Jusqu’au 19 juillet
Reprise du 7 octobre 2009 au 17 janvier
ALFRED JARRY
Ubu Roi
Mise en scène de Jean-Pierre Vincent,
Jusqu’au 21 juillet
Reprise du 2 juin à juillet 2010

La Grande Magie d’Eduardo de Filippo mise en scène par Dan Jemmett, Ubu Roi d’Alfred Jarry par Jean-Pierre Vincent : deux pièces en apparence fort éloignées du répertoire de la Comédie-Française, deux spectacles créés à la salle Richelieu sont magnifiés grâce aux moyens de la Maison et surtout à une distribution représentative de la troupe à son meilleur.


La Quinzaine n°989, du 1er au 15 avril 2009

avril 5, 2009

“La Mort de Pinocchio”, un article de Hugo Pradelle

VITALIANO TREVISAN
LE PONT, UN EFFONDREMENT
Il Ponte, un crollo
trad. de l’italien par Vincent Raynaud
Gallimard éd., 188 p., 17,50 €

Dans le prolongement des Quinze mille pas, le récit de Vitaliano Trevisan entreprend un travail de déconstruction d’un homme, de son passé et d’une certaine société contemporaine. Un livre étonnant placé sous l’égide de Pasolini et, surtout, de Thomas Bernhard.

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“Une jeunesse à la dérive”, un article de Monique Baccelli

GIACOMO SARTORI
SACRIFICIO
trad. de l’italien par Nathalie Bauer
Philippe Rey éd., 143 p., 16 €

Au printemps 2004, dans la région de Trente, un groupe de jeunes revenant de la discothèque fait le pari de traverser en voiture un torrent en crue. Le 4×4 passe de justesse, la vieille jeep est emportée par la violence des eaux et l’un des occupants meurt noyé.


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“Histoire des défaites”, un article de Norbert Czarny

ANDRZEJ STASIUK
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NEUF
trad. du polonais par Grazyna Erhard
Christian Bourgois éd., 350 p., 25 €
FADO
trad. du polonais par Charles Zaremba
Christian Bourgois éd., 182 p., 16 €

« Le passé et la mémoire sont ma patrie et ma maison. J’aime me saouler tout seul et me remémorer les événements révolus, les gens, les paysages. » Ce propos n’étonnera pas sous la plume d’un écrivain. Il faut aussi les lire, écrits par Andrzej Stasiuk, comme ceux d’un résistant.

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“Paroles de fantôme : « Nul ne témoigne pour le témoin »”, un article de Gabrielle Napoli

ALAIN FLEISCHER
MOI, SÁNDOR F.
Fayard (Alter ego) éd., 394 p., 21,90 €
Et si raconter sa vie passait nécessairement par le récit de la vie de l’Autre ? Et s’il n’était possible d’accéder aux secrets de son existence qu’en opérant un détour par ceux d’un ancêtre, presque inconnu, qu’il faut alors imaginer ? Par un procédé narratif original, Alain Fleischer se glisse dans la peau d’un oncle, mort à 27 ans, dans un train, quelque part entre la Pologne et la Hongrie, un jour d’avril 1944. Né en janvier 1944, l’auteur s’empare de ces quelques mois en commun pour en faire le pivot de ses deux vies, si différentes, et dans lesquelles pourtant se tissent des liens, ténus mais bien réels.pmm
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“Quel avenir de l’héritage ?”, une article de Gabrielle Napoli

MARTIN SMAUS
PETITE, ALLUME UN FEU
trad. du tchèque par Christine Laferrière
Éditions des Syrtes, 355 p., 22 €

Andrejko Dunka naît dans le hameau de Poljana, au nord-est de l’actuelle Slovaquie. Sa famille, les Dunka, et lui, traversent l’Histoire du XXe siècle en Tchécoslovaquie, la Seconde Guerre mondiale, l’installation du régime communiste puis sa chute, l’élection de Havel, la partition de la Tchécoslovaquie en deux États. L’Histoire off icielle s’invite dans l’Histoire des Dunka sans s’imposer, s’immisce dans le récit, croise les destins individuels et s’en va, sans bruit. Pourtant, c’est à cette Histoire qu’est étroitement lié le devenir des Dunka.


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“Main gauche, main droite”, un article de Norbert Czarny

ANTONIO LOBO ANTUNES
LIVRE DE CHRONIQUES IV
trad. par Michelle Giudicelli
Christian Bourgois éd., 334 p., 23 €

Dans une chronique intitulée « De la mort et autres bagatelles » Lobo Antunes explique qu’étant plutôt gaucher, il se sert de la main droite pour écrire ce qu’il juge le meilleur de lui-même : ses romans et certaines de ces chroniques sont ainsi écrits. La main droite est moins rapide, moins fluide, mais elle permet la surprise.

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“Le monde sensible”, un article de Hugo Pradelle

ANTONI CASAS ROS
MORT AU ROMANTISME
Gallimard éd., 160 p., 13 €

En trente-neuf nouvelles, Antoni Casas Ros, auteur remarqué d’un premier roman très surprenant, poursuit sa discrète aventure dans un autre monde sensible, entre théorie et provocation.

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“Un détachement passionné”, un article de Norbert Czarny

PETER STAMM
COMME UN CUIVRE QUI RÉSONNE
trad. de l’allemand par Nicole Roethel
Christian Bourgois éd., 200 p., 18 €

Partons de ce qui n’est pas pour déf inir l’univers que déploie Peter Stamm dans son dernier recueil de nouvelles, Comme un cuivre qui résonne : l’Histoire est absente du coin du monde décrit par le narrateur et aucun passé violent ne bouleverse les personnages. Rien ne les rend très différents de nous et ce qui leur arrive semble une parenthèse qui s’est ouverte, et qui se fermera quand notre lecture touchera son terme.

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“Dans une situation menacée”, un article de Marie Etienne

ALAIN VEINSTEIN
LE DÉVELOPPEMENT DES LIGNES
Fiction & Cie, Seuil éd., 240 p., 19 €

« J’ai l’impression que tout s’endort… dans l’arrière-pays d’un pays en voie d’être détruit », disait Alain Veinstein en 2005 sur France-Culture, dans son émission anniversaire de « Surpris par la nuit ». Ce mauvais rêve habite l’auteur, ou en tout cas deux de ses livres, Dancing et Le Développement des lignes, le second reprenant en partie le premier dans un récit en vers. « À l’origine… un roman… Dancing, dans les décombres duquel, revenant sur quelques traces qui ne cessaient de me hanter, j’avais installé le monde de ce que j’hésite à appeler mon “poème”. »

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“Trajets de Franck Venaille”, un article de Norbert Czarny

FRANCK VENAILLE
ÇA
Mercure de France éd., 158 p., 14,80 €

« J’ai consacré plus de soixante ans de ma vie à marcher dans des rues tristes. Puisque c’est sur le mouvement et l’action que j’ai bâti mon écriture poétique. » Pour qui en effet lit Franck Venaille depuis Papiers d’identité jusqu’à Ça, ce recueil qui vient de paraître, mouvement et action sont deux sésames en même temps que de subtils rappels.

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“L’invention permanente de Jorn”, un article de Gilbert Lascault

ASGER JORN (1914-1973)
DESSINS
Cabinet d’art graphique. Centre Pompidou
10 février – 11 mai 2009

JONAS STORSVE, DORTE KIRKEBY-ANDERSEN,TROELS ANDERSEN
ASGER JORN : ŒUVRES SUR PAPIER
Gallimard/Centre Pompidou éd.,192 p., 140 ill. coul., 39 €

Compagnon fraternel d’autres artistes généreux, vaillant, hardi, ingénieux, le créateur danois Jorn (1914-1973) ne cesse de bouger, d’inventer, de voyager. Nomade européen, il n’oublie jamais les légendes des pays du Nord, ni leurs formes redoutables. Il tisse le local et le cosmopolite, le régional et l’international, l’archaïque, l’actuel et l’avenir.

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“Claude Simon poète”, un article de Maurice Mourier

CLAUDE SIMON
ARCHIPEL et NORD
Minuit éd., 35 p., 6,50 €

En septembre 1895, Mallarmé publie « Crise de vers » dans La Revue Blanche. Au cœur du paragraphe consacré à Hugo de ce texte capital, on trouve énoncée avec la plus grande fermeté « une majestueuse idée inconsciente, à savoir que la forme appelée vers est simplement elle-même la littérature ; que vers il y a sitôt que s’accentue la diction, rythme dès que style ».

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“Forme de langage, forme de vie”, un article de Jean-Claude Chevalier

HENRI MESCHONNIC
DANS LE BOIS DE LA LANGUE
Laurence Teper éd., 546 p., 29 €

Ce Bois de la langue est un gros livre bilan de 540 pages qui rassemble d’amples essais critiques inédits et quelques textes, imprimés ici et là.

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“Une nouvelle édition des Miroirs de l’identité”, un article de Jean Lacoste

JEAN-FRANÇOIS MARQUET
MIROIRS DE L’IDENTITÉ
coll. « La nuit surveillée »
Cerf éd., 370 p., 38 €

Spécialiste de Schelling, auquel il a consacré un livre fondateur (Liberté et existence, Gallimard, 1973), Jean-François Marquet
offre une nouvelle édition, « revue et augmentée », de ses Miroirs de l’identité. Cet ouvrage publié pour la première fois aux Éditions Hermann en 1996 réunit différents essais consacrés à ce qu’il appelle la « littérature hantée par la philosophie »…

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“L’homme, le capital le plus précieux ?”, un article de Jean-Jacques Marie

NICOLAS WERTH
L’IVROGNE ET LA MARCHANDE DE FLEURS
Autopsie d’un meurtre de masse, 1937-1938
Tallandier éd., 450 p., 23 €

En 1937 la maison d’édition du parti communiste français publia sous le titre L’homme, le capital le plus précieux le discours prononcé par Staline le dernier jour du plenum du Comité central de février-mars 1937 qui, au lendemain du deuxième procès de Moscou, annonçait le déchaînement d’une terreur jusqu’alors sans exemple dans l’Histoire. Staline y faisait entre autres l’éloge d’une dénonciatrice hystérique de Kiev, Nicolaienko qui terrorise la capitale ukrainienne.

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“L’axiome des parallèles et la liberté”, un article de Jean-Michel Kantor

IMRE TOTH
LIBERTÉ ET VÉRITÉ
Pensée mathématique et spéculation philosophique
L’Éclat éd., 156 p., 12 €

Imre Toth est bien connu des philosophes des sciences. Né en 1921 en Roumanie, il a vécu intensément les bouleversements du siècle passé en Hongrie, puis en Allemagne comme professeur de philosophie, aux USA et enfin en Europe. Une vie mouvementée consacrée à la philosophie, plus précisément aux enseignements pour la philosophie de l’histoire des mathématiques.

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“Oh, when the Saint…”, un article de Lucien Logette

LE SAINT
Coffret « Le studio RKO présente »,
4 DVD, 8 films
Montparnasse éd., 42 €

Dans le dernier numéro d’été consacré au roman populaire (Quinzaine n° 974), le nom de Simon Templar n’apparaissait pas parmi les quelques héros récurrents retenus ; si l’éventail avait été planétaire et non essentiellement français (le seul James Bond s’étant glissé entre Maigret, Burma, Angélique et San Antonio), la présence du Saint eût été impérative. En effet, parmi les personnages du rompol anglo-saxon, il est quantitativement plus important que Sherlock Holmes ou Hercule Poirot. Et sa longévité est remarquable, qui s’étend sur presque soixante-dix années d’exercice, même si sa carrière spectaculaire semble aujourd’hui terminée.

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“Renouveau d’un répertoire « populaire »”, un article de Monique Le Roux

MAXIME GORKI
VASSA 1910
Mise en scène de Gilberte Tsaï
Nouveau Théâtre de Montreuil
tournée nationale jusqu’au 20 mai

SEAN O’CASEY
LA CHARRUE ET LES ÉTOILES
Mise en scène d’Irène Bonnaud
tournée nationale jusqu’au 9 avril
Comédie de Genève du 21 avril au 2 mai

Gilberte Tsaï crée Vassa 1910 d’après Vassa Geleznova de Maxime Gorki au Centre dramatique national de Montreuil qu’elle dirige ; Irène Bonnaud a mis en scène La Charrue et les étoiles de Sean 0’Casey au Théâtre Dijon Bourgogne où elle est artiste associée à François Chattot : initiatives rares et opportunes, quand les programmations, partagées entre grandes œuvres du passé et écritures contemporaines, ne font plus guère de place à des pièces du début du XXe siècle, représentatives d’un répertoire de « théâtre populaire ».

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“Ce qui se défait”, un article de Tiphaine Samoyault

ROLAND BARTHES
JOURNAL DE DEUIL
Édition de Nathalie Léger
Seuil/Imec éd., 270 p., 18,90 €
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CARNETS DU VOYAGE EN CHINE
Édition d’Anne Herschberg Pier rot
Christian Bourgois/Imec éd.
250 p., 23 €

On peut naturellement invoquer des données biographiques pour parler de ces deux livres mais il paraît possible aussi de ne pas le faire tant ils se lisent aujourd’hui hors de la circonstance qui a fait les écrire – et ne pas les publier. Constitués de notes et de f iches écrites pour les unes en 1974 à l’occasion du voyage en Chine et pour les autres en 1978-1979 au moment de la mort de la mère de l’auteur, ils sont, séparément et ensemble, l’occasion d’une réflexion sur ce qui se défait.


La Quinzaine n°984, du 16 janvier au 31 janvier 2009

février 1, 2009

Pour une critique de la raison neurobiologique, un article de Catherine Malabou

JEAN-PIERRE CHANGEUX, DU VRAI, DU BEAU, DU BIEN
Une nouvelle approche neuronale
Odile Jacob éd., 545 p., 29 €

Écrire le compte-rendu critique d’un livre de neuroscience, surtout lorsqu’il porte un titre aussi peu neuroscientifique et si évidemment philosophique que celui de Jean-Pierre Changeux, Du Vrai, du Beau, du Bien, est pour le philosophe une véritable gageure. En effet, celui-ci semble n’avoir d’autre alternative que d’approuver sans réserve cette tentative de domination du champ philosophique par la neuroscience d’une part, de résister de toutes ses forces à ce qui lui apparaîtra nécessairement comme une usurpation, une captation des idées métaphysiques par la neurobiologie d’autre part.

Infléchir la trajectoire suicidaire, un article de Jean-Paul Deléage

ANDRÉ LEBEAU, L’ENFERMEMENT PLANÉTAIRE
Le Débat/Gallimard éd., 312 p., 19 €

Après L’Engrenage de la technique, essai sur une menace planétaire, André Lebeau nous livre une nouvelle réflexion sur les conséquences planétaires de l’agir humain. Notre espèce se heurte désormais aux limites
biophysiques de la planète Terre.


bernardcazesUne visite au Musée des Futurs, un article de Julien Damon

BERNARD CAZES, HISTOIRE DES FUTURS
Les figures de l’avenir de saint Augustin au XXIe siècle
L’Harmattan éd., 507 p., 41,50 €

Bernard Cazes nous invite à une visite du Musée des Futurs. Maître d’oeuvre d’un authentique chef-d’oeuvre éditorial (car sans égal et d’excellente tenue), l’ancien responsable des études à long terme du défunt Commissariat au Plan nous fait traverser les galeries et les départements de son conservatoire des figures, des images et des analyses de l’avenir.


Vies parallèles, un article de Norbert Czarny

PATRICK DEVILLE, EQUATORIA
Seuil éd., 336 p., 22 €

« C’est une époque où le blanc des cartes fond comme neige au soleil », écrit Patrick Deville de la fin du XIXe siècle. Au moment où il écrit Equatoria, les couleurs multiples couvrent les atlas et à sa manière, le romancier en rend la profusion dans un livre qui a pour cadre l’Afrique : celle du méconnu Savorgnan de Brazza, celle de Jonas Savimbi et de tant d’autres héros, « traîtres et indécis ».


La « République des jésuites », un article de Monique Baccelli

EUGENIO CORTI, LA TERRE DES GUARANIS
trad. d’Andrea Vanicelli et Jean-Marie Debois
L’Âge d’homme éd., 379 p., 25 €

Un roman historique qui se présente avec toutes les caractéristiques du genre, si ce n’est qu’il nous est livré sous forme de scénario cinématographique, avec des dialogues reliés par des didascalies, et des indications précises de prise de vue : fondu, gros plan, flash-backs, etc. Ce qui surprend un peu, mais a sa raison d’être.




Alliés substantiels, un article de Norbert Czarny

LINDA LÊ, AU FOND DE L’INCONNU POUR TROUVER DU NOUVEAU
Christian Bourgois éd., 146 p., 17 €

Lecteurs, fréquentant assidûment les librairies et errant dans les allées des bibliothèques, nous ne sommes jamais rassasiés. Les livres s’accumulent sur nos rayonnages, on se demande sans cesse lesquels emporter, transmettre aux amis et aux proches, et arrive un autre livre qui nous recommande tel ou tel écrivain. Le petit recueil de Linda Lê est de ces ouvrages qui donnent envie de tourner d’autres pages, de plonger au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau, selon la formule de Baudelaire.


Une traversée du siècle, un article de Georges Guillain

GEORGES-EMMANUEL CLANCIER, VIVE FUT L’AVENTURE
Gallimard éd., 205 p., 17,90 €

Passager du temps, pour reprendre le titre d’un de ses précédents recueils, Georges-Emmanuel Clancier, né quelques semaines avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, a traversé quasiment toute l’histoire du XXe siècle. Ce qu’il en retient aujourd’hui dans ce livre bilan, ce livre testament, significativement intitulé Vive fut l’aventure, c’est le miracle d’une poésie reconnaissante et grave, restée malgré les ans, les mécomptes des temps, alerte et fraîche. En un mot : lumineuse.


Provocateur, un article de Odile Hunoult

JEAN-LUC CAIZERGUES, MON SUICIDE, poésie-fiction
Flammarion éd., 336 p., 20 €

Drôle de livre, dans la collection « Poésie » de Yves di Manno. « Poésie-fiction » dit le sous-titre : les trois premières parties, Petit catalogue de vente par correspondance, Perdant, Mon suicide, sont des fictions écrites comme des poèmes, si l’on entend qu’un poème a, sur la page, une disposition plus ou moins différente de la prose. Le « vers » de Jean-Luc Caizergues est court, très court, hoquetant même. Le mot final peut être rectifié, coupé en deux, rejeté en début de ligne suivante : une verticalité de potence.


Découvrir Ingeborg Bachmann, un article de Tiphaine Samoyault

INGEBORG BACHMANN, MALINA, trad. de l’allemand par Philippe Jaccottet et Claire de Oliveira
Seuil éd., 285 p., 21,50 €
revue IF n° 32 (32 rue Estelle, 13006 Marseille)
Seuil éd., 80 p., 12 €

La première traduction du seul roman achevé d’Ingeborg Bachmann, publié en Autriche en 1971, datait de 1973 et était épuisée depuis un bon moment. Cette traduction de Philippe Jaccottet est reprise aujourd’hui dans une version sensiblement améliorée par Claire de Oliveira et elle invite à lire ou à relire une oeuvre qui, par bien de ses aspects, est encore à découvrir.


Le Socrate de Xénophon, un article de Pierre Thillet

XÉNOPHON et SOCRATE, édité par M. Narcy et A. Tordesillas
Vrin éd., 321 p., 32 €, 1 vol.

Ce volume contient les actes du colloque qui s’est tenu à Aix-en-Provence, en novembre 2003, consacré à Xénophon et Socrate.








Le spectateur émancipé, un article de Pierre Saint-Germain

JACQUES RANCIÈRE, LE SPECTATEUR ÉMANCIPÉ
La Fabrique éd., 150 p., 13 €

Invité par diverses institutions universitaires, culturelles ou artistiques, Jacques Rancière a poursuivi sa réflexion sur l’art moderne, sa réception et son appréciation critiques. Les cinq textes qu’il réunit repartent d’une conceptualisation progressivement élaborée et exposée depuis La Nuit des prolétaires (1981) jusqu’à Politique de la littérature (2007), qui fait le lien entre politique et esthétique, agir et sentir.


Légèreté des mots, douceur des photos, un article de Odile Hunoult

FRANÇOISE DOLTO, ARCHIVES DE L’INTIME, sous la dir. de Yann Potin
Textes de Catherine Dolto, Muriel Djéribi-Valentin, Manon Pignot, Yann Potin, Jean-Pierre Winter
Gallimard éd., 256 p., 29,50 €

Archives de l’intime paraît pour le centenaire de la naissance et le vingtième anniversaire de la mort de Françoise Dolto (le 6 novembre 1988). Difficile, tant le plaisir est grand de feuilleter ces archives, de ne pas ajouter au flot de bénédictions qui traîne autour de Françoise Dolto.


Un Voltaire d’aujourd’hui, un article de Jean M. Goulemot

RAYMOND TROUSSON, VOLTAIRE
Tallandier éd., 798 p., 30 €

Raymond Trousson, professeur à l’Université libre de Bruxelles, est un spécialiste internationalement reconnu du XVIIIe siècle. Depuis quelques années il se consacre à la biographie des grandes figures des Lumières, Rousseau, Diderot et maintenant Voltaire.




De l’amour des beaux-arts, un article de Vincent Milliot

CHARLOTTE GUICHARD, LES AMATEURS D’ART À PARIS AU XVIIIe SIÈCLE
Champ Vallon éd., 400 p., 29 €

En 1767, dans les Salons, Diderot s’enflamme avec sa verve coutumière contre la « race maudite » des amateurs d’art. Objet de multiples critiques à la veille de la Révolution, cette figure sociale dont l’apogée se situe entre le triomphe du mécène au XVIIe siècle et celui du collectionneur au XIXe siècle, a pourtant constitué un acteur essentiel du système monarchique des arts au temps des Lumières, comme l’explique Charlotte Guichard, dans un ouvrage à bien des égards passionnant.


L’agonie du néolibéralisme, Entretien de Ignacio Ramonet par Omar Merzoug

Ancien directeur du Monde diplomatique, co-fondateur d’ATTAC, auteur de La Tyrannie de la communication (1999), Propagandes silencieuses (2000), Guerres du XXIe siècle (2002), Ignacio Ramonet publie Le Krach parfait (Galilée), un essai sur la récente crise financière. Pour les lecteurs de La Quinzaine littéraire, il en explique les tenants et les aboutissants.


À Londres, des économistes et des philosophes réfléchissent sur le marché, un article de Christian Descamps

En organisant une rencontre, en décembre 2008, la fondation Templeton – cette association philanthropique pour soutenir la recherche qui aime poser des « big questions » – se demandait, à l’automne : « Est-ce que le libre marché corrompt la moralité ? » Dans la capitale britannique, cette interrogation fut relancée à partir d’une plaquette où une dizaine d’intervenants répondent, prennent partie, avec plus ou moins de bonheur.


aube_ellouetLe grand large, un article de François-René Simon

YVES ELLÉOUËT
DVD (81 min) de Dominique Ferrandou, Livret de 96 p.
TFV Production éd., www.studioswinwin, 23 €

Aube Elléouët, la fille d’André Breton – la « chère Ecusette de Noireuil » de L’Amour fou –, n’est pas du genre à thésauriser : à son actif, entre autres, la production d’une collection de DVD. Dernier en date : Yves Elléouët (1932-1975), peintre et écrivain inspiré.


Théâtres en capitales, un article de Maïté Bouissy

CHRISTOPHE CHARLE, THÉÂTRES EN CAPITALES
Naissance de la société du spectacle à Paris, Berlin, Londres et Vienne
Albin Michel éd., 574 p., 29 €

En capitales, comme au sommet de l’affiche et dans les capitales majeures de l’Europe d’avant 1914, Paris, Londres, Berlin et Vienne, le théâtre ne cesse de solliciter des publics dont la fonction est d’être là sans être là (pour reprendre une formule de Peter Brook). Christophe Charle fait jouer par le chiffre et par le texte tous les ingrédients du succès rêvé par chacun des agents de l’entreprise théâtrale et la comparaison de ces « sociétés en spectacle » renvoie à notre actualité, car sa grille de lecture se médite au présent.


La Quinzaine n°983, du 1er janvier au 15 janvier 2009

janvier 20, 2009

L’avion, l’amour, le ciel, la tristesse et l’espoir, un article de Christine Spianti

SIMONE DE BEAUVOIR, TOUT CONNAÎTRE DU MONDE
Textes choisis et présentés par Éric Levéel, coll. « Voyager avec… »
La Quinzaine littéraire/Louis Vuitton éd., 272 p., 26 €

En cette année 2008 où l’on se souvient que Simone de Beauvoir est née le 9 janvier 1908, ce recueil retrace tous les voyages qu’elle a effectués, à travers des textes tirés de sa correspondance et de ses mémoires, réunis sous le titre Tout connaître du monde. Trois lettres de Sartre inédites et les photos en noir et blanc de Janine Niepce complètent ce volume. L’ensemble évoque plusieurs époques du monde, des années 30 aux
années 70, des histoires de gens et de paysages si changés depuis. Une passion de la découverte aussi, quand, de Meyrignac à Gao, en passant par Londres et l’Amazonie, chaque jour mène quelque part.

Démocratie décérébrée et mondialisation émotionnelle, un article de Laurence Zordan

AL GORE, LA RAISON ASSIÉGÉE
Fayard éd., 319 p., 21 €
DOMINIQUE MOÏSI, LA GÉOPOLITIQUE DE L’ÉMOTION
Flammarion éd., 268 p., 20 €

La démocratie délibérative, supposant débats, arguments, est-elle supplantée par une démocratie décérébrée, une fois que la raison assiégée a rendu les armes devant l’émotion ? « Raison assiégée », alors que le titre original de l’ouvrage d’Al Gore ne met pas l’accent sur l’aspect obsidional, mais sur l’assaut.


ozRencontre avec Amos Oz, entretien

Amos Oz était à Bastia le 29 novembre dernier, pour recevoir le prix Ulysse, remis par l’association Arte Mare, et qui consacre un auteur du Bassin méditerranéen. Le romancier israélien est dans l’actualité puisque avec David Grossmann, Abraham Burg et des ex-militants du Parti Travailliste, il crée un parti « Colombe », qui présentera des candidats aux élections de février 2009. Nous l’avons interrogé sur ce thème comme sur bien d’autres, plus littéraires, qui traverse son oeuvre.


Variations sur la mort, un article de Gabrielle Napoli

SÁNDOR MÁRAI, LE PREMIER AMOUR
trad. du hongrois par Catherine Fay
Albin Michel éd., 320 p., 20 €

C’est le premier roman de celui qu’Imre Kertész considère comme le plus remarquable des écrivains hongrois que la traduction de Catherine Fay nous permet de lire aujourd’hui. Les fidèles de Sándor Márai retrouveront dans Le PremierAmour la finesse d’analyse du romancier. Loin des Mémoires de Hongrie ou de Libération, qui mettent davantage l’accent sur l’Histoire hongroise, il s’agit ici de se plonger, grâce à la forme du
journal intime, dans l’intériorité, bouleversée et bouleversante, d’un professeur de latin d’une petite ville de province, à quelques mois de la retraite.


Werner Kofler : « L’art doit détruire la réalité », un article de Laurent Margantin

WERNER KOFLER, AUTOMNE, LIBERTÉ
Herbst, Freiheit, Nahorstück
trad. de l’allemand par Bernard Banoun
Absalon éd., 128 p., 17 €

Rejetant le réalisme, tout un courant de la littérature autrichienne conjugue critique de la société et bouleversement des structures romanesques traditionnelles. Werner Kofler s’inscrit dans la lignée des grands prosateurs de langue allemande occupés à défaire tous les codes de l’écriture littéraire.


Le voyage qui ne finit jamais, un article de Hugo Pradelle

NORDAHL GRIEG, LE NAVIRE POURSUIT SA ROUTE (Skibet gaar videre)
trad. du norvégien par Hélène Hilpert et Gerd de Mautort (revu par Ph. Bouquet)
Les Fondeurs de Briques éd., 172 p., 16 €

Soixante ans après sa première publication en France, nous redécouvrons, dans une traduction largement remaniée, le plus célèbre roman de Nordahl Grieg (1902-1943), figure de proue des lettres norvégiennes. Un huis clos maritime et lyrique qui s’inscrit dans une filiation passionnante et inépuisable.


caradecFrançois Caradec, donnez régulièrement de vos nouvelles !, un article de Jean-Jacques Lefrère

Dans une toute récente Quinzaine littéraire, Maurice Nadeau évoquait la disparition de François Caradec, survenue le 13 novembre dernier. D’une manière qui a un peu surpris, en tout cas passablement inattendue, la presse a donné un large écho à cette disparition, comme s’il lui importait de compenser d’un coup la discrétion dont elle avait fait preuve à son égard pendant nombre d’années.


Le Paris de Heine, un article de Jean-Luc Tiesset

HENRI HEINE, LUTÈCE, LETTRES SUR LA VIE POLITIQUE, ARTISTIQUE ET SOCIALE
DE LA FRANCE
présentation de Patricia Baudouin
La Fabrique éd., 475 p., 25 €

En écho aux diverses manifestations qui marquèrent en 2006 le cent-cinquantième anniversaire de la mort d’Heinrich Heine, la publication de ce livre dans le contexte européen actuel est une heureuse initiative. D’autant que Patricia Baudouin l’a doté d’une présentation et d’un appareil critique propres à rendre la lecture agréable à ceux qui ne sont pas obligatoirement fins connaisseurs de l’histoire de la Monarchie de Juillet…


« Sans que j’y pense… », un article de Marie Etienne

Fiction ou vérité, l’auteur prétend avoir retrouvé des papiers qui fourniraient ici matière à poésie.

MATHIEU BÉNÉZET et PHILIPPE HÉLÉNON, NE TE CONFIE QU’À MOI
Flammarion éd., 200 p., 18 €






Les équivoques de la chair, un article de Omar Merzoug

FLORENCE COLIN-GOGUEL, L’IMAGE DE L’AMOUR CHARNEL AU MOYEN ÂGE
Préface de Michel Pastoureau
Seuil éd., 189 p., 45 €

Extrait: “Parce que son idéal demeure l’imitation du Christ, le chrétien bute sur la chair dans laquelle on lui a enseigné à voir une abjection. L’aspiration du fidèle à la vertu se fait au prix d’un déchirement intérieur dans l’exacte Rédemption. Le Révérend Père Malebranche se désespérait de voir les hommes de son temps si entêtés de « choses corporelles » qu’ils négligeaient de cultiver l’esprit, « leur âme esclave du corps » chérissant les divertissements. “


Yo Picasso, un article de Georges Raillard

PHILIPPE DAGEN, PICASSO
Hazan éd., 512 p., 500 ill.,
140 €, 170 € à partir du 1er février

Cette monographie de Picasso par Philippe Dagen est une somme.
Précise, écrite avec allégresse, elle nous entraîne sur les chemins pris par Picasso durant sa longue vie. Comme si nous suivions pour la première fois le mouvement de sa peinture.


Derrida et la fable du politique, un article de René Major

JACQUES DERRIDA, LA BÊTE ET LE SOUVERAIN
Galilée éd., 462 p., 33 €

Qui veut comprendre quelque chose aux arcanes de la politique – aussi bien de celle d’hier que de celle d’aujourd’hui – ne pourra désormais s’exempter d’avoir lu La bête et le souverain. Mais sa lecture devra s’armer de patience, de la patience de l’animal qui guette sa proie ou de la bête constamment sur le qui-vive, pour traverser la forêt de cet imposant
bestiaire politique, riche de figures animales comme figures du politique, cette forêt dans laquelle l’auteur s’avance lui-même à pas de loup pour surprendre, et s’en étonner, les guets-apens de la langue, de la traduction et de l’interprétation, au sein d’une même langue comme d’une langue à l’autre, des pièges qui parsèment l’histoire occidentale de la pensée cherchant à cerner ce qui serait le propre de l’homme et le propre de l’animal.


D’Alphonse Allais à Karl Marx, un article de Jean-Jacques Marie

VINCENT PEILLON, LA RÉVOLUTION FRANÇAISE N’EST PAS TERMINÉE
Seuil éd., 212 p., 16 €
FRANÇOIS RUFFIN, LA GUERRE DES CLASSES
Fayard éd., 240 p., 19 €

Si l’on en croit la quatrième de couverture de l’ouvrage de Vincent Peillon une nouvelle étoile serait enfin apparue dans le ciel plutôt désertique de l’intelligentsia française : « Ce livre est le premier acte d’une nouvelle génération  intellectuelle et politique qui a décidé, sans craindre la polémique et la responsabilité, d’écrire enfin son histoire, de courir son risque, d’enfanter son propre temps, de construire son espérance. » Dans ces lignes modestes on reconnaît la plume de l’auteur lui-même. C’est la version littéraire du self-service.

La Bretagne et les Bretons, un article de Jean-Maurice Legal

JOËL CORNETTE, HISTOIRE DE LA BRETAGNE ET DES BRETONS
Tome I. Des âges obscurs au règne de Louis XIV
Tome II. Des Lumières au XXIe siècle
Seuil éd., 733 p. et 749 p., 26 €

Une somme d’informations, aisément accessible et dans un format commode, c’est ce que Joël Cornette offre à un public de lecteurs allant de l’amateur d’histoire, ancienne et contemporaine, à l’érudit ou à l’historien spécialisé. C’est aussi, tout au long du commentaire des faits établis, une histoire de l’historiographie traditionnelle et moderne de la Bretagne et des discussions qui en ont jalonné le cours. C’est là un ouvrage de référence.


L’homme aux quatre visages, un article de Bernard Cazes

OLIVIER DARD, BERTRAND DE JOUVENEL
Perrin éd., 528 p., 25 €

Olivier Dard avait bien des raisons de s’intéresser à la personnalité de Bertrand de Jouvenel (1903-1987). L’auteur du Rendez-vous manqué des relèves des années 50 ne pouvait manquer d’être attiré par ce jeune radical-socialiste qui, dans les années 20, chercha, toujours en vain, à faire évoluer les structures de la IIIe République. Le même spécialiste qui s’est penché sur certains aspects disons politiquement incorrects de la
France contemporaine (la Synarchie, l’OAS) a dû être tenté de retrouver dans ce qu’il qualifie par symétrie de « second Jouvenel » – celui des années 30 – ce qu’on appellera des présomptions de fascisme : après tout Jouvenel n’a-t-il pas interviewé Hitler le 21 février 1936, et siégé au bureau politique du PPF de Doriot en 1936-37 ?

Valence-Ménilmontant, un article de Monique Roux

PAULINE SALES, ISRAËL-PALESTINE, PORTRAITS
Théâtre de l’Est parisien le 10 janvier et le 8 février 2009
SERGE VALLETTI, SAINT ELVIS
Mise en scène d’Olivier Werner, Théâtre de l’Est parisien jusqu’au 9 janvier 2009

C’est une pratique habituelle pour les lieux scéniques d’Île-de-France d’accueillir des créations réalisées en province. C’est un événement exceptionnel pour le Théâtre de l’Est parisien, dirigé par Catherine Anne, de recevoir deux mois durant la Comédie de Valence, Centre dramatique national de la Drôme et de l’Ardèche, avec cinq spectacles, actuellement
Israël-Palestine, portraits de Pauline Sales, Saint Elvis de Serge Valletti par Olivier Werner et pour le jeune public La Nuit électrique de Mike Kenny par Marc Lainè.


portraits1De tout, un article de Lucien Logette

Donnons la parole à un expert : « Dans une année qui est un bon millésime pour le cinéma, il se produit cinq ou six bons films dans le monde. Pas davantage. » C’est Werner Herzog, en prélude à la rétrospective complète que nous offre jusqu’au mois de mars le Centre Pompidou, qui s’exprime ainsi dans Manuel de survie, entretiens avec Hervé Aubron
et Emmanuel Burdeau que publient les éditions Capricci. Dénigrement du travail des collègues, pessimisme grognon ou lucidité critique ? Nous pencherons pour la dernière hypothèse, puisque nous la partageons – en partie, à condition de changer « bons » en « grands ». Même si l’étiage semble faible, cinq ou six films capables de vous changer le regard, et l’année n’aura pas été totalement inutile. De toute façon, comme le précise
l’auteur d’Aguirre, « les mauvais films seront toujours plus instructifs que les bons »…

Quelle histoire des sciences ?, un article de Olivia Chevalier et Jean-Michel Kantor

L’HISTOIRE DES SCIENCES, Méthodes, styles et controverses
textes réunis et présentés par J.-F. Braunstein
Vrin éd., 384 p., 13 €

Si l’histoire des sciences est de plus en plus présente par exemple dans l’enseignement universitaire, ses méthodes et son rôle sont encore loin de faire l’unanimité.
Le recueil de textes réunis et présentés par Jean-Francois Braunstein est une synthèse bienvenue et équilibrée. Certains de ces textes sont d’ailleurs peu connus en France, d’autres apparaissent pour la première fois en traduction.


La Quinzaine n°981, du 1er décembre au 15 décembre 2008

décembre 8, 2008

Le sec essentiel et les figures fluides, un article de Gilbert Lascaux

FRED DEUX et CÉCILE REIMS
Halle Saint Pierre
2 rue Ronsard, Paris 18e
15 septembre 2008 – 8 mars 2009
FRED DEUX et CÉCILE REIMS :
LA LIGNE DU PARTAGE
Catalogue officiel, Textes de Pierre Watt, Martine Lusardy, Sepp Hiekisch-Picard
Hazan/La Halle Saint Pierre éd., 192 p., nb ill.

Fred Deux (né en 1924) et Cécile Reims (née en 1927) se sont rencontrés en 1951 à la librairie La Hune au milieu des livres et ils touchent ensemble un volume de Lorca. En cinquante-sept années, ils s’aiment et ne se quittent jamais. Ensemble, toujours différents, ils inventent des oeuvres dissemblables, des styles hétérogènes, des tonalités dissemblables, des recherches autres, des humeurs opposées.

Une leçon d’énergie pour de futurs combats, un article de Agnès Vacquin

GRISÉLIDIS RÉAL
SUIS-JE ENCORE VIVANTE ? Journal de prison
Verticales éd., 204 p.

Dans sa version allemande, la formule Suis-je encore vivante ? sert de légende à un autoportrait reproduit sur la couverture de ce livre, un dessin fait au crayon à bille de deux couleurs de bleu. En version française, elle sert de titre à ce « journal d’une désespérée » que Grisélidis Réal (1929-2005) a rédigé d’avril à août 1963.

Quand le témoignage devient récit, un article de Jean-Yves Potel

HANNA KRALL
LE ROI DE COEUR, trad. du polonais par Margot Carlier
Gallimard éd., 178 p.

Plus qu’un genre, le reportage littéraire est une école en Pologne. Ses traditions remontent avant la guerre, il s’est développé ensuite quand des journalistes tentaient de contourner la censure du régime communiste. Il a donné des livres à succès. Nous connaissons en France Ryszard Kapuscinski ( Ébène, Le Négus, Imperium…), un peu moins Hanna Krall qui en est pourtant aujourd’hui le maître incontesté.


Pour son dernier voyage, un article de Agnès Vaquin

RÉGINE DETAMBEL
NOCES DE CHÊNE
Gallimard éd., 126 p.

Des Noces de chêne pour un improbable mariage, puisque le couple serait censé célébrer ses quatre-vingts ans de vie commune. Avec cette histoire, Régine Detambel semble retrouver au moins deux thèmes qui lui sont chers : celui de la grande vieillesse en perte d’autonomie et celui des plantes.

La langue de l’exil, un article d’Hugo Pradelle

LOJZE KOVACIC
LES IMMIGRÉS : L’ENFANT DE L’EXIL (tome I) trad. du slovène par Andrée Lück Gaye
Seuil éd., 300 p.

Nous découvrons, en lisant ce livre difficile, parfois ennuyeux mais traversé d’une énergie fascinante et d’une force d’évocation remarquable, les prolégomènes d’une œuvre autobiographique en suspens. Le récit s’inscrit dans un travail depuis la langue et au-dedans d’elle-même, pour repenser un genre et une forme dans une dynamique d’une grande intelligence.

Spéculations edwardiennes, un article de Liliane Kerjan

IVY COMPTON-BURNETT
UNE FAMILLE ET UNE FORTUNE, A Family and a Fortune, trad. de l’anglais par Philippe Loubat-Delranc
Phébus éd., 344 p.

Reprenant le flambeau des critiques de talent qui ont épinglé qui le snobisme, qui l’hypocrisie ou le langage de leur époque, Ivy Compton-Burnett installe une famille dans le cadre étroit d’une demeure de campagne, où elle privilégie rivalités, pointes de cynisme et  escarmouches de la conversation.

Agustina Bessa-Luís, un article de Jacques Fressard

AGUSTINA BESSA-LUÍS
LA RONDE DE NUIT
trad. du portugais par Françoise Debecker-Bardin
Métailié éd., 318 p.

Bien qu’ayant figuré parmi les auteurs pris en considération pour le prix Nobel par la commission ad hoc de l’Académie suédoise , Agustina Bessa-Luís fut en quelque sorte coiffée au poteau, comme on sait, en 1998, lors du sacre de José Saramago, premier écrivain portugais à se voir décerner cette très convoitée distinction. Plusieurs autres étaient certes sur les rangs mais ce choix-là avait un sens : le jury avait préféré un humaniste moderne, issu du courant néo-réaliste social, à une  romancière brillante certes, mais sceptique et nostalgique du passé.

Au fil du temps, un article de Marie-José Tramuta

MARIOLINA VENEZIA
J’AI VÉCU MILLE ANS, Mille anni che sto qui, trad. de l’italien par Nathalie Bauer
Robert Laffont éd., 302 p.

Lauréat du prix Campiello 2007, qui couronna naguère des écrivains comme Giuseppe Pontiggia qui reçut le prix en 2001 pour Vie des hommes non illustres, ce livre d’un jeune auteur peu ou prou inconnu a parfois été comparé, abusivement cela va de soi, à Cent ans de solitude, de Gabriel García Márquez. Une certaine veine fantastique y est perceptible dans les premières images qui ouvrent le récit.


Les patries imaginaires, un article de Tiphaine Samoyault

CAMILLE DE TOLEDO
VISITER LE FLURKISTAN OU LES ILLUSIONS DE LA LITTÉRATURE-MONDE
PUF éd., 111 p.

Camille de Toledo, auteur récemment de Vies et mort d’un terroriste américain (publié chez Verticales), fait paraître une critique vive et argumentée du « Manifeste pour une littérature-monde en français ». Un texte réactif qui se présente aussi comme une défense de la littérature.


Les paroles libres, un article de Hugo Pradelle

HERVÉ GUIBERT
ARTICLES INTRÉPIDES (1977-1985)
Gallimard éd., 384 p.

En se plongeant dans ce recueil d’articles nous redécouvrons la diversité des intérêts de Guibert, une liberté de ton rafraîchissante, ses premiers pas d’écrivain, ses amitiés, une parole toujours en mouvement, intrépide.




Paul-JeanToulet ou comment incarner la décadence, un article de Maurice Mourier

FRÉDÉRIC MARTINEZ
PRENDS GARDE À LA DOUCEUR DES CHOSES, Paul-Jean Toulet, une vie en morceaux
Tallandier éd., 345 p.

« Ce n’est pas une biographie. C’est l’histoire d’un poème. » Cette déclaration du dernier chic quand on écrit une biographie, mais un peu péremptoire, la pardonnera-t-on à Frédéric Martinez au bénéfice de la jeunesse (il a trente-cinq ans), ou bien à celui de l’empathie qu’il manifeste, pour le meilleur et le moins bon, à l’égard d’un Décadent (1867-1920) qui ne fut jamais illustre en son temps et n’est plus guère connu du nôtre ?

Aimez-vous l’Histoire ?, un article de Dominique Goy-Blanquet

SHAKESPEARE
HISTOIRES I & II, Bibliothèque de la Pléiade
Gallimard éd., tome 1 1776 p., tome 2 1760 p.

Si c’est oui, précipitez-vous, si c’est non précipitez-vous aussi sur les pièces historiques de Shakespeare. De toute façon les Histoires auront moins de succès que les Tragédies, me dit Jean-Michel Deprats, le maître d’oeuvre de cette nouvelle édition Pléiade, quand je l’appelle pour lui demander s’il est encore temps d’en rectifier quelques erreurs. Non, il n’est plus temps, l’impression et les jeux sont faits.

Ensauvager la vie avec William S. Merwin, un article de George Guillain

WILLIAM S. MERWIN
ÉCRITS AU GRÉ D’UN ACCOMPAGNEMENT INACHEVÉ, trad. par Christophe Wall-Romana
Cheyne éd., 205 p.

On s’étonnera en découvrant le recueil du poèteWilliam S. Merwin, paru en 1973 aux États-Unis sous le titre Written to an Unfinished Accompaniment qu’il ait fallu attendre jusqu’à aujourd’hui pour qu’un éditeur français – en l’occurrence Cheyne – nous offre la première édition d’un des ouvrages les plus marquants de ce poète abondant et protéiforme qui depuis le milieu des années 70 collectionne dans son pays mais aussi à l’étranger les prix les plus prestigieux.

Hegel : l’autre biographie, un article de Catherine Malabou

RUDOLF HAYM
HEGEL ET SON TEMPS, Leçons sur la genèse et le développement, nature et valeur de la philosophie hégélienne, trad. de l’allemand par Pierre Osmo
Gallimard éd., 598 p.

Hegel et son temps, publié en 1857, est la deuxième grande biographie de Hegel après celle de Karl Rosenkranz (Vie de Hegel, également traduite et présentée par Pierre Osmo en 2004). Professeur de littérature allemande, Rudolf Haym, par ailleurs actif en politique, se montre, en 1855, extrêmement critique au sujet de l’oeuvre et de l’influence de Hegel.

Kracauer àWeimar, un article de NIA PERIVOLAROPOULOU

SIEGFRIED KRACAUER

L’ORNEMENT DE LA MASSE, Essais sur la modernité weimarienne, trad. de l’allemand par Sabine Cornille, préface d’Olivier Agard, éd. par Olivier Agard et Philippe Despoix,La Découverte éd., 310 p.

LE VOYAGE ET LA DANSE
Figures de ville et vues de films, trad. de l’allemand par Sabine Cornille
textes choisis et présentés par Philippe Despoix
Maison des sciences de l’homme/Les Presses de l’université Laval éd., 196 p.,

La publication en français de L’Ornement de la masse, accompagnée de la nouvelle édition du Voyage et la Danse, recueil depuis longtemps épuisé, s’inscrit dans le mouvement, amorcé vers le milieu des années 1990, de réception en France de l’oeuvre polymorphe de Kracauer. Réception hésitante et confidentielle dans un premier temps, à l’ombre de l’École de Francfort et surtout deWalter Benjamin, mais qui, au fil des nouvelles traductions et des études qui lui sont consacrées, s’affirme en même temps que la portée et l’actualité d’un penseur original et inclassable.

Sous le signe de l’amnésie, un article de Omar Merzoug

CORINNE ENAUDEAU, JEAN-FRANÇOIS NORDMANN, JEAN-MICHEL SALANSKIS, FRÉDÉRIC WORMS (sous la dir.)
LES TRANSFORMATEURS LYOTARD
Sens & Tonka éd., 396 p.

Jean-François Lyotard n’a pas toujours bonne presse. À son sujet, ce sont les termes de « nihilisme », d’« irrationnalisme », de « pensée sophistique », de « néo-conservatisme » qui reviennent le plus souvent. Par voie de conséquence, on ne peut que se réjouir de voir des organisateurs qui manifestent « un attachement partagé » à son oeuvre se hâter de faire le point, de dissiper les malentendus et les équivoques en publiant les actes du colloque qui lui a été consacré au Collège international de philosophie en 2007. « Nous avions le sentiment qu’une réception de sa pensée s’était imposée qui faisait tort à sa complexité. »

La torture, défi majeur du XXIe siècle, un article de Laurence Zordan

MICHEL TERESTCHENKO
DU BON USAGE DE LA TORTURE ou comment les démocraties justifient l’injustifiable
La Découverte éd., 216 p.

Les démocraties en seraient-elles arrivées à considérer la torture comme légitime ? Comment glisse-t-on de l’exceptionnel condamnable à la normalisation excusable, voire recommandable ? Comment les adversaires de la torture en viennent-ils à passer pour immoraux ? Cette inversion des valeurs n’appelle pas une simple réprobation au nom des droits de l’homme, mais une réfutation implacable et subtile, démontant les rouages de « l’idéologie libérale de la torture ». Contradiction dans les
termes ou construction juridique établissant un droit de la torture, qui se mue en devoir de torturer et en absence de droit à ne pas être torturé ? Innocence et culpabilité risquent d’en être altérées au point de n’être plus pertinentes : tel est le défi que le XXIe siècle doit affronter.

Ce passé qui ne passe pas, un article de Sonia Dayan-Herzbrun

PIERRE BAYARD et ALAIN BROSSAT (sous la dir.)
LES DÉNIS DE L’HISTOIRE, Europe et Extrême-Orient au XXe siècle
Laurence Teper éd., 390 p.

L’heure est aujourd’hui aux commémorations sans fin de séquences du passé sacralisées mais rarement interrogées, dans une confusion entre Histoire et mémoire où la réflexion sur le travail des historiens est rarement menée très avant. Derrière cette inflation de discours souvent convenus, combien de silences, de dissimulations ! C’est ce que Pierre Bayard et Alain Brossat, empruntant au vocabulaire de la psychanalyse nomment « dénis de l’Histoire », désignant ainsi ce qui du passé ne passe pas, c’est-à-dire n’est pas transmis, et reste comme une arête en travers de la gorge.

La trahison de Munich, un article de Daniel Lindenberg

MICHEL WINOCK (prés. par)
EMMANUEL MOUNIER ET LA GRANDE DÉBÂCLE DES INTELLECTUELS
édité par Nora Benkorich, CNRS éd., 184 p.

Le grand débat qui a agité la France au moment de la conférence de Munich (28-30 septembre 1938) est un tournant de son histoire contemporaine. Il divise toutes les familles politiques, idéologiques et spirituelles. Il oblige certains à des révisions déchirantes, tandis que d’autres s’en tiennent aux dogmes de l’après-guerre ; il annonce le reclassement des années noires qui vont suivre.

Déjà jadis, un article de Lucien Logette

ULI EDEL
LA BANDE À BAADER

« Le film qui déchaîne les passions en Allemagne » : Le Nouvel Observateur surtitre ainsi l’article qu’il consacre, dans son numéro du 6 novembre, à l’évocation de la « bande à Baader », quelques jours avant que le film sur la Fraction Armée rouge ne parvienne sur nos écrans. À Mannheim, où nous étions pour suivre le festival que la ville organise chaque automne, les spectateurs qui sortaient des projections de Der Baader Meinhof Komplex n’avaient pas l’air autrement bouleversés et les rues ne semblaient pas le théâtre de passions spécialement libérées.

Tragédies shakespeariennes, un article de Monique Leroux

WILLIAM SHAKESPEARE

CORIOLAN, Mise en scène de Christian Schiaretti, Théâtre Nanterre-Amandiers, jusqu’au 19 décembre,  Au TNP et en tournée nationale jusqu’en février 2009

OTHELLO, Mise en scène d’Éric Vigner, Théâtre national de l’Odéon, jusqu’au 7 décembre,  Tournée nationale jusqu’en février 2009

Coriolan mis en scène par Christian Schiaretti aux Amandiers de Nanterre dans le cadre du Festival d’Automne, Othello par Éric Vigner au Théâtre national de l’Odéon : deux tragédies de Shakespeare, deux grands personnages auréolés de gloire militaire de retour à la vie civile, publique ou domestique, deux artistes de la même génération, mais deux esthétiques aux antipodes l’une de l’autre.

« Le dernier grand musicien de l’Occident », un article de Norbert Czarny

STÉPHANE BARSACQ
JOHANNES BRAHMS
Préface d’Hélène Grimaud
Actes Sud éd., 200 p.

Lorsqu’on établit la liste des musiciens dont le nom commence par B, on cite Bach, Beethoven, voire Berg. Tous trois ont marqué leur temps, ont transformé les codes de la musique. On citera plus rarement Bartok, peut-être parce qu’il appartient à une petite nation et que les échos de sa musique en semblent atténués. Et Brahms ?





Théâtre et révolution

mai 12, 2008
Bread and Puppet Theater

Bread and Puppet Theater

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Théâtre et révolution par Gilles Sandier

Nous ne connaissons pas encore le bilan des Etats Généraux du théâtre, qui se sont tenus, par petits paquets, à la fois à Lyon, pour les gens de théâtre du “ secteur public ”, et dans différentes salles de Paris, pour les autres. Mais on peut, à priori, formuler quelques souhaits et propositions. D’abord, cette révolution dont la France vient d’esquisser le modèle aux yeux de l’Europe interloquée et dont elle a achevé seulement la première phase, il faut que le théâtre, désormais, la serve. On ne peut plus concevoir le rôle du théâtre que dans une perspective politique et révolutionnaire. Dans une nation réveillée, qui enfin se politise, et où la parole est libérée, le théâtre doit sortir de ses salles closes, qui tiennent du temple, du club, et du bordel. Il doit descendre sur les places, dans les cortèges, dans les meetings ; il doit descendre dans la rue ; ou plutôt il doit en naître : lié à l’événement, à l’histoire qui se fait, commentaire lyrique ou critique de l’actualité, il doit être capable de constituer des fables et des images, des récits et des caricatures, qui puissent éclairer, donner à voir et à comprendre, dénoncer, exciter, célébrer : théâtre de cirque, de parade, de guignol, et de création collective.

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