La Quinzaine n°1002, du 1er au 15 novembre 2009

novembre 7, 2009

“Où le romancier en appelle au lecteur : qui était Alejandro Bevilacqua ?”, un article de Jacques Fressard

ALBERTO MANGUEL
TOUS LES HOMMES SONT MENTEURS
trad. de l’espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco
Actes Sud, 203 p., 19 €

On se souvient que l’auteur de ce livre, Alberto Manguel, fut un jour ce jeune étudiant qui, travaillant après les cours dans une librairie de Buenos Aires, se vit solliciter par Borges – alors déjà presque aveugle – pour lui faire la lecture certains soirs.

“Une vraie sépulture”, un article de Norbert Czarny

ALAIN BLOTTIÈRE
LE TOMBEAU DE TOMMY
Gallimard, 220 p., 16,50

L’épopée de l’Affiche rouge oubliée jusqu’à ce qu’Aragon la célèbre dans un fameux poème revient dans l’actualité cet automne à travers deux fictions. La coïncidence est remarquable. D’une part L’Armée du crime, de Robert Guédiguian, d’autre part Le Tombeau de Tommy, roman. Dans les deux cas se posent les questions de la mise en scène, et de l’adaptation. Mais pas seulement.

“Angoisse de la langue “, un article de Hugo Pradelle

JEAN-MICHEL DELACOMPTÉE
LANGUE MORTE, BOSSUET
Gallimard, coll. «L’un et l’autre», 208 p., 18 €

Après son très beau livre sur Ambroise Paré, Jean-Michel Delacomptée revient au Grand Siècle en entreprenant la vie de Bossuet comme celle d’un homme qui « a fait bouger la langue ». Il interroge ainsi, non pas la simple biographie, mais l’aventure même de la langue, son rapport au temps qui la produit, la manière dont l’Homme se conçoit, les inquiétudes que notre société provoque.

“La ritournelle du songe”, un article de Vanessa Aubert

PHILIPPE RAULET
VA-ET-VIENT PARADIS
Verticales, 132 p., 14,90 €

« Tout porte à croire qu’il existe un certain point de l’esprit d’où la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l’incommunicable, le haut et le bas cessent d’être perçus contradictoirement » (André Breton).Va-et-vient paradis est une sorte d’ovni littéraire surréel. Après Allons, pressons ! publié en 2000, son dernier livre s’ouvre sur un monde communiquant, un univers accédant à tous les possibles, dans lequel les thématiques de la liberté et de la rencontre ne cessent de tournoyer.

“Un club pas comme les autres”, un article de Vanessa Aubert

JEAN-MICHEL GUENASSIA
LE CLUB DES INCORRIGIBLES OPTIMISTES
Albin Michel, 768 p., 23,90 €

Après Pour cent millions, roman policier, publié en 1986 (Liana Levi), Jean-Michel Guenassia ressurgit brillamment sur la scène littéraire avec un nouveau roman. Une énergie romanesque au service d’une chronique mélancolique et étonnante.

“«L’outre-danse» de l’Histoire”, un article de Gabrielle Napoli

ATTILA BARTIS
PROMENADE
Actes Sud, 142 p., 18 €

Cette promenade s’avère être tout autant un parcours géographique et historique qu’une déambulation dans l’intériorité mystérieuse et inquiétante d’un narrateur, dont on supposera au fil de la lecture qu’il s’agit d’une narratrice. Une terrifiante mythologie enfantine s’élabore au fil du récit, et le monde se révèle dans toutes ses failles.

“Comme on composerait une mosaïque”, un article de Sonia Dayan-Herzbrun

KHALED AL KHAMISSI
TAXI
trad. de l’arabe (Égypte) par Hussein Emara et Moïna Fauchier-Delavigne
Actes Sud, 190 p., 18,80€

ELIAS KHOURY
LE COFFRE DES SECRETS
trad. de l’arabe (Liban) par Rania Samara
Actes Sud, 207 p., 19€

On ne sait à quel genre littéraire rattacher le premier livre de l’écrivain égyptien Khaled Al Khamissi. Homme de cinéma, Khamissi a écrit, avec Taxi, ce qui aurait pu passer pour un scénario de ces films italiens à sketches des années 50.

“Voix, scènes, images pour obsessions et fantasmes”, un article de Claire Richard

SARA STRIDSBERG
LA FACULTÉ DES RÊVES
trad. du suédois par Jean-Baptiste Coursaud
Stock, coll. « La Cosmopolite », 411 p., 22,50 €

Dans cette « fantaisie littéraire » sur la vie de Valerie Solanas, la Suédoise Sara Stridsberg explore les multiples facettes d’une vie mal connue, dans un texte hybride et puissant – et montre comment la littérature peut dire beaucoup plus qu’une biographie.

“Vivre dans l’Europe de l’après-guerre”, un article de Gabrielle Napoli

SÁNDOR MÁRAI
LE MIRACLE DE SAN GENNARO
trad. du hongrois par Georges Kassai et Zéno Bianu
Albin Michel, 380 p., 20,90 €

La traduction par Georges Kassai et Zéno Bianu d’un roman de Sándor Márai permet à nouveau au lecteur français de découvrir une œuvre inconnue en France de cet auteur phare de la littérature hongroise. Le Miracle de San Gennaro décrit les habitants des bassos de Pausilippe et leur curiosité pour un couple d’étrangers, installé depuis peu, et dont l’homme veut prétendument sauver le monde.

“«Vieille dame» à la dérive”, un article de Monique Baccelli


trad. de l’italien par Lise Chapuis
Christian Bourgois, 110 p., 17 €

Dans Vipère au poing, Hervé Bazin définissait si bien la marâtre que le surnom qu’il donnait en secret à sa propre mère est quasiment devenu un nom commun : une vraie folcoche, dit-on, de certaines femmes dénuées de sentiments maternels. Et c’est de ce spécimen humain, hélas indestructible, que Rosa Matteucci propose une image réactualisée, et légèrement exotique pour nous, puisque l’extravagante Ada sévit dans un petit village italien.

“Le «monde disparu» de Joseph Roth”, un article de Pierre Pachet

JOSEPH ROTH
CABINET DES FIGURES DE CIRE
précédé d’IMAGES VIENNOISES
trad. de l’italien et présenté par Stéphane Pesnel
Seuil, 238 p., 19 €

CLAUDIO MAGRIS
LOIN D’OÙ ?
trad. de l’italien par Jean et Marie-Noëlle Pastureau
Seuil, 480 p., 26 €

Panoptikum, en allemand, désigne un musée de figures de cire, comme Tussaud ou Grévin. C’était le titre choisi en 1930 par Joseph Roth pour l’un des recueils d’articles parmi lesquels Stéphane Pesnel a choisi avec goût les textes traduits et présentés dans ce volume.

“Les foules des oiseaux, des anges, des rats”, un article de Gilbert Lascault

EXPOSITION MARIE MOREL, PEINTURES
Halle Saint-Pierre 2 rue Ronsard, Paris 18e
10 septembre 2009 – 7 mars 2010
MARIE MOREL
Textes de Pascal Quignard, Pierre Bourgeade, Daniel Marchesseau
Éd. Chalut-Mots / Halle Saint-Pierre, 208 p., nb. ill. coul., 30 €

Dans les immenses tableaux de Marie Morel (née en 1954), les femmes à demi dénudées, les hommes, les oiseaux, les anges qui bandent, les rats, les arbres, les buissons s’accumulent, s’assemblent, s’amassent. Les êtres vivants (humains, animaux, végétaux) se fréquentent, s’approchent, se conjoignent. Ils s’accolent, se superposent, se stratifient. Ils s’aiment. Ils vibrent.

“Le grand poème shakespearien”, un article de Dominique Goy-Blanquet

MICHAEL EDWARDS
SHAKESPEARE : LE POÈTE AU THÉÂTRE
Fayard, 100 p., 22 €

Pourquoi un poète renonce-t-il à sa souveraineté en se pliant aux contraintes de la scène? That is the question, celle que se posent tous les poètes lecteurs de Shakespeare. La réponse esquissée par Michael Edwards ouvre un vaste champ de questions solidaires, à commencer par celle de la langue, « ce rapport intense avec la vie du langage dans la bouche et dans l’oreille ». Mais lui,le poète poéticien navigant entre deux idiomes, pourquoi a-t-il choisi le français pour revisiter cette œuvre où « Shakespeare donne libre cours à son désir d’entendre l’anglais dans la plénitude de son existence » ?

“Fragments d’un discours politique”, un article de Pierangelo Di Vittorio

COLLECTIF
MAURICE FLORENCE
ARCHIVES DE L’INFAMIE
Les Prairies ordinaires, 160 p., 14

Salué par Gilles Deleuze comme un « chef-d’œuvre », La Vie des homme infâmes est un texte dont on ne saurait négliger l’importance dans l’ensemble des écrits de Michel Foucault. Il est révélateur à la fois des enjeux durables de sa réflexion et des tensions provenant de l’actualité qui l’ont toujours traversée.

“Walter Benjamin et la radio”, un article de Jean Lacoste

PHILIPPE BAUDOUIN
AU MICROPHONE : Dr. WALTER BENJAMIN
Walter Benjamin et la création radiophonique 1929-1933
Éd. de la Maison des sciences de l’homme, coll. «Philia », 270 p., 25 €

Inépuisable Walter Benjamin! C’est tout un pan négligé de son œuvre d’écrivain et de théoricien que Philippe Baudoin met au jour dans un travail de recherche vraiment original qui, non seulement enrichit notre connaissance de Benjamin, ce qui est en soi précieux, mais encore constitue une réflexion actuelle sur ce médium toujours d’avenir qu’est la radio.

“Edgar Morin, un parcours atypique”, un entretien réalisé par Omar Merzoug

EMMANUEL LEMIEUX
EDGAR MORIN, L’INDISCIPLINÉ
Seuil, 569 p., 25 €

Omar Merzoug – À la fin de la biographie qui vous est consacrée, l’auteur dit que vous lui avez proposé d’écrire un ouvrage sur vos rapports avec la guerre d’Algérie, projet qui s’est transformé en biographie…

Edgar Morin – C’est possible, s’il le dit, c’est vrai. Ce dont je me souviens, c’est qu’il a réalisé un entretien pour le journal économique auquel il collaborait, et puis je pense que ça l’a conduit à s’intéresser davantage à moi. C’est par les soins d’une éditrice de chez La Martinière que s’est nouée l’idée qu’il fasse ma biographie…

“La question du corps”, un article de Maïté Bouyssy

JUDITH BUTLER
CES CORPS QUI COMPTENT
De la matérialité et des limites discursives du « sexe »
Éd. Amsterdam, 250 p., 24 €

Ces corps qui comptent reprend le dossier fondamental de la pensée de Judith Butler et appartient au moment fondateur de l’un des chantiers de l’histoire et des sciences humaines qui se sont le plus abondamment développés depuis vingt ans. Plus étayée et moins grand public que Trouble dans le genre, cette analyse de la production historique du corps est strictement constructiviste.

“Si vous avez compris…”, un article de Laurence Zordan

PAUL KRUGMAN
POURQUOI LES CRISES REVIENNENT TOUJOURS
Seuil, 201 p., 17 €

DANIEL COHEN
LA PROSPÉRITÉ DU VICE
une introduction (inquiète) à l’économie
Albin Michel, 283 p., 19 €

« Si vous avez compris ce que j’ai dit, c’est que je me suis mal exprimé » : cette boutade d’Alan Greenspan est, pour paraphraser Kant, révélatrice d’un ton grand seigneur adopté naguère en économie. Naguère, mais pas jadis, puisque c’était hier, avant la crise qui a défrayé la chronique, comme si la faille de la mécanique financière signait aussi la faillite d’un certain type de discours empreint de suffisance. Le retournement de conjoncture n’est pas le simple éclatement d’une « bulle » (terme consacré), car il fait également voler en éclats des schémas de pensée dissimulés sous une rhétorique absconse.

“Les mathématiques, plaisir et savoir”, un article de Jean-Michel Kantor

IAN STEWART
MON CABINET DE CURIOSITÉS
MATHÉMATIQUES
Flammarion, 374 p., 19 €

JEAN-MICHEL SALANSKIS
VIVRE AVEC LES MATHÉMATIQUES
Seuil, 154 p., 17 €

APOSTOLOS DOXIADIS et CHRISTOS H. PAPADIMITRIOU
LOGICOMIX
Illustrations d’Alecos Papadatos et Annie Di Donna
Bloomsbury, 347 p., 22,95 $

Les cabinets de curiosités ont fait rêver des générations d’enfants et d’adultes. Leur charme reposait sur le caractère hétéroclite des curieux objets proposés.

“Germaine et Antonin”, Lucien Logette

GERMAINE DULAC
LA COQUILLE ET LE CLERGYMAN
ALAIN & ODETTE VIRMAUX
ARTAUD/DULAC
Light Cone / Paris Expérimental Coffret comprenant le D.V.D. du film et le livre (160 p.)

«Qui a fait ce film ?» «C’est Madame Germaine Dulac.» «Qu’est-ce que Madame Dulac ? » «C’est une vache. »Le dialogue échangé à voix très haute par des spectateurs, membres non identifiés du groupe surréaliste, lors de la première projection publique de La Coquille et le Clergyman– « scénario Antonin Artaud, composition visuelle Germaine Dulac »– au cinéma des Ursulines le 9 février 1928, fait partie des phrases légendaires, comme«Nous sommes la claque et vous êtes la joue ! »de Desnos à la première de L’Étoile au front ou « Notre collaborateur Benjamin Péret insultant un prêtre »du n° 8 de La Révolution surréaliste. Et le scandale créé par cette intervention demeure dans les riches heures du mouvement dans sa période primitive.

“Bernard-Marie Koltès : vingt ans après”, un article de Monique Le Roux

BERNARD-MARIE KOLTÈS
NICKEL STUFF
Minuit, 128 p., 11,50 €
BERNARD-MARIE KOLTÈS
LETTRES
Minuit, 526 p., 19 €
BRIGITTE SALINO
BERNARD-MARIE KOLTÈS
Stock, 360 p., 21,50 €

ANDRÉ JOB
KOLTÈS, LA RHÉTORIQUE VIVE
Hermann, 136 p., 25 €

Deux décennies ont passé depuis la mort de Bernard-Marie Koltès. Au fil de l’année 2009, manifestations et publications se sont multipliées : commémoration conforme au statut d’un grand écrivain, quelque peu décalée par rapport à la singularité d’une œuvre et d’une personnalité.

“Ils n’ont pas aimé la musique. Dommage !”, un article de Thierry Laisney

SÉBASTIEN ARFOUILLOUX
QUE LA NUIT TOMBE SUR L’ORCHESTRE
Surréalisme et musique
Fayard, 541 p., 24 €

Dans son livre Que la nuit tombe sur l’orchestre, Sébastien Arfouilloux reconsidère l’opinion généralement admise selon laquelle le mouvement surréaliste n’aurait pas touché la musique. Au moyen d’une enquête approfondie, où abondent faits, œuvres et références, il examine les attirances et les influences réciproques qui s’exercèrent entre la musique et les surréalistes (ou les Dada, leurs précurseurs).

 


Vrais ou faux Duras ?

septembre 26, 2009

Un article de Tiphaine Samoyault

DOMINIQUE NOGUEZ
DURAS, TOUJOURS
Actes Sud, 142 p., 18 €

Après Duras, Marguerite, publié en 2001 aux éditions Flammarion, Dominique Noguez revient à la fois sur ses souvenirs personnels de Duras – il l’a fréquentée assez assidûment dans les années 1970, au moment des entretiens qu’il a faits avec elle sur son cinéma – et sa grande connaissance de l’œuvre, pour les mettre au service d’un essai informé et sensible, personnel et délié.

Le livre s’ouvre sur l’énigme du roman caché, ou plutôt des romans cachés, puisque ces dernières années, deux textes ont pu être promus, à tort ou à raison (c’est ce que Dominique Noguez entreprend d’examiner), au rang de romans de Duras, et font ici l’objet d’une enquête détaillée d’attribution… Retrouvez la suite de l’article dans la Quinzaine n°999


La Quinzaine n°999, du 16 au 30 septembre 2009

septembre 20, 2009

“Le cavalier polonais”, un article de Norbert Czarny

YANNICK HAENEL
JAN KARSKI
Gallimard, coll. « L’Infini », 194 p., 16,50 €

Un petit tableau de Rembrandt, à la Frick Collection de New York, aura été la véritable patrie de Jan Karski. Karski est dans Shoah de Lanzmann le résistant polonais qui, guidé par deux membres de la communauté juive, est entré dans le ghetto de Varsovie et y a vu l’inhumanité à l’œuvre. Il n’est jamais revenu de ce temps, jusqu’à son décès en 2000 à Washington.

“Si l’amour ne meurt”, un article de Vanessa Aubert

NOËLLE REVAZ
EFINA
Gallimard, 192 p., 14,90 €

« Le soleil est rare – Et le bonheur aussi – L’amour s’égare – Au long de la vie. » (Serge Gainsbourg). Après Rapport aux bêtes (2005) dans lequel elle recréait la beauté de la langue paysanne, Noëlle Revaz signe un nouveau roman, Ef ina. Cette fois-ci, l’auteur suisse s’attache à dépeindre le face-à-face amoureux dans un va-et-vient tragique.

“Le grand sommeil”, un article de Huho Pradelle

VINCENT MESSAGE
LES VEILLEURS
Le Seuil, 636 p., 22 €

Un premier roman qui réorganise le chaos du monde contemporain, défaisant le réel et le ravaudant avec une certaine forme de jouissance atterrée. Une fresque qui s’apparente à un gouffre et à un recouvrement. Vincent Message interroge la raison, la folie, l’imagination, la mémoire, les rêves qui nous habitent et la parole qui les ordonne. Un livre éprouvant, à l’aune d’une époque de transition où l’homme s’affronte à la perte de sa propre image. Reste à veiller.

“La vie derrière soi”, un article de Hugo Pradelle

PIERRE SILVAIN
ASSISE DEVANT LA MER
Édition définitive
Verdier, 128 p., 14 €

Pierre Silvain entreprend le ressouvenir de son enfance au Maroc, de sa mère, de leurs rapports étranges, cruels et innocents à la fois, de ses secrets de jeunesse, de son rapport à la disparition et à l’écriture. Il signe un récit bouleversant, plein de clarté, la chronique d’un amour compliqué, d’une recouvrance.

“Composition canadienne”, un article de Liliane Kerjan

ALICE MUNRO
DU CÔTÉ DE CASTLE ROCK
A view from Castle Rock
trad. de l’anglais (Canada) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso
Éd. de l’Olivier, 344 p., 22

Gagner sa liberté, sa vie, son espace : tel est toujours le f il serré des histoires d’Alice Munro. Mais pour la première fois il s’agit de son histoire personnelle, précise, lucide, dans la ferme aux renards argentés, en lien direct avec celle de ses ancêtres venus d’Écosse. Pour mieux s’affranchir d’un livre de mémoires, l’imagination s’en mêle qui va faire vibrer des existences robustes ou discrètes sur les terres vierges des cantons canadiens. L’audacieuse Alice Munro crée un genre hybride, original parce que rebrodé sur la trame historique, f idèle dans l’inf idélité. Élargissant les histoires familiales pour créer une f iction de généalogiste, elle invente une composition à la fois ample et intimiste portée par l’élan de sa belle plume incisive.

“Une journée de mai à Rome”, un article de Monique Baccelli

MELANIA G. MAZZUCCO
UN JOUR PARFAIT
trad. par Philippe Di Meo
Flammarion, 393 p., 21 €

Une romancière méthodique : douze personnages principaux, pas ou peu de seconds rôles. Tout se passe à Rome, dans « l’ère Bersluconi » en une seule journée, comme dans l’Ulysse de Joyce, mais une journée scandée par les 24 heures correspondant chacune à un chapitre. Dès les premières pages on sait que le roman s’achèvera sur un crime. Seul point d’interrogation, la journée sera-t-elle pour tous aussi «parfaite» que le titre l’indique ?

“L’équilibre”, un article de Hugo Pradelle

COLUM MCCANN
ET QUE LE VASTE MONDE POURSUIVE SA COURSE FOLLE
Let The Great World Spin
trad. de l’anglais (Irlande) par Jean-Luc Piningre,
Belfond, 448 p., 22 €

Le dernier roman de Colum McCann est un immense creuset pour les voix éperdues de personnages en quête d’amour et de paix. Un requiem polyphonique pour une ville qui change, un cri d’alarme presque désespéré, un élan de tendresse acharné. Ce qu’il appelle « la collision des histoires ».

“Essais parlants”, un article de Marie Tournier-Cardinal

HUANG KUO-CHUN
ESSAIS DE MICRO
Maikefeng Shiyin
trad. du chinois (Taiwan) par Esther Lin et Angel Pino
Actes Sud, 184 p., 19 €

Recueil de courts textes en prose, Essais de micro, traduction littérale du chinois Maikefeng Shiyin, est la tentative d’un jeune écrivain taïwanais, rendu au silence par sa mort prématurée, pour faire entendre l’effet Larsen d’une société qui grince sur elle-même. La diff iculté de celui qui se propose d’en faire la chronique consiste essentiellement à ne pas céder la parole à son auteur dont l’ironie jubilatoire nous amène bien souvent à lire à haute voix, af in d’en faire prof iter l’entourage. Il s’agirait peut-être alors, pour citer Huang Kuo-chun, lorsqu’il entreprend dans le présent ouvrage la recension des « Nouveaux Horaires des trains » de Taipei d’une « monstrueuse critique de livre ».

“Merci de lire ce livre”, un article de Liliane Kerjan

DAVE EGGERS
LE GRAND QUOI
What is the What
trad. de l’anglais (États-Unis) par Samuel Todd
Gallimard, 627 p., 26 €

L’horreur des guerres civiles et des camps de réfugiés d’Éthiopie et du Kenya, la candeur d’un gamin qui fuit son village massacré par les cavaliers arabes pour f inalement atterrir, treize ans plus tard, en Amérique. Du Sud-Soudan à Atlanta, du désert de poussière à la jungle urbaine, un livre effarant, très bien écrit, qui devient une fantastique épopée contemporaine et une exemplaire tragédie du nomade déplacé, traqué, marchant dans l’inconnu.

“Jean Pérol : une vie en poésie”, un article de Maurice Mourier

JEAN PÉROL
POÉSIE I 1953-1978
La Différence, 510 p., 39

Étrange entreprise, et quelque peu mélancolique : en présentant le volume I de ses « Œuvres complètes », qui rassemble ses neuf premiers recueils, publiés de 1953 (il avait vingt et un ans) à 1978, volume I qui devrait être suivi d’un numéro II regroupant cinq ensembles suivants (le dernier sorti en 2004), Jean Pérol aff irme que « la forme présente de ces recueils, dans cette édition des œuvres poétiques, doit être considérée comme leur forme déf initive et faire seule référence »

“Une poésie en marche”, un article de Stéphane Barsacq

JEAN-CLARENCE LAMBERT
X-ALTA, CONTINUUM POÉTIQUE 1991-2006
accompagné de dessins originaux d’Antonio Segui
Galilée, coll. « Écritures / Figures », 154 p., 30 €

Il y a cinquante ans un poète qui n’avait pas trente ans alors écrivait en liminaire d’une vaste anthologie qu’il présentait avec Roger Caillois, Trésor de la poésie universelle : « Je me suis pris à rêver au Musée imaginaire de la poésie. » Avec X-Alta, Jean-Clarence Lambert offre le dernier état de sa quête en marche, sans origine et sans fin peut-être.

“Anne et Patrick Poirier :  la Fabbrica della Memoria”, un article de Georges Raillard

EXPOSITIONS
Vertiges / Vestiges
Chapelle Saint-Charles, Avignon.
Jusqu’au 30 septembre, du mercredi au lundi.
Ruines et mémoire
Maison René-Char, Hôtel Campredon,
L’Isle-sur-Sorgue, jusqu’au 11 octobre.
PUBLICATIONS
ANNE ET PATRICK POIRIER. VERTIGES / VESTIGES
Catalogue de l’œuvre. Préfaces de Marc Augé et Damien Sausset.
144 p., 150 illustrations en couleur, 30 €
L’ATELIER DE ANNE ET PATRICK POIRIER
Photos prises par les artistes. Entretien avec Evelyne Artaud.
Thalia éditions, 76 p. illustrées, 28 €

Anne et Patrick Poirier sont de ces rares artistes qui ne doivent rien qu’à eux-mêmes. Et qui s’adressent à nous – fût-ce par des voies détournées. À nous aux prises avec notre présent, notre futur, notre mémoire. Ils en tirent des œuvres qui sont toutes des f igures d’intelligence, de culture et de sensibilité.

“Une telle confiance”, un article de Christian Mouze

OSSIP MANDELSTAM
Europe, juin-juillet 2009, 332 p., 20 €

La revue Europe consacre son double numéro d’été à Mandelstam, et comme pour Chestov c’est une réussite. « Il est impossible de citer un autre poète qui, dans des circonstances aussi inhumaines, ait cultivé une telle conf iance en l’humain. » Alexandre Kouchner (né en 1936), poète héritier de la tradition pétersbourgeoise à laquelle appartenaient Ossip Mandelstam et Anna Akhmatova, et plus près de nous Iossif Brodski dont il fut le compagnon, ne pouvait mieux ouvrir ce numéro que par le mot confiance : au milieu des crimes et des douleurs, un poète témoigne d’une ultime conf iance précisément dans le mot et l’homme (tout homme et tout l’homme) qui le prononce.

“Les avertissements de Joseph Roth”, un article de Pierre Pachet

JOSEPH ROTH
JUIFS EN ERRANCE
SUIVI DE L’ANTÉCHRIST
trad. de l’allemand par Michel-François Demet
Le Seuil, 254 p., 19 €

Dans ces deux essais, le premier daté de 1927, le second de 1934 (publié en allemand à Amsterdam, après l’exil de l’auteur), le romancier trouve des formules prophétiques, non seulement en ce qu’elles anticipent un avenir proche, mais en ce qu’elles transpercent le présent.

“Faire vibrer la fibre inconnue”, un article de Jean-Claude Chevalier

LOUIS SÉBASTIEN MERCIER
NÉOLOGIE
texte établi, annoté et présenté par Jean-Claude Bonnet
Belin, 591 p., 26 €

Louis Sébastien Mercier, observateur de la rue et des mœurs, est surtout connu pour ses Tableaux de Paris, publiés de 1781 à 1788, souvenirs d’un marcheur parisien : « Je les ai écrits avec les pieds », disait-il en parlant de cet énorme compendium qui trouva tout de suite le succès.

“L’Algérie des « pieds-rouges »”, un article d’Omar Merzoug

CATHERINE SIMON
ALGÉRIE, LES ANNÉES PIEDS-ROUGES
La Découverte, 300 p., 22€

Le 19 mars 1962, lorsque les accords d’Évian sont signés, une époque de convulsions, de sang, d’exactions, de tortures et de crimes de guerre s’achève. Malgré la politique de « la terre brûlée » de l’OAS, on s’achemine vers la paix, une paix encore armée, déchirée çà et là par des règlements de comptes, des liquidations, notamment de harkis, et endeuillée aussi par l’implosion du FLN, à l’été 1962. Grand reporter au quotidien Le Monde, Catherine Simon ne se propose pas de décrire les derniers instants de l’occupation française en Algérie ; elle entreprend de restituer les faits d’une nouvelle histoire qui commence en 1962, quand « le fil se casse », au moment où l’Algérie et la France « font mine de se tourner le dos ».

“Une génération perdue”, un article de Jean-Jacques Marie

JEAN-JACQUES AYME
JEUNESSES SOCIALISTES 1944-1948.
Socialisme contre social-démocratie
Éd. Amalthée, 506 p., 23,50 €

On peut s’interroger ? Pourquoi écrire une histoire des Jeunesses socialistes SFIO de 1944 à 1948 ? N’est-ce pas là un étroit sujet plus digne d’une simple maîtrise universitaire que d’un livre ?

“Biribi, c’est en Afrique”, un article de Vincent Milliot

DOMINIQUE KALIFA
BIRIBI. LES BAGNES COLONIAUX DE L’ARMÉE FRANÇAISE
Perrin, 344 p., 21 €

Hors les lecteurs du roman rageur que Darien publia en 1890, régulièrement réédité depuis, plus grand monde ne frisonne, ni ne s’indigne à l’évocation de ce nom : Biribi. Symbole des formes les plus dures de l’oppression militaire, ce terme ne désignait pas un lieu précis mais un archipel de structures disciplinaires et pénitentiaires installées principalement en Afrique du Nord. Dans l’impunité presque totale et sous l’arbitraire absolu des « chaouchs », les « gibiers de Biribi » enduraient travail forcé, privations et sévices plus d’une fois mortels.


La Quinzaine n°996, du 16 au 31 juillet 2009

juillet 26, 2009

“Histoire romanesque d’un photographe”, un article de Norbert Czarny

AGUSTÍ CENTELLES 1909-1985
ouvrage collectif, Actes Sud, 258 p., 55 €

Jusqu’au 13 septembre se tient à l’Hôtel de Sully une exposition photo intitulée « Journal d’une guerre et d’un exil », Espagne-France 1936-1939. Celui dont on découvrira les photos, Agustí Centelles, est un photographe étonnant, aussi bien par sa vie que par son oeuvre longtemps cachée.

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“L’Occident et ses mythes”, un entretien de l’économiste Georges Corm réalisé par Omar Merzoug

GEORGES CORM
L’EUROPE ET LE MYTHE DE L’OCCIDENT
La Découverte, 314 p., 23 €

« De Mozart à Hitler que s’est-il passé ? »

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“L’attention et la simplicité de Blanchot”, un article de Christian Mouze

MAURICE BLANCHOT
LETTRES À VADIM KOZOVOÏ
suivi de La Parole ascendante
Manucius, 219 p., 18 €

« … Je rappellerai mon refus obstiné de publier toute correspondance. Qu’elle soit ou non d’écrivain. C’est un principe que je ne demande pas à d’autres de partager, mais qui appartient à ma tendance la plus sûre. » La volonté d’un mort passerait-elle toujours par les pertes et profits ?

“La fin de l’innocence”, un article de Hugo Pradelle

JOHN UPDIKE
VILLAGES (VILLAGES)
trad. de l’anglais (États-Unis) par Michèle Hechter,
Seuil, 324 p., 21 €
NICHOLSON BAKER
UPDIKE & MOI (U AND I,A TRUE STORY)
trad. de l’anglais (États-Unis) par Martin Winckler,
Christian Bourgois, 196 p., 17 €

Publication en miroir de deux livres chronologiquement dépareillés et néanmoins ravissants. D’un côté, Updike (1932-2009) signe un roman en treize chapitres plus un, pour conjurer le sort, un livre mou et heurté à la fois, étrangement dérangeant, sur l’Amérique et le sexe, la norme et le temps perdu. De l’autre, un essai iconoclaste, inclassable et réjouissant sur l’un des maîtres des lettres américaines récemment disparu.

“Istanbul-Stockholm”, un article de Norbert Czarny

LIVANELI
UNE SAISON DE SOLITUDE
trad. du turc par Timour Muhidine,
Gallimard, 240 p., 21 €

C’est l’histoire d’un réfugié, un parmi tant d’autres. Aujourd’hui, il pourrait être iranien et pleurer la mort de sa compagne Neda, assassinée lors d’une manifestation contre une élection volée. C’est le présent, le réel. se nomme Sami Baran, il est turc et sa compagne, Filiz, a été tuée par des militaires, lorsque la Turquie était une dictature. C’est un roman, et pourtant…

“L’apprentissage de la liberté”, un article de Gabrielle Napoli

ÁRON TAMÁSI
ÁBEL DANS LA FORÊT PROFONDE
trad. du hongrois par Agnès Járfás,
Éditions Héros-Limite, Genève, 299 p., 20 €

Áron Tamási est peu, voire pas connu du public français alors qu’il l’auteur d’un roman extrêmement célèbre en Hongrie, paru d’abord sous la forme d’un feuilleton puis publié chez un éditeur à Cluj, en 1932, spécialisé dans la littérature hungarophone. Le succès fut immédiat, et aujourd’hui encore le roman est très populaire, étudié dans les lycées hongrois et faisant partie intégrante du patrimoine culturel hongrois. Il nous aura fallu attendre la très belle traduction d’Agnès Járfás, dans une édition soignée, pour découvrir, ou redécouvrir ce texte qui peut être considéré comme le roman picaresque transylvain par excellence.

“Dans l’obscurité, l’imaginaire devenait réel”, un article de Gabrielle Napoli

MILJENKO JERGOVIC
FREELANDER
Actes Sud, 207 p., 20 €

Karlo Adum se met en route au volant de sa vieille Volvo qui a enterré tous ses proches. De Zagreb à Sarajevo, ville qu’il a quittée depuis une cinquantaine d’années, il parcourt un pays fantomatique, morcelé par la guerre et la haine. Au-delà des paysages en ruine, ce sont les souvenirs intimes du personnage principal qui ressurgissent. De cette traversée en solitaire, de ce face-à-face avec lui-même, Karlo Adum ressortira métamorphosé, mais pas forcément libéré.

“Le visage et le corps”, un article de Jean M. Goulemot

ÉLISABETH VIGÉE LE BRUN
SOUVENIRS
édition établie et annotée par Didier Masseau,
Taillandier, 624 p., 25 €
LE DISCOURS DU CORPS
AU XVIIIe SIÈCLE : Littérature-
Philosophie-Histoire-Science
sous la direction d’Hélène Cussac, Anne Deneys-Tunney et Catriona Seth,
Presses de l’Université Laval, 2009, 360 p., 36 €

On connaît ÉlisabethVigée Le Brun (1755-1842) comme portraitiste de talent, et moins comme mémorialiste. La publication de deux éditions de ses souvenirs (celle de Geneviève Haroche-Bouzinac chez Champion en 2008 et celle présentée ici) est l’occasion de découvrir une autre facette de son talent. En un mot, de retrouver le regard qu’elle porte sur les hommes, différent de celui qu’elle attache aux modèles de ses portraits mondains, sur la société et l’histoire de son temps…

“Le dire ivre”, un article de Tiphaine Samouyault

LAURENT ZIMMERMANN
LA LITTÉRATURE ET L’IVRESSE
Hermann, 163 p., 25 €

Laurent Zimmermann, qui a déjà publié deux recueils collectifs chez l’éditrice nantaise Cécile Defaux L’Aujourd’hui du roman en 2004 et Penser par les images, autour des travaux de Georges Didi-Huberman en 2006, propose un essai sur la littérature et l’ivresse se donnant pour corpus Rabelais, Baudelaire et Apollinaire. L’argument n’est pas sans ambition : il s’agit de saisir, par le biais du savoir spécifique de l’ivresse, les opérations qui sont au coeur du bouleversement provoqué par la littérature.

“Une voix d’outre-Rhin”, un article de Jean Lacoste

WULF KIRSTEN
GRAVIERS
présenté et trad. de l’allemand par Stéphane Michaud,
Belin, coll. « L’extrême contemporain », 108 p., 18 €

C’est une voix importante, reconnue, déjà distinguée par de nombreux prix, et appelée sans doute à devenir familière, qui nous vient d’outre-Rhin ; de plus loin encore, pourrait-on dire, des rives de l’Elbe, de la Saxe, ce coin de terre baroque de collines pierreuses, meurtri par l’histoire, où se croisent tant d’influences, germaniques, polonaises, tchèques, juives aussi.

“Un hibou dans les parages”, un article de Liliane Kerjan

G. K. CHESTERTON
LA FIN DE LA SAGESSE
ET AUTRES CONTES EXTRAVAGANTS
trad. de l’anglais par Gérard Joulié,
L’Âge d’homme, 377 p., 27 €

Trente-cinq histoires de Gilbert K. Chesterton, l’inclassable, qui nous emmènent sur des « terres colorées » aussi bien qu’une demi-heure aux Enfers ou au « jardin de fumée », dans des contrées où l’on croise le Fils prodigue, le Gentilhomme et le Boutiquier. Une société peut en cacher une autre : embarquement immédiat.

“Question Claudel”, un article de Odile Hunoult

PAUL CLAUDEL,
JEAN AMROUCHE
MÉMOIRES IMPROVISÉS, 1951-1952
12 CD Frémeaux & Associés, 79,99 €
PAUL CLAUDEL
PSAUMES
texte établi et annoté par Renée Nantet
et Jacques Petit, avant-propos de Pierre Claudel, préface de Guy Goffette
Gallimard, 332 p., 25 €

Cette conversation-fleuve (41 entretiens) a été enregistrée pour la radio en hiver 1951. Claudel a 83 ans. Jean Amrouche, très respectueusement, fait avec lui la genèse et l’exégèse de son oeuvre. Ce qu’il y a de passionnant à l’écoute de ces entretiens, cinquante ans après, c’est que, débarrassé de la présence occultante de l’auteur, on en sait plus qu’Amrouche ne peut en demander, plus que Claudel ne peut en dire.

“Regards de photographies”, un article de Georges Raillard

HENRI CARTIER-BRESSON
Au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris du 19 juin-13 septembre 2009
et à la Maison Européenne de la Photographie du 15 avril-30 août 2009
FERDINANDO SCIANNA
La géométrie et la passion
À la Maison Européenne de la Photographie du 24 juin-11 octobre 2009
GRETE STERN
Berlin-Buenos Aires du 24 juin-11 octobre 2009
Livre-catalogue (sous la direction d’Emmanuel Guigon) d’une exposition au Musée des Beaux-Arts
de Besançon, à présent close, 166 p., 32 €

Henri Cartier-Bresson aurait un peu plus de cent ans. Pour ses quatre-vingts ans, il revenait sur ce qui était sa vie, la photographie. Sur le regard du photographe : « C’est très difficile de regarder, de saisir les proportions. C’est une interrogation perpétuelle, une jouissance de l’oeil, une exaltation merveilleuse. Les gens ont des yeux qui ne jouissent pas. C’est leur cerveau qui jouit. »

“Une pensée de l’hétérogène”, de Régine Robin

LE TERRITOIRE DES PHILOSOPHES
Lieu et espace dans la pensée au XXe siècle
sous la direction de Thierry Paquot et Chris Younès,
La Découverte, 386 p., 26 €

Depuis le célèbre article de Michel Foucault : « Des espaces autres », de 1967, on sait qu’à une pensée du temps qui hante la philosophie depuis toujours, s’est substituée une pensée de l’espace. Le problème n’était pas absolument nouveau, mais Michel Foucault l’a systématisé. Au coeur de cette interrogation, la ville et son devenir, qu’ils soient inscrits dans la réflexion philosophique même ou qu’ils se situent au carrefour d’une multitude de disciplines.

“L’Algérie et la France”, un entretien de l’historienne Jeannine Verdès-Leroux réalisé par Omar Merzoug

JEANNINE VERDÈS-LEROUX
(Dictionnaire coordonné par)
L’ALGÉRIE ET LA FRANCE
Robert Laffont, coll. « Bouquins », 992 p., 32 €

Omar Merzoug : Vous êtes historienne et vous publiez chez Robert Laffont un dictionnaire intitulé L’Algérie et la France, pourriez-vous nous parler de la genèse de cet ouvrage ?
Jeannine Verdès-Leroux : L’ancien directeur de la collection « Bouquins » m’avait demandé de faire un Dictionnaire sur la période 1830-1962 ; j’avais répondu que pour la comprendre, il faut d’abord savoir ce qu’était l’Algérie – ou plutôt le territoire qui deviendra l’Algérie – quand la France y débarque.

“Si ma plume valait ton pistolet…”, un article de Marta Ruiz Galbete

ANDRÉS TRAPIELLO
LES ARMES ET LES LETTRES.
LITTÉRATURE ET GUERRE D’ESPAGNE
(1936-1939)
La Table Ronde, 526 p., 24 €

Est-ce parce qu’elle fut la dernière guerre romantique ou bien parce que chacun la sentit comme une préfiguration de l’affrontement qui allait mettre l’Europe à feu et à sang ? Le fait est qu’Orwell y reconnut tout de suite « un état de choses pour lequel cela valait le coup de lutter » et que la guerre d’Espagne galvanisa les consciences comme nul autre conflit extérieur ne l’avait fait auparavant, y compris parmi les intellectuels.

“Renoncer au pouvoir ?”, un article de Monique Chemillier-Gendreau

JACQUES LE BRUN
LE POUVOIR D’ABDIQUER
Essai sur la déchéance volontaire
Gallimard, coll. « L’esprit de la cité », 278 p., 21,50 €

S’interroger sur la renonciation volontaire au pouvoir suprême, celui que détient le souverain, consiste en vérité à questionner ce pouvoir lui-même en ses fondements, à sonder l’énigme de ses origines, du lien qui unit celui qui en est le titulaire et ceux sur lesquels il s’exerce. Jacques Le Brun mène l’enquête à partir d’une poignée de cas exceptionnels, ceux que nous fournit l’histoire des monarchies d’Ancien Régime à quoi il ajoute un grand mythe théâtral puisé dans Shakespeare.

“Religions et mathématiques”, un article de Bernard Bru

LOREN GRAHAM, JEAN-MICHEL KANTOR
NAMING INFINITY. A TRUE STORY OF RELIGIOUS MYSTICISM AND MATHEMATICAL CREATIVITY,
The Belknap Press of Harvard University Press, 2009

Pour nommer, il faut croire et aimer

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“Un exilé de l’intérieur”, un article de Lucien Logette

JEAN-MICHEL FRODON,
AMOS GITAÏ,
MARIE-JOSÉ SANSELME
AMOS GITAÏ GENÈSES
Gallimard, 400 p., 29,50 €
REVUE CINÉMACTION N° 131
AMOS GITAÏ ENTRE TERRE ET EXIL
sous la direction de Lucie Dugas,
Corlet Publications, 192 p., 24 €

85 films signés depuis ses débuts en 1972 – de toutes durées, entre 3 et 213 minutes. Amos Gitaï n’est pas un rétracté de la pellicule : il est un des rares cinéastes à proposer un film chaque année, quand il ne s’agit pas de trois ou quatre, comme en 1998, et il a longtemps incarné à lui seul tout le cinéma isarélien pour les spectateurs occidentaux. Entre 1999 et 2007, aucun de ses films n’a échappé aux « grands » festivals, Cannes et Venise, ce qui n’a pas manqué de finir par agacer quelque peu. Non qu’il s’agisse d’une situation indue, mais on se lasse de ne voir qu’un unique grand arbre masquer le reste du terrain.

“Des livres entre les spectacles”, un article de Monique Le Roux

BERNARD DORT
LA REPRÉSENTATION ÉMANCIPÉE
Actes Sud, 187 p., 20 €
GEORGES BANU
MINIATURES THÉORIQUES
Actes Sud, 192 p., 22 €
PATRICE CHÉREAU
J’Y ARRIVERAI UN JOUR
Actes Sud, 149 p., 22 €

« Le temps du théâtre » a longtemps correspondu à la saison, achevée avec l’entrée dans les vacances. Il s’est ensuite augmenté de la
période des festivals en plein air. C’est aussi le titre d’une collection, dont quelques titres récemment parus permettent d’associer en villégiature lecture et spectacles : La Représentation émancipée de Bernard Dort, Miniatures théoriques de Georges Banu, J’y arriverai un jour de Patrice Chéreau.

Expositions
HENRI CARTIER-BRESSON
Au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris
19 juin-13 septembre 2009
et à la Maison Européenne de la Photographie
15 avril-30 août 2009
FERDINANDO SCIANNA
La géométrie et la passion
À la Maison Européenne de la Photographie
24 juin-11 octobre 2009
GRETE STERN
Appareils électroménagers, 1950
FERDINANDO SCIANNA
Enna, Sicile, 1962
GRETE STERN
Berlin-Buenos Aires
24 juin-11 octobre 2009
Livre-catalogue (sous la direction d’Emmanuel
Guigon) d’une exposition au Musée des Beaux-Arts
de Besançon, à présent close, 166 p., 32 €

La Quinzaine n°995, du 1er au 15 juillet 2009

juillet 5, 2009

“Les génies aussi ont commencé petits”, un article de Alain Joubert

PATRICE GAUTHIER
L’ENFANT-CRIME
Gallimard, 190 p., 18 €

Comme surgit de nulle part, paraissait, en 1911, le premier volume d’une époustouflante saga menée à grandes guides par deux intrépides écrivains feuilletonesques : Pierre Souvestre et Marcel Allain ; avec Fantômas, un mythe « moderne » était né, qui devait
enchanter les poètes d’alors, d’Apollinaire à Robert Desnos, en passant parMax Jacob, tous les surréalistes et quelques autres…

“Un grand roman interrompu ?”, un article de Jean-Jacques Marie

ISRAËL JOSHUA SINGER
LA FAMILLE KARNOVSKI
trad. du yiddish par Monique Charbonnel,
Denoël éd., 690 p., 29 €

Ce roman familial, publié à New York en 1943, décrit les diverses composantes de l’émigration juive après la guerre de 14-18, puis évoque la victoire et le règne du nazisme en Allemagne (sans même que le nom d’Hitler soit prononcé). Le destin de beaucoup de personnages reste en suspens alors que l’extermination des juifs a déjà commencé. Aux 660 pages de cet énorme roman, I. J. Singer, mort en 1944, n’a pas eu le temps d’ajouter la vision finale.

“L’église de John Coltrane”, un article de Nicole Terrien

CHAD TAYLOR
L’ÉGLISE DE JOHN COLTRANE
trad. de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par Isabelle Chapman
Christian Bourgois éd., 308 p., 24 €

« L’Église de John Coltrane » est le titre d’un manuscrit incomplet, légué au héros par son père, avec une imposante collection de disques de jazz. Transférer ce titre au roman lui-même, c’est insister sur un horizon d’attente guidant la lecture vers une perception des formes musicales associées au jazz, mais aussi architecturales au service d’une spiritualité qui reste à définir, tout en ouvrant une réflexion sur l’héritage des formes, sur leur emboîtement.

“Un langage tangérois”, un article de Philippe Di Meo

ÁNGEL VASQUEZ
LA CHIENNE DE VIE DE JUANITA NARBONI
trad. de l’espagnol (tangérois) par Selim Chérief,
Préface de Juan Goytisolo
Rouge Inside éd., 2, rue Auguste-Comte,
69002 Lyon, 350 p., 20 €

Comment fonder une maison d’édition ? Telle est la question par un jeune éditeur lyonnais tirant son nom de la couleur écarlate de la deuxième et de la troisième de ses couvertures. La réponse implicite se révèle dépourvue d’ambiguïté : en publiant des oeuvres qui tombent sous le sens comme cette Chienne de vie de Juanita Narboni.

“En cadence”, un article de Alexandre Mare

JACQUES RÉDA
Battues
Fata Morgana, 108 p., 17 €
Battement
Fata Morgana, 88 p., 16 €

Battues et Battement, les deux derniers livres de Jacques Réda s’ouvrent par un souvenir identique. Tout du moins, par une même impression. Battues est un recueil de textes poétiques. Battement est composé de textes et de chroniques pour certains précédemment publiés dans Jazz Magazine. Les deux ouvrages présentés simultanément vont de fait se renvoyer l’un à l’autre, semblable à un écho que nous ne cesserions d’entendre.

“Mahmoud Darwich, l’exil et la mémoire”, un article de Omar Merzoug

MAHMOUD DARWICH
Anthologie (1992-2005)
édition bilingue, poèmes traduits de l’arabe
(Palestine) par Elias Sanbar,
Actes Sud, 313 p., 8,50 €
La Trace du papillon
(été 2006-été 2007)
trad. de l’arabe par Elias Sanbar,
Actes Sud, 180 p., 20 €

Né en 1942 à Birwa, près de Saint-Jean-d’Acre, Mahmoud Darwich accomplit des études supérieures en histoire et en sciences sociales à l’Université de Moscou. Incarcéré à plusieurs reprises par les autorités israéliennes, en raison de ses activités de journaliste, Darwich trouve refuge au Caire en 1970. En 1981, il fonde Al-Karmal, une revue littéraire, émanation de l’Union des écrivains palestiniens. En 1984, il élit domicile à Paris. Auteur d’une vingtaine de recueils, il est mort à Houston en 2008.

“Les amitiés particulières selon Radclyffe Hall”, un article de Alain Jumeau

RADCLYFFE HALL
SOUS INFLUENCES
trad. de l’anglais par Michel Poirier,
Autrement éd., 392 p., 23 €

Radclyffe Hall est le nom de plume d’une romancière anglaise, née Marguerite Radclyffe-Hall (1880-1943), qui se faisait appeler « John » par ses proches et cultivait un « look » masculin. Loin d’être aussi célèbre que Virginia Woolf (1882-1941), sa contemporaine, elle a cependant laissé une oeuvre qui présente un réel intérêt. On pourra en juger, grâce à ce roman de 1924, le second qu’elle ait publié, mais en fait le premier qu’elle ait écrit. Certains critiques le considèrent comme sa plus belle production.

“Antonio Saura par lui-même”, un article de Georges Raillard

ANTONIO SAURA PAR LUI-MÊME
Note Book revu, augmenté et illustré
Traduit de l’espagnol par Edmond Raillard
Édition établie, présentée et annotée par Olivier Weber-Caflisch et alii
Archives Antonio Saura – 5 Continents éditions,
431 p., 50 €

Pas un jour sans une ligne. « Nulla dies sine linea ». C’était la règle que s’était donnée le peintre Antonio Saura. Il avait commencé à
écrire quand il commençait à peindre. Ses notes dressaient l’« inventaire » de son travail. Il les appelait « guides de mon labyrinthe
personnel ». Ces réflexions sont guidées « par la spécificité d’une pensée plastique qui utilise la parole comme un complément affiché ».

“Léon Chestov le subversif”, un article de Christian Mouze

LÉON CHESTOV
Revue Europe, n° 960, 384 p., 18,50 €

La revue Europe consacre la plus grande partie de sa livraison d’avril 2009 au philosophe russe Léon Chestov (1866-1938), exilé en France (Paris et région parisienne) à partir de 1921. Sa tombe, au grand cimetière de Boulogne-Billancourt, est peu visitée et quelque peu négligée, à l’image d’une oeuvre reconnue et rappelée de loin en loin. Si l’on n’oublie pas tout à fait Léon Chestov, c’est qu’il ne se laisse pas oublier : combien l’actualité nous le rend alors indispensable…

“Les jésuites dans l’Espagne du XVIe siècle”, un article de Bernard Lavallé

MARCEL BATAILLON
LES JÉSUITES DANS L’ESPAGNE DU XVIe SIÈCLE
Les Belles Lettres éd., 352 p., 35 €

L’histoire de ce livre a quelque chose d’exceptionnel. En un temps où le projet éditorial précède souvent l’écriture d’un ouvrage, celui-ci vient de paraître après une attente de plus de quarante ans.

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“Défense et illustration du multilinguisme”, un article de Jean-Claude Chevalier

FRANÇOIS OST
TRADUIRE
Défense et illustration du multilinguisme
Fayard, coll. « Ouvertures », 421 p., 23 €

Le livre s’ouvre sur l’évocation de Babel, sur les multiples interprétations et mythes qui l’accompagnent, thème aujourd’hui particulièrement récurrent ; le texte biblique est l’objet de traductions renouvelées dont l’une constamment citée par François Ost, celle d’Henri Meschonnic, animée par le souffle et le rythme de la langue primitive.

“La Russie et l’antisémitisme”, un article de George-Arthur Goldschmidt

JEAN-JACQUES MARIE
L’ANTISÉMITISME EN RUSSIE
DE CATHERINE II À POUTINE
Tallandier éd., 448 p., 27 €

L’immense majorité de la population juive en Russie vit au cours du XIXe siècle dans l’enfermement religieux dans la soumission totale aux ordonnances rituelles et sous la constante menace d’incessants massacres, ce qui n’empêche en rien de multiples divisions et des conflits internes.

“Français en résistance”, un article de Laurent Joly

FRANÇAIS EN RÉSISTANCE
Carnets de guerre, correspondances, journaux personnels
Édition établie et présentée par Guillaume Piketty,
Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1169 p., 30 €

Ils s’appelaient Charles d’Aragon, Diego Brosset, Pierre Brossolette, Gabriel Brunet de Sairigné, François Garbit, René Génin, Claire Girard, Philippe Leclerc de Hauteclocque, Louis Martin-Chauffier, René Pleven et Lazare Rachline.

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“Une histoire «au cordeau»”, un article de Pascale Goetschel

DANIEL CORDIER
ALIAS CARACALLA,
MÉMOIRES, 1940-1943
Gallimard, coll. « Témoins », 944 p. 32 €

Afin d’avoir le coeur net sur la teneur des activités de Jean Moulin sous l’Occupation allemande et pour répondre aux accusations taxant l’homme de de Gaulle en France de crypto-communiste, Daniel Cordier, rompant avec des années de silence, commençait, à partir de 1977, des recherches systématiques sur son « patron ». Après quatre imposants volumes biographiques parus entre 1989 et 1990, il offre, dans Alias Caracalla, une autre méthode d’investigation : le jeu de la reconstitution au scalpel des liens entre la France libre et la Résistance intérieure, lus au prisme des mois passés aux côtés de Jean Moulin.

“Les commodités d’aisance”, un article de Julien Damon

ROGER-HENRI GUERRAND
LES LIEUX. HISTOIRE DES COMMODITÉS
La Découverte éd., coll. « Poche », 207 p., 9,50 €

Il faut saluer cette réédition d’un ouvrage original initialement paru en 1985. Le thème est celui des « besoins naturels » et des espaces publics ou privés dévolus à leur satisfaction. Le propos, qui prête assurément au comique troupier et à la plaisanterie graveleuse, n’en est pas moins sérieux, voire grave.

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“Le nouveau répertoire du Français”, un article de Monique le Roux

En alternance salle Richelieu
EDUARDO DE FILIPPO
La Grande Magie
Mise en scène de Dan Jemmett
Jusqu’au 19 juillet
Reprise du 7 octobre 2009 au 17 janvier
ALFRED JARRY
Ubu Roi
Mise en scène de Jean-Pierre Vincent,
Jusqu’au 21 juillet
Reprise du 2 juin à juillet 2010

La Grande Magie d’Eduardo de Filippo mise en scène par Dan Jemmett, Ubu Roi d’Alfred Jarry par Jean-Pierre Vincent : deux pièces en apparence fort éloignées du répertoire de la Comédie-Française, deux spectacles créés à la salle Richelieu sont magnifiés grâce aux moyens de la Maison et surtout à une distribution représentative de la troupe à son meilleur.


La Quinzaine n°994, du 16 au 30 juin 2009

juin 17, 2009

“Une secrète harmonie”, un article de Monique Baccelli

MARTA MORAZZONI
L’INVENTION DE LA VÉRITÉ
trad. de l’italien par Marguerite Pozzoli
Actes Sud éd., 151 p., 16 €

Tout lecteur averti sait que la tapisserie de la reine Mathilde se trouve à Bayeux, qu’elle date du XIe siècle, qu’elle fait soixante-dix mètres de long, et qu’elle relate les hauts faits d’armes de Guillaume le Conquérant. Peut-être sait-il aussi que John Ruskin, critique d’art anglais mort en 1900, est l’auteur de La Bible d’Amiens (traduite en français par Marcel Proust), ouvrage consacré à la cathédrale de cette ville. Ce qu’il ignore sans doute c’est le rapport qui existe entre le chef-d’oeuvre en toile et le chef-d’oeuvre en pierre.

“Des histoires à la fois simples et énigmatiques”, un article d’Agnès Vaquin

ANTONIO TABUCCHI
LE TEMPS VIEILLIT VITE
Gallimard éd., 186 p., 17,50 €

Le temps vieillit vite, un titre inspiré du « tachista geraskei chronos » cité en exergue du recueil. La formule vient d’un « fragment présocratique attribué à Critias ». Antonio Tabucchi regroupe là neuf « récits », des contes selon son coeur, qui paraissent dans leur version française avant d’être édités en Italie, pour cause de gravissime incompatibilité de l’auteur avec le régime de certain « mirliflore de la Telecom »…

“La vérité se trouve dans la fiction”, un article de Constance Quatrebarbès

MAURIZIO MAGGIANI
LE COURAGE DU ROUGE-GORGE
trad. de l’italien par Marguerite Pozzoli
Actes Sud éd., 381 p., 23 €

Maurizio Maggiani nous concocte une cuisine exotique et complexe pour son roman “Le Courage du rouge-gorge” où motifs, parallèles et digressions sont autant d’épices qui rehaussent la saveur de ce roman riche et inattendu.

“Une variation lucide sur la maternité”, un article de Claire Richard

ELENA FERRANTE
POUPÉE VOLÉE
(La figlia oscura)
trad. de l’italien par Elsa Damien
Gallimard éd., 176 p., 18 €

« Je commençai à me sentir mal après moins d’une heure de route. Ma brûlure sur le côté se réveilla mais je décidai pendant un moment de ne pas lui accorder d’importance. » Poupée volée s’ouvre sur une dérive et un accident. Une femme conduit sur une route en surplomb de la mer. Sous l’effet de la fatigue, elle est happée par le souvenir, ou l’hallucination, d’une scène de son enfance, et perd le contrôle de son véhicule.

“La liberté, cet « oiseau de rêve »”, un article de Gabrielle Napoli

EUGEN URICARU
ILS ARRIVENT LES BARBARES !
trad. du roumain par Marily Le Nir
Noir sur Blanc éd., 329 p., 23 €

Eugen Uricaru, une des voix d’opposition dans la Roumanie communiste, en tant que fondateur du groupe Echinox, donne à lire dans Ils arrivent les barbares ! un épisode particulièrement douloureux, et souvent oublié dans nos régions, de l’histoire roumaine. La « fictionalisation » de l’Histoire, pour utiliser un concept de Paul Ricoeur, entraîne le lecteur dans une époque tourmentée, en compagnie de personnages déroutants et parfois inquiétants.

“La maison de la dune”, un article de Hugo Pradelle

MICHÈLE LESBRE
SUR LE SABLE
Sabine Wespieser éd., 160 p., 17 €

Le nouveau livre de Michèle Lesbre poursuit avec modestie un travail sur le temps, la rencontre, le voyage, l’oubli, la force de la parole et le compagnonnage littéraire.

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“Oubli et mémoire”, un article de Hugo Pradelle

SEUMAS O’KELLY
LA TOMBE DU TISSERAND,
UNE HISTOIRE DE VIEUX HOMMES
TheWeaver’s Grave,A Story of Old Men)
trad. de l’anglais (Irlande) par Christine
Trividic et Jean-Claude Lorreau
Attila éd., 128 p., 15 €

EDGAR HILSENRATH
FUCKAMERICA : LESAVEUX DE BRONSKY
Fuck America : Bronskys Geständnis)
trad. de l’allemand par Jörg Stickan
Attila éd., 296 p., 19 €

En donnant à lire le récit puissant d’un Irlandais du début du XXe siècle et le roman échevelé d’un exilé allemand tonitruant, les jeunes
éditions Attila font redécouvrir deux auteurs superbement doués.

“Une vie peut en cacher une autre”, un article d’Alain Joubert

MICHEL DINTRICH
UN MUSICIEN CHEZ LES COUPEURS DE TÊTES
Mille et Une Nuits éd., 272 p., 17 €

Il est bien connu que, placé sous le signe de l’innocence, la première fois que l’on joue au poker, on peut gagner gros. Le poker ou autre chose, peu importe, c’est la première fois qui compte ! Jouer sa vie, par exemple ? Pourquoi pas !

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Soixante-dix poètes modernes de l’Amérique hispanique”, un article de Jacques Fessard

OMBRE DE LA MÉMOIRE
Anthologie de la poésie hispano-américaine
Établie et préfacée par Philippe Ollé-Laprune
Gallimard éd., 781 p., 35 €
CÉSAR VALLEJO
POÉSIE COMPLÈTE
trad. de l’espagnol (Pérou)
et présenté par Nicole Réda-Euvremer Flammarion éd., 406 p., 25 €

Le titre de cette superbe anthologie est emprunté au poète mexicain contemporain José Emilio Pacheco : « La poésie est l’ombre de la mémoire/mais elle sera la matière de l’oubli. »Pour conjurer le second vers, il a été fait appel ici à une douzaine d’excellents traducteurs
qui font vivre dans notre langue la parole de soixante-dix poètes modernes de l’Amérique hispanique, échelonnés sur près d’un siècle.

“Victor Hugo, vrai père du roman moderne”, un article de Jean Lacoste

JEAN-LOUIS CHRÉTIEN
CONSCIENCE ET ROMAN, I
La conscience au grand jour
Minuit éd., 287 p., 28 €

« Le roman se prétend instruit de tout ce qui se passe dans le coeur des héros » observe Stendhal dans les Chroniques italiennes. Cette prétention est constitutive du roman moderne – la prétention de connaître le for intérieur, de dévoiler le « coeur » qui se cache derrière les comportements visibles, de révéler la « conscience » – mais elle ne va pas de soi, en réalité, et c’est de cette interrogation que part le philosophe Jean-Louis Chrétien.

“Montmartre en 1907″, un article de Marie Etienne

ANDRÉ SALMON
LA NÉGRESSE DU SACRÉ-COEUR
Préface de Jacqueline Gojard Postface inédite de l’auteur
Gallimard éd., 300 p., 22 €

MAX JACOB,ANDRÉ SALMON
CORRESPONDANCE, 1905-1944
Édition établie, annotée et présentée par Jacqueline Gojard
« Les Cahiers de la NRF »
Gallimard éd., 360 p., 39 €

De même que la négresse du roman n’est pas Joséphine Baker mais la préfigure, de même André Salmon « fait entrer en poésie, avant Carco et Mac Orlan, le tambour du bal et l’accordéon des faubourgs », célèbre le cirque et les saltimbanques avant Max Jacob,
écrit sur New York avant Cendrars…

“Castoriadis : qu’en est-il de l’Être ?”, un article de Christian Descamps

CORNELIUS CASTORIADIS
HISTOIRE ET CRÉATION
Textes philosophiques inédits (1945-1967)
réunis, présentés et annotés par Nicolas Poirier
Seuil éd., 220 p., 21 €

La parution régulière des oeuvres de Castoriadis aux éditions du Seuil permet de donner à ce penseur sa vraie place – l’une des toutes premières (1). Cet ouvrage qui rassemble des inédits de 1945 à 1967, casse l’image, partielle donc fausse, d’un théoricien dont la vie aurait été partagée en deux moitiés étanches.

“La fierté d’être juif”, un article de Marc Lebiez

ERNST BLOCH
« SYMBOLE : LES JUIFS »
précédé de Les Juifs dans l’Utopie
par Raphaël Lellouche
L’Éclat éd., 176 p., 18 €

Ernst Bloch m’a longtemps fait l’effet d’être un peu trop chrétien. Ne le lisant qu’à travers les références que lui-même donne, je n’avais pas pris garde au fait que certains pouvaient voir dans son nom l’évidence du Juif. Voici que paraît un chapitre supprimé de L’Esprit de l’utopie qui commençait par ces mots : « S’éveille enfin la fierté d’être juif ».

“Le procès des Khmers rouges”, un article de Pierre Pachet

FRANCIS DERON
LE PROCÈS DES KHMERS ROUGES
Trente ans d’enquête sur le génocide cambodgien
Gallimard éd., 476 p., une carte hors-texte, 24,90 €

Le procès des dirigeants « khmers rouges » (l’expression française, forgée par le roi Norodom Sihanouk, a gagné une validité internationale) se déroule enfin à Phnom Penh devant un tribunal mixte cambodgien et international, plus de trente ans après la période de trois ans, huit mois et vingt jours, du 17 avril 1975 au 7 janvier 1979, pendant laquelle ces doctrinaires aux desseins insondables ont terrorisé et exterminé une grande partie de leur peuple : on estime le nombre des victimes par exécution, sous-alimentation, travail exténuant ou d’autres formes de mauvais traitements à 1,7 million au moins.

“Puissance de la statistique aux États-Unis”, un article de Jean-Paul Deléage

EMMANUEL DIDIER
EN QUOI CONSISTE L’AMÉRIQUE ?
Les statistiques, le New Deal et la démocratie
La Découverte éd., 318 p., 26 €

La Grande Dépression des années 1930 a bouleversé jusqu’à la conception que les Américains se faisaient d’eux-mêmes. Pour lancer le New Deal et répondre à la question cruciale : en quoi consiste l’Amérique ? L’administration Roosevelt a dû mettre au point un nouvel outil d’objectivation : les statistiques. Il s’agissait alors de forger de nouveaux instruments d’évaluation et de quantification de l’état du pays et de sa population.

“Théâtre de chambre”, un article de Monique Le Roux

MICHEL VINAVER
NINA, C’EST AUTRE CHOSE
Mise en scène de Guillaume Lévêque
Théâtre nationale de la Colline
jusqu’au 27 juin

De ses débuts militants avec le « Théâtre éclaté » d’Annecy à ses douze années à la tête du Théâtre national de la Colline, Alain Françon a effectué un parcours indissociable de celui de Michel Vinaver. À la fin de sa dernière saison en tant que directeur, il a confié la mise en scène de Nina, c’est autre chose à Guillaume Lévêque, artiste associé, qui fait redécouvrir une pièce quelque peu oubliée.


Interview de l’écrivain Hubert Nyssen

mai 4, 2009

William Irigoyen, journaliste et présentateur d’Arte Info, a interviewé sur son blog l’écrivain Hubert Nyssen. Cet entretien est l’aboutissement d’une série de douze chroniques écrites à l’occasion de la sortie, le 6 mai, du nouvel opus de l’auteur “L’Helpe mineure”, chez Actes Sud.

Retrouvez toutes les chroniques et l’interview sonore sur : http://blogs.arte.tv/Le_poing_et_la_plume/