« La vie pieds nus », ou lire à la plage – La Quinzaine des libraires n°7 – Emission du 17 juin 2011

“La Vie pieds nus”, ou lire à la plage


La Quinzaine littéraire en partenariat avec 1001libraires.com présente la 7ème édition de l’émission littéraire “La Quinzaine des libraires”.

À l’occasion de cette émission, Hugo Pradelle, Agnès Vaquin (collaboratrice et membre du comité de rédaction de La Quinzaine littéraire) et Xavier Capodano (Librairie Le Genre urbain, 75020 Paris) ont évoqué les différentes manières dont nous lisons durant ce temps particulier des vacances.

Au sommaire :

Henning Mankell, L’ Homme inquietSeuil Policiers, 2010 (voir les archives de La Quinzaine littéraire, L’ Homme inquiet, Ténèbres )

Partie 1/2

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La Quinzaine n°1024, du 16 au 31 octobre 2010

“La voix de Caradec”, un article de Jean-Paul Goujon

FRANÇOIS CARADEC, ENTRE MIENS D’Alphonse Allais à Boris Vian, Flammarion, 932 p., 35 €

“Entre miens” : ce titre – qui est de l’auteur – ne montre-t-il pas déjà que nous avons affaire aux prédilections bien marquées d’un liseur hors série ? Et ces prédilections sont des plus variées, car la lecture de ce gros volume nous transporte d’Alphonse Allais à Max Jacob, de Rimbaud à Léo Malet, de Paul Léautaud à Boris Vian et tant d’autres.

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“Les souffrances se lavent dans la mémoire”, un article de Norbert Czarny

SOFI OKSANEN, PURGE, trad. du finnois par Sébastien Cagnoli, Stock, 400 p., 21,50 €

« Purge : débarrasser de ce qui altère, purifier. » C’est en gros ainsi que le dictionnaire définit ce nom, titre de l’un des romans les plus forts de cette rentrée. Un texte violent, tourmenté, aussi complexe que l’Histoire, dans des lieux que la guerre et les occupations ont travaillés.

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“Le dernier chant du défunt”, un article de Natacha Andriamirado

JEAN MATTERN, DE LAIT ET DE MIEL, Sabine Wespieser, 144 p., 17 €

« La télévision ou les journaux, depuis, m’ont confronté à tant d’images de gens jetés sur la route. L’humanité semble secrètement jouir de ce cycle éternellement renouvelé de l’exil. » De lait et de miel s’apparente au dernier chant du défunt. Un chant singulier de qui attend le seuil de la mort pour enfin s’exprimer.

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“L’appel de l’écriture”, un article d’Agnès Vaquin

ALAIN NADAUD, LA PLAGE DES DEMOISELLES, Léo Scheer, 190 p., 18 €

“La Plage des Demoiselles”, un recueil à caractère autobiographique, suite et complément au récit que l’auteur a publié en 2004 : “Les Années mortes”.

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“Une brûlure inguérissable”, un article de Claude Fierobe

EDNA O’BRIEN, CRÉPUSCULE IRLANDAIS, The Light of Evening, trad. de l’anglais (Irlande) par Pierre-Emmanuel Dauzat, Sabine Wespieser, 442 p., 24 €

Près de cinquante ans après “Les Filles de la campagne” (“The Country Girls”, 1960), qui lui valut à la fois la notoriété et les foudres de la censure dans son pays pour la description sans fard de l’éveil de la sensualité chez les jeunes Irlandaises, Edna O’Brien revient à ses thèmes de prédilection dans “Crépuscule irlandais” (“The Light of Evening”, 2006). À dire vrai, ils n’avaient jamais disparu de la quarantaine d’ouvrages qui jalonnent sa carrière littéraire.

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“Raymond Carver avant et après”, un article de Claude Grimal

RAYMOND CARVER, DÉBUTANTS, tome 1 des Œuvres complètes trad. de l’anglais (États-Unis) par J. Huet et J.-P. Carasso, Éditions de l’Olivier, 336 p., 22 € / PARLEZ-MOI D’AMOUR tome 2 des Œuvres complètes trad. de l’anglais (États-Unis) par G. Rolin, révisée par N. Zberro, Éditions de l’Olivier, 180 p., 14 €

En 1980, lorsque Raymond Carver reçut de son éditeur, Gordon Lish, le manuscrit « corrigé » de son deuxième recueil, Parlez-moi d’amour, il fut presque anéanti ; Lish avait coupé 50 % du texte de ses 17 nouvelles (trois se trouvaient même réduites de 70 %), changé le titre de dix d’entre elles et modifié la fin de quatorze. Carver écrivit à Lish une lettre pathétique le suppliant de ne pas publier le livre sous cette forme. Ce dernier refusa ; le volume, Parlez-moi d’amour, parut donc chez Knopff dans sa « version Lish », c’est-à-dire avec les transformations et suppressions radicales qui venaient d’être opérées, et connut un immense succès. Carver accepta la chose en même temps que l’attention nationale et internationale que l’ouvrage lui valut.

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“À fusiller immédiatement !”, un article de Jacques Fressard

RODOLFO WALSH, OPÉRATION MASSACRE, trad. de l’espagnol (Argentine) par Odile Begué, Christian Bourgois, 292 p., 21 €

Peut-être, à distance, ce qui paraît le plus étonnant aujourd’hui dans ce livre qui se réclamait implicitement dès 1957, par sa méthode d’écriture, de la non fiction novel, c’est son côté prémonitoire, qui en assurera la pérennité.

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“Les trahisons nécessaires”, un entretien de Javier Cercas, réalisé par Norbert Czarny

JAVIER CERCAS, ANATOMIE D’UN INSTANT, trad. de l’espagnol par Élisabeth Beyer et Alexsandar Grujicic, Actes Sud, 430 p., 24,80 €

Le 23 février 1981, des militaires armés investissent les Cortès, le Parlement espagnol. Au moment où il éclate, le chef du gouvernement, Adolfo Suarez, est au plus mal. La crise est politique, économique et le pouvoir est isolé. Le coup d’État sera de brève durée mais cette épreuve fait revivre des moments douloureux à la jeune démocratie. L’attitude de trois hommes sera déterminante et c’est cet « instant », le geste de Suarez, de Gutiérrez Mellado et de Santiago Carillo qu’analyse ou décompose le romancier Javier Cercas. Nous l’avons interrogé sur ce « roman étrange ».

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“Une éducation inachevée”, un article de Norbert Czarny

PHILIP ROTH, INDIGNATION, trad. de l’anglais par Marie-Claire Pasquier, Gallimard, 200 p., 17,90 €

Dès les premières lignes d’”Indignation”, le cadre historique est posé. On est en 1951 ; les États-Unis sont englués dans la guerre de Corée. Les tranchées sont remplies de jeunes conscrits et les assauts à la baïonnette menés par les Nord-Coréens et leurs alliés chinois font des champs de bataille de vraies boucheries. Le père de Marcus Messner est hanté par une seule chose : perdre son fils unique en Extrême-Orient.

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“Avec deux écrivains mexicains”, un entretien avec Sergio González Rodríguez et Guillermo Fadanelli réalisé par Hugo Pradelle

Sergio González Rodríguez, journaliste et écrivain, a consacré un livre profus – “Des os dans le désert” – à l’un des faits divers les plus atroces et les plus mystérieux de ces dix dernières années : les meurtres et disparitions d’un grand nombre de femmes autour de la ville de Juárez et sur l’impunité dont semblent jouir ceux qui les perpètrent. Loin d’une simple enquête journalistique, son récit entreprend des questions majeures pour notre époque, interrogeant à la fois la situation politique et économique de son pays et les dimensions esthétiques et intellectuelles que son travail définit peu à peu. La quête de vérité et de nomination que ce livre engage, telle une fouille obstinée d’un terrain, se prolonge dans L’Homme sans tête (2), manière de précis politique entremêlé de confi- dences autobiographiques qui explore le développement d’une certaine ritualisation de la violence par les groupes de narcotrafiquants qui infectent le Mexique.

Guillermo Fadanelli anime Moho, une revue inclassable et écrit depuis une vingtaine d’années des romans dans lesquels se fait jour un goût certain pour l’iconoclaste – Éduquer les taupes, L’Autre Visage de Rock Hudson ou Boue. À la fois profondément drôles et extraordinairement savants, ses romans établissent un univers étrange où s’en- trecroisent la philosophie et la culture populaire, les éléments les plus élevés et les plus prosaïques, où se joue une sorte de comédie pessimiste parfaitement réjouissante. À l’occasion du Festival America nous avons pu rencontrer ces deux écrivains qui, chacun à leur manière, interrogent la nature et l’état de leur pays, contrevenant aux codes établis, les débordant, s’interrogeant avec profondeur sur les rapports qu’ils entretiennent avec la langue, la réalité et une violence omniprésente.

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“Le Grand Khan des Lettres anglaises”, un article d’Alain Jumeau

GIORGIO MANGANELLI, VIE DE SAMUEL JOHNSON, édition établie et présentée par Salvatore Silvano Nigro trad. de l’italien par Dominique Férault, Gallimard, coll. « le Cabinet des Lettrés », 133 p., 19,90 € / SAMUEL JOHNSON, VIE DE RICHARD SAVAGE, trad. de l’anglais par Lionel Leforestier, Gallimard, coll. « Le Promeneur », 113 p., 19,50 €

C’est le romancier Tobias Smollett qui attribua le surnom de « Grand Khan des Lettres » à Samuel Johnson (1709-1784), le poète, essayiste, critique, journaliste et lexicographe, dont la silhouette impressionnante et pachydermique donnait encore plus de poids à ses jugements tranchants, définitifs, parfois féroces, mais rarement injustes et toujours respectés. Deux petites publications récentes permettent de mieux cerner la personnalité de celui qui domina la littérature anglaise du XVIIIe siècle.

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“Hölderlin revu et corrigé”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

WILHELM WAIBLINGER VIE, POÉSIE ET FOLIE DE FRIEDRICH HÖLDERLIN, trad. de l’allemand par Lionel Duvoy, Allia, 74 p., 10 €

C’est à Rome en 1827-28 que Wilhelm Waiblinger écrivit son petit livre (72 pages) sur la « folie » de Friedrich Hölderlin. Ce livre est plus un éloge de l’auteur lui-même et de sa juvénile « sagesse » quelque peu protectrice qu’un véritable témoignage.

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“Arman, l’homme arme”, un article de Gilbert Lascaut

EXPOSITION et PUBLICATIONS ARMAN Centre Pompidou 22 septembre 2010 – 10 janvier 2011 / JEAN-MICHEL BOUHOURS et coll. ARMAN catalogue-livre Éd. Centre Pompidou, 360 p., 300 ill. coul., 49,90 € / FONDATION A.R.M.A.N. VU, PRIS : ARMAN Skira/Flammarion, 128 p., 100 ill., 18 €

Bien agencée et pensée par Jean-Michel Bouhours, robuste et élégante, l’exposition d’Arman (1928-2005) rassemble 120 œuvres bien choisies. Elle suggère les cases d’un damier. Elle donne à voir la multiplicité des objets, leur dégradation, leur rayonnement.

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Des rencontres heureuses”, un article de Georges Raillard

EXPOSITIONS et PUBLICATIONS FRANCE 1500, entre Moyen Âge et Renaissance Galerie nationale du Grand Palais 6 octobre 2010 – janvier 2011 / VISIONS CONTEMPORAINES DE MARGUERITE D’AUTRICHE Monastère royal de Brou à Bourg-en-Bresse 2 octobre 2010 – 24 janvier 2011 Catalogue présenté par Magali Briat-Philippe Éd. Monastère royal de Brou, 96 p., 16 € / ARSENAL 1995-2010 Musée de Soissons Ouvrage rétrospectif Éd. Musée de Soissons/ADACS, 160 p., 20 €

Paris, au Grand Palais, Soissons, à l’Arsenal, Bourg-en-Bresse, au Monastère royal de Brou : des lieux célèbres ou méconnus où cette semaine l’on pouvait être conduit, comme je l’ai été, à penser que l’art rendait heureux, bien loin, sans doute, des mômeries exhibées à Versailles.

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“Raymond Queneau et les premières années de l’Oulipo”, un article de Jacques Duchateau

Lorsqu’en novembre 1960 Raymond Queneau créa l’Ouvroir de littérature potentielle – avec François Le Lionnais à l’origine de cette idée – il connaissait personnellement depuis plusieurs années huit des membres co-fondateurs de cet Oulipo, dont la plupart se connaissant déjà continueront de se voir en dehors des réunions mensuelles.

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“Merleau-Ponty en perspective”, un article de Jean Lacoste

MAURICE MERLEAU-PONTY Œuvres Gallimard, coll. « Quarto », 1 848 p., 35 €

L’édition des Œuvres de Simone Weil dans la collection « Quarto » avait été une belle réussite, qui avait bien révélé toutes les dimensions de la philosophe. Les éditions Gallimard reprennent la formule pour Maurice Merleau-Ponty, dans un volume compact de plus de 1 800 pages, organisé par Claude Lefort – tout récemment décédé, hélas – et qui comporte une substantielle chronologie « Vie et œuvre », riche de documents photo- graphiques et de citations, notamment tirées d’entretiens inédits avec Georges Charbonnier de 1959.

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“La rêverie cosmique de Louis Auguste Blanqui”, un article de Jean M Goulemot

LOUIS AUGUSTE BLANQUI L’ÉTERNITÉ PAR LES ASTRES introduction et notes par Lisa Block de Behar, Éd. Slatkine, 202 p., 33 €

Que sait-on aujourd’hui de Louis Auguste Blanqui ? Ses proclamations, ses appels incessants à l’insurrection ont-ils aujourd’hui des lecteurs ? Se rappelle-t-on même qu’il publia un journal (1880-1881) qui s’intitulait “Ni Dieu, ni Maître” ? Lit-on encore le livre que lui consacra Gustave Geoffroy, L’Enfermé, en 1926 ? Et pourtant il suscita d’ardentes admirations.

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“La parlure quotidienne”, un article de Jean-Claude Chevalier

CLAUDINE NORMAND PETITE GRAMMAIRE DU QUOTIDIEN Paradoxe de la langue ordinaire préface de Mustapha Safouan, Hermann, coll. « Psychanalyse », 235 p., 25 €

Claudine Normand est un chercheur curieux : éprise de littérature, elle est venue tard à la linguistique ; agrégée de grammaire à qui l’Université avait laissé tout ignorer de Saussure et du structuralisme jusqu’à la quaran- taine (elle s’en est expliquée plusieurs fois), elle s’est alors convertie à la psychanalyse et conjointement – ce qui est logique – à une linguistique de l’énonciation préoccupée des valeurs et des significations.

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“La malédiction des cheveux”, un article de Hugo Pradelle

ALAN PAULS HISTOIRE DES CHEVEUX Historia del pelo trad. de l’espagnol (Argentine) par Serge Mestre, Christian Bourgois, 224 p., 18 €

Alan Pauls signe un nouveau précis, cette fois-ci capillaire, qui ordonne une conscience chaotique, confirmant à la fois une certaine idée de l’Histoire et un questionnement essentiel sur les formes mêmes du monde et du discours.

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La Quinzaine n°1023, du 1er au 15 octobre 2010… en couleur !

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Voici un aperçu des livres figurant dans la Quinzaine n°1023, du 1er au 15 octobre 2010… un numéro en couleur !!

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“Les mots et les nuages”, un article de Laurence Zordan

POÉSIE, ARTS, PENSÉE, Carte blanche donnée à Yves Bonnefoy, textes rassemblés par Yves Bonnefoy et Patrick Née, Hermann, 229 p., 30 € // CHRISTIAN DOUMET, LA DÉRAISON POÉTIQUE, DES PHILOSOPHES, textes rassemblés par Yves Bonnefoy et Patrick Née, Stock, 307 p., 20,99 € // ANTONIO RAFELE,  LA MÉTROPOLE BENJAMIN ET SIMMEL, textes rassemblés par Yves Bonnefoy et Patrick Née CNRS éditions, 138 p., 17 €

« Le poète retrace sur la page blanche les pas d’un danseur enfui… Et pour cela, préfère l’impair, plus vague et plus soluble dans l’air… L’écrivain appartient à un langage que personne ne parle, qui ne s’adresse à personne, qui n’a pas de centre, qui ne révèle rien… Les mots étaient en réalité des nuages… Ne pas trouver son chemin dans une ville, ça ne signifie pas grand-chose, mais s’égarer dans une ville comme on s’égare dans une forêt demande toute une éducation… Je ne veux plus me retenir des erreurs de mes doigts, des erreurs de mes yeux. Je sais maintenant qu’elles ne sont pas que des pièges grossiers, mais de curieux chemins vers un but que rien ne peut me révéler, elles seules… Il démolit ce qui existe, non pour l’amour des décombres, mais pour l’amour du chemin qui les traverse… L’homme a besoin d’une véritable morale cosmique. Toute lutte réclame, en même temps, un objet et un décor… » : on pratiquerait volontiers l’art de la citation sous forme de montage  pour montrer que l’évanescence est la seule pourvoyeuse d’évidences, pas celle des idées reçues, mais celle des idées conquises.

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“Requiem pour le XXe siècle”, un entretien de Philippe Forest, réalisé Tiphaine Samoyault

PHILIPPE FOREST, LE SIÈCLE DES NUAGES, Gallimard, 557 p., 21,50€

Roman-siècle comme on dit roman-monde, le dernier livre de Philippe Forest tient deux histoires en même temps, l’histoire minuscule d’un homme qui en a occupé presque tout le temps et l’histoire majuscule d’une époque marquée autant par la rêverie technologique que par la destruction. Entre ces deux histoires, l’avion, qui fut à la fois l’utopie
par excellence, l’utopie réalisée de l’homme qui veut voler et une puissante machine de guerre, fait le lien. Le père du narrateur était en effet aviateur et a inscrit son histoire modeste dans l’épopée de l’air sans pourtant en écrire la légende. Né en 1921, il savait déjà en commençant à voler que l’aviation n’était plus seulement une belle aventure. Ce qui fut la réalisation d’un rêve, d’une des enfances les plus belles de l’homme, est aussi ce qui contribua à faire de l’avenir un horizon bouché. « Car, en l’espace de quelques années, celles qui se sont écoulées en un battement de paupières depuis Ader et Blériot, l’aviation est devenue cela : cette entreprise anonyme de dévastation qui s’étend méthodiquement sur toute la surface des continents, faisant passer sur ceux-ci des formations d’appareils par centaines qui accomplissent leur métier de mort, larguant leurs bombes à l’aplomb des villes, lâchant leurs rafales sur des objectifs à peine aperçus dans le cadre du viseur, lancés dans l’air à une allure si formidable que le spectacle du monde autour d’eux prend l’apparence d’un inintelligible chaos qu’ils traversent en trombe et sans avoir du tout le temps de réaliser ce qu’il représente. »

Le livre commence et s’achève par une chute. Celle d’un avion d’Imperial Airways à vingt kilomètres de Mâcon et que le père, adolescent, a pu voir. Celle du père, tombant dans la rue un jour de 1999 pour ne plus se relever. Les mythes survivent à l’histoire. Icare toujours, malgré les techniques du vol. Il fallait un romancier qui eût assez de souffle pour raconter cette histoire et pour la donner à la fois comme un avenir et comme un passé. Philippe Forest aura pour toujours été celui-là qui, dans un livre épique, documenté et en même temps constamment émouvant donne, depuis les nuages, un portrait du « vieux vingtième siècle » à la fois dramatique, mélancolique et beau.

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“Une saison en Houellebecquie”, un article de Jean-Jacques Lefrère

MICHEL HOUELLEBECQ, LA CARTE ET LE TERRITOIRE, Flammarion, 450 p., 22 €

Puisqu’il est des rentrées littéraires comme il est des rentrées scolaires, il faut en accepter le principe, mais il n’est pas aisé, il est même impossible, d’identifier avec certitude ce qui sort du lot. À en croire le déluge d’articles et d’échos qui a accompagné “La Carte et le Territoire” de Michel Houellebecq, ce serait ce roman. L’histoire littéraire, qui ne fait aucune concession, justifiera-t-elle ce jugement ?

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“Vers l’égalité”, un article de Tiphaine Samoyault

J. M. COETZEE, L’ÉTÉ DE LA VIE, Summertime, trad. de l’anglais par Catherine Lauga Du Plessis, Seuil, 320 p., 22

Formule inédite de la confession, entre l’”Autobiographie d’Alice B. Toklas” de Gertrude Stein et les “Mémoires d’outre-tombe”, “L’Été de la vie” de J. M. Coetzee, présenté comme le troisième volet de son œuvre autobiographique après “Scènes de la vie d’un jeune garçon” et “Vers l’âge d’homme”, emploie une forme tout à fait singulière.

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“Cher XVIIIe siècle !”, un article d’Agnès Vaquin

CHANTAL THOMAS, LE TESTAMENT D’OLYMPE, Seuil, coll. « Fiction & Cie », 310 p., 18 €

On aime ces livres où Chantal Thomas nous raconte son cher XVIIIe siècle. Elle le connaît par cœur. La phrase mise en épigraphe évoque
le destin de deux sœurs séparées par leurs vies. Elle est signée : «Apolline de T., Londres, juillet 1771 ». Cette personne se propose de raconter ses souvenirs et nous informe qu’ils seront suivis de la terrible histoire de sa sœur dont cette dernière lui a confié une relation sur son lit de mort et c’est là son « testament ».

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“Deux poètes”, un article de Norbert Czarny

RENÉ CHAR, NICOLAS DE STAËL CORRESPONDANCE 1951-1954, Éditions des Busclats, 144 p., 15 €

René Char n’était pas homme de demi-mesure. Il s’engageait en amitié comme il l’a fait en Résistance, avec passion. Et il restait fidèle quand il ne rompait pas violemment. Ainsi, il est resté proche d’Eluard malgré les choix partisans de ce dernier, et la mort de Camus est restée une blessure ouverte. Sans doute en est-il allé de même avec Nicolas de Staël, quand le peintre s’est suicidé, en 1955, à Antibes.

“Aimer ou ne pas aimer”, un article de Christian Mouze

BENGT JANGFELDT, LA VIE EN JEU, Une biographie de Vladimir Maïakovski, trad. du suédois par Rémi Cassaigne, Albin Michel, 589 p., 25 €

«Aimer ou ne pas aimer, voilà la question – la question à laquelle un révolutionnaire devrait pouvoir répondre sans ambages. » C’est André
Breton qui écrit cela en juillet 1930 à propos de la mort de Maïakovski. Nul n’a mieux vu ainsi le lien de l’amour et de l’esprit révolutionnaire. Et nul mieux que Maïakovski n’a voulu lier et incarner l’amour et la révolution.

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“Quand le barde refait surface”, un article de Maurice Mourier

ELIAS LÖNNROT, LE KALEVALA, ÉPOPÉE DES FINNOIS suivi d’un choix de poèmes ouraliens traductions, introduction et annotations par Gabriel Rebourcet, Gallimard, coll. « Quarto », 1092 p., 24 doc., 24,90

Bien qu’il s’agisse d’une réédition à l’identique du texte paru en deux tomes chez le même éditeur en 1991 dans la collection « L’aube des peuples », l’intérêt exceptionnel de cet ensemble justifie qu’on salue sa reprise en un volume unique et une collection plus accessible.

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“L’homme qui avance devant lui”, un article de Marie Etienne

JACQUES DARRAS, LA RECONQUÊTE DU TOMBEAU D’ÉMILE VERHAEREN poésie, Le Cri, Bruxelles / LA CONJUGAISON DE PLACES AMOUREUSES proses Éd. de Corlevour / JACQUES DARRAS, POÈTE DE LA FLUIDITÉ, Actes du Colloque de l’Université de Nice, Le Cri, Bruxelles / À CIEL OUVERT Entretiens avec Yvon Le Men, Éd. La Passe du vent

Avec ses 15 publications de poésie, ses 4 pièces de théâtre, ses 16 essais, ses 22 traductions, les 66 numéros de sa revue de poésie In’hui, ses articles en revues et dans les journaux, Jacques Darras fait figure d’infatigable marcheur.

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“Peindre l’harmonie”, un article de Gilbert Lascault

LAURENT FABIUS, LE CABINET DES DOUZE, Regards sur des tableaux qui font la France, Gallimard, coll. « Témoins de l’art », 224 p., 85 ill., 22,50 €

Socialiste méditatif, amoureux de la peinture, Laurent Fabius regarde les tableaux qui l’émeuvent. Dans les musées, il les voit et les revoit. Il les aime. Avec ferveur, avec précision, il les observe de très près.

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“Journal du désastre”, un article de Maurice Mourier

ROLAND DE MARGERIE, JOURNAL (1939-1940) préface d’Éric Roussel, Grasset, 409 p., 18,50 €

Diplomate de carrière, issu d’une noble famille de grands serviteurs de l’État depuis des générations par son père, de celle d’Edmond Rostand par sa mère, Roland de Margerie, alors en poste à Londres, renonce en août 39 à ses vacances d’été, vient à Paris aux nouvelles (la signature par Ribbentrop et Molotov du premier Pacte germano-soviétique date du 23 août), y rencontre Alexis Léger, futur Saint-John Perse, alors tout-puissant secrétaire général des Affaires étrangères. Frappé par la sérénité quelque peu désinvolte de celui-ci, sa façon de minimiser les dangers de la guerre qui, à l’évidence, menace, il touche du doigt pour la première fois l’incroyable insouciance avec laquelle la France aborde un moment crucial de son Histoire.

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“Staline n’aimait pas la musique”, un article de Jean-Jacques Marie

ALEXANDER WERTH, SCANDALE MUSICAL À MOSCOU, trad. et présenté par Nicolas Werth, Tallandier, 180 p., 15,90 €

La Pravda du 10 février 1948 publie au nom du Comité central (qui n’a pas été réuni pour l’occasion et que d’ailleurs Staline ne réunissait quasiment plus) un décret prononçant une condamnation brutale des musiciens soviétiques Chostakovitch, Prokofiev, Khatchatourian et Miaskovski accusés de « formalisme ». Ces musiciens, affirme le décret dans une langue de bois policière, «font fi des goûts artistiques et des demandes des peuples de l’URSS (…) rejetant la fonction sociale de la musique, se contente[nt] de pourvoir aux goûts dégénérés d’une poignée d’individualistes esthétisants».

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“La chair invisible du travail”, un article de Patrick Faugeras

YVES CLOT, LE TRAVAIL À CŒUR, Pour en finir avec les risques psychosociaux, La Découverte, 190 p., 14,50 €

Le travail est malade, pourtant ce sont ses opérateurs qui s’effondrent, développent diverses pathologies, multiplient les troubles musculo-squelettiques, se suicident. Le travail est malade, pourtant plutôt que de s’occuper à le soigner, en s’intéressant, voire en contestant les réorganisations dont il est l’objet, pouvoirs publics, décideurs, et quelquefois les syndicats, entendent gérer et manager, à grand renfort de réformes, procédures et autres cellules de veille, la prévention de ce qu’on appelle aujourd’hui les risques psychosociaux et le soin des personnes fragilisées, dites porteuses de risque.

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“Conditions clandestines”, un article de Patrick Cingolani

LAURENCE ROULLEAU-BERGER, MIGRER AU FÉMININ, Puf, coll. « la Nature humaine », 192 p., 15 € / SÉBASTIEN CHAUVIN, LES AGENCES DE LA PRÉCARITÉ Journaliers à Chicago Seuil, coll. « Liber », 339 p., 22 €

Si la dynamique politique des sans-papiers et la sociologie de leur mobilisation a fait diversement l’objet d’analyses depuis notamment le livre de Johanna Siméant sur les luttes de la fin des années 90, l’expérience de ces mêmes sans-papiers méritait d’être revisitée à partir de leur parcours migratoire et de leur vécu du travail. Deux livres, chacun à leur manière bien différente, viennent apporter un vif éclairage sur les nouvelles conditions de la migration et les nouvelles conditions d’exploitation des immigrés.

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“La vie comme entreprise”, un article de Jean-Paul Deléage

ROBERT BARBAULT et JACQUES WEBER, LA VIE, QUELLE ENTREPRISE ! Pour une révolution écologique de l’économie, Seuil, coll. « Science ouverte », 208 p., 19€

La question qui se pose au monde et que pose ce livre est celle d’une biosphère durable. Les auteurs allient les regards de l’écologie et de l’économie, les compétences du naturaliste et celles de l’anthropologue pour construire une vision partagée de la puissance du monde vivant dont la toile fragile est déchirée par les activités humaines, dominées par les dogmes à hauts risques et irresponsables des managers néolibéraux.

La Quinzaine n°1022, du 16 au 30 septembre 2010

“Le dilemme du rentier”, un article de Liliane Kerjan

ANITA BROOKNER ÉTRANGERS, Strangers, trad. de l’anglais par Françoise du Sorbier, Fayard, 269 p., 19 €

Vingt-trois romans, dont “L’Hôtel du lac” (Booker Prize en 1984), “Le Dernier Voyage”, “Les Règles du consentement” ont à chaque fois confirmé la place d’Anita Brookner dans la cohorte des romancières anglaises qui excellent dans l’analyse intelligente et intransigeante. Étrangers aborde sous une plume élégante le temps, la vieillesse et le vide au cœur d’une bourgeoisie ouverte aux courants d’air, en perpétuel exil.

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“Fiction ?”, un article de Norbert Czarny

PHILIPPE VASSET, JOURNAL INTIME D’UNE PRÉDATRICE, Fayard, 208 p., 15,90 €

“Carte muette” : c’était le titre d’un précédent roman de Philippe Vasset. L’auteur proposait une cartographie des espaces vacants, des zones vierges dans Paris. Le vide supposé en disait long sur la ville, telle qu’elle se construit, se peuple et se fait objet marchand. Le projet qui sous-tend le Journal intime d’une prédatrice est-il si différent ?

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“Vivre, ça fait mal”, un article d’Agnès Vaquin

YVES BICHET, RESPLANDY, Seuil, 240 p., 17 €

Les romans d’Yves Bichet se nourrissent de sensualité, de sexe et de mort et “Resplandy” ne va pas faire exception. Faut-il y ajouter l’humour noir ? On peut en discuter.

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“Quand le mal vient de très loin”, un article d’Agnès Vaquin

ÉRIC PESSAN, INCIDENT DE PERSONNE, Albin Michel, 190 p., 15 €

Le narrateur d’’Incident de personne’ n’est pas un garçon d’une folle gaîté. Ce n’est pas en vain qu’au début de son roman Éric Pessan termine certains paragraphes, comme s’il s’agissait d’une ponctuation, par « Noir ». Le personnage est dans un train en direction de Nantes. Il revient de Nicosie où il a séjourné pour animer des ateliers d’écriture.

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“Une autobiographie anonyme”, un article d’Odile Hunoult

CÉCILE REIMS, PEUT-ÊTRE, Le Temps qu’il fait, 176 p., 18 €

L’originalité de ce récit, et sa grâce, c’est l’absence quasi totale de ce qui fait l’autobiographie : ni lieux, ni noms, ni dates. Pour cela on peut se rapporter aux livres et aux catalogues du couple Cécile Reims-Fred Deux – ici F et C, limités à leurs initiales (sans points).

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“Un roman simple”, un article de Maurice Mourier

PER PETTERSON – MAUDIT SOIT LE FLEUVE DU TEMPS – trad. du norvégien par Terje Sinding, Gallimard, coll. « Du monde entier », 235 p., 18,50 €

Un homme de trente-sept ans, ouvrier dans une usine de routage de magazines, divorce. Au même moment, sa mère apprend qu’elle a un cancer, qu’il ne lui reste que peu de temps à vivre. D’origine danoise mais vivant depuis quarante ans à Oslo avec celui qu’elle a épousé, elle décide d’une sorte de pèlerinage au pays natal et se rend dans la petite île de Laeso où jadis elle avait accouché hors mariage de son premier fils, plus tard légitimé par l’union avec le Norvégien père de ses trois autres garçons mais qu’elle n’a jamais aimé.

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“Parentèle indienne”, un article de Liliane Kerjan

LOUISE ERDRICH – LA MALÉDICTION DES COLOMBES The Plague of Doves – trad. de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez – Albin Michel, 482 p., 22,50 €

De romans en poèmes, Louise Erdrich, depuis le succès de “Love Medicine” en 1984, écrit une œuvre originale, haute en couleur, pleine d’his- toires de familles dans une réserve d’Indiens du Dakota du Nord. Avec La Malédiction des colombes, elle signe, selon Philip Roth, « un chef-d’œuvre éblouissant ».

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“Les années vécues ensemble révèlent-elles réciproquement les âmes ?”, un article de Christian Mouze

SOPHIE TOLSTOÏ  – À QUI LA FAUTE ?
LÉON TOLSTOÏ  – LA SONATE À KREUTZER – trad. du russe par Christine Zeytounian-Beloüs – Albin Michel, 334 p., 19 €

« En aucune façon ! » répond Alexandre Herzen (1812-1870) qui, dans un roman que ne pouvaient ignorer ni Léon ni Sophie Tolstoï, intitulé À qui la faute ? (1841-1846) – et ce n’est pas un hasard si le titre du récit de Sophie Tolstoï fait écho à Herzen –, posait avec force, en même temps que celui de la place et du rôle social de la femme, le problème de l’amour conjugal et de la passion, leur tangence, leurs intersections, leurs recoupements, leur écartement, leurs écartèlements, leurs résonnances intimes et sociales.

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“Contre le vert Pour le vert”, un article de Gilbert Lascault

MICHEL PASTOUREAU – LES COULEURS DE NOS SOUVENIRS – Seuil, 260 p., 18 €

Historien érudit, inventif, original, Michel Pastoureau (né en 1947) explore les passions des couleurs, les symboles des animaux (l’ours, le cochon), les blasons, les jeux.

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“Reliques”, un article de Marie-José Tramuta

EUGENIO MONTALE – PAPILLON DE DINARD – trad. de l’italien par Mario Fusco – Verdier, 220 p., 18 €

Lorsque Eugenio Montale meurt, à Milan, le 12 septembre 1981, âgé de presque quatre-vingt-cinq ans (il était né le 12 octobre 1896 à Gênes), il laisse une œuvre couronnée par le prix Nobel en 1975 qui le consacre de son vivant déjà comme un poète classique. Giorgio Zampa écrivait dans son introduction à Tutte le poesie chez Mondadori, en 1984 : « Montale était conscient de la signi- fication que son œuvre assumerait, une fois refermée ; il hésita longtemps à y mettre le sceau. Quand il le fit, il cessa de chercher son stylo, il cessa de soulever la housse de son Olivetti. Et quelques mois plus tard, il quittait Milan, pour le modeste mais infini espace de San Felice a Ema » (cimetière où reposait depuis 1963, celle qui fut sa compagne puis sa femme, Drusilla Tanzi, dite la « Mosca »). Avant de mourir, il avait assisté à la publication de ses œuvres complètes, fait assez rare dans l’histoire littéraire.

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“La durée de la littérature”, un article de Nicole Casanova

ALBERT THIBAUDET – INTÉRIEURS – Baudelaire – Fromentin – Amiel  – Édition présentée et annotée par Robert Kopp – Gallimard, coll. « Les Cahiers de la NRF », 258 p., 25 €

« On pourra s’étonner, et même se scandaliser de voir approcher, d’une manière qu’on dira artificielle, trois écrivains en apparence si différents, et qui trouvent leur public, leurs critiques, en des classes de lecteurs si hostiles les unes aux autres. »

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“Le romancier, agent moral”, un article de Laurence Zordan

MARTHA C. NUSSBAUM – LA CONNAISSANCE DE L’AMOUR – Cerf, 589 p., 68 €

Que le roman soit le fer de lance de l’éthique est une idée déconcertante qui, une fois achevée la lecture de l’ouvrage de Martha Nussbaum, devient pourtant évidente. Figure majeure de la philosophie politique et morale américaine, elle démonte les objections telles : la critique éthique de la littérature serait nécessairement dogmatique et simpliste, en méconnaissant la portée esthétique des œuvres. Autre cliché réfuté par l’auteur : une évaluation éthique serait subjective et toute tentative pour rendre raison d’un texte serait en réalité une quête de puissance, expression d’une idéologie. La philosophe récuse la thèse voulant que soit réactionnaire le recours aux textes romanesques
pour répondre à la question « comment faut-il vivre ? », interrogation elle-même suspectée d’ individualisme réticent devant toute révolution collective. La puissance d’argumentation de Martha Nussbaum vient d’une formidable capacité à disséquer Aristote et Henry James si l’on ose dire « simultanément », d’un même élan minutieux, et ce n’est pas contradictoire dans les termes.

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“Gaël Eismann démystifie”, un article de Jean-Jacques Marie

GAËL EISMANN, HÔTEL MAJESTIC, Ordre et sécurité en France occupée (1940-1944), Tallandier, 592 p., 32 €

Alors même que l’issue de la guerre est imminente”, l’administration militaire allemande en France présente un bilan satisfait de son activité, cité par Gaël Eismann : «L’administration militaire allemande en France a prouvé, pendant ses quatre années d’activité, que la direction administrative et économique allemande avait la capacité d’organiser une administration européenne apte à obtenir les plus grands résultats possibles dans l’intérêt de l’Europe, sans que les spécificités économiques et culturelles nationales d’un pays n’en pâtissent. » Cette administration serait donc la vraie mère de l’Union européenne, contenue en germe dans son activité !

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“Puissance de la mafia italienne”, un article de Patrice Peveri

NICOLA TRANFAGLIA, POURQUOI LA MAFIA A GAGNÉ, Les classes dirigeantes italiennes et la lutte contre la mafia (1861-2008) trad. de l’italien par Jacques Bersani, préface de Gian Carlo Caselli, Tallandier, 234 p., 21 €

Peu connu en France, Nicola Tranfaglia est un membre éminent de l’intelligentsia transalpine. Historien prolixe de l’Italie contemporaine (on lui doit une trentaine d’ouvrages consacrés tant à l’histoire politique qu’à l’histoire des médias de son pays), président de l’université de Turin pendant plusieurs années et éditorialiste dans plusieurs grands quotidiens, il revient ici sur la mafia, un thème qui lui est cher et qu’il a déjà abordé dans quatre ouvrages. Publié en 2008 en Italie, Pourquoi la mafia a gagné s’inscrit dans les dernières péripéties de la courte mais animée carrière politique de l’auteur. Homme de gauche, adhérent déçu du PDS, puis député sous les couleurs du Partito dei Communisti Italiani de 2004 à 2006, il se présente, sans succès, aux élections européennes de 2009 sous les couleurs de « l’Italia dei Valori», dont le combat porte essentiellement sur la lutte contre la corruption et le crime organisé.

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“Une pinte de bon sang”, un article de Lucien Logette

NICOLAS STANZICK, DANS LES GRIFFES DE LA HAMMER, Éd. Le Bord de l’eau, coll. « Ciné-Mythologies », 492 p., 30 €

Vu de loin, avant que le mois ne commence, les promesses de septembre nous font déjà tomber les bras. Les dizaines de films qui nous menacent (65 au premier comptage), à consommer immédiatement avant que le contingent d’octobre, aussi nombreux, ne les chasse, nous plongent dans le même état de stupeur que le critique affligé derrière les murailles de livres apportés par la grande marée de l’été et qui frémit de s’y atteler. Pour réaffûter nos souvenirs et briller en ville – les films qui donnent à penser sont une bénédiction pour lesdiscussions postprandiales –, va-t-il nous falloir revoir les deux triomphateurs de Cannes, “Oncle Boonmee”, d’Apichatpong Weerasethakul, et “Des hommes et des dieux”, de Xavier Beauvois, dont on prévoit les commentaires énamourés à cinq étoiles qu’ils vont éveiller ?

La Quinzaine n°1016, du 1er au 15 juin 2010

“Aux sources du langage politique”, un article de Laurence Zordan

THIERRY CAMOUS
LA VIOLENCE DE MASSE DANS L’HISTOIRE
Puf, 298 p., 25 €

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GRÉGOIRE CHAMAYOU
LES CHASSES À L’HOMME
La Fabrique, 222 p., 13 €

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ROBERTO ESPOSITO
COMMUNAUTÉ, IMMUNITÉ, BIOPOLITIQUE
Les Prairies ordinaires, 247 p., 15 €

Le rapprochement de trois ouvrages qui mettent chacun l’accent sur la conflictualité entre intérieur et extérieur invite à demander : faut-il soustraire la politique à la rhétorique du « vivre ensemble » ? Convient-il de s’intéresser aux brèches, aux déchirements, afin de bousculer les idées reçues ? Si celles-ci sont des clichés, c’est qu’elles tiennent souvent à des images : violence de masse associée au spectacle de génocides ; chasse à l’homme évoquant le film “La Chasse du Comte Zaroff” ; immunité et biopolitique s’inscrivant dans le contexte de démoraties surprotectrices pour se surprotéger, avec risque de dérive inhérent au bio-pouvoir : produire ses sujets en les classant, en les gérant, traversant les corps et ne leur étant ainsi jamais complètement extérieur. Si les images sont tronquées, quels mots promouvoir, tout en sachant « porter le fer de l’intelligence débusquante dans la matérialité des mots et des phrases », et faire sien « le paradoxe de tout commentaire qui est de dire pour la première fois ce qui cependant avait déjà été dit et de répéter inlassablement ce qui pourtant n’avait jamais été dit » ?

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“Un jeu de massacre”, un article d’Agnès Vaquin

EMMANUEL MOSES
LE RÊVE PASSE
Gallimard, coll. « L’infini », 216 p., 17,50€

GABRIEL LEVIN
LE TUNNEL D’ÉZÉCHIAS
ET DEUX AUTRES RÉCITS
trad. de l’anglais par Marc Cohen et Emmanuel Moses
Le Bruit du temps, 152 p., 13€

Ce livre est publié sous la rubrique « roman » et celui qui l’ouvre sombre dans la perplexité. Mille quatre-vingt-neuf textes courts : des nota-
tions ? des fragments ? des brèves ? On cherche un terme pour désigner ces énonciations qu’on imagine accumulées au fil du temps.

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“Transformation”, un article d’Hugo Pradelle

PIERRE GUYOTAT
ARRIÈRE-FOND
Gallimard, 448 p., 21 €

Pierre Guyotat poursuit le ressaisissement de ce qui l’a formé : le deuxième volume du cycle commencé en 2007, plus dense, plus idéal, se concentre sur quelques jours et nuits de l’été de ses quinze ans, en faisant exsuder les énergies qui l’animèrent alors, l’emmenant dans la direction de son œuvre, lui révélant à la fois le désir et la force de l’écrit. Voici l’exploration de « l’arrière-fond qui (le) forme», l’entreprise de son fondement, la grande transformation.

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“Une famille bien unie”, un article de Monique Baccelli

FRANCESCO PICCOLO
LES TENTATIONS DU MÂLE
trad. de l’italien par Dominique Corman
Grasset, 252 p., 17 €

Quoi de plus banal qu’un roman centré sur l’adultère et la fin d’un couple : deux sujets, l’un découlant souvent de l’autre, qui alimentent les trois quarts des fictions littéraires et cinématographiques de notre temps. Qui plus est quand ces deux phénomènes sociaux se passent dans une famille très ordinaire. Or ces trois ingrédients sont présents dans le livre qui nous occupe.

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“Tweeds et topiaires”, un article de Liliane Kerjan

FRANCIS WYNDHAM
MRS HENDERSON ET AUTRES HISTOIRES
Mrs Henderson and Other Stories
trad. de l’anglais par Delphine Martin
Christian Bourgois, 178 p., 16 €
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L’AUTRE JARDIN
The Other Garden
trad. de l’anglais par Anne Damour
Christian Bourgois, 140 p., 14 €

Si Eton, Oxford, le sud de l’Angleterre nous étaient contés avec des détours à Londres et à New York par un orfèvre de la prose, une plume experte en simplicité, un homme tendre et discret, séduit par le talent des autres… Francis Windham : un style qui a les nuances des tweeds, une forme qui dessine en perspective une société aux prises avec la Seconde Guerre mondiale.

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“Histoires saintes”, un article d’Alain Joubert

LARRY BEINHART
L’ÉVANGILE DU BILLET VERT
trad. de l’américain par Samuel Todd
Gallimard, coll. « Série Noire », 380 p., 20 €
VELIBOR COLIC
JÉSUS ET TITO
Gaïa éditions, 190 p., 17 €

Supposons un instant que vous habitiez une de ces villes moyennes du sud des États-Unis, au sein d’une société aisée, riche même, hantée cependant par le spectre paranoïde post-11 Septembre, et que vous exerciez l’activité de détective privé pour le compte d’un cabinet d’avocats, afin de constituer de solides dossiers sur des affaires « sensibles ».

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“Je n’ai jamais pris la littérature au sérieux”, un article de Dominique Rabourdin

BÉATRICE MOUSLI
PHILIPPE SOUPAULT
Flammarion, 474 p., 35 €

S’il est un homme qui peut se flatter de conduire en montagnes russes, dans l’opinion qu’ils ont de lui, ses amis et ses admirateurs, c’est Philippe Soupault, dont on ne peut considérer la très longue vie sans un certain étonnement.

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“L’obsession du temps”, un article de Philippe Di Meo

JUDE STÉFAN
QUE NE SUIS-JE CATULLE
EN CES PRESQUE 80 POÈMES
Gallimard, 101 p., 16,50

Comme le titre interrogatif, mais malicieusement dépourvu de point d’interrogation, le nouveau recueil d’un poète dont on fêtera bientôt le quatre-vingtième anniversaire ménage tout au long cet effet de surprise antirhétorique que tout un siècle, fertile en expériences de toutes sortes, a si ardemment quêté et parfois obtenu.

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“Rimbaud dessinateur”, par Geroges Raillard

JEAN-JACQUES LEFRÈRE
LES DESSINS D’ARTHUR RIMBAUD
Flammarion, 160 p., 45 €

À une époque où dans les familleson avait un joli coup de crayon, Arthur Rimbaud dessinait mal. Mais son horizon était-il celui d’une famille ? Charleville, Charlestown, Mother, une mère autoritaire, un père absent, des sœurs, un frère dont on ignore s’il savait dessiner puisqu’il n’était pas poète. Les biographes se sont moins intéressés à Frédéric qu’à Arthur. Dans tous les entre-deux-portes, c’est bien lui sur la photo. La dernière trouvaille, c’est bien lui. N’y revenons pas.
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“André Gill caricature et folie”, un article de Daniel Grojnowski

AUDE FAUVEL et BERTRAND TILLIER
ANDRÉ GILL CARICATURISTE
DERNIERS DESSINS D’UN FOU À LIER
Du Lérot, 128 p., 30€

Dans son essai “De l’essence du rire” et généralement du “Comique dans les arts plastique”, qui présente quelques caricaturistes français et étrangers, Baudelaire établit une distinction radicale entre le comique « significatif » et le comique « absolu ». Le premier cible une référence que le public reconnaît et interprète aisément, le second s’en détache pour figurer l’autre monde de la fantaisie « pure ». Provoquées par l’événement, les caricatures le commentent en dérision, au risque d’apparaître rapidement obsolètes. Toutefois, un certain nombre d’entre elles contiennent, selon Baudelaire, «un élément mystérieux, durable, éternel qui les recommande à l’attention des artistes».

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“Dans un monde qui change…”, un article de Marc Lebiez

HARTMUT ROSA
ACCÉLÉRATION,
UNE CRITIQUE SOCIALE DU TEMPS
trad. de l’allemand par Didier Renault
La Découverte, 480 p., 27,50 €

Les rayons philosophiques d’une librairie allemande ne procurent pas aux Français un dépaysement complet : des deux côtés, les livres sont traduits. On débat, on se répond, quand on ne signe pas à deux le même livre, comme firent Habermas et Derrida. Et pourtant le poids de la tradition persiste à se faire sentir dans la conception même de la philosophie. La différence de nos approches est d’autant plus sensible qu’elles ne sont pas tout à fait étrangères l’une à l’autre.

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“L’empirisme transcendantal, de Deleuze”, un article de Claire Pagès

ANNE SAUVAGNARGUES
DELEUZE, L’EMPIRISME TRANSCENDANTAL
Puf, 438 p., 29 €

Dans ses deux textes d’hommage de novembre 1995, juste après la mort de Deleuze, Lyotard insistait sur « son alliance secrète avec la pensée anglaise ». Un concept ne sert pas, se révèle inutile, il sort de la boîte à outils car « sa pensée est toujours parente d’un empirisme et d’un pragmatisme, mais schizophrènes». On a peut-être beaucoup insisté ainsi sur l’empirisme deleuzien et ses sources. Mais peut-être, par respect de son rejet de toute pensée attachée à quelque transcendance, a-t-on aussi parfois minoré son souci de ce qui excède l’expérience non parce qu’il la dépasse mais parce qu’il en définit les conditions – transcendantales donc.

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“Qu’est-ce qu’adorer ?”, un article de Jean Lacoste

JEAN-LUC NANCY
L’ADORATION
DÉCONSTRUCTION DU CHRISTIANISME, II
Galilée, 147 p., 25 €

Dans “La Révolte des anges”, le baroque et fort plaisant roman qu’il publie en 1914, Anatole France imagine qu’Arcade, un ange gardien desalentours de Saint-Sulpice, à force de fréquenter nuitamment une riche bibliothèque de philosophie et de théologie, perd confiance en son Dieu et médite d’organiser une nouvelle révolte des anges, sur le modèle de la première, celle de Lucifer, devenu Satan. Car le Dieu des juifs et des chrétiens, dont le vrai nom serait Ialdabaoth (!), serait, selon ses termes, « moins un dieu qu’un démiurge ignorant et vain » que « les flatteries de ses adorateurs ont rendu monothéiste ». Mais la nouvelle révolte échoue.

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“Dans la jungle amazonienne”, un article de Jean-Charles Chevalier

DANIEL L. EVERETT
LE MONDE IGNORÉ
DES INDIENS PIRAHÃS
Flammarion, 358 p., 24 €

Traduction d’un original anglais, publié par Pantheon Books en 2008, sous un titre plus significatif, à la limite du fantastique et de la magie : “Don’t sleep. There are Snakes. Life and Language in the Amazonian Jungle”.

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“Pour le moindre prétexte ou sans prétexte”, un article de Jean-Jacques Marie

ORLANDO FIGÈS
LES CHUCHOTEURS
VIVRE ET SURVIVRE SOUS STALINE
trad. de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat préface d’Emmanuel Carrère
Denoël, 794 p., 33 €

Ce livre donne une image saisissante de la période stalinienne et de sa longue et sanglante terreur à travers les destins parfois croisés de dizaines de familles dont quelques membres ont ici et là réussi à échapper à la mort. Il repose sur le dépouillement de correspondances et journaux privés échappés aux rafles du Guépéou-NKVD et de la collecte minutieuse de souvenirs de trop rares survivants.

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“Du courage, suite”, un article de Maïté Bouyssy

THOMAS BERNS, LAURENCE BLÉSIN et GAËLLE JEANMART
DU COURAGE
Les Belles Lettres, coll. « Encre marine», 304 p., 14 €
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CYNTHIA FLEURY
LA FIN DU COURAGE,
Fayard, coll. « Essais», 208 p., 14 €

Deux livres le même mois sur le courage. La vertu morale est donc intempestive, mais sous quel mode et à quelles fins ? Il n’est pas inutile que des philosophes nous disent de quel symptôme relève le courage pris dans une longue histoire de la philosophie morale. Nos propres besoins sociaux s’en clarifient.

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“Philosophe des Sciences”, un article de Jean-Michel Kantor

DIDIER GIL
AUTOUR DE BACHELARD
ESPRIT ET MATIÈRE, UN SIÈCLE
FRANÇAIS DE PHILOSOPHIE DES SCIENCES (1867-1962)
Les Belles Lettres, coll. « Encre marine », 313 p., 35 €

Gaston Bachelard (1884-1962), le célèbre philosophe-poète comme on a pu l’appeler, est au centre d’une série d’études de Didier Gil, qui examine le fonctionnement de la philosophie des sciences en France dans la seconde moitié du XIXe siècle, puis jusqu’à la mort de Bachelard.

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“Quelques échos du bunker”, un article de Lucien Logette

Tout semblait se liguer cette année pour faire du Festival de Cannes 2010 un millésime infortuné : un mini-tsunami qui a transformé la Croisette en marécage quelques jours avant l’ouverture, le nuage de cendres du volcan islandais qui risquait d’interdire l’accès aérien à la Côte, quelques remous politiques – la menace de manifestations contre le film de Rachid Bouchareb, “Hors-la-loi”, le mécontentement du gouvernement italien à l’annonce de la projection du film de Sabina Guzzanti Draquila, trop peu amène à l’égard du bienfaiteur de la Nation –, l’accusation, qui revient comme une antienne, d’une sélection sans goût ni saveur réservée à quelques cinéastes abonnés. Sans oublier la campagne publicitaire des auteurs et interprètes de Ça commence par la fin, reprochant au Festival d’avoir eu peur des audaces sexuelles de leur œuvre…

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“Dimitris Dimitriadis à l’Odéon”, un article de Monique Le Roux

DIMITRIS DIMITRIADIS
LA RONDE DU CARRÉ
Mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti
Odéon-Théâtre de l’Europe Jusqu’au 12 juin 2010

L’Odéon-Théâtre de l’Europe avait placé comme « auteur européen au cœur de la saison 2009-2010 » Dimitris Dimitriadis. Mais la troisième pièce programmée, mise en scène par Giorgio Barberio Corsetti, “La Ronde du carré”, ne répond pas totalement à l’attente suscitée par la très haute ambition poétique de l’écrivain grec.

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“Le XVIIIe siècle en musique”, un article de Thierry Laisney

CHARLES BURNEY
VOYAGE MUSICAL DANS L’EUROPE DES LUMIÈRES
traduit, présenté et annoté par Michel Noiray
Flammarion, 523 p., 30 €

Si les réalisations proprement musicales de l’organiste et compositeur anglais Charles Burney (1726-1814) ne l’ont pas fait passer à la postérité (pour mémoire, il a adapté pour la scène londonienne “Le Devin du village” de Jean-Jacques Rousseau), en revanche les journaux des deux voyages qu’il entreprit afin de rassembler les matériaux utiles à l’œuvre de sa vie, la “General History of Music” (1776-1789, 4 vol.), sont devenus « un observatoire privilégié d’où l’on scrute inlassablement le XVIIIe siècle musical» (Michel Noiray).

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“Sartre dans son siècle”, un article d’Omar Merzoug

JEAN-PAUL SARTRE
LES MOTS ET AUTRES ÉCRITS AUTOBIOGRAPHIQUES
édition publiée sous la direction de Jean-François Louette, avec la collaboration de Gilles Philippe et de Juliette Simont / Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade »
1650 p., 59 € (jusqu’au 30 juin) et 67,50 (au-delà)

La période présente n’est pas favorable à Sartre à qui l’on impute nombre d’errements politiques, et notamment son compagnonnage avec le Parti communiste. Récemment encore, on s’est fait un malin plaisir d’opposer à la lucidité camusienne les cécités sartriennes. En vérité, Sartre a été discuté, souvent contesté, parfois insulté. À la Libération, les communistes l’abreuvèrent d’injures, Céline et Claudel ne furent pas en reste. On parla d’« excrémentialisme », des termes orduriers furent lancés.

La Quinzaine n°1004, du 1er au 15 mai 2010

“Drame chez les Fantochinois”, un article de Maurice Mourier

LING XI
LA TROISIÈME MOITIÉ
Maurice Nadeau, 247 p., 20 €

À W., une ville ouvrière hideuse du centre de la Chine – ce doit être Wuhan, sise au milieu des montagnes, dans la vallée du Yang Tsé Kiang – s’agite une foule de pauvres types, coincés entre la Fabrique des Interrupteurs, récemment convertie en ateliers de médailles pieuses à l’effigie du Président Mao, et l’Usine de Caoutchouc. C’est une agglomération immense et informe, plus vaste que Mexico si l’on en croit la mégalomanie de ses habitants, dont beaucoup sont analphabètes, mais une mosaïque de petits quartiers, sortes de villages vivant en quasi-autarcie. Un de ces quartiers, peut-être le plus déshérité de la ville, sert de décor au livre.

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“Une étrange sensation de vide”, un article d’Agnès Vaquin

RÉGIS JAUFFRET
SÉVÈRE
Seuil, 164 p., 17 €

Ce qui se passe dans la vie des gens reste pour Régis Jauffret un spectacle urticant. Les comprendre, voilà le hic, leur logique n’appartient qu’à eux. L’écrivain les regarde et se contente des motivations qui traînent partout pour rendre compte de comportements, si l’on y pense, proprement stupéfiants. Avec Sévère, Jauffret tente un grand coup. Il s’approprie, sans mentionner son nom et à la première personne, le cas de cette femme dont les médias nous ont rebattu les oreilles. L’action se passe à Genève. Au cours de ce qu’on appelle une séance sadomasochiste, elle tire sur son amant et le tue. On le découvre emmailloté dans une combinaison de latex.

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“Ciel tombeau”, un article de Laurence Zordan

CHANTAL CHAWAF
JE SUIS NÉE
Éd. des Femmes/Antoinette Fouque, 563 p., 20 €

Le ciel de la Seconde Guerre mondiale fut des plus meurtrier pour les civils. Horreur d’un mouvement ascensionnel dans le ciel de l’Holocauste (« vous aurez alors une tombe dans les nuages où l’on n’est pas serré »), ou au contraire létale avalanche, promesse de carnage par l’impitoyable chute des bombes atteignant parfois ceux qu’elles devaient libérer. En cherchant à frapper l’occupant, les avions alliés faisaient parfois des victimes collatérales. Cette expression volontiers employée aujourd’hui élude la chair et le sang. Le livre de Chantal Chawaf en restitue la vividité, cette impression qui persiste même lorsque l’on referme l’ouvrage, même lorsqu’on lève les yeux, selon l’image d’Yves Bonnefoy, ajoutant que c’est alors le moment où le lecteur, encore habité par sa lecture, la noue à sa propre existence. À quoi nous fait naître Je suis née ? Peut-être à une « poéthique » du ciel, à une poésie signant la quête de vérité, l’éthique d’une pure authenticité.

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“Magies dakaroises”, un article de Marie Etienne

SOPHIE-ANNE DELHOMME
QUITTER DAKAR
Le Rouergue, coll. « La brune », 142 p., 13,50 €

Quand on connaît Dakar et qu’on y a vécu, on a le sentiment étrange, lisant ce livre, d’y retrouver exactement ses propres souvenirs – les lieux, les animaux, les plantes et les occupations, tout est exact, et similaire…

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“Sur le fil du rasoir”, un article de Hugo Pradelle

EDGAR HILSENRATH
LE NAZI ET LE BARBIER
Der Nazi und der Friseur
trad. de l’allemand par Jörg Stickan et Sacha Zilberfarb
Attila, 512 p., 23,50 €

Reparaît, dans une traduction énergique, le roman épique d’Hilsenrath sur la Shoah, son pied de nez à l’Allemagne des années 70, son coup-depied dans la fourmilière de la bien-pensance et des mémoires oublieuses. En grand provocateur, il chamboule l’ordre des discours sur la barbarie, les bourreaux et les victimes, jusqu’à l’ultime jugement. Avec une jouissance expressive impressionnante, il écrit un roman délirant, sans pareil, qui enfonce à grands coups de boutoir tous les barrages qu’avait érigés une nation traumatisée, s’insurgeant contre l’oubli et le simplisme historique, et nous dérange en nous faisant rire de la monstruosité la plus terrible.

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“Fêlures et affolements”, un article de Liliane Kerjan

JAMES LASDUN
ÇA COMMENCE À FAIRE MAL
It’s Beginning to Hurt
trad. de l’anglais (États-Unis) par Pierre Charras
Jacqueline Chambon/Actes Sud, 286 p., 21,80 €

Aux deux romans, “L’Homme licorne” (2004) et “Sept mensonges” (2007), parus en traduction française, s’ajoute désormais ce recueil de quinze nouvelles, écrites de main de maître, débusquant dans le quotidien occidental les civilités et les compromis, l’élargissement des fissures, prémices aux grands chambardements de l’existence.

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“Tout est ailleurs”, un article de Norbert Czarny

ANDRZEJ STASIUK
MON ALLEMAGNE

trad. du polonais par Charles Zaremba
Christian Bourgois, 96 p., 12 €

Les guides touristiques qui balisent nos parcours, indiquent les meilleurs itinéraires et recommandent les meilleures tables ne reprendront sans doute jamais les propositions d’Andrzej Stasiuk quant à l’Allemagne. Heureusement : cela laisse au lecteur le plaisir d’emporter avec lui “Mon Allemagne”, et de mieux regarder autour de lui.

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“Les vertiges de la gloire”, un article d’Alain Joubert

INGAR SLETTEN KOLLOEN
KNUT HAMSUN, RÊVEUR ET CONQUÉRANT
biographie traduite du norvégien par Éric Eydoux
Gaïa Éditions, 768 p., 28 €
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KNUT HAMSUN
VICTORIA
trad. du norvégien par Ingunn Galtier et Alain-Pierre Guilhon
Gaïa Éditions, 128 p., 14 €

Knut Hamsun occupe une place tout à fait singulière dans l’histoire de la littérature internationale. Et il n’est pas simple d’en faire le tour, tant sont sinueux les chemins qui y mènent ; c’est à deux hommes, en effet, que nous allons devoir consacrer notre attention, deux hommes en un, bien entendu.

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“Les avant-gardes du XXe siècle”, un article de Georges Raillard

SERGE FAUCHEREAU
AVANT-GARDES DU XXe SIÈCLE
ARTS ET LITTÉRATURE. 1905-1930
Flammarion, 588 p., nb illus. coul., 49 €

Il y a chez Serge Fauchereau une passion d’encyclopédisme. Ses trente livres, autant de fenêtres ouvertes par où il fait entrer un air vivifiant, l’attestent. Il a une vue englobante du champ de l’art – poésie, peinture, musique, architecture. Il aboute des territoires souvent inconnus en France. Son regard est précis : sur la spécificité des pays, sur les rapports qui joignent des mouvements paraissant étrangers les uns aux autres ou, au contraire, nés d’influences réciproques. Ce monumental ouvrage conduit à une réflexion sur ce qu’est l’avant-garde. On dirait mieux : de quel pluriel cette avant-garde de ces vingt-cinq années, 1905-1930, est-elle constituée ?

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“Les légions des soeurs”, un article de Gilbert Lascault

EXPOSITION MÂKHI XENAKIS
ELLES NOUS REGARDENT…
Espace des Femmes-Antoinette Fouque
35, rue Jacob, Paris 6e du 8 mars à 30 mai 2010

Sans cesse, la créatrice Mâkhi Xenakis travaille. Elle sculpte, elle dessine, elle écrit. Elle invente des formes inattendues. Elle propose des séries d’oeuvres. Elle imagine les légions des soeurs, leurs multitudes, les kyrielles.

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“Walter Benjamin et le choix du fragment”, un article de Jean Lacoste

WALTER BENJAMIN
ROMANTISME ET CRITIQUE DE LA CIVILISATION
trad. de l’allemand par Christophe David et Alexandra Richter, textes choisis et présentés par Michaël Löwy Payot, coll. « Critique de la politique », 238 p., 21,50 €
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BERNARD SÈVE
DE HAUT EN BAS
PHILOSOPHIE DES LISTES
Seuil, coll. « L’ordre philosophique », 238 p., 19 €

Au moment où se prépare en français l’édition, nécessairement monumentale, des oeuvres complètes de Benjamin, il est en quelque mesure rassurant de retrouver un Benjamin éclaté en textes hétérogènes, un Benjamin « en pièces », dans cette anthologie d’articles inédits. Non que ces textes puissent être considérés comme de simples fragments. Ce sont des pièces denses et très écrites, qui ne sont marginales qu’en apparence, et il faut remercier Michaël Löwy d’avoir rassemblé ces essais, qui offrent autant de clefs pour pénétrer dans une oeuvre notoirement énigmatique.

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“Politiques de la calomnie”, un article de Vincent Milliot

ROBERT DARNTON
LE DIABLE DANS UN BÉNITIER. L’ART DE LA CALOMNIE EN FRANCE, 1650-1800
Gallimard, coll. « NRF Essais », 704 p., 28 €

« Jadis l’Égypte eut moins de sauterelles », écrivait Voltaire pour dénoncer la prolifération des « Rousseau du ruisseau », ces enfants de la République des Lettres qui avaient cru en l’idéologie des « talents », et qui, faute de place et de reconnaissance, alimentèrent au Siècle des Lumières les canaux d’une littérature clandestine, souvent obscène et subversive. Comme les sauterelles, cette bohème littéraire pouvait tout ravager sur son passage, surtout quand elle s’adonnait à l’art féroce de la calomnie. Ces « basses » Lumières constituent le terrain de réflexion privilégié de l’historien américain Robert Darnton, attentif aux formes de la communication comme à la constitution de l’opinion publique.

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“Vaincre la peur : une «union sacrée» au service de la paix”, un article de Philippe Hamon

MICHEL CASSAN
LA GRANDE PEUR DE 1610. LES FRANÇAIS ET L’ASSASSINAT D’HENRI IV
Champ Vallon, 281 p., 23

Henri IV avait été la cible de tant de tentatives d’assassinat qu’on aurait pu supposer que l’événement parisien du 14 mai 1610 – avec la « réussite » de Ravaillac – ne surprenne guère ses sujets. Or il n’en est rien : la mort du roi répand dans le royaume une onde de peur et d’angoisse. L’objet du livre de Michel Cassan est de rendre compte avec précision des conditions de diffusion de la nouvelle et des réactions qu’elle suscite dans l’ensemble du royaume (l’enquête concerne la France dans ses frontières du temps).

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“Une ville mésestimée”, un article de Marie-Ange Maillet

JEAN-PAUL BLED
HISTOIRE DE MUNICH
Fayard, 371 p., 25 €

À un moment où tous les regards sont tournés vers Berlin, capitale de l’Allemagne réunifiée que les festivités de novembre dernier viennent de célébrer comme le théâtre des événements historiques de 1989 et sur laquelle existent déjà de nombreux ouvrages en français, publier un livre sur Munich est un geste à contre-courant d’autant plus bienvenu que le lecteur non germanophone intéressé par l’histoire de cette ville n’avait guère les moyens, jusqu’à récemment, de satisfaire sa curiosité. Signe d’un désintérêt relatif pour le sud de l’Allemagne, il n’existait pas non plus d’ouvrage en français sur la Bavière avant la parution en 2007 de l’Histoire de la Bavière d’Henri Bogdan (éditions Perrin).

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“« Parmi les éprouvés » : proscrits du XIXe siècle”, un article de Arnaud-Dominique Houte

SYLVIE APRILE
LE SIÈCLE DES EXILÉS. BANNIS ET PROSCRITS DE 1789 À LA COMMUNE
CNRS Éditions, 336 p., 28 €

« Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là » : la figure de Victor Hugo a longtemps occulté l’histoire des milliers d’exilés du XIXe siècle. À peine pris en main, le livre de Sylvie Aprile semble prolonger cette tradition : Hugo à Guernesey pour la couverture, Hugo en exergue et en conclusion… Mais les vers cités ne sont pas les plus connus, loin s’en faut : « Parmi les éprouvés je planterai ma tente. » De la même manière, Sylvie Aprile entend écrire l’histoire de Victor Hugo certes, mais aussi et surtout, celle de ses compagnons moins connus ou anonymes.

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“Une histoire universelle de la médecine”, un article de jean-Paul Deleage

ANNE-MARIE MOULIN
LE MÉDECIN DU PRINCE
VOYAGE À TRAVERS LES CULTURES
Odile Jacob, 368 p., 25 €

Au croisement de sa propre expérience de « French Doctor » et des multiples récits des médecins du prince, la philosophe Anne-Marie Moulin entrouvre et explore une histoire universelle de la médecine d’une richesse inouïe.

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“Miroir et merveilles”, un article de Lucien Logette

TIM BURTON
ALICE AU PAYS DES MERVEILLES

« Why is a raven like a writing-desk ? » Pourquoi un corbeau ressemble à un bureau ? Le Chapelier fou pose plusieurs fois la question à Alice, au long du film de Tim Burton, sans qu’une réponse soit donnée – pas plus d’ailleurs que dans le livre de Lewis Carroll, puisque celui-ci n’en donnera la solution que dans sa préface à la réédition de 1897. C’est un des rares moments où le film nous rappelle que Alice in Wonderland est avant tout une oeuvre de langage, non réductible à ses actions. Burton nous en propose une version échevelée, personnelle, certes, mais dont on risque de sortir essoufflé.

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“Mystère bouffe et fabulages”, un article de Monique Le Roux

DARIO FO
MYSTÈRE BOUFFE ET FABULAGES
Mise en scène de Muriel Mayette
Salle Richelieu jusqu’au 19 juin
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DARIO FO et FRANCA RAME
ALICE ET CETERA
Mise en scène de Stuart Seide
Théâtre du Rond-Point jusqu’au 15 mai

“Mystère bouffe et fabulages” de Dario Fo mis en scène par Muriel Mayette à la salle Richelieu, “Alice et cetera” de Dario Fo et Franca Rame par Stuart Seide au Théâtre du Rond-Point : le plaisir pris à ces spectacles ne fait pas oublier le paradoxe de représenter des textes indissociables d’enjeux politiques en des lieux et devant des publics qui ne peuvent qu’en désamorcer la force provocatrice.

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“La pédagogie de Chopin”, un article de Thierry Laisney

FRÉDÉRIC CHOPIN
ESQUISSES POUR UNE MÉTHODE DE PIANO
textes réunis et présentés par Jean-Jacques Eigeldinger
Flammarion, 138 p., 21 €

Les témoignages s’accordent : ce n’est pas seulement pour vivre que  Chopin donnait des leçons de piano, mais aussi par goût de l’enseignement. D’un projet de méthode, Chopin n’a laissé que des esquisses, « une douzaine de feuillets, rédigés en un français fort contestable » selon Alfred Cortot (“Aspects de Chopin”, Albin Michel, p. 53), qui s’était rendu acquéreur du manuscrit. Comme il s’agit de bribes, Jean-Jacques Eigeldinger, le méticuleux éditeur de l’ouvrage, leur a ajouté quatre textes brefs révélateurs de la pédagogie de Chopin : un traité (inachevé) du Norvégien Thomas Tellefsen, élève bien-aimé de Chopin ; les notes dues respectivement à un autre élève, Karol Mikuli, et à deux « élèves d’élèves », qualité dont seul le prestige des plus grands maîtres autorise à se prévaloir.

La Quinzaine n°1012, du 1er au 15 avril 2010

“Souvenirs en forme de nuages flottants”, un article de Norbert Czarny

PATRICK MODIANO
L’HORIZON
Gallimard, 176 p., 16,50 €

« Il était fatigué d’avoir marché si longtemps. Mais il éprouvait pour une fois un sentiment de sérénité, avec la certitude d’être revenu à l’endroit exact d’où il était parti un jour, à la même place, à la même heure et à la même saison, comme deux aiguilles se rejoignent sur le cadran quand il est minuit. » Ces quelques lignes qu’on lira dans les dernières pages de L’Horizon donnent une idée de ce qui fait la nouveauté du roman de Modiano : le bonheur semble possible.

“La passion d’Anastassia”, un article de Jacques Fessard

JUAN CARLOS MONDRAGON
PASSION ET OUBLI D’ANASTASSIA LIZAVETTA
trad. de l’espagnol (Uruguay) par Gabriel Iaculli
Seuil, 251 p., 21 €

L’orthographe espagnole, on le sait, n’admet pas le redoublement du “s” ni du “t”. Les deux prénoms accolés de la belle Uruguayenne Anastassia Lizavetta ne contreviennent à cette règle que parce qu’ils lui ont été imposés par un père admirateur de Dostoïevski, dont il a beaucoup lu – à sa manière – Les Démons (ou Les Possédés), et qui ne le cède en rien aux pires personnages du grand Russe puisque c’est un ivrogne qui viole sa fille à peine pubère, avant de disparaître.Mais le lecteur de cet étonnant roman de Juan Carlos Mondragon ne saura tout cela que beaucoup plus tard, bien après que l’acte fatal, qui répond peut-être à cet abus, aura été accompli.

“Du centre vers une périphérie lointaine”, un article d’Agnès Vaquin

SOAZIG AARON
LA SENTINELLE TRANQUILLE SOUS LA LUNE
Gallimard, 294 p., 18,90 €

Ainsi Soazig Aaron nous a fait attendre huit ans son deuxième roman. Cette « sentinelle tranquille sous la lune », il y est fait mystérieusement allusion au moins cinq fois au fil du texte, la lune étant toujours ensuite qualifiée de « paisible ». On n’en saura pas plus avant les toutes dernières pages.Faire attendre, c’est un art et, Soazig Aaron, c’est un art qu’elle pratique avec virtuosité.

“Un abîme dans chaque chambre”, un article de Norbert Czarny

PETER STAMM
SEPT ANS
trad. de l’allemand par Nicole Roethel
Christian Bourgois, 380 p., 18 €

Statique au milieu d’une galerie de peinture, une femme est là, au tout début de “Sept ans”, le nouveau roman de Peter Stamm.  Sonia est l’épouse d’Alex, le narrateur personnage qui la contemple. Près de lui, Sophie, leur fille, qui admire sa mère, si absente et si belle. La scène se déroule de nos jours, au terme d’un trajet commun que nous découvrirons à travers ces pages, au fil des événements qui ont ponctué ces vingt ans d’histoire.

“Dérivant dans le temps”, un article de Liliane Kerjan

JOSEPH COULSON
LE BLUES DES GRANDS LACS
Of Song andWater
trad. de l’anglais (États-Unis) par Judith Rose
Sabine Wespieser, 388 p., 24 €

L’éditeur Sabine Wespieser poursuit la régate avec Joseph Coulson, dont elle a publié un premier roman, “Le Déclin de la lune”, en 2005. De l’étui d’une guitare à la coque d’un bateau, tout passe dans un récit modulé qui explore son thème pour mieux l’abandonner dans des arrangements inspirés. Un chant moderne, discret sous les balises de Virgile et Melville, un beau roman d’atmosphère.

“Comment continuer de vivre ici ?”, un article de Natacha Andriamirado

CORINNE D’ALMEIDA
ANTIBES
Gallimard, 288 p., 17,50 €

Un couteau et un gant de toilette. Tels sont les objets quotidiens de la narratrice, aide-soignante auprès d’une vieille femme qui habite dans un quartier « plus beau que laid » et où « rien n’y risque rien ».

“Dans l’Autriche au bord du précipice”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

JEAN AMÉRY
LES NAUFRAGÉS
trad. de l’allemand par Sacha Zilberfarb
Actes Sud, 270 p., 21 €

“Les Naufragés” est le seul roman, resté inédit jusqu’à aujourd’hui, qu’ait écrit Jean Améry, lequel est surtout connu pour ses essais comme “Par-delà le crime et le châtiment – Essai pour surmonter l’insurmontable”, Actes Sud, 1995 (édition originale 1966) ou “Porter la main sur soi – Du suicide”, Actes Sud, 1999.

“If you want, remember, if you want, forget”, un article de Gabrielle Napoli

ERN˝O SZÉP
L’ODEUR HUMAINE
Cambourakis, 182 p., 20 €

C’est la première fois que le lecteur français a accès au bouleversant texte d’Ern˝o Szép, “L’Odeur humaine”, qui retrace l’expérience de l’écrivain hongrois, Juif de Budapest, en 1944, alors que les Juifs hongrois sont massivement livrés aux Allemands, à l’approche des troupes russes. Auteur populaire budapestois, journaliste, il subira comme tant d’autres les lois anti-juives qui l’obligeront à quitter sa bien-aimée île Marguerite pour aller vivre dans le ghetto, dans un immeuble étoilé. Rescapé, il publiera ce récit à la fin de la guerre, mais se retirera de la vie littéraire lors de l’arrivée au pouvoir des communistes en 1948.

“Rire ou pleurer ?”, un article de Norbert Czarny

JEAN-CLAUDE GRUMBERG
PLEURNICHARD
Seuil, coll. « Bibliothèque du XXIe siècle », 254 p., 16 €

Pleurnichard est le double de Jean-Claude Grumberg. C’est l’enfant qu’il était et n’a pas cessé d’être par certains côtés. On le rencontrait dans “Mon père”, inventaire, récit façonné ou rapiécé comme un vêtement par le mauvais petit tailleur qu’a été Grumberg, excellent conteur au contraire. La voix du conteur séduit de nouveau dans ce récit.

“Un art d’aimer”, un article de Marie Etienne

BERNARD NOËL
LES PLUMES D’ÉROS,OEUVRES 1
P.O.L, 435 p., 26 €

Ce premier volume des oeuvres de Bernard Noël rassemble ses textes érotiques (proses narratives, théoriques ou poésies), à l’exception du “Château de Cène”. On n’ignore pas l’importance et la place qu’occupe ce sujet dans ses livres et probablement dans sa vie. Nous voici donc invités à méditer avec lui sur un genre qui conserve une place de choix dans la littérature.

“L’atelier de Lucian Freud”, un article de Georges Raillard

EXPOSITION “LUCIAN FREUD, L’ATELIER” au Centre Georges-Pompidou jusqu’au 19 juillet / PUBLICATIONS “LE CATALOGUE DE L’EXPOSITION”, introduction de Cécile Debray, 248 p., avec photos, oeuvres, documents et analyses dues notamment à Éric Darragon, Jean Clair et Philippe Comar et “LUCIAN FREUD LE CORPS ET L’HORIZON” de DANIEL KLÉBANER Éditions Ides et Calendes, Neuchâtel, 92 p., avec ill.

Voici, on s’en félicite, une deuxième exposition de Lucian Freud à Beaubourg. L’artiste anglais, célébrissime, né en 1922, est le petit-fils de l’inventeur de la psychanalyse, mort en 1939 à Londres. Dès cette année Lucian Freud dessine des portraits. En 1941 il a sa première exposition individuelle. Sa reconnaissance officielle en France est bien plus tardive que celle de Bacon. Elle date de 1987. Elle est due à l’attention de Jean Clair. Il publie Lucian Freud Le nu en peinture paru dans la “Nouvelle Revue de Psychanalyse”, l’année de l’exposition au musée d’Art moderne.

“1946 : la Libération, la liberté étrange des créateurs”, un article de Gilbert Lascault

LAURENCE BERTRAND DORLÉAC
APRÈS LA GUERRE
Gallimard, coll. « Art et Artistes », 176 p., 38 ill. n et b, 25 €

Avec des recherches précises et méthodiques, l’historienne de l’art Laurence Bertrand Dorléac étudie de très près les peintures des artistes qui vivent (tant bien que mal) et créent en France en 1946, après la guerre, après l’occupation allemande, après les destructions, après les malheurs du pays, après l’État français de Vichy.

“Que reste-t-il d’Empédocle ?”, un article de Jean Lacoste

PETER KINGSLEY
EMPÉDOCLE ET LA TRADITION PYTHAGORICIENNE
trad. de l’anglais par Grégoire Lacaze
Les Belles Lettres, coll. « Vérité des mythes », 500 p., 35 €

ÉDITH DE LA HÉRONNIÈRE
LE LABYRINTHE DE JARDIN OU L’ART DE L’ÉGAREMENT
Klincksieck, coll. « L’esprit des formes », 153 p., 17 €

… Quelques fragments obscurs de deux poèmes, et une poignée de légendes, dont celle, fameuse, selon laquelle il se serait jeté dans l’Etna, ne laissant sur le bord du cratère qu’une « sandale de bronze ». Pourtant ce penseur dit « présocratique » du Ve siècle avant notre ère ouvre le « roman familial » de la philosophie occidentale, le récit fabuleux de sa naissance glorieuse, sur les rives de la Méditerranée.

“Le dernier cahier de Pierre Naville”, un article de Jean-Jacques Marie

PIERRE NAVILLE
LA PASSION DE L’AVENIR.
LE DERNIER CAHIER (1988-1993)
Présenté par Michel Burnier, Véronique Nahoum-Grappe, Roberto Massari, Maurice Nadeau, Alain Cuenot / Maurice Nadeau, 230 p., 20 €

Pierre Naville a écrit ce journal, précisent Michel Burnier et Véronique Nahoum-Grappe dans leur présentation, « les cinq dernières années de sa vie et l’ar rête quelques semaines avant de mourir » en mars 1993. Il l’a alors glissé entre deux gros livres d’art, ces livres que l’on range avec d’autant plus de soin qu’on ne les regarde à peu près jamais. Véronique Nahoum-Grappe le dénichera dix ans plus tard. C’est ce document qu’elle et Michel Burnier éditent aujourd’hui avec Maurice Nadeau, qui, dans une postface, souligne le caractère « bien singulier » de ce journal, avare en effet en épanchements subjectifs.

“Donner à tous les mêmes chances”, un article de Nick Vanston

AMARTYA SEN
L’IDÉE DE JUSTICE
Flammarion, 488 p., 25 €

La quête universelle de justice naît du sentiment aigu des injustices subies ou redoutées. Pourtant, ce qui constitue une injustice, ou avec quelle intensité elle appelle la vengeance du ciel, sont des sujets sur lesquels les opinions peuvent légitimement différer, y compris entre gens raisonnables partageant une même culture. Dès lors, la recherche d’un système de justice sur lequel chacun puisse s’accorder, avec plus ou moins d’enthousiasme, est un casse-tête philosophique autant que politique ou juridique.

“Guettés par la fiction”, un article de Pierre Pachet

GUY WALTERS
LA TRAQUE DU MAL
Hunting Evil
trad. de l’anglais par Christophe Magny et Jean-Pierre Ricard
Flammarion, coll. « Au fil de l’histoire », 528 p., 16 p. de photos hors-texte

Personnages de cette enquête visiblement scrupuleuse menée dans les archives et sur le terrain par un ancien journaliste du Times de Londres : d’abord les criminels nazis que les Alliés s’étaient promis de traduire devant des tribunaux (mais lesquels ? internationaux, ou ceux des pays où les crimes furent commis ?), ceux qui avaient échappé à l’arrestation lors de la victoire, soit par la mort (Hitler, Goebbels), soit en se cachant, soit en fuyant l’Allemagne occupée : Martin Bormann le second de Hitler, Adolf Eichmann l’organisateur du génocide des Juifs, le docteur Josef Mengele qui sélectionnait sur la rampe d’arrivée à Auschwitz, Franz Stangl qui commanda le camp de Treblinka, bien d’autres encore à mesure que leur rôle fut mieux connu (qui avait entendu parler d’Eichmann en 1945 ?)…

“Le nouveau « Nouveau XXIe siècle »”, un article de Laurence Zordan

JOSEPH E. STIGLITZ
LE TRIOMPHE DE LA CUPIDITÉ
Éditions Les Liens qui Libèrent, 474 p., 23 €

Redondance du « nouveau », qui semble encore plus inattendu que ce qui était sans précédent, afin de penser le radicalement inédit : la crise économique d’ampleur mondiale, cataclysme de la finance, mise à mal des théories monétaristes. Véritable surenchère pour porter un regard neuf sur un bouleversement abondamment commenté, avec une effervescence éditoriale qui tient du surgissement continuel. L’ouvrage du prix Nobel américain s’inscrit dans cette ébullition théorique. Son originalité tient au fil conducteur choisi et au statut de l’auteur qui, avant même 2007, au forum de Davos, avait prédit la survenue de graves problèmes. Dès lors, l’enjeu est sans doute moins de tirer les leçons qui s’imposent que de s’imposer comme donneur de leçons. Et si donner le « la » en matière de commentaire sur la crise contribuait à l’influence dont jouit un pays pour maîtriser la sortie de crise ?

“Nora d’hier et d’aujourd’hui’, un article de Monique Le Roux

HENRIK IBSEN
MAISON DE POUPÉE
Mise en scène de Michel Fau
Théâtre de la Madeleine  Jusqu’au 30 juin

UNE MAISON DE POUPÉE
Mise en scène de Jean-Louis Martinelli
Théâtre de Nanterre-Amandiers Jusqu’au 17 avril

La pièce la plus célèbre d’Ibsen, “Maison de poupée” ou “Une maison de poupée”, est jouée cette saison sur cinq scènes différentes de l’Île-de-France. Elle est actuellement montée à la Madeleine par Michel Fau et aux Amandiers de Nanterre par le directeur, Jean-Louis Martinelli : deux spectacles opposés, que seul rapproche le choix, pour le rôle de la protagoniste, d’une actrice très connue ailleurs qu’au théâtre, Audrey Tautou et Marina Foïs.

“Le cinéma dans le Haut-Pays”, un article de Lucien Logette

FESTIVAL INTERNATIONAL
DE FILMS DE FRIBOURG 13 au 20 mars 2010
BRILLANTE MENDOZA
LOLA (sortie le 5 mai)
JUAN JOSÉ CAMPANELLA
DANS SES YEUX (sortie le 21 avril)

On ne peut pas voyager toujours avec Cingria. La précieuse collection « Poche Suisse » des éditions L’Âge d’Homme propose d’autres perles
d’une eau pas moins cristalline, dignes de servir de viatique pour notre expédition annuelle sur les rives de la Sarine, en cette Fribourg dont le nom complet serait, wikipedia dixit, Fribourg en Nuithonie. Peu usité, précise l’encyclopédie moderne, à ranger donc parmi les terres improbables, entre la Novempopulanie de Gracq et la Septimanie de Larbaud. Plutôt qu’un écrivain des plateaux, Ramuz ou Gustave Roud, à la lecture essoufflante, c’est Pierre Girard, promeneur du bord du lac, qui nous a ouvert le chemin. Pourquoi Girard ?

“La compréhension musicale”, un article de Thierry Laisney

SANDRINE DARSEL
DE LA MUSIQUE AUX ÉMOTIONS
Une exploration philosophique
Presses universitaires de Rennes, 283 p., 15 €

Imaginez qu’au journal de 20 h on vous annonce que la Joconde a été volée ; vous comprendriez sans peine ce qui s’est passé. Imaginez maintenant une nouvelle de ce genre : « des individus se sont emparés de la Septième Symphonie de Beethoven » ; l’annonce vous laisserait sans doute plus perplexe. Qu’est-ce que peut bien être une œuvre musicale ? Si la partition et l’exécution sont deux objets physiques, ce n’est pas le cas de l’œuvre elle-même.

La Quinzaine n°1010, du 1er au 15 mars 2010

“L’Islande est un grand pays”, un article de Maurice Mourier

JÓN KALMAN STEFÁNSSON
ENTRE CIEL ET TERRE
trad. de l’islandais par Éric Boury
Gallimard, 240 p., 21 €

Jón Kalman Stefánsson a quarante-sept ans. Entre ciel et terre, qui date de 2007, est son premier texte traduit en français. Il illustre avec éclat et prouve la vigueur toujours actuelle, intacte, d’une prose créée vers 1180 sous forme de sagas par les descendants lointains des bardes vikings émigrés qui, dès le IXesiècle, produisirent là-bas les premiers poèmes appelés « scaldiques ». Or c’est autour d’un poème, d’un extrait du “Paradis perdu” de John Milton (1608-1674), traduit au début du XIXe siècle par un pasteur islandais, que tourne l’intrigue, d’ailleurs minimale, du roman.

“Le deuil”, un article de Hugo Pradelle

MIGUEL DELIBES
CINQ HEURES AVEC MARIO
Cinco horas con Mario
traduction nouvelle de l’espagnol par Dominique Blanc Verdier, coll. « Poche », 288 p., 9,80

Les éditions Verdier font paraître une nouvelle traduction de l’un des romans les plus célèbres de Miguel Delibes. Écrit en 1966, il consiste en l’évocation par une femme conformiste et bourgeoise de sa vie conjugale alors qu’elle veille, une nuit durant, la dépouille de son époux.

“Un feu follet”, un article de Norbert Czarny

ARNAUD CATHRINE
LE JOURNAL INTIME DE BENJAMIN LORCA
Verticales, 208 p., 16 €

Au cœur du roman, et dans le cœur de ses amis et parents, Benjamin Lorca occupe une place essentielle, que sa mort n’a pas supprimée. Dès le premier mot du nouveau roman d’Arnaud Cathrine : « Charognard », on comprend que tout ce qui touche au jeune écrivain éveille la passion, le silence respectueux ou la parole à vif.

“Politiques du roman”, un article de Claire Richard

ÉLISABETH FILHOL
LA CENTRALE
P.O.L, 144 p., 14,50 €

“La Centrale” : un nom générique, parce qu’à Chinon, au Blayais ou au Tricastin, les centrales nucléaires sont toutes les mêmes pour les intérimaires chargés de leur maintenance. L’un d’entre eux, Yann, se trouve un jour exposé à une trop forte dose d’irradiation. Précarité du travail, gestion du risque nucléaire : Élisabeth Filhol noue ces questions brutalement contemporaines à une écriture blanche qui happe le lecteur. La Centrale est un premier roman qui donne un aperçu de ce que peut être une politique de l’écriture aujourd’hui.

“Faire une poupée semblable à la dame”, un article d’Agnès Vaquin

HÉLÈNE FRÉDÉRICK
LA POUPÉE DE KOKOSCHKA
Verticales, 220 p., 18,50

“La Poupée de Kokoschka”, un premier roman d’une jeune Québécoise qui vit à Paris. À soi seul, le propos suffit à attiser l’imagination. On est à Munich, à la fin de la Première Guerre mondiale. Alma Mahler a quitté le peintre Oskar Kokoschka. Incapable d’accepter la rupture, ce dernier passe une stupéfiante commande à une marionnettiste : il veut qu’elle lui fabrique une poupée en tout semblable à la dame. Histoire vraie qu’Hélène Frédérick s’approprie pour en faire un roman singulier qui d’emblée emporte son lecteur.

“Le miel et l’oignon”, un article de Norbert Czarny

JEAN-LUC ALLOUCHE
LES JOURS REDOUTABLES
Denoël, coll. « Impacts », 322 p., 22 €

« Youm assal, youm bassal » : un jour c’est du miel, un jour c’est de l’oignon. Le proverbe gazaoui traduit bien l’atmosphère qui règne au Moyen-Orient. Pendant les années 2002-2005, Jean-Luc Allouche a été le correspondant de Libération à Jérusalem. Attentats, réponses musclées, haines et désespoir. “Les Jours redoutables”, son récit, raconte ce séjour parmi les allumés de tous bords, les fanatiques, et les excentriques. Le constat est à la fois amusant et terrifiant.

“Vertiges noirs”, un article de Hugo Pradelle

DASHIELL HAMMETT
ROMANS
nouvelle traduction de l’anglais (États-Unis) par Pierre Bondil et Nathalie Beunat
Gallimard, coll. « Quarto », 1064 p., 27,50 €

JAMES ELLROY
UNDERWORLD USA
Blood’s A Rover
trad. de l’anglais (États-Unis) par Jean-Paul Gratias
Rivages, 848 p., 24,50 €

Une anthologie intégralement retraduite des principales œuvres de Dashiell Hammett paraît alors que, dans le même temps, nous découvrons le dernier opus de la trilogie que James Ellroy a consacré aux années soixante. 2000 pages presque qui donnent le vertige. Précises, crues, terribles et violentes, elles illuminent une nuit enténébrée d’éclairs éblouissants. Entre rupture et dépassement d’un genre malheureusement trop souvent
méjugé, l’un à la succession de l’autre, ces deux géants de la littérature américaine balaient le monde d’un regard implacable. Voici le grand saut.

“Victime du bruit”, un article de Jacques Fessard

ANTONIO DI BENEDETTO
LE SILENCIAIRE
El Silenciero
trad. de l’espagnol (Argentine) par Bernard Tissier José Corti, 191 p., 20 €

Antonio Di Benedetto n’est pas un inconnu chez nous. Et pas seulement parce qu’il y trouva refuge après avoir été détenu un an sans procès dans les cachots de la junte militaire argentine. Plusieurs de ses livres ont déjà été traduits en français, en particulier son roman “Zama” considéré unanimement comme un chef-d’œuvre qui – aux yeux de Julio Cortázar ou de Juan José Saer – ouvrait à la fiction latino-américaine une voie toute différente de celle du très fameux réalisme magique.

“Oublie que ton œuvre est bâclée, Créateur !”, un article de Odile Hunoult

CHRISTINE LAVANT
UN ART COMME LE MIEN N’EST QUE VIE MUTILÉE
Poèmes choisis, présentés et traduits de l’allemand (Autriche) par François Mathieu
Lignes éd., 192 p., 20,50 €

Christine Lavant (1915-1973), qui a reçu deux fois le prix Trakl en 1954 et 1964, si elle est encore peu connue en France, n’est pas un poète mineur. Cet important recueil bilingue montre sa place singulière. Le titre en est repris d’un recueil posthume de proses et poèmes publié à Salzbourg par Otto Müller Verlag en 1978 (Kunst wie meine ist nur verstümmeltes Leben).

“L’inquiétude des migrants”, un article de Christine Spianti

JEAN FANCHETTE
L’ÎLE ÉQUINOXE
POÈMES : 1954-1991
préface de J. M. G. Le Clézio
Philippe Rey, 224 p., 17 €

Né à Rose-Hill, en l’île Maurice, Jean Fanchette (1932-1992) arrive à Paris à l’âge de 19 ans pour y faire ses études. Il y restera. Dans la préface de ce volume, J. M. G. Le Clézio éclaire ainsi la parole du poète: « Jean Fanchette n’avait rien d’autre à partager que l’inquiétude des errants. » C’est l’errance des migrants, un aller et retour entre deux pays, celui où l’on est né et celui où l’on vit. De quoi est faite cette inquiétude ? Le titre de ce recueil, qui rassemble un choix de textes écrits entre 1954 et 1991 établi par l’auteur, pourrait répondre à cette interrogation : L’Île Équinoxe. L’inquiétude des migrants serait ainsi solitaire, et, à part égale, composée de jour comme de nuit.

“Zoran Music: ce que peut la peinture”, un article de Georges Raillard

EXPOSITION ZORAN MUSIC
Galerie Claude Bernard 7-9, rue des Beaux-Arts, Paris 6e  jusqu’au 20 mars 2010 Au catalogue un texte de Jean Clair « Le soleil ni la mort » Un catalogue de 100 p. illustré, 15 €

Zoran Music, décédé à Venise en 2005, était né en 1909 à Gorizia, dans l’Empire austro-hongrois, au carrefour de quatre langues, dont l’une, l’allemand, le sauva à Dachau en 1943. De Dachau à Venise, un itinéraire au-delà de l’imaginable. Il fut donné pour titre, après la mort du peintre, à deux expositions à La Pedrerade Gaudí à Barcelone. Une autre exposition, cette année-là, fut ouverte par une phrase de Music : « Apprendre à regarder la mort comme un soleil. »

“Orlando Mostyn Owen”, un article de Georges Raillard

EXPOSITION ORLANDO MOSTYN OWEN
BACK DOOR ARCADIA Galerie Polad-Hardouin 86, rue Quincampoix, Paris 3e jusqu’au 13 mars 2010 – Catalogue illustré

Dans la même saison deux faits d’art sont remarquables. Aux Galeries nationales du Grand Palais, la grande mise en scène de Boltanski. Et dans les lieux où l’on pense que la peinture n’est pas morte, la résurgence des pouvoirs anciens de la peinture-peinture : couleur, matière. Et sujets, fussent-ils parfois indéchiffrables.

“L’Algérie française, un tourbillon de passions”, un article de Patrick Sultan

PIERRE DARMON
UN SIÈCLE DE PASSIONS ALGÉRIENNES
UNE HISTOIRE DE L’ALGÉRIE COLONIALE : 1830-1940
Fayard, coll. « Divers Histoire», 936 p., 32 €

Pierre Darmon qui a consacré de grands travaux savants à l’histoire des maladies au XIXe siècle semble, dans l’ouvrage qu’il consacre à l’Algérie coloniale de 1830 à 1940, sortir du champ de sa spécialité et aborder un domaine qui touche d’abord à son histoire personnelle, à son destin de Juif pied-noir. Avec cette somme érudite et de première main, il ne quitte pourtant pas tout à fait l’histoire des pathologies. Car l’historien écoute, palpe et ausculte le malade agité et souvent convulsif que fut l’Algérie sous domination française : il analyse et interprète un « siècle de passions algériennes ».

“Le pouvoir des magistrats”, un article de Monique Chemillier-Gendreau

JACQUES KRYNEN
L’ÉTAT DE JUSTICE FRANCE, XIIIe-XXeSIÈCLE
TOME I : L’IDÉOLOGIE DE LA MAGISTRATURE ANCIENNE
Gallimard, 326 p., 22 €

Comment, dans la construction du système politique français, la magistrature n’a eu de cesse, traversant la longue période monarchique, ou se déployant en période républicaine, de s’imposer aux dirigeants quels qu’ils soient, tel est l’objet de cet ouvrage. Jacques Krynen, grand scrutateur de la construction politique depuis le Moyen Âge français (L’Empire du roi. Idées et croyances politiques en France. XIIIe-XVesiècle, Gallimard, 1993), nous livre ici une étude érudite sur la distribution de la fonction d’autorité entre divers pôles rivaux et sur la genèse de la séparation des pouvoirs. Car la question : “au nom de qui la justice est-elle rendue ?” n’a jamais été élucidée de manière satisfaisante.

“La scène se passe en Pologne, c’est-à-dire nulle part”, un article de Lucien Logette

ANDRZEJ WAJDA
TATARAK sortie le 17 février

KATYN
DVD, éditions Montparnasse, 15 € RÉTROSPECTIVE ANDRZEJ WAJDA Cinémathèque française, 51, rue de Bercy, Paris 12e jusqu’au 21 mars 2010

Il y eut une belle époque, au début des années 60, où nos écrans s’ouvraient au cinéma polonais – Andrzej Wajda, Jerzy Kawalerowicz, Andrzej Munk, Wojciech Has, Polanski à ses débuts, plus tard Skolimowski et Kieslowski affichaient la variété d’une cinématographie vivace, autant que le permettait le « socialisme réel ». Vivace et puissante : revoir des copies restaurées de “Train de nuit” (Kawalerowicz, 1959) et de “La Clepsydre” (éblouissante adaptation de Bruno Schulz par Has, 1973) prouve combien les années ont bonifié, sur tous les plans, l’un et l’autre film. À l’image des autres titres de Munk ou de Has que l’on peut trouver dans les catalogues de DVD.

“Joël Pommerat : le « semeur de trouble »”, un article de Monique Le Roux

JOËL POMMERAT
CERCLES/FICTIONS
Théâtre des Bouffes du Nord Jusqu’au 6 mars
PINOCCHIO
D’après Carlo Collodi, Tournées en France, Belgique et Suisse

Pour sa troisième année en résidence au Théâtre des Bouffes du Nord, Joël Pommerat crée “Cercles/Fictions”, pendant que ses précédents spectacles, en particulier “Pinocchio” d’après Carlo Collodi, continuent leurs tournées. Il poursuit ainsi une recherche amorcée avec “Je tremble”, dont un livre en collaboration avec Joëlle Gayot, Joël Pommerat, troubles éclaire les étapes.

La Quinzaine n°1008, du 1er au 15 février 2010

“Le cercle de boue beckettien”, un article de Maurice Mourier

ÉRIC CHEVILLARD
CHOIR
Minuit, 271 p., 19 €

Il existe, dans l’œuvre déjà fournie d’Éric Chevillard, quelques sommets mémorables. Citons, en fonction de nos goûts, jadis “La Nébuleuse du crabe” (1993), naguère “L’Œuvre posthume de Thomas Pilaster” (1999), plus récemment “Du hérisson” (2002). Mais la dernière parution de ce romancier entre tous inclassable, Choir, qui est aussi le premier texte de son auteur où la volonté d’amuser se fasse très sporadique, se situe à notre avis loin au-dessus de ces pourtant excellents titres.

“Une nuit au Ritz”, un article de Norbert Czarny

PATRICK ROEGIERS
LA NUIT DU MONDE
Seuil, coll. « Fiction & Cie », 180 p., 18 €

Le 22 novembre, il y avait beaucoup de monde au Père-Lachaise, pour suivre Marcel Proust jusqu’à sa dernière demeure, selon le cliché consacré. Shakespeare et Cervantès, Thomas Bernhard et Italo Calvino, Perec et Flaubert, Diderot et Jarry. Joyce aussi, que l’auteur de “La Recherche” avait rencontré au soir du 18 mai, dans un salon du Ritz. Tout cela s’est passé – enfin presque.

“Quand le sens du réel vacille”, un article d’Agnès Vaquin

CHRISTIAN GAILLY
LILY ET BRAINE
Minuit, 190 p., 14,50 €

Christian Gailly en est à son quatorzième roman et la bonne nouvelle, c’est qu’on le connaît nettement mieux depuis que le cinéma s’en mêle. Deux films sont sortis quasi simultanément à la f in de l’année dernière : celui d’Alain Resnais, “Les Herbes folles”, d’après “L’Incident” paru en 1996, et “Un soir au club”, de Jean Achache, inspiré du roman éponyme paru en 2002. À notre humble avis, si Alain Resnais a su épouser avec une grande aisance le tempo de l’écriture, tel n’est pas le cas de Jean Achache. La tâche était ardue, Un soir au club étant peut-être le plus fascinant des romans de Gailly.

“Trou noir”, un article de Hugo Pradelle

LEONARD MICHAELS
SYLVIA
trad. de l’anglais (États-Unis) par Céline Leroy
Christian Bourgois, 154 p., 17 €

CONTEURS, MENTEURS : UNE ANTHOLOGIE
The Collected Stories
trad. de l’anglais (États-Unis) par Céline Leroy
Christian Bourgois, 608 p., 28 €

De la rencontre fulgurante à la détérioration de sa relation compliquée avec sa femme Sylvia, jusqu’à l’ultime disparition qui laisse « désespérément heureux », Leonard Michaels (1933-2003) revient, plus de vingt-cinq ans après, sur l’un des moments-clés de sa vie. Il signe un récit chirurgical en même temps que poétique, inventif, conçu comme une vaste reprise émouvante, une confrontation avec la réalité de sa vie et son œuvre.

“L’architecte des sons”, un article de Frédéric Sylvanise

PAUL BEATTY
SLUMBERLAND
trad. de l’anglais (États-Unis) par Nicolas Richard
Seuil, 327 p., 21 €

Paul Beatty est presque un inconnu dans nos contrées. Ce romancier Noir américain, déjà auteur de cinq livres, distingué comme un grand slammeur aux États-Unis, est en effet traduit pour la première fois en France. Il faut saluer cette initiative tant Slumberland est une réussite, un roman d’une grande inventivité, humoristique à souhait.

“L’écrivain écrit par le livre”, un article de Gisèle Sapiro

YORAM KANIUK
LE DERNIER JUIF
trad. de l’hébreu par Laurence Sendrowicz
Fayard, 624 p., 25 €

Pièce maîtresse de l’œuvre de l’écrivain israélien Yoram Kaniuk, ce roman de la quête identitaire paru en hébreu il y a près de trente ans voit enfin le jour en français dans la superbe traduction de Laurence Sendrowicz. Le problème de la mémoire y est incarné en un personnage fantastique, le « dernier Juif », qui est à la fois l’anti-héros, le narrateur involontaire et l’objet de la recherche croisée que mènent un écrivain allemand et un professeur israélien en vue de retracer cette histoire qui ne peut s’écrire qu’à deux, sous une double forme romanesque et savante.

“Une expérience hongroise “, un article de Gabrielle Napoli

BÉLA ZSOLT
NEUF VALISES
trad. du hongrois par Chantal Philippe
Seuil, 415 p., 23 €

Béla Zsolt, journaliste politique et écrivain reconnu puisqu’il a à son actif une dizaine de romans, plusieurs pièces de théâtre, et qu’il a également dirigé la revue littéraire “A Toll”, livre, dans “Neuf valises”, un témoignage bouleversant de son existence de Juif hongrois livré aux affres de l’Histoire du XXe siècle.

“Émotion et maîtrise”, un article de Marie Etienne

CLAUDE ADELEN
LÉGENDAIRE
Flammarion, coll. « Poésie », 330 p., 19,50 €

La discrétion aimable et la hauteur de ton : deux qualités qui frappent chez le poète Claude Adelen.
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“Le charme de Shéhérazade opère dans Cranford”, un article d’Alain Jumeau

ELIZABETH GASKELL
CRANFORD
trad. de l’anglais par Béatrice Vierne
Éditions de l’Herne, 271 p., 18 €

La romancière Elizabeth Gaskell (1810-1865), qui jouissait d’une réputation prestigieuse en son temps, a retrouvé la faveur des lecteurs en son pays depuis un bon demi-siècle, en raison de son engagement féministe et de sa conscience sociale. Son roman Cranford vient d’être mis à l’honneur pendant les fêtes de Noël en 2009, avec la diffusion d’une belle adaptation à la télévision dont la BBC a le secret, où jouait la grande actrice Judi Dench. À leur tour, les Français redécouvrent Gaskell, grâce à des traductions récentes : “Charlotte Brontë” en 2004 (QL n° 877, la première biographie de la romancière dont Gaskell était l’amie), “Femmes et filles” en 2005 (QL n° 901), “Nord et Sud la même année” (QL n° 914). Et voici maintenant que Béatrice Vierne, à qui l’on doit déjà “Femmes et filles”, propose une nouvelle traduction de Cranford, alors que la précédente, publiée par Dominique Jean chez Aubier Montaigne, ne remonte qu’à 1981. Toute cette activité ne suffit peut-être pas pour conclure que Cranford est le chef-d’œuvre de Gaskell (on en discute vigoureusement entre spécialistes et amateurs), mais signale à l’évidence l’importance et l’attrait de cette œuvre.

“L’autre philosophie allemande “, un article de Pascal Engel

MORITZ SCHLICK
THÉORIE GÉNÉRALE DE LA CONNAISSANCE
trad. de l’allemand et présenté par Christian Bonnet
Gallimard, 551 p., 22 €

Le mur de Berlin est tombé, mais à quand celui de Königsberg ? Dieu merci tous les philosophes allemands ne sont pas des idéalistes post ou néokantiens, des hegeliens, des marxistes, des nietzschéens, des heideggeriens ou des transcendantalo-habermassiens. Il y a une autre philosophie allemande, qui comprend des noms moins familiers : Johann Friedrich Herbart, Friedrich Beneke, Hermann Lotze, Hermann Lipps ou Carl Stumpf, Friedrich Trendelenburg et Gottlob Frege.

“Une image vivante de Friedrich Engels”, un article de Jean-Jacques Marie

TRISTAM HUNT
ENGELS, LA VIE RÉVOLUTIONNAIRE D’UN GENTLEMAN COMMUNISTE
trad. de Marie-Blanche et Damien-Guillaume Audollent
Flammarion, 570 p., 28 €

On éprouve d’abord une certaine inquiétude lorsqu’on lit dès la deuxième page du prologue que : « la plupart du temps les dirigeants du monde socialiste iraient chercher du côté d’Engels plutôt que de Marx les arguments pour asseoir leurs politiques, justifier leurs excès et consolider leurs régimes ».

“Le Japon analysé par un des siens”, un article de Cécile Sakai

SHÛICHI KATÔ
LE TEMPS ET L’ESPACE DANS LA CULTURE JAPONAISE
Nihon bunka ni okeru jikan to kûkan
trad. du japonais et annoté par Christophe Sabouret
CNRS éditions, 272 p., 30 €

Né le 19 septembre 1919, Shûichi Katô est décédé le 5 décembre 2008 à Tokyo. Il avait 89 ans. C’était une des dernières grandes figures intellectuelles du siècle passé. Médecin hématologiste formé à l’Université de Tokyo, savant et engagé, bon connaisseur du marxisme mais critique à l’égard de tout dogmatisme, il a traversé le XXe siècle japonais en observateur critique.

“Les redites innovantes de Žižek”, un article de Laurence Zordan

SLAVOJ ŽIŽEK
APRÈS LA TRAGÉDIE, LA FARCE !
OU COMMENT L’HISTOIRE SE RÉPÈTE
Flammarion, 242 p., 20 €

Lorsque la redite est porteuse d’une parole neuve, il y a ce ressassement où Gracq voyait la marque de la littérature. Lorsque la répétition philosophique traite de la répétition de l’histoire, il y a entreprise de déniaisement, surtout lorsqu’elle est le fait du « philosophe le plus dangereux d’Occident », peut-on lire à propos de Slavoj Žižek. Son dernier livre, répétition des précédents, échappe à la redondance, comme si, lorsque tout a été dit, tout restait à dire. Au sein de l’abondance d’ouvrages parus sur la crise et la sortie de crise, et sur les crises qui reviennent toujours et sur la crise qui ne disparaîtra jamais car elle est structurelle, et sur la crise de la pensée de la crise, l’analyse de Žižek tranche par une forme de parallaxe. Sans qu’il mentionne cette notion abstraite, on peut toutefois y faire référence en le lisant, d’autant qu’il a consacré de longs développements, en 2008, au « déplacement apparent d’un objet que provoque un changement du point d’observation ». L’idée communiste, mise en avant par l’auteur en guise de remède aux errements capitalistes, pourrait alors s’inscrire dans cette perspective, sans se confondre avec l’exhortation d’un retour vers le passé disparu avec la chute du mur de Berlin.

“Échos du silence”, un article de Lucien Logette

Quatre films muets russes
Éd. Montparnasse & Lobster Films,
coll. « Classiques de poche du cinéma russe », vague n° 2, 10 € chaque

Quinze millions de spectateurs bientôt pour Avatar : excellente opération pour le fonds de soutien du cinéma français qui, en récoltant les miettes de toute cette f inance, pourra favoriser quelques f ilms moins assurés de plaire au grand nombre. Mais cette domination des créatures bleues a fait quelques dégâts : peu de titres ont pu résister aux miasmes émis par la planète Pandora, et, “Le Ruban blanc” et “Un prophète” exceptés, bien des films d’auteurs certifiés, Jarmusch ou Chéreau, se sont tôt retrouvés sur le chemin du purgatoire. Souhaitons que les hybrides Navi’s laissent une chance à Jane Campion, dont le superbe “Bright Star” mériterait mieux qu’un passage éclair. Et qu’en sera-t-il d’Eastwood et des frères Coen qui vont eux aussi affronter le monstre Cameron ? Plutôt que suivre ces terrifiants combats, revenons à des valeurs patrimoniales moins épuisantes.

“Histoires d’exilés “, un article de Monique Le Roux

MARIUS VON MAYENBURG
LA PIERRE
Mise en scène de Bernard Sobel Grande salle de la Colline Jusqu’au 17 février
DEA LOHER
MANHATTAN MEDEA
Mise en scène de Sophie Loucachevsky Petite salle de la Colline Jusqu’au 20 février

“La Pierre” et “Manhattan Medea” se jouent en même temps dans les deux salles de la Colline. Leurs auteurs, Marius von Mayenburg et Dea Loher,
nés en Bavière, ont passé leurs jeunes années dans une Allemagne divisée, puis réunifiée. Mais évoquant, dans des registres fort différents, le déraci-
nement, le déplacement, la perte des origines et des repères, ils dépassent la situation de leur propre pays.

La Quinzaine n°1007, du 16 au 31 janvier 2010

“L’antre de l’entre”, un article d’Alain Joubert

FRANCIS IMBERT
WITOLD GOMBROWICZ OU LES AVENTURES DE L’INTERHUMAIN
L’Harmattan, 292 p., 27 €
ALAIN BADIOU avec NICOLAS TRUONG
ÉLOGE DE L’AMOUR
Flammarion, 91 p., 12 €
ANDRÉ BRETON
LETTRES À AUBE
Gallimard, 180 p., 28 €

Lao Tseu dit que le Yin et le Yang ne peuvent être « deux » que s’il y a passage de l’un à l’autre, et que ce qui permet ce passage, c’est le vide. Il y a donc « trois » : Yin, Yang, vide. Sans quoi rien ne se passe. Ce « vide », nous l’appellerons ici l’entre, parce qu’il constitue un espace qui favorise « les aventures de l’interhumain », comme il offre à l’amour la chance de s’épanouir dans l’éternité de l’instant.

“La gourmande !”, un article d’Agnès Vaquin

MARYLINE DESBIOLLES
LA SCÈNE
Seuil, coll. « Fiction & Cie », 118 p., 15 €

Ce n’est pas que Maryline Desbiolles fût particulièrement « matheuse », mais son imagination s’enflamma quand, au collège, un « jeune professeur aux yeux brillants » initia ses élèves à la théorie des ensembles. La leçon devait porter ses fruits plus tard, après un dîner et une conversation avec un commensal mathématicien : « Je mettais joyeusement à jour le désir forcené de composer des ensembles, de les réunir, de leur trouver des intersections en auscultant leurs propriétés, en les tirant au besoin par les cheveux, désir qui n’est autre au fond que celui de l’écriture. »

“La langue du trouble”, un article de Hugo Pradelle

LOJZE KOVACIC
LES IMMIGRÉS II : L’ENFANT DE LA GUERRE
Prisleki
trad. du slovène par Andrée Lück Gaye,
Seuil, 312 p., 22 €

Dans ce second volume, Kovacic (1928-2004) entreprend ses années d’adolescence qui furent aussi celles de l’occupation fasciste. Entre inadaptation chronique, dureté de la vie quotidienne et efflorescence des désirs, il trace sa route, approfondit un sillon accidenté : le cœur trouble de la fin de l’enfance et l’émerveillement de l’écriture naissante.

“La modernité et la tradition”, un article de Hugo Pradelle

‘ABD AL-HAMID SULAYMÂN dit TCHULPÂN
NUIT
Kecha
trad. de l’ouzbek par Stéphane A. Dudoignon
Bleu autour, coll. « D’un lieu l’autre », 456 p., 23,50 €

Un livre condamné par le régime stalinien que nous découvrons plus de soixante-dix ans après sa publication. À la fois roman des sentiments, de la modernité, d’une société traditionnelle d’Asie centrale, Nuit apparaît comme le texte exemplaire d’une littérature méconnue. Tchulpân (vers 1897-1938) brosse le portrait d’un monde au bord de la rupture et nous plonge au cœur d’un univers fascinant et étrange. Une œuvre qui propose un équilibre fragile entre tradition et progressisme.

“Roubaud en 2 000 pages”, un article de Jean José Marchand

JACQUES ROUBAUD
LE GRAND INCENDIE DE LONDRES
Seuil, 2 060 p., 39 €

Roubaud, né en 1932, donc âgé de 77 ans, réunit les cinq volets (ce qu’il appelle des « branches ») de ses mémoires. L’ensemble est volumineux mais intéresse tous les historiens de la littérature.

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“B. S. Johnson, un puritain égaré dans les Swinging Sixties“, un article d’Alain Jumeau

JONATHAN COE
B. S. JOHNSON, HISTOIRE D’UN ÉLÉPHANT FOUGUEUX
trad. de l’anglais par Vanessa Guignery,
Quidam éditeur, 505 p., 30 €

La biographie du romancier Bryan Stanley Johnson (1933-1973), publiée en 2004 en Angleterre, n’est pas signée par un spécialiste des biographies littéraires comme il en existe tant dans ce pays-là, ni par un critique ou un universitaire : c’est l’œuvre de Jonathan Coe, un brillant romancier fort connu et apprécié outre-Manche, où son succès ne fait que se confirmer au fil des années, et que le public français a découvert à son tour avec beaucoup d’intérêt, grâce à ses romans qui présentent une vigoureuse et joyeuse satire de l’Angleterre contemporaine et exploitent avec talent les ressorts du polar.

“Survivre est un acte de résistance”, un article d’Albert Bensoussan

CARLOS LISCANO
L’ÉCRIVAIN ET L’AUTRE
trad. de l’espagnol (Uruguay) par Jean-Marie Saint-Lu
Belfond, 204 p., 17 €

L’écrivain uruguayen Carlos Liscano (né en 1949), connu déjà par ses cinq ouvrages publiés en France, nous donne pour son sixième ce qui se présente comme un essai sur l’écriture et apparaît f inalement comme un parcours biographique.

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“Propos d’une exilée”, un article de Marie Etienne

SILVIA BARON SUPERVIELLE
JOURNAL D’UNE SAISON SANS MÉMOIRE
Gallimard, coll. « Arcades », 254 p., 18 €
MARGUERITE YOURCENAR – SILVIA BARON SUPERVIELLE
UNE CORRESPONDANCE PASSIONNELLE 1980-1987
Gallimard, 103 p., 16 €

Née en Argentine, vivant au cœur même de Paris, dans l’île Saint-Louis, Silvia Baron Supervielle poursuit une méditation qui la conduit à offrir sa vision de l’exil, dans son dernier ouvrage qu’elle intitule Journal.

« Le Grand Art d’Athanase Kircher», un article de Dominique Goy-Blanquet

JOSCELYN GODWIN
ATHANASIUS KIRCHER
LE THÉÂTRE DU MONDE
trad. de l’anglais par Charles Moysan
Un ouvrage relié sous jaquette Imprimerie nationale, 320 p., 411 gravures, 64 €

C’est un superbe cadeau que propose l’Imprimerie nationale avec ce livre nourri par la folle et savante imagination d’un jésuite polymathe. Toutes les sciences, tous les domaines de connaissance intéressaient Athanase Kircher (1602-1680), surnommé le « Maître de cent Savoirs », classé par Umberto Eco au rang des Serendipities. Jean-Marie Blas de Roblès qui l’envoie à la découverte du Brésil dans son dernier roman considère son œuvre comme un « énorme fatras » mais lui reconnaît joliment « un certain génie dans l’art de se tromper ».

“Archéologie de la chair et du verbe”, un article d’Aliocha Wald Lasowski

GIORGIO AGAMBEN
NUDITÉS
trad. de l’italien par Martin Rueff
Payot, coll. « Bibliothèque Rivages », 195 p., 20 €

GIORGIO AGAMBEN
LE SACREMENT DU LANGAGE
trad. de l’italien par Joël Gayraud
Vrin, 120 p., 12

En 2008, Le Règne et la Gloire cherchait à répondre à la question, déterminante pour notre époque engloutie dans la médiatisation, de savoir pourquoi le pouvoir a-t-il besoin de gloire, tandis que Signatura rerum ouvrait l’espace d’un court traité de la méthode sous la forme d’un triptyque (paradigme, signature, archéologie). Aujourd’hui, avec Nudités et Le Sacrement du langage, le philosophe italien Giorgio Agamben poursuit ses investigations historiques sur l’échange entre les figures du passé et celles du présent.

“Pour une sociologie critique”, un article de Patricia Cingolani

LUC BOLTANSKI
DE LA CRITIQUE
précis de sociologie de l’émancipation
Gallimard, 294 p., 19,90 €

On ne sait si Luc Boltanski honore tout à fait le sous-titre de son livre. La question de l’émancipation en tant que telle n’occupe que quelques pages à la fin de celui-ci, mais il faut lui savoir gré d’avoir cherché à systématiser dans un ouvrage dense et difficile les enjeux actuels de la critique ; d’une sociologie critique. Ce livre qu’il nous propose sur les concepts de cette critique ne manque pas, en effet, d’utilité pour qui veut échapper aux formes contemporaines de la domination et c’est sur cet aspect que nous voudrions principalement insister.

“Le « Philoctète » d’Heiner Müller”, un article de Jean-Pierre Morel

HEINER MÜLLER
PHILOCTÈTE
trad. de l’allemand par Jean-Louis Besson et Jean Jourdheuil
Minuit, 96 p., 8 €

Revue Frictions
n° 15, hiver 2009, dossier : Qu’en est-il de Müller aujourd’hui ?

Dans la dixième année de la guerre de Troie, alors que l’armée grecque, saignée par des combats sans résultat décisif, joue son va-tout, Ulysse se rend sur l’île de Lemnos où, au début de la guerre, il a abandonné l’un des plus fameux guerriers grecs, Philoctète, pour des raisons que Sophocle expliquait d’entrée de jeu, mais que Müller garde pour la fin.

“Comédie rose, comédie noire”, un article de Monique Le Roux

WILLIAM SHAKESPEARE
LES JOYEUSES COMMÈRES DE WINDSOR
Mise en scène d’Andrés Lima Jusqu’au 2 mai 2010
ÖDÖN VON HORVÀTH
FIGARO DIVORCE
Mise en scène de Jacques Lassalle Jusqu’au 5 février 2010
Comédie-Française, salle Richelieu, en alternance

Voir Les Joyeuses Commères de Windsor de William Shakespeare, mis en scène par Andrés Lima, et – peut-être revoir – Figaro divorce d’Ödön  von Horvàth par Jacques Lassalle : ces plaisirs indissociables de la pratique du répertoire et de l’alternance constituaient de meilleures raisons de
s’intéresser à la Comédie-Française en cette fin d’année 2009 que les décisions contestables du Comité, autre particularité de la Maison.

“Une littérature rêvée “, un article de Gabrielle Napoli

DEZSÖ KOSZTOLÁNYI
KORNÉL ESTI
trad. du hongrois par Sophie Képès
Éd. Cambourakis, 265 p., 20 €

Pour la première fois le lecteur français peut trouver rassemblées dans un seul volume les aventures de Kornél Esti, le célèbre personnage de Dezsö Kosztolányi, grâce à la traduction de Sophie Képès et aux Éditions Cambourakis qui ont déjà à leur catalogue quelques grands écrivains de la littérature hongroise comme Milán Füst, István Örkény ou encore Frigyes Karinthy. On avait pu prendre connaissance de quelques-unes des aventures de Kornél Esti dans le recueil de nouvelles Le Traducteur cleptomane et autres histoires publié chez Viviane Hamy, mais les voici toutes réunies en un seul volume pour notre plus grand plaisir.

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