Entretiens avec deux écrivains mexicains, Guillermo Fadanelli et Sergio González Rodríguez

Entretiens avec deux écrivains mexicains, Guillermo Fadanelli et Sergio González Rodríguez

 

Sergio González Rodríguez, journaliste et écrivain, a consacré un livre profus – Des os dans le désert (1) – à l’un des faits divers les plus atroces et les plus mystérieux de ces dix dernières années : les meurtres et disparitions d’un grand nombre de femmes autour de la ville de Juárez et sur l’impunité dont semblent jouir ceux qui les perpètrent. Loin d’une simple enquête journalistique, son récit entreprend des questions majeures pour notre époque, interrogeant à la fois la situation politique et économique de son pays et les dimensions esthétiques et intellectuelles que son travail définit peu à peu. La quête de vérité et de nomination que ce livre engage, telle une fouille obstinée d’un terrain, se prolonge dans L’Homme sans tête (2), manière de précis politique entremêlé de confidences autobiographiques qui explore le développement d’une certaine ritualisation de la violence par les groupes de narcotrafiquants qui infectent le Mexique. Guillermo Fadanelli anime Moho, une revue inclassable et écrit depuis une vingtaine d’années des romans dans lesquels se fait jour un goût certain pour l’iconoclaste – Éduquer les taupes, L’Autre Visage de Rock Hudson ou Boue. À la fois profondément drôles et extraordinairement savants, ses romans établissent un univers étrange où s’entrecroisent la philosophie et la culture populaire, les éléments les plus élevés et les plus prosaïques, où se joue une sorte de comédie pessimiste parfaitement réjouissante. À l’occasion du Festival America nous avons pu rencontrer ces deux écrivains qui, chacun à leur manière, interrogent la nature et l’état de leur pays, contrevenant aux codes établis, les débordant, s’interrogeant avec profondeur sur les rapports qu’ils entretiennent avec la langue, la réalité et une violence omniprésente.

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La Quinzaine n°1024, du 16 au 31 octobre 2010

“La voix de Caradec”, un article de Jean-Paul Goujon

FRANÇOIS CARADEC, ENTRE MIENS D’Alphonse Allais à Boris Vian, Flammarion, 932 p., 35 €

“Entre miens” : ce titre – qui est de l’auteur – ne montre-t-il pas déjà que nous avons affaire aux prédilections bien marquées d’un liseur hors série ? Et ces prédilections sont des plus variées, car la lecture de ce gros volume nous transporte d’Alphonse Allais à Max Jacob, de Rimbaud à Léo Malet, de Paul Léautaud à Boris Vian et tant d’autres.

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“Les souffrances se lavent dans la mémoire”, un article de Norbert Czarny

SOFI OKSANEN, PURGE, trad. du finnois par Sébastien Cagnoli, Stock, 400 p., 21,50 €

« Purge : débarrasser de ce qui altère, purifier. » C’est en gros ainsi que le dictionnaire définit ce nom, titre de l’un des romans les plus forts de cette rentrée. Un texte violent, tourmenté, aussi complexe que l’Histoire, dans des lieux que la guerre et les occupations ont travaillés.

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“Le dernier chant du défunt”, un article de Natacha Andriamirado

JEAN MATTERN, DE LAIT ET DE MIEL, Sabine Wespieser, 144 p., 17 €

« La télévision ou les journaux, depuis, m’ont confronté à tant d’images de gens jetés sur la route. L’humanité semble secrètement jouir de ce cycle éternellement renouvelé de l’exil. » De lait et de miel s’apparente au dernier chant du défunt. Un chant singulier de qui attend le seuil de la mort pour enfin s’exprimer.

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“L’appel de l’écriture”, un article d’Agnès Vaquin

ALAIN NADAUD, LA PLAGE DES DEMOISELLES, Léo Scheer, 190 p., 18 €

“La Plage des Demoiselles”, un recueil à caractère autobiographique, suite et complément au récit que l’auteur a publié en 2004 : “Les Années mortes”.

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“Une brûlure inguérissable”, un article de Claude Fierobe

EDNA O’BRIEN, CRÉPUSCULE IRLANDAIS, The Light of Evening, trad. de l’anglais (Irlande) par Pierre-Emmanuel Dauzat, Sabine Wespieser, 442 p., 24 €

Près de cinquante ans après “Les Filles de la campagne” (“The Country Girls”, 1960), qui lui valut à la fois la notoriété et les foudres de la censure dans son pays pour la description sans fard de l’éveil de la sensualité chez les jeunes Irlandaises, Edna O’Brien revient à ses thèmes de prédilection dans “Crépuscule irlandais” (“The Light of Evening”, 2006). À dire vrai, ils n’avaient jamais disparu de la quarantaine d’ouvrages qui jalonnent sa carrière littéraire.

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“Raymond Carver avant et après”, un article de Claude Grimal

RAYMOND CARVER, DÉBUTANTS, tome 1 des Œuvres complètes trad. de l’anglais (États-Unis) par J. Huet et J.-P. Carasso, Éditions de l’Olivier, 336 p., 22 € / PARLEZ-MOI D’AMOUR tome 2 des Œuvres complètes trad. de l’anglais (États-Unis) par G. Rolin, révisée par N. Zberro, Éditions de l’Olivier, 180 p., 14 €

En 1980, lorsque Raymond Carver reçut de son éditeur, Gordon Lish, le manuscrit « corrigé » de son deuxième recueil, Parlez-moi d’amour, il fut presque anéanti ; Lish avait coupé 50 % du texte de ses 17 nouvelles (trois se trouvaient même réduites de 70 %), changé le titre de dix d’entre elles et modifié la fin de quatorze. Carver écrivit à Lish une lettre pathétique le suppliant de ne pas publier le livre sous cette forme. Ce dernier refusa ; le volume, Parlez-moi d’amour, parut donc chez Knopff dans sa « version Lish », c’est-à-dire avec les transformations et suppressions radicales qui venaient d’être opérées, et connut un immense succès. Carver accepta la chose en même temps que l’attention nationale et internationale que l’ouvrage lui valut.

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“À fusiller immédiatement !”, un article de Jacques Fressard

RODOLFO WALSH, OPÉRATION MASSACRE, trad. de l’espagnol (Argentine) par Odile Begué, Christian Bourgois, 292 p., 21 €

Peut-être, à distance, ce qui paraît le plus étonnant aujourd’hui dans ce livre qui se réclamait implicitement dès 1957, par sa méthode d’écriture, de la non fiction novel, c’est son côté prémonitoire, qui en assurera la pérennité.

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“Les trahisons nécessaires”, un entretien de Javier Cercas, réalisé par Norbert Czarny

JAVIER CERCAS, ANATOMIE D’UN INSTANT, trad. de l’espagnol par Élisabeth Beyer et Alexsandar Grujicic, Actes Sud, 430 p., 24,80 €

Le 23 février 1981, des militaires armés investissent les Cortès, le Parlement espagnol. Au moment où il éclate, le chef du gouvernement, Adolfo Suarez, est au plus mal. La crise est politique, économique et le pouvoir est isolé. Le coup d’État sera de brève durée mais cette épreuve fait revivre des moments douloureux à la jeune démocratie. L’attitude de trois hommes sera déterminante et c’est cet « instant », le geste de Suarez, de Gutiérrez Mellado et de Santiago Carillo qu’analyse ou décompose le romancier Javier Cercas. Nous l’avons interrogé sur ce « roman étrange ».

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“Une éducation inachevée”, un article de Norbert Czarny

PHILIP ROTH, INDIGNATION, trad. de l’anglais par Marie-Claire Pasquier, Gallimard, 200 p., 17,90 €

Dès les premières lignes d’”Indignation”, le cadre historique est posé. On est en 1951 ; les États-Unis sont englués dans la guerre de Corée. Les tranchées sont remplies de jeunes conscrits et les assauts à la baïonnette menés par les Nord-Coréens et leurs alliés chinois font des champs de bataille de vraies boucheries. Le père de Marcus Messner est hanté par une seule chose : perdre son fils unique en Extrême-Orient.

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“Avec deux écrivains mexicains”, un entretien avec Sergio González Rodríguez et Guillermo Fadanelli réalisé par Hugo Pradelle

Sergio González Rodríguez, journaliste et écrivain, a consacré un livre profus – “Des os dans le désert” – à l’un des faits divers les plus atroces et les plus mystérieux de ces dix dernières années : les meurtres et disparitions d’un grand nombre de femmes autour de la ville de Juárez et sur l’impunité dont semblent jouir ceux qui les perpètrent. Loin d’une simple enquête journalistique, son récit entreprend des questions majeures pour notre époque, interrogeant à la fois la situation politique et économique de son pays et les dimensions esthétiques et intellectuelles que son travail définit peu à peu. La quête de vérité et de nomination que ce livre engage, telle une fouille obstinée d’un terrain, se prolonge dans L’Homme sans tête (2), manière de précis politique entremêlé de confi- dences autobiographiques qui explore le développement d’une certaine ritualisation de la violence par les groupes de narcotrafiquants qui infectent le Mexique.

Guillermo Fadanelli anime Moho, une revue inclassable et écrit depuis une vingtaine d’années des romans dans lesquels se fait jour un goût certain pour l’iconoclaste – Éduquer les taupes, L’Autre Visage de Rock Hudson ou Boue. À la fois profondément drôles et extraordinairement savants, ses romans établissent un univers étrange où s’en- trecroisent la philosophie et la culture populaire, les éléments les plus élevés et les plus prosaïques, où se joue une sorte de comédie pessimiste parfaitement réjouissante. À l’occasion du Festival America nous avons pu rencontrer ces deux écrivains qui, chacun à leur manière, interrogent la nature et l’état de leur pays, contrevenant aux codes établis, les débordant, s’interrogeant avec profondeur sur les rapports qu’ils entretiennent avec la langue, la réalité et une violence omniprésente.

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“Le Grand Khan des Lettres anglaises”, un article d’Alain Jumeau

GIORGIO MANGANELLI, VIE DE SAMUEL JOHNSON, édition établie et présentée par Salvatore Silvano Nigro trad. de l’italien par Dominique Férault, Gallimard, coll. « le Cabinet des Lettrés », 133 p., 19,90 € / SAMUEL JOHNSON, VIE DE RICHARD SAVAGE, trad. de l’anglais par Lionel Leforestier, Gallimard, coll. « Le Promeneur », 113 p., 19,50 €

C’est le romancier Tobias Smollett qui attribua le surnom de « Grand Khan des Lettres » à Samuel Johnson (1709-1784), le poète, essayiste, critique, journaliste et lexicographe, dont la silhouette impressionnante et pachydermique donnait encore plus de poids à ses jugements tranchants, définitifs, parfois féroces, mais rarement injustes et toujours respectés. Deux petites publications récentes permettent de mieux cerner la personnalité de celui qui domina la littérature anglaise du XVIIIe siècle.

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“Hölderlin revu et corrigé”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

WILHELM WAIBLINGER VIE, POÉSIE ET FOLIE DE FRIEDRICH HÖLDERLIN, trad. de l’allemand par Lionel Duvoy, Allia, 74 p., 10 €

C’est à Rome en 1827-28 que Wilhelm Waiblinger écrivit son petit livre (72 pages) sur la « folie » de Friedrich Hölderlin. Ce livre est plus un éloge de l’auteur lui-même et de sa juvénile « sagesse » quelque peu protectrice qu’un véritable témoignage.

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“Arman, l’homme arme”, un article de Gilbert Lascaut

EXPOSITION et PUBLICATIONS ARMAN Centre Pompidou 22 septembre 2010 – 10 janvier 2011 / JEAN-MICHEL BOUHOURS et coll. ARMAN catalogue-livre Éd. Centre Pompidou, 360 p., 300 ill. coul., 49,90 € / FONDATION A.R.M.A.N. VU, PRIS : ARMAN Skira/Flammarion, 128 p., 100 ill., 18 €

Bien agencée et pensée par Jean-Michel Bouhours, robuste et élégante, l’exposition d’Arman (1928-2005) rassemble 120 œuvres bien choisies. Elle suggère les cases d’un damier. Elle donne à voir la multiplicité des objets, leur dégradation, leur rayonnement.

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Des rencontres heureuses”, un article de Georges Raillard

EXPOSITIONS et PUBLICATIONS FRANCE 1500, entre Moyen Âge et Renaissance Galerie nationale du Grand Palais 6 octobre 2010 – janvier 2011 / VISIONS CONTEMPORAINES DE MARGUERITE D’AUTRICHE Monastère royal de Brou à Bourg-en-Bresse 2 octobre 2010 – 24 janvier 2011 Catalogue présenté par Magali Briat-Philippe Éd. Monastère royal de Brou, 96 p., 16 € / ARSENAL 1995-2010 Musée de Soissons Ouvrage rétrospectif Éd. Musée de Soissons/ADACS, 160 p., 20 €

Paris, au Grand Palais, Soissons, à l’Arsenal, Bourg-en-Bresse, au Monastère royal de Brou : des lieux célèbres ou méconnus où cette semaine l’on pouvait être conduit, comme je l’ai été, à penser que l’art rendait heureux, bien loin, sans doute, des mômeries exhibées à Versailles.

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“Raymond Queneau et les premières années de l’Oulipo”, un article de Jacques Duchateau

Lorsqu’en novembre 1960 Raymond Queneau créa l’Ouvroir de littérature potentielle – avec François Le Lionnais à l’origine de cette idée – il connaissait personnellement depuis plusieurs années huit des membres co-fondateurs de cet Oulipo, dont la plupart se connaissant déjà continueront de se voir en dehors des réunions mensuelles.

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“Merleau-Ponty en perspective”, un article de Jean Lacoste

MAURICE MERLEAU-PONTY Œuvres Gallimard, coll. « Quarto », 1 848 p., 35 €

L’édition des Œuvres de Simone Weil dans la collection « Quarto » avait été une belle réussite, qui avait bien révélé toutes les dimensions de la philosophe. Les éditions Gallimard reprennent la formule pour Maurice Merleau-Ponty, dans un volume compact de plus de 1 800 pages, organisé par Claude Lefort – tout récemment décédé, hélas – et qui comporte une substantielle chronologie « Vie et œuvre », riche de documents photo- graphiques et de citations, notamment tirées d’entretiens inédits avec Georges Charbonnier de 1959.

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“La rêverie cosmique de Louis Auguste Blanqui”, un article de Jean M Goulemot

LOUIS AUGUSTE BLANQUI L’ÉTERNITÉ PAR LES ASTRES introduction et notes par Lisa Block de Behar, Éd. Slatkine, 202 p., 33 €

Que sait-on aujourd’hui de Louis Auguste Blanqui ? Ses proclamations, ses appels incessants à l’insurrection ont-ils aujourd’hui des lecteurs ? Se rappelle-t-on même qu’il publia un journal (1880-1881) qui s’intitulait “Ni Dieu, ni Maître” ? Lit-on encore le livre que lui consacra Gustave Geoffroy, L’Enfermé, en 1926 ? Et pourtant il suscita d’ardentes admirations.

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“La parlure quotidienne”, un article de Jean-Claude Chevalier

CLAUDINE NORMAND PETITE GRAMMAIRE DU QUOTIDIEN Paradoxe de la langue ordinaire préface de Mustapha Safouan, Hermann, coll. « Psychanalyse », 235 p., 25 €

Claudine Normand est un chercheur curieux : éprise de littérature, elle est venue tard à la linguistique ; agrégée de grammaire à qui l’Université avait laissé tout ignorer de Saussure et du structuralisme jusqu’à la quaran- taine (elle s’en est expliquée plusieurs fois), elle s’est alors convertie à la psychanalyse et conjointement – ce qui est logique – à une linguistique de l’énonciation préoccupée des valeurs et des significations.

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“La malédiction des cheveux”, un article de Hugo Pradelle

ALAN PAULS HISTOIRE DES CHEVEUX Historia del pelo trad. de l’espagnol (Argentine) par Serge Mestre, Christian Bourgois, 224 p., 18 €

Alan Pauls signe un nouveau précis, cette fois-ci capillaire, qui ordonne une conscience chaotique, confirmant à la fois une certaine idée de l’Histoire et un questionnement essentiel sur les formes mêmes du monde et du discours.

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La Quinzaine n°1017, du 16 au 30 juin 2010

“Un orphelin heureux”, un article de Monique Bacelli

ERRI DE LUCA
LE JOUR AVANT LE BONHEUR
trad. de l’italien par Danièle Valin
Gallimard, 144 p., 15 €

L’enfance napolitaine qui fut celle d’Erri De Luca est si riche, sidécisive, qu’elle sert de base à la plupart de ses romans, où elle apparaît chaque fois sous un nouvel aspect. Les strates se superposent, sans la moindre redite, et finiront peut-être par éclairer, en partie du moins, un individu hors du commun.

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“La montagne sacrée, l’incroyant et la littérature”, un article de Claire Richard

FRANK WESTERMAN
ARARAT
Christian Bourgois, 348 p., 23 €

Pour la Bible, le mont Ararat est le lieu de l’alliance entre Dieu et les hommes. Pour les scientifiques, un mystère géologique. Pour l’OTAN, un lieu stratégique. Tourmenté par son propre rapport à la religion et à la science, l’écrivain néerlandais Franck Westerman part à sa recherche, dans un livre qui mêle récit de voyage, autobiographie, et réflexion sur la connaissance. Une exploration passionnante du « domaine crépusculaire entre croire et savoir ».

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“Bohème et cosmopolite”, un article de Norbert Czarny

DANILO KI´S
VARIA
trad. du serbo-croate par Pascale Delpech
Fayard, 320 p., 20 €

Plus de vingt ans ont passé depuis la mort de Danilo Ki´s, plus de dix depuis la publication de l’ensemble de ses pièces, dans “Les Lions mécaniques”. L’oeuvre de cet écrivain né à Subotica, dans ce qu’on appelait la Yougoslavie est presque entièrement traduite en français. Les jeunes générations peuvent désormais découvrir cet ensemble aussi riche que varié.

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“Celan poète et traducteur”, un article de Tiphaine Samoyault

ALEXIS NOUSS
PAUL CELAN
LES LIEUX D’UN DÉPLACEMENT
Le Bord de l’eau, 382 p., 24 €

Spécialiste de la traduction et du métissage – il est l’auteur, avec François Laplantine, d’un notable dictionnaire des métissages –, Alexis Nouss fait paraître un monumental ouvrage sur Paul Celan, ressaisissant son oeuvre sous le signe du déplacement et de la traduction.

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“Le romancier était aussi poète”, un article de Jacques Fressard

JULIO CORTÁZAR
CRÉPUSCULE D’AUTOMNE
Salvo el crepúsculo
trad. de l’espagnol (Argentine) par Silvia Baron Supervielle
José Corti, 343 p., 22 €

Le hasard fait parfois merveilleusement les choses. Au moment même où paraissent dans la « Bibliothèque de la Pléiade » – après tant de vicissitudes – les deux tomes des oeuvres enfin complètes de Borges, voici que s’offre à nous un volume capital, inédit jusqu’ici en français, des poèmes de l’auteur de cette Marelle qui fit fureur dans les années soixante en proposant d’emblée, dès l’avertissement initial, une lecture aléatoire des chapitres de ce volumineux roman.

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“Lire Pétrarque aujourd’hui”, un article de Maurice Mourier

PÉTRARQUE
CHANSONNIER
RERUM VULGARIUM FRAGMENTA
édition critique nouvelle de Giuseppe Savoca, introduction de François Livi, traduction française inédite et commentaire de Gérard Genot deux volumes sous emboîtage / Les Belles Lettres, 909 p., 89 €

« Fragments de choses – l’auteur ne dit même pas de “chansons” – en langue vulgaire » : c’est ce titre volontairement dépréciatif que choisit Pétrarque, sans doute entre 1359 et 1362, pour qualifier le premier regroupement de ses poésies italiennes copiées par son ami Boccace, son cadet de neuf ans.

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“L’atelier de Garache”, un article de Georges Raillard

MARIE DU BOUCHET,
FLORIAN RODARI et ALAIN MADELEINE-PERDRILLAT
ENTRETIENS AVEC CLAUDE GARACHE
Hazan, 98 p., 47 reproductions, 28 €

Claude Garache (né en 1929) est un artiste qui passe pour singulier. Depuis un demi-siècle il peint en rouge (quatre cadmiums) un même nu : des peintures à partir de milliers de modèle. Poètes, écrivains, hommes de science ont commenté l’oeuvre de Garache. Manquait seulement une voix, celle de Claude Garache. Pour la première fois le peintre parle, répondant avec sa précision coutumière à trois interlocuteurs accordés à cet oeuvre.

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“Chaucer poète, penseur, humaniste”, un article de Léo Carruthers

GEOFFREY CHAUCER
LES CONTES DE CANTERBURY ET AUTRES OEUVRES
traduits et commentés par André Crépin, Jean-Jacques Blanchot, Florence Bourgne, Guy Bourquin, Derek Brewer, Hélène Dauby, Juliette Dor, Emmanuel Poulle, James Wimsatt
Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1 650 p., 35 €

Si l’oeuvre la plus célèbre de Geoffrey Chaucer (env. 1343-1400) est incontestablement “Les Contes de Canterbury”, à laquelle l’auteur anglais doit sa renommée internationale, elle est très loin d’être sa seule composition. Mais jusqu’ici, ses écrits étaient inaccessibles, pour la majorité d’entre eux, au public francophone.

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“Comprendre Kafka”, un article de Laurent Joly

BERNARD LAHIRE
FRANZ KAFKA. ÉLÉMENTS POUR UNE THÉORIE DE LA CRÉATION LITTÉRAIRE
La Découverte, 633 p., 26 €

« L’acte littéraire est sans cause et sans fin », écrivait Roland Barthes à propos de Franz Kafka, signifiant ainsi l’impossibilité de toute objectivation scientifique du processus de création : l’oeuvre d’art, le génie ne s’expliquent pas… Dans ce livre important consacré à Kafka, le sociologue Bernard Lahire s’attaque à ce mythe du « mystère » de la création artistique.

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“L’émancipation en question”, un article de Laurence Zordan

GABRIEL ROCKHILL et ALFREDO GOMEZ-MULLER (dir.)
CRITIQUE ET SUBVERSION DANS LA PENSÉE CONTEMPORAINE AMÉRICAINE
Seyla Benhabib, Nancy Fraser, Judith Butler, Immanuel Wallerstein, Cornel West, Michael Sandel, Will Kymlicka trad. de Marie Garrau
Éd. du Félin, 192 p., 22 €

De quelle manière la théorie critique aujourd’hui a-t-elle prise sur les débats et les combats en faveur de l’émancipation ? Les enjeux mis en évidence par l’École de Francfort doivent-ils être revus à la lumière de la « Gauche américaine » ? Comment ce qui aurait pu rester cantonné aux cénacles philosophiques en vient-il à irriguer tout un questionnement allant au-delà du penser radicalement pour agir librement ? En quoi des universitaires aux États-Unis peuvent-ils contribuer à frayer des pistes universelles ? En posant la subversive question du cadrage. On ne se contente pas de montrer que la vision est bornée. On apprend à voir. La subtilité de l’argumentation égale la massivité de l’ambition : jeter les bases d’un projet de transformation éthique du monde en s’affranchissant des cadres impensés de la pensée (et du pensable), sans imposer pour autant un autre cadre tributaire du même… cadrage inavoué.

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“Chez Ernst Jünger”, un article de Jean Lacoste

PHILIPPE BARTHELET et ÉRIC HEITZ
LE VOYAGE D’ALLEMAGNE
Gallimard, coll. « Le sentiment géographique », 242 p., 18 €

JEAN-LOUIS HUE
L’APPRENTISSAGE DE LA MARCHE
Grasset, 232 p., 17 €

L’Allemagne, ce pays si lointain, le plus mal connu et le plus remuant de nos voisins… Les visiteurs venus de France y ont souvent leur ville d’élection : les poètes vont à Tübingen, et les germanistes à Weimar, les banquiers (et les éditeurs) à Francfort, les musiciens et les snobs à Bayreuth, les plus branchés à Berlin. Philippe Barthelet et Éric Heitz, eux, ont choisi de se rendre à Wilflingen, un village perdu de Haute-Souabe, « le lieu d’Allemagne le plus éloigné de toute gare », quelque part au nord du lac de Constance, près de la petite ville de Riedlingen.

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“Le fils oublié de Léon Trotsky”, un article de Jean-Jacques Marie

SERGE SEDOV,
MILAIA MOIA RESNITCHKA – SERGUEI SEDOV
PISMA IZ SSYLKI (LETTRES D’EXIL)
Saint-Pétersbourg, 2006, Memorial, 254 p., 1 000 exemplaires

Léon Trotsky a eu deux filles et deux fils : Nina, morte de la tuberculose en 1928, Zina, qui se suicide en 1933 à Berlin, Léon Sedov, parti en exil avec lui, qui milita à ses côtés, et fut assassiné par le NKVD en février 1938, dans une clinique parisienne dirigée par un ancien médecin du Goulag, connu entre autres par la biographie que Pierre Broué lui a consacrée et enfin Serge, dont on ne parle à peu près jamais.

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“Des nègres et des chiens”, un article de Monique Le Roux

BERNARD-MARIE KOLTÈS
COMBAT DE NÈGRE ET DE CHIENS
Mise en scène de Michael Thalheimer
La Colline-théâtre national Jusqu’au 25 juin 2010

Pour la première fois le metteur en scène allemand Michael Thalheimer dirige des comédiens français, dans “Combat de nègre et de chiens” de Bernard-Marie Koltès à la Colline, où il a déjà présenté cette saison “Die Ratten de Hauptmann”. Ce grand spectacle est aussi l’occasion d’interroger certains lieux communs sur l’esthétique théâtrale germanique.

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“Un jeu mortel”, un article de Lucien Logette

FERDINAND KHITTL
LA ROUTE PARALLÈLE
DVD, Choses vues/éditions Filmmuseum sortie le 30 juin 2010

Le changement du chiffre des dizaines du millésime a donné lieu, comme on devait s’y attendre, à de multiples établissements de listes concernant la décennie écoulée, chaque revue, chaque site, chaque blog y allant de ses dix, vingt ou trente meilleurs films répertoriés depuis le changement de siècle. L’excellente revue “Les Fiches du cinéma”, dans son récent ouvrage, Chronique d’une mutation, “Conversations sur le cinéma (2000-2010)”, qui met en perspective la période de référence, va même jusqu’à indiquer 168 titres « qui ont marqué ces années ». Tant mieux si ces orpailleurs trouvent dans leurs batées autant de pépites qui justifient leur quête. Pour notre part, nous n’avons pas le sentiment d’avoir mis derrière
les fagots autant de titres – une vingtaine chaque année, on s’en souviendrait. Et en tout cas, bien peu de ces « hidden gems » que nous évoquions ici même jadis (Quinzaine Littéraire n° 960).

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“De la musique à l’éthique”, un article de Thierry Laisney

THOMAS DOMMANGE
L’HOMME MUSICAL, LA NOTATION EN
MOTS DANS L’OEUVRE DE SCHUMANN
Les Solitaires Intempestifs, 311 p., 23 €

On pourrait croire que le sujet du livre de Thomas Dommange est étroitement circonscrit dans son sous-titre ; pourtant, les annotations verbales de Schumann y sont le déclencheur d’une ample réflexion portant non seulement sur la musique mais aussi sur cette modalité particulière de notre être que constitue aux yeux de l’auteur l’« homme musical ».

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“Leçons de littérature”, un article de Hugo Pradelle

PARIS REVIEW
LES ENTRETIENS
James Baldwin, William Burroughs, Peter Carey, Allen Ginsberg, Jim Harrison, Thomas McGuane, Leonard Michaels, Toni Morrison, Manuel Puig, Susan Sontag, Billy Wilder, Tobias Wolff trad. de l’anglais par Anne Wicke / Christian Bourgois, 560 p., 23 €

Lisant ces entretiens – divers et pourtant bien souvent convergents –, nous découvrons, comme du bout des doigts, les racines de la pratique d’écrivains américains importants, entrevoyant des lignes de fuite, un rapport à l’Histoire, à un pays, à des communautés, à des histoires intimes. Autant d’aventures, de passages qui nous font saisir le lien qui les unit sourdement, comme à nous-mêmes, étrangement libres

La Quinzaine n°1016, du 1er au 15 juin 2010

“Aux sources du langage politique”, un article de Laurence Zordan

THIERRY CAMOUS
LA VIOLENCE DE MASSE DANS L’HISTOIRE
Puf, 298 p., 25 €

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GRÉGOIRE CHAMAYOU
LES CHASSES À L’HOMME
La Fabrique, 222 p., 13 €

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ROBERTO ESPOSITO
COMMUNAUTÉ, IMMUNITÉ, BIOPOLITIQUE
Les Prairies ordinaires, 247 p., 15 €

Le rapprochement de trois ouvrages qui mettent chacun l’accent sur la conflictualité entre intérieur et extérieur invite à demander : faut-il soustraire la politique à la rhétorique du « vivre ensemble » ? Convient-il de s’intéresser aux brèches, aux déchirements, afin de bousculer les idées reçues ? Si celles-ci sont des clichés, c’est qu’elles tiennent souvent à des images : violence de masse associée au spectacle de génocides ; chasse à l’homme évoquant le film “La Chasse du Comte Zaroff” ; immunité et biopolitique s’inscrivant dans le contexte de démoraties surprotectrices pour se surprotéger, avec risque de dérive inhérent au bio-pouvoir : produire ses sujets en les classant, en les gérant, traversant les corps et ne leur étant ainsi jamais complètement extérieur. Si les images sont tronquées, quels mots promouvoir, tout en sachant « porter le fer de l’intelligence débusquante dans la matérialité des mots et des phrases », et faire sien « le paradoxe de tout commentaire qui est de dire pour la première fois ce qui cependant avait déjà été dit et de répéter inlassablement ce qui pourtant n’avait jamais été dit » ?

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“Un jeu de massacre”, un article d’Agnès Vaquin

EMMANUEL MOSES
LE RÊVE PASSE
Gallimard, coll. « L’infini », 216 p., 17,50€

GABRIEL LEVIN
LE TUNNEL D’ÉZÉCHIAS
ET DEUX AUTRES RÉCITS
trad. de l’anglais par Marc Cohen et Emmanuel Moses
Le Bruit du temps, 152 p., 13€

Ce livre est publié sous la rubrique « roman » et celui qui l’ouvre sombre dans la perplexité. Mille quatre-vingt-neuf textes courts : des nota-
tions ? des fragments ? des brèves ? On cherche un terme pour désigner ces énonciations qu’on imagine accumulées au fil du temps.

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“Transformation”, un article d’Hugo Pradelle

PIERRE GUYOTAT
ARRIÈRE-FOND
Gallimard, 448 p., 21 €

Pierre Guyotat poursuit le ressaisissement de ce qui l’a formé : le deuxième volume du cycle commencé en 2007, plus dense, plus idéal, se concentre sur quelques jours et nuits de l’été de ses quinze ans, en faisant exsuder les énergies qui l’animèrent alors, l’emmenant dans la direction de son œuvre, lui révélant à la fois le désir et la force de l’écrit. Voici l’exploration de « l’arrière-fond qui (le) forme», l’entreprise de son fondement, la grande transformation.

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“Une famille bien unie”, un article de Monique Baccelli

FRANCESCO PICCOLO
LES TENTATIONS DU MÂLE
trad. de l’italien par Dominique Corman
Grasset, 252 p., 17 €

Quoi de plus banal qu’un roman centré sur l’adultère et la fin d’un couple : deux sujets, l’un découlant souvent de l’autre, qui alimentent les trois quarts des fictions littéraires et cinématographiques de notre temps. Qui plus est quand ces deux phénomènes sociaux se passent dans une famille très ordinaire. Or ces trois ingrédients sont présents dans le livre qui nous occupe.

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“Tweeds et topiaires”, un article de Liliane Kerjan

FRANCIS WYNDHAM
MRS HENDERSON ET AUTRES HISTOIRES
Mrs Henderson and Other Stories
trad. de l’anglais par Delphine Martin
Christian Bourgois, 178 p., 16 €
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L’AUTRE JARDIN
The Other Garden
trad. de l’anglais par Anne Damour
Christian Bourgois, 140 p., 14 €

Si Eton, Oxford, le sud de l’Angleterre nous étaient contés avec des détours à Londres et à New York par un orfèvre de la prose, une plume experte en simplicité, un homme tendre et discret, séduit par le talent des autres… Francis Windham : un style qui a les nuances des tweeds, une forme qui dessine en perspective une société aux prises avec la Seconde Guerre mondiale.

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“Histoires saintes”, un article d’Alain Joubert

LARRY BEINHART
L’ÉVANGILE DU BILLET VERT
trad. de l’américain par Samuel Todd
Gallimard, coll. « Série Noire », 380 p., 20 €
VELIBOR COLIC
JÉSUS ET TITO
Gaïa éditions, 190 p., 17 €

Supposons un instant que vous habitiez une de ces villes moyennes du sud des États-Unis, au sein d’une société aisée, riche même, hantée cependant par le spectre paranoïde post-11 Septembre, et que vous exerciez l’activité de détective privé pour le compte d’un cabinet d’avocats, afin de constituer de solides dossiers sur des affaires « sensibles ».

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“Je n’ai jamais pris la littérature au sérieux”, un article de Dominique Rabourdin

BÉATRICE MOUSLI
PHILIPPE SOUPAULT
Flammarion, 474 p., 35 €

S’il est un homme qui peut se flatter de conduire en montagnes russes, dans l’opinion qu’ils ont de lui, ses amis et ses admirateurs, c’est Philippe Soupault, dont on ne peut considérer la très longue vie sans un certain étonnement.

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“L’obsession du temps”, un article de Philippe Di Meo

JUDE STÉFAN
QUE NE SUIS-JE CATULLE
EN CES PRESQUE 80 POÈMES
Gallimard, 101 p., 16,50

Comme le titre interrogatif, mais malicieusement dépourvu de point d’interrogation, le nouveau recueil d’un poète dont on fêtera bientôt le quatre-vingtième anniversaire ménage tout au long cet effet de surprise antirhétorique que tout un siècle, fertile en expériences de toutes sortes, a si ardemment quêté et parfois obtenu.

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“Rimbaud dessinateur”, par Geroges Raillard

JEAN-JACQUES LEFRÈRE
LES DESSINS D’ARTHUR RIMBAUD
Flammarion, 160 p., 45 €

À une époque où dans les familleson avait un joli coup de crayon, Arthur Rimbaud dessinait mal. Mais son horizon était-il celui d’une famille ? Charleville, Charlestown, Mother, une mère autoritaire, un père absent, des sœurs, un frère dont on ignore s’il savait dessiner puisqu’il n’était pas poète. Les biographes se sont moins intéressés à Frédéric qu’à Arthur. Dans tous les entre-deux-portes, c’est bien lui sur la photo. La dernière trouvaille, c’est bien lui. N’y revenons pas.
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“André Gill caricature et folie”, un article de Daniel Grojnowski

AUDE FAUVEL et BERTRAND TILLIER
ANDRÉ GILL CARICATURISTE
DERNIERS DESSINS D’UN FOU À LIER
Du Lérot, 128 p., 30€

Dans son essai “De l’essence du rire” et généralement du “Comique dans les arts plastique”, qui présente quelques caricaturistes français et étrangers, Baudelaire établit une distinction radicale entre le comique « significatif » et le comique « absolu ». Le premier cible une référence que le public reconnaît et interprète aisément, le second s’en détache pour figurer l’autre monde de la fantaisie « pure ». Provoquées par l’événement, les caricatures le commentent en dérision, au risque d’apparaître rapidement obsolètes. Toutefois, un certain nombre d’entre elles contiennent, selon Baudelaire, «un élément mystérieux, durable, éternel qui les recommande à l’attention des artistes».

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“Dans un monde qui change…”, un article de Marc Lebiez

HARTMUT ROSA
ACCÉLÉRATION,
UNE CRITIQUE SOCIALE DU TEMPS
trad. de l’allemand par Didier Renault
La Découverte, 480 p., 27,50 €

Les rayons philosophiques d’une librairie allemande ne procurent pas aux Français un dépaysement complet : des deux côtés, les livres sont traduits. On débat, on se répond, quand on ne signe pas à deux le même livre, comme firent Habermas et Derrida. Et pourtant le poids de la tradition persiste à se faire sentir dans la conception même de la philosophie. La différence de nos approches est d’autant plus sensible qu’elles ne sont pas tout à fait étrangères l’une à l’autre.

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“L’empirisme transcendantal, de Deleuze”, un article de Claire Pagès

ANNE SAUVAGNARGUES
DELEUZE, L’EMPIRISME TRANSCENDANTAL
Puf, 438 p., 29 €

Dans ses deux textes d’hommage de novembre 1995, juste après la mort de Deleuze, Lyotard insistait sur « son alliance secrète avec la pensée anglaise ». Un concept ne sert pas, se révèle inutile, il sort de la boîte à outils car « sa pensée est toujours parente d’un empirisme et d’un pragmatisme, mais schizophrènes». On a peut-être beaucoup insisté ainsi sur l’empirisme deleuzien et ses sources. Mais peut-être, par respect de son rejet de toute pensée attachée à quelque transcendance, a-t-on aussi parfois minoré son souci de ce qui excède l’expérience non parce qu’il la dépasse mais parce qu’il en définit les conditions – transcendantales donc.

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“Qu’est-ce qu’adorer ?”, un article de Jean Lacoste

JEAN-LUC NANCY
L’ADORATION
DÉCONSTRUCTION DU CHRISTIANISME, II
Galilée, 147 p., 25 €

Dans “La Révolte des anges”, le baroque et fort plaisant roman qu’il publie en 1914, Anatole France imagine qu’Arcade, un ange gardien desalentours de Saint-Sulpice, à force de fréquenter nuitamment une riche bibliothèque de philosophie et de théologie, perd confiance en son Dieu et médite d’organiser une nouvelle révolte des anges, sur le modèle de la première, celle de Lucifer, devenu Satan. Car le Dieu des juifs et des chrétiens, dont le vrai nom serait Ialdabaoth (!), serait, selon ses termes, « moins un dieu qu’un démiurge ignorant et vain » que « les flatteries de ses adorateurs ont rendu monothéiste ». Mais la nouvelle révolte échoue.

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“Dans la jungle amazonienne”, un article de Jean-Charles Chevalier

DANIEL L. EVERETT
LE MONDE IGNORÉ
DES INDIENS PIRAHÃS
Flammarion, 358 p., 24 €

Traduction d’un original anglais, publié par Pantheon Books en 2008, sous un titre plus significatif, à la limite du fantastique et de la magie : “Don’t sleep. There are Snakes. Life and Language in the Amazonian Jungle”.

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“Pour le moindre prétexte ou sans prétexte”, un article de Jean-Jacques Marie

ORLANDO FIGÈS
LES CHUCHOTEURS
VIVRE ET SURVIVRE SOUS STALINE
trad. de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat préface d’Emmanuel Carrère
Denoël, 794 p., 33 €

Ce livre donne une image saisissante de la période stalinienne et de sa longue et sanglante terreur à travers les destins parfois croisés de dizaines de familles dont quelques membres ont ici et là réussi à échapper à la mort. Il repose sur le dépouillement de correspondances et journaux privés échappés aux rafles du Guépéou-NKVD et de la collecte minutieuse de souvenirs de trop rares survivants.

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“Du courage, suite”, un article de Maïté Bouyssy

THOMAS BERNS, LAURENCE BLÉSIN et GAËLLE JEANMART
DU COURAGE
Les Belles Lettres, coll. « Encre marine», 304 p., 14 €
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CYNTHIA FLEURY
LA FIN DU COURAGE,
Fayard, coll. « Essais», 208 p., 14 €

Deux livres le même mois sur le courage. La vertu morale est donc intempestive, mais sous quel mode et à quelles fins ? Il n’est pas inutile que des philosophes nous disent de quel symptôme relève le courage pris dans une longue histoire de la philosophie morale. Nos propres besoins sociaux s’en clarifient.

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“Philosophe des Sciences”, un article de Jean-Michel Kantor

DIDIER GIL
AUTOUR DE BACHELARD
ESPRIT ET MATIÈRE, UN SIÈCLE
FRANÇAIS DE PHILOSOPHIE DES SCIENCES (1867-1962)
Les Belles Lettres, coll. « Encre marine », 313 p., 35 €

Gaston Bachelard (1884-1962), le célèbre philosophe-poète comme on a pu l’appeler, est au centre d’une série d’études de Didier Gil, qui examine le fonctionnement de la philosophie des sciences en France dans la seconde moitié du XIXe siècle, puis jusqu’à la mort de Bachelard.

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“Quelques échos du bunker”, un article de Lucien Logette

Tout semblait se liguer cette année pour faire du Festival de Cannes 2010 un millésime infortuné : un mini-tsunami qui a transformé la Croisette en marécage quelques jours avant l’ouverture, le nuage de cendres du volcan islandais qui risquait d’interdire l’accès aérien à la Côte, quelques remous politiques – la menace de manifestations contre le film de Rachid Bouchareb, “Hors-la-loi”, le mécontentement du gouvernement italien à l’annonce de la projection du film de Sabina Guzzanti Draquila, trop peu amène à l’égard du bienfaiteur de la Nation –, l’accusation, qui revient comme une antienne, d’une sélection sans goût ni saveur réservée à quelques cinéastes abonnés. Sans oublier la campagne publicitaire des auteurs et interprètes de Ça commence par la fin, reprochant au Festival d’avoir eu peur des audaces sexuelles de leur œuvre…

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“Dimitris Dimitriadis à l’Odéon”, un article de Monique Le Roux

DIMITRIS DIMITRIADIS
LA RONDE DU CARRÉ
Mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti
Odéon-Théâtre de l’Europe Jusqu’au 12 juin 2010

L’Odéon-Théâtre de l’Europe avait placé comme « auteur européen au cœur de la saison 2009-2010 » Dimitris Dimitriadis. Mais la troisième pièce programmée, mise en scène par Giorgio Barberio Corsetti, “La Ronde du carré”, ne répond pas totalement à l’attente suscitée par la très haute ambition poétique de l’écrivain grec.

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“Le XVIIIe siècle en musique”, un article de Thierry Laisney

CHARLES BURNEY
VOYAGE MUSICAL DANS L’EUROPE DES LUMIÈRES
traduit, présenté et annoté par Michel Noiray
Flammarion, 523 p., 30 €

Si les réalisations proprement musicales de l’organiste et compositeur anglais Charles Burney (1726-1814) ne l’ont pas fait passer à la postérité (pour mémoire, il a adapté pour la scène londonienne “Le Devin du village” de Jean-Jacques Rousseau), en revanche les journaux des deux voyages qu’il entreprit afin de rassembler les matériaux utiles à l’œuvre de sa vie, la “General History of Music” (1776-1789, 4 vol.), sont devenus « un observatoire privilégié d’où l’on scrute inlassablement le XVIIIe siècle musical» (Michel Noiray).

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“Sartre dans son siècle”, un article d’Omar Merzoug

JEAN-PAUL SARTRE
LES MOTS ET AUTRES ÉCRITS AUTOBIOGRAPHIQUES
édition publiée sous la direction de Jean-François Louette, avec la collaboration de Gilles Philippe et de Juliette Simont / Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade »
1650 p., 59 € (jusqu’au 30 juin) et 67,50 (au-delà)

La période présente n’est pas favorable à Sartre à qui l’on impute nombre d’errements politiques, et notamment son compagnonnage avec le Parti communiste. Récemment encore, on s’est fait un malin plaisir d’opposer à la lucidité camusienne les cécités sartriennes. En vérité, Sartre a été discuté, souvent contesté, parfois insulté. À la Libération, les communistes l’abreuvèrent d’injures, Céline et Claudel ne furent pas en reste. On parla d’« excrémentialisme », des termes orduriers furent lancés.

La Quinzaine n°1015, du 16 au 31 mai 2010

“Mainmise des prédateurs financiers sur le livre et l’édition”, entretien avec André Schiffrin

ANDRÉ SCHIFFRIN
L’ARGENT ET LES MOTS
La Fabrique, 112 p., 13 €

Fils du fondateur de la collection de la « Pléiade », directeur de Pantheon Books pendant trente ans, éditeur américain de Foucault, Sartre, Chomsky, André Schiffrin a été l’une des figures les plus importantes du monde des livres et de l’édition. Dernier volet d’une trilogie commencée avec “L’Édition sans éditeurs”, “L’Argent et les Mots” revient sur les périls que font peser sur l’édition la concentration et la globalisation qui, imposant des restructurations ruineuses, condamnent tout un secteur de la production littéraire, étiqueté comme non rentable.

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“Le sourire de Régine Detambel”, un article de Natacha Andriamirado

RÉGINE DETAMBEL
50 HISTOIRES FRAÎCHES
Gallimard, 240 p., 17,90 €

Retrouver l’immédiat, le capter au travers de textes brefs retraçant les moments fugaces de notre quotidien. Il y a dans ces cinquante histoires fraîches une énergie et une intensité du récit qui nous mènent à une seule et même chose : la rencontre de véritables personnages.

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“Une terre promise ?”, un article de Norbert Czarny

HENRI RACZYMOW
ERETZ
Gallimard, 160 p., 15 €

Eretzest le mot hébreu qui désigne LA terre. La terre promise, la terre rêvée. C’est aussi la désignation d’Israël par métonymie. Aller en Eretz, c’est se rendre dans ce pays complexe, multiple, trop souvent au cœur de l’actualité. C’est là qu’après 68, avait vécu Alain, frère du narrateur. Il en était revenu dans le milieu des années soixante-dix, sans illusion, déçu même.
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“La Renaissance de Harlem (1920-1930)”, un article de Cécile Cottenet

NELLA LARSEN
CLAIR-OBSCUR
trad. de l’américain par Guillaume Villeneuve préface de Laure Murat
Climats, 182 p., 17 €

Ce classique de la littérature africaine américaine brouille les frontières entre les races et nous offre une belle réflexion sur la question de l’identité. Dotée d’une préface érudite, cette première traduction française laisse entrevoir la richesse d’un mouvement littéraire méconnu en France.

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“Candide, ou l’optimisme dans le Midwest”, un article de Liliane Kerjan

LORRIE MOORE
LA PASSERELLE
A Gate at the Stairs
trad. de l’anglais (États-Unis) par Laetitia Devaux
L’Olivier, coll. « Rivages », 361 p., 22 €

Retour très réussi de Lorrie Moore, quinze ans après son second roman, grâce à une écriture pleine de drôlerie mais qui gratte jusqu’à la tragédie les faux-semblants d’une Amérique désenchantée. Une étudiante, petit cheval de Troie, quatre saisons de découvertes et de déconvenues : le charme opère et c’est l’enthousiasme aux États-Unis.

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“Voix d’Ingo Schulze”, un article de Laurent Margantin

INGO SCHULZE
PORTABLE
trad. de l’allemand par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein
Fayard, 324 p., 22 €

Après un volumineux roman sur la réunification allemande, Ingo Schulze revient, avec “Portable”, à l’écriture de nouvelles qui avait fait son succès dès ses premiers livres (Histoires sans gravité, 33 moments de bonheur).

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“Stratégies”, un article de Hugo Pradelle

ROBERTO BOLAÑO
LE TROISIÈME REICH
El tercer reich
trad. de l’espagnol (Chili) par Robert Amutio
Christian Bourgois, 420 p., 25€

Avec “Le Troisième Reich”, Bolaño (1953-2003) signe sans doute son livre le plus hypothétique, presque un affront. Roman désincarné, impénétrable, aride, mystérieux, jouissif parce que presque inaccessible. De ces pages furieusement aplaties sourd une menace troublante, vénéneuse, qui fait de ce récit inclassable un hymne terrible à la stratégie de la littérature.

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“Un rire jubilatoire”, un article de Norbert Czarny

THOMAS BERNHARD
MES PRIX LITTÉRAIRES
trad. de l’allemand par Daniel Mirsky
Gallimard, 176 p., 12,50

En 1986 paraissait Ténèbres, recueil de textes et d’entretiens de et autour de Thomas Bernhard. On pouvait lire dans cet ouvrage trois discours prononcés lors de remises de prix à l’écrivain. Des textes assez décapants, et plutôt provocateurs, on s’en doute. L’éditeur de Mes prix littéraires omet de préciser cette première publication mais on ne lui en voudra pas car la parution de ce petit livre fait un bien fou aux zygomatiques.

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“La lumière que j’avais parmi les vivants”, un article de Nicole Casanova

FLORENCE COLOMBANI
« JE NE PUIS DEMEURER LOIN DE TOI PLUS LONGTEMPS »
LÉOPOLDINE HUGO ET SON PÈRE
Grasset, 230 p., 16,50 €

Le 4 septembre 1843, Léopoldine, fille aînée de Victor Hugo, se noyait dans la Seine à l’âge de dix-neuf ans. Hugo, qui voyageait avec Juliette Drouet, apprit l’accident en lisant le journal. « Je le retrouvai foudroyé », dit Juliette.

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“Un livre-culte”, un article d’Anne Boyer

REMY DE GOURMONT
LE LATIN MYSTIQUE, LES POÈTES DE L’ANTIPHONAIRE ET LA SYMBOLIQUE AU MOYEN ÂGE
préface de Pierre Laurens
Les Belles Lettres, coll. « Essais », 416 p., 35 €

Dans “Bourlinguer”, Cendrars insiste sur l’importance qu’a revêtue pour lui la lecture du Latin mystique de Remy de Gourmont, lecture dont il fait «une date de naissance intellectuelle ». Parmi les premiers ouvrages publiés par le Mercure de France, en 1892, toute nouvelle maison d’édition sur le point de devenir le creuset d’une littérature nouvelle, Le Latin mystique est, comme l’affirme Pierre Laurens dans sa réédition, un « livre-culte ». Ce livre-culte ayant été toutefois quelque peu oublié, sa réédition, dans la collection « Essais » des Belles Lettres, est une bonne nouvelle.

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“La recherche de la longue vie”, un article de Gilbert Lascault

EXPOSITION
LA VOIE DU TAO : UN AUTRE CHEMIN DE L’ÊTRE
Galeries nationales, Grand Palais
3, avenue du Général-Eisenhower, Paris 8e du 31 mars au 5  juillet 2010
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PUBLICATION
CATHERINE DELACOUR et coll.
CATALOGUE DE L’EXPOSITION
RMN/musée Guimet, 368 p., 342 ill. coul., 45€

Curieuse, complexe, foisonnante, l’exposition La voie du Taodéconcerte et passionne. Elle rassemble 240 œuvres très diverses : les peintures, les miroirs de bronze, les sculptures (pierre, bois, céramique), les porcelaines, les estampages, les talismans, les inscriptions, les amulettes, les tapis rituels, les blocs de jade sculptés…

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“La polyphonie de Paul Klee”, un article de Georges Raillard

EXPOSITIONS
PAUL KLEE (1879-1940)
La collection d’Ernst Beyeler
Musée de l’Orangerie, 14 avril – 19 juillet 2010
Catalogue par Philippe Büttner et Claude Frontisi coédition Musée d’Orsay/Éditions Hazan, 96 p., 20 €

ARAGON ET L’ART MODERNE
Musée de la Poste, 14 avril – 19 septembre 2010
Catalogue illustré sous la direction de Josette Rasle, 160 p., 20 €

On ira de l’une à l’autre de deux expositions où la peinture est présentée nuement. Comme elle a été vue et lue par deux regards vifs, celui d’un marchand de tableaux, Ernst Beyeler, qui créa l’admirable Fondation de Bâle, et celui d’un poète épris d’images, Louis Aragon.  À l’Orangerie, Paul Klee (1879-1940) : des tableaux issus de la collection Beyeler. Au musée de la Poste, des Klee encore, en petit nombre, mais insérés dans les choix faits par Aragon dans l’art moderne.

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“La naissance de la poésie”, un article de Odile Hunoult

ANNIE LE BRUN
SI RIEN AVAIT UNE FORME, CE SERAIT CELA
Gallimard, 260 p., 21,90 €

En 1755, au lendemain de la fête des Morts, un tremblement de terre suivi d’un raz-de-marée gigantesque qui se propage dans tout l’Atlantique Nord détruit entièrement Lisbonne, faisant, dit-on, à Lisbonne même, plus de 50 000 morts. Un séisme aussi dans la pensée philosophique occidentale, qui achève de se séculariser. C’est pourquoi Annie Le Brun en fait le point de départ d’une fresque foisonnante où se succèdent ceux qui de près ou de loin ont côtoyé, rejoint, réfléchi, ou fui et occulté la catastrophe et l’inhumain, puis leur intériorisation : l’inhumain en l’homme.

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“Aux sources du libéralisme politique : Montesquieu et Germaine de Staël”, un article de Jean M. Goulemot

LAIN GAMBIER
MONTESQUIEU ET LA LIBERTÉ
Hermann, coll. « Philosophie », 274 p., 30 €
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MICHEL WINOCK
MADAME DE STAËL
Fayard, 576 p., 23,80 €

Le mot « libéralisme » occupe une place bien à part dans le monde contemporain. En France plus qu’ailleurs, il est passé du politique à l’économie. Il se confond avec le capitalisme le plus sauvage. Prétendre publiquement être libéral, c’est prendre le risque de se voir marginalisé, accusé de tiédeur ou de ne croire qu’aux lois du marché, quand ce n’est pas d’être aux portes du fascisme. J’avoue craindre toute réduction du vocabulaire politique et me méfier de termes, au sens approximatif, forme moderne de la langue de bois, qui servent à exclure, sans même avoir à argumenter.

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“Éros dans tous ses états”, un article de Michel Plon

JEAN ALLOUCH
L’AMOUR LACAN
EPEL, 493 p., 35€
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GLORIA LEFF
PORTRAITS DE FEMMES EN ANALYSTE
LACAN ET LE CONTRE-TRANSFERT
trad. de l’espagnol (Mexique) par Béatrice Cano
EPEL, 193 p., 24€

Deux livres qui supposent un minimum de familiarité avec l’œuvre de Lacan et avec l’histoire de la psychanalyse mais qui ont en commun de refuser l’hermétisme et le jargon, de ne pas privilégier la rigidité théorique au détriment de la clinique et réciproquement, deux livres dans lesquels la chose analytique, c’en est un régal, circule à l’air libre.

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“La montée de l’effacement”, un article de Laurence Zordan

FRANÇOISE BONARDEL
DES HÉRITIERS SANS PASSÉ
ESSAI SUR LA CRISE DE L’IDENTITÉ
CULTURELLE EUROPÉENNE
Éd. de la transparence, coll. « Philosophie », 266 p., 20 €

Des grands livres, on a pu dire qu’ils ne se contentent pas de proposer un argument différent, mais bien une autre manière d’argumenter. Ils n’envisagent pas une autre interprétation de la même expérience, mais réellement une autre expérience. L’ouvrage de Françoise Bonardel est de ceux-là, où chaque mot des titre et sous-titre ouvre à un vaste corpus philosophique qui se clôt sur l’image de la main, donnant à saisir la pertinence de la formule d’Hölderlin : « il en est, peu nombreux, qui sont forcés de saisir la foudre à pleines mains ».

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“Changement de genre”, un article de Monique Le Roux

THOMAS BERNHARD
EXTINCTION
Lecture par Serge Merlin
Théâtre de la Madeleine Jusqu’au 30 mai
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GARY-JOUVET 45-51
Mise en scène de Gabriel Garran
Théâtre de la Commune d’Aubervilliers Jusqu’au 29 mai

Ils ont l’un et l’autre connu un exceptionnel parcours artistique de plus d’un demi-siècle et jettent un nouveau défi à la scène. Serge Merlin retrouve au Théâtre de la Madeleine son auteur de prédilection, Thomas Bernhard, avec “Extinction”. Gabriel Garran retourne à la Commune, Centre dramatique national d’Aubervilliers, pour un spectacle, “Gary-Jouvet 45-51″, qu’il a conçu à partir d’une pièce de Romain Gary, “Tulipe ou la protestation”, et de la correspondance entre le jeune écrivain diplomate et le grand metteur en scène.

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“Quand le fond de l’air a viré rouge sang”, un article de Lucien Logette

OLIVIER ASSAYAS
CARLOS

Avant même d’être présenté à Cannes, voilà donc “Hors-la-loi”, le film de Rachid Bouchareb, sous le feu des projecteurs. Un député garanti tricolore grand teint et un secrétaire d’État aux anciens ils-ont-des-droits-sur-nous-combattants viennent de partir en guerre, drapeau national en bandoulière, contre cette œuvre « qui insulte la République » – peut-être auraient-ils pu attendre de voir le film ? Il paraîtrait même que des pressions auraient été exercées sur les responsables du Festival de Cannes pour que “Hors-la-loi” ne soit pas sélectionné… Ceux-ci, cumulant mauvais esprit et duplicité, ont pris en compte la part algérienne de cette produc-tion, par ailleurs fruit d’un complot cosmopolite (franco-algéro-tuniso-italo-belge) pour attribuer au film la nationalité de nos (ex-)ennemis. Au moins, la République n’est-elle plus insultée par ses propres enfants ; l’honneur est sauf.

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“Alan au pays des merveilles”, un article d’Alain Joubert

À travers le cristal d’Alan Glass
DVD de Tufic Makhlouf Akl (140 min), accompagné d’un livret illustré de 88 pages
Seven Doc (10, rue Henri-Bergson, 38100 Grenoble) distribution Studios WinWin, 23 €

« Le merveilleux est toujours beau, n’importe quel merveilleux est beau, il n’y a même que le merveilleux qui soit beau». Lorsque, dans le “Manifeste du surréalisme”, André Breton pose cette affirmation, il écarte du même coup le côté éventuellement « puéril » d’un merveilleux de pacotille pour exalter un « merveilleux adulte », arme absolue contre le rationalisme et le réalisme vulgaire qui dominent notre société ; et c’est vers Lewis, Young, Maturin, Arnim, Nerval ou Lautréamont (notamment) qu’il se tourne tout naturellement.

La Quinzaine n°1004, du 1er au 15 mai 2010

“Drame chez les Fantochinois”, un article de Maurice Mourier

LING XI
LA TROISIÈME MOITIÉ
Maurice Nadeau, 247 p., 20 €

À W., une ville ouvrière hideuse du centre de la Chine – ce doit être Wuhan, sise au milieu des montagnes, dans la vallée du Yang Tsé Kiang – s’agite une foule de pauvres types, coincés entre la Fabrique des Interrupteurs, récemment convertie en ateliers de médailles pieuses à l’effigie du Président Mao, et l’Usine de Caoutchouc. C’est une agglomération immense et informe, plus vaste que Mexico si l’on en croit la mégalomanie de ses habitants, dont beaucoup sont analphabètes, mais une mosaïque de petits quartiers, sortes de villages vivant en quasi-autarcie. Un de ces quartiers, peut-être le plus déshérité de la ville, sert de décor au livre.

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“Une étrange sensation de vide”, un article d’Agnès Vaquin

RÉGIS JAUFFRET
SÉVÈRE
Seuil, 164 p., 17 €

Ce qui se passe dans la vie des gens reste pour Régis Jauffret un spectacle urticant. Les comprendre, voilà le hic, leur logique n’appartient qu’à eux. L’écrivain les regarde et se contente des motivations qui traînent partout pour rendre compte de comportements, si l’on y pense, proprement stupéfiants. Avec Sévère, Jauffret tente un grand coup. Il s’approprie, sans mentionner son nom et à la première personne, le cas de cette femme dont les médias nous ont rebattu les oreilles. L’action se passe à Genève. Au cours de ce qu’on appelle une séance sadomasochiste, elle tire sur son amant et le tue. On le découvre emmailloté dans une combinaison de latex.

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“Ciel tombeau”, un article de Laurence Zordan

CHANTAL CHAWAF
JE SUIS NÉE
Éd. des Femmes/Antoinette Fouque, 563 p., 20 €

Le ciel de la Seconde Guerre mondiale fut des plus meurtrier pour les civils. Horreur d’un mouvement ascensionnel dans le ciel de l’Holocauste (« vous aurez alors une tombe dans les nuages où l’on n’est pas serré »), ou au contraire létale avalanche, promesse de carnage par l’impitoyable chute des bombes atteignant parfois ceux qu’elles devaient libérer. En cherchant à frapper l’occupant, les avions alliés faisaient parfois des victimes collatérales. Cette expression volontiers employée aujourd’hui élude la chair et le sang. Le livre de Chantal Chawaf en restitue la vividité, cette impression qui persiste même lorsque l’on referme l’ouvrage, même lorsqu’on lève les yeux, selon l’image d’Yves Bonnefoy, ajoutant que c’est alors le moment où le lecteur, encore habité par sa lecture, la noue à sa propre existence. À quoi nous fait naître Je suis née ? Peut-être à une « poéthique » du ciel, à une poésie signant la quête de vérité, l’éthique d’une pure authenticité.

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“Magies dakaroises”, un article de Marie Etienne

SOPHIE-ANNE DELHOMME
QUITTER DAKAR
Le Rouergue, coll. « La brune », 142 p., 13,50 €

Quand on connaît Dakar et qu’on y a vécu, on a le sentiment étrange, lisant ce livre, d’y retrouver exactement ses propres souvenirs – les lieux, les animaux, les plantes et les occupations, tout est exact, et similaire…

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“Sur le fil du rasoir”, un article de Hugo Pradelle

EDGAR HILSENRATH
LE NAZI ET LE BARBIER
Der Nazi und der Friseur
trad. de l’allemand par Jörg Stickan et Sacha Zilberfarb
Attila, 512 p., 23,50 €

Reparaît, dans une traduction énergique, le roman épique d’Hilsenrath sur la Shoah, son pied de nez à l’Allemagne des années 70, son coup-depied dans la fourmilière de la bien-pensance et des mémoires oublieuses. En grand provocateur, il chamboule l’ordre des discours sur la barbarie, les bourreaux et les victimes, jusqu’à l’ultime jugement. Avec une jouissance expressive impressionnante, il écrit un roman délirant, sans pareil, qui enfonce à grands coups de boutoir tous les barrages qu’avait érigés une nation traumatisée, s’insurgeant contre l’oubli et le simplisme historique, et nous dérange en nous faisant rire de la monstruosité la plus terrible.

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“Fêlures et affolements”, un article de Liliane Kerjan

JAMES LASDUN
ÇA COMMENCE À FAIRE MAL
It’s Beginning to Hurt
trad. de l’anglais (États-Unis) par Pierre Charras
Jacqueline Chambon/Actes Sud, 286 p., 21,80 €

Aux deux romans, “L’Homme licorne” (2004) et “Sept mensonges” (2007), parus en traduction française, s’ajoute désormais ce recueil de quinze nouvelles, écrites de main de maître, débusquant dans le quotidien occidental les civilités et les compromis, l’élargissement des fissures, prémices aux grands chambardements de l’existence.

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“Tout est ailleurs”, un article de Norbert Czarny

ANDRZEJ STASIUK
MON ALLEMAGNE

trad. du polonais par Charles Zaremba
Christian Bourgois, 96 p., 12 €

Les guides touristiques qui balisent nos parcours, indiquent les meilleurs itinéraires et recommandent les meilleures tables ne reprendront sans doute jamais les propositions d’Andrzej Stasiuk quant à l’Allemagne. Heureusement : cela laisse au lecteur le plaisir d’emporter avec lui “Mon Allemagne”, et de mieux regarder autour de lui.

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“Les vertiges de la gloire”, un article d’Alain Joubert

INGAR SLETTEN KOLLOEN
KNUT HAMSUN, RÊVEUR ET CONQUÉRANT
biographie traduite du norvégien par Éric Eydoux
Gaïa Éditions, 768 p., 28 €
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KNUT HAMSUN
VICTORIA
trad. du norvégien par Ingunn Galtier et Alain-Pierre Guilhon
Gaïa Éditions, 128 p., 14 €

Knut Hamsun occupe une place tout à fait singulière dans l’histoire de la littérature internationale. Et il n’est pas simple d’en faire le tour, tant sont sinueux les chemins qui y mènent ; c’est à deux hommes, en effet, que nous allons devoir consacrer notre attention, deux hommes en un, bien entendu.

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“Les avant-gardes du XXe siècle”, un article de Georges Raillard

SERGE FAUCHEREAU
AVANT-GARDES DU XXe SIÈCLE
ARTS ET LITTÉRATURE. 1905-1930
Flammarion, 588 p., nb illus. coul., 49 €

Il y a chez Serge Fauchereau une passion d’encyclopédisme. Ses trente livres, autant de fenêtres ouvertes par où il fait entrer un air vivifiant, l’attestent. Il a une vue englobante du champ de l’art – poésie, peinture, musique, architecture. Il aboute des territoires souvent inconnus en France. Son regard est précis : sur la spécificité des pays, sur les rapports qui joignent des mouvements paraissant étrangers les uns aux autres ou, au contraire, nés d’influences réciproques. Ce monumental ouvrage conduit à une réflexion sur ce qu’est l’avant-garde. On dirait mieux : de quel pluriel cette avant-garde de ces vingt-cinq années, 1905-1930, est-elle constituée ?

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“Les légions des soeurs”, un article de Gilbert Lascault

EXPOSITION MÂKHI XENAKIS
ELLES NOUS REGARDENT…
Espace des Femmes-Antoinette Fouque
35, rue Jacob, Paris 6e du 8 mars à 30 mai 2010

Sans cesse, la créatrice Mâkhi Xenakis travaille. Elle sculpte, elle dessine, elle écrit. Elle invente des formes inattendues. Elle propose des séries d’oeuvres. Elle imagine les légions des soeurs, leurs multitudes, les kyrielles.

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“Walter Benjamin et le choix du fragment”, un article de Jean Lacoste

WALTER BENJAMIN
ROMANTISME ET CRITIQUE DE LA CIVILISATION
trad. de l’allemand par Christophe David et Alexandra Richter, textes choisis et présentés par Michaël Löwy Payot, coll. « Critique de la politique », 238 p., 21,50 €
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BERNARD SÈVE
DE HAUT EN BAS
PHILOSOPHIE DES LISTES
Seuil, coll. « L’ordre philosophique », 238 p., 19 €

Au moment où se prépare en français l’édition, nécessairement monumentale, des oeuvres complètes de Benjamin, il est en quelque mesure rassurant de retrouver un Benjamin éclaté en textes hétérogènes, un Benjamin « en pièces », dans cette anthologie d’articles inédits. Non que ces textes puissent être considérés comme de simples fragments. Ce sont des pièces denses et très écrites, qui ne sont marginales qu’en apparence, et il faut remercier Michaël Löwy d’avoir rassemblé ces essais, qui offrent autant de clefs pour pénétrer dans une oeuvre notoirement énigmatique.

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“Politiques de la calomnie”, un article de Vincent Milliot

ROBERT DARNTON
LE DIABLE DANS UN BÉNITIER. L’ART DE LA CALOMNIE EN FRANCE, 1650-1800
Gallimard, coll. « NRF Essais », 704 p., 28 €

« Jadis l’Égypte eut moins de sauterelles », écrivait Voltaire pour dénoncer la prolifération des « Rousseau du ruisseau », ces enfants de la République des Lettres qui avaient cru en l’idéologie des « talents », et qui, faute de place et de reconnaissance, alimentèrent au Siècle des Lumières les canaux d’une littérature clandestine, souvent obscène et subversive. Comme les sauterelles, cette bohème littéraire pouvait tout ravager sur son passage, surtout quand elle s’adonnait à l’art féroce de la calomnie. Ces « basses » Lumières constituent le terrain de réflexion privilégié de l’historien américain Robert Darnton, attentif aux formes de la communication comme à la constitution de l’opinion publique.

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“Vaincre la peur : une «union sacrée» au service de la paix”, un article de Philippe Hamon

MICHEL CASSAN
LA GRANDE PEUR DE 1610. LES FRANÇAIS ET L’ASSASSINAT D’HENRI IV
Champ Vallon, 281 p., 23

Henri IV avait été la cible de tant de tentatives d’assassinat qu’on aurait pu supposer que l’événement parisien du 14 mai 1610 – avec la « réussite » de Ravaillac – ne surprenne guère ses sujets. Or il n’en est rien : la mort du roi répand dans le royaume une onde de peur et d’angoisse. L’objet du livre de Michel Cassan est de rendre compte avec précision des conditions de diffusion de la nouvelle et des réactions qu’elle suscite dans l’ensemble du royaume (l’enquête concerne la France dans ses frontières du temps).

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“Une ville mésestimée”, un article de Marie-Ange Maillet

JEAN-PAUL BLED
HISTOIRE DE MUNICH
Fayard, 371 p., 25 €

À un moment où tous les regards sont tournés vers Berlin, capitale de l’Allemagne réunifiée que les festivités de novembre dernier viennent de célébrer comme le théâtre des événements historiques de 1989 et sur laquelle existent déjà de nombreux ouvrages en français, publier un livre sur Munich est un geste à contre-courant d’autant plus bienvenu que le lecteur non germanophone intéressé par l’histoire de cette ville n’avait guère les moyens, jusqu’à récemment, de satisfaire sa curiosité. Signe d’un désintérêt relatif pour le sud de l’Allemagne, il n’existait pas non plus d’ouvrage en français sur la Bavière avant la parution en 2007 de l’Histoire de la Bavière d’Henri Bogdan (éditions Perrin).

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“« Parmi les éprouvés » : proscrits du XIXe siècle”, un article de Arnaud-Dominique Houte

SYLVIE APRILE
LE SIÈCLE DES EXILÉS. BANNIS ET PROSCRITS DE 1789 À LA COMMUNE
CNRS Éditions, 336 p., 28 €

« Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là » : la figure de Victor Hugo a longtemps occulté l’histoire des milliers d’exilés du XIXe siècle. À peine pris en main, le livre de Sylvie Aprile semble prolonger cette tradition : Hugo à Guernesey pour la couverture, Hugo en exergue et en conclusion… Mais les vers cités ne sont pas les plus connus, loin s’en faut : « Parmi les éprouvés je planterai ma tente. » De la même manière, Sylvie Aprile entend écrire l’histoire de Victor Hugo certes, mais aussi et surtout, celle de ses compagnons moins connus ou anonymes.

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“Une histoire universelle de la médecine”, un article de jean-Paul Deleage

ANNE-MARIE MOULIN
LE MÉDECIN DU PRINCE
VOYAGE À TRAVERS LES CULTURES
Odile Jacob, 368 p., 25 €

Au croisement de sa propre expérience de « French Doctor » et des multiples récits des médecins du prince, la philosophe Anne-Marie Moulin entrouvre et explore une histoire universelle de la médecine d’une richesse inouïe.

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“Miroir et merveilles”, un article de Lucien Logette

TIM BURTON
ALICE AU PAYS DES MERVEILLES

« Why is a raven like a writing-desk ? » Pourquoi un corbeau ressemble à un bureau ? Le Chapelier fou pose plusieurs fois la question à Alice, au long du film de Tim Burton, sans qu’une réponse soit donnée – pas plus d’ailleurs que dans le livre de Lewis Carroll, puisque celui-ci n’en donnera la solution que dans sa préface à la réédition de 1897. C’est un des rares moments où le film nous rappelle que Alice in Wonderland est avant tout une oeuvre de langage, non réductible à ses actions. Burton nous en propose une version échevelée, personnelle, certes, mais dont on risque de sortir essoufflé.

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“Mystère bouffe et fabulages”, un article de Monique Le Roux

DARIO FO
MYSTÈRE BOUFFE ET FABULAGES
Mise en scène de Muriel Mayette
Salle Richelieu jusqu’au 19 juin
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DARIO FO et FRANCA RAME
ALICE ET CETERA
Mise en scène de Stuart Seide
Théâtre du Rond-Point jusqu’au 15 mai

“Mystère bouffe et fabulages” de Dario Fo mis en scène par Muriel Mayette à la salle Richelieu, “Alice et cetera” de Dario Fo et Franca Rame par Stuart Seide au Théâtre du Rond-Point : le plaisir pris à ces spectacles ne fait pas oublier le paradoxe de représenter des textes indissociables d’enjeux politiques en des lieux et devant des publics qui ne peuvent qu’en désamorcer la force provocatrice.

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“La pédagogie de Chopin”, un article de Thierry Laisney

FRÉDÉRIC CHOPIN
ESQUISSES POUR UNE MÉTHODE DE PIANO
textes réunis et présentés par Jean-Jacques Eigeldinger
Flammarion, 138 p., 21 €

Les témoignages s’accordent : ce n’est pas seulement pour vivre que  Chopin donnait des leçons de piano, mais aussi par goût de l’enseignement. D’un projet de méthode, Chopin n’a laissé que des esquisses, « une douzaine de feuillets, rédigés en un français fort contestable » selon Alfred Cortot (“Aspects de Chopin”, Albin Michel, p. 53), qui s’était rendu acquéreur du manuscrit. Comme il s’agit de bribes, Jean-Jacques Eigeldinger, le méticuleux éditeur de l’ouvrage, leur a ajouté quatre textes brefs révélateurs de la pédagogie de Chopin : un traité (inachevé) du Norvégien Thomas Tellefsen, élève bien-aimé de Chopin ; les notes dues respectivement à un autre élève, Karol Mikuli, et à deux « élèves d’élèves », qualité dont seul le prestige des plus grands maîtres autorise à se prévaloir.

La Quinzaine n°1013, du 16 au 30 avril 2010

“Paradoxes d’une nation”, un article d’Hugo Pradelle

STEPHEN WRIGHT
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“LA POLKA DES BÂTARDS”(The Amalgamation Polka) trad. de l’anglais (États-Unis) par Serge Chauvin, Gallimard, coll. « Du monde entier », 416 p., 23 €
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MÉDITATIONS EN VERT
(Meditations in Green) trad. de l’anglais (États-Unis) par François Happe Gallmeister, 400 p., 24 €

Avec ces deux romans, nous découvrons un auteur magistral s’interrogeant sur les rapports compliqués qui s’ordonnent entre violence et progrès, sur les contradictions terribles qui font de l’Amérique ce qu’elle est. Démesurée, l’œuvre de Wright entreprend, avec une extraordinaire cohérence, la nature paradoxale d’un peuple de « dévorateurs » et nous entraîne dans l’aventure fascinante d’une nation qui s’exorcise.

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“Tours, détours et Imprévus”, un article de Norbert Czarny

CHRISTIAN OSTER
DANS LA CATHÉDRALE
Minuit, 144 p., 13,50 €

Il suffit de peu au narrateur des romans de Christian Oster pour être perturbé : une mouche qui prend ses aises dans une chambre, un rhume persistant, du sable envahissant le seuil d’une maison, ou au pis, une sacoche égarée ou une femme aimée qui est partie. Il est question de choses voisines, dans le nouveau roman d’Oster, Dans la cathédrale. Il est aussi question de mariage.

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“Le châtiment de la beauté”, un article de Hugo Pradelle

JACQUES TOURNIER
FRANCESCA DE RIMINI
Seuil, 120 p., 140 €

Un roman à la fois doux et brutal, comme écrit en sourdine, en deçà d’un récit repris, comme un fil que l’on tire d’une précieuse passementerie qui se défait. Un beau portrait de femme en même temps qu’un conte sur le désir empêché, l’amour et l’infidélité, l’ennui et la soumission, la politique et la volupté, la liberté et son châtiment.

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“Un texte plein de crevasses”, un article de Laurent Margantin

WERNER KOFLER

DERRIÈRE MON BUREAU,
TRIPTYQUE ALPESTRE I
trad. de l’allemand (Autriche) et présenté par Bernard Banoun
Éditions Absalon, 188 p., 18,50 €

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CAF’CONC’TREBLINKA,
REPRÉSENTATION PRIVÉE
trad. de l’allemand (Autriche) et postface par Bernard Banoun
Éditions Absalon, 61 p., 9,50 €

Les éditions Absalon continuent à nous faire découvrir un auteur autrichien important, Werner Kofler, de la même génération qu’Elfriede Jelinek.

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“L’énigme”, un article de Hugo

ANTONI CASAS ROS
ENIGMA
Gallimard, 252 p., 16,90 €

À la fin de son premier roman, Antoni Casas Ros écrivait : « j’ai rêvé de mon prochain roman. Je ne compte pas m’ar rêter là ! Un sujet à la hauteur de mes ambitions. Celui-ci n’est qu’un prélude. […] Au travail, essaie de t’étonner toi-même ! ». C’est chose faite ! Avec Enigma, il nous enchante par la virtuosité d’un style cristallin, la profondeur d’une construction en abîme saturée d’ironie et de jeux formels, qui portent une histoire troublante, sensuelle et douloureuse. Nous croyons désormais un peu plus au pouvoir de la poésie, enivrés de son parfum sulfureux, proférant avec l’auteur « que la souffrance soit la porte de la littérature ».

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“Aspects de la littérature russe”, un article de Christian Mouze

ARKADI BABTCHENKO
LA COULEUR DE LA GUERRE
trad. du russe par Véronique Patte
Gallimard, 425 p., 26 €
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VLADIMIR SOROKINE
ROMAN
trad. du russe par Anne Coldefy-Faucard
Verdier, 592 p., 29,50 €
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ANDREÏ DMITRIEV
L’AVIATEUR ET SA FEMME
trad. du russe par Lucile Nivat
Fayard, 128 p., 14 €
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LUDMILA PETROUCHEVSKAÏA
LA PETITE FILLE DE L’HÔTEL MÉTROPOLE
trad. du russe par Macha Zonina et Jean-Pierre Thibaudat
Christian Bourgois, 178 p., 18 €

La littérature est une éternité humide d’humanité. Grâce au verbe, les plaies, les cicatrices morales d’un individu ou d’un peuple sont sans  retour et ne sont pas destinées à s’effacer. En Russie peut-être plus qu’ailleurs, et en tout cas plus lisiblement qu’ailleurs (à cause de multiples facteurs, géographiques, psychologiques ou proprement historiques liés aux expansions, aux arrêts et au développement violent du pays, en un mot à sa construction identitaire chaotique), elle est le lien même des hommes et de leur Histoire.

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“Colette, butte-témoin”, un article de Maurice Mourier

COLETTE JOURNALISTE
Chroniques et reportages (1893-1945)
texte établi, présenté et annoté par Gérard Bonal et Frédéric Maget
Seuil, 384 p., 21 €

En 1893, Sidonie Gabrielle Colette a vingt ans. Elle épouse Henry Gauthier-Villars, dit Willy, qui en a quinze de plus et une réputation justifiée de journaliste noceur à la mode. « Nègre » de son mari pour les premiers Claudine, qu’il signe de son nom, elle va aussi l’aider pour quelques-unes des nombreuses chroniques – musicales notamment, opéras et concerts – qu’il place un peu partout. Tels sont les premiers « apprentissages » littéraires dont elle parlera plus tard, et qui ont constitué au f il de treize années, celles de leur union, le socle d’une exceptionnelle carrière, achevée avec la mort de Colette en 1954.

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“Je l’écoute, je l’admire, je me tais”, un article de Nicole Casanova

DOMINIQUE BONA
CLARA MALRAUX, biographie
Grasset, 470 p., 20,90 €

Ainsi Clara Malraux définit-elle sa relation avec l’auteur de “La Condition humaine”, et la cause de leur rupture.

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“Faire cortège à ses sources”, un article de Marie Etienne

CLAIRE MALROUX
TRACES, SILLONS
José Corti, coll. « En lisant en écrivant », 220 p., 19 €

Pierre Silvain, romancier et poète, que La Quinzaine littéraire connaissait bien, n’est plus des nôtres depuis peu. Sa compagne, Claire Malroux, écrivait son livre, “Traces, sillons”, à un moment où il était en train de s’affaiblir. Aussi le lui a-t-elle dédié.

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“Une fantaisie abyssale”, un article de Jean-Pierre Tiesset

CHRISTOPH RANSMAYR
DAMES ET MESSIEURS SOUS LES MERS
Damen & Herren unter Wasser
Une histoire en images d’après sept planches photographiques en couleurs de Manfred Wakolbinger
trad. de l’allemand par Nicole Taubes
José Corti, coll. « Merveilleux », n° 44, 80 p., 19 €

On s’aperçoit à la lecture de ce petit livre, un de ceux que Christoph Ransmayr aime intercaler entre des ouvrages où le souffle créateur du romancier se fait plus ample, que la continuité est totale depuis les premiers titres qui ont fait sa notoriété dans le monde des Lettres : cette continuité se manifeste en filigrane dans un même travail aux confins de l’imaginaire et du réel, qui prend ici pour objet la métamorphose, l’instabilité des hommes et des choses qui constitue l’essence même de la vie. L’évolution mise en évidence par Darwin (et dangereusement contestée aujourd’hui par un retour en force du « créationnisme » et de l’obscurantisme) est-elle autre chose qu’une métamorphose de l’espèce étirée dans le temps ?

“Les cous tranchés”, un article de Gilbert Lascault

EXPOSITION CRIME ET CHÂTIMENT
Musée d’Orsay
1, rue de la Légion-d’Honneur, Paris 7e
16 mars – 27 juin 2010
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PUBLICATIONS
JEAN CLAIR et coll.
CRIME ET CHÂTIMENT
Gallimard/musée d’Orsay, 416 p., 476 ill., 49 €

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BERNARD OUDIN
LE CRIME (ENTRE HORREUR ET FASCINATION)
Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard », 128 p.,
150 documents, 14 €

L’exposition féconde, complexe, farouche, fascinante, réunit 476 pièces à conviction, les corps du délit, les objets-fétiches, les choses de maléfice et de séduction. L’exposition rassemble des témoignages (à charge et à décharge) du procès permanent des humains.

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“Une promenade au Louvre”, un article de Gilbert Lascault

JEAN GALARD
PROMENADES AU LOUVRE
EN COMPAGNIE D’ÉCRIVAINS, D’ARTISTES
ET DE CRITIQUES D’ART
Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1 232 p., 31 €

Chaque jour, le Louvre s’ouvre. Les foules s’approchent de la pyramide translucide. Elles s’engouffrent dans les escaliers, dans les salles. À certains moments, les visiteurs, épuisés, s’ennuient, traînent, souffrent. Plus souvent, ils apprennent à regarder les œuvres de près et de loin, en un lieu de jouissances et de sérénité.

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“Pourquoi Spinoza ?”, un article de Marc Lebiez

MAXIME ROVERE
EXISTER
MÉTHODES DE SPINOZA
CNRS Éditions, 384 p., 25 €

Spinoza occupe une position particulière parmi les métaphysiciens classiques. À la différence de Descartes, Leibniz ou Malebranche, auxquels ne s’intéressent vraiment que des professionnels de la philosophie, il attire aussi des lecteurs qu’on pourrait croire rebutés par la diff iculté de son écriture. Qu’y trouvent-ils et, d’abord, qu’y cherchent-ils ?

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“Repenser la démocratie”, un article de Christian Descamps

CORNÉLIUS CASTORIADIS
DÉMOCRATIE ET RELATIVISME
édition établie par Enrique Escobar, Myrto Gordicas
et Pascal Vernay, introduction par Jean-Louis Prat
Mille et Une Nuits, 142 p., 12 €

Avec une régularité digne d’éloge, l’édition française nous offre, chaque année, un nouvel ouvrage de Castoriadis, ce philosophe capitaldisparu en 197. L’an 2010 propose aux éditions Mille et Une Nuits,
Démocratie et relativisme, un débat de 1994 avec la revue du MAUSS (Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales), publié partiellement il y a quinze ans. Ici, l’animateur de Socialisme ou barbarie (1949- 1967) discute, pied à pied, avec Alain Caillé, Jacques Dewitte, Serge Latouche et Chantal Mouffe. Il s’agit de savoir comment les valeurs d’autonomie, de démocratie, ces créations historiques nées dans l’univers gréco-occidental, peuvent prendre et garder sens et force dans d’autres.

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“Comment je suis devenu linguiste”, un entretien avec Jean-Claude Chevalier, réalisé par Omar Merzoug

JEAN-CLAUDE CHEVALIER, avec PIERRE ENCREVÉ
COMBATS POUR LA LINGUISTIQUE
DE MARTINET À KRISTEVA
ENS éditions, 419 p., 44 €

Philologue, linguiste et grammairien, Jean-Claude Chevalier est l’auteur d’une thèse de doctorat sur la “Naissance de la notion de complément dans la grammaire française” (Droz, 1970). Il appartient à cette génération de philologues qui, à l’orée des années 1960, ont découvert la linguistique comme Moïse la Terre promise. Dans un entretien qu’il a bien voulu accorder à La Quinzaine littéraire, Jean-Claude Chevalier revient sur les étapes de son parcours et répond aux questions que pose l’irruption d’une science du langage qui a eu l’ambition de servir de modèle épistémologique aux sciences humaines.

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“Déferlante freudienne”, un article de Michel Plon

de SIGMUND FREUD
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L’INTERPRÉTATION DU RÊVE
trad. inédite et présentation par Jean-Pierre Lefebvre,
Seuil, 701 p., 25 €
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TOTEM ET TABOU
trad. inédite par Dominique Tassel présentation par Clotilde Leguil
Seuil, 309 p., 7 €
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LE MALAISE DANS LA CIVILISATION
trad. inédite par Bernard Lortholary présentation par Clotilde Leguil
Seuil, 185 p., 6,30 €
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LE MALAISE DANS LA CULTURE
trad. inédite par Dorian Astor, présentation par Pierre Pellegrin,
GF Flammarion, 218 p., 4,80 €
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ALAIN DE MIJOLLA
FREUD ET LA FRANCE (1885-1945),
PUF, 947 p., 49 €

Une nouvelle traduction française de “Die Traumdeutung”, ce livre qui fut longtemps un atelier plutôt qu’un livre, sorte de work in progress (cf. La Quinzaine littéraire n° 1009), voilà qui constitue, qui devrait constituer un événement, n’était le risque de son recouvrement par la sorte de déferlante éditoriale qui a commencé d’envahir le marché depuis l’aube de cette année 2010, date de l’entrée de l’oeuvre freudienne tout entière dans le domaine public.

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“François d’Assise dans son époque”, un article de Jean-Maurice Le Gal

ANDRÉ VAUCHEZ
FRANÇOIS D’ASSISE
ENTRE HISTOIRE ET MÉMOIRE
Fayard, 548 p., 16 p. d’ill. hors-texte, 28 €

Toutes les ressources du travail de l’historien sont ici mises en oeuvre, servies par une aisance d’écriture où l’érudition consommée de l’auteur se résout en connaissance familière d’un champ d’études à la fréquentation duquel il nous convie. L’histoire est en effet descriptive en tant qu’elle restitue les conditions d’un temps et les lieux d’une vie dans son cadre social, mais aussi, et conjointement, elle est narrative, s’attachant à suivre le fil d’une vie dans toute sa singularité pour en éclairer chacune des étapes significatives et également la portée, au sein de l’époque, puis dans les échos d’une longue postérité, des événements qui en ont marqué le cours.

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“Une Histoire de la musique sacrée”, un article de Bruno Moisan

DON LUIGI GARBINI
NOUVELLE HISTOIRE DE LA MUSIQUE
SACRÉE, DU CHANT SYNAGOGAL
À STOCKHAUSEN
trad. de l’italien par Pierre-Emmanuel Dauzat
Bayard, 592 p., 35 €

La lecture du livre de Don Luigi Garbini, sans atteindre le degré d’agitation d’une tempête sur le lac de Tibériade, n’en demeure pas moins un voyage quelque peu déroutant. Tout commence lorsqu’on ouvre le livre. Première de couverture
très esthétique. Un antiphonaire, artistiquement partagé en deux moitiés asymétriques, celle de gauche lumineuse, celle de droite progressivement assombrie en un élégant dégradé, est percé, en haut à droite, d’un cercle laissant apparaître
un ciel bleu moutonné de nuages. Là encore, il s’agit de montrer l’impureté, l’altération qui est finalement l’une des thèses du livre.

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“Univers parallèles, science ? fiction ?”, Jean-Michel Kantor

THOMAS LEPELTIER
UNIVERS PARALLÈLES
Seuil, coll. « Science ouverte », 288 p., 20 €

Croyez-vous à l’existence d’univers parallèles, d’autres univers que le nôtre, dont nous serions à jamais séparés ? De la science-fiction ? Pas seulement ! Thomas Lepeltier, historien et philosophe des sciences, nous montre que cette idée étrange a peu à peu acquis le statut d’une véritable hypothèse scientifique.

La Quinzaine n°1012, du 1er au 15 avril 2010

“Souvenirs en forme de nuages flottants”, un article de Norbert Czarny

PATRICK MODIANO
L’HORIZON
Gallimard, 176 p., 16,50 €

« Il était fatigué d’avoir marché si longtemps. Mais il éprouvait pour une fois un sentiment de sérénité, avec la certitude d’être revenu à l’endroit exact d’où il était parti un jour, à la même place, à la même heure et à la même saison, comme deux aiguilles se rejoignent sur le cadran quand il est minuit. » Ces quelques lignes qu’on lira dans les dernières pages de L’Horizon donnent une idée de ce qui fait la nouveauté du roman de Modiano : le bonheur semble possible.

“La passion d’Anastassia”, un article de Jacques Fessard

JUAN CARLOS MONDRAGON
PASSION ET OUBLI D’ANASTASSIA LIZAVETTA
trad. de l’espagnol (Uruguay) par Gabriel Iaculli
Seuil, 251 p., 21 €

L’orthographe espagnole, on le sait, n’admet pas le redoublement du “s” ni du “t”. Les deux prénoms accolés de la belle Uruguayenne Anastassia Lizavetta ne contreviennent à cette règle que parce qu’ils lui ont été imposés par un père admirateur de Dostoïevski, dont il a beaucoup lu – à sa manière – Les Démons (ou Les Possédés), et qui ne le cède en rien aux pires personnages du grand Russe puisque c’est un ivrogne qui viole sa fille à peine pubère, avant de disparaître.Mais le lecteur de cet étonnant roman de Juan Carlos Mondragon ne saura tout cela que beaucoup plus tard, bien après que l’acte fatal, qui répond peut-être à cet abus, aura été accompli.

“Du centre vers une périphérie lointaine”, un article d’Agnès Vaquin

SOAZIG AARON
LA SENTINELLE TRANQUILLE SOUS LA LUNE
Gallimard, 294 p., 18,90 €

Ainsi Soazig Aaron nous a fait attendre huit ans son deuxième roman. Cette « sentinelle tranquille sous la lune », il y est fait mystérieusement allusion au moins cinq fois au fil du texte, la lune étant toujours ensuite qualifiée de « paisible ». On n’en saura pas plus avant les toutes dernières pages.Faire attendre, c’est un art et, Soazig Aaron, c’est un art qu’elle pratique avec virtuosité.

“Un abîme dans chaque chambre”, un article de Norbert Czarny

PETER STAMM
SEPT ANS
trad. de l’allemand par Nicole Roethel
Christian Bourgois, 380 p., 18 €

Statique au milieu d’une galerie de peinture, une femme est là, au tout début de “Sept ans”, le nouveau roman de Peter Stamm.  Sonia est l’épouse d’Alex, le narrateur personnage qui la contemple. Près de lui, Sophie, leur fille, qui admire sa mère, si absente et si belle. La scène se déroule de nos jours, au terme d’un trajet commun que nous découvrirons à travers ces pages, au fil des événements qui ont ponctué ces vingt ans d’histoire.

“Dérivant dans le temps”, un article de Liliane Kerjan

JOSEPH COULSON
LE BLUES DES GRANDS LACS
Of Song andWater
trad. de l’anglais (États-Unis) par Judith Rose
Sabine Wespieser, 388 p., 24 €

L’éditeur Sabine Wespieser poursuit la régate avec Joseph Coulson, dont elle a publié un premier roman, “Le Déclin de la lune”, en 2005. De l’étui d’une guitare à la coque d’un bateau, tout passe dans un récit modulé qui explore son thème pour mieux l’abandonner dans des arrangements inspirés. Un chant moderne, discret sous les balises de Virgile et Melville, un beau roman d’atmosphère.

“Comment continuer de vivre ici ?”, un article de Natacha Andriamirado

CORINNE D’ALMEIDA
ANTIBES
Gallimard, 288 p., 17,50 €

Un couteau et un gant de toilette. Tels sont les objets quotidiens de la narratrice, aide-soignante auprès d’une vieille femme qui habite dans un quartier « plus beau que laid » et où « rien n’y risque rien ».

“Dans l’Autriche au bord du précipice”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

JEAN AMÉRY
LES NAUFRAGÉS
trad. de l’allemand par Sacha Zilberfarb
Actes Sud, 270 p., 21 €

“Les Naufragés” est le seul roman, resté inédit jusqu’à aujourd’hui, qu’ait écrit Jean Améry, lequel est surtout connu pour ses essais comme “Par-delà le crime et le châtiment – Essai pour surmonter l’insurmontable”, Actes Sud, 1995 (édition originale 1966) ou “Porter la main sur soi – Du suicide”, Actes Sud, 1999.

“If you want, remember, if you want, forget”, un article de Gabrielle Napoli

ERN˝O SZÉP
L’ODEUR HUMAINE
Cambourakis, 182 p., 20 €

C’est la première fois que le lecteur français a accès au bouleversant texte d’Ern˝o Szép, “L’Odeur humaine”, qui retrace l’expérience de l’écrivain hongrois, Juif de Budapest, en 1944, alors que les Juifs hongrois sont massivement livrés aux Allemands, à l’approche des troupes russes. Auteur populaire budapestois, journaliste, il subira comme tant d’autres les lois anti-juives qui l’obligeront à quitter sa bien-aimée île Marguerite pour aller vivre dans le ghetto, dans un immeuble étoilé. Rescapé, il publiera ce récit à la fin de la guerre, mais se retirera de la vie littéraire lors de l’arrivée au pouvoir des communistes en 1948.

“Rire ou pleurer ?”, un article de Norbert Czarny

JEAN-CLAUDE GRUMBERG
PLEURNICHARD
Seuil, coll. « Bibliothèque du XXIe siècle », 254 p., 16 €

Pleurnichard est le double de Jean-Claude Grumberg. C’est l’enfant qu’il était et n’a pas cessé d’être par certains côtés. On le rencontrait dans “Mon père”, inventaire, récit façonné ou rapiécé comme un vêtement par le mauvais petit tailleur qu’a été Grumberg, excellent conteur au contraire. La voix du conteur séduit de nouveau dans ce récit.

“Un art d’aimer”, un article de Marie Etienne

BERNARD NOËL
LES PLUMES D’ÉROS,OEUVRES 1
P.O.L, 435 p., 26 €

Ce premier volume des oeuvres de Bernard Noël rassemble ses textes érotiques (proses narratives, théoriques ou poésies), à l’exception du “Château de Cène”. On n’ignore pas l’importance et la place qu’occupe ce sujet dans ses livres et probablement dans sa vie. Nous voici donc invités à méditer avec lui sur un genre qui conserve une place de choix dans la littérature.

“L’atelier de Lucian Freud”, un article de Georges Raillard

EXPOSITION “LUCIAN FREUD, L’ATELIER” au Centre Georges-Pompidou jusqu’au 19 juillet / PUBLICATIONS “LE CATALOGUE DE L’EXPOSITION”, introduction de Cécile Debray, 248 p., avec photos, oeuvres, documents et analyses dues notamment à Éric Darragon, Jean Clair et Philippe Comar et “LUCIAN FREUD LE CORPS ET L’HORIZON” de DANIEL KLÉBANER Éditions Ides et Calendes, Neuchâtel, 92 p., avec ill.

Voici, on s’en félicite, une deuxième exposition de Lucian Freud à Beaubourg. L’artiste anglais, célébrissime, né en 1922, est le petit-fils de l’inventeur de la psychanalyse, mort en 1939 à Londres. Dès cette année Lucian Freud dessine des portraits. En 1941 il a sa première exposition individuelle. Sa reconnaissance officielle en France est bien plus tardive que celle de Bacon. Elle date de 1987. Elle est due à l’attention de Jean Clair. Il publie Lucian Freud Le nu en peinture paru dans la “Nouvelle Revue de Psychanalyse”, l’année de l’exposition au musée d’Art moderne.

“1946 : la Libération, la liberté étrange des créateurs”, un article de Gilbert Lascault

LAURENCE BERTRAND DORLÉAC
APRÈS LA GUERRE
Gallimard, coll. « Art et Artistes », 176 p., 38 ill. n et b, 25 €

Avec des recherches précises et méthodiques, l’historienne de l’art Laurence Bertrand Dorléac étudie de très près les peintures des artistes qui vivent (tant bien que mal) et créent en France en 1946, après la guerre, après l’occupation allemande, après les destructions, après les malheurs du pays, après l’État français de Vichy.

“Que reste-t-il d’Empédocle ?”, un article de Jean Lacoste

PETER KINGSLEY
EMPÉDOCLE ET LA TRADITION PYTHAGORICIENNE
trad. de l’anglais par Grégoire Lacaze
Les Belles Lettres, coll. « Vérité des mythes », 500 p., 35 €

ÉDITH DE LA HÉRONNIÈRE
LE LABYRINTHE DE JARDIN OU L’ART DE L’ÉGAREMENT
Klincksieck, coll. « L’esprit des formes », 153 p., 17 €

… Quelques fragments obscurs de deux poèmes, et une poignée de légendes, dont celle, fameuse, selon laquelle il se serait jeté dans l’Etna, ne laissant sur le bord du cratère qu’une « sandale de bronze ». Pourtant ce penseur dit « présocratique » du Ve siècle avant notre ère ouvre le « roman familial » de la philosophie occidentale, le récit fabuleux de sa naissance glorieuse, sur les rives de la Méditerranée.

“Le dernier cahier de Pierre Naville”, un article de Jean-Jacques Marie

PIERRE NAVILLE
LA PASSION DE L’AVENIR.
LE DERNIER CAHIER (1988-1993)
Présenté par Michel Burnier, Véronique Nahoum-Grappe, Roberto Massari, Maurice Nadeau, Alain Cuenot / Maurice Nadeau, 230 p., 20 €

Pierre Naville a écrit ce journal, précisent Michel Burnier et Véronique Nahoum-Grappe dans leur présentation, « les cinq dernières années de sa vie et l’ar rête quelques semaines avant de mourir » en mars 1993. Il l’a alors glissé entre deux gros livres d’art, ces livres que l’on range avec d’autant plus de soin qu’on ne les regarde à peu près jamais. Véronique Nahoum-Grappe le dénichera dix ans plus tard. C’est ce document qu’elle et Michel Burnier éditent aujourd’hui avec Maurice Nadeau, qui, dans une postface, souligne le caractère « bien singulier » de ce journal, avare en effet en épanchements subjectifs.

“Donner à tous les mêmes chances”, un article de Nick Vanston

AMARTYA SEN
L’IDÉE DE JUSTICE
Flammarion, 488 p., 25 €

La quête universelle de justice naît du sentiment aigu des injustices subies ou redoutées. Pourtant, ce qui constitue une injustice, ou avec quelle intensité elle appelle la vengeance du ciel, sont des sujets sur lesquels les opinions peuvent légitimement différer, y compris entre gens raisonnables partageant une même culture. Dès lors, la recherche d’un système de justice sur lequel chacun puisse s’accorder, avec plus ou moins d’enthousiasme, est un casse-tête philosophique autant que politique ou juridique.

“Guettés par la fiction”, un article de Pierre Pachet

GUY WALTERS
LA TRAQUE DU MAL
Hunting Evil
trad. de l’anglais par Christophe Magny et Jean-Pierre Ricard
Flammarion, coll. « Au fil de l’histoire », 528 p., 16 p. de photos hors-texte

Personnages de cette enquête visiblement scrupuleuse menée dans les archives et sur le terrain par un ancien journaliste du Times de Londres : d’abord les criminels nazis que les Alliés s’étaient promis de traduire devant des tribunaux (mais lesquels ? internationaux, ou ceux des pays où les crimes furent commis ?), ceux qui avaient échappé à l’arrestation lors de la victoire, soit par la mort (Hitler, Goebbels), soit en se cachant, soit en fuyant l’Allemagne occupée : Martin Bormann le second de Hitler, Adolf Eichmann l’organisateur du génocide des Juifs, le docteur Josef Mengele qui sélectionnait sur la rampe d’arrivée à Auschwitz, Franz Stangl qui commanda le camp de Treblinka, bien d’autres encore à mesure que leur rôle fut mieux connu (qui avait entendu parler d’Eichmann en 1945 ?)…

“Le nouveau « Nouveau XXIe siècle »”, un article de Laurence Zordan

JOSEPH E. STIGLITZ
LE TRIOMPHE DE LA CUPIDITÉ
Éditions Les Liens qui Libèrent, 474 p., 23 €

Redondance du « nouveau », qui semble encore plus inattendu que ce qui était sans précédent, afin de penser le radicalement inédit : la crise économique d’ampleur mondiale, cataclysme de la finance, mise à mal des théories monétaristes. Véritable surenchère pour porter un regard neuf sur un bouleversement abondamment commenté, avec une effervescence éditoriale qui tient du surgissement continuel. L’ouvrage du prix Nobel américain s’inscrit dans cette ébullition théorique. Son originalité tient au fil conducteur choisi et au statut de l’auteur qui, avant même 2007, au forum de Davos, avait prédit la survenue de graves problèmes. Dès lors, l’enjeu est sans doute moins de tirer les leçons qui s’imposent que de s’imposer comme donneur de leçons. Et si donner le « la » en matière de commentaire sur la crise contribuait à l’influence dont jouit un pays pour maîtriser la sortie de crise ?

“Nora d’hier et d’aujourd’hui’, un article de Monique Le Roux

HENRIK IBSEN
MAISON DE POUPÉE
Mise en scène de Michel Fau
Théâtre de la Madeleine  Jusqu’au 30 juin

UNE MAISON DE POUPÉE
Mise en scène de Jean-Louis Martinelli
Théâtre de Nanterre-Amandiers Jusqu’au 17 avril

La pièce la plus célèbre d’Ibsen, “Maison de poupée” ou “Une maison de poupée”, est jouée cette saison sur cinq scènes différentes de l’Île-de-France. Elle est actuellement montée à la Madeleine par Michel Fau et aux Amandiers de Nanterre par le directeur, Jean-Louis Martinelli : deux spectacles opposés, que seul rapproche le choix, pour le rôle de la protagoniste, d’une actrice très connue ailleurs qu’au théâtre, Audrey Tautou et Marina Foïs.

“Le cinéma dans le Haut-Pays”, un article de Lucien Logette

FESTIVAL INTERNATIONAL
DE FILMS DE FRIBOURG 13 au 20 mars 2010
BRILLANTE MENDOZA
LOLA (sortie le 5 mai)
JUAN JOSÉ CAMPANELLA
DANS SES YEUX (sortie le 21 avril)

On ne peut pas voyager toujours avec Cingria. La précieuse collection « Poche Suisse » des éditions L’Âge d’Homme propose d’autres perles
d’une eau pas moins cristalline, dignes de servir de viatique pour notre expédition annuelle sur les rives de la Sarine, en cette Fribourg dont le nom complet serait, wikipedia dixit, Fribourg en Nuithonie. Peu usité, précise l’encyclopédie moderne, à ranger donc parmi les terres improbables, entre la Novempopulanie de Gracq et la Septimanie de Larbaud. Plutôt qu’un écrivain des plateaux, Ramuz ou Gustave Roud, à la lecture essoufflante, c’est Pierre Girard, promeneur du bord du lac, qui nous a ouvert le chemin. Pourquoi Girard ?

“La compréhension musicale”, un article de Thierry Laisney

SANDRINE DARSEL
DE LA MUSIQUE AUX ÉMOTIONS
Une exploration philosophique
Presses universitaires de Rennes, 283 p., 15 €

Imaginez qu’au journal de 20 h on vous annonce que la Joconde a été volée ; vous comprendriez sans peine ce qui s’est passé. Imaginez maintenant une nouvelle de ce genre : « des individus se sont emparés de la Septième Symphonie de Beethoven » ; l’annonce vous laisserait sans doute plus perplexe. Qu’est-ce que peut bien être une œuvre musicale ? Si la partition et l’exécution sont deux objets physiques, ce n’est pas le cas de l’œuvre elle-même.

La Quinzaine n°1009, du 16 au 28 février 2009

“Paysages”, un article de Hugo Pradelle

CHRISTOPHE PRADEAU
LA GRANDE SAUVAGERIE
Verdier, 160 p., 13 €

Christophe Pradeau s’interroge sur le paysage comme « miracle d’un espace qui s’ordonne autour de soi, intelligible et chargé d’émotions », faisant s’enrouler ensemble deux histoires qui n’en forment qu’une, troublante, puissamment ancrée dans des espaces qui portent haut l’imaginaire. Un livre remarquablement bien écrit, maîtrisé et complexe, qui, lorsqu’on y songe, fait croire aux effets de la mémoire et à l’enchantement des lieux.

“Entre le souvenir et le désir”, un article de Hugo Pradelle

DOMINIQUE FABRE
J’AIMERAIS REVOIR CALLAGHAN
Fayard, 224 p., 17,90 €

Un récit surprenant et très habilement construit autour de discours à partir d’une temporalité défaite. Émouvant comme seuls les souvenirs de jeunesse peuvent l’être.

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“Un lieu transfiguré”, un article de Jacques Fressard

JULIÁN RÍOS
PONT DE L’ALMA
trad. de l’espagnol par Albert Bensoussan et Geneviève Duchêne
Tristram, 307 p., 21 €

MONSTRUAIRE
trad. de l’espagnol par Geneviève Duchêne
Tristram, 185 p., 18 €

Traversez en hiver à Paris le pont de l’Alma vers la rive droite, vous apercevrez au-dessus du quai à votre gauche un monument qui n’attire le regard d’aucun passant, en revanche l’été y concentre quotidiennement des cercles compacts de visiteurs qui viennent y faire leurs dévotions, le détournant de sa destination première.

“Entre bandits et Piémontais”, un article de Monique Baccelli

LUIGI GUARNIERI
LES SENTIERS DU CIEL
trad. de l’italien par Marguerite Pozzoli
Actes Sud, 375 p., 23 €

« Spada vit Boccadoro prendre son poignard, le planter dans l’orbite gauche du supplicié et faire tourner la lame à fond.Après quoi il manoeuvra le manche en corne avec l’habileté d’un boucher, et lorsqu’il leva le poignard, le bulbe oculaire était enfilé sur la pointe de la lame (…) il lui força la mâchoire avec les mains, empoigna la langue et la coupa net à la base. » Et ce ne sont que les premières phases des tortures que le chef des bandits inflige au jeune baron Antonio Pietramala, dont il a tué les parents, enlevé la soeur et saccagé le château.

“Les miroirs de l’homme”, un article de Norbert Czarny

ROGER GRENIER
DANS LE SECRET D’UNE PHOTO
Gallimard, coll. « L’un et l’autre », 138 p., 17,50 €

« La surface la plus passionnante de la terre, c’est pour nous le visage humain. » Le propos serait de Lichtenberg, cité par René de Obaldia et repris par Roger Grenier à la fin de son petit essai sur la photographie. Se passionner pour l’humain, c’est pour qui le lit, toute la vie de Grenier, et son projet. L’humain jusque chez l’animal dans ce que nous tenons pour son meilleur livre, Les Larmes d’Ulysse. Il sera ici question de photo, mais comme le dit un ami à l’auteur : « parle de la photo si tu veux, mais évite les clichés ».

“Jean-Pierre Richard, pêle-mêle”, un article de Daniel Bergez

JEAN-PIERRE RICHARD
PÊLE-MÊLE
Verdier, 128 p., 14 €

Un livre de Jean-Pierre Richard apporte toujours une fraîcheur salutaire. Comme une invitation renouvelée à lire avec autant d’alacrité que de profondeur, dans un rapport de sympathie active. Tel est ce “Pêle-mêle” qu’il vient de faire paraître, sous un titre qui annonce un désordre assumé.

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“Explorateur de la nature ou chantre de la tradition ?”, un article de Stéphane Michaud

ROBERT MARTEAU
LE TEMPS ORDINAIRE
Champ Vallon, 296 p., 20 €

C’est sous la belle appellation d’explorateur de la nature que Robert Marteau avait fait son entrée en poésie. Un bref chant visionnaire, “Royaumes” (1962), explorait la terre natale et ses marches, « Lozère », « Charente », sous la conduite d’« Apollon berger », pâtre des éléments, des temps et des continents. L’établissement au Québec, en 1972, avait approfondi cette veine avec “Atlante” (Montréal, 1976), dont un fragment avait paru dans “Les Lettres Nouvelles”, puis avec “Fleuve sans fin”, sous-titré “Journal du Saint-Laurent” (Gallimard, 1986).

“La voix de la mère”, un article de Virginie Rodde

RAHEL HUTMACHER
FILLE
trad. de l’allemand (Suisse) par Fernand Cambon
José Corti, 142 p., 18 €

Dans “Fille”, une voix s’élève pour meubler l’impatience du retour et la douleur du manque, en une incantation à la croisée du conte et du poème en prose. Derrière le désir de posséder son enfant, n’est-ce pas la peur de s’appartenir à soi-même qui se cache ?

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“« L’outre-indigo de la voix » de Jacques Dupin”, un article de Georges Raillard

JACQUES DUPIN
PAR QUELQUE BIAIS VERS QUELQUE BORD
P.O.L, 368 p., ill. en noir et blanc, 29 €
BALLAST
Gallimard, coll. « Poésie », 344 p.

Voici, réunis les textes que Jacques Dupin a écrits depuis des années : 1953 (Max Ernst), 1954 (Henri Laurens), 1956 (Braque et Hajdu)… L’occasion les a soumis à son regard. Il les a métamorphosés par la plume, leur a insufflé une autre vie. Ses écrits les plus connus – sur Miró, Tàpies et Giacometti – des chemins partagés – n’ont pas été repris ici. Ils ont donné lieu à des livres séparés. Pour Miró, des proses empathiques et  l’indispensable monographie de l’œuvre. On se plaira à suivre le poète dans ces « espaces autrement dits » (titre de 1982), à participer à des « corps à corps » – ce n’est pas une métaphore, mais une figure verbale appliquée au plus près d’Arnulf Rainer ou de Bacon.

“La luisance de Klapheck”, un article de Gorges Raillard

EXPOSITION
KONRAD KLAPHECK, SWING, BROTHER, SWING
Galerie Lelong
4 février – 27 mars 2010
Catalogue : Repères n° 145
Reproductions des œuvres exposées Textes de Francis Marmande et Konrad Klapheck

JACQUES DUPIN
À L’ÂGE DE LA VIOLENCE.
KONRAD KLAPHECK
Article de 1997, repris dans “Par quelque biais vers quelque bord”

Depuis quarante ans Konrad Klapheck peignait des machines. Aujourd’hui un tournant dans son œuvre ? Il met en scène des jazzmen célèbres, aimés de lui, et leurs instruments. Konrad Klapheck est né à Düsseldorf en 1935. En 1946, à Düsseldorf, une exposition lui fait découvrir les maîtres de la peinture française, s’ajoutant à son penchant pour Dürer. Il lit, beaucoup. Gogol, Kafka, Joyce, Proust, plus tard Roussel. En 1950 un concert de Duke Ellington lui fit découvrir le jazz : Count Basie, Coleman Hawkins, Charlie Parker, Thelonius Monk vont constituer sa famille.

“De la violence dans la cité”, un entretien d’Etienne Balibar réalisé par Omar Merzoug

ÉTIENNE BALIBAR
VIOLENCE ET CIVILITÉ
Galilée, 416 p., 35 €

S’interroger sur les rapports de la violence et de la civilité, c’est, d’une part, se demander ce qu’il en est de la politique et de son autre scène, et de l’autre, ordonner les formes de cruauté en des lieux pensables et, enfin, esquisser des procédures de civilité qui laissent ouvert l’horizon d’une possible anti-violence. C’est parce que ce cheminement nous a paru intéressant que nous avons voulu qu’Étienne Balibar revienne, de vive voix, pour les lecteurs de La Quinzaine littéraire sur les vues qu’il développe dans ses derniers travaux.

“Entre « hommes libres »”, un article de Marc Lebiez

JÜNGER ET HEIDEGGER
CORRESPONDANCE
trad. de l’allemand par Julien Hervier
Christian Bourgois, 176 p., 16 €

Lorsqu’il découvre la correspondance échangée par deux personnages illustres qu’on ne sache pas avoir été des amis personnels, le lecteur s’interroge sur la nature du lien qui les unit. En l’occurrence, il est d’abord politique.

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“Histoire d’un livre”, un article de Michel Plon

LYDIA MARINELLI et ANDREAS MAYER
RÊVER AVEC FREUD
L’histoire collective de L’Interprétation du rêve
trad. de l’allemand et présenté par Christian Bonnet
Aubier, 333 p., 22 €

« Celui qui a aujourd’hui en main une des éditions courantes de “L’Interprétation du rêve” ne saura rien de sa vie mouvementée. Il n’existe toujours pas d’édition critique. » En existera-t-il une un jour ? À en juger par les modif ications, ajouts, suppressions, corrections, réorganisation de paragraphes que le livre a subis au cours de ses huit éditions entre 1900 et 1930 et par l’immensité du travail de traduction et d’édition que cela impliquerait, c’est peu probable.

“Voyages et amours au temps des Lumières”, un article de Jean M. Goulemot

MALESHERBES
VOYAGE EN ANGLETERRE, inédit
édition présentée, établie et annotée par Michèle Crogiez-Labarthe
Desjonquères, coll. « XVIIIe siècle », 222 p., 19,50 €

LA COMTESSE DE SABRAN et LE CHEVALIER DE BOUFFLERS
LE LIT BLEU, CORRESPONDANCE (1777-1785)
édition établie et présentée par Sue Carrell
Tallandier, coll. « La Bibliothèque d’Évelyne Lever », 336 p., 22 €

MARQUIS et MARQUISE DE BOMBELLES
« QUE JE SUIS HEUREUSE D’ÊTRE TA FEMME », LETTRES INTIMES (1778-1782)
Tallandier, coll. « La Bibliothèque d’Évelyne Lever », 570 p., 29 €

On disait que les voyages forment la jeunesse. J’ajoute qu’ils confortent et surprennent parfois la vieillesse. Au hasard d’un colloque à Alicante et d’une conférence à l’Institut français de Valencia, occasion de retrouvailles avec un de mes anciens étudiants, de ceux qu’on n’oublie pas, j’ai découvert dans cette dernière ville, que je croyais pourtant connaître, un musée inattendu, unique sans doute en son genre, d’une belle architecture moderne, spacieuse et fonctionnelle, dû à l’architecte Guillermo Vazquez Consuegra.

“Non, l’homme ne descend pas du singe…”, un article de Jean-Michel Kantor

PASCAL PICQ
LES ORIGINES DE L’HOMME EXPLIQUÉES À NOS PETITS-ENFANTS
Seuil, 176 p., 8 €

… Mais certains singes sont nos cousins ! C’est une très longue histoire que celle de nos origines, elle s’étend sur plusieurs millions d’années, et elle est encore pleine de mystères. On en connaît la fin : la naissance d’Homo sapiens, il y a environ 200 000 ans, en Afrique, et aujourd’hui, la domination de l’espèce humaine sur la Terre.
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“Le bel hiver de Michel Vinaver”, un article de Monique Le Roux

MICHEL VINAVER
PORTRAIT D’UNE FEMME
Mise en scène d’Anne-Marie Lazarini
Théâtre de l’Ouest parisien du 23 mars au 1er avril
Tournée en France et en Suisse jusqu’au 30 avril

ORIZA HIRATA/ MICHEL VINAVER
TORI NO TOBU TAKASA/PAR-DESSUS BORD
Mise en scène d’Arnaud Meunier
Théâtre de la Ville aux Abbesses du 15 au 20 février
Tournée nationale depuis le 13 janvier

L’œuvre de Michel Vinaver, qui a parfois attendu une reconnaissance théâtrale digne d’elle, semble dans une période particulièrement favorable. Il y a un an “L’Ordinaire” a été reçu au répertoire de la Comédie-Française et mis en scène par son auteur. Cette saison deux spectacles importants sont présentés en tournée : Portrait d’une femme par Anne-Marie Lazarini ; “Tori no tobu takasa” par Arnaud Meunier, à l’initiative de cette adaptation japonaise de “Par-dessus bord” par Oriza Hirata.

“Idéaliste et solitaire”, un article de Thierry Laisney

JEAN-PIERRE ARMENGAUD
ERIK SATIE
Fayard, 782 p., 32 €

Jean-Pierre Armengaud, à la fois pianiste et musicologue, connaît Satie en profondeur (il a enregistré l’intégrale de son œuvre pour piano). Il lui consacre aujourd’hui une monographie de haut vol, qui enchâsse l’étude des œuvres dans celle de la vie.

La Quinzaine n°1008, du 1er au 15 février 2010

“Le cercle de boue beckettien”, un article de Maurice Mourier

ÉRIC CHEVILLARD
CHOIR
Minuit, 271 p., 19 €

Il existe, dans l’œuvre déjà fournie d’Éric Chevillard, quelques sommets mémorables. Citons, en fonction de nos goûts, jadis “La Nébuleuse du crabe” (1993), naguère “L’Œuvre posthume de Thomas Pilaster” (1999), plus récemment “Du hérisson” (2002). Mais la dernière parution de ce romancier entre tous inclassable, Choir, qui est aussi le premier texte de son auteur où la volonté d’amuser se fasse très sporadique, se situe à notre avis loin au-dessus de ces pourtant excellents titres.

“Une nuit au Ritz”, un article de Norbert Czarny

PATRICK ROEGIERS
LA NUIT DU MONDE
Seuil, coll. « Fiction & Cie », 180 p., 18 €

Le 22 novembre, il y avait beaucoup de monde au Père-Lachaise, pour suivre Marcel Proust jusqu’à sa dernière demeure, selon le cliché consacré. Shakespeare et Cervantès, Thomas Bernhard et Italo Calvino, Perec et Flaubert, Diderot et Jarry. Joyce aussi, que l’auteur de “La Recherche” avait rencontré au soir du 18 mai, dans un salon du Ritz. Tout cela s’est passé – enfin presque.

“Quand le sens du réel vacille”, un article d’Agnès Vaquin

CHRISTIAN GAILLY
LILY ET BRAINE
Minuit, 190 p., 14,50 €

Christian Gailly en est à son quatorzième roman et la bonne nouvelle, c’est qu’on le connaît nettement mieux depuis que le cinéma s’en mêle. Deux films sont sortis quasi simultanément à la f in de l’année dernière : celui d’Alain Resnais, “Les Herbes folles”, d’après “L’Incident” paru en 1996, et “Un soir au club”, de Jean Achache, inspiré du roman éponyme paru en 2002. À notre humble avis, si Alain Resnais a su épouser avec une grande aisance le tempo de l’écriture, tel n’est pas le cas de Jean Achache. La tâche était ardue, Un soir au club étant peut-être le plus fascinant des romans de Gailly.

“Trou noir”, un article de Hugo Pradelle

LEONARD MICHAELS
SYLVIA
trad. de l’anglais (États-Unis) par Céline Leroy
Christian Bourgois, 154 p., 17 €

CONTEURS, MENTEURS : UNE ANTHOLOGIE
The Collected Stories
trad. de l’anglais (États-Unis) par Céline Leroy
Christian Bourgois, 608 p., 28 €

De la rencontre fulgurante à la détérioration de sa relation compliquée avec sa femme Sylvia, jusqu’à l’ultime disparition qui laisse « désespérément heureux », Leonard Michaels (1933-2003) revient, plus de vingt-cinq ans après, sur l’un des moments-clés de sa vie. Il signe un récit chirurgical en même temps que poétique, inventif, conçu comme une vaste reprise émouvante, une confrontation avec la réalité de sa vie et son œuvre.

“L’architecte des sons”, un article de Frédéric Sylvanise

PAUL BEATTY
SLUMBERLAND
trad. de l’anglais (États-Unis) par Nicolas Richard
Seuil, 327 p., 21 €

Paul Beatty est presque un inconnu dans nos contrées. Ce romancier Noir américain, déjà auteur de cinq livres, distingué comme un grand slammeur aux États-Unis, est en effet traduit pour la première fois en France. Il faut saluer cette initiative tant Slumberland est une réussite, un roman d’une grande inventivité, humoristique à souhait.

“L’écrivain écrit par le livre”, un article de Gisèle Sapiro

YORAM KANIUK
LE DERNIER JUIF
trad. de l’hébreu par Laurence Sendrowicz
Fayard, 624 p., 25 €

Pièce maîtresse de l’œuvre de l’écrivain israélien Yoram Kaniuk, ce roman de la quête identitaire paru en hébreu il y a près de trente ans voit enfin le jour en français dans la superbe traduction de Laurence Sendrowicz. Le problème de la mémoire y est incarné en un personnage fantastique, le « dernier Juif », qui est à la fois l’anti-héros, le narrateur involontaire et l’objet de la recherche croisée que mènent un écrivain allemand et un professeur israélien en vue de retracer cette histoire qui ne peut s’écrire qu’à deux, sous une double forme romanesque et savante.

“Une expérience hongroise “, un article de Gabrielle Napoli

BÉLA ZSOLT
NEUF VALISES
trad. du hongrois par Chantal Philippe
Seuil, 415 p., 23 €

Béla Zsolt, journaliste politique et écrivain reconnu puisqu’il a à son actif une dizaine de romans, plusieurs pièces de théâtre, et qu’il a également dirigé la revue littéraire “A Toll”, livre, dans “Neuf valises”, un témoignage bouleversant de son existence de Juif hongrois livré aux affres de l’Histoire du XXe siècle.

“Émotion et maîtrise”, un article de Marie Etienne

CLAUDE ADELEN
LÉGENDAIRE
Flammarion, coll. « Poésie », 330 p., 19,50 €

La discrétion aimable et la hauteur de ton : deux qualités qui frappent chez le poète Claude Adelen.
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“Le charme de Shéhérazade opère dans Cranford”, un article d’Alain Jumeau

ELIZABETH GASKELL
CRANFORD
trad. de l’anglais par Béatrice Vierne
Éditions de l’Herne, 271 p., 18 €

La romancière Elizabeth Gaskell (1810-1865), qui jouissait d’une réputation prestigieuse en son temps, a retrouvé la faveur des lecteurs en son pays depuis un bon demi-siècle, en raison de son engagement féministe et de sa conscience sociale. Son roman Cranford vient d’être mis à l’honneur pendant les fêtes de Noël en 2009, avec la diffusion d’une belle adaptation à la télévision dont la BBC a le secret, où jouait la grande actrice Judi Dench. À leur tour, les Français redécouvrent Gaskell, grâce à des traductions récentes : “Charlotte Brontë” en 2004 (QL n° 877, la première biographie de la romancière dont Gaskell était l’amie), “Femmes et filles” en 2005 (QL n° 901), “Nord et Sud la même année” (QL n° 914). Et voici maintenant que Béatrice Vierne, à qui l’on doit déjà “Femmes et filles”, propose une nouvelle traduction de Cranford, alors que la précédente, publiée par Dominique Jean chez Aubier Montaigne, ne remonte qu’à 1981. Toute cette activité ne suffit peut-être pas pour conclure que Cranford est le chef-d’œuvre de Gaskell (on en discute vigoureusement entre spécialistes et amateurs), mais signale à l’évidence l’importance et l’attrait de cette œuvre.

“L’autre philosophie allemande “, un article de Pascal Engel

MORITZ SCHLICK
THÉORIE GÉNÉRALE DE LA CONNAISSANCE
trad. de l’allemand et présenté par Christian Bonnet
Gallimard, 551 p., 22 €

Le mur de Berlin est tombé, mais à quand celui de Königsberg ? Dieu merci tous les philosophes allemands ne sont pas des idéalistes post ou néokantiens, des hegeliens, des marxistes, des nietzschéens, des heideggeriens ou des transcendantalo-habermassiens. Il y a une autre philosophie allemande, qui comprend des noms moins familiers : Johann Friedrich Herbart, Friedrich Beneke, Hermann Lotze, Hermann Lipps ou Carl Stumpf, Friedrich Trendelenburg et Gottlob Frege.

“Une image vivante de Friedrich Engels”, un article de Jean-Jacques Marie

TRISTAM HUNT
ENGELS, LA VIE RÉVOLUTIONNAIRE D’UN GENTLEMAN COMMUNISTE
trad. de Marie-Blanche et Damien-Guillaume Audollent
Flammarion, 570 p., 28 €

On éprouve d’abord une certaine inquiétude lorsqu’on lit dès la deuxième page du prologue que : « la plupart du temps les dirigeants du monde socialiste iraient chercher du côté d’Engels plutôt que de Marx les arguments pour asseoir leurs politiques, justifier leurs excès et consolider leurs régimes ».

“Le Japon analysé par un des siens”, un article de Cécile Sakai

SHÛICHI KATÔ
LE TEMPS ET L’ESPACE DANS LA CULTURE JAPONAISE
Nihon bunka ni okeru jikan to kûkan
trad. du japonais et annoté par Christophe Sabouret
CNRS éditions, 272 p., 30 €

Né le 19 septembre 1919, Shûichi Katô est décédé le 5 décembre 2008 à Tokyo. Il avait 89 ans. C’était une des dernières grandes figures intellectuelles du siècle passé. Médecin hématologiste formé à l’Université de Tokyo, savant et engagé, bon connaisseur du marxisme mais critique à l’égard de tout dogmatisme, il a traversé le XXe siècle japonais en observateur critique.

“Les redites innovantes de Žižek”, un article de Laurence Zordan

SLAVOJ ŽIŽEK
APRÈS LA TRAGÉDIE, LA FARCE !
OU COMMENT L’HISTOIRE SE RÉPÈTE
Flammarion, 242 p., 20 €

Lorsque la redite est porteuse d’une parole neuve, il y a ce ressassement où Gracq voyait la marque de la littérature. Lorsque la répétition philosophique traite de la répétition de l’histoire, il y a entreprise de déniaisement, surtout lorsqu’elle est le fait du « philosophe le plus dangereux d’Occident », peut-on lire à propos de Slavoj Žižek. Son dernier livre, répétition des précédents, échappe à la redondance, comme si, lorsque tout a été dit, tout restait à dire. Au sein de l’abondance d’ouvrages parus sur la crise et la sortie de crise, et sur les crises qui reviennent toujours et sur la crise qui ne disparaîtra jamais car elle est structurelle, et sur la crise de la pensée de la crise, l’analyse de Žižek tranche par une forme de parallaxe. Sans qu’il mentionne cette notion abstraite, on peut toutefois y faire référence en le lisant, d’autant qu’il a consacré de longs développements, en 2008, au « déplacement apparent d’un objet que provoque un changement du point d’observation ». L’idée communiste, mise en avant par l’auteur en guise de remède aux errements capitalistes, pourrait alors s’inscrire dans cette perspective, sans se confondre avec l’exhortation d’un retour vers le passé disparu avec la chute du mur de Berlin.

“Échos du silence”, un article de Lucien Logette

Quatre films muets russes
Éd. Montparnasse & Lobster Films,
coll. « Classiques de poche du cinéma russe », vague n° 2, 10 € chaque

Quinze millions de spectateurs bientôt pour Avatar : excellente opération pour le fonds de soutien du cinéma français qui, en récoltant les miettes de toute cette f inance, pourra favoriser quelques f ilms moins assurés de plaire au grand nombre. Mais cette domination des créatures bleues a fait quelques dégâts : peu de titres ont pu résister aux miasmes émis par la planète Pandora, et, “Le Ruban blanc” et “Un prophète” exceptés, bien des films d’auteurs certifiés, Jarmusch ou Chéreau, se sont tôt retrouvés sur le chemin du purgatoire. Souhaitons que les hybrides Navi’s laissent une chance à Jane Campion, dont le superbe “Bright Star” mériterait mieux qu’un passage éclair. Et qu’en sera-t-il d’Eastwood et des frères Coen qui vont eux aussi affronter le monstre Cameron ? Plutôt que suivre ces terrifiants combats, revenons à des valeurs patrimoniales moins épuisantes.

“Histoires d’exilés “, un article de Monique Le Roux

MARIUS VON MAYENBURG
LA PIERRE
Mise en scène de Bernard Sobel Grande salle de la Colline Jusqu’au 17 février
DEA LOHER
MANHATTAN MEDEA
Mise en scène de Sophie Loucachevsky Petite salle de la Colline Jusqu’au 20 février

“La Pierre” et “Manhattan Medea” se jouent en même temps dans les deux salles de la Colline. Leurs auteurs, Marius von Mayenburg et Dea Loher,
nés en Bavière, ont passé leurs jeunes années dans une Allemagne divisée, puis réunifiée. Mais évoquant, dans des registres fort différents, le déraci-
nement, le déplacement, la perte des origines et des repères, ils dépassent la situation de leur propre pays.

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