Salon du livre, nouvelle mouture

décembre 6, 2007

Plonger la tête la première dans une mer de livres, les utiliser comme marchepieds pour atteindre le ciel, en faire des ailes pour s’envoler. Telles sont certaines d’images utilisées sur les affiches du salon du livre 2008 pour incarner l’idée d’évasion par la lecture.

Le salon du livre 2008 se tiendra à Paris du 14 au 19 mars. Ses organisateurs ont planché pour lui donner une « nouvelle identité visuelle » et plus de convivialité. Mais surtout pour qu’il ne passe pas à côté de tout ce qui bouge aujourd’hui dans le monde de l’édition.

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Le prochain salon comportera ainsi un « village manga », qui offrira des cours de dessin et de japonais. Le salon espère attirer par ce biais de nombreux jeunes, premiers acheteurs des 10 millions de mangas vendus en France en 2006.

En plus des déjà traditionnels « camions de mot », « bar des sciences » et « forums », le visiteur pourra également se rendre au stand dédié aux « lectures de demain », « supports nomades » et autre E-book.

Dernière innovation majeure, la volonté de mettre en avant chaque année l’univers d’un créateur. En 2008, Geluck et son célèbre Chat seront les premiers à se prêter à l’exercice, sur un espace de 300 m2. « Geluck n’est pas seulement un dessinateur de BD, il est aussi sculpteur et collectionneur d’objets surréalistes », explique Teresa Cremisi, des éditions Flammarion. En un mot, tout sera fait pour que le salon n’apparaisse pas seulement comme « un grand supermarché où les gens viennent pour acheter », selon la définition du directeur de la communication de Hachette Livres, mais également comme un espace de création, de rencontre et de débat.

Plus classiquement, le salon du livre mettra à l’honneur un pays invité : après l’Inde en 2007, il s’agira d’Israël, en présence d’une quarantaine d’écrivains, parmi lesquels Amos Oz mais aussi des auteurs de livres pour enfants ou de bandes dessinées.

Béatrice Roman-Amat

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Le livre, objet graphique

décembre 3, 2007

« L’esprit du livre se signe au creux des mains » écrivait le romancier Philippe di Folco. Une phrase qui pourrait résumer l’exposition « Faire des livres, défaire des codes », qui se tient actuellement à l’école de l’image, à Paris. Elle s’intéresse à l’impact de l’aspect visuel d’un livre sur la réception de son contenu.

L’exposition présente le travail fourni par l’atelier du graphiste Michel Bouvet pour les éditions Flammarion, la Martinière, Climats ou encore Textuels. A travers des exemples de couvertures de livres rejetées et d’autres adoptées, elle montre comment graphistes et éditeurs créent une dialectique du texte et de l’image, de la couleur et du symbole. Ainsi la couverture de Réenchanter le monde de Bernard Stiegler se pare-t-elle de zébrures multicolores pour faire passer l’idée d’optimisme tandis que d’autres négligent la contrainte de lisibilité pour mieux attirer l’œil du client potentiel en librairie. Le graphisme peut bien sûr être mis au service de la propagande, puisque « les idéologues nazis furent les premiers à percevoir l’importance d’une identité visuelle forte » rappelle un panneau.

Faire varier les polices, en créer de nouvelles, adopter une couleur ou une forme comme fil rouge, puiser dans un patrimoine symbolique collectif, autant de moyens utilisés pour faire de chaque livre un objet unique, même quand il doit s’inscrire dans une collection.

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Le parcours à travers la conception de « l’objet livre » comprend également une réflexion sur la façon d’organiser un ouvrage de photos, en redessinant au crayon les photographies, comme sur une planche de bandes dessinées : « une manière de mieux connaître l’œuvre, d’y sentir les lignes de tension », afin d’imaginer la déambulation possible du lecteur d’une image à l’autre. Feuilleter un tel livre devient un voyage initiatique dans l’univers du photographe.

« Faire des livres, défaire des codes » s’adresse sans nul doute plus aux passionnés de graphisme sensibles au « style Pop’Art transesthétique » qu’aux chineurs de livres anciens aux goûts classiques. Néanmoins, l’exposition fait réfléchir intelligemment aux rapports entre édition, arts visuels et publicité.

Béatrice Roman-Amat

Jusqu’au 11 janvier, entrée libre, 73 Boulevard Saint Marcel, métro les Gobelins

Photo : affiches et couvertures des catalogues des rencontres d’Arles, par Michel Bouvet


Prix littéraires 2007 : une moisson très disputée

novembre 20, 2007

Pour cette saison des prix 2007, il n’a pas fallu moins de quatorze tours de scrutin à l’Académie Goncourt pour désigner Alabama song de Gilles Leroy (Mercure de France), qui n’a finalement devancé À l’abri de rien d’Olivier Adam (L’Olivier) que de deux voix. Olivier Adam devra se contenter du moins prestigieux prix du roman France Télévision.

La tension devait également être rude parmi les jurés du prix Renaudot, qui ont couronné Chagrin d’école de Daniel Pennac (Gallimard), mémoires autobiographiques d’un cancre génial, après dix tours de consultation - au grand dam de Christophe Donner qui croyait la partie gagnée pour son roman Un roi sans lendemain (Grasset). L’écrivain a immédiatement accusé Franz-Olivier Giesbert d’avoir manipulé les délibérations, avant d’annoncer théâtralement qu’il se retirait de la course aux prix littéraires.

Rappelons qu’en 2006 Les Bienveillantes de Jonathan Littell (Gallimard) s’était vu décerner le prix Goncourt dès le premier tour. Si les débats ont été plus âpres cette année, le triomphe de Gallimard, dont le Mercure de France est une filiale, n’en est pas moins éclatant en 2007.

L’annonce de la remise du prix Femina à Eric Fottorino pour Baisers de cinéma (Gallimard), une plongée dans le quartier latin de la Nouvelle Vague, a pour sa part été bouleversée par une supposée militante féministe.Outrée que le prix ne soit pas remis à une femme, bien que ce ne soit pas sa vocation, la jeune femme a brandi son soutien-gorge comme une bannière et crié au scandale. Il s’agissait en fait d’une comédienne, qui avait monté cet « attentat télévisuel » pour une émission de la chaîne France 4.

Au-delà de ces anecdotes croustillantes dont les professionnels de la littérature feront des gorges chaudes pendant quelques semaines, les livres récompensés ont souvent un caractère hybride, piochant largement dans la réalité tout en se classant dans la catégorie des romans. Ainsi Daniel Pennac mêle souvenirs d’enfance et réflexion sur le système éducatif français. Olivier Germain-Thomas, prix Renaudot de l’essai pour Le Bénarès-Kyôto (Ed. du Rocher), navigue entre le récit de voyage et la méditation sur le temps et la spiritualité. Mais c’est surtout Jean Hatzfeld (Prix Médicis 2007), ancien grand reporter à Libération, qui affirme brillamment sa singularité en transformant les témoignages de rescapés du génocide rwandais en une véritable œuvre littéraire, dans La stratégie des antilopes (Seuil).

Enfin un écrivain que les lecteurs de la Quinzaine connaissent comme collaborateur depuis ses tous débuts, Gilles Lapouge a reçu le Prix Femina de l’essai pour L’Encre du voyageur (Albin Michel)

Béatrice Roman-Amat

Autres prix
Prix Goncourt des lycéens : Philippe Claudel pour Le rapport de Brodek (Stock)
Prix Médicis étranger : Daniel Mendelsohn pour Les Disparus (Flammarion)
Prix Médicis de l’essai : Joan Didion pour L’Année de la pensée magique (Grasset)
Prix Interallié : Christophe Ono-dit-Biot pour Birmane (Plon)
Prix Femina étranger : Edward Saint Aubyn pour Le Goût de ma mère (Christian Bourgois)
Prix de Flore : Amélie Nothomb pour Ni d’Eve ni d’Adam (Albin Michel)
Prix Décembre : Yannick Haenel pour Cercle (Gallimard)
Pris Wepler : Olivia Rosenthal pour On n’est pas là pour disparaître (Verticales)
(liste non exhaustive, la remise des prix étant un sport national)