La Quinzaine n°1002, du 1er au 15 novembre 2009

novembre 7, 2009

“Où le romancier en appelle au lecteur : qui était Alejandro Bevilacqua ?”, un article de Jacques Fressard

ALBERTO MANGUEL
TOUS LES HOMMES SONT MENTEURS
trad. de l’espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco
Actes Sud, 203 p., 19 €

On se souvient que l’auteur de ce livre, Alberto Manguel, fut un jour ce jeune étudiant qui, travaillant après les cours dans une librairie de Buenos Aires, se vit solliciter par Borges – alors déjà presque aveugle – pour lui faire la lecture certains soirs.

“Une vraie sépulture”, un article de Norbert Czarny

ALAIN BLOTTIÈRE
LE TOMBEAU DE TOMMY
Gallimard, 220 p., 16,50

L’épopée de l’Affiche rouge oubliée jusqu’à ce qu’Aragon la célèbre dans un fameux poème revient dans l’actualité cet automne à travers deux fictions. La coïncidence est remarquable. D’une part L’Armée du crime, de Robert Guédiguian, d’autre part Le Tombeau de Tommy, roman. Dans les deux cas se posent les questions de la mise en scène, et de l’adaptation. Mais pas seulement.

“Angoisse de la langue “, un article de Hugo Pradelle

JEAN-MICHEL DELACOMPTÉE
LANGUE MORTE, BOSSUET
Gallimard, coll. «L’un et l’autre», 208 p., 18 €

Après son très beau livre sur Ambroise Paré, Jean-Michel Delacomptée revient au Grand Siècle en entreprenant la vie de Bossuet comme celle d’un homme qui « a fait bouger la langue ». Il interroge ainsi, non pas la simple biographie, mais l’aventure même de la langue, son rapport au temps qui la produit, la manière dont l’Homme se conçoit, les inquiétudes que notre société provoque.

“La ritournelle du songe”, un article de Vanessa Aubert

PHILIPPE RAULET
VA-ET-VIENT PARADIS
Verticales, 132 p., 14,90 €

« Tout porte à croire qu’il existe un certain point de l’esprit d’où la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l’incommunicable, le haut et le bas cessent d’être perçus contradictoirement » (André Breton).Va-et-vient paradis est une sorte d’ovni littéraire surréel. Après Allons, pressons ! publié en 2000, son dernier livre s’ouvre sur un monde communiquant, un univers accédant à tous les possibles, dans lequel les thématiques de la liberté et de la rencontre ne cessent de tournoyer.

“Un club pas comme les autres”, un article de Vanessa Aubert

JEAN-MICHEL GUENASSIA
LE CLUB DES INCORRIGIBLES OPTIMISTES
Albin Michel, 768 p., 23,90 €

Après Pour cent millions, roman policier, publié en 1986 (Liana Levi), Jean-Michel Guenassia ressurgit brillamment sur la scène littéraire avec un nouveau roman. Une énergie romanesque au service d’une chronique mélancolique et étonnante.

“«L’outre-danse» de l’Histoire”, un article de Gabrielle Napoli

ATTILA BARTIS
PROMENADE
Actes Sud, 142 p., 18 €

Cette promenade s’avère être tout autant un parcours géographique et historique qu’une déambulation dans l’intériorité mystérieuse et inquiétante d’un narrateur, dont on supposera au fil de la lecture qu’il s’agit d’une narratrice. Une terrifiante mythologie enfantine s’élabore au fil du récit, et le monde se révèle dans toutes ses failles.

“Comme on composerait une mosaïque”, un article de Sonia Dayan-Herzbrun

KHALED AL KHAMISSI
TAXI
trad. de l’arabe (Égypte) par Hussein Emara et Moïna Fauchier-Delavigne
Actes Sud, 190 p., 18,80€

ELIAS KHOURY
LE COFFRE DES SECRETS
trad. de l’arabe (Liban) par Rania Samara
Actes Sud, 207 p., 19€

On ne sait à quel genre littéraire rattacher le premier livre de l’écrivain égyptien Khaled Al Khamissi. Homme de cinéma, Khamissi a écrit, avec Taxi, ce qui aurait pu passer pour un scénario de ces films italiens à sketches des années 50.

“Voix, scènes, images pour obsessions et fantasmes”, un article de Claire Richard

SARA STRIDSBERG
LA FACULTÉ DES RÊVES
trad. du suédois par Jean-Baptiste Coursaud
Stock, coll. « La Cosmopolite », 411 p., 22,50 €

Dans cette « fantaisie littéraire » sur la vie de Valerie Solanas, la Suédoise Sara Stridsberg explore les multiples facettes d’une vie mal connue, dans un texte hybride et puissant – et montre comment la littérature peut dire beaucoup plus qu’une biographie.

“Vivre dans l’Europe de l’après-guerre”, un article de Gabrielle Napoli

SÁNDOR MÁRAI
LE MIRACLE DE SAN GENNARO
trad. du hongrois par Georges Kassai et Zéno Bianu
Albin Michel, 380 p., 20,90 €

La traduction par Georges Kassai et Zéno Bianu d’un roman de Sándor Márai permet à nouveau au lecteur français de découvrir une œuvre inconnue en France de cet auteur phare de la littérature hongroise. Le Miracle de San Gennaro décrit les habitants des bassos de Pausilippe et leur curiosité pour un couple d’étrangers, installé depuis peu, et dont l’homme veut prétendument sauver le monde.

“«Vieille dame» à la dérive”, un article de Monique Baccelli


trad. de l’italien par Lise Chapuis
Christian Bourgois, 110 p., 17 €

Dans Vipère au poing, Hervé Bazin définissait si bien la marâtre que le surnom qu’il donnait en secret à sa propre mère est quasiment devenu un nom commun : une vraie folcoche, dit-on, de certaines femmes dénuées de sentiments maternels. Et c’est de ce spécimen humain, hélas indestructible, que Rosa Matteucci propose une image réactualisée, et légèrement exotique pour nous, puisque l’extravagante Ada sévit dans un petit village italien.

“Le «monde disparu» de Joseph Roth”, un article de Pierre Pachet

JOSEPH ROTH
CABINET DES FIGURES DE CIRE
précédé d’IMAGES VIENNOISES
trad. de l’italien et présenté par Stéphane Pesnel
Seuil, 238 p., 19 €

CLAUDIO MAGRIS
LOIN D’OÙ ?
trad. de l’italien par Jean et Marie-Noëlle Pastureau
Seuil, 480 p., 26 €

Panoptikum, en allemand, désigne un musée de figures de cire, comme Tussaud ou Grévin. C’était le titre choisi en 1930 par Joseph Roth pour l’un des recueils d’articles parmi lesquels Stéphane Pesnel a choisi avec goût les textes traduits et présentés dans ce volume.

“Les foules des oiseaux, des anges, des rats”, un article de Gilbert Lascault

EXPOSITION MARIE MOREL, PEINTURES
Halle Saint-Pierre 2 rue Ronsard, Paris 18e
10 septembre 2009 – 7 mars 2010
MARIE MOREL
Textes de Pascal Quignard, Pierre Bourgeade, Daniel Marchesseau
Éd. Chalut-Mots / Halle Saint-Pierre, 208 p., nb. ill. coul., 30 €

Dans les immenses tableaux de Marie Morel (née en 1954), les femmes à demi dénudées, les hommes, les oiseaux, les anges qui bandent, les rats, les arbres, les buissons s’accumulent, s’assemblent, s’amassent. Les êtres vivants (humains, animaux, végétaux) se fréquentent, s’approchent, se conjoignent. Ils s’accolent, se superposent, se stratifient. Ils s’aiment. Ils vibrent.

“Le grand poème shakespearien”, un article de Dominique Goy-Blanquet

MICHAEL EDWARDS
SHAKESPEARE : LE POÈTE AU THÉÂTRE
Fayard, 100 p., 22 €

Pourquoi un poète renonce-t-il à sa souveraineté en se pliant aux contraintes de la scène? That is the question, celle que se posent tous les poètes lecteurs de Shakespeare. La réponse esquissée par Michael Edwards ouvre un vaste champ de questions solidaires, à commencer par celle de la langue, « ce rapport intense avec la vie du langage dans la bouche et dans l’oreille ». Mais lui,le poète poéticien navigant entre deux idiomes, pourquoi a-t-il choisi le français pour revisiter cette œuvre où « Shakespeare donne libre cours à son désir d’entendre l’anglais dans la plénitude de son existence » ?

“Fragments d’un discours politique”, un article de Pierangelo Di Vittorio

COLLECTIF
MAURICE FLORENCE
ARCHIVES DE L’INFAMIE
Les Prairies ordinaires, 160 p., 14

Salué par Gilles Deleuze comme un « chef-d’œuvre », La Vie des homme infâmes est un texte dont on ne saurait négliger l’importance dans l’ensemble des écrits de Michel Foucault. Il est révélateur à la fois des enjeux durables de sa réflexion et des tensions provenant de l’actualité qui l’ont toujours traversée.

“Walter Benjamin et la radio”, un article de Jean Lacoste

PHILIPPE BAUDOUIN
AU MICROPHONE : Dr. WALTER BENJAMIN
Walter Benjamin et la création radiophonique 1929-1933
Éd. de la Maison des sciences de l’homme, coll. «Philia », 270 p., 25 €

Inépuisable Walter Benjamin! C’est tout un pan négligé de son œuvre d’écrivain et de théoricien que Philippe Baudoin met au jour dans un travail de recherche vraiment original qui, non seulement enrichit notre connaissance de Benjamin, ce qui est en soi précieux, mais encore constitue une réflexion actuelle sur ce médium toujours d’avenir qu’est la radio.

“Edgar Morin, un parcours atypique”, un entretien réalisé par Omar Merzoug

EMMANUEL LEMIEUX
EDGAR MORIN, L’INDISCIPLINÉ
Seuil, 569 p., 25 €

Omar Merzoug – À la fin de la biographie qui vous est consacrée, l’auteur dit que vous lui avez proposé d’écrire un ouvrage sur vos rapports avec la guerre d’Algérie, projet qui s’est transformé en biographie…

Edgar Morin – C’est possible, s’il le dit, c’est vrai. Ce dont je me souviens, c’est qu’il a réalisé un entretien pour le journal économique auquel il collaborait, et puis je pense que ça l’a conduit à s’intéresser davantage à moi. C’est par les soins d’une éditrice de chez La Martinière que s’est nouée l’idée qu’il fasse ma biographie…

“La question du corps”, un article de Maïté Bouyssy

JUDITH BUTLER
CES CORPS QUI COMPTENT
De la matérialité et des limites discursives du « sexe »
Éd. Amsterdam, 250 p., 24 €

Ces corps qui comptent reprend le dossier fondamental de la pensée de Judith Butler et appartient au moment fondateur de l’un des chantiers de l’histoire et des sciences humaines qui se sont le plus abondamment développés depuis vingt ans. Plus étayée et moins grand public que Trouble dans le genre, cette analyse de la production historique du corps est strictement constructiviste.

“Si vous avez compris…”, un article de Laurence Zordan

PAUL KRUGMAN
POURQUOI LES CRISES REVIENNENT TOUJOURS
Seuil, 201 p., 17 €

DANIEL COHEN
LA PROSPÉRITÉ DU VICE
une introduction (inquiète) à l’économie
Albin Michel, 283 p., 19 €

« Si vous avez compris ce que j’ai dit, c’est que je me suis mal exprimé » : cette boutade d’Alan Greenspan est, pour paraphraser Kant, révélatrice d’un ton grand seigneur adopté naguère en économie. Naguère, mais pas jadis, puisque c’était hier, avant la crise qui a défrayé la chronique, comme si la faille de la mécanique financière signait aussi la faillite d’un certain type de discours empreint de suffisance. Le retournement de conjoncture n’est pas le simple éclatement d’une « bulle » (terme consacré), car il fait également voler en éclats des schémas de pensée dissimulés sous une rhétorique absconse.

“Les mathématiques, plaisir et savoir”, un article de Jean-Michel Kantor

IAN STEWART
MON CABINET DE CURIOSITÉS
MATHÉMATIQUES
Flammarion, 374 p., 19 €

JEAN-MICHEL SALANSKIS
VIVRE AVEC LES MATHÉMATIQUES
Seuil, 154 p., 17 €

APOSTOLOS DOXIADIS et CHRISTOS H. PAPADIMITRIOU
LOGICOMIX
Illustrations d’Alecos Papadatos et Annie Di Donna
Bloomsbury, 347 p., 22,95 $

Les cabinets de curiosités ont fait rêver des générations d’enfants et d’adultes. Leur charme reposait sur le caractère hétéroclite des curieux objets proposés.

“Germaine et Antonin”, Lucien Logette

GERMAINE DULAC
LA COQUILLE ET LE CLERGYMAN
ALAIN & ODETTE VIRMAUX
ARTAUD/DULAC
Light Cone / Paris Expérimental Coffret comprenant le D.V.D. du film et le livre (160 p.)

«Qui a fait ce film ?» «C’est Madame Germaine Dulac.» «Qu’est-ce que Madame Dulac ? » «C’est une vache. »Le dialogue échangé à voix très haute par des spectateurs, membres non identifiés du groupe surréaliste, lors de la première projection publique de La Coquille et le Clergyman– « scénario Antonin Artaud, composition visuelle Germaine Dulac »– au cinéma des Ursulines le 9 février 1928, fait partie des phrases légendaires, comme«Nous sommes la claque et vous êtes la joue ! »de Desnos à la première de L’Étoile au front ou « Notre collaborateur Benjamin Péret insultant un prêtre »du n° 8 de La Révolution surréaliste. Et le scandale créé par cette intervention demeure dans les riches heures du mouvement dans sa période primitive.

“Bernard-Marie Koltès : vingt ans après”, un article de Monique Le Roux

BERNARD-MARIE KOLTÈS
NICKEL STUFF
Minuit, 128 p., 11,50 €
BERNARD-MARIE KOLTÈS
LETTRES
Minuit, 526 p., 19 €
BRIGITTE SALINO
BERNARD-MARIE KOLTÈS
Stock, 360 p., 21,50 €

ANDRÉ JOB
KOLTÈS, LA RHÉTORIQUE VIVE
Hermann, 136 p., 25 €

Deux décennies ont passé depuis la mort de Bernard-Marie Koltès. Au fil de l’année 2009, manifestations et publications se sont multipliées : commémoration conforme au statut d’un grand écrivain, quelque peu décalée par rapport à la singularité d’une œuvre et d’une personnalité.

“Ils n’ont pas aimé la musique. Dommage !”, un article de Thierry Laisney

SÉBASTIEN ARFOUILLOUX
QUE LA NUIT TOMBE SUR L’ORCHESTRE
Surréalisme et musique
Fayard, 541 p., 24 €

Dans son livre Que la nuit tombe sur l’orchestre, Sébastien Arfouilloux reconsidère l’opinion généralement admise selon laquelle le mouvement surréaliste n’aurait pas touché la musique. Au moyen d’une enquête approfondie, où abondent faits, œuvres et références, il examine les attirances et les influences réciproques qui s’exercèrent entre la musique et les surréalistes (ou les Dada, leurs précurseurs).

 


La Quinzaine n°1001, du 15 au 31 octobre 2009

octobre 21, 2009

“Un roman qui rend intelligent”, un article de Norbert Czarny

PHILIP ROTH
EXIT LE FANTÔME
trad. de l’anglais par Marie-Claire Pasquier
Gallimard, 334 p., 21 €

Zuckerman est de retour à New York. Pour qui ne le connaîtrait pas, ce personnage est l’un des doubles de Philip Roth et il apparaissait déjà dans la trilogie qui porte son nom comme dans d’autres romans de notre auteur. Il nous est familier et le retrouver est un plaisir, comme l’est une conversation avec un homme spirituel et intelligent. Reste à savoir quel fantôme sort de la scène…

“Festin de pierre à Gjirokastër”, un article de Jean-Paul Champseix

ISMAÏL KADARÉ
LE DÎNER DE TROP
trad. de l’albanais par Tedi Papavrami
Fayard, 200 p., 17,90 €

Kadaré considère qu’il a écrit une des œuvres « les plus sombres du siècle », face à un système qui avait « un ar rière-goût d’enfer ». Cet aspect tragique et funèbre qui se dégage de la plupart de ses ouvrages n’exclut pas une veine comique qui affleure parfois comme dans Le Dossier H ou L’Année noire. Cette fois, le burlesque touche à un sujet d’importance : l’Histoire de l’Albanie.

“La vie est un roman noir”, un article de Norbert Czarny

DIDIER DAENINCKX
MISSAK
Perrin, 306 p., 16,90 €

THIERRY MARICOURT
DAENINCKX PAR DAENINCKX
Le Cherche Midi, 312 p., 17 €

Au début de Missak, son dernier roman en date, Didier Daeninckx imagine son héros, Louis Dragère, en train de flâner dans Paris en compagnie de Willy Ronis ; tous deux réalisent une enquête sur les bandes de jeunes, pour L’Humanité, en un mois de janvier 55 qui nous semble bien lointain. Surtout sans Willy Ronis pour le teinter de gris…

“Le gardien de son frère”, un article de Liliane Kerjan

STEPHEN DIXON
COUPS DE FIL
Phone Rings
trad. de l’anglais (États-Unis) par Dominique Chevallier
Balland, 349 p., 22 €

Stephen Dixon nous livre, dans ce neuvième ouvrage paru en France, un roman ambitieux par la forme, émouvant par le lien intense qui unit deux frères tout au long d’une vie à New York et ailleurs, une vie reconstituée avec brio à partir de conversations téléphoniques. Coups de blues, coups de chapeau et coups du sort.

“Un crime crapuleux”, un article d’Agnès Vaquin

YVES RAVEY
CUTTER
Minuit, 144 p., 13,80 €

Un crime crapuleux, d’après le Petit Robert, c’est un crime « ayant l’intérêt, l’argent pour mobile ». C’est bien d’un tel crime qu’il s’agit dans le dernier roman d’Yves Ravey, Cutter, et il s’agit là d’un crime tout à fait banal.

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“Poe ou le poète contrarié”, un article de Maurice Mourier

HENRI JUSTIN
POE JUSQU’AU BOUT DE LA PROSE
Gallimard, coll. « Bibliothèque des idées », 414 p.

« Et j’étais déjà si mauvais poète/Que je ne savais pas aller jusqu’au bout. » Ce dernier vers du premier mouvement de la Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France semble dresser l’amer constat d’une incapacité que le titre même, lourd d’un vocable inattendu (« prose ») anticipait.

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“Henry James en « grande et exquise araignée »”, un article de Diane de Margerie

HENRY JAMES
ŒUVRES COMPLÈTES T. IV
Nouvelles traduites par Jean Pavans
La Différence, 1 003 p., 49 €
HENRY JAMES
SUR ROBERT BROWNING
trad. par Jean Pavans
Le Bruit du temps, 125 p., 12 €

Cette formule est de Pietro Citati dont le livre récemment paru accompagne parfaitement le dernier volume de l’Intégrale des nouvelles de James traduites par Jean Pavans.

“Comment devient-on terroriste ?”, un article de Arnaud-Dominique Houte

JOHN MERRIMAN
DYNAMITE CLUB : L’INVENTION DU TERRORISME À PARIS
trad. de l’américain par Émmanuel Lyasse
Tallandier, coll.« Histoire contemporaine », 256 p.,20 €

Comment devient-on terroriste ? Et si c’était à cause des classes préparatoires ? Si c’était un précoce épuisement mental provoqué par l’intensité du travail intellectuel qui avait poussé Émile Henry vers son geste fou du 12 février 1894, l’attentat meurtrier du café Terminus ?

“Une nation « divinement inspirée »”, un article de Jean José Marchand

CAMILLE FROIDEVAUX-METTERIE
POLITIQUE ET RELIGION AUX ÉTATS-UNIS
La Découverte, 128 p., 9,50 €

Les États-Unis présentent à l’observateur le cas unique d’un État où la croyance en Dieu et la croyance en la démocratie ont toujours été de pair. Il était intéressant de demander à l’Histoire comment ce phénomène est possible, c’est ce qu’a fait Camille Froidevaux-Metterie.

“Italia anno nove”, un article de Lucien Logette

Cinéma italien Annecy 2009
29 septembre – 6 octobre 2009

Il y a moins de traces de Valery Larbaud à Annecy que de souvenirs de Cingria à Fribourg. Il n’y est resté que trois jours, le temps d’un clin d’œil pour ce « voyageur sédentaire » qui s’incrustait dans les villes jusqu’à s’y fondre, mais la description qu’il nous livre de la vieille cité montre que celle-ci est demeurée intacte depuis son passage en septembre 1931. Le Palais de l’Isle défie toujours le cours du Thiou, les arcades ont toujours la même « élégance d’un très beau village de luxe », l’Hôtel de
Charmoisy n’a pas changé depuis que François de Sales y rendait visite à « Philotée », et pour reprendre ses mots évoquant son grand-père exilé ici sous Napoléon le Petit, « il a sûrement vu cela ». Mais à Annecy, Larbaud n’a pas été au «cinématograph », comme il s’obstinait à écrire au cœur des années trente, lorsque tout le monde allait désormais au ciné.

“La musique en soi”, un article de Thierry Laisney

VALERY AFANASSIEV
LE SILENCE DES SPHÈRES
Essais sur la musique
José Corti, 255 p., 19 €

Valery Afanassiev est un grand pianiste (d’origine russe) et un écrivain d’expression française. Dans Le Silence des sphères, il nous donne dix essais sur la musique, qui sont issus de conférences destinées à accompagner ses concerts.

“Les palmes et les sables de Palmyre…”, un article de Gilbert Lascault

ANNIE SARTRE-FAURIAT et MAURICE SARTRE
PALMYRE, LA CITÉ DES CARAVANES
Découvertes-Gallimard, 2008, 144 p., nb. ill., 13,90 €
SYRIE, JORDANIE
Guide Arthaud, Grands Voyages, 328 p.
JORDANIE, SYRIE
Hachette, Le Guide du routard, 2009, 460 p., 14,90 €

Dans ses Mémoires de guerre, Charles de Gaulle écrit : « Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples. » Mais, toi, tu ne possèdes nulle idée simple, nul but. En Syrie, tu vagabondes, tu songes, tu regardes.


La Quinzaine n°1000, du 1er au 15 octobre

octobre 7, 2009

“La grippe comme métaphore“, un article de Laurence Zordan

ZYGMUNT BAUMAN
L’ÉTHIQUE A-T-ELLE UNE CHANCE DANS UN MONDE DE CONSOMMATEURS
Climats, 296 p., 23 €
PANDÉMIE GRIPPALE : L’ORDRE DE LA MOBILISATION
sous la direction d’Emmanuel Hirsch
Éd. du Cerf, 389 p., 20 €

L’éthique a-t-elle une chance dans un monde de consommateurs ? demande Zygmunt Bauman dans son dernier livre. La question pourrait être complétée par : un monde de consommateurs a-t-il une chance face à la pandémie s’il ne donne pas une chance à l’éthique ? L’ouvrage collectif dirigé par le directeur de « l’espace éthique » de l’Assistance publique des Hôpitaux de Paris montre qu’une crise sanitaire met en jeu les valeurs de la démocratie. À quelles conditions un ordre de mobilisation, non pas martial mais civique, face à la menace grippale peut-il être envisageable à l’heure de ce que Zygmunt Bauman appelle « le présent liquide », labilité généralisée où l’individualisme dénie toute consistance, y compris à lui-même ?

“Qui a fait tomber le mur de Berlin ?”, un article de Laurence Zordan

CYRIL BUFFET
LE JOUR OÙ LE MUR EST TOMBÉ
Larousse, 320 p., 18 €
FREDERICK TAYLOR
LE MUR DE BERLIN 1961-1989
J.-C. Lattès, 620 p., 218 €
MARC FERRO
LE MUR DE BERLIN ET LA CHUTE DU COMMUNISME EXPLIQUÉS À MA PETITE-FILLE
Le Seuil, 122 p., 8 €
MICHEL MEYER
HISTOIRE SECRÈTE DE
LA CHUTE DU MUR DE BERLIN
Odile Jacob, 346 p., 21 €

La question se pose en termes personnels, car ce ne sont pas les masses, mais des protagonistes qui ont pris des décisions telles que le symbole de la guerre froide s’est écroulé. Si assurément ils ne poursuivaient guère ce but, ils en ont toutefois été les initiateurs, involontaires mais insistants, avec une sorte d’obstination somnambulique. Les hommes font l’histoire, mais ils ne savent pas l’histoire qu’ils font. Les caciques ont certes été dépassés par les citoyens, mais la brèche inaugurale est, paradoxalement, le fait d’une révolution de palais, à huis clos. L’histoire se prête alors à la dramaturgie, véritable art de la composition théâtrale, avec ses conspirations et rebondissements.

“Une Afrique de « wassan kara »”, un article de Claire Richard

JACQUES JOUET
BODO
P.O.L, 362 p., 19,90 €

Qu’est-ce que le wassan kara ? Que dit de Gaulle quand il rencontre un Nigérien nommé Bodo au tabac de Colombey-les-Deux-Églises ? Que se passe-t-il si on promène le miroir de Stendhal au bord des routes de la province de Zinder, tout en laissant libre cours à une verve intarissable ? La réponse à toutes ces questions (et à bien d’autres) figure dans le dernier roman de Jacques Jouet, Oulipien qui a fait de l’Afrique aussi son pays.

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“Le livre des passages”, un article de Tiphaine Samoyault

PASCAL QUIGNARD
LA BARQUE SILENCIEUSE.
DERNIER ROYAUME VI
Le Seuil, 242 p., 18 €

Les précédents volumes de « Dernier royaume », Paradisiaques et Sordidissimes (après Les Ombres errantes, Sur le Jadis et Abîmes), exploraient des lisières du monde et de la vie. La Barque silencieuse, qui est d’abord bien sûr la barque de Charon, s’intéresse à tout ce qui fait passer d’un monde dans un autre, à une géographie du passage qui ne soit pas le dessin d’une transcendance.

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“Les imprévus du voyage”, un article de Jacques Fressard

JOSÉ SARAMAGO
LE VOYAGE DE L’ÉLÉPHANT
trad. du portugais par Geneviève Leibrich
Le Seuil, 218 p., 19 €

« Ne me parlez pas de la mort car je la connais. » C’est en ces termes que José Saramago répondait aux journalistes s’enquérant de sa santé au début de l’année 2008, à la sortie de cette clinique de Lanzarote qui l’avait accueilli très amaigri et affligé d’un hoquet incoercible.

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“En Toscane, et ailleurs…”, un article de Monique Baccelli

ANNA LUISA PIGNATELLI
LE DERNIER FIEF
trad. par Alain Adaken
Minos et La Différence, coll poche, 220 p, 8 €
LES GRANDS ENFANTS
trad. par Alain Adaken
Minos et La Différence, coll poche, 253 p, 8 €
NOIR TOSCAN
trad. par Alain Adaken
La Différence, 123 p., 14 €

Ce n’est pas sans raisons que les éditions Minos-La Différence publient en même temps trois romans d’Anna Luisa Pignatelli. Sans constituer une suite, ils tournent autour de deux phénomènes concomitants : la fin de la paysannerie traditionnelle, et l’abandon des campagnes au profit des villes.

“Les adieux”, de Vanessa Aubert

HYAM YARED
SOUS LA TONNELLE
Sabine Wespieser éd., 277 p., 21 €

Après L’Armoire des ombres, la poétesse libanaise Hyam Yared renoue avec la veine romanesque et dévoile son nouveau roman Sous la tonnelle. Quand une âme poétique et violente se retrouve au carrefour de l’inspiration romanesque, la plume se transforme en art. Dramatique. « J’étais née le jour où tu m’avais aimée. »

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“Un défenseur de l’ordre : Jean Cocteau”, un article de Jean José Marchand

JEAN COCTEAU
LE COQ ET L’ARLEQUIN, 1918
Stock (réédition), 144 p., 11 €
JEAN COCTEAU
OPIUM, 1930
Stock (réédition), 267 p., 12 €

Si sa poésie est flamboyante d’énigmes, la personnalité de Jean Cocteau semble beaucoup plus lisible. Il le disait lui-même : « Vous découvrirez plus tard que je fus un défenseur de l’ordre. »

“Regards sur les arts premiers”, un article de Georges Raillard

EXPOSITIONS
Musée du Quai Branly
La Collection
Un ouvrage collectif sous la direction d’Yves Le Fur,
directeur du Patrimoine et des Collections 480 pages illustrées, Éd. Skira-Flammarion,
musée du Quai Branly, 55 €
La passion des arts premiers. Regards de marchands
Exposition à la Monnaie de Paris du 9 septembre au 18 octobre 2009
Catalogue sous la direction d’Elena Martinez-Jacquet
Primedia Monnaie de Paris éd., 212 pages, 45 €
Medusa en Afrique
Exposition au Musée d’ethnographie, Genève, jusqu’au 31 janvier 2010
Catalogue : Medusa en Afrique. La sculpture de l’enchantement
Textes de Boris Wastiau, photographies de Johnathan Watts, 256 pages, 160 illustrations en couleurs, 49 €

Trois ouvrages qui retiennent l’attention : une anthologie des œuvres maîtresses du Quai Branly, la place actuelle des marchands dans la circulation des arts premiers, le pouvoir d’« enchantement » de ces œuvres. Des textes apportent des points de vue mesurés. Des expositions concomitantes, sur lesquelles s’ouvre à neuf notre regard, les soutiennent.

“Heidegger : modèle de séminaire ou séminaire modèle”, un article de François Vezin

MARTIN HEIDEGGER
INTERPRÉTATION DE LA DEUXIÈME
CONSIDÉRATION INTEMPESTIVE DE NIETZSCHE
Gallimard, 420 p., 35 €

Le mot séminaire a été singulièrement galvaudé depuis une quarantaine d’années. Partout on parle maintenant de séminaire, c’est tout juste si le Conseil des ministres qui se tient chaque mercredi à l’Élysée n’est pas rebaptisé : Séminaire gouvernemental !

“Entre connaissance et finance”, un article de Jean-Paul Deléage

EL MOUHOUB MOUHOUD – DOMINIQUE PLIHON
LE SAVOIR ET LA FINANCE,
LIAISONS DANGEREUSES AU CŒUR
DU CAPITALISME CONTEMPORAIN
La Découverte, 240 p., 18 €

Cet ouvrage livre l’étude précise des rapports actuels entre l’économie de la connaissance et le rôle central de la f inance. Depuis une trentaine d’ années en effet, le capitalisme subit une profonde mutation sous le double effet de la montée en puissance de la f inance désormais force planétaire ; et de la violence de l’impact des nouvelles technologies qui ont ouvert, aux sociétés industrielles, le seuil de l’ère de la « société de la connaissance ».

“Les pinsons des Galápagos – Darwin et les mystères de l’évolution”, un article de Jean-Michel Kantor

JEAN-CLAUDE AMEISEN
DANS LA LUMIÈRE ET LES OMBRES.
DARWIN ET LE BOULEVERSEMENT DU MONDE
Fayard/Le Seuil, 2008 (2e édition 2009), 500 p., 23 €
JOANNY MOULIN
UNE SCANDALEUSE VÉRITÉ
Éd. Autrement, coll. « Littératures », 391 p., 23 €

Avez-vous déjà rencontré un dodo ? Un diable de Tasmanie ? Certainement pas : ces animaux n’existent plus (le dodo ou dronte a disparu au XVIIe siècle), comme nombre d’espèces au cours des siècles, qu’on ne peut plus admirer qu’au dernier étage de la Galerie de l’évolution du Muséum d’ histoire naturelle. L’évolution des espèces, la naissance ou la disparition de certaines d’entre elles par exemple, ont été constatées depuis bien longtemps. Pour expliquer ces phénomènes, jusqu’au siècle dernier, on recourait à la volonté divine, ainsi de Georges Cuvier (1769-1832), et encore aujourd’hui les partisans du créationnisme.


Comprendre Le Corbusier

juillet 26, 2009

“Une clef pour cette serrure assez bizarre qui se nomme Le Corbusier ?”, un article de Philippe Duboï

NICHOLAS FOXWEBER
C’ÉTAIT LE CORBUSIER
Fayard, 955 p., 35 €

Le Corbusier. A Life : tel était le titre original de cette énorme biographie (près de 900 pages) du paradigme des architectes modernes, que le titre de la traduction française, C’était Le Corbusier, tire vers la narration, la fable, quand l’ambition annoncée de l’auteur était, à l’américaine, de traquer « l’être humain [en s’attachant] à rendre compte de façon exhaustive de la totalité de son existence »… Retrouvez la suite de l’article dans la Quinzaine n°996


La Quinzaine n°995, du 1er au 15 juillet 2009

juillet 5, 2009

“Les génies aussi ont commencé petits”, un article de Alain Joubert

PATRICE GAUTHIER
L’ENFANT-CRIME
Gallimard, 190 p., 18 €

Comme surgit de nulle part, paraissait, en 1911, le premier volume d’une époustouflante saga menée à grandes guides par deux intrépides écrivains feuilletonesques : Pierre Souvestre et Marcel Allain ; avec Fantômas, un mythe « moderne » était né, qui devait
enchanter les poètes d’alors, d’Apollinaire à Robert Desnos, en passant parMax Jacob, tous les surréalistes et quelques autres…

“Un grand roman interrompu ?”, un article de Jean-Jacques Marie

ISRAËL JOSHUA SINGER
LA FAMILLE KARNOVSKI
trad. du yiddish par Monique Charbonnel,
Denoël éd., 690 p., 29 €

Ce roman familial, publié à New York en 1943, décrit les diverses composantes de l’émigration juive après la guerre de 14-18, puis évoque la victoire et le règne du nazisme en Allemagne (sans même que le nom d’Hitler soit prononcé). Le destin de beaucoup de personnages reste en suspens alors que l’extermination des juifs a déjà commencé. Aux 660 pages de cet énorme roman, I. J. Singer, mort en 1944, n’a pas eu le temps d’ajouter la vision finale.

“L’église de John Coltrane”, un article de Nicole Terrien

CHAD TAYLOR
L’ÉGLISE DE JOHN COLTRANE
trad. de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par Isabelle Chapman
Christian Bourgois éd., 308 p., 24 €

« L’Église de John Coltrane » est le titre d’un manuscrit incomplet, légué au héros par son père, avec une imposante collection de disques de jazz. Transférer ce titre au roman lui-même, c’est insister sur un horizon d’attente guidant la lecture vers une perception des formes musicales associées au jazz, mais aussi architecturales au service d’une spiritualité qui reste à définir, tout en ouvrant une réflexion sur l’héritage des formes, sur leur emboîtement.

“Un langage tangérois”, un article de Philippe Di Meo

ÁNGEL VASQUEZ
LA CHIENNE DE VIE DE JUANITA NARBONI
trad. de l’espagnol (tangérois) par Selim Chérief,
Préface de Juan Goytisolo
Rouge Inside éd., 2, rue Auguste-Comte,
69002 Lyon, 350 p., 20 €

Comment fonder une maison d’édition ? Telle est la question par un jeune éditeur lyonnais tirant son nom de la couleur écarlate de la deuxième et de la troisième de ses couvertures. La réponse implicite se révèle dépourvue d’ambiguïté : en publiant des oeuvres qui tombent sous le sens comme cette Chienne de vie de Juanita Narboni.

“En cadence”, un article de Alexandre Mare

JACQUES RÉDA
Battues
Fata Morgana, 108 p., 17 €
Battement
Fata Morgana, 88 p., 16 €

Battues et Battement, les deux derniers livres de Jacques Réda s’ouvrent par un souvenir identique. Tout du moins, par une même impression. Battues est un recueil de textes poétiques. Battement est composé de textes et de chroniques pour certains précédemment publiés dans Jazz Magazine. Les deux ouvrages présentés simultanément vont de fait se renvoyer l’un à l’autre, semblable à un écho que nous ne cesserions d’entendre.

“Mahmoud Darwich, l’exil et la mémoire”, un article de Omar Merzoug

MAHMOUD DARWICH
Anthologie (1992-2005)
édition bilingue, poèmes traduits de l’arabe
(Palestine) par Elias Sanbar,
Actes Sud, 313 p., 8,50 €
La Trace du papillon
(été 2006-été 2007)
trad. de l’arabe par Elias Sanbar,
Actes Sud, 180 p., 20 €

Né en 1942 à Birwa, près de Saint-Jean-d’Acre, Mahmoud Darwich accomplit des études supérieures en histoire et en sciences sociales à l’Université de Moscou. Incarcéré à plusieurs reprises par les autorités israéliennes, en raison de ses activités de journaliste, Darwich trouve refuge au Caire en 1970. En 1981, il fonde Al-Karmal, une revue littéraire, émanation de l’Union des écrivains palestiniens. En 1984, il élit domicile à Paris. Auteur d’une vingtaine de recueils, il est mort à Houston en 2008.

“Les amitiés particulières selon Radclyffe Hall”, un article de Alain Jumeau

RADCLYFFE HALL
SOUS INFLUENCES
trad. de l’anglais par Michel Poirier,
Autrement éd., 392 p., 23 €

Radclyffe Hall est le nom de plume d’une romancière anglaise, née Marguerite Radclyffe-Hall (1880-1943), qui se faisait appeler « John » par ses proches et cultivait un « look » masculin. Loin d’être aussi célèbre que Virginia Woolf (1882-1941), sa contemporaine, elle a cependant laissé une oeuvre qui présente un réel intérêt. On pourra en juger, grâce à ce roman de 1924, le second qu’elle ait publié, mais en fait le premier qu’elle ait écrit. Certains critiques le considèrent comme sa plus belle production.

“Antonio Saura par lui-même”, un article de Georges Raillard

ANTONIO SAURA PAR LUI-MÊME
Note Book revu, augmenté et illustré
Traduit de l’espagnol par Edmond Raillard
Édition établie, présentée et annotée par Olivier Weber-Caflisch et alii
Archives Antonio Saura – 5 Continents éditions,
431 p., 50 €

Pas un jour sans une ligne. « Nulla dies sine linea ». C’était la règle que s’était donnée le peintre Antonio Saura. Il avait commencé à
écrire quand il commençait à peindre. Ses notes dressaient l’« inventaire » de son travail. Il les appelait « guides de mon labyrinthe
personnel ». Ces réflexions sont guidées « par la spécificité d’une pensée plastique qui utilise la parole comme un complément affiché ».

“Léon Chestov le subversif”, un article de Christian Mouze

LÉON CHESTOV
Revue Europe, n° 960, 384 p., 18,50 €

La revue Europe consacre la plus grande partie de sa livraison d’avril 2009 au philosophe russe Léon Chestov (1866-1938), exilé en France (Paris et région parisienne) à partir de 1921. Sa tombe, au grand cimetière de Boulogne-Billancourt, est peu visitée et quelque peu négligée, à l’image d’une oeuvre reconnue et rappelée de loin en loin. Si l’on n’oublie pas tout à fait Léon Chestov, c’est qu’il ne se laisse pas oublier : combien l’actualité nous le rend alors indispensable…

“Les jésuites dans l’Espagne du XVIe siècle”, un article de Bernard Lavallé

MARCEL BATAILLON
LES JÉSUITES DANS L’ESPAGNE DU XVIe SIÈCLE
Les Belles Lettres éd., 352 p., 35 €

L’histoire de ce livre a quelque chose d’exceptionnel. En un temps où le projet éditorial précède souvent l’écriture d’un ouvrage, celui-ci vient de paraître après une attente de plus de quarante ans.

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“Défense et illustration du multilinguisme”, un article de Jean-Claude Chevalier

FRANÇOIS OST
TRADUIRE
Défense et illustration du multilinguisme
Fayard, coll. « Ouvertures », 421 p., 23 €

Le livre s’ouvre sur l’évocation de Babel, sur les multiples interprétations et mythes qui l’accompagnent, thème aujourd’hui particulièrement récurrent ; le texte biblique est l’objet de traductions renouvelées dont l’une constamment citée par François Ost, celle d’Henri Meschonnic, animée par le souffle et le rythme de la langue primitive.

“La Russie et l’antisémitisme”, un article de George-Arthur Goldschmidt

JEAN-JACQUES MARIE
L’ANTISÉMITISME EN RUSSIE
DE CATHERINE II À POUTINE
Tallandier éd., 448 p., 27 €

L’immense majorité de la population juive en Russie vit au cours du XIXe siècle dans l’enfermement religieux dans la soumission totale aux ordonnances rituelles et sous la constante menace d’incessants massacres, ce qui n’empêche en rien de multiples divisions et des conflits internes.

“Français en résistance”, un article de Laurent Joly

FRANÇAIS EN RÉSISTANCE
Carnets de guerre, correspondances, journaux personnels
Édition établie et présentée par Guillaume Piketty,
Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1169 p., 30 €

Ils s’appelaient Charles d’Aragon, Diego Brosset, Pierre Brossolette, Gabriel Brunet de Sairigné, François Garbit, René Génin, Claire Girard, Philippe Leclerc de Hauteclocque, Louis Martin-Chauffier, René Pleven et Lazare Rachline.

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“Une histoire «au cordeau»”, un article de Pascale Goetschel

DANIEL CORDIER
ALIAS CARACALLA,
MÉMOIRES, 1940-1943
Gallimard, coll. « Témoins », 944 p. 32 €

Afin d’avoir le coeur net sur la teneur des activités de Jean Moulin sous l’Occupation allemande et pour répondre aux accusations taxant l’homme de de Gaulle en France de crypto-communiste, Daniel Cordier, rompant avec des années de silence, commençait, à partir de 1977, des recherches systématiques sur son « patron ». Après quatre imposants volumes biographiques parus entre 1989 et 1990, il offre, dans Alias Caracalla, une autre méthode d’investigation : le jeu de la reconstitution au scalpel des liens entre la France libre et la Résistance intérieure, lus au prisme des mois passés aux côtés de Jean Moulin.

“Les commodités d’aisance”, un article de Julien Damon

ROGER-HENRI GUERRAND
LES LIEUX. HISTOIRE DES COMMODITÉS
La Découverte éd., coll. « Poche », 207 p., 9,50 €

Il faut saluer cette réédition d’un ouvrage original initialement paru en 1985. Le thème est celui des « besoins naturels » et des espaces publics ou privés dévolus à leur satisfaction. Le propos, qui prête assurément au comique troupier et à la plaisanterie graveleuse, n’en est pas moins sérieux, voire grave.

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“Le nouveau répertoire du Français”, un article de Monique le Roux

En alternance salle Richelieu
EDUARDO DE FILIPPO
La Grande Magie
Mise en scène de Dan Jemmett
Jusqu’au 19 juillet
Reprise du 7 octobre 2009 au 17 janvier
ALFRED JARRY
Ubu Roi
Mise en scène de Jean-Pierre Vincent,
Jusqu’au 21 juillet
Reprise du 2 juin à juillet 2010

La Grande Magie d’Eduardo de Filippo mise en scène par Dan Jemmett, Ubu Roi d’Alfred Jarry par Jean-Pierre Vincent : deux pièces en apparence fort éloignées du répertoire de la Comédie-Française, deux spectacles créés à la salle Richelieu sont magnifiés grâce aux moyens de la Maison et surtout à une distribution représentative de la troupe à son meilleur.


La Quinzaine n°993, du 1er au 15 juin 2009

juin 3, 2009

“Pierre Michon et les Représentants”, un article de Georges Raillard

PIERRE MICHON
LES ONZE
Verdier éd., 138 p., 14 €
ROBERTO CALASSO
LE ROSE TIEPOLO
essai trad. de l’italien par Jean-Paul Manganaro
Gallimard éd., 330 p., 27,50 €

Un livre énigmatique. Le titre, impair, bat en brèche la distribution par douze de nos symboles. D’autres énigmes, sous forme d’extrapolations, d’interpolations, de surimpressions, de substitutions font apparaître la question fondamentale du récit : qu’est-ce que l’Histoire ? Qu’est-ce que l’Art ? Ou, dit de façon plus englobante : qu’est-ce que la Représentation ? Son rôle, ses moyens, son rapport à la réalité.

“Homme exemplaire et exemplaire d’homme”, un article de Norbert Czarny

AGNÈS DESARTHE
LE REMPLAÇANT
L’Olivier éd., 96 p., 12,50 €

Quand on lui demande où elle est née, Agnès Desarthe montre la couverture d’un roman de Isaac Bashevis Singer : elle vient de là. Non pas de la Pologne évoquée dans les pages du Nobel, mais de ce territoire qu’il construit, et dans lequel rêve et réel sont étroitement imbriqués. Comme l’écrivain de Varsovie, elle est une conteuse, et c’est d’ailleurs sur cette figure particulière que débute “Le Remplaçant”, récit court mais dense.

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“Cinquante ans après”, un article d’Agnès Vaquin

BENOÎT DUTEURTRE
BALLETS ROSES
Grasset éd., 248 p., 17 €

Benoît Duteurtre n’est pas journaliste, il n’est pas historien ni romancier, il est tout à la fois et ses Ballets roses – Les dessous de mai 1958, c’est un livre qui se lit d’une traite. Le terme, assassin et définitif, est dû à « Georges Gherra, journaliste à France-Soir ». L’infamie reste attachée au nom d’André Le Troquer, alors vice-président de l’Assemblée nationale, « cet homme dont on ne prononçait plus le nom sans un sourire narquois ».

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“Avant le point final”, un article de Marie Etienne

PIERRE LARTIGUE
DES FOUS DE QUALITÉ
Gallimard éd., 428 p., 22,90 €

Pierre Lartigue a mis le point final très peu de temps avant sa mort à ce livre haletant qui se dévore jusqu’à la dernière page, et dans lequel il se dépeint, par personnages et situations interposés, dans son amour des mots, de la littérature et du bonheur à vivre.

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” Un continent d’incontinence”, un article de Claire Richard

ÉRIC FOTTORINO
L’HOMME QUI M’AIMAIT TOUT BAS
Gallimard éd., 160 p., 15 €

Michel Fottorino, le père adoptif d’Éric, directeur du journal “Le Monde”, s’est tué en 2008 d’un coup de carabine. Un an plus tard, son fils lui rend hommage dans L’Homme qui m’aimait tout bas. On comprend son besoin d’exorciser sa douleur. Mais après la lecture de son livre, on regrette qu’il ne se soit pas contenté, lui aussi, de l’exprimer tout bas.

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“Le théâtre du monde”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

ALFRED DÖBLIN
BERLIN ALEXANDERPLATZ
Histoire de Franz Biberkopf
nouvelle trad. de l’allemand par Olivier Le Lay
Gallimard éd., 464 p., 24,50 €

Ce roman parut en 1929, au moment même où éclate la grande crise qui bouleversera le monde européen et conduira au génocide hitlérien et au terrorisme stalinien. Dans l’Allemagne vaincue d’après 1919, Berlin, capitale toute récente d’un « second » Reich effondré après à peine cinquante ans d’existence, occupe une place essentielle dans tous les domaines avant de disparaître engloutie par les crimes du IIIe Reich.

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“Un homme sans visage auquel manque le nom”, un article de Alain Joubert

YÛ NAGASHIMA
BAROCOCO
trad. du japonais par Marie Maurin
Philippe Picquier éd., 256 p., 19 €

« Il » habite depuis une semaine le premier et seul étage d’une vieille bâtisse traditionnelle, abritant un magasin d’antiquités spécialisé dans les objets occidentaux, le Barococo. Contre ce « parasitage » d’un logement sommaire, il se charge du ménage de la boutique, s’occupe un peu des clients qui s’attardent en leur préparant du thé derrière le rideau noir qui isole la cuisine, appelle l’antiquaire en titre s’il y a lieu.

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“Henry James sur Robert Browning”, un article d’Alain Jumeau

HENRY JAMES
SUR ROBERT BROWNING
LA VIE PRIVÉE, nouvelle suivie de deux essais
trad. de l’anglais par Jean Pavans
Le Bruit du temps éd., 132 p., 12 €

On se souvient de la récente publication du chef-d’oeuvre monumental du poète victorien Robert Browning (1812-1889), L’Anneau et le Livre, par un nouvel éditeur (voir Q. L. n° 990). En guise d’accompagnement, cet éditeur propose maintenant un petit volume consacré à la manière dont le romancier Henry James (1843-1916) perçoit Browning.

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“W.H. Auden brode sur La Tempête de Shakespeare”, un article d’Alain Jumeau

W. H.AUDEN
LA MER ET LE MIROIR
Commentaire de La Tempête de Shakespeare
Édition bilingue
trad. de l’anglais et présentation de Bruno Bayen et Pierre Pachet
Le Bruit du temps éd., 160 p., 18 €

W. H. Auden (1907-1973) est avec T. S. Eliot (1888-1965) l’une des deux grandes figures qui dominent la poésie anglaise du XXe siècle. Ils semblent, a priori, diamétralement opposés. Tandis qu’Eliot, né Américain, viendra vivre en Europe et deviendra finalement citoyen britannique, Auden suivra un parcours inverse en allant vivre aux États-Unis en 1939 et en adoptant la nationalité américaine en 1946 – avant de revenir en Europe pour de nombreux séjours.

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“Le roman des Juifs d’Europe de l’Est”, un article de Gilles Rozier

Royaumes juifs : trésors de la littérature yiddish
rassemblés et présentés par Rachel Ertel
trad. du yiddish par Delphine Bechtel, Rachel Ertel,
Joseph Gottfarstein, Carole Ksiazenicer-Matheron,
Jacques Mandelbaum, Malkè Mann, Henri
Raczymow, Régine Robin, Raymond Samuel,
Aron Waldman, Aby Wieviorka
coll. « Bouquins », Robert Laffont éd.,
vol. 1, 960 p., 29 € ; vol. 2, 1088 p., 29 €
Le roman des Juifs d’Europe de l’Est
IRÈNEWEKSTEIN
LE ROMAN DES JUIFS D’EUROPE DE L’EST
L’Harmattan éd., 300 p., 28 €

À force de répéter que, dans l’océan de la littérature yiddish, les oeuvres accessibles en traduction française ne sont que quelques gouttes, l’on ne s’était pas rendu compte que depuis 1915, mais surtout depuis trois décennies, près de deux cents textes ont été traduits (pour une liste exhaustive : http://www.yiddishweb.com/medem/autour.htm).

“Être journaliste à l’Est”, un article de Norbert Czarny

IRINA LIEBMANN
BERLIN – MOSCOU – BERLIN
trad. de l’allemand par Marie-Claude Auger
Christian Bourgois éd., 480 p., 25 €

Allez chercher le nom de Rudolf Herrnstadt sur un moteur de recherche. C’est aujourd’hui le Panthéon virtuel, le lieu dans lequel la mémoire des hommes garde trace. Quelques mentions de ce nom et de celui qui l’a porté sur des sites allemands vous donneront une vague idée. Le livre que lui consacre sa fille permet heureusement d’en savoir plus et de mesurer l’importance de cette figure du XXe siècle.

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“La chevauchée de Pancho Villa”, un article de Jacques Fressard

PACO IGNACIO TAIBO II
PANCHO VILLA
trad. de l’espagnol (Mexique) par Claude Bleton
Payot éd., 944 p., 30 €

Qui ne connaît Pancho Villa ou qui ne croit le connaître au moins quelque peu à travers un des nombreux films qui ont popularisé son image sous les traits de Raoul Walsh (dès 1912), de Pedro Armendáriz ou même de l’improbable Yul Brynner ? Ce n’étaient là cependant, il faut bien l’avouer, que des images d’Épinal démenties, dès la photo qui illustre sa couverture, par la passionnante biographie qui nous est offerte aujourd’hui : non Villa ne portait pas d’ordinaire l’ample chapeau conique à larges bords recourbés où l’on a parfois voulu voir un trait caractéristique de la mexicanité.

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“La réapparition d’un monde englouti”, un article de Jean-Jacques Marie

DAVID KING
SOUS LE SIGNE DE L’ÉTOILE ROUGE.
Une histoire visuelle de l’Union soviétique
Gallimard éd., 360 p., 39 €

Plusieurs centaines d’images, reproductions de photographies, d’affiches, de caricatures, de couvertures de livres et de revues, de brochures, de tableaux choisis parmi les 250 000 documents patiemment rassemblés par David King pendant quatre décennies et accompagnés de commentaires succincts mais précis forment l’essentiel de ce volume qui couvre l’histoire de l’URSS de l’époque de la révolution à la victoire provisoire du stalinisme, à la « grande guerre patriotique » et à la mort de Staline.

“Sois un homme !”, un article de Maïté Bouyssy

ANNE-MARIE SOHN
« SOIS UN HOMME ! »
La construction de la masculinité au XIXe siècle
Seuil éd., 462 p., 23 €

Affaire de pairs plus encore que de pères, de modèles et de mentors ou de censeurs, la masculinité contemporaine s’est forgée tout au long du XIXe siècle dans un contexte social global qui ne cesse de donner plus de champ à la parole pour régler la conflictualité. Plutôt allègre, le livre apporte une forme de statut de la preuve à nombre de thèses en débat.

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“Versions du rien”, un article de Laurence Zordan

HÉLÈNE L’HEUILLET
AUX SOURCES DU TERRORISME.
De la petite guerre aux attentats-suicide
Fayard éd., 341 p., 23 €

Le terrorisme actuel ne surgit pas ex nihilo, mais plutôt dans le sillage du nihilisme russe. Sans chercher à montrer qu’Al-Qaïda a été engendré par les anarchistes assassinant le tsar, ce n’est pas céder à la tentation du raccourci historique que de déceler une filiation conceptuelle. Comment le rien est-il manié par le nihilisme pour être agissant ? Au lieu d’affirmer que, du rien, il n’y a rien à dire, comment en démonter les ressorts pour en révéler le potentiel destructeur ? Comment le rien devient-il figure de l’excès et non le signe de ce qui est lacunaire ? Un excès qui empêche de penser en se posant comme impensable. Résister à cette intimidation impose de mobiliser toutes les sources du savoir. Ambitieuse, une telle entreprise théorique est indispensable pour s’éveiller d’un sommeil dogmatique peuplé de clichés.

“Un art singulier”, un article de Francis Hofstein

JEAN-PIERRE MOUSSARON
L’AMOUR DU JAZZ
1. Portées
Galilée éd., 160 p., 28 €

Lorsque Jean-Pierre Moussaron écrit, page 63, que « considérée dans le temps et l’espace, la musique de jazz équivaut à un véritable texte au sens de Barthes : vaste champ d’un pluriel de voix, d’une trame multiple et différenciée de codes, d’un tissu bariolé de sons entrelaçant les discours dont la richesse hétérogène déploie l’incantation générale », il donne le ton, le rythme et le projet de L’Amour du jazz, son bien nommé dernier livre.


La Quinzaine n°992, du 16 au 31 mai 2009

mai 20, 2009

“Redécouvrir Jean Guéhenno”, un article de Maryse Arrigoni

JEAN GUÉHENNO
LA JEUNESSE MORTE
Claire Paulhan éd., 286 p., 32 €

Nous avions un peu oublié la voix de Jean Guéhenno (1890-1978), tendre et violente à la fois. À peine si, dans nos mémoires survivaient les clichés nostalgiques de l’enfant pauvre de Fougères, aux rares merveilles : l’orange de Noël, une journée à la mer, sa réussite grâce à l’école de la IIIe République et à la volonté de changer sa vie. Peut-être aussi certains se souvenaient-ils de son horreur de la guerre, thème récurrent de son œuvre avec, çà et là, quelques références à la guerre de 14.

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“Sans esprit de retour”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

ULRIKE VOSWINKEL,
FRANK BERNINGER
EXILS MÉDITERRANÉENS
ÉCRIVAINS ALLEMANDS
DANS LE SUD DE LA FRANCE (1933-1941)
trad. de l’allemand par Alain Huriot
Seuil éd., 244 p., 21,50 €

On a souvent parlé des écrivains allemands qui, fuyant le nazisme, se sont réfugiés à Sanary-sur-Mer qui, on le sait, devint littéralement la capitale en exil des lettres allemandes.

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“Bref, intense et lumineux”, un article de Hugo Pradelle

SIEGFRIED LENZ
UNE MINUTE DE SILENCE
Schweigeminute
trad. de l’allemand par Odile Demange
Robert Laffont éd., 132 p., 16 €

Siegfried Lenz signe un livre sur la disparition, le deuil, l’amour, la nostalgie et la complexité des sentiments. Un récit bref et épuré qui rassemble les thèmes d’une œuvre extrêmement riche.

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“Le refus des larmes”, un article de Hugo Pradelle

ALAN PAULS
HISTOIRE DES LARMES
Un témoignage
Historia del llanto.
Un testimonio
trad. de l’espagnol (Argentine) par Vincent Raynaud
Christian Bourgois éd., 128 p., 15 €

Alan Pauls signe un récit bref confondant de sensibilité. Confrontant réflexion et sensation, intimité et politique, entremêlant allègrement les périodes, il propose une réflexion profonde sur les sens, l’individu, la souffrance, l’événement et le bonheur. Un récit de l’au-delà des larmes.

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“La crinière de l’hippogriffe”, un article d’Albert Bensoussan

MAURICE MOURIER
AJOUPA-BOUILLON
EST-Samuel Tastet éd., 360 p., 22 €

Étrange livre ou récit, que nous donne aujourd’hui Maurice Mourier, l’auteur du Miroir mité, de Parcs de la mémoire (ou retour vers le futur de l’innocence et du sexe sans péché), de Godilande (autre f iction du plaisir et du gaudir) ou des Nuits de Narra.

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“Adieu à Sénèque”, un article de Nicole Casanova

GIUSEPPE CONTE
LA FEMME ADULTÈRE
trad. de l’italien par Monique Baccelli
Laurence Teper éd., 329 p., 19,60 €

Le livre de ce poète et romancier italien a obtenu le prix Manzoni du meilleur roman historique 2008. Il est inspiré par un épisode rapporté dans l’Évangile selon saint Jean : « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre… »

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“Pleure, ô mon Vietnam bien-aimé”, un article de Maurice Mourier

DUONG THU HUONG
AU ZÉNITH
trad. du vietnamien par Phuong Dang Tran
Sabine Wespieser éd., 786 p., 29 €

Le cas d’un souverain communiste que la mise au jour des horreurs commises sous son règne n’a pas précipité du trône suprême dans les bas-fonds de la vindicte publique est-il exceptionnel ? Peut-être pas, si la médiocrité avérée de ses successeurs doit aboutir à le réhabiliter un jour, mouvement qui s’esquisse déjà en faveur de Staline et de Mao. On peut néanmoins parier que le culte de ces deux serial killers, s’il doit renaître un jour, conservera ses hérésiarques.

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“L’inconnue de la cabane”, un article de Odile Hunoult

JEAN DAIVE
UNE FEMME DE QUELQUES VIES
coll « Poésie »
Flammarion éd., 184 p., 18 €

C’est un « poème narratif », forme déjà explorée par Jean Daive, qui sonde les contradictions entre narration et poème, les discordances de leur rapport au temps (le poème, comme le tableau, est une impression immédiate) et les différences de densité de leur matériau.

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“Sonnets californiens”, un article de Hugo Pradelle

VIKRAM SETH
GOLDEN GATE
trad. de l’anglais (Inde) par Claro
Grasset éd., 360 p., 20 €

En 1986, Vikram Seth faisait paraître un bien étrange roman entièrement composé de sonnets. Entre prodige formel et maigreur du propos, un récit sous forme de ballets sentimentaux au cœur de la Californie et des années Reagan. Un livre inégal mais porté par une traduction remarquable.

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“Un exercice de haut vol”, un article de Patrick Sultan

PIERRE BAYARD
LE PLAGIAT PAR ANTICIPATION
Minuit éd., 160 p., 15 €

Avec élégance, il détecte le point faible des notions les mieux verrouillées, jette des déf is toujours plus audacieux au sens commun, les relève au pas de charge, passe par où on ne l’attend pas, s’extrait de justesse des situations inextricables où il s’est enferré à dessein et son butin profite à tous les amateurs de livres. Pierre Bayard est l’Arsène Lupin de la théorie littéraire et le paradoxe est sa pince-monseigneur. Qu’il s’interroge sur la manière d’améliorer les œuvres ratées, d’appliquer la littérature à la psychanalyse ou de parler des livres qu’on n’a pas lus, on retient son souffle à l’annonce de ses nouveaux exploits. Jusqu’où ira-t-il ?

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“Un esprit curieux, inventif généreux de son savoir”, un article de Pierre Pachet

MARC FUMAROLI
PARIS-NEW YORK ET RETOUR
Voyage dans les arts et les images
Journal 2007-2008
Fayard éd., 638 p., 26 €

C’est pour une part l’irritation ressentie par le visiteur cultivé et sensible devant des expositions récentes et confuses dans leur propos, comme « Traces du sacré » à Beaubourg, ou plus que déroutantes, comme le « lancement » de Jan Fabre à Avignon et au Louvre, ou l’intronisation de Jeff Koons et des rayures de Buren à Versailles, et d’autres voyantes aberrations comme la délocalisation de la Bibliothèque nationale dans un bâtiment peu accueillant, ou le pot de fleurs géant, officialisé et vide qui se dresse devant les locaux de La Quinzaine, qui anime Marc Fumaroli dans ce gros livre.

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“Le bestiaire d’André Masson”, un article de Georges Raillard

LE BESTIAIRE
D’ANDRÉ MASSON
Musée de la Poste 6 avril – 5 septembre 2009
Catalogue de 102 p. ill. sous la dir. de Josette Rasle
Musée de la Poste
Beaux-Arts de Paris éd., 20 €

Les expositions du Musée de la Poste sont remarquables par leurs choix. Chaissac récemment. À présent le Bestiaire d’André Masson. Dessins, peintures, aquarelles, gravures, livres, plus de 150 pièces sont réunies. Un ensemble qui, pour la première fois, illustre ce thème central de l’art et de l’univers de Masson.

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“L’héritage théologique des démocraties”, un article de Lucie Campos

GIORGIO AGAMBEN
LE RÈGNE ET LA GLOIRE
Il Regno e la Gloria
Pour une généalogie théologique de l’économie et du gouvernement
Homo Sacer II, 2
trad. de l’italien par Joël Gayraud et Martin RueffA
Seuil éd., 443 p., 26 €

Pourquoi le pouvoir, en Occident, a-t-il pris la forme d’une oikonomia ? Selon Giorgio Agamben, la vocation économique et gestionnaire des démocraties contemporaines ne serait ni un « incident de parcours » de notre époque, ni une invention de la modernité, mais une partie intégrante de l’héritage théologique dont ces démocraties sont les dépositaires.

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“Élisabeth Ire, l’insularité au féminin”, un article de Dominique Goy-Blanquet

BERNARD COTTRET
LA ROYAUTÉ AU FÉMININ :
ÉLISABETH Ire D’ANGLETERRE
Fayard éd., 722 p., 29 €

Les Tudors sont à la mode depuis des années outre-Manche où grâce à la télévision et au cinéma leurs aventures sentimentales, politiques, diplomatiques, religieuses sont devenues bankable, entraînant dans leur sillage toute une série de livres adressés au grand public : histoires romancées, biographies dramatisantes, fresques hollywoodiennes, fictions ont désormais leurs rayons réservés comme un genre à part entière dans les librairies britanniques. Même en France où elle a toujours exercé une fascination ambiguë, on ne compte plus les ouvrages parus sur Élisabeth et sa rivale tragique Marie Stuart.

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“Face à la technoscience”, un article de Jean-Paul Deléage

BERNADETTE BENSAUDE-VINCENT
LES VERTIGES DE LA TECHNOSCIENCE
Façonner le monde atome par atome
La Découverte éd., 224 p., 17 €

Façonner le monde atome par atome, tel est le vertigineux programme lancé par la National NanoInitiative aux États-Unis en décembre 1999. Cette formule hyperbolique vise à capter des moyens financiers pour les laboratoires en panne de questionnement scientifique. Pour la science, il ne s’agit plus « de lever un coin du grand voile » selon la formule d’Einstein, mais de lever des fonds pour financer d’improbables recherches destinées à reconfigurer notre monde, par un renversement monstrueux des f ins et des moyens de la quête scientifique.

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“Pourquoi le ciel est bleu ?”, un article de Jean-Michel Kantor

Les ours blancs ont-ils le blues ?
Et 100 autres questions savantes
et intrigantes
Seuil éd., 177 p., 14 €

Pourquoi les aliments cuits n’ont-ils pas le même goût froid que chaud ? Les insectes peuvent-ils être obèses ? Pourquoi les manchots n’ont-ils pas froid aux pieds ?

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“Épures”, un article de Monique Le Roux

PETER VERBURGT
WITTGENSTEIN INCORPORATED
Mise en scène de Jan Ritsema
Théâtre de la Cité internationale jusqu’au 30 mai
LARS NORÉN
PUR
Mise en scène de Lars Norén Théâtre du Vieux-Colombier jusqu’au 17 mai

« Il n’y a rien de plus beau qu’un acteur dans un espace vide. Et c’est ce que je cherche : un être humain nu dans une situation essentielle. Écrire sur l’essence des choses. Ce sont de grandes questions, la vie, la mort, les souvenirs, le temps ». Paradoxalement le commentaire de Lars Norén à propos de sa pièce Pur et de sa propre mise scène au Vieux-Colombier entre en résonance avec Wittgenstein incor porated de Peter Verburgt par Jan Ritsema, actuellement présenté au Théâtre de la Cité internationale.


La Quinzaine n°989, du 1er au 15 avril 2009

avril 5, 2009

“La Mort de Pinocchio”, un article de Hugo Pradelle

VITALIANO TREVISAN
LE PONT, UN EFFONDREMENT
Il Ponte, un crollo
trad. de l’italien par Vincent Raynaud
Gallimard éd., 188 p., 17,50 €

Dans le prolongement des Quinze mille pas, le récit de Vitaliano Trevisan entreprend un travail de déconstruction d’un homme, de son passé et d’une certaine société contemporaine. Un livre étonnant placé sous l’égide de Pasolini et, surtout, de Thomas Bernhard.

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“Une jeunesse à la dérive”, un article de Monique Baccelli

GIACOMO SARTORI
SACRIFICIO
trad. de l’italien par Nathalie Bauer
Philippe Rey éd., 143 p., 16 €

Au printemps 2004, dans la région de Trente, un groupe de jeunes revenant de la discothèque fait le pari de traverser en voiture un torrent en crue. Le 4×4 passe de justesse, la vieille jeep est emportée par la violence des eaux et l’un des occupants meurt noyé.


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“Histoire des défaites”, un article de Norbert Czarny

ANDRZEJ STASIUK
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NEUF
trad. du polonais par Grazyna Erhard
Christian Bourgois éd., 350 p., 25 €
FADO
trad. du polonais par Charles Zaremba
Christian Bourgois éd., 182 p., 16 €

« Le passé et la mémoire sont ma patrie et ma maison. J’aime me saouler tout seul et me remémorer les événements révolus, les gens, les paysages. » Ce propos n’étonnera pas sous la plume d’un écrivain. Il faut aussi les lire, écrits par Andrzej Stasiuk, comme ceux d’un résistant.

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“Paroles de fantôme : « Nul ne témoigne pour le témoin »”, un article de Gabrielle Napoli

ALAIN FLEISCHER
MOI, SÁNDOR F.
Fayard (Alter ego) éd., 394 p., 21,90 €
Et si raconter sa vie passait nécessairement par le récit de la vie de l’Autre ? Et s’il n’était possible d’accéder aux secrets de son existence qu’en opérant un détour par ceux d’un ancêtre, presque inconnu, qu’il faut alors imaginer ? Par un procédé narratif original, Alain Fleischer se glisse dans la peau d’un oncle, mort à 27 ans, dans un train, quelque part entre la Pologne et la Hongrie, un jour d’avril 1944. Né en janvier 1944, l’auteur s’empare de ces quelques mois en commun pour en faire le pivot de ses deux vies, si différentes, et dans lesquelles pourtant se tissent des liens, ténus mais bien réels.pmm
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“Quel avenir de l’héritage ?”, une article de Gabrielle Napoli

MARTIN SMAUS
PETITE, ALLUME UN FEU
trad. du tchèque par Christine Laferrière
Éditions des Syrtes, 355 p., 22 €

Andrejko Dunka naît dans le hameau de Poljana, au nord-est de l’actuelle Slovaquie. Sa famille, les Dunka, et lui, traversent l’Histoire du XXe siècle en Tchécoslovaquie, la Seconde Guerre mondiale, l’installation du régime communiste puis sa chute, l’élection de Havel, la partition de la Tchécoslovaquie en deux États. L’Histoire off icielle s’invite dans l’Histoire des Dunka sans s’imposer, s’immisce dans le récit, croise les destins individuels et s’en va, sans bruit. Pourtant, c’est à cette Histoire qu’est étroitement lié le devenir des Dunka.


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“Main gauche, main droite”, un article de Norbert Czarny

ANTONIO LOBO ANTUNES
LIVRE DE CHRONIQUES IV
trad. par Michelle Giudicelli
Christian Bourgois éd., 334 p., 23 €

Dans une chronique intitulée « De la mort et autres bagatelles » Lobo Antunes explique qu’étant plutôt gaucher, il se sert de la main droite pour écrire ce qu’il juge le meilleur de lui-même : ses romans et certaines de ces chroniques sont ainsi écrits. La main droite est moins rapide, moins fluide, mais elle permet la surprise.

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“Le monde sensible”, un article de Hugo Pradelle

ANTONI CASAS ROS
MORT AU ROMANTISME
Gallimard éd., 160 p., 13 €

En trente-neuf nouvelles, Antoni Casas Ros, auteur remarqué d’un premier roman très surprenant, poursuit sa discrète aventure dans un autre monde sensible, entre théorie et provocation.

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“Un détachement passionné”, un article de Norbert Czarny

PETER STAMM
COMME UN CUIVRE QUI RÉSONNE
trad. de l’allemand par Nicole Roethel
Christian Bourgois éd., 200 p., 18 €

Partons de ce qui n’est pas pour déf inir l’univers que déploie Peter Stamm dans son dernier recueil de nouvelles, Comme un cuivre qui résonne : l’Histoire est absente du coin du monde décrit par le narrateur et aucun passé violent ne bouleverse les personnages. Rien ne les rend très différents de nous et ce qui leur arrive semble une parenthèse qui s’est ouverte, et qui se fermera quand notre lecture touchera son terme.

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“Dans une situation menacée”, un article de Marie Etienne

ALAIN VEINSTEIN
LE DÉVELOPPEMENT DES LIGNES
Fiction & Cie, Seuil éd., 240 p., 19 €

« J’ai l’impression que tout s’endort… dans l’arrière-pays d’un pays en voie d’être détruit », disait Alain Veinstein en 2005 sur France-Culture, dans son émission anniversaire de « Surpris par la nuit ». Ce mauvais rêve habite l’auteur, ou en tout cas deux de ses livres, Dancing et Le Développement des lignes, le second reprenant en partie le premier dans un récit en vers. « À l’origine… un roman… Dancing, dans les décombres duquel, revenant sur quelques traces qui ne cessaient de me hanter, j’avais installé le monde de ce que j’hésite à appeler mon “poème”. »

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“Trajets de Franck Venaille”, un article de Norbert Czarny

FRANCK VENAILLE
ÇA
Mercure de France éd., 158 p., 14,80 €

« J’ai consacré plus de soixante ans de ma vie à marcher dans des rues tristes. Puisque c’est sur le mouvement et l’action que j’ai bâti mon écriture poétique. » Pour qui en effet lit Franck Venaille depuis Papiers d’identité jusqu’à Ça, ce recueil qui vient de paraître, mouvement et action sont deux sésames en même temps que de subtils rappels.

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“L’invention permanente de Jorn”, un article de Gilbert Lascault

ASGER JORN (1914-1973)
DESSINS
Cabinet d’art graphique. Centre Pompidou
10 février – 11 mai 2009

JONAS STORSVE, DORTE KIRKEBY-ANDERSEN,TROELS ANDERSEN
ASGER JORN : ŒUVRES SUR PAPIER
Gallimard/Centre Pompidou éd.,192 p., 140 ill. coul., 39 €

Compagnon fraternel d’autres artistes généreux, vaillant, hardi, ingénieux, le créateur danois Jorn (1914-1973) ne cesse de bouger, d’inventer, de voyager. Nomade européen, il n’oublie jamais les légendes des pays du Nord, ni leurs formes redoutables. Il tisse le local et le cosmopolite, le régional et l’international, l’archaïque, l’actuel et l’avenir.

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“Claude Simon poète”, un article de Maurice Mourier

CLAUDE SIMON
ARCHIPEL et NORD
Minuit éd., 35 p., 6,50 €

En septembre 1895, Mallarmé publie « Crise de vers » dans La Revue Blanche. Au cœur du paragraphe consacré à Hugo de ce texte capital, on trouve énoncée avec la plus grande fermeté « une majestueuse idée inconsciente, à savoir que la forme appelée vers est simplement elle-même la littérature ; que vers il y a sitôt que s’accentue la diction, rythme dès que style ».

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“Forme de langage, forme de vie”, un article de Jean-Claude Chevalier

HENRI MESCHONNIC
DANS LE BOIS DE LA LANGUE
Laurence Teper éd., 546 p., 29 €

Ce Bois de la langue est un gros livre bilan de 540 pages qui rassemble d’amples essais critiques inédits et quelques textes, imprimés ici et là.

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“Une nouvelle édition des Miroirs de l’identité”, un article de Jean Lacoste

JEAN-FRANÇOIS MARQUET
MIROIRS DE L’IDENTITÉ
coll. « La nuit surveillée »
Cerf éd., 370 p., 38 €

Spécialiste de Schelling, auquel il a consacré un livre fondateur (Liberté et existence, Gallimard, 1973), Jean-François Marquet
offre une nouvelle édition, « revue et augmentée », de ses Miroirs de l’identité. Cet ouvrage publié pour la première fois aux Éditions Hermann en 1996 réunit différents essais consacrés à ce qu’il appelle la « littérature hantée par la philosophie »…

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“L’homme, le capital le plus précieux ?”, un article de Jean-Jacques Marie

NICOLAS WERTH
L’IVROGNE ET LA MARCHANDE DE FLEURS
Autopsie d’un meurtre de masse, 1937-1938
Tallandier éd., 450 p., 23 €

En 1937 la maison d’édition du parti communiste français publia sous le titre L’homme, le capital le plus précieux le discours prononcé par Staline le dernier jour du plenum du Comité central de février-mars 1937 qui, au lendemain du deuxième procès de Moscou, annonçait le déchaînement d’une terreur jusqu’alors sans exemple dans l’Histoire. Staline y faisait entre autres l’éloge d’une dénonciatrice hystérique de Kiev, Nicolaienko qui terrorise la capitale ukrainienne.

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“L’axiome des parallèles et la liberté”, un article de Jean-Michel Kantor

IMRE TOTH
LIBERTÉ ET VÉRITÉ
Pensée mathématique et spéculation philosophique
L’Éclat éd., 156 p., 12 €

Imre Toth est bien connu des philosophes des sciences. Né en 1921 en Roumanie, il a vécu intensément les bouleversements du siècle passé en Hongrie, puis en Allemagne comme professeur de philosophie, aux USA et enfin en Europe. Une vie mouvementée consacrée à la philosophie, plus précisément aux enseignements pour la philosophie de l’histoire des mathématiques.

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“Oh, when the Saint…”, un article de Lucien Logette

LE SAINT
Coffret « Le studio RKO présente »,
4 DVD, 8 films
Montparnasse éd., 42 €

Dans le dernier numéro d’été consacré au roman populaire (Quinzaine n° 974), le nom de Simon Templar n’apparaissait pas parmi les quelques héros récurrents retenus ; si l’éventail avait été planétaire et non essentiellement français (le seul James Bond s’étant glissé entre Maigret, Burma, Angélique et San Antonio), la présence du Saint eût été impérative. En effet, parmi les personnages du rompol anglo-saxon, il est quantitativement plus important que Sherlock Holmes ou Hercule Poirot. Et sa longévité est remarquable, qui s’étend sur presque soixante-dix années d’exercice, même si sa carrière spectaculaire semble aujourd’hui terminée.

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“Renouveau d’un répertoire « populaire »”, un article de Monique Le Roux

MAXIME GORKI
VASSA 1910
Mise en scène de Gilberte Tsaï
Nouveau Théâtre de Montreuil
tournée nationale jusqu’au 20 mai

SEAN O’CASEY
LA CHARRUE ET LES ÉTOILES
Mise en scène d’Irène Bonnaud
tournée nationale jusqu’au 9 avril
Comédie de Genève du 21 avril au 2 mai

Gilberte Tsaï crée Vassa 1910 d’après Vassa Geleznova de Maxime Gorki au Centre dramatique national de Montreuil qu’elle dirige ; Irène Bonnaud a mis en scène La Charrue et les étoiles de Sean 0’Casey au Théâtre Dijon Bourgogne où elle est artiste associée à François Chattot : initiatives rares et opportunes, quand les programmations, partagées entre grandes œuvres du passé et écritures contemporaines, ne font plus guère de place à des pièces du début du XXe siècle, représentatives d’un répertoire de « théâtre populaire ».

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“Ce qui se défait”, un article de Tiphaine Samoyault

ROLAND BARTHES
JOURNAL DE DEUIL
Édition de Nathalie Léger
Seuil/Imec éd., 270 p., 18,90 €
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CARNETS DU VOYAGE EN CHINE
Édition d’Anne Herschberg Pier rot
Christian Bourgois/Imec éd.
250 p., 23 €

On peut naturellement invoquer des données biographiques pour parler de ces deux livres mais il paraît possible aussi de ne pas le faire tant ils se lisent aujourd’hui hors de la circonstance qui a fait les écrire – et ne pas les publier. Constitués de notes et de f iches écrites pour les unes en 1974 à l’occasion du voyage en Chine et pour les autres en 1978-1979 au moment de la mort de la mère de l’auteur, ils sont, séparément et ensemble, l’occasion d’une réflexion sur ce qui se défait.