La Quinzaine n°1022, du 16 au 30 septembre 2010

“Le dilemme du rentier”, un article de Liliane Kerjan

ANITA BROOKNER ÉTRANGERS, Strangers, trad. de l’anglais par Françoise du Sorbier, Fayard, 269 p., 19 €

Vingt-trois romans, dont “L’Hôtel du lac” (Booker Prize en 1984), “Le Dernier Voyage”, “Les Règles du consentement” ont à chaque fois confirmé la place d’Anita Brookner dans la cohorte des romancières anglaises qui excellent dans l’analyse intelligente et intransigeante. Étrangers aborde sous une plume élégante le temps, la vieillesse et le vide au cœur d’une bourgeoisie ouverte aux courants d’air, en perpétuel exil.

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“Fiction ?”, un article de Norbert Czarny

PHILIPPE VASSET, JOURNAL INTIME D’UNE PRÉDATRICE, Fayard, 208 p., 15,90 €

“Carte muette” : c’était le titre d’un précédent roman de Philippe Vasset. L’auteur proposait une cartographie des espaces vacants, des zones vierges dans Paris. Le vide supposé en disait long sur la ville, telle qu’elle se construit, se peuple et se fait objet marchand. Le projet qui sous-tend le Journal intime d’une prédatrice est-il si différent ?

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“Vivre, ça fait mal”, un article d’Agnès Vaquin

YVES BICHET, RESPLANDY, Seuil, 240 p., 17 €

Les romans d’Yves Bichet se nourrissent de sensualité, de sexe et de mort et “Resplandy” ne va pas faire exception. Faut-il y ajouter l’humour noir ? On peut en discuter.

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“Quand le mal vient de très loin”, un article d’Agnès Vaquin

ÉRIC PESSAN, INCIDENT DE PERSONNE, Albin Michel, 190 p., 15 €

Le narrateur d’’Incident de personne’ n’est pas un garçon d’une folle gaîté. Ce n’est pas en vain qu’au début de son roman Éric Pessan termine certains paragraphes, comme s’il s’agissait d’une ponctuation, par « Noir ». Le personnage est dans un train en direction de Nantes. Il revient de Nicosie où il a séjourné pour animer des ateliers d’écriture.

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“Une autobiographie anonyme”, un article d’Odile Hunoult

CÉCILE REIMS, PEUT-ÊTRE, Le Temps qu’il fait, 176 p., 18 €

L’originalité de ce récit, et sa grâce, c’est l’absence quasi totale de ce qui fait l’autobiographie : ni lieux, ni noms, ni dates. Pour cela on peut se rapporter aux livres et aux catalogues du couple Cécile Reims-Fred Deux – ici F et C, limités à leurs initiales (sans points).

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“Un roman simple”, un article de Maurice Mourier

PER PETTERSON – MAUDIT SOIT LE FLEUVE DU TEMPS – trad. du norvégien par Terje Sinding, Gallimard, coll. « Du monde entier », 235 p., 18,50 €

Un homme de trente-sept ans, ouvrier dans une usine de routage de magazines, divorce. Au même moment, sa mère apprend qu’elle a un cancer, qu’il ne lui reste que peu de temps à vivre. D’origine danoise mais vivant depuis quarante ans à Oslo avec celui qu’elle a épousé, elle décide d’une sorte de pèlerinage au pays natal et se rend dans la petite île de Laeso où jadis elle avait accouché hors mariage de son premier fils, plus tard légitimé par l’union avec le Norvégien père de ses trois autres garçons mais qu’elle n’a jamais aimé.

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“Parentèle indienne”, un article de Liliane Kerjan

LOUISE ERDRICH – LA MALÉDICTION DES COLOMBES The Plague of Doves – trad. de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez – Albin Michel, 482 p., 22,50 €

De romans en poèmes, Louise Erdrich, depuis le succès de “Love Medicine” en 1984, écrit une œuvre originale, haute en couleur, pleine d’his- toires de familles dans une réserve d’Indiens du Dakota du Nord. Avec La Malédiction des colombes, elle signe, selon Philip Roth, « un chef-d’œuvre éblouissant ».

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“Les années vécues ensemble révèlent-elles réciproquement les âmes ?”, un article de Christian Mouze

SOPHIE TOLSTOÏ  – À QUI LA FAUTE ?
LÉON TOLSTOÏ  – LA SONATE À KREUTZER – trad. du russe par Christine Zeytounian-Beloüs – Albin Michel, 334 p., 19 €

« En aucune façon ! » répond Alexandre Herzen (1812-1870) qui, dans un roman que ne pouvaient ignorer ni Léon ni Sophie Tolstoï, intitulé À qui la faute ? (1841-1846) – et ce n’est pas un hasard si le titre du récit de Sophie Tolstoï fait écho à Herzen –, posait avec force, en même temps que celui de la place et du rôle social de la femme, le problème de l’amour conjugal et de la passion, leur tangence, leurs intersections, leurs recoupements, leur écartement, leurs écartèlements, leurs résonnances intimes et sociales.

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“Contre le vert Pour le vert”, un article de Gilbert Lascault

MICHEL PASTOUREAU – LES COULEURS DE NOS SOUVENIRS – Seuil, 260 p., 18 €

Historien érudit, inventif, original, Michel Pastoureau (né en 1947) explore les passions des couleurs, les symboles des animaux (l’ours, le cochon), les blasons, les jeux.

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“Reliques”, un article de Marie-José Tramuta

EUGENIO MONTALE – PAPILLON DE DINARD – trad. de l’italien par Mario Fusco – Verdier, 220 p., 18 €

Lorsque Eugenio Montale meurt, à Milan, le 12 septembre 1981, âgé de presque quatre-vingt-cinq ans (il était né le 12 octobre 1896 à Gênes), il laisse une œuvre couronnée par le prix Nobel en 1975 qui le consacre de son vivant déjà comme un poète classique. Giorgio Zampa écrivait dans son introduction à Tutte le poesie chez Mondadori, en 1984 : « Montale était conscient de la signi- fication que son œuvre assumerait, une fois refermée ; il hésita longtemps à y mettre le sceau. Quand il le fit, il cessa de chercher son stylo, il cessa de soulever la housse de son Olivetti. Et quelques mois plus tard, il quittait Milan, pour le modeste mais infini espace de San Felice a Ema » (cimetière où reposait depuis 1963, celle qui fut sa compagne puis sa femme, Drusilla Tanzi, dite la « Mosca »). Avant de mourir, il avait assisté à la publication de ses œuvres complètes, fait assez rare dans l’histoire littéraire.

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“La durée de la littérature”, un article de Nicole Casanova

ALBERT THIBAUDET – INTÉRIEURS – Baudelaire – Fromentin – Amiel  – Édition présentée et annotée par Robert Kopp – Gallimard, coll. « Les Cahiers de la NRF », 258 p., 25 €

« On pourra s’étonner, et même se scandaliser de voir approcher, d’une manière qu’on dira artificielle, trois écrivains en apparence si différents, et qui trouvent leur public, leurs critiques, en des classes de lecteurs si hostiles les unes aux autres. »

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“Le romancier, agent moral”, un article de Laurence Zordan

MARTHA C. NUSSBAUM – LA CONNAISSANCE DE L’AMOUR – Cerf, 589 p., 68 €

Que le roman soit le fer de lance de l’éthique est une idée déconcertante qui, une fois achevée la lecture de l’ouvrage de Martha Nussbaum, devient pourtant évidente. Figure majeure de la philosophie politique et morale américaine, elle démonte les objections telles : la critique éthique de la littérature serait nécessairement dogmatique et simpliste, en méconnaissant la portée esthétique des œuvres. Autre cliché réfuté par l’auteur : une évaluation éthique serait subjective et toute tentative pour rendre raison d’un texte serait en réalité une quête de puissance, expression d’une idéologie. La philosophe récuse la thèse voulant que soit réactionnaire le recours aux textes romanesques
pour répondre à la question « comment faut-il vivre ? », interrogation elle-même suspectée d’ individualisme réticent devant toute révolution collective. La puissance d’argumentation de Martha Nussbaum vient d’une formidable capacité à disséquer Aristote et Henry James si l’on ose dire « simultanément », d’un même élan minutieux, et ce n’est pas contradictoire dans les termes.

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“Gaël Eismann démystifie”, un article de Jean-Jacques Marie

GAËL EISMANN, HÔTEL MAJESTIC, Ordre et sécurité en France occupée (1940-1944), Tallandier, 592 p., 32 €

Alors même que l’issue de la guerre est imminente”, l’administration militaire allemande en France présente un bilan satisfait de son activité, cité par Gaël Eismann : «L’administration militaire allemande en France a prouvé, pendant ses quatre années d’activité, que la direction administrative et économique allemande avait la capacité d’organiser une administration européenne apte à obtenir les plus grands résultats possibles dans l’intérêt de l’Europe, sans que les spécificités économiques et culturelles nationales d’un pays n’en pâtissent. » Cette administration serait donc la vraie mère de l’Union européenne, contenue en germe dans son activité !

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“Puissance de la mafia italienne”, un article de Patrice Peveri

NICOLA TRANFAGLIA, POURQUOI LA MAFIA A GAGNÉ, Les classes dirigeantes italiennes et la lutte contre la mafia (1861-2008) trad. de l’italien par Jacques Bersani, préface de Gian Carlo Caselli, Tallandier, 234 p., 21 €

Peu connu en France, Nicola Tranfaglia est un membre éminent de l’intelligentsia transalpine. Historien prolixe de l’Italie contemporaine (on lui doit une trentaine d’ouvrages consacrés tant à l’histoire politique qu’à l’histoire des médias de son pays), président de l’université de Turin pendant plusieurs années et éditorialiste dans plusieurs grands quotidiens, il revient ici sur la mafia, un thème qui lui est cher et qu’il a déjà abordé dans quatre ouvrages. Publié en 2008 en Italie, Pourquoi la mafia a gagné s’inscrit dans les dernières péripéties de la courte mais animée carrière politique de l’auteur. Homme de gauche, adhérent déçu du PDS, puis député sous les couleurs du Partito dei Communisti Italiani de 2004 à 2006, il se présente, sans succès, aux élections européennes de 2009 sous les couleurs de « l’Italia dei Valori», dont le combat porte essentiellement sur la lutte contre la corruption et le crime organisé.

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“Une pinte de bon sang”, un article de Lucien Logette

NICOLAS STANZICK, DANS LES GRIFFES DE LA HAMMER, Éd. Le Bord de l’eau, coll. « Ciné-Mythologies », 492 p., 30 €

Vu de loin, avant que le mois ne commence, les promesses de septembre nous font déjà tomber les bras. Les dizaines de films qui nous menacent (65 au premier comptage), à consommer immédiatement avant que le contingent d’octobre, aussi nombreux, ne les chasse, nous plongent dans le même état de stupeur que le critique affligé derrière les murailles de livres apportés par la grande marée de l’été et qui frémit de s’y atteler. Pour réaffûter nos souvenirs et briller en ville – les films qui donnent à penser sont une bénédiction pour lesdiscussions postprandiales –, va-t-il nous falloir revoir les deux triomphateurs de Cannes, “Oncle Boonmee”, d’Apichatpong Weerasethakul, et “Des hommes et des dieux”, de Xavier Beauvois, dont on prévoit les commentaires énamourés à cinq étoiles qu’ils vont éveiller ?

Quel monde après la crise ?

Un article de Dominique Plihon

ÉLIE COHEN, PENSER LA CRISE, Défaillances de la théorie, du marché, de la régulation, Fayard, coll. « Essais », 430 p., 22 €

La crise économique et financière qui a secoué le monde depuis 2007 a suscité un grand nombre d’analyses de la part des économistes. Le livre d’Élie Cohen “Penser la crise” a l’ambition de « contribuer à rendre intelligible la plus formidable crise depuis 1929… de traiter la complexité et la nouveauté de cette crise » et de répondre à la question « Quel monde va émerger de cette crise ? ».

Elie Cohen commence par proposer une des- cription vivante et pédagogique des princi- paux épisodes de cette crise, articulés en cinq actes. Le premier acte met en scène les banques des principaux pays industrialisés qui, ayant acquis de nombreux actifs toxiques fondés sur les crédits immobiliers des ménages américains, se trouvent en difficulté et ne veulent plus se prêter mutuellement, d’où une crise de confiance entraînant une évaporation de la liquidité inter- bancaire…Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine numéro 1021

La Quinzaine n°1021, du 1er au 15 septembre 1021

“Lucidité enfantine”, un article de Hugo Pradelle

ALAIN MABANCKOU
DEMAIN J’AURAI VINGT ANS
Gallimard, 384 p., 21 €

Alain Mabanckou s’enfouit dans la voix d’un enfant qui témoigne de son monde intérieur et ausculte l’indépendance de son pays et les vicissi- tudes de la politique internationale des années soixante-dix. Un regard d’une grande lucidité et une voix d’une truculence délicieuse.

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“Jules et Jim en yiddish”, un article de Norbert Czarny

ROBERT BOBER
ON NE PEUT PLUS DORMIR TRANQUILLE QUAND ON A UNE FOIS OUVERT LES YEUX
P.O.L, 290 p., 17 €

« Mon vice à moi, c’est d’aimer les histoires. » Le propos est de Robert Giraud, grand explorateur de Paris, de ses recoins et bistrots. Il vaut pour Robert Bober qui le cite dans son dernier roman, au titre emprunté à Reverdy, On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux. Bober aime les anecdotes, les récits qui rebondissent et se font écho, les personnages, réels ou imaginaires, qui se croisent et donnent à la trame romanesque une densité plus grande.

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“Plongée en apnée dans le post-exotisme”, un article de Claire Richard

LUTZ BASSMAN, LES AIGLES PUENT, Verdier, 160 p., 16 € /
MANUELA DRAEGER, ONZE RÊVES DE SUIE, L’Olivier, 204 p., 18 € /
ANTOINE VOLODINE, ÉCRIVAINS, Seuil, 192 p., 17,50 €

Trois auteurs, trois livres. Mais trois modulations d’une même voix, trois entrées sur un monde unique. Y plonger est une expérience de lecture sans équivalent, qui conjugue l’onirique et le politique, le lyrisme de la défaite et l’humour du désastre. Et vous laisse hanté, convaincu que l’œuvre qui s’édifie de livre en livre, de nom en nom, est l’une des plus fascinantes de la littérature contemporaine.

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“Mauvaise odeur”, de Norbert Czarny

MARC WEITZMANN, QUAND J’ÉTAIS NORMAL, Grasset, 240 p., 18,50 €

Une terrible odeur hante les nuits de Paris en cet été 2003. On se rappelle sans doute la canicule qui étouffait la ville, et qui provoqua tant de morts, parmi les personnes âgées souvent seules, souvent pauvres. C’est dans ce paysage désolé, ce cadre étouffant que se termine le face-à-face entre Gilbert Bratsky et Didier Leroux, principaux protagonistes de “Quand j’étais normal”.

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“Un roman japonais”, un article de Norbert Czarny

OLIVIER ADAM LE CŒUR RÉGULIER L’Olivier, 240 p., 18 €

« Sentir battre en moi un cœur régulier » : tel est le souhait de Sarah, narratrice du roman d’Olivier Adam. Entre l’univers glacial dans lequel elle survit jusqu’au brutal décès de Nathan, son frère, et la fièvre qui animait ce dernier, l’héroïne cherche au Japon « un abri » : une forme de paix qui ne soit pas renoncement, oubli de ce qu’elle est, au fond. Et le roman raconte cette quête et reconquête de soi.

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“Écrire le travail aujourd’hui”, un article de Norbert Czarny

THIERRY BEINSTINGEL, RETOUR AUX MOTS SAUVAGES, Fayard, 300 p., 19 €

Les mots sauvages n’entrent pas dans la « procédure ». Ils échappent au canevas que l’on a donné au téléopérateur, cette figure anonyme ou absente que l’on imagine à peine derrière son casque. Éric est dans ce roman le pseudonyme de ce « nouveau ». Autre nom, absence de corps : le travail d’aujourd’hui, comme la politique, est affaire de langage. Comme la littérature aussi, qui rend leur sens aux mots.

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“Au temps des Brigades rouges”, un article de Monique Baccelli

GIORGIO VASTA, LE TEMPS MATÉRIEL, trad. de l’italien par Vincent Raynaud, Gallimard, 361 p., 21,50 €

Le ton est donné dès les premières lignes : pendant que la mère tourne le dos pour distribuer une pâtée grisâtre à des chats squelettiques et galeux, son jeune fils applique de toutes ses forces un bout de fil de fer barbelé sur le flanc du plus mal en point, l’« estropié de naissance ». Le lecteur sait d’emblée qu’il n’aborde pas un roman rose.

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“Des hommes”, un article de Norbert Czarny

THOMAS HEAMS-OGUS, CENT SEIZE CHINOIS ET QUELQUES, Seuil, coll. « Fiction & Cie », 132 p., 15 €

Dans les dernières pages de son roman, Thomas Heams-Ogus donne la liste des cent seize Chinois transférés en mai 1942 du camp de Tossicia à celui d’Isola del Gran Sasso, dans les Abruzzes. L’histoire que le jeune romancier raconte est de celles qu’on n’invente pas. La façon dont il le fait témoigne de la puissance de la littérature, et de la poésie en particulier.

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« Quand on parle de soi, on ne doit pas tricher », Propos recueillis et filmés par Gilles Nadeau, visibles sur le blog en cliquant sur ce lien

BERNARD RUHAUD, SALUT À VOUS ! Maurice Nadeau, 206 p., 18 €

Bernard Ruhaud vient de publier aux éditions Maurice Nadeau, Salut à vous !, un roman autobiographique en trois séquences qui décrit, avec beaucoup de verve, la vie de famille d’un militant du Parti communiste de la « Banlieue rouge » dans les années soixante, puis la trajectoire, hors du Parti, de son auteur.

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“Un poète-forgeron”, un article d’Odile Hunoult

JEAN-PAUL MICHEL, JE NE VOUDRAIS RIEN QUI MENTE, DANS UN LIVRE, Flammarion, coll. « Poésie », 320 p., 19,50 €

Troisième recueil de Jean-Paul Michel dans la collection d’Yves Di Manno. Comme le premier, Le plus réel est ce hasard, et ce feu (poèmes 1976-1996), il couvre toute la période créatrice, et reprend Défends-toi, Beauté violente ! (1), du second volume. Je ne voudrais rien qui mente, dans un livre est une architecture, pas une enfilade chronologique.

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“L’arrivée à l’écriture”, un article de Tiphaine Samouyault

HÉLÈNE CIXOUS, LE RIRE DE LA MÉDUSE ET AUTRES IRONIES, préface de Frédéric Regard, Galilée, 199 p., 29 €

Le fait est connu : les voies de la réception sont impénétrables et la circulation des textes obéit à des circonstances plus qu’à des lois. Il n’em- pêche : l’incroyable fortune à l’étranger des deux textes d’Hélène Cixous publiés en 1975 et rassemblés pour la première fois en un volume, le relatif dédain dont ils ont fait l’objet en France ont de quoi surprendre ou désoler.

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“Les lendemains qui pensent”, un article de Laurence Zordan

De quoi l’avenir intellectuel sera-t-il fait ? Enquêtes 1980, 2010, Revue Le Débat, 509 p., 22,50 € / LAWRENCE W. LEVINE CULTURE D’EN HAUT, CULTURE D’EN BAS, L’émergence des hiérarchies culturelles aux États-Unis trad. de l’américain par Olivier Vanhée et Marianne Woollven La Découverte, 316 p., 26 € / MIGUEL ABENSOUR L’HOMME EST UN ANIMAL UTOPIQUE Éd. de la nuit, 263 p., 25 €

Au lieu des lendemains qui chantent, les lendemains qui pensent ? Trois chemins mènent à cette perspective inattendue. Premier itinéraire : l’avenir des hommes supplanté par l’avenir intellectuel, celui-ci portant les couleurs du numéro anniversaire de la revue Le Débat. Deuxième parcours : la révolution par les masses étouffées sous la culture pour l’élite, en une surprenante trajectoire décrite dans Culture d’en haut, culture d’en bas, contraste plus singulier encore à la lumière du titre anglais original. Celui- ci emprunte en effet à la phrénologie, soulignant l’irréductible différence entre les formes et contenances des crânes, la « culture d’en bas » devenant alors celle d’un front bas, sans noblesse. Troisième cheminement : au lieu de la peur du lendemain, la griserie d’ouvrir des brèches d’avenir, sous prétexte que « L’homme est un animal utopique ». Trois ouvrages ambitieux : avec le premier, le temps qui pense retient le temps qui passe. Avec le second, une benoîte analyse historique prend des allures de brûlot politique. Avec le troisième, penser est synonyme de peser en passant au trébuchet des textes que l’on croyait connaître.

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“La voix même de la littérature”, un article de Jean Lacoste

JEAN-CLAUDE MATHIEU, ÉCRIRE, INSCRIRE, Images d’inscriptions, mirages d’écriture, José Corti, coll. « les Essais », 632 p., 29 €

Le lecteur pressé, à qui ce beau et substantiel livre n’est pas destiné, pourra s’étonner de cette composition en mosaïque, de cette marqueterie de citations associées, accumulées, combinées, chacune bien identifiée dans les notes, mais comme intégrée au discours très écrit de Jean-Claude Mathieu. Comme si, derrière les voix très diverses des écrivains cités devait se faire entendre la voix même de la littérature, telle qu’elle voit et vit le monde (la « voix de Personne », est-il dit). L’autorité de l’auteur de chacune des citations s’efface – qu’il s’agisse de Hugo, de Mallarmé, de Dante ou de Baudelaire – pour donner plus d’éclat encore au témoignage pour ainsi dire anonyme et objectif, partagé, qu’il apporte sur les phéno- mènes apparentés et pourtant contraires de l’écriture et de l’inscription.

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“Kracauer, chiffonnier mélancolique (et cinéphile)”, un article d’Enzo Traverso

SIEGFRIED KRACAUER, THÉORIE DU FILM La rédemption de la réalité matérielle, trad. de l’anglais par Daniel Blanchard et Claude Orsoni, édité et présenté par Philippe Despoix et Nia Perivolaropoulou, préface de Jean-Louis Leutrat, Flammarion, 516 p., 32 € / OLIVIER AGARD, KRACAUER, LE CHIFFONNIER MÉLANCOLIQUE, CNRS Éditions, 391 p., 28 €

Dans une lettre à Georg Simmel de 1917, Siegfried Kracauer se définissait comme un « homme-œil » (Augenmensch). Les images ont toujours été au centre de sa réflexion, comme un moyen privilégié pour déchiffrer le réel. Pendant la République de Weimar, lorsqu’il écrivait pour les pages culturelles de la Frankfurter Zeitung, le principal quotidien allemand de l’époque, il publia plusieurs centaines de critiques de films, aujourd’hui rassemblées en trois gros tomes de son œuvre complète.

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“La France, terre nourricière du fascisme”, un entretien réalisé par Omar Merzoug

ZEEV STERNHELL, LES ANTI-LUMIÈRES, UNE TRADITION DU XVIIIe SIÈCLE À LA GUERRE FROIDE, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 942 p., 11,78 €

Historien et penseur politique israélien, Zeev Sternhell s’est intéressé de près aux origines françaises du fascisme. Dans La Droite révolutionnaire, il a soutenu des thèses qui ont provoqué des réactions passionnées. À l’oc- casion de la publication de son dernier livre, La Quinzaine littéraire a souhaité en savoir davantage sur les récents développements de la pensée de cet historien controversé.

Omar Merzoug – Vos travaux sur les racines françaises du fascisme ont provoqué des contro- verses, voire des polémiques. Raymond Aron, Pierre Milza et Michel Winock ont contesté tout ou partie de vos analyses. Est-ce que vous main- tenez, d’une part, que le fascisme a des origines françaises et, d’autre part, que les idées fascistes avaient réalisé une profonde pénétration en France à la veille de la Seconde Guerre mondiale ?

Zeev Sternhell – Je maintiens non seulement ces deux idées-là mais plus je travaille sur ces ques- tions, plus je suis convaincu que les choses sont telles que je les dis dans mes ouvrages. J’ai commencé mon travail en m’intéressant au natio- nalisme de Maurice Barrès… Retrouvez la suite de cet entretien dans le numéro 1021 de la Quinzaine.

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“Musique du silence”, un article de Lucien Logette

RÉTROSPECTIVE ERNST LUBITSCH Cinémathèque française, 25 août-10 octobre €
ERNST LUBITSCH, L’ÉVENTAIL DE LADY WINDERMERE, DVD, éditions Montparnasse (en vente le 7 septembre), 15 €

« Doors ! Doors ! Doors ! »… C’est ce que reprochait Mary Pickford, à Ernst Lubitsch. Elle l’avait fait venir de Berlin en 1923 pour la diriger dans Rosita, prévu pour transformer la « petite fiancée de l’Amérique » en héroïne « normale » – malgré ses trente ans bien sonnés, elle continuait en effet à incarner des gamines ou des gamins, de Pollyana au petit lord Fauntleroy. Plutôt que s’intéresser à elle, vedette la mieux payée d’Hollywood, le réalisateur allemand semblait préférer filmer des portes. La « forever young » Mary avait-elle raison ? Notre lointain souvenir de Rosita ne nous autorise pas à trancher. Mais la rétrospective complète de Lubitsch que nous offre la Cinémathèque réglera la question.

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“Les confidences d’une photographie”, suite et fin de l’article consacré à une photo récemment retrouvée de Rimbaud à Aden en 1880 (QL n° 1 019), par Jean-Jacques Lefrère

Identification des autres personnages

Après Rimbaud et Lucereau, restait à mettre un nom sur les autres personnages. Avant de connaître la date du cliché, nous nous étions posé la question de l’identification d’Alfred Bardey, patron de Rimbaud à Aden, au barbu assis à l’extrême-gauche, mais ne regrettons pas aujourd’hui d’avoir formulé cette hypothèse au conditionnel. Le seul portrait connu de Bardey est une photographie qui fut communiquée en novembre 1883 par l’intéressé à la Société de géographie de Paris : elle établit que Bardey, individu à la physionomie pleine d’énergie, aux cheveux denses et coupés court, ayant 26 ans en 1880 – il était né la même année que Rimbaud – n’est pas le barbu déjà dégarni, même sur les tempes, qui apparaît sur la photographie d’Aden. De plus, en août 1880, Alfred Bardey venait de partir pour un voyage d’exploration commer- ciale en Abyssinie : son absence sur le portrait de groupe de l’Hôtel de l’Univers ne saurait donc surprendre… Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 1021 de la Quinzaine littéraire.

De Gaulle, du Mythe au Réel

Un article de Jean-Jacques Marchand

FRANÇOIS MAURIAC
DE GAULLE
Grasset, coll. « Cahiers rouges », 271 p., 9,40 €

CLAUDE MAURIAC
AIMER DE GAULLE
Grasset, coll. « Cahiers rouges », 560 p., 13,40 €
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VÉRONIQUE NEAU-DUFOUR
YVONNE DE GAULLE
Fayard, 581 p., 27 €

FRÉDÉRIC SALAT-BAROUX
DE GAULLE-PÉTAIN LE DESTIN, LA BLESSURE, LA LEÇON
Robert Laffont, 231 p., 19 €

Le déluge de livres sur de Gaulle que nous subissons (avec intérêt) ce printemps a un grand mérite : de mettre en cause à la fois sa « sanctification » et sa « diabolisation ». Le rôle des intellectuels, en cette affaire, reste, modestement, d’essayer d’y voir clair.

Je tiens à préciser que je ne suis pas objectif, ayant été en prison quelques jours il y a bien longtemps, pour avoir critiqué (sans mesure) Pétain : au contraire, de Gaulle, je l’ai aimé, et l’aime encore comme on aime une femme, en voyant bien ses défauts. Ses conférences de presse m’enchantaient, il dégonflait toutes les sottises sur les malheurs français par des saillies vengeresses. J’aime mieux ces paroles vivantes que sa prose à la Chateaubriand, ou pire à la Hugo, qui sont loin du clavecin de Diderot, de la flûte traversière de La Fontaine, ou des fusées de Baudelaire, selon moi les vrais grands de notre littérature… Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine littéraire n°1018

La Quinzaine n°1017, du 16 au 30 juin 2010

“Un orphelin heureux”, un article de Monique Bacelli

ERRI DE LUCA
LE JOUR AVANT LE BONHEUR
trad. de l’italien par Danièle Valin
Gallimard, 144 p., 15 €

L’enfance napolitaine qui fut celle d’Erri De Luca est si riche, sidécisive, qu’elle sert de base à la plupart de ses romans, où elle apparaît chaque fois sous un nouvel aspect. Les strates se superposent, sans la moindre redite, et finiront peut-être par éclairer, en partie du moins, un individu hors du commun.

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“La montagne sacrée, l’incroyant et la littérature”, un article de Claire Richard

FRANK WESTERMAN
ARARAT
Christian Bourgois, 348 p., 23 €

Pour la Bible, le mont Ararat est le lieu de l’alliance entre Dieu et les hommes. Pour les scientifiques, un mystère géologique. Pour l’OTAN, un lieu stratégique. Tourmenté par son propre rapport à la religion et à la science, l’écrivain néerlandais Franck Westerman part à sa recherche, dans un livre qui mêle récit de voyage, autobiographie, et réflexion sur la connaissance. Une exploration passionnante du « domaine crépusculaire entre croire et savoir ».

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“Bohème et cosmopolite”, un article de Norbert Czarny

DANILO KI´S
VARIA
trad. du serbo-croate par Pascale Delpech
Fayard, 320 p., 20 €

Plus de vingt ans ont passé depuis la mort de Danilo Ki´s, plus de dix depuis la publication de l’ensemble de ses pièces, dans “Les Lions mécaniques”. L’oeuvre de cet écrivain né à Subotica, dans ce qu’on appelait la Yougoslavie est presque entièrement traduite en français. Les jeunes générations peuvent désormais découvrir cet ensemble aussi riche que varié.

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“Celan poète et traducteur”, un article de Tiphaine Samoyault

ALEXIS NOUSS
PAUL CELAN
LES LIEUX D’UN DÉPLACEMENT
Le Bord de l’eau, 382 p., 24 €

Spécialiste de la traduction et du métissage – il est l’auteur, avec François Laplantine, d’un notable dictionnaire des métissages –, Alexis Nouss fait paraître un monumental ouvrage sur Paul Celan, ressaisissant son oeuvre sous le signe du déplacement et de la traduction.

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“Le romancier était aussi poète”, un article de Jacques Fressard

JULIO CORTÁZAR
CRÉPUSCULE D’AUTOMNE
Salvo el crepúsculo
trad. de l’espagnol (Argentine) par Silvia Baron Supervielle
José Corti, 343 p., 22 €

Le hasard fait parfois merveilleusement les choses. Au moment même où paraissent dans la « Bibliothèque de la Pléiade » – après tant de vicissitudes – les deux tomes des oeuvres enfin complètes de Borges, voici que s’offre à nous un volume capital, inédit jusqu’ici en français, des poèmes de l’auteur de cette Marelle qui fit fureur dans les années soixante en proposant d’emblée, dès l’avertissement initial, une lecture aléatoire des chapitres de ce volumineux roman.

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“Lire Pétrarque aujourd’hui”, un article de Maurice Mourier

PÉTRARQUE
CHANSONNIER
RERUM VULGARIUM FRAGMENTA
édition critique nouvelle de Giuseppe Savoca, introduction de François Livi, traduction française inédite et commentaire de Gérard Genot deux volumes sous emboîtage / Les Belles Lettres, 909 p., 89 €

« Fragments de choses – l’auteur ne dit même pas de “chansons” – en langue vulgaire » : c’est ce titre volontairement dépréciatif que choisit Pétrarque, sans doute entre 1359 et 1362, pour qualifier le premier regroupement de ses poésies italiennes copiées par son ami Boccace, son cadet de neuf ans.

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“L’atelier de Garache”, un article de Georges Raillard

MARIE DU BOUCHET,
FLORIAN RODARI et ALAIN MADELEINE-PERDRILLAT
ENTRETIENS AVEC CLAUDE GARACHE
Hazan, 98 p., 47 reproductions, 28 €

Claude Garache (né en 1929) est un artiste qui passe pour singulier. Depuis un demi-siècle il peint en rouge (quatre cadmiums) un même nu : des peintures à partir de milliers de modèle. Poètes, écrivains, hommes de science ont commenté l’oeuvre de Garache. Manquait seulement une voix, celle de Claude Garache. Pour la première fois le peintre parle, répondant avec sa précision coutumière à trois interlocuteurs accordés à cet oeuvre.

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“Chaucer poète, penseur, humaniste”, un article de Léo Carruthers

GEOFFREY CHAUCER
LES CONTES DE CANTERBURY ET AUTRES OEUVRES
traduits et commentés par André Crépin, Jean-Jacques Blanchot, Florence Bourgne, Guy Bourquin, Derek Brewer, Hélène Dauby, Juliette Dor, Emmanuel Poulle, James Wimsatt
Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1 650 p., 35 €

Si l’oeuvre la plus célèbre de Geoffrey Chaucer (env. 1343-1400) est incontestablement “Les Contes de Canterbury”, à laquelle l’auteur anglais doit sa renommée internationale, elle est très loin d’être sa seule composition. Mais jusqu’ici, ses écrits étaient inaccessibles, pour la majorité d’entre eux, au public francophone.

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“Comprendre Kafka”, un article de Laurent Joly

BERNARD LAHIRE
FRANZ KAFKA. ÉLÉMENTS POUR UNE THÉORIE DE LA CRÉATION LITTÉRAIRE
La Découverte, 633 p., 26 €

« L’acte littéraire est sans cause et sans fin », écrivait Roland Barthes à propos de Franz Kafka, signifiant ainsi l’impossibilité de toute objectivation scientifique du processus de création : l’oeuvre d’art, le génie ne s’expliquent pas… Dans ce livre important consacré à Kafka, le sociologue Bernard Lahire s’attaque à ce mythe du « mystère » de la création artistique.

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“L’émancipation en question”, un article de Laurence Zordan

GABRIEL ROCKHILL et ALFREDO GOMEZ-MULLER (dir.)
CRITIQUE ET SUBVERSION DANS LA PENSÉE CONTEMPORAINE AMÉRICAINE
Seyla Benhabib, Nancy Fraser, Judith Butler, Immanuel Wallerstein, Cornel West, Michael Sandel, Will Kymlicka trad. de Marie Garrau
Éd. du Félin, 192 p., 22 €

De quelle manière la théorie critique aujourd’hui a-t-elle prise sur les débats et les combats en faveur de l’émancipation ? Les enjeux mis en évidence par l’École de Francfort doivent-ils être revus à la lumière de la « Gauche américaine » ? Comment ce qui aurait pu rester cantonné aux cénacles philosophiques en vient-il à irriguer tout un questionnement allant au-delà du penser radicalement pour agir librement ? En quoi des universitaires aux États-Unis peuvent-ils contribuer à frayer des pistes universelles ? En posant la subversive question du cadrage. On ne se contente pas de montrer que la vision est bornée. On apprend à voir. La subtilité de l’argumentation égale la massivité de l’ambition : jeter les bases d’un projet de transformation éthique du monde en s’affranchissant des cadres impensés de la pensée (et du pensable), sans imposer pour autant un autre cadre tributaire du même… cadrage inavoué.

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“Chez Ernst Jünger”, un article de Jean Lacoste

PHILIPPE BARTHELET et ÉRIC HEITZ
LE VOYAGE D’ALLEMAGNE
Gallimard, coll. « Le sentiment géographique », 242 p., 18 €

JEAN-LOUIS HUE
L’APPRENTISSAGE DE LA MARCHE
Grasset, 232 p., 17 €

L’Allemagne, ce pays si lointain, le plus mal connu et le plus remuant de nos voisins… Les visiteurs venus de France y ont souvent leur ville d’élection : les poètes vont à Tübingen, et les germanistes à Weimar, les banquiers (et les éditeurs) à Francfort, les musiciens et les snobs à Bayreuth, les plus branchés à Berlin. Philippe Barthelet et Éric Heitz, eux, ont choisi de se rendre à Wilflingen, un village perdu de Haute-Souabe, « le lieu d’Allemagne le plus éloigné de toute gare », quelque part au nord du lac de Constance, près de la petite ville de Riedlingen.

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“Le fils oublié de Léon Trotsky”, un article de Jean-Jacques Marie

SERGE SEDOV,
MILAIA MOIA RESNITCHKA – SERGUEI SEDOV
PISMA IZ SSYLKI (LETTRES D’EXIL)
Saint-Pétersbourg, 2006, Memorial, 254 p., 1 000 exemplaires

Léon Trotsky a eu deux filles et deux fils : Nina, morte de la tuberculose en 1928, Zina, qui se suicide en 1933 à Berlin, Léon Sedov, parti en exil avec lui, qui milita à ses côtés, et fut assassiné par le NKVD en février 1938, dans une clinique parisienne dirigée par un ancien médecin du Goulag, connu entre autres par la biographie que Pierre Broué lui a consacrée et enfin Serge, dont on ne parle à peu près jamais.

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“Des nègres et des chiens”, un article de Monique Le Roux

BERNARD-MARIE KOLTÈS
COMBAT DE NÈGRE ET DE CHIENS
Mise en scène de Michael Thalheimer
La Colline-théâtre national Jusqu’au 25 juin 2010

Pour la première fois le metteur en scène allemand Michael Thalheimer dirige des comédiens français, dans “Combat de nègre et de chiens” de Bernard-Marie Koltès à la Colline, où il a déjà présenté cette saison “Die Ratten de Hauptmann”. Ce grand spectacle est aussi l’occasion d’interroger certains lieux communs sur l’esthétique théâtrale germanique.

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“Un jeu mortel”, un article de Lucien Logette

FERDINAND KHITTL
LA ROUTE PARALLÈLE
DVD, Choses vues/éditions Filmmuseum sortie le 30 juin 2010

Le changement du chiffre des dizaines du millésime a donné lieu, comme on devait s’y attendre, à de multiples établissements de listes concernant la décennie écoulée, chaque revue, chaque site, chaque blog y allant de ses dix, vingt ou trente meilleurs films répertoriés depuis le changement de siècle. L’excellente revue “Les Fiches du cinéma”, dans son récent ouvrage, Chronique d’une mutation, “Conversations sur le cinéma (2000-2010)”, qui met en perspective la période de référence, va même jusqu’à indiquer 168 titres « qui ont marqué ces années ». Tant mieux si ces orpailleurs trouvent dans leurs batées autant de pépites qui justifient leur quête. Pour notre part, nous n’avons pas le sentiment d’avoir mis derrière
les fagots autant de titres – une vingtaine chaque année, on s’en souviendrait. Et en tout cas, bien peu de ces « hidden gems » que nous évoquions ici même jadis (Quinzaine Littéraire n° 960).

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“De la musique à l’éthique”, un article de Thierry Laisney

THOMAS DOMMANGE
L’HOMME MUSICAL, LA NOTATION EN
MOTS DANS L’OEUVRE DE SCHUMANN
Les Solitaires Intempestifs, 311 p., 23 €

On pourrait croire que le sujet du livre de Thomas Dommange est étroitement circonscrit dans son sous-titre ; pourtant, les annotations verbales de Schumann y sont le déclencheur d’une ample réflexion portant non seulement sur la musique mais aussi sur cette modalité particulière de notre être que constitue aux yeux de l’auteur l’« homme musical ».

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“Leçons de littérature”, un article de Hugo Pradelle

PARIS REVIEW
LES ENTRETIENS
James Baldwin, William Burroughs, Peter Carey, Allen Ginsberg, Jim Harrison, Thomas McGuane, Leonard Michaels, Toni Morrison, Manuel Puig, Susan Sontag, Billy Wilder, Tobias Wolff trad. de l’anglais par Anne Wicke / Christian Bourgois, 560 p., 23 €

Lisant ces entretiens – divers et pourtant bien souvent convergents –, nous découvrons, comme du bout des doigts, les racines de la pratique d’écrivains américains importants, entrevoyant des lignes de fuite, un rapport à l’Histoire, à un pays, à des communautés, à des histoires intimes. Autant d’aventures, de passages qui nous font saisir le lien qui les unit sourdement, comme à nous-mêmes, étrangement libres

La Quinzaine n°1016, du 1er au 15 juin 2010

“Aux sources du langage politique”, un article de Laurence Zordan

THIERRY CAMOUS
LA VIOLENCE DE MASSE DANS L’HISTOIRE
Puf, 298 p., 25 €

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GRÉGOIRE CHAMAYOU
LES CHASSES À L’HOMME
La Fabrique, 222 p., 13 €

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ROBERTO ESPOSITO
COMMUNAUTÉ, IMMUNITÉ, BIOPOLITIQUE
Les Prairies ordinaires, 247 p., 15 €

Le rapprochement de trois ouvrages qui mettent chacun l’accent sur la conflictualité entre intérieur et extérieur invite à demander : faut-il soustraire la politique à la rhétorique du « vivre ensemble » ? Convient-il de s’intéresser aux brèches, aux déchirements, afin de bousculer les idées reçues ? Si celles-ci sont des clichés, c’est qu’elles tiennent souvent à des images : violence de masse associée au spectacle de génocides ; chasse à l’homme évoquant le film “La Chasse du Comte Zaroff” ; immunité et biopolitique s’inscrivant dans le contexte de démoraties surprotectrices pour se surprotéger, avec risque de dérive inhérent au bio-pouvoir : produire ses sujets en les classant, en les gérant, traversant les corps et ne leur étant ainsi jamais complètement extérieur. Si les images sont tronquées, quels mots promouvoir, tout en sachant « porter le fer de l’intelligence débusquante dans la matérialité des mots et des phrases », et faire sien « le paradoxe de tout commentaire qui est de dire pour la première fois ce qui cependant avait déjà été dit et de répéter inlassablement ce qui pourtant n’avait jamais été dit » ?

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“Un jeu de massacre”, un article d’Agnès Vaquin

EMMANUEL MOSES
LE RÊVE PASSE
Gallimard, coll. « L’infini », 216 p., 17,50€

GABRIEL LEVIN
LE TUNNEL D’ÉZÉCHIAS
ET DEUX AUTRES RÉCITS
trad. de l’anglais par Marc Cohen et Emmanuel Moses
Le Bruit du temps, 152 p., 13€

Ce livre est publié sous la rubrique « roman » et celui qui l’ouvre sombre dans la perplexité. Mille quatre-vingt-neuf textes courts : des nota-
tions ? des fragments ? des brèves ? On cherche un terme pour désigner ces énonciations qu’on imagine accumulées au fil du temps.

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“Transformation”, un article d’Hugo Pradelle

PIERRE GUYOTAT
ARRIÈRE-FOND
Gallimard, 448 p., 21 €

Pierre Guyotat poursuit le ressaisissement de ce qui l’a formé : le deuxième volume du cycle commencé en 2007, plus dense, plus idéal, se concentre sur quelques jours et nuits de l’été de ses quinze ans, en faisant exsuder les énergies qui l’animèrent alors, l’emmenant dans la direction de son œuvre, lui révélant à la fois le désir et la force de l’écrit. Voici l’exploration de « l’arrière-fond qui (le) forme», l’entreprise de son fondement, la grande transformation.

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“Une famille bien unie”, un article de Monique Baccelli

FRANCESCO PICCOLO
LES TENTATIONS DU MÂLE
trad. de l’italien par Dominique Corman
Grasset, 252 p., 17 €

Quoi de plus banal qu’un roman centré sur l’adultère et la fin d’un couple : deux sujets, l’un découlant souvent de l’autre, qui alimentent les trois quarts des fictions littéraires et cinématographiques de notre temps. Qui plus est quand ces deux phénomènes sociaux se passent dans une famille très ordinaire. Or ces trois ingrédients sont présents dans le livre qui nous occupe.

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“Tweeds et topiaires”, un article de Liliane Kerjan

FRANCIS WYNDHAM
MRS HENDERSON ET AUTRES HISTOIRES
Mrs Henderson and Other Stories
trad. de l’anglais par Delphine Martin
Christian Bourgois, 178 p., 16 €
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L’AUTRE JARDIN
The Other Garden
trad. de l’anglais par Anne Damour
Christian Bourgois, 140 p., 14 €

Si Eton, Oxford, le sud de l’Angleterre nous étaient contés avec des détours à Londres et à New York par un orfèvre de la prose, une plume experte en simplicité, un homme tendre et discret, séduit par le talent des autres… Francis Windham : un style qui a les nuances des tweeds, une forme qui dessine en perspective une société aux prises avec la Seconde Guerre mondiale.

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“Histoires saintes”, un article d’Alain Joubert

LARRY BEINHART
L’ÉVANGILE DU BILLET VERT
trad. de l’américain par Samuel Todd
Gallimard, coll. « Série Noire », 380 p., 20 €
VELIBOR COLIC
JÉSUS ET TITO
Gaïa éditions, 190 p., 17 €

Supposons un instant que vous habitiez une de ces villes moyennes du sud des États-Unis, au sein d’une société aisée, riche même, hantée cependant par le spectre paranoïde post-11 Septembre, et que vous exerciez l’activité de détective privé pour le compte d’un cabinet d’avocats, afin de constituer de solides dossiers sur des affaires « sensibles ».

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“Je n’ai jamais pris la littérature au sérieux”, un article de Dominique Rabourdin

BÉATRICE MOUSLI
PHILIPPE SOUPAULT
Flammarion, 474 p., 35 €

S’il est un homme qui peut se flatter de conduire en montagnes russes, dans l’opinion qu’ils ont de lui, ses amis et ses admirateurs, c’est Philippe Soupault, dont on ne peut considérer la très longue vie sans un certain étonnement.

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“L’obsession du temps”, un article de Philippe Di Meo

JUDE STÉFAN
QUE NE SUIS-JE CATULLE
EN CES PRESQUE 80 POÈMES
Gallimard, 101 p., 16,50

Comme le titre interrogatif, mais malicieusement dépourvu de point d’interrogation, le nouveau recueil d’un poète dont on fêtera bientôt le quatre-vingtième anniversaire ménage tout au long cet effet de surprise antirhétorique que tout un siècle, fertile en expériences de toutes sortes, a si ardemment quêté et parfois obtenu.

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“Rimbaud dessinateur”, par Geroges Raillard

JEAN-JACQUES LEFRÈRE
LES DESSINS D’ARTHUR RIMBAUD
Flammarion, 160 p., 45 €

À une époque où dans les familleson avait un joli coup de crayon, Arthur Rimbaud dessinait mal. Mais son horizon était-il celui d’une famille ? Charleville, Charlestown, Mother, une mère autoritaire, un père absent, des sœurs, un frère dont on ignore s’il savait dessiner puisqu’il n’était pas poète. Les biographes se sont moins intéressés à Frédéric qu’à Arthur. Dans tous les entre-deux-portes, c’est bien lui sur la photo. La dernière trouvaille, c’est bien lui. N’y revenons pas.
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“André Gill caricature et folie”, un article de Daniel Grojnowski

AUDE FAUVEL et BERTRAND TILLIER
ANDRÉ GILL CARICATURISTE
DERNIERS DESSINS D’UN FOU À LIER
Du Lérot, 128 p., 30€

Dans son essai “De l’essence du rire” et généralement du “Comique dans les arts plastique”, qui présente quelques caricaturistes français et étrangers, Baudelaire établit une distinction radicale entre le comique « significatif » et le comique « absolu ». Le premier cible une référence que le public reconnaît et interprète aisément, le second s’en détache pour figurer l’autre monde de la fantaisie « pure ». Provoquées par l’événement, les caricatures le commentent en dérision, au risque d’apparaître rapidement obsolètes. Toutefois, un certain nombre d’entre elles contiennent, selon Baudelaire, «un élément mystérieux, durable, éternel qui les recommande à l’attention des artistes».

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“Dans un monde qui change…”, un article de Marc Lebiez

HARTMUT ROSA
ACCÉLÉRATION,
UNE CRITIQUE SOCIALE DU TEMPS
trad. de l’allemand par Didier Renault
La Découverte, 480 p., 27,50 €

Les rayons philosophiques d’une librairie allemande ne procurent pas aux Français un dépaysement complet : des deux côtés, les livres sont traduits. On débat, on se répond, quand on ne signe pas à deux le même livre, comme firent Habermas et Derrida. Et pourtant le poids de la tradition persiste à se faire sentir dans la conception même de la philosophie. La différence de nos approches est d’autant plus sensible qu’elles ne sont pas tout à fait étrangères l’une à l’autre.

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“L’empirisme transcendantal, de Deleuze”, un article de Claire Pagès

ANNE SAUVAGNARGUES
DELEUZE, L’EMPIRISME TRANSCENDANTAL
Puf, 438 p., 29 €

Dans ses deux textes d’hommage de novembre 1995, juste après la mort de Deleuze, Lyotard insistait sur « son alliance secrète avec la pensée anglaise ». Un concept ne sert pas, se révèle inutile, il sort de la boîte à outils car « sa pensée est toujours parente d’un empirisme et d’un pragmatisme, mais schizophrènes». On a peut-être beaucoup insisté ainsi sur l’empirisme deleuzien et ses sources. Mais peut-être, par respect de son rejet de toute pensée attachée à quelque transcendance, a-t-on aussi parfois minoré son souci de ce qui excède l’expérience non parce qu’il la dépasse mais parce qu’il en définit les conditions – transcendantales donc.

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“Qu’est-ce qu’adorer ?”, un article de Jean Lacoste

JEAN-LUC NANCY
L’ADORATION
DÉCONSTRUCTION DU CHRISTIANISME, II
Galilée, 147 p., 25 €

Dans “La Révolte des anges”, le baroque et fort plaisant roman qu’il publie en 1914, Anatole France imagine qu’Arcade, un ange gardien desalentours de Saint-Sulpice, à force de fréquenter nuitamment une riche bibliothèque de philosophie et de théologie, perd confiance en son Dieu et médite d’organiser une nouvelle révolte des anges, sur le modèle de la première, celle de Lucifer, devenu Satan. Car le Dieu des juifs et des chrétiens, dont le vrai nom serait Ialdabaoth (!), serait, selon ses termes, « moins un dieu qu’un démiurge ignorant et vain » que « les flatteries de ses adorateurs ont rendu monothéiste ». Mais la nouvelle révolte échoue.

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“Dans la jungle amazonienne”, un article de Jean-Charles Chevalier

DANIEL L. EVERETT
LE MONDE IGNORÉ
DES INDIENS PIRAHÃS
Flammarion, 358 p., 24 €

Traduction d’un original anglais, publié par Pantheon Books en 2008, sous un titre plus significatif, à la limite du fantastique et de la magie : “Don’t sleep. There are Snakes. Life and Language in the Amazonian Jungle”.

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“Pour le moindre prétexte ou sans prétexte”, un article de Jean-Jacques Marie

ORLANDO FIGÈS
LES CHUCHOTEURS
VIVRE ET SURVIVRE SOUS STALINE
trad. de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat préface d’Emmanuel Carrère
Denoël, 794 p., 33 €

Ce livre donne une image saisissante de la période stalinienne et de sa longue et sanglante terreur à travers les destins parfois croisés de dizaines de familles dont quelques membres ont ici et là réussi à échapper à la mort. Il repose sur le dépouillement de correspondances et journaux privés échappés aux rafles du Guépéou-NKVD et de la collecte minutieuse de souvenirs de trop rares survivants.

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“Du courage, suite”, un article de Maïté Bouyssy

THOMAS BERNS, LAURENCE BLÉSIN et GAËLLE JEANMART
DU COURAGE
Les Belles Lettres, coll. « Encre marine», 304 p., 14 €
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CYNTHIA FLEURY
LA FIN DU COURAGE,
Fayard, coll. « Essais», 208 p., 14 €

Deux livres le même mois sur le courage. La vertu morale est donc intempestive, mais sous quel mode et à quelles fins ? Il n’est pas inutile que des philosophes nous disent de quel symptôme relève le courage pris dans une longue histoire de la philosophie morale. Nos propres besoins sociaux s’en clarifient.

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“Philosophe des Sciences”, un article de Jean-Michel Kantor

DIDIER GIL
AUTOUR DE BACHELARD
ESPRIT ET MATIÈRE, UN SIÈCLE
FRANÇAIS DE PHILOSOPHIE DES SCIENCES (1867-1962)
Les Belles Lettres, coll. « Encre marine », 313 p., 35 €

Gaston Bachelard (1884-1962), le célèbre philosophe-poète comme on a pu l’appeler, est au centre d’une série d’études de Didier Gil, qui examine le fonctionnement de la philosophie des sciences en France dans la seconde moitié du XIXe siècle, puis jusqu’à la mort de Bachelard.

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“Quelques échos du bunker”, un article de Lucien Logette

Tout semblait se liguer cette année pour faire du Festival de Cannes 2010 un millésime infortuné : un mini-tsunami qui a transformé la Croisette en marécage quelques jours avant l’ouverture, le nuage de cendres du volcan islandais qui risquait d’interdire l’accès aérien à la Côte, quelques remous politiques – la menace de manifestations contre le film de Rachid Bouchareb, “Hors-la-loi”, le mécontentement du gouvernement italien à l’annonce de la projection du film de Sabina Guzzanti Draquila, trop peu amène à l’égard du bienfaiteur de la Nation –, l’accusation, qui revient comme une antienne, d’une sélection sans goût ni saveur réservée à quelques cinéastes abonnés. Sans oublier la campagne publicitaire des auteurs et interprètes de Ça commence par la fin, reprochant au Festival d’avoir eu peur des audaces sexuelles de leur œuvre…

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“Dimitris Dimitriadis à l’Odéon”, un article de Monique Le Roux

DIMITRIS DIMITRIADIS
LA RONDE DU CARRÉ
Mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti
Odéon-Théâtre de l’Europe Jusqu’au 12 juin 2010

L’Odéon-Théâtre de l’Europe avait placé comme « auteur européen au cœur de la saison 2009-2010 » Dimitris Dimitriadis. Mais la troisième pièce programmée, mise en scène par Giorgio Barberio Corsetti, “La Ronde du carré”, ne répond pas totalement à l’attente suscitée par la très haute ambition poétique de l’écrivain grec.

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“Le XVIIIe siècle en musique”, un article de Thierry Laisney

CHARLES BURNEY
VOYAGE MUSICAL DANS L’EUROPE DES LUMIÈRES
traduit, présenté et annoté par Michel Noiray
Flammarion, 523 p., 30 €

Si les réalisations proprement musicales de l’organiste et compositeur anglais Charles Burney (1726-1814) ne l’ont pas fait passer à la postérité (pour mémoire, il a adapté pour la scène londonienne “Le Devin du village” de Jean-Jacques Rousseau), en revanche les journaux des deux voyages qu’il entreprit afin de rassembler les matériaux utiles à l’œuvre de sa vie, la “General History of Music” (1776-1789, 4 vol.), sont devenus « un observatoire privilégié d’où l’on scrute inlassablement le XVIIIe siècle musical» (Michel Noiray).

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“Sartre dans son siècle”, un article d’Omar Merzoug

JEAN-PAUL SARTRE
LES MOTS ET AUTRES ÉCRITS AUTOBIOGRAPHIQUES
édition publiée sous la direction de Jean-François Louette, avec la collaboration de Gilles Philippe et de Juliette Simont / Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade »
1650 p., 59 € (jusqu’au 30 juin) et 67,50 (au-delà)

La période présente n’est pas favorable à Sartre à qui l’on impute nombre d’errements politiques, et notamment son compagnonnage avec le Parti communiste. Récemment encore, on s’est fait un malin plaisir d’opposer à la lucidité camusienne les cécités sartriennes. En vérité, Sartre a été discuté, souvent contesté, parfois insulté. À la Libération, les communistes l’abreuvèrent d’injures, Céline et Claudel ne furent pas en reste. On parla d’« excrémentialisme », des termes orduriers furent lancés.

La Quinzaine n°1015, du 16 au 31 mai 2010

“Mainmise des prédateurs financiers sur le livre et l’édition”, entretien avec André Schiffrin

ANDRÉ SCHIFFRIN
L’ARGENT ET LES MOTS
La Fabrique, 112 p., 13 €

Fils du fondateur de la collection de la « Pléiade », directeur de Pantheon Books pendant trente ans, éditeur américain de Foucault, Sartre, Chomsky, André Schiffrin a été l’une des figures les plus importantes du monde des livres et de l’édition. Dernier volet d’une trilogie commencée avec “L’Édition sans éditeurs”, “L’Argent et les Mots” revient sur les périls que font peser sur l’édition la concentration et la globalisation qui, imposant des restructurations ruineuses, condamnent tout un secteur de la production littéraire, étiqueté comme non rentable.

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“Le sourire de Régine Detambel”, un article de Natacha Andriamirado

RÉGINE DETAMBEL
50 HISTOIRES FRAÎCHES
Gallimard, 240 p., 17,90 €

Retrouver l’immédiat, le capter au travers de textes brefs retraçant les moments fugaces de notre quotidien. Il y a dans ces cinquante histoires fraîches une énergie et une intensité du récit qui nous mènent à une seule et même chose : la rencontre de véritables personnages.

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“Une terre promise ?”, un article de Norbert Czarny

HENRI RACZYMOW
ERETZ
Gallimard, 160 p., 15 €

Eretzest le mot hébreu qui désigne LA terre. La terre promise, la terre rêvée. C’est aussi la désignation d’Israël par métonymie. Aller en Eretz, c’est se rendre dans ce pays complexe, multiple, trop souvent au cœur de l’actualité. C’est là qu’après 68, avait vécu Alain, frère du narrateur. Il en était revenu dans le milieu des années soixante-dix, sans illusion, déçu même.
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“La Renaissance de Harlem (1920-1930)”, un article de Cécile Cottenet

NELLA LARSEN
CLAIR-OBSCUR
trad. de l’américain par Guillaume Villeneuve préface de Laure Murat
Climats, 182 p., 17 €

Ce classique de la littérature africaine américaine brouille les frontières entre les races et nous offre une belle réflexion sur la question de l’identité. Dotée d’une préface érudite, cette première traduction française laisse entrevoir la richesse d’un mouvement littéraire méconnu en France.

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“Candide, ou l’optimisme dans le Midwest”, un article de Liliane Kerjan

LORRIE MOORE
LA PASSERELLE
A Gate at the Stairs
trad. de l’anglais (États-Unis) par Laetitia Devaux
L’Olivier, coll. « Rivages », 361 p., 22 €

Retour très réussi de Lorrie Moore, quinze ans après son second roman, grâce à une écriture pleine de drôlerie mais qui gratte jusqu’à la tragédie les faux-semblants d’une Amérique désenchantée. Une étudiante, petit cheval de Troie, quatre saisons de découvertes et de déconvenues : le charme opère et c’est l’enthousiasme aux États-Unis.

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“Voix d’Ingo Schulze”, un article de Laurent Margantin

INGO SCHULZE
PORTABLE
trad. de l’allemand par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein
Fayard, 324 p., 22 €

Après un volumineux roman sur la réunification allemande, Ingo Schulze revient, avec “Portable”, à l’écriture de nouvelles qui avait fait son succès dès ses premiers livres (Histoires sans gravité, 33 moments de bonheur).

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“Stratégies”, un article de Hugo Pradelle

ROBERTO BOLAÑO
LE TROISIÈME REICH
El tercer reich
trad. de l’espagnol (Chili) par Robert Amutio
Christian Bourgois, 420 p., 25€

Avec “Le Troisième Reich”, Bolaño (1953-2003) signe sans doute son livre le plus hypothétique, presque un affront. Roman désincarné, impénétrable, aride, mystérieux, jouissif parce que presque inaccessible. De ces pages furieusement aplaties sourd une menace troublante, vénéneuse, qui fait de ce récit inclassable un hymne terrible à la stratégie de la littérature.

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“Un rire jubilatoire”, un article de Norbert Czarny

THOMAS BERNHARD
MES PRIX LITTÉRAIRES
trad. de l’allemand par Daniel Mirsky
Gallimard, 176 p., 12,50

En 1986 paraissait Ténèbres, recueil de textes et d’entretiens de et autour de Thomas Bernhard. On pouvait lire dans cet ouvrage trois discours prononcés lors de remises de prix à l’écrivain. Des textes assez décapants, et plutôt provocateurs, on s’en doute. L’éditeur de Mes prix littéraires omet de préciser cette première publication mais on ne lui en voudra pas car la parution de ce petit livre fait un bien fou aux zygomatiques.

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“La lumière que j’avais parmi les vivants”, un article de Nicole Casanova

FLORENCE COLOMBANI
« JE NE PUIS DEMEURER LOIN DE TOI PLUS LONGTEMPS »
LÉOPOLDINE HUGO ET SON PÈRE
Grasset, 230 p., 16,50 €

Le 4 septembre 1843, Léopoldine, fille aînée de Victor Hugo, se noyait dans la Seine à l’âge de dix-neuf ans. Hugo, qui voyageait avec Juliette Drouet, apprit l’accident en lisant le journal. « Je le retrouvai foudroyé », dit Juliette.

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“Un livre-culte”, un article d’Anne Boyer

REMY DE GOURMONT
LE LATIN MYSTIQUE, LES POÈTES DE L’ANTIPHONAIRE ET LA SYMBOLIQUE AU MOYEN ÂGE
préface de Pierre Laurens
Les Belles Lettres, coll. « Essais », 416 p., 35 €

Dans “Bourlinguer”, Cendrars insiste sur l’importance qu’a revêtue pour lui la lecture du Latin mystique de Remy de Gourmont, lecture dont il fait «une date de naissance intellectuelle ». Parmi les premiers ouvrages publiés par le Mercure de France, en 1892, toute nouvelle maison d’édition sur le point de devenir le creuset d’une littérature nouvelle, Le Latin mystique est, comme l’affirme Pierre Laurens dans sa réédition, un « livre-culte ». Ce livre-culte ayant été toutefois quelque peu oublié, sa réédition, dans la collection « Essais » des Belles Lettres, est une bonne nouvelle.

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“La recherche de la longue vie”, un article de Gilbert Lascault

EXPOSITION
LA VOIE DU TAO : UN AUTRE CHEMIN DE L’ÊTRE
Galeries nationales, Grand Palais
3, avenue du Général-Eisenhower, Paris 8e du 31 mars au 5  juillet 2010
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PUBLICATION
CATHERINE DELACOUR et coll.
CATALOGUE DE L’EXPOSITION
RMN/musée Guimet, 368 p., 342 ill. coul., 45€

Curieuse, complexe, foisonnante, l’exposition La voie du Taodéconcerte et passionne. Elle rassemble 240 œuvres très diverses : les peintures, les miroirs de bronze, les sculptures (pierre, bois, céramique), les porcelaines, les estampages, les talismans, les inscriptions, les amulettes, les tapis rituels, les blocs de jade sculptés…

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“La polyphonie de Paul Klee”, un article de Georges Raillard

EXPOSITIONS
PAUL KLEE (1879-1940)
La collection d’Ernst Beyeler
Musée de l’Orangerie, 14 avril – 19 juillet 2010
Catalogue par Philippe Büttner et Claude Frontisi coédition Musée d’Orsay/Éditions Hazan, 96 p., 20 €

ARAGON ET L’ART MODERNE
Musée de la Poste, 14 avril – 19 septembre 2010
Catalogue illustré sous la direction de Josette Rasle, 160 p., 20 €

On ira de l’une à l’autre de deux expositions où la peinture est présentée nuement. Comme elle a été vue et lue par deux regards vifs, celui d’un marchand de tableaux, Ernst Beyeler, qui créa l’admirable Fondation de Bâle, et celui d’un poète épris d’images, Louis Aragon.  À l’Orangerie, Paul Klee (1879-1940) : des tableaux issus de la collection Beyeler. Au musée de la Poste, des Klee encore, en petit nombre, mais insérés dans les choix faits par Aragon dans l’art moderne.

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“La naissance de la poésie”, un article de Odile Hunoult

ANNIE LE BRUN
SI RIEN AVAIT UNE FORME, CE SERAIT CELA
Gallimard, 260 p., 21,90 €

En 1755, au lendemain de la fête des Morts, un tremblement de terre suivi d’un raz-de-marée gigantesque qui se propage dans tout l’Atlantique Nord détruit entièrement Lisbonne, faisant, dit-on, à Lisbonne même, plus de 50 000 morts. Un séisme aussi dans la pensée philosophique occidentale, qui achève de se séculariser. C’est pourquoi Annie Le Brun en fait le point de départ d’une fresque foisonnante où se succèdent ceux qui de près ou de loin ont côtoyé, rejoint, réfléchi, ou fui et occulté la catastrophe et l’inhumain, puis leur intériorisation : l’inhumain en l’homme.

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“Aux sources du libéralisme politique : Montesquieu et Germaine de Staël”, un article de Jean M. Goulemot

LAIN GAMBIER
MONTESQUIEU ET LA LIBERTÉ
Hermann, coll. « Philosophie », 274 p., 30 €
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MICHEL WINOCK
MADAME DE STAËL
Fayard, 576 p., 23,80 €

Le mot « libéralisme » occupe une place bien à part dans le monde contemporain. En France plus qu’ailleurs, il est passé du politique à l’économie. Il se confond avec le capitalisme le plus sauvage. Prétendre publiquement être libéral, c’est prendre le risque de se voir marginalisé, accusé de tiédeur ou de ne croire qu’aux lois du marché, quand ce n’est pas d’être aux portes du fascisme. J’avoue craindre toute réduction du vocabulaire politique et me méfier de termes, au sens approximatif, forme moderne de la langue de bois, qui servent à exclure, sans même avoir à argumenter.

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“Éros dans tous ses états”, un article de Michel Plon

JEAN ALLOUCH
L’AMOUR LACAN
EPEL, 493 p., 35€
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GLORIA LEFF
PORTRAITS DE FEMMES EN ANALYSTE
LACAN ET LE CONTRE-TRANSFERT
trad. de l’espagnol (Mexique) par Béatrice Cano
EPEL, 193 p., 24€

Deux livres qui supposent un minimum de familiarité avec l’œuvre de Lacan et avec l’histoire de la psychanalyse mais qui ont en commun de refuser l’hermétisme et le jargon, de ne pas privilégier la rigidité théorique au détriment de la clinique et réciproquement, deux livres dans lesquels la chose analytique, c’en est un régal, circule à l’air libre.

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“La montée de l’effacement”, un article de Laurence Zordan

FRANÇOISE BONARDEL
DES HÉRITIERS SANS PASSÉ
ESSAI SUR LA CRISE DE L’IDENTITÉ
CULTURELLE EUROPÉENNE
Éd. de la transparence, coll. « Philosophie », 266 p., 20 €

Des grands livres, on a pu dire qu’ils ne se contentent pas de proposer un argument différent, mais bien une autre manière d’argumenter. Ils n’envisagent pas une autre interprétation de la même expérience, mais réellement une autre expérience. L’ouvrage de Françoise Bonardel est de ceux-là, où chaque mot des titre et sous-titre ouvre à un vaste corpus philosophique qui se clôt sur l’image de la main, donnant à saisir la pertinence de la formule d’Hölderlin : « il en est, peu nombreux, qui sont forcés de saisir la foudre à pleines mains ».

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“Changement de genre”, un article de Monique Le Roux

THOMAS BERNHARD
EXTINCTION
Lecture par Serge Merlin
Théâtre de la Madeleine Jusqu’au 30 mai
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GARY-JOUVET 45-51
Mise en scène de Gabriel Garran
Théâtre de la Commune d’Aubervilliers Jusqu’au 29 mai

Ils ont l’un et l’autre connu un exceptionnel parcours artistique de plus d’un demi-siècle et jettent un nouveau défi à la scène. Serge Merlin retrouve au Théâtre de la Madeleine son auteur de prédilection, Thomas Bernhard, avec “Extinction”. Gabriel Garran retourne à la Commune, Centre dramatique national d’Aubervilliers, pour un spectacle, “Gary-Jouvet 45-51″, qu’il a conçu à partir d’une pièce de Romain Gary, “Tulipe ou la protestation”, et de la correspondance entre le jeune écrivain diplomate et le grand metteur en scène.

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“Quand le fond de l’air a viré rouge sang”, un article de Lucien Logette

OLIVIER ASSAYAS
CARLOS

Avant même d’être présenté à Cannes, voilà donc “Hors-la-loi”, le film de Rachid Bouchareb, sous le feu des projecteurs. Un député garanti tricolore grand teint et un secrétaire d’État aux anciens ils-ont-des-droits-sur-nous-combattants viennent de partir en guerre, drapeau national en bandoulière, contre cette œuvre « qui insulte la République » – peut-être auraient-ils pu attendre de voir le film ? Il paraîtrait même que des pressions auraient été exercées sur les responsables du Festival de Cannes pour que “Hors-la-loi” ne soit pas sélectionné… Ceux-ci, cumulant mauvais esprit et duplicité, ont pris en compte la part algérienne de cette produc-tion, par ailleurs fruit d’un complot cosmopolite (franco-algéro-tuniso-italo-belge) pour attribuer au film la nationalité de nos (ex-)ennemis. Au moins, la République n’est-elle plus insultée par ses propres enfants ; l’honneur est sauf.

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“Alan au pays des merveilles”, un article d’Alain Joubert

À travers le cristal d’Alan Glass
DVD de Tufic Makhlouf Akl (140 min), accompagné d’un livret illustré de 88 pages
Seven Doc (10, rue Henri-Bergson, 38100 Grenoble) distribution Studios WinWin, 23 €

« Le merveilleux est toujours beau, n’importe quel merveilleux est beau, il n’y a même que le merveilleux qui soit beau». Lorsque, dans le “Manifeste du surréalisme”, André Breton pose cette affirmation, il écarte du même coup le côté éventuellement « puéril » d’un merveilleux de pacotille pour exalter un « merveilleux adulte », arme absolue contre le rationalisme et le réalisme vulgaire qui dominent notre société ; et c’est vers Lewis, Young, Maturin, Arnim, Nerval ou Lautréamont (notamment) qu’il se tourne tout naturellement.

La Quinzaine n°1004, du 1er au 15 mai 2010

“Drame chez les Fantochinois”, un article de Maurice Mourier

LING XI
LA TROISIÈME MOITIÉ
Maurice Nadeau, 247 p., 20 €

À W., une ville ouvrière hideuse du centre de la Chine – ce doit être Wuhan, sise au milieu des montagnes, dans la vallée du Yang Tsé Kiang – s’agite une foule de pauvres types, coincés entre la Fabrique des Interrupteurs, récemment convertie en ateliers de médailles pieuses à l’effigie du Président Mao, et l’Usine de Caoutchouc. C’est une agglomération immense et informe, plus vaste que Mexico si l’on en croit la mégalomanie de ses habitants, dont beaucoup sont analphabètes, mais une mosaïque de petits quartiers, sortes de villages vivant en quasi-autarcie. Un de ces quartiers, peut-être le plus déshérité de la ville, sert de décor au livre.

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“Une étrange sensation de vide”, un article d’Agnès Vaquin

RÉGIS JAUFFRET
SÉVÈRE
Seuil, 164 p., 17 €

Ce qui se passe dans la vie des gens reste pour Régis Jauffret un spectacle urticant. Les comprendre, voilà le hic, leur logique n’appartient qu’à eux. L’écrivain les regarde et se contente des motivations qui traînent partout pour rendre compte de comportements, si l’on y pense, proprement stupéfiants. Avec Sévère, Jauffret tente un grand coup. Il s’approprie, sans mentionner son nom et à la première personne, le cas de cette femme dont les médias nous ont rebattu les oreilles. L’action se passe à Genève. Au cours de ce qu’on appelle une séance sadomasochiste, elle tire sur son amant et le tue. On le découvre emmailloté dans une combinaison de latex.

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“Ciel tombeau”, un article de Laurence Zordan

CHANTAL CHAWAF
JE SUIS NÉE
Éd. des Femmes/Antoinette Fouque, 563 p., 20 €

Le ciel de la Seconde Guerre mondiale fut des plus meurtrier pour les civils. Horreur d’un mouvement ascensionnel dans le ciel de l’Holocauste (« vous aurez alors une tombe dans les nuages où l’on n’est pas serré »), ou au contraire létale avalanche, promesse de carnage par l’impitoyable chute des bombes atteignant parfois ceux qu’elles devaient libérer. En cherchant à frapper l’occupant, les avions alliés faisaient parfois des victimes collatérales. Cette expression volontiers employée aujourd’hui élude la chair et le sang. Le livre de Chantal Chawaf en restitue la vividité, cette impression qui persiste même lorsque l’on referme l’ouvrage, même lorsqu’on lève les yeux, selon l’image d’Yves Bonnefoy, ajoutant que c’est alors le moment où le lecteur, encore habité par sa lecture, la noue à sa propre existence. À quoi nous fait naître Je suis née ? Peut-être à une « poéthique » du ciel, à une poésie signant la quête de vérité, l’éthique d’une pure authenticité.

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“Magies dakaroises”, un article de Marie Etienne

SOPHIE-ANNE DELHOMME
QUITTER DAKAR
Le Rouergue, coll. « La brune », 142 p., 13,50 €

Quand on connaît Dakar et qu’on y a vécu, on a le sentiment étrange, lisant ce livre, d’y retrouver exactement ses propres souvenirs – les lieux, les animaux, les plantes et les occupations, tout est exact, et similaire…

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“Sur le fil du rasoir”, un article de Hugo Pradelle

EDGAR HILSENRATH
LE NAZI ET LE BARBIER
Der Nazi und der Friseur
trad. de l’allemand par Jörg Stickan et Sacha Zilberfarb
Attila, 512 p., 23,50 €

Reparaît, dans une traduction énergique, le roman épique d’Hilsenrath sur la Shoah, son pied de nez à l’Allemagne des années 70, son coup-depied dans la fourmilière de la bien-pensance et des mémoires oublieuses. En grand provocateur, il chamboule l’ordre des discours sur la barbarie, les bourreaux et les victimes, jusqu’à l’ultime jugement. Avec une jouissance expressive impressionnante, il écrit un roman délirant, sans pareil, qui enfonce à grands coups de boutoir tous les barrages qu’avait érigés une nation traumatisée, s’insurgeant contre l’oubli et le simplisme historique, et nous dérange en nous faisant rire de la monstruosité la plus terrible.

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“Fêlures et affolements”, un article de Liliane Kerjan

JAMES LASDUN
ÇA COMMENCE À FAIRE MAL
It’s Beginning to Hurt
trad. de l’anglais (États-Unis) par Pierre Charras
Jacqueline Chambon/Actes Sud, 286 p., 21,80 €

Aux deux romans, “L’Homme licorne” (2004) et “Sept mensonges” (2007), parus en traduction française, s’ajoute désormais ce recueil de quinze nouvelles, écrites de main de maître, débusquant dans le quotidien occidental les civilités et les compromis, l’élargissement des fissures, prémices aux grands chambardements de l’existence.

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“Tout est ailleurs”, un article de Norbert Czarny

ANDRZEJ STASIUK
MON ALLEMAGNE

trad. du polonais par Charles Zaremba
Christian Bourgois, 96 p., 12 €

Les guides touristiques qui balisent nos parcours, indiquent les meilleurs itinéraires et recommandent les meilleures tables ne reprendront sans doute jamais les propositions d’Andrzej Stasiuk quant à l’Allemagne. Heureusement : cela laisse au lecteur le plaisir d’emporter avec lui “Mon Allemagne”, et de mieux regarder autour de lui.

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“Les vertiges de la gloire”, un article d’Alain Joubert

INGAR SLETTEN KOLLOEN
KNUT HAMSUN, RÊVEUR ET CONQUÉRANT
biographie traduite du norvégien par Éric Eydoux
Gaïa Éditions, 768 p., 28 €
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KNUT HAMSUN
VICTORIA
trad. du norvégien par Ingunn Galtier et Alain-Pierre Guilhon
Gaïa Éditions, 128 p., 14 €

Knut Hamsun occupe une place tout à fait singulière dans l’histoire de la littérature internationale. Et il n’est pas simple d’en faire le tour, tant sont sinueux les chemins qui y mènent ; c’est à deux hommes, en effet, que nous allons devoir consacrer notre attention, deux hommes en un, bien entendu.

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“Les avant-gardes du XXe siècle”, un article de Georges Raillard

SERGE FAUCHEREAU
AVANT-GARDES DU XXe SIÈCLE
ARTS ET LITTÉRATURE. 1905-1930
Flammarion, 588 p., nb illus. coul., 49 €

Il y a chez Serge Fauchereau une passion d’encyclopédisme. Ses trente livres, autant de fenêtres ouvertes par où il fait entrer un air vivifiant, l’attestent. Il a une vue englobante du champ de l’art – poésie, peinture, musique, architecture. Il aboute des territoires souvent inconnus en France. Son regard est précis : sur la spécificité des pays, sur les rapports qui joignent des mouvements paraissant étrangers les uns aux autres ou, au contraire, nés d’influences réciproques. Ce monumental ouvrage conduit à une réflexion sur ce qu’est l’avant-garde. On dirait mieux : de quel pluriel cette avant-garde de ces vingt-cinq années, 1905-1930, est-elle constituée ?

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“Les légions des soeurs”, un article de Gilbert Lascault

EXPOSITION MÂKHI XENAKIS
ELLES NOUS REGARDENT…
Espace des Femmes-Antoinette Fouque
35, rue Jacob, Paris 6e du 8 mars à 30 mai 2010

Sans cesse, la créatrice Mâkhi Xenakis travaille. Elle sculpte, elle dessine, elle écrit. Elle invente des formes inattendues. Elle propose des séries d’oeuvres. Elle imagine les légions des soeurs, leurs multitudes, les kyrielles.

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“Walter Benjamin et le choix du fragment”, un article de Jean Lacoste

WALTER BENJAMIN
ROMANTISME ET CRITIQUE DE LA CIVILISATION
trad. de l’allemand par Christophe David et Alexandra Richter, textes choisis et présentés par Michaël Löwy Payot, coll. « Critique de la politique », 238 p., 21,50 €
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BERNARD SÈVE
DE HAUT EN BAS
PHILOSOPHIE DES LISTES
Seuil, coll. « L’ordre philosophique », 238 p., 19 €

Au moment où se prépare en français l’édition, nécessairement monumentale, des oeuvres complètes de Benjamin, il est en quelque mesure rassurant de retrouver un Benjamin éclaté en textes hétérogènes, un Benjamin « en pièces », dans cette anthologie d’articles inédits. Non que ces textes puissent être considérés comme de simples fragments. Ce sont des pièces denses et très écrites, qui ne sont marginales qu’en apparence, et il faut remercier Michaël Löwy d’avoir rassemblé ces essais, qui offrent autant de clefs pour pénétrer dans une oeuvre notoirement énigmatique.

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“Politiques de la calomnie”, un article de Vincent Milliot

ROBERT DARNTON
LE DIABLE DANS UN BÉNITIER. L’ART DE LA CALOMNIE EN FRANCE, 1650-1800
Gallimard, coll. « NRF Essais », 704 p., 28 €

« Jadis l’Égypte eut moins de sauterelles », écrivait Voltaire pour dénoncer la prolifération des « Rousseau du ruisseau », ces enfants de la République des Lettres qui avaient cru en l’idéologie des « talents », et qui, faute de place et de reconnaissance, alimentèrent au Siècle des Lumières les canaux d’une littérature clandestine, souvent obscène et subversive. Comme les sauterelles, cette bohème littéraire pouvait tout ravager sur son passage, surtout quand elle s’adonnait à l’art féroce de la calomnie. Ces « basses » Lumières constituent le terrain de réflexion privilégié de l’historien américain Robert Darnton, attentif aux formes de la communication comme à la constitution de l’opinion publique.

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“Vaincre la peur : une «union sacrée» au service de la paix”, un article de Philippe Hamon

MICHEL CASSAN
LA GRANDE PEUR DE 1610. LES FRANÇAIS ET L’ASSASSINAT D’HENRI IV
Champ Vallon, 281 p., 23

Henri IV avait été la cible de tant de tentatives d’assassinat qu’on aurait pu supposer que l’événement parisien du 14 mai 1610 – avec la « réussite » de Ravaillac – ne surprenne guère ses sujets. Or il n’en est rien : la mort du roi répand dans le royaume une onde de peur et d’angoisse. L’objet du livre de Michel Cassan est de rendre compte avec précision des conditions de diffusion de la nouvelle et des réactions qu’elle suscite dans l’ensemble du royaume (l’enquête concerne la France dans ses frontières du temps).

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“Une ville mésestimée”, un article de Marie-Ange Maillet

JEAN-PAUL BLED
HISTOIRE DE MUNICH
Fayard, 371 p., 25 €

À un moment où tous les regards sont tournés vers Berlin, capitale de l’Allemagne réunifiée que les festivités de novembre dernier viennent de célébrer comme le théâtre des événements historiques de 1989 et sur laquelle existent déjà de nombreux ouvrages en français, publier un livre sur Munich est un geste à contre-courant d’autant plus bienvenu que le lecteur non germanophone intéressé par l’histoire de cette ville n’avait guère les moyens, jusqu’à récemment, de satisfaire sa curiosité. Signe d’un désintérêt relatif pour le sud de l’Allemagne, il n’existait pas non plus d’ouvrage en français sur la Bavière avant la parution en 2007 de l’Histoire de la Bavière d’Henri Bogdan (éditions Perrin).

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“« Parmi les éprouvés » : proscrits du XIXe siècle”, un article de Arnaud-Dominique Houte

SYLVIE APRILE
LE SIÈCLE DES EXILÉS. BANNIS ET PROSCRITS DE 1789 À LA COMMUNE
CNRS Éditions, 336 p., 28 €

« Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là » : la figure de Victor Hugo a longtemps occulté l’histoire des milliers d’exilés du XIXe siècle. À peine pris en main, le livre de Sylvie Aprile semble prolonger cette tradition : Hugo à Guernesey pour la couverture, Hugo en exergue et en conclusion… Mais les vers cités ne sont pas les plus connus, loin s’en faut : « Parmi les éprouvés je planterai ma tente. » De la même manière, Sylvie Aprile entend écrire l’histoire de Victor Hugo certes, mais aussi et surtout, celle de ses compagnons moins connus ou anonymes.

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“Une histoire universelle de la médecine”, un article de jean-Paul Deleage

ANNE-MARIE MOULIN
LE MÉDECIN DU PRINCE
VOYAGE À TRAVERS LES CULTURES
Odile Jacob, 368 p., 25 €

Au croisement de sa propre expérience de « French Doctor » et des multiples récits des médecins du prince, la philosophe Anne-Marie Moulin entrouvre et explore une histoire universelle de la médecine d’une richesse inouïe.

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“Miroir et merveilles”, un article de Lucien Logette

TIM BURTON
ALICE AU PAYS DES MERVEILLES

« Why is a raven like a writing-desk ? » Pourquoi un corbeau ressemble à un bureau ? Le Chapelier fou pose plusieurs fois la question à Alice, au long du film de Tim Burton, sans qu’une réponse soit donnée – pas plus d’ailleurs que dans le livre de Lewis Carroll, puisque celui-ci n’en donnera la solution que dans sa préface à la réédition de 1897. C’est un des rares moments où le film nous rappelle que Alice in Wonderland est avant tout une oeuvre de langage, non réductible à ses actions. Burton nous en propose une version échevelée, personnelle, certes, mais dont on risque de sortir essoufflé.

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“Mystère bouffe et fabulages”, un article de Monique Le Roux

DARIO FO
MYSTÈRE BOUFFE ET FABULAGES
Mise en scène de Muriel Mayette
Salle Richelieu jusqu’au 19 juin
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DARIO FO et FRANCA RAME
ALICE ET CETERA
Mise en scène de Stuart Seide
Théâtre du Rond-Point jusqu’au 15 mai

“Mystère bouffe et fabulages” de Dario Fo mis en scène par Muriel Mayette à la salle Richelieu, “Alice et cetera” de Dario Fo et Franca Rame par Stuart Seide au Théâtre du Rond-Point : le plaisir pris à ces spectacles ne fait pas oublier le paradoxe de représenter des textes indissociables d’enjeux politiques en des lieux et devant des publics qui ne peuvent qu’en désamorcer la force provocatrice.

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“La pédagogie de Chopin”, un article de Thierry Laisney

FRÉDÉRIC CHOPIN
ESQUISSES POUR UNE MÉTHODE DE PIANO
textes réunis et présentés par Jean-Jacques Eigeldinger
Flammarion, 138 p., 21 €

Les témoignages s’accordent : ce n’est pas seulement pour vivre que  Chopin donnait des leçons de piano, mais aussi par goût de l’enseignement. D’un projet de méthode, Chopin n’a laissé que des esquisses, « une douzaine de feuillets, rédigés en un français fort contestable » selon Alfred Cortot (“Aspects de Chopin”, Albin Michel, p. 53), qui s’était rendu acquéreur du manuscrit. Comme il s’agit de bribes, Jean-Jacques Eigeldinger, le méticuleux éditeur de l’ouvrage, leur a ajouté quatre textes brefs révélateurs de la pédagogie de Chopin : un traité (inachevé) du Norvégien Thomas Tellefsen, élève bien-aimé de Chopin ; les notes dues respectivement à un autre élève, Karol Mikuli, et à deux « élèves d’élèves », qualité dont seul le prestige des plus grands maîtres autorise à se prévaloir.

La Quinzaine n°1013, du 16 au 30 avril 2010

“Paradoxes d’une nation”, un article d’Hugo Pradelle

STEPHEN WRIGHT
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“LA POLKA DES BÂTARDS”(The Amalgamation Polka) trad. de l’anglais (États-Unis) par Serge Chauvin, Gallimard, coll. « Du monde entier », 416 p., 23 €
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MÉDITATIONS EN VERT
(Meditations in Green) trad. de l’anglais (États-Unis) par François Happe Gallmeister, 400 p., 24 €

Avec ces deux romans, nous découvrons un auteur magistral s’interrogeant sur les rapports compliqués qui s’ordonnent entre violence et progrès, sur les contradictions terribles qui font de l’Amérique ce qu’elle est. Démesurée, l’œuvre de Wright entreprend, avec une extraordinaire cohérence, la nature paradoxale d’un peuple de « dévorateurs » et nous entraîne dans l’aventure fascinante d’une nation qui s’exorcise.

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“Tours, détours et Imprévus”, un article de Norbert Czarny

CHRISTIAN OSTER
DANS LA CATHÉDRALE
Minuit, 144 p., 13,50 €

Il suffit de peu au narrateur des romans de Christian Oster pour être perturbé : une mouche qui prend ses aises dans une chambre, un rhume persistant, du sable envahissant le seuil d’une maison, ou au pis, une sacoche égarée ou une femme aimée qui est partie. Il est question de choses voisines, dans le nouveau roman d’Oster, Dans la cathédrale. Il est aussi question de mariage.

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“Le châtiment de la beauté”, un article de Hugo Pradelle

JACQUES TOURNIER
FRANCESCA DE RIMINI
Seuil, 120 p., 140 €

Un roman à la fois doux et brutal, comme écrit en sourdine, en deçà d’un récit repris, comme un fil que l’on tire d’une précieuse passementerie qui se défait. Un beau portrait de femme en même temps qu’un conte sur le désir empêché, l’amour et l’infidélité, l’ennui et la soumission, la politique et la volupté, la liberté et son châtiment.

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“Un texte plein de crevasses”, un article de Laurent Margantin

WERNER KOFLER

DERRIÈRE MON BUREAU,
TRIPTYQUE ALPESTRE I
trad. de l’allemand (Autriche) et présenté par Bernard Banoun
Éditions Absalon, 188 p., 18,50 €

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CAF’CONC’TREBLINKA,
REPRÉSENTATION PRIVÉE
trad. de l’allemand (Autriche) et postface par Bernard Banoun
Éditions Absalon, 61 p., 9,50 €

Les éditions Absalon continuent à nous faire découvrir un auteur autrichien important, Werner Kofler, de la même génération qu’Elfriede Jelinek.

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“L’énigme”, un article de Hugo

ANTONI CASAS ROS
ENIGMA
Gallimard, 252 p., 16,90 €

À la fin de son premier roman, Antoni Casas Ros écrivait : « j’ai rêvé de mon prochain roman. Je ne compte pas m’ar rêter là ! Un sujet à la hauteur de mes ambitions. Celui-ci n’est qu’un prélude. […] Au travail, essaie de t’étonner toi-même ! ». C’est chose faite ! Avec Enigma, il nous enchante par la virtuosité d’un style cristallin, la profondeur d’une construction en abîme saturée d’ironie et de jeux formels, qui portent une histoire troublante, sensuelle et douloureuse. Nous croyons désormais un peu plus au pouvoir de la poésie, enivrés de son parfum sulfureux, proférant avec l’auteur « que la souffrance soit la porte de la littérature ».

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“Aspects de la littérature russe”, un article de Christian Mouze

ARKADI BABTCHENKO
LA COULEUR DE LA GUERRE
trad. du russe par Véronique Patte
Gallimard, 425 p., 26 €
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VLADIMIR SOROKINE
ROMAN
trad. du russe par Anne Coldefy-Faucard
Verdier, 592 p., 29,50 €
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ANDREÏ DMITRIEV
L’AVIATEUR ET SA FEMME
trad. du russe par Lucile Nivat
Fayard, 128 p., 14 €
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LUDMILA PETROUCHEVSKAÏA
LA PETITE FILLE DE L’HÔTEL MÉTROPOLE
trad. du russe par Macha Zonina et Jean-Pierre Thibaudat
Christian Bourgois, 178 p., 18 €

La littérature est une éternité humide d’humanité. Grâce au verbe, les plaies, les cicatrices morales d’un individu ou d’un peuple sont sans  retour et ne sont pas destinées à s’effacer. En Russie peut-être plus qu’ailleurs, et en tout cas plus lisiblement qu’ailleurs (à cause de multiples facteurs, géographiques, psychologiques ou proprement historiques liés aux expansions, aux arrêts et au développement violent du pays, en un mot à sa construction identitaire chaotique), elle est le lien même des hommes et de leur Histoire.

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“Colette, butte-témoin”, un article de Maurice Mourier

COLETTE JOURNALISTE
Chroniques et reportages (1893-1945)
texte établi, présenté et annoté par Gérard Bonal et Frédéric Maget
Seuil, 384 p., 21 €

En 1893, Sidonie Gabrielle Colette a vingt ans. Elle épouse Henry Gauthier-Villars, dit Willy, qui en a quinze de plus et une réputation justifiée de journaliste noceur à la mode. « Nègre » de son mari pour les premiers Claudine, qu’il signe de son nom, elle va aussi l’aider pour quelques-unes des nombreuses chroniques – musicales notamment, opéras et concerts – qu’il place un peu partout. Tels sont les premiers « apprentissages » littéraires dont elle parlera plus tard, et qui ont constitué au f il de treize années, celles de leur union, le socle d’une exceptionnelle carrière, achevée avec la mort de Colette en 1954.

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“Je l’écoute, je l’admire, je me tais”, un article de Nicole Casanova

DOMINIQUE BONA
CLARA MALRAUX, biographie
Grasset, 470 p., 20,90 €

Ainsi Clara Malraux définit-elle sa relation avec l’auteur de “La Condition humaine”, et la cause de leur rupture.

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“Faire cortège à ses sources”, un article de Marie Etienne

CLAIRE MALROUX
TRACES, SILLONS
José Corti, coll. « En lisant en écrivant », 220 p., 19 €

Pierre Silvain, romancier et poète, que La Quinzaine littéraire connaissait bien, n’est plus des nôtres depuis peu. Sa compagne, Claire Malroux, écrivait son livre, “Traces, sillons”, à un moment où il était en train de s’affaiblir. Aussi le lui a-t-elle dédié.

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“Une fantaisie abyssale”, un article de Jean-Pierre Tiesset

CHRISTOPH RANSMAYR
DAMES ET MESSIEURS SOUS LES MERS
Damen & Herren unter Wasser
Une histoire en images d’après sept planches photographiques en couleurs de Manfred Wakolbinger
trad. de l’allemand par Nicole Taubes
José Corti, coll. « Merveilleux », n° 44, 80 p., 19 €

On s’aperçoit à la lecture de ce petit livre, un de ceux que Christoph Ransmayr aime intercaler entre des ouvrages où le souffle créateur du romancier se fait plus ample, que la continuité est totale depuis les premiers titres qui ont fait sa notoriété dans le monde des Lettres : cette continuité se manifeste en filigrane dans un même travail aux confins de l’imaginaire et du réel, qui prend ici pour objet la métamorphose, l’instabilité des hommes et des choses qui constitue l’essence même de la vie. L’évolution mise en évidence par Darwin (et dangereusement contestée aujourd’hui par un retour en force du « créationnisme » et de l’obscurantisme) est-elle autre chose qu’une métamorphose de l’espèce étirée dans le temps ?

“Les cous tranchés”, un article de Gilbert Lascault

EXPOSITION CRIME ET CHÂTIMENT
Musée d’Orsay
1, rue de la Légion-d’Honneur, Paris 7e
16 mars – 27 juin 2010
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PUBLICATIONS
JEAN CLAIR et coll.
CRIME ET CHÂTIMENT
Gallimard/musée d’Orsay, 416 p., 476 ill., 49 €

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BERNARD OUDIN
LE CRIME (ENTRE HORREUR ET FASCINATION)
Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard », 128 p.,
150 documents, 14 €

L’exposition féconde, complexe, farouche, fascinante, réunit 476 pièces à conviction, les corps du délit, les objets-fétiches, les choses de maléfice et de séduction. L’exposition rassemble des témoignages (à charge et à décharge) du procès permanent des humains.

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“Une promenade au Louvre”, un article de Gilbert Lascault

JEAN GALARD
PROMENADES AU LOUVRE
EN COMPAGNIE D’ÉCRIVAINS, D’ARTISTES
ET DE CRITIQUES D’ART
Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1 232 p., 31 €

Chaque jour, le Louvre s’ouvre. Les foules s’approchent de la pyramide translucide. Elles s’engouffrent dans les escaliers, dans les salles. À certains moments, les visiteurs, épuisés, s’ennuient, traînent, souffrent. Plus souvent, ils apprennent à regarder les œuvres de près et de loin, en un lieu de jouissances et de sérénité.

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“Pourquoi Spinoza ?”, un article de Marc Lebiez

MAXIME ROVERE
EXISTER
MÉTHODES DE SPINOZA
CNRS Éditions, 384 p., 25 €

Spinoza occupe une position particulière parmi les métaphysiciens classiques. À la différence de Descartes, Leibniz ou Malebranche, auxquels ne s’intéressent vraiment que des professionnels de la philosophie, il attire aussi des lecteurs qu’on pourrait croire rebutés par la diff iculté de son écriture. Qu’y trouvent-ils et, d’abord, qu’y cherchent-ils ?

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“Repenser la démocratie”, un article de Christian Descamps

CORNÉLIUS CASTORIADIS
DÉMOCRATIE ET RELATIVISME
édition établie par Enrique Escobar, Myrto Gordicas
et Pascal Vernay, introduction par Jean-Louis Prat
Mille et Une Nuits, 142 p., 12 €

Avec une régularité digne d’éloge, l’édition française nous offre, chaque année, un nouvel ouvrage de Castoriadis, ce philosophe capitaldisparu en 197. L’an 2010 propose aux éditions Mille et Une Nuits,
Démocratie et relativisme, un débat de 1994 avec la revue du MAUSS (Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales), publié partiellement il y a quinze ans. Ici, l’animateur de Socialisme ou barbarie (1949- 1967) discute, pied à pied, avec Alain Caillé, Jacques Dewitte, Serge Latouche et Chantal Mouffe. Il s’agit de savoir comment les valeurs d’autonomie, de démocratie, ces créations historiques nées dans l’univers gréco-occidental, peuvent prendre et garder sens et force dans d’autres.

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“Comment je suis devenu linguiste”, un entretien avec Jean-Claude Chevalier, réalisé par Omar Merzoug

JEAN-CLAUDE CHEVALIER, avec PIERRE ENCREVÉ
COMBATS POUR LA LINGUISTIQUE
DE MARTINET À KRISTEVA
ENS éditions, 419 p., 44 €

Philologue, linguiste et grammairien, Jean-Claude Chevalier est l’auteur d’une thèse de doctorat sur la “Naissance de la notion de complément dans la grammaire française” (Droz, 1970). Il appartient à cette génération de philologues qui, à l’orée des années 1960, ont découvert la linguistique comme Moïse la Terre promise. Dans un entretien qu’il a bien voulu accorder à La Quinzaine littéraire, Jean-Claude Chevalier revient sur les étapes de son parcours et répond aux questions que pose l’irruption d’une science du langage qui a eu l’ambition de servir de modèle épistémologique aux sciences humaines.

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“Déferlante freudienne”, un article de Michel Plon

de SIGMUND FREUD
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L’INTERPRÉTATION DU RÊVE
trad. inédite et présentation par Jean-Pierre Lefebvre,
Seuil, 701 p., 25 €
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TOTEM ET TABOU
trad. inédite par Dominique Tassel présentation par Clotilde Leguil
Seuil, 309 p., 7 €
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LE MALAISE DANS LA CIVILISATION
trad. inédite par Bernard Lortholary présentation par Clotilde Leguil
Seuil, 185 p., 6,30 €
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LE MALAISE DANS LA CULTURE
trad. inédite par Dorian Astor, présentation par Pierre Pellegrin,
GF Flammarion, 218 p., 4,80 €
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ALAIN DE MIJOLLA
FREUD ET LA FRANCE (1885-1945),
PUF, 947 p., 49 €

Une nouvelle traduction française de “Die Traumdeutung”, ce livre qui fut longtemps un atelier plutôt qu’un livre, sorte de work in progress (cf. La Quinzaine littéraire n° 1009), voilà qui constitue, qui devrait constituer un événement, n’était le risque de son recouvrement par la sorte de déferlante éditoriale qui a commencé d’envahir le marché depuis l’aube de cette année 2010, date de l’entrée de l’oeuvre freudienne tout entière dans le domaine public.

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“François d’Assise dans son époque”, un article de Jean-Maurice Le Gal

ANDRÉ VAUCHEZ
FRANÇOIS D’ASSISE
ENTRE HISTOIRE ET MÉMOIRE
Fayard, 548 p., 16 p. d’ill. hors-texte, 28 €

Toutes les ressources du travail de l’historien sont ici mises en oeuvre, servies par une aisance d’écriture où l’érudition consommée de l’auteur se résout en connaissance familière d’un champ d’études à la fréquentation duquel il nous convie. L’histoire est en effet descriptive en tant qu’elle restitue les conditions d’un temps et les lieux d’une vie dans son cadre social, mais aussi, et conjointement, elle est narrative, s’attachant à suivre le fil d’une vie dans toute sa singularité pour en éclairer chacune des étapes significatives et également la portée, au sein de l’époque, puis dans les échos d’une longue postérité, des événements qui en ont marqué le cours.

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“Une Histoire de la musique sacrée”, un article de Bruno Moisan

DON LUIGI GARBINI
NOUVELLE HISTOIRE DE LA MUSIQUE
SACRÉE, DU CHANT SYNAGOGAL
À STOCKHAUSEN
trad. de l’italien par Pierre-Emmanuel Dauzat
Bayard, 592 p., 35 €

La lecture du livre de Don Luigi Garbini, sans atteindre le degré d’agitation d’une tempête sur le lac de Tibériade, n’en demeure pas moins un voyage quelque peu déroutant. Tout commence lorsqu’on ouvre le livre. Première de couverture
très esthétique. Un antiphonaire, artistiquement partagé en deux moitiés asymétriques, celle de gauche lumineuse, celle de droite progressivement assombrie en un élégant dégradé, est percé, en haut à droite, d’un cercle laissant apparaître
un ciel bleu moutonné de nuages. Là encore, il s’agit de montrer l’impureté, l’altération qui est finalement l’une des thèses du livre.

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“Univers parallèles, science ? fiction ?”, Jean-Michel Kantor

THOMAS LEPELTIER
UNIVERS PARALLÈLES
Seuil, coll. « Science ouverte », 288 p., 20 €

Croyez-vous à l’existence d’univers parallèles, d’autres univers que le nôtre, dont nous serions à jamais séparés ? De la science-fiction ? Pas seulement ! Thomas Lepeltier, historien et philosophe des sciences, nous montre que cette idée étrange a peu à peu acquis le statut d’une véritable hypothèse scientifique.

La Quinzaine n°1010, du 1er au 15 mars 2010

“L’Islande est un grand pays”, un article de Maurice Mourier

JÓN KALMAN STEFÁNSSON
ENTRE CIEL ET TERRE
trad. de l’islandais par Éric Boury
Gallimard, 240 p., 21 €

Jón Kalman Stefánsson a quarante-sept ans. Entre ciel et terre, qui date de 2007, est son premier texte traduit en français. Il illustre avec éclat et prouve la vigueur toujours actuelle, intacte, d’une prose créée vers 1180 sous forme de sagas par les descendants lointains des bardes vikings émigrés qui, dès le IXesiècle, produisirent là-bas les premiers poèmes appelés « scaldiques ». Or c’est autour d’un poème, d’un extrait du “Paradis perdu” de John Milton (1608-1674), traduit au début du XIXe siècle par un pasteur islandais, que tourne l’intrigue, d’ailleurs minimale, du roman.

“Le deuil”, un article de Hugo Pradelle

MIGUEL DELIBES
CINQ HEURES AVEC MARIO
Cinco horas con Mario
traduction nouvelle de l’espagnol par Dominique Blanc Verdier, coll. « Poche », 288 p., 9,80

Les éditions Verdier font paraître une nouvelle traduction de l’un des romans les plus célèbres de Miguel Delibes. Écrit en 1966, il consiste en l’évocation par une femme conformiste et bourgeoise de sa vie conjugale alors qu’elle veille, une nuit durant, la dépouille de son époux.

“Un feu follet”, un article de Norbert Czarny

ARNAUD CATHRINE
LE JOURNAL INTIME DE BENJAMIN LORCA
Verticales, 208 p., 16 €

Au cœur du roman, et dans le cœur de ses amis et parents, Benjamin Lorca occupe une place essentielle, que sa mort n’a pas supprimée. Dès le premier mot du nouveau roman d’Arnaud Cathrine : « Charognard », on comprend que tout ce qui touche au jeune écrivain éveille la passion, le silence respectueux ou la parole à vif.

“Politiques du roman”, un article de Claire Richard

ÉLISABETH FILHOL
LA CENTRALE
P.O.L, 144 p., 14,50 €

“La Centrale” : un nom générique, parce qu’à Chinon, au Blayais ou au Tricastin, les centrales nucléaires sont toutes les mêmes pour les intérimaires chargés de leur maintenance. L’un d’entre eux, Yann, se trouve un jour exposé à une trop forte dose d’irradiation. Précarité du travail, gestion du risque nucléaire : Élisabeth Filhol noue ces questions brutalement contemporaines à une écriture blanche qui happe le lecteur. La Centrale est un premier roman qui donne un aperçu de ce que peut être une politique de l’écriture aujourd’hui.

“Faire une poupée semblable à la dame”, un article d’Agnès Vaquin

HÉLÈNE FRÉDÉRICK
LA POUPÉE DE KOKOSCHKA
Verticales, 220 p., 18,50

“La Poupée de Kokoschka”, un premier roman d’une jeune Québécoise qui vit à Paris. À soi seul, le propos suffit à attiser l’imagination. On est à Munich, à la fin de la Première Guerre mondiale. Alma Mahler a quitté le peintre Oskar Kokoschka. Incapable d’accepter la rupture, ce dernier passe une stupéfiante commande à une marionnettiste : il veut qu’elle lui fabrique une poupée en tout semblable à la dame. Histoire vraie qu’Hélène Frédérick s’approprie pour en faire un roman singulier qui d’emblée emporte son lecteur.

“Le miel et l’oignon”, un article de Norbert Czarny

JEAN-LUC ALLOUCHE
LES JOURS REDOUTABLES
Denoël, coll. « Impacts », 322 p., 22 €

« Youm assal, youm bassal » : un jour c’est du miel, un jour c’est de l’oignon. Le proverbe gazaoui traduit bien l’atmosphère qui règne au Moyen-Orient. Pendant les années 2002-2005, Jean-Luc Allouche a été le correspondant de Libération à Jérusalem. Attentats, réponses musclées, haines et désespoir. “Les Jours redoutables”, son récit, raconte ce séjour parmi les allumés de tous bords, les fanatiques, et les excentriques. Le constat est à la fois amusant et terrifiant.

“Vertiges noirs”, un article de Hugo Pradelle

DASHIELL HAMMETT
ROMANS
nouvelle traduction de l’anglais (États-Unis) par Pierre Bondil et Nathalie Beunat
Gallimard, coll. « Quarto », 1064 p., 27,50 €

JAMES ELLROY
UNDERWORLD USA
Blood’s A Rover
trad. de l’anglais (États-Unis) par Jean-Paul Gratias
Rivages, 848 p., 24,50 €

Une anthologie intégralement retraduite des principales œuvres de Dashiell Hammett paraît alors que, dans le même temps, nous découvrons le dernier opus de la trilogie que James Ellroy a consacré aux années soixante. 2000 pages presque qui donnent le vertige. Précises, crues, terribles et violentes, elles illuminent une nuit enténébrée d’éclairs éblouissants. Entre rupture et dépassement d’un genre malheureusement trop souvent
méjugé, l’un à la succession de l’autre, ces deux géants de la littérature américaine balaient le monde d’un regard implacable. Voici le grand saut.

“Victime du bruit”, un article de Jacques Fessard

ANTONIO DI BENEDETTO
LE SILENCIAIRE
El Silenciero
trad. de l’espagnol (Argentine) par Bernard Tissier José Corti, 191 p., 20 €

Antonio Di Benedetto n’est pas un inconnu chez nous. Et pas seulement parce qu’il y trouva refuge après avoir été détenu un an sans procès dans les cachots de la junte militaire argentine. Plusieurs de ses livres ont déjà été traduits en français, en particulier son roman “Zama” considéré unanimement comme un chef-d’œuvre qui – aux yeux de Julio Cortázar ou de Juan José Saer – ouvrait à la fiction latino-américaine une voie toute différente de celle du très fameux réalisme magique.

“Oublie que ton œuvre est bâclée, Créateur !”, un article de Odile Hunoult

CHRISTINE LAVANT
UN ART COMME LE MIEN N’EST QUE VIE MUTILÉE
Poèmes choisis, présentés et traduits de l’allemand (Autriche) par François Mathieu
Lignes éd., 192 p., 20,50 €

Christine Lavant (1915-1973), qui a reçu deux fois le prix Trakl en 1954 et 1964, si elle est encore peu connue en France, n’est pas un poète mineur. Cet important recueil bilingue montre sa place singulière. Le titre en est repris d’un recueil posthume de proses et poèmes publié à Salzbourg par Otto Müller Verlag en 1978 (Kunst wie meine ist nur verstümmeltes Leben).

“L’inquiétude des migrants”, un article de Christine Spianti

JEAN FANCHETTE
L’ÎLE ÉQUINOXE
POÈMES : 1954-1991
préface de J. M. G. Le Clézio
Philippe Rey, 224 p., 17 €

Né à Rose-Hill, en l’île Maurice, Jean Fanchette (1932-1992) arrive à Paris à l’âge de 19 ans pour y faire ses études. Il y restera. Dans la préface de ce volume, J. M. G. Le Clézio éclaire ainsi la parole du poète: « Jean Fanchette n’avait rien d’autre à partager que l’inquiétude des errants. » C’est l’errance des migrants, un aller et retour entre deux pays, celui où l’on est né et celui où l’on vit. De quoi est faite cette inquiétude ? Le titre de ce recueil, qui rassemble un choix de textes écrits entre 1954 et 1991 établi par l’auteur, pourrait répondre à cette interrogation : L’Île Équinoxe. L’inquiétude des migrants serait ainsi solitaire, et, à part égale, composée de jour comme de nuit.

“Zoran Music: ce que peut la peinture”, un article de Georges Raillard

EXPOSITION ZORAN MUSIC
Galerie Claude Bernard 7-9, rue des Beaux-Arts, Paris 6e  jusqu’au 20 mars 2010 Au catalogue un texte de Jean Clair « Le soleil ni la mort » Un catalogue de 100 p. illustré, 15 €

Zoran Music, décédé à Venise en 2005, était né en 1909 à Gorizia, dans l’Empire austro-hongrois, au carrefour de quatre langues, dont l’une, l’allemand, le sauva à Dachau en 1943. De Dachau à Venise, un itinéraire au-delà de l’imaginable. Il fut donné pour titre, après la mort du peintre, à deux expositions à La Pedrerade Gaudí à Barcelone. Une autre exposition, cette année-là, fut ouverte par une phrase de Music : « Apprendre à regarder la mort comme un soleil. »

“Orlando Mostyn Owen”, un article de Georges Raillard

EXPOSITION ORLANDO MOSTYN OWEN
BACK DOOR ARCADIA Galerie Polad-Hardouin 86, rue Quincampoix, Paris 3e jusqu’au 13 mars 2010 – Catalogue illustré

Dans la même saison deux faits d’art sont remarquables. Aux Galeries nationales du Grand Palais, la grande mise en scène de Boltanski. Et dans les lieux où l’on pense que la peinture n’est pas morte, la résurgence des pouvoirs anciens de la peinture-peinture : couleur, matière. Et sujets, fussent-ils parfois indéchiffrables.

“L’Algérie française, un tourbillon de passions”, un article de Patrick Sultan

PIERRE DARMON
UN SIÈCLE DE PASSIONS ALGÉRIENNES
UNE HISTOIRE DE L’ALGÉRIE COLONIALE : 1830-1940
Fayard, coll. « Divers Histoire», 936 p., 32 €

Pierre Darmon qui a consacré de grands travaux savants à l’histoire des maladies au XIXe siècle semble, dans l’ouvrage qu’il consacre à l’Algérie coloniale de 1830 à 1940, sortir du champ de sa spécialité et aborder un domaine qui touche d’abord à son histoire personnelle, à son destin de Juif pied-noir. Avec cette somme érudite et de première main, il ne quitte pourtant pas tout à fait l’histoire des pathologies. Car l’historien écoute, palpe et ausculte le malade agité et souvent convulsif que fut l’Algérie sous domination française : il analyse et interprète un « siècle de passions algériennes ».

“Le pouvoir des magistrats”, un article de Monique Chemillier-Gendreau

JACQUES KRYNEN
L’ÉTAT DE JUSTICE FRANCE, XIIIe-XXeSIÈCLE
TOME I : L’IDÉOLOGIE DE LA MAGISTRATURE ANCIENNE
Gallimard, 326 p., 22 €

Comment, dans la construction du système politique français, la magistrature n’a eu de cesse, traversant la longue période monarchique, ou se déployant en période républicaine, de s’imposer aux dirigeants quels qu’ils soient, tel est l’objet de cet ouvrage. Jacques Krynen, grand scrutateur de la construction politique depuis le Moyen Âge français (L’Empire du roi. Idées et croyances politiques en France. XIIIe-XVesiècle, Gallimard, 1993), nous livre ici une étude érudite sur la distribution de la fonction d’autorité entre divers pôles rivaux et sur la genèse de la séparation des pouvoirs. Car la question : “au nom de qui la justice est-elle rendue ?” n’a jamais été élucidée de manière satisfaisante.

“La scène se passe en Pologne, c’est-à-dire nulle part”, un article de Lucien Logette

ANDRZEJ WAJDA
TATARAK sortie le 17 février

KATYN
DVD, éditions Montparnasse, 15 € RÉTROSPECTIVE ANDRZEJ WAJDA Cinémathèque française, 51, rue de Bercy, Paris 12e jusqu’au 21 mars 2010

Il y eut une belle époque, au début des années 60, où nos écrans s’ouvraient au cinéma polonais – Andrzej Wajda, Jerzy Kawalerowicz, Andrzej Munk, Wojciech Has, Polanski à ses débuts, plus tard Skolimowski et Kieslowski affichaient la variété d’une cinématographie vivace, autant que le permettait le « socialisme réel ». Vivace et puissante : revoir des copies restaurées de “Train de nuit” (Kawalerowicz, 1959) et de “La Clepsydre” (éblouissante adaptation de Bruno Schulz par Has, 1973) prouve combien les années ont bonifié, sur tous les plans, l’un et l’autre film. À l’image des autres titres de Munk ou de Has que l’on peut trouver dans les catalogues de DVD.

“Joël Pommerat : le « semeur de trouble »”, un article de Monique Le Roux

JOËL POMMERAT
CERCLES/FICTIONS
Théâtre des Bouffes du Nord Jusqu’au 6 mars
PINOCCHIO
D’après Carlo Collodi, Tournées en France, Belgique et Suisse

Pour sa troisième année en résidence au Théâtre des Bouffes du Nord, Joël Pommerat crée “Cercles/Fictions”, pendant que ses précédents spectacles, en particulier “Pinocchio” d’après Carlo Collodi, continuent leurs tournées. Il poursuit ainsi une recherche amorcée avec “Je tremble”, dont un livre en collaboration avec Joëlle Gayot, Joël Pommerat, troubles éclaire les étapes.

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