La Quinzaine n°985, du 1er au 15 février 2009

mars 8, 2009

Ils furent trois à s’aimer d’amour, un article de Maurice Nadeau

VEZA & ELIAS CANETTI
LETTRES À GEORGES
Biefe an Georges
trad. de l’allemand par Claire de Oliveira
Albin Michel éd., 524 p., 24,50 €

Point n’est besoin de savoir qui étaient Veza et Elias Canetti – adresse à nos jeunes lecteurs – pour savourer ces Lettres à Georges. Comme de connaître l’identité complète de ce Georges. On voit tout de suite qu’il s’agit d’êtres hors du commun et leurs rapports, si extraordinaires qu’ils nous paraissent parfois, nous passionneraient même s’il s’agissait d’anonymes.


Une voix qui revient, un article de Hugo Pradelle

CHARLES LEWINSKY
MELNITZ
trad. de l’allemand (Suisse) par Léa Marcou
Grasset éd., 780 p., 22,90 €

Un roman pris entre la désuétude apparente d’une forme romanesque et la complexité sous-jacente d’un propos sur le temps du récit et sur l’identité juive. Un plaisir de lecture énigmatique et inégal, une manière de nostalgie, un récit dans lequel on plonge, comme dans l’Histoire.


Les grands voyages, un article de Hugo Pradelle

STÉPHANE AUDEGUY
NOUS AUTRES
Gallimard éd., 254 p., 17,50 €
STÉPHANE AUDEGUY
IN MEMORIAM
coll. « Le Cabinet des lettrés »
Gallimard éd., 118 p., 16 €

Après La Théorie des nuages et Fils unique, Stéphane Audeguy publie un roman tout aussi inclassable et surprenant, une bien étrange entreprise voyageuse qui nous transporte au Kenya et nous fait entendre une voix singulière et collective. Simultanément, il fait paraître un petit ouvrage original et virtuose qui compile des anecdotes terribles et cocasses sur la mort.


Sur la piste des chiens féraux, un article de Agnès Vaquin

JEAN ROLIN
UN CHIEN MORT APRÈS LUI
P.O.L éd., 352 p., 20 €

Ce livre de Jean Rolin montre, une fois encore et magistralement, comment s’approprier l’Histoire. Son point de vue, c’est celui de l’aventurier, du curieux, du collectionneur qui suit depuis longtemps déjà et d’un continent l’autre la piste des chiens féraux : « Il s’agit d’un anglicisme, ou plus précisément d’une importation de l’adjectif anglais “feral”, qui désigne un animal domestique retourné à l’état sauvage : importation (…) sous la forme “féral” ou “féralisé “, de préférence à “marron” ou “ensauvagé” en soulignant que le mot est d’origine latine et donc irréprochable. »…


Le Tout-bazar, un article de Hugo Pradelle

ALAIN MABANCKOU
BLACK BAZAR
Seuil éd., 248 p., 18 €

Le nouveau livre de Mabanckou, portrait d’un dandy africain par lui-même, fera rire « y compris à Monaco et en Corse ». On peut cependant se demander si, au-delà de réussites manifestes et d’un véritable plaisir de lecture, le livre n’échoue pas à réaliser ses ambitions.


Quand Yourcenar griffonnait, un article de Jacques Fressard

SUE LONOFF DE CUEVAS
MARGUERITE YOURCENAR, CROQUIS ET GRIFFONNIS, trad. de l’américain par Florence Gumpel
Le Promeneur/Gallimard éd., 184 p., 26,50 €

Voilà un essai érudit qui ne donne ni dans l’emphase ni dans la surcharge et qu’on a plaisir à lire de bout en bout. On y verra, décrit avec précision et sagacité, un aspect méconnu de l’oeuvre de Marguerite Yourcenar qui ne laissera pas de surprendre.


L’épilogue infini, un article de Hugo Pradelle

Le plaisir frustrant de découvrir les textes auxquels Bolaño travaillait au moment de sa mort. Le parachèvement toujours en suspens d’une entreprise poétique essentielle.

ROBERTO BOLAÑO
LE SECRET DU MAL, El secreto del mal
trad. de l’espagnol (Chili) par Robert Amutio
Christian Bourgois éd., 182 p., 18 €





Évasion par correspondance, un article de Alain Joubert

REINALDO ARENAS
LETTRES À MARGARITA ET JORGE CAMACHO (1967-1990)
trad. de l’espagnol (Cuba) par Aline Schulman
Édition préparée et annotée par Margarita Camacho
Actes Sud éd., 375 p., 28 €
JORGE CAMACHO
L’ÉROTISME PROFANATEUR DE LA SAINTE ANNE DE LÉONARD
Essai révélateur en espagnol, français et italien
Éditions PTYX (9 bis, rue de Châtillon, 75014),95 p., 20 €

En 1967, Fidel Castro se lance dans une vaste opération de « relations publiques » auprès du monde littéraire et artistique, en proposant à la direction du Salon de Mai – lequel se tient habituellement au musée d’Art moderne de Paris –, d’organiser sa manifestation annuelle à La Havane, à l’instigation de Carlos Franqui et Wifredo Lam. Une bonne centaine de personnalités sont invitées, parmi lesquelles une délégation du Groupe Surréaliste parisien, notamment Jean Schuster et José Pierre (les plus « pro-castristes » au sein d’un groupe où se manifestent déjà quelques réticences, pour ne pas dire plus), ainsi que Margarita et Jorge Camacho, l’origine cubaine de ce dernier imposant sa présence, tout autant que sa qualité de peintre. Et c’est là que les trois coups du destin vont frapper !


Poésie des frontières, un article de Marie Etienne

LIONEL RICHARD
DIRECTION BERLIN
Herwarth Walden et la revue Der Sturm
Didier Devillez éd., 134 p., 18 €

1910. Malgré l’admiration que suscitent en Allemagne les peintres impressionnistes et néo-impressionnistes français, l’académisme règne, jusqu’à Berlin, sous la férule de Guillaume II. Dans ce contexte naît une revue dont le siège est Berlin, le directeur Herwarth Walden. Le titre, Der Sturm, c’est-à-dire « La Tempête », comme la pièce de Shakespeare, comme le bouleversement des valeurs de l’époque.

Daumal encore et toujours, un article de Agnès Vaquin

RENÉ DAUMAL
FRAGMENTS INÉDITS
Première étape vers La Grande Beuverie
1932-1933
Éolienne éd., 64 p., 10 €
CORRESPONDANCE AVEC LES CAHIERS DU SUD
Au Signe de la Licorne éd., 200 p., 25 €

Voici donc quelques Fragments inédits, en préfiguration de La Grande Beuverie. Le projet date de 1931. René Daumal a vingt-trois ans. Il y songe durant son voyage aux États-Unis, de décembre 1932 au printemps 1933. Le texte définitif sera achevé en 1936 et publié en 1939. L’idée est un stéréotype : in vino veritas.

Fernandez père et fils, un article de Maurice Mourier

DOMINIQUE FERNANDEZ
RAMON
Grasset éd., 809 p., 24,90 €

Il faut beaucoup de courage pour se lancer, à soixante-seize ans, dans une entreprise aussi désespérée : tenter de comprendre et, si faire se peut, de réhabiliter son propre père, tombé de la gloire littéraire – ou au moins de la grande notoriété – dans ce qu’on a appelé, de 1940 à 1944, la « collaboration ». Beaucoup de courage ou plutôt de passion contrariée puisque Dominique Fernandez, qui perdit son père à quinze ans, le 2 août 1944 (l’insurrection parisienne allait commencer le 16 contre les troupes allemandes, qui capitulèrent le 25), avait été sevré de la tendresse paternelle par la séparation de ses parents, à peu près consommée dès 1935.


Les intellectuels et « l’Affaire », un article de Pierre Pachet

ÉTIENNE BARILIER
ILS LIRONT DANS MON ÂME, Les écrivains face à Dreyfus
Zoé éd., 240 p., 18 €

J’ai cru d’abord à un sujet rebattu : les intellectuels dans « l’Affaire », ou la répartition des écrivains français entre dreyfusards
(Péguy, Mirbeau, Zola, Proust, Anatole France) et anti- (Barrès, Bourget, plus tard Bernanos). Erreur : Étienne Barilier, romancier et essayiste, auteur d’une oeuvre importante (publiée pour l’essentiel à L’Âge d’homme et chez Zoé) a écrit là un essai à la fois original et profond, plein d’intelligence, de passion et de précision.

Les analyses que Barilier propose de textes souvent méconnus ou oubliés (romans, mais aussi articles de presse) sont nouvelles et courageuses. Elles nous confrontent à la confusion des esprits, à la bêtise de certains grands écrivains (Bernanos), à leurs contradictions (Péguy, Romain Rolland), aux faiblesses de certains persécutés (car la persécution ne rend pas nécessairement bon).

Le tintamarre, un article de Marc Lebiez

BERNARD SICHÈRE
L’ÊTRE ET LE DIVIN
Gallimard éd., 448 p., 25 €

Qui se voit en philosophe ne prend pas la pose du Penseur solitaire enfermé sur soi. Non qu’il rechignerait devant l’effort de penser mais parce qu’il lui importe encore plus de se faire entendre, et bien entendre. Il n’est pas mal vu de n’avoir rien écrit, il le serait d’avoir clamé dans le désert. Ce souci prend, chez Bernard Sichère, une étonnante intensité.

Exigence de l’à-venir, un article de Stéphane Habib

RENÉ MAJOR
L’HOMME SANS PARTICULARITÉS
Circé éd., 122 p., 14 €

Freud n’a cessé de l’affirmer, de le dire, de l’enseigner, de l’écrire, de le démontrer, la psychanalyse n’est pas une Weltanschauung (une conception du monde) et Lacan d’ajouter à cela qui est déjà parfaitement clair « (…) ni une philosophie qui prétend donner la clé de l’univers ». Néanmoins, aura-t-il affirmé : « On a bien raison de mettre la psychanalyse au chef de la politique. Et ceci pourrait n’être pas de tout repos pour ce qui de la politique a fait figure jusqu’ici, si la psychanalyse s’en avérait avertie. »


Une forme de misère, un article de Norbert Czarny

DANIÈLE SALLENAVE
NOUS, ON N’AIME PAS LIRE
Gallimard éd., 168 p., 11,50 €

Il y a un peu plus d’un an, le ministère de l’Éducation a décidé d’envoyer quelques écrivains dans des collèges de banlieues défavorisées, pour des rencontres avec les élèves ou ateliers d’écriture. Danièle Sallenave s’est rendue à Toulon. Elle connaissait peu ce type d’établissement, n’y avait jamais enseigné, mais elle avait quelques idées sur le sujet.



L’Union soviétique et la Shoah, un article de Jean-Jacques Marie

ANTONELLA SALOMONI
L’UNION SOVIÉTIQUE ET LA SHOAH
trad. de l’italien par Marc Saint-Upéry
La Découverte éd., 344 p., 25 €

L’universitaire italienne Antonella Salomoni publie sous ce titre neutre un ouvrage remarquable à la fois par la richesse de sa documentation et la précision avec laquelle elle présente cette dernière.




Pillage et destruction des livres , un article de Laurent Joly

MARTINE POULAIN
LIVRES PILLÉS, LECTURES SURVEILLÉES, Les bibliothèques françaises sous l’Occupation
Gallimard éd., 587 p., 22,50 €

Abordant à la fois le monde des bibliothèques institutionnelles et celui des bibliothèques et lectures personnelles sous l’Occupation, ce dense et bel ouvrage pourra sembler un peu déroutant à première vue. C’est que, outre le fait que public et privé s’entremêlent étroitement dans la réalité, l’auteur, Martine Poulain, s’est attachée à brasser l’ensemble des problèmes historiques et moraux posés par son sujet polysémique, les « bibliothèques françaises sous l’Occupation ».

Conquérants et collectionneurs, un article de Jean M. Goulemot

MAYA JASANOFF
AUX MARGES DE L’EMPIRE, Conquérants et collectionneurs en Orient de 1750 à 1850
trad. par Isabelle Taudière
Héloïse d’Ormesson éd., 557 p., 26 €

Le titre de cet ouvrage a de quoi surprendre puisqu’il mêle deux catégories peu souvent associées : les conquérants et les collectionneurs.
Les premiers sont souvent considérés comme des pillards et les seconds sont plutôt des hommes de cabinets et de bibliothèques. Dans notre imaginaire, ils n’ont guère l’habitude de se côtoyer. À tort peut-être ou même sûrement quand on s’enquiert de l’origine militaire de quelques-uns des chefs-d’oeuvre des collections de nos musées.

De l’autre côté du guichet, un article de Vincent Millot

ALEXIS SPIRE
ACCUEILLIR OU RECONDUIRE, Enquête sur les guichets de l’immigration
Raisons d’Agir éd., 124 p., 7 €

Au cours des trente dernières années, la politique de l’immigration a connu d’incessantes retouches législatives. La volonté sans cesse réitérée
de maîtriser les flux migratoires et les directives européennes ont conduit à la mise en place de dispositions de plus en plus restrictives. Dans un ouvrage incisif, au carrefour de l’histoire du temps présent et de la sociologie, Alexis Spire décrypte les ressorts des pratiques administratives – cet art de bien adapter les normes aux non-dits d’une politique – qui conditionnent le destin, de plus en plus précaire, des immigrants.

À la limite des mathématiques, un article de Jean-Michel Kantor

GREGORY CHAITIN
HASARD ET COMPLEXITÉ EN MATHÉMATIQUES, Nouvelle bibliothèque scientifique
Flammarion éd., 320 p., 28 €

Gregory Chaitin a fait toute sa carrière de mathématicien-informaticien au centre de recherches d’IBM à New York. Son livre est un apercu, pour non-spécialistes, de ses principaux travaux, ce qui explique l’enthousiasme de l’auteur, et ses efforts de pédagogie. Mais le succès est-il au rendez-vous?
Chaitin s’est appuyé sur la notion de programme informatique pour donner une définition mathématique rigoureuse de ce qu’est un « nombre aléatoire », un nombre (réel, avec une infinité de décimales) choisi au hasard. Il s’est inspiré pour cela d’idées introduites par Émile Borel au début du XXe siècle…

Hachis de patron à la picarde, un article de Lucien Logette

BENOÎT DELÉPINE et GUSTAVE KERVERN
LOUISE-MICHEL

Lors de la sortie d’Avida, nous avions qualifié ses auteurs, Benoît Delépine et Gustave Kervern, d’« incontrôlés » (Q. L. n° 930), en référence implicite aux incontrolados de la Colonne de fer, brigade anarchiste intégrée à l’armée républicaine espagnole et dont l’un des combattants anonymes rédigea en 1937 une Protestation devant les libertaires du présent et du futur qu’Alice et Guy Debord traduisirent et que Champ libre édita quarante-deux ans plus tard. Avida n’incitait pas directement à la guerre civile ni à l’action violente, mais l’esprit mal-pensant qu’on y percevait laissait entrevoir des applications socialement plus toxiques que la simple quête du Graal dépourvu de sens à laquelle le film nous conviait.


La Quinzaine n°984, du 16 janvier au 31 janvier 2009

février 1, 2009

Pour une critique de la raison neurobiologique, un article de Catherine Malabou

JEAN-PIERRE CHANGEUX, DU VRAI, DU BEAU, DU BIEN
Une nouvelle approche neuronale
Odile Jacob éd., 545 p., 29 €

Écrire le compte-rendu critique d’un livre de neuroscience, surtout lorsqu’il porte un titre aussi peu neuroscientifique et si évidemment philosophique que celui de Jean-Pierre Changeux, Du Vrai, du Beau, du Bien, est pour le philosophe une véritable gageure. En effet, celui-ci semble n’avoir d’autre alternative que d’approuver sans réserve cette tentative de domination du champ philosophique par la neuroscience d’une part, de résister de toutes ses forces à ce qui lui apparaîtra nécessairement comme une usurpation, une captation des idées métaphysiques par la neurobiologie d’autre part.

Infléchir la trajectoire suicidaire, un article de Jean-Paul Deléage

ANDRÉ LEBEAU, L’ENFERMEMENT PLANÉTAIRE
Le Débat/Gallimard éd., 312 p., 19 €

Après L’Engrenage de la technique, essai sur une menace planétaire, André Lebeau nous livre une nouvelle réflexion sur les conséquences planétaires de l’agir humain. Notre espèce se heurte désormais aux limites
biophysiques de la planète Terre.


bernardcazesUne visite au Musée des Futurs, un article de Julien Damon

BERNARD CAZES, HISTOIRE DES FUTURS
Les figures de l’avenir de saint Augustin au XXIe siècle
L’Harmattan éd., 507 p., 41,50 €

Bernard Cazes nous invite à une visite du Musée des Futurs. Maître d’oeuvre d’un authentique chef-d’oeuvre éditorial (car sans égal et d’excellente tenue), l’ancien responsable des études à long terme du défunt Commissariat au Plan nous fait traverser les galeries et les départements de son conservatoire des figures, des images et des analyses de l’avenir.


Vies parallèles, un article de Norbert Czarny

PATRICK DEVILLE, EQUATORIA
Seuil éd., 336 p., 22 €

« C’est une époque où le blanc des cartes fond comme neige au soleil », écrit Patrick Deville de la fin du XIXe siècle. Au moment où il écrit Equatoria, les couleurs multiples couvrent les atlas et à sa manière, le romancier en rend la profusion dans un livre qui a pour cadre l’Afrique : celle du méconnu Savorgnan de Brazza, celle de Jonas Savimbi et de tant d’autres héros, « traîtres et indécis ».


La « République des jésuites », un article de Monique Baccelli

EUGENIO CORTI, LA TERRE DES GUARANIS
trad. d’Andrea Vanicelli et Jean-Marie Debois
L’Âge d’homme éd., 379 p., 25 €

Un roman historique qui se présente avec toutes les caractéristiques du genre, si ce n’est qu’il nous est livré sous forme de scénario cinématographique, avec des dialogues reliés par des didascalies, et des indications précises de prise de vue : fondu, gros plan, flash-backs, etc. Ce qui surprend un peu, mais a sa raison d’être.




Alliés substantiels, un article de Norbert Czarny

LINDA LÊ, AU FOND DE L’INCONNU POUR TROUVER DU NOUVEAU
Christian Bourgois éd., 146 p., 17 €

Lecteurs, fréquentant assidûment les librairies et errant dans les allées des bibliothèques, nous ne sommes jamais rassasiés. Les livres s’accumulent sur nos rayonnages, on se demande sans cesse lesquels emporter, transmettre aux amis et aux proches, et arrive un autre livre qui nous recommande tel ou tel écrivain. Le petit recueil de Linda Lê est de ces ouvrages qui donnent envie de tourner d’autres pages, de plonger au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau, selon la formule de Baudelaire.


Une traversée du siècle, un article de Georges Guillain

GEORGES-EMMANUEL CLANCIER, VIVE FUT L’AVENTURE
Gallimard éd., 205 p., 17,90 €

Passager du temps, pour reprendre le titre d’un de ses précédents recueils, Georges-Emmanuel Clancier, né quelques semaines avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, a traversé quasiment toute l’histoire du XXe siècle. Ce qu’il en retient aujourd’hui dans ce livre bilan, ce livre testament, significativement intitulé Vive fut l’aventure, c’est le miracle d’une poésie reconnaissante et grave, restée malgré les ans, les mécomptes des temps, alerte et fraîche. En un mot : lumineuse.


Provocateur, un article de Odile Hunoult

JEAN-LUC CAIZERGUES, MON SUICIDE, poésie-fiction
Flammarion éd., 336 p., 20 €

Drôle de livre, dans la collection « Poésie » de Yves di Manno. « Poésie-fiction » dit le sous-titre : les trois premières parties, Petit catalogue de vente par correspondance, Perdant, Mon suicide, sont des fictions écrites comme des poèmes, si l’on entend qu’un poème a, sur la page, une disposition plus ou moins différente de la prose. Le « vers » de Jean-Luc Caizergues est court, très court, hoquetant même. Le mot final peut être rectifié, coupé en deux, rejeté en début de ligne suivante : une verticalité de potence.


Découvrir Ingeborg Bachmann, un article de Tiphaine Samoyault

INGEBORG BACHMANN, MALINA, trad. de l’allemand par Philippe Jaccottet et Claire de Oliveira
Seuil éd., 285 p., 21,50 €
revue IF n° 32 (32 rue Estelle, 13006 Marseille)
Seuil éd., 80 p., 12 €

La première traduction du seul roman achevé d’Ingeborg Bachmann, publié en Autriche en 1971, datait de 1973 et était épuisée depuis un bon moment. Cette traduction de Philippe Jaccottet est reprise aujourd’hui dans une version sensiblement améliorée par Claire de Oliveira et elle invite à lire ou à relire une oeuvre qui, par bien de ses aspects, est encore à découvrir.


Le Socrate de Xénophon, un article de Pierre Thillet

XÉNOPHON et SOCRATE, édité par M. Narcy et A. Tordesillas
Vrin éd., 321 p., 32 €, 1 vol.

Ce volume contient les actes du colloque qui s’est tenu à Aix-en-Provence, en novembre 2003, consacré à Xénophon et Socrate.








Le spectateur émancipé, un article de Pierre Saint-Germain

JACQUES RANCIÈRE, LE SPECTATEUR ÉMANCIPÉ
La Fabrique éd., 150 p., 13 €

Invité par diverses institutions universitaires, culturelles ou artistiques, Jacques Rancière a poursuivi sa réflexion sur l’art moderne, sa réception et son appréciation critiques. Les cinq textes qu’il réunit repartent d’une conceptualisation progressivement élaborée et exposée depuis La Nuit des prolétaires (1981) jusqu’à Politique de la littérature (2007), qui fait le lien entre politique et esthétique, agir et sentir.


Légèreté des mots, douceur des photos, un article de Odile Hunoult

FRANÇOISE DOLTO, ARCHIVES DE L’INTIME, sous la dir. de Yann Potin
Textes de Catherine Dolto, Muriel Djéribi-Valentin, Manon Pignot, Yann Potin, Jean-Pierre Winter
Gallimard éd., 256 p., 29,50 €

Archives de l’intime paraît pour le centenaire de la naissance et le vingtième anniversaire de la mort de Françoise Dolto (le 6 novembre 1988). Difficile, tant le plaisir est grand de feuilleter ces archives, de ne pas ajouter au flot de bénédictions qui traîne autour de Françoise Dolto.


Un Voltaire d’aujourd’hui, un article de Jean M. Goulemot

RAYMOND TROUSSON, VOLTAIRE
Tallandier éd., 798 p., 30 €

Raymond Trousson, professeur à l’Université libre de Bruxelles, est un spécialiste internationalement reconnu du XVIIIe siècle. Depuis quelques années il se consacre à la biographie des grandes figures des Lumières, Rousseau, Diderot et maintenant Voltaire.




De l’amour des beaux-arts, un article de Vincent Milliot

CHARLOTTE GUICHARD, LES AMATEURS D’ART À PARIS AU XVIIIe SIÈCLE
Champ Vallon éd., 400 p., 29 €

En 1767, dans les Salons, Diderot s’enflamme avec sa verve coutumière contre la « race maudite » des amateurs d’art. Objet de multiples critiques à la veille de la Révolution, cette figure sociale dont l’apogée se situe entre le triomphe du mécène au XVIIe siècle et celui du collectionneur au XIXe siècle, a pourtant constitué un acteur essentiel du système monarchique des arts au temps des Lumières, comme l’explique Charlotte Guichard, dans un ouvrage à bien des égards passionnant.


L’agonie du néolibéralisme, Entretien de Ignacio Ramonet par Omar Merzoug

Ancien directeur du Monde diplomatique, co-fondateur d’ATTAC, auteur de La Tyrannie de la communication (1999), Propagandes silencieuses (2000), Guerres du XXIe siècle (2002), Ignacio Ramonet publie Le Krach parfait (Galilée), un essai sur la récente crise financière. Pour les lecteurs de La Quinzaine littéraire, il en explique les tenants et les aboutissants.


À Londres, des économistes et des philosophes réfléchissent sur le marché, un article de Christian Descamps

En organisant une rencontre, en décembre 2008, la fondation Templeton – cette association philanthropique pour soutenir la recherche qui aime poser des « big questions » – se demandait, à l’automne : « Est-ce que le libre marché corrompt la moralité ? » Dans la capitale britannique, cette interrogation fut relancée à partir d’une plaquette où une dizaine d’intervenants répondent, prennent partie, avec plus ou moins de bonheur.


aube_ellouetLe grand large, un article de François-René Simon

YVES ELLÉOUËT
DVD (81 min) de Dominique Ferrandou, Livret de 96 p.
TFV Production éd., www.studioswinwin, 23 €

Aube Elléouët, la fille d’André Breton – la « chère Ecusette de Noireuil » de L’Amour fou –, n’est pas du genre à thésauriser : à son actif, entre autres, la production d’une collection de DVD. Dernier en date : Yves Elléouët (1932-1975), peintre et écrivain inspiré.


Théâtres en capitales, un article de Maïté Bouissy

CHRISTOPHE CHARLE, THÉÂTRES EN CAPITALES
Naissance de la société du spectacle à Paris, Berlin, Londres et Vienne
Albin Michel éd., 574 p., 29 €

En capitales, comme au sommet de l’affiche et dans les capitales majeures de l’Europe d’avant 1914, Paris, Londres, Berlin et Vienne, le théâtre ne cesse de solliciter des publics dont la fonction est d’être là sans être là (pour reprendre une formule de Peter Brook). Christophe Charle fait jouer par le chiffre et par le texte tous les ingrédients du succès rêvé par chacun des agents de l’entreprise théâtrale et la comparaison de ces « sociétés en spectacle » renvoie à notre actualité, car sa grille de lecture se médite au présent.


La Quinzaine n°983, du 1er janvier au 15 janvier 2009

janvier 20, 2009

L’avion, l’amour, le ciel, la tristesse et l’espoir, un article de Christine Spianti

SIMONE DE BEAUVOIR, TOUT CONNAÎTRE DU MONDE
Textes choisis et présentés par Éric Levéel, coll. « Voyager avec… »
La Quinzaine littéraire/Louis Vuitton éd., 272 p., 26 €

En cette année 2008 où l’on se souvient que Simone de Beauvoir est née le 9 janvier 1908, ce recueil retrace tous les voyages qu’elle a effectués, à travers des textes tirés de sa correspondance et de ses mémoires, réunis sous le titre Tout connaître du monde. Trois lettres de Sartre inédites et les photos en noir et blanc de Janine Niepce complètent ce volume. L’ensemble évoque plusieurs époques du monde, des années 30 aux
années 70, des histoires de gens et de paysages si changés depuis. Une passion de la découverte aussi, quand, de Meyrignac à Gao, en passant par Londres et l’Amazonie, chaque jour mène quelque part.

Démocratie décérébrée et mondialisation émotionnelle, un article de Laurence Zordan

AL GORE, LA RAISON ASSIÉGÉE
Fayard éd., 319 p., 21 €
DOMINIQUE MOÏSI, LA GÉOPOLITIQUE DE L’ÉMOTION
Flammarion éd., 268 p., 20 €

La démocratie délibérative, supposant débats, arguments, est-elle supplantée par une démocratie décérébrée, une fois que la raison assiégée a rendu les armes devant l’émotion ? « Raison assiégée », alors que le titre original de l’ouvrage d’Al Gore ne met pas l’accent sur l’aspect obsidional, mais sur l’assaut.


ozRencontre avec Amos Oz, entretien

Amos Oz était à Bastia le 29 novembre dernier, pour recevoir le prix Ulysse, remis par l’association Arte Mare, et qui consacre un auteur du Bassin méditerranéen. Le romancier israélien est dans l’actualité puisque avec David Grossmann, Abraham Burg et des ex-militants du Parti Travailliste, il crée un parti « Colombe », qui présentera des candidats aux élections de février 2009. Nous l’avons interrogé sur ce thème comme sur bien d’autres, plus littéraires, qui traverse son oeuvre.


Variations sur la mort, un article de Gabrielle Napoli

SÁNDOR MÁRAI, LE PREMIER AMOUR
trad. du hongrois par Catherine Fay
Albin Michel éd., 320 p., 20 €

C’est le premier roman de celui qu’Imre Kertész considère comme le plus remarquable des écrivains hongrois que la traduction de Catherine Fay nous permet de lire aujourd’hui. Les fidèles de Sándor Márai retrouveront dans Le PremierAmour la finesse d’analyse du romancier. Loin des Mémoires de Hongrie ou de Libération, qui mettent davantage l’accent sur l’Histoire hongroise, il s’agit ici de se plonger, grâce à la forme du
journal intime, dans l’intériorité, bouleversée et bouleversante, d’un professeur de latin d’une petite ville de province, à quelques mois de la retraite.


Werner Kofler : « L’art doit détruire la réalité », un article de Laurent Margantin

WERNER KOFLER, AUTOMNE, LIBERTÉ
Herbst, Freiheit, Nahorstück
trad. de l’allemand par Bernard Banoun
Absalon éd., 128 p., 17 €

Rejetant le réalisme, tout un courant de la littérature autrichienne conjugue critique de la société et bouleversement des structures romanesques traditionnelles. Werner Kofler s’inscrit dans la lignée des grands prosateurs de langue allemande occupés à défaire tous les codes de l’écriture littéraire.


Le voyage qui ne finit jamais, un article de Hugo Pradelle

NORDAHL GRIEG, LE NAVIRE POURSUIT SA ROUTE (Skibet gaar videre)
trad. du norvégien par Hélène Hilpert et Gerd de Mautort (revu par Ph. Bouquet)
Les Fondeurs de Briques éd., 172 p., 16 €

Soixante ans après sa première publication en France, nous redécouvrons, dans une traduction largement remaniée, le plus célèbre roman de Nordahl Grieg (1902-1943), figure de proue des lettres norvégiennes. Un huis clos maritime et lyrique qui s’inscrit dans une filiation passionnante et inépuisable.


caradecFrançois Caradec, donnez régulièrement de vos nouvelles !, un article de Jean-Jacques Lefrère

Dans une toute récente Quinzaine littéraire, Maurice Nadeau évoquait la disparition de François Caradec, survenue le 13 novembre dernier. D’une manière qui a un peu surpris, en tout cas passablement inattendue, la presse a donné un large écho à cette disparition, comme s’il lui importait de compenser d’un coup la discrétion dont elle avait fait preuve à son égard pendant nombre d’années.


Le Paris de Heine, un article de Jean-Luc Tiesset

HENRI HEINE, LUTÈCE, LETTRES SUR LA VIE POLITIQUE, ARTISTIQUE ET SOCIALE
DE LA FRANCE
présentation de Patricia Baudouin
La Fabrique éd., 475 p., 25 €

En écho aux diverses manifestations qui marquèrent en 2006 le cent-cinquantième anniversaire de la mort d’Heinrich Heine, la publication de ce livre dans le contexte européen actuel est une heureuse initiative. D’autant que Patricia Baudouin l’a doté d’une présentation et d’un appareil critique propres à rendre la lecture agréable à ceux qui ne sont pas obligatoirement fins connaisseurs de l’histoire de la Monarchie de Juillet…


« Sans que j’y pense… », un article de Marie Etienne

Fiction ou vérité, l’auteur prétend avoir retrouvé des papiers qui fourniraient ici matière à poésie.

MATHIEU BÉNÉZET et PHILIPPE HÉLÉNON, NE TE CONFIE QU’À MOI
Flammarion éd., 200 p., 18 €






Les équivoques de la chair, un article de Omar Merzoug

FLORENCE COLIN-GOGUEL, L’IMAGE DE L’AMOUR CHARNEL AU MOYEN ÂGE
Préface de Michel Pastoureau
Seuil éd., 189 p., 45 €

Extrait: “Parce que son idéal demeure l’imitation du Christ, le chrétien bute sur la chair dans laquelle on lui a enseigné à voir une abjection. L’aspiration du fidèle à la vertu se fait au prix d’un déchirement intérieur dans l’exacte Rédemption. Le Révérend Père Malebranche se désespérait de voir les hommes de son temps si entêtés de « choses corporelles » qu’ils négligeaient de cultiver l’esprit, « leur âme esclave du corps » chérissant les divertissements. “


Yo Picasso, un article de Georges Raillard

PHILIPPE DAGEN, PICASSO
Hazan éd., 512 p., 500 ill.,
140 €, 170 € à partir du 1er février

Cette monographie de Picasso par Philippe Dagen est une somme.
Précise, écrite avec allégresse, elle nous entraîne sur les chemins pris par Picasso durant sa longue vie. Comme si nous suivions pour la première fois le mouvement de sa peinture.


Derrida et la fable du politique, un article de René Major

JACQUES DERRIDA, LA BÊTE ET LE SOUVERAIN
Galilée éd., 462 p., 33 €

Qui veut comprendre quelque chose aux arcanes de la politique – aussi bien de celle d’hier que de celle d’aujourd’hui – ne pourra désormais s’exempter d’avoir lu La bête et le souverain. Mais sa lecture devra s’armer de patience, de la patience de l’animal qui guette sa proie ou de la bête constamment sur le qui-vive, pour traverser la forêt de cet imposant
bestiaire politique, riche de figures animales comme figures du politique, cette forêt dans laquelle l’auteur s’avance lui-même à pas de loup pour surprendre, et s’en étonner, les guets-apens de la langue, de la traduction et de l’interprétation, au sein d’une même langue comme d’une langue à l’autre, des pièges qui parsèment l’histoire occidentale de la pensée cherchant à cerner ce qui serait le propre de l’homme et le propre de l’animal.


D’Alphonse Allais à Karl Marx, un article de Jean-Jacques Marie

VINCENT PEILLON, LA RÉVOLUTION FRANÇAISE N’EST PAS TERMINÉE
Seuil éd., 212 p., 16 €
FRANÇOIS RUFFIN, LA GUERRE DES CLASSES
Fayard éd., 240 p., 19 €

Si l’on en croit la quatrième de couverture de l’ouvrage de Vincent Peillon une nouvelle étoile serait enfin apparue dans le ciel plutôt désertique de l’intelligentsia française : « Ce livre est le premier acte d’une nouvelle génération  intellectuelle et politique qui a décidé, sans craindre la polémique et la responsabilité, d’écrire enfin son histoire, de courir son risque, d’enfanter son propre temps, de construire son espérance. » Dans ces lignes modestes on reconnaît la plume de l’auteur lui-même. C’est la version littéraire du self-service.

La Bretagne et les Bretons, un article de Jean-Maurice Legal

JOËL CORNETTE, HISTOIRE DE LA BRETAGNE ET DES BRETONS
Tome I. Des âges obscurs au règne de Louis XIV
Tome II. Des Lumières au XXIe siècle
Seuil éd., 733 p. et 749 p., 26 €

Une somme d’informations, aisément accessible et dans un format commode, c’est ce que Joël Cornette offre à un public de lecteurs allant de l’amateur d’histoire, ancienne et contemporaine, à l’érudit ou à l’historien spécialisé. C’est aussi, tout au long du commentaire des faits établis, une histoire de l’historiographie traditionnelle et moderne de la Bretagne et des discussions qui en ont jalonné le cours. C’est là un ouvrage de référence.


L’homme aux quatre visages, un article de Bernard Cazes

OLIVIER DARD, BERTRAND DE JOUVENEL
Perrin éd., 528 p., 25 €

Olivier Dard avait bien des raisons de s’intéresser à la personnalité de Bertrand de Jouvenel (1903-1987). L’auteur du Rendez-vous manqué des relèves des années 50 ne pouvait manquer d’être attiré par ce jeune radical-socialiste qui, dans les années 20, chercha, toujours en vain, à faire évoluer les structures de la IIIe République. Le même spécialiste qui s’est penché sur certains aspects disons politiquement incorrects de la
France contemporaine (la Synarchie, l’OAS) a dû être tenté de retrouver dans ce qu’il qualifie par symétrie de « second Jouvenel » – celui des années 30 – ce qu’on appellera des présomptions de fascisme : après tout Jouvenel n’a-t-il pas interviewé Hitler le 21 février 1936, et siégé au bureau politique du PPF de Doriot en 1936-37 ?

Valence-Ménilmontant, un article de Monique Roux

PAULINE SALES, ISRAËL-PALESTINE, PORTRAITS
Théâtre de l’Est parisien le 10 janvier et le 8 février 2009
SERGE VALLETTI, SAINT ELVIS
Mise en scène d’Olivier Werner, Théâtre de l’Est parisien jusqu’au 9 janvier 2009

C’est une pratique habituelle pour les lieux scéniques d’Île-de-France d’accueillir des créations réalisées en province. C’est un événement exceptionnel pour le Théâtre de l’Est parisien, dirigé par Catherine Anne, de recevoir deux mois durant la Comédie de Valence, Centre dramatique national de la Drôme et de l’Ardèche, avec cinq spectacles, actuellement
Israël-Palestine, portraits de Pauline Sales, Saint Elvis de Serge Valletti par Olivier Werner et pour le jeune public La Nuit électrique de Mike Kenny par Marc Lainè.


portraits1De tout, un article de Lucien Logette

Donnons la parole à un expert : « Dans une année qui est un bon millésime pour le cinéma, il se produit cinq ou six bons films dans le monde. Pas davantage. » C’est Werner Herzog, en prélude à la rétrospective complète que nous offre jusqu’au mois de mars le Centre Pompidou, qui s’exprime ainsi dans Manuel de survie, entretiens avec Hervé Aubron
et Emmanuel Burdeau que publient les éditions Capricci. Dénigrement du travail des collègues, pessimisme grognon ou lucidité critique ? Nous pencherons pour la dernière hypothèse, puisque nous la partageons – en partie, à condition de changer « bons » en « grands ». Même si l’étiage semble faible, cinq ou six films capables de vous changer le regard, et l’année n’aura pas été totalement inutile. De toute façon, comme le précise
l’auteur d’Aguirre, « les mauvais films seront toujours plus instructifs que les bons »…

Quelle histoire des sciences ?, un article de Olivia Chevalier et Jean-Michel Kantor

L’HISTOIRE DES SCIENCES, Méthodes, styles et controverses
textes réunis et présentés par J.-F. Braunstein
Vrin éd., 384 p., 13 €

Si l’histoire des sciences est de plus en plus présente par exemple dans l’enseignement universitaire, ses méthodes et son rôle sont encore loin de faire l’unanimité.
Le recueil de textes réunis et présentés par Jean-Francois Braunstein est une synthèse bienvenue et équilibrée. Certains de ces textes sont d’ailleurs peu connus en France, d’autres apparaissent pour la première fois en traduction.


Quinzaine n°980 du 16 au 30 novembre 2008

décembre 8, 2008

Alexis Léger ou Saint John Perse, un article de Maurice Mourier
RENAUD MELTZ
ALEXIS LÉGER DIT SAINT-JOHN PERSE
Flammarion éd., 846 p.

Une grande biographie ? Une grosse biographie conviendrait mieux, car on y croule sous les détails, parfois éclairants, souvent oiseux, au moins redondants. Et biographie de qui ? Voilà l’irritante question, le citoyen Léger, né à Pointe-à-Pitre le 2 juin 1887, ayant été par excellence un Janus Bifrons, poète pour les littéraires sous le pseudonyme volontairement opaque de Saint-John Perse, haut fonctionnaire de la diplomatie pour les historiens.

Simone Weil au plus près, un article de Lucette Finas

LAURE ADLER
L’INSOUMISE, Récit
Actes Sud éd., 272 p.

Récit : c’est ainsi que Laure Adler dénomme son approche minutieuse de SimoneWeil, l’« insoumise », et de son oeuvre. Et c’est bien d’un récit qu’il s’agit, dans lequel vie quotidienne et textes, lecture et écriture, s’interpénètrent, tandis que s’amassent un savoir et une réflexion auxquels conviendrait à merveille la formule de Mallarmé : « abrupts jeux d’ailes » et cette autre : « fontaine intarissable d’elle-même ». Non que Simone s’attarde sur soi : c’est l’autre, le prochain, comme disent les chrétiens qui, inépuisablement, l’intéresse.


Le livre infini, un article de Hugo Pradelle

RODRIGO FRESÁN
LA VITESSE DES CHOSES (La Velocidad de las cosas trad. de l’espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon
Passage du Nord-Ouest éd., 638 p.

Clef de voûte de l’oeuvre de Rodrigo Fresán, ce livre labyrinthique bouleverse tous les repères et établit l’irréalisme comme loi d’un univers d’une complexité fascinante, enchantement terrifiant de la mort, des mutations fictionnelles infinies, de l’éblouissement de l’acte d’écrire, du livre qui se reforme sans cesse. Un monde brillant et composite, virulent et bouleversant, les développements monstrueux d’une obsession pour le Temps, la Mort, les possibles illimités de l’écriture.

Chimamanda Ngozi Adichie, un entretien avec Hugo Pradelle

CHIMAMANDA NGOZI ADICHIE
L’AUTRE MOITIÉ DU SOLEIL
Half of a Yellow Sun
trad. de l’anglais (Nigeria) par Mona de Pracontal
Gallimard éd., 499 p.

Chimamanda Ngozi Adichie (1977-) publie un nouveau roman très construit dans lequel elle raconte les vies de Nigérians entraînés dans la tourmente de la guerre civile. Autour de deux soeurs jumelles et de leur entourage, elle oppose les moments d’effervescence et d’émancipation qui suivent l’indépendance de 1960 et la guerre civile meurtrière dans la région du Biafra. Elle passe d’une époque à l’autre, analyse le quotidien des personnages, décrit avec précision les circonstances de ce conflit, explore la profondeur d’une époque et la complexité des sentiments.

Un paradis miniature, un article de Gilles Lapouge

JACQUES BONNET
DES BIBLIOTHÈQUES PLEINES DE FANTÔMES
Denoël éd., 140 p.

Don Quichotte est un lecteur enragé. Toutes les écritures qui lui tombent sous la main, il faut qu’il les lise. Il gobe, d’un appétit égal, Amadis de Gaule et l’Iliade, un compte d’apothicaire, un vieux bout de papier griffonné ramassé dans la rue, le commandement d’un notaire, la Chanson de Roland, une recette de cuisine. Ce qui l’épate et qui l’enivre, et qui fait son bonheur, c’est qu’il existe de l’écriture, des livres. C’est un miracle. Il n’en revient pas.

emil-noldeEmil Nolde 1867-1956

EMIL NOLDE, EXPOSITION GALERIES NATIONALES DU GRAND PALAIS
25 septembre 2008 – 19 janvier 2009
Catalogue sous la dir. de Sylvain Amio, commissaire de l’exposition, RMN éd., 342 p.
EMIL NOLDE
LETTRES 1894-1926
Accompagnées de reproductions d’oeuvres essentielles trad. par Olivier Mannoni
Actes Sud éd., 214 p.

Le Futurisme crie, défie, provoque, explose, un article de Gilbert Lascault

Bien contrôlée, pensée par Didier Ottinger, réfléchie, bien cadrée, l’exposition du Futurisme à Paris rassemble 115 oeuvres (rarement vues en France) et une centaine de documents (photographies, publications, les célèbres Manifestes (1) du mouvement.

LE FUTURISME À PARIS : une avant-garde explosive
CENTRE GEORGES-POMPIDOU, 15 octobre 2008 – 26 janvier 2009
DIDIER OTTINGER et coll.
LE FUTURISME À PARIS : UNE AVANT-GARDE EXPLOSIVE
Catalogue Georges-Pompidou/5 Continents éd., 360 p., 115 ill. coul., nb doc.
Album de l’exposition, Centre Pompidou éd., 60 p., 75 ill.
GIOVANNI LISTA
LE FUTURISME : UNE AVANT-GARDE RADICALE
Découvertes, Gallimard éd., 144 p., nb ill.

L’empire du «management », un article de Christian Descamps

LUC BOLTANSKI
RENDRE LA RÉALITÉ INACCEPTABLE, À propos de La production de l’idéologie dominante
Démopolis éd., 190 p.

Luc Boltanski – l’auteur du Nouvel Esprit du capitalisme – retrace, ici, la naissance de la revue Les Actes de la recherche en Sciences sociales.
Restituant les stimulantes années 70, sa jeunesse, il décrit, en détail, la genèse d’un article : « La production de l’idéologie dominante » écrit avec Pierre Bourdieu, « le patron » de ce petit monde de sociologues; car, ceux-là entendent faire de leur discipline, du métier de sociologue, de leur austère travail scientifique, un instrument de dévoilement, mettant à mal la doxa feutrée.

De longues marches, un article de Michel Plon

ERIK PORGE
DES FONDEMENTS DE LA CLINIQUE PSYCHANALYTIQUE
Érès éd., 163 p.

PHILIPPE PORRET
LA CHINE DE LA PSYCHANALYSE
Campagne Première éd., 320 p.

La psychanalyse, le respect de son autonomie théorique et pratique,
de la spécificité de sa clinique, autant de conditions à même d’être gravement
modifiées, fût-ce indirectement, par les retombées des projets de
réglementation étatique de l’exercice des psychothérapies. Cette menace
ne va pas sans provoquer des clivages stratégiques et politiques chez les
psychanalystes, mais elle ne devrait toutefois pas masquer l’existence
corrélative d’autres oppositions, liées à l’apparition de sensibles dérives
au regard d’une lecture rigoureuse de l’oeuvre de Freud et des apports
lacaniens.

Quand l’horizon commencera à couler, un article de Claude Mouchard

GÜNTHER ANDERS
HIROSHIMA EST PARTOUT
L’Homme sur le pont
Journal de Hiroshima et de Nagasaki trad. de l’allemand par Denis Trierweiler « Hors limite » pour la conscience (Correspondance avec Claude Eatherly, le pilote de Hiroshima) trad. de l’anglais par Françoise Cazenave et Gabriel Raphaël Veyret
Les Morts (Discours sur les trois guerres mondiales) trad. de l’allemand par Ariel Morabia, Préface à l’édition française par Jean-Pierre Dupuy, Seuil éd., 519 p.

« Comme nous sommes peu libres en tant qu’êtres sentants ! » s’écrie Günther Anders dans son Journal de Hiroshima et de Nagasaki intitulé L’Homme sur le pont et qui paraît dans un gros volume comprenant aussi la correspondance avec Claude Eatherly, présenté (un peu abusivement) comme « le pilote de Hiroshima ». Libérer la capacité de sentir ? C’est un philosophe quelque peu sauvage qui le désire. Né en 1902, élève de Husserl et de Heidegger, premier mari de Hannah Arendt, il avait dû, menacé en tant que juif, s’exiler d’Allemagne en 1933, il avait vécu à Paris, aux États-Unis, à Vienne. Et c’est en 1958 qu’après avoir, à Tokyo, participé à un « congrès international contre les bombes atomiques et à hydrogène et pour le désarmement », il se rend à Hiroshima, puis à Nagasaki.

La chasse au déviant, un article de Jean-Jacques Marie

SYLVAIN BOULOUQUE et FRANCK LIAIGRE
LES LISTES NOIRES DU PCF
Calmann-Lévy éd., 262 p.

De 1933 à 1945 le Parti communiste a publié plus ou moins régulièrement
des « listes noires » adressées aux responsables départementaux
du parti invités à débusquer les « traîtres » qui y sont stigmatisés.
La composition de ces listes, l’examen de leur objectif et de leur
usage forment la partie la plus intéressante de l’ouvrage de Sylvain
Boulouque et Frank Liaigre.

Le démon des armes, un article de Lucien Logette

MESRINE, 1.
L’INSTINCT DE MORT
JEAN-FRANÇOIS RICHET

D’où vient cette furie biographique qui étreint en ce moment si fort l’audiovisuel français ? Panne d’imagination des scénaristes, souci des producteurs de s’engouffrer dans le tunnel récemment étayé de la docufiction, goût, naturel ou fabriqué, du public pour un retour vers le réel ? Parmi les quelques milliers de films français réalisés entre 1930 et 1985, on ne trouve qu’une cinquantaine de biopics – moins que ce que nous ont offert depuis dix ans cinéma et télévision réunis. En quelques mois, Piaf, Guitry, de Gaulle, Sagan, Séraphine, Coluche, Mesrine sont venus, avec des fortunes diverses, se ranger dans l’imagerie d’Épinal du spectacle moderne (et saluons la performance de Denis Podalydès, Frégoli de la réincarnation, qui, en l’espace de deux ans, a figuré Rouletabille, Sartre, Attali et Guy Schoeller).

« Idéals », un article de Monique Leroux

Au Théâtre de la Commune
Centre dramatique national d’Aubervilliers
jusqu’au 30 novembre 2008

PAUL NIZAN
ADEN ARABIE
Mise en scène de Didier Bezace

DE GAULLE EN MAI
d’après Jacques Foccart
Mise en scène de Jean-Louis Benoit
Tournée nationale jusqu’en février 2009

Aubervilliers, Montreuil, Saint-Denis, Bobigny : trois Centres dramatiques
nationaux, une Maison de la Culture, ces grands établissements culturels seraient
considérés comme trop nombreux dans un département tel que la Seine-Saint-Denis,
d’où les récentes menaces contre l’intégrité de la MC93. À Aubervilliers, c’est Didier
Bezace qui assume avec succès depuis onze ans l’héritage transmis par le fondateur du Théâtre de la Commune, Gabriel Garran. Cette saison il a placé sa rogrammation sous le signe des « Idéals ». Actuellement il met en scène Aden Arabie de Paul Nizan et accueille De Gaulle en mai, un spectacle de Jean-Louis Benoit, d’après le Journal de l’Élysée de Jacques Foccart, créé à Marseille au Théâtre de la Criée.


Quinzaine n°979 du 1er au 15 novembre 2008

novembre 16, 2008

Lessing rêve à ses parents, un article de Christian Descamps

Doris Lessing, Alfred et Emily, trad. de l’anglais par Philippe Giraudon, Flammarion éd., 285p.

Doris Lessing, l’immense auteur de Carnet d’or saluée enfin (elle est née en 1919) par le prix Nobel 2007, nous offre ici un roman polyphonique, fidèle à ses territoires anglo-africains. Biographie imaginaire de ses parents, cet ouvrage – à la structure complexe – invente d’abord des vies rêvées à Alfred et Emily.


Le rétroviseur d’Orphée, un article de Jean-Paul Champseix

Ismaël Kadaré, L’accident, trad. de l’albanais par Tedi Papavrami, Fayard éd.

Le dernier roman d’Ismaël Kadaré surprendra certainement ses lecteurs habituels. La période communiste, même si elle est évoquée, n’est plus au premier plan, et l’Albanie elle-même n’est plus explicitement centrale. Dans l’oeuvre entier de cet écrivain, il n’y avait ni héros ni amour, se plaisait-on à dire. Cette assertion se trouve invalidée par L’Accident qui porte essentiellement sur la nature des relations amoureuses. Un couple vit un long amour, bien que fort tumultueux, qui s’achève dans un ravin, à la suite de la maladresse d’un chauffeur de taxi. Une enquête est menée pour tenter de reconstituer les derniers jours des victimes.


La forme métisse, un article de Tiphaine Samoyault

J.M. Coetzee, Journal d’une année noire (Diary of a bad year), trad. de l’anglais (Afrique du sud) par Catherine Lauga du Plessis, Seuil éd., 290p.

Réflexion sur le temps, Journal d’une année noire l’est à plus d’un titre. Ce texte à la forme surprenante est à la fois un recueil de pensée sur l’époque, dans lequel notamment J.M. Coetzee poursuit de façon explicite sa dénonciation des zones de non-droit, et méditation sur le vieillissement, avec la sécheresse, la maladie et l’impuissance qui l’accompagnent. Un livre d’un profond pessimisme qui est pourtant travaillé par l’espoir qu’on peut mettre dans la musique, quelques grands livres et certaines formes d’amour comme la compassion par exemple.


Les possibles de la fiction, un article de Hugo Pradelle

Juli Zeh, L’ultime question (Schilf), trad. de l’allemand par Brigitte Hébert et Jean-Claude Colbus, Actes Sud éd., 416p.

Un roman à la fois léger et profond dans lequel s’entremêlent intrigue policière, préoccupations métaphysiques, analyse sociologique et physique quantique. Un hymne fantaisiste à la fiction.





Au cœur de l’Autriche: l’effroi originel, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

Josef Winkler, Langue maternelle, Verdier éd., 320p.

Josef Winckler qui vient, en juin 2008, de recevoir le prestigieux prix Büchner, est l’un des auteurs autrichiens les plus importants. Son oeuvre a une portée non seulement hautement littéraire, mais rend compte aussi de l’histoire de son pays et peut-être également de tout un monde souterrain du continent européen.


Une frénésie d’écriture, un article de Pierre Pachet

Rolf Dieter Brinkmann, Rome, regards, trad. de l’allemand par Martine Rémon, Quidam éd., 464p.

Poète d’avant-garde (situons-le approximativement entre “beat” et “pop”), Rolf Dieter Brinkmann meurt bêtement d’un accident en 1975, à 35 ans. Lors d’un séjour à la Villa Massimo à Rome, et à la Casa Baldi à Olevano (équivalents allemands de la Villa Medicis), se tournant vers la prose – il avait djà piblié un roman et des nouvelles-, il avait entrepris de tout enregistrer de ce qu’il voyait, ce qui donne cet énorme et passionnant journal, souvent pléthorique : notations et descriptions, lettres à sa compagne restée en Allemagne ou à des amis, suites de cartes postales avec textes manuscrits au dos, photos personnelles, cartes routièress et itinéraires, dont un éditeur a le courage de publier une visiblement excellente traduction française qui devrait attirer l’attention.

Les faux-semblants de Saul Steinberg, un article de Georges Raillard

Saul Steinberg, exposition à la Galerie Claude Bernard (7-9 rue des Beaux-Arts, 75006 Paris), du 2 octobre au 29 novembre 2008

Deux expositions successives, l’une à la fondation Henri Cartier-Bresson, qui fut l’ami de Steinberg, l’autre à la galerie Claude Bernard, permettent de retrouver cet artiste dont l’oeuvre entier, comme chacun de ses moments, est un rébus, et une déconstruction joyeuse de nos références.

Comme Ulysse, un article de Gilbert Lascault

Picasso et les maîtres, Galeries nationales du Grand Palais, 9 octobre-2 février 2009

Picasso/Delacroix, Louvre, 9 octobre-2 février 2009

Picasso/Manet, Musée d’Orsay, 9 octobre-2 février 2009

Catalogue de l’exposition sous la dir. d’Anne Baldassari et Marie-Laure Bernadac, RMN éd, 368p.

Comme Ulysse, Picasso est multiple et divers, expert en ruses variées. Il ne manque jamais d’expédients, et se tire toujours d’affaire. Habile, prompt, ingénieux, virtuose, madré, rapide, il voyage à travers les siècles de l’Histoire de la peinture. Son esprit retors tournoie: il invente des stratagèmes à l’intérieur de l’Histoire mouvante de l’art. Picasso joue avec la tradition. Il veut échapper à tout académisme, à tout conformisme. Il se sert de tous les “maîtres”, il fait usage de leurs oeuvres; il les modifie, les détourne, les déplace, les dérange; il les séduit; il les dévoit.

Images du Moyen-Age, un article de Georges Raillard

Georges Duby, Intérieurs, Nuits, sur une suite de Gérard Titus-Carmel, Bayard éd., 106p.

Jean Wirth, l’image à l’époque gothique, (1140-1280), Cerf éd., 425p. ill

Deux livres d’historiens de renom. Mais rien qui les assortisse sauf un même objet: deux siècles de ce moyen-âge de mille ans que l’un et l’autre regardent, écoutent, chacun à sa façon. Georges Duby avec l’élégance et l’art qu’on lui connaissait, Jean Wirth en chercheur attaché à toutes les implications d’un système de représentation.

Les “Barbares” et nous, un article de Omar Merzoug

Tzvetan Todorov, La peur des Barbares, Au-delà du choc des civilisations, Robert Laffont éd., 289p.

Directeur de recherches au CNRS, linguiste et historien, auteur d’essais remarqués Nous et les Autres (1988), Le jardin imparfait (1998). Le nouveau désordre mondial (2003) et plus récemment L’esprit des Lumières (2006), Tzvetan Todorov s’est attaché depuis une quinzaine d’années à jeter les fondements d’un nouvel humanisme qui passe à la fois par une relecture de notre rapport à l’autre et par une réflexion sur les crises du monde moderne.

Pour une économie ouverte sur l’environnement, un article de Jean-Paul Deléage

Jean-Paul Fitoussi, Eloi Laurent, La nouvelle écologie politique, Seuil éd., 128p.

Cet essai percutant a pour ambition de démontrer la capacité de l’un des paradigmes de la théroie économique – car les auteurs en distinguent au moins deux -, à faire face à l’urgence écologique. Le premier, celui de la régulation interne, postule que l’interaction libre entre les individus, autrement dit que le seul marché suffirait à garantir “l’optimalité de l’allocation des ressources entre les acteurs”, c’est à dire à prendre les bonnes décisions économiques face à l’urgence écologique. Se rattachent à ce courant les évangélistes du marché, idéologues des contre-révolutions tatchérienne et reaganienne au siècle dernier.

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