La Quinzaine n°999, du 16 au 30 septembre 2009

septembre 20, 2009

“Le cavalier polonais”, un article de Norbert Czarny

YANNICK HAENEL
JAN KARSKI
Gallimard, coll. « L’Infini », 194 p., 16,50 €

Un petit tableau de Rembrandt, à la Frick Collection de New York, aura été la véritable patrie de Jan Karski. Karski est dans Shoah de Lanzmann le résistant polonais qui, guidé par deux membres de la communauté juive, est entré dans le ghetto de Varsovie et y a vu l’inhumanité à l’œuvre. Il n’est jamais revenu de ce temps, jusqu’à son décès en 2000 à Washington.

“Si l’amour ne meurt”, un article de Vanessa Aubert

NOËLLE REVAZ
EFINA
Gallimard, 192 p., 14,90 €

« Le soleil est rare – Et le bonheur aussi – L’amour s’égare – Au long de la vie. » (Serge Gainsbourg). Après Rapport aux bêtes (2005) dans lequel elle recréait la beauté de la langue paysanne, Noëlle Revaz signe un nouveau roman, Ef ina. Cette fois-ci, l’auteur suisse s’attache à dépeindre le face-à-face amoureux dans un va-et-vient tragique.

“Le grand sommeil”, un article de Huho Pradelle

VINCENT MESSAGE
LES VEILLEURS
Le Seuil, 636 p., 22 €

Un premier roman qui réorganise le chaos du monde contemporain, défaisant le réel et le ravaudant avec une certaine forme de jouissance atterrée. Une fresque qui s’apparente à un gouffre et à un recouvrement. Vincent Message interroge la raison, la folie, l’imagination, la mémoire, les rêves qui nous habitent et la parole qui les ordonne. Un livre éprouvant, à l’aune d’une époque de transition où l’homme s’affronte à la perte de sa propre image. Reste à veiller.

“La vie derrière soi”, un article de Hugo Pradelle

PIERRE SILVAIN
ASSISE DEVANT LA MER
Édition définitive
Verdier, 128 p., 14 €

Pierre Silvain entreprend le ressouvenir de son enfance au Maroc, de sa mère, de leurs rapports étranges, cruels et innocents à la fois, de ses secrets de jeunesse, de son rapport à la disparition et à l’écriture. Il signe un récit bouleversant, plein de clarté, la chronique d’un amour compliqué, d’une recouvrance.

“Composition canadienne”, un article de Liliane Kerjan

ALICE MUNRO
DU CÔTÉ DE CASTLE ROCK
A view from Castle Rock
trad. de l’anglais (Canada) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso
Éd. de l’Olivier, 344 p., 22

Gagner sa liberté, sa vie, son espace : tel est toujours le f il serré des histoires d’Alice Munro. Mais pour la première fois il s’agit de son histoire personnelle, précise, lucide, dans la ferme aux renards argentés, en lien direct avec celle de ses ancêtres venus d’Écosse. Pour mieux s’affranchir d’un livre de mémoires, l’imagination s’en mêle qui va faire vibrer des existences robustes ou discrètes sur les terres vierges des cantons canadiens. L’audacieuse Alice Munro crée un genre hybride, original parce que rebrodé sur la trame historique, f idèle dans l’inf idélité. Élargissant les histoires familiales pour créer une f iction de généalogiste, elle invente une composition à la fois ample et intimiste portée par l’élan de sa belle plume incisive.

“Une journée de mai à Rome”, un article de Monique Baccelli

MELANIA G. MAZZUCCO
UN JOUR PARFAIT
trad. par Philippe Di Meo
Flammarion, 393 p., 21 €

Une romancière méthodique : douze personnages principaux, pas ou peu de seconds rôles. Tout se passe à Rome, dans « l’ère Bersluconi » en une seule journée, comme dans l’Ulysse de Joyce, mais une journée scandée par les 24 heures correspondant chacune à un chapitre. Dès les premières pages on sait que le roman s’achèvera sur un crime. Seul point d’interrogation, la journée sera-t-elle pour tous aussi «parfaite» que le titre l’indique ?

“L’équilibre”, un article de Hugo Pradelle

COLUM MCCANN
ET QUE LE VASTE MONDE POURSUIVE SA COURSE FOLLE
Let The Great World Spin
trad. de l’anglais (Irlande) par Jean-Luc Piningre,
Belfond, 448 p., 22 €

Le dernier roman de Colum McCann est un immense creuset pour les voix éperdues de personnages en quête d’amour et de paix. Un requiem polyphonique pour une ville qui change, un cri d’alarme presque désespéré, un élan de tendresse acharné. Ce qu’il appelle « la collision des histoires ».

“Essais parlants”, un article de Marie Tournier-Cardinal

HUANG KUO-CHUN
ESSAIS DE MICRO
Maikefeng Shiyin
trad. du chinois (Taiwan) par Esther Lin et Angel Pino
Actes Sud, 184 p., 19 €

Recueil de courts textes en prose, Essais de micro, traduction littérale du chinois Maikefeng Shiyin, est la tentative d’un jeune écrivain taïwanais, rendu au silence par sa mort prématurée, pour faire entendre l’effet Larsen d’une société qui grince sur elle-même. La diff iculté de celui qui se propose d’en faire la chronique consiste essentiellement à ne pas céder la parole à son auteur dont l’ironie jubilatoire nous amène bien souvent à lire à haute voix, af in d’en faire prof iter l’entourage. Il s’agirait peut-être alors, pour citer Huang Kuo-chun, lorsqu’il entreprend dans le présent ouvrage la recension des « Nouveaux Horaires des trains » de Taipei d’une « monstrueuse critique de livre ».

“Merci de lire ce livre”, un article de Liliane Kerjan

DAVE EGGERS
LE GRAND QUOI
What is the What
trad. de l’anglais (États-Unis) par Samuel Todd
Gallimard, 627 p., 26 €

L’horreur des guerres civiles et des camps de réfugiés d’Éthiopie et du Kenya, la candeur d’un gamin qui fuit son village massacré par les cavaliers arabes pour f inalement atterrir, treize ans plus tard, en Amérique. Du Sud-Soudan à Atlanta, du désert de poussière à la jungle urbaine, un livre effarant, très bien écrit, qui devient une fantastique épopée contemporaine et une exemplaire tragédie du nomade déplacé, traqué, marchant dans l’inconnu.

“Jean Pérol : une vie en poésie”, un article de Maurice Mourier

JEAN PÉROL
POÉSIE I 1953-1978
La Différence, 510 p., 39

Étrange entreprise, et quelque peu mélancolique : en présentant le volume I de ses « Œuvres complètes », qui rassemble ses neuf premiers recueils, publiés de 1953 (il avait vingt et un ans) à 1978, volume I qui devrait être suivi d’un numéro II regroupant cinq ensembles suivants (le dernier sorti en 2004), Jean Pérol aff irme que « la forme présente de ces recueils, dans cette édition des œuvres poétiques, doit être considérée comme leur forme déf initive et faire seule référence »

“Une poésie en marche”, un article de Stéphane Barsacq

JEAN-CLARENCE LAMBERT
X-ALTA, CONTINUUM POÉTIQUE 1991-2006
accompagné de dessins originaux d’Antonio Segui
Galilée, coll. « Écritures / Figures », 154 p., 30 €

Il y a cinquante ans un poète qui n’avait pas trente ans alors écrivait en liminaire d’une vaste anthologie qu’il présentait avec Roger Caillois, Trésor de la poésie universelle : « Je me suis pris à rêver au Musée imaginaire de la poésie. » Avec X-Alta, Jean-Clarence Lambert offre le dernier état de sa quête en marche, sans origine et sans fin peut-être.

“Anne et Patrick Poirier :  la Fabbrica della Memoria”, un article de Georges Raillard

EXPOSITIONS
Vertiges / Vestiges
Chapelle Saint-Charles, Avignon.
Jusqu’au 30 septembre, du mercredi au lundi.
Ruines et mémoire
Maison René-Char, Hôtel Campredon,
L’Isle-sur-Sorgue, jusqu’au 11 octobre.
PUBLICATIONS
ANNE ET PATRICK POIRIER. VERTIGES / VESTIGES
Catalogue de l’œuvre. Préfaces de Marc Augé et Damien Sausset.
144 p., 150 illustrations en couleur, 30 €
L’ATELIER DE ANNE ET PATRICK POIRIER
Photos prises par les artistes. Entretien avec Evelyne Artaud.
Thalia éditions, 76 p. illustrées, 28 €

Anne et Patrick Poirier sont de ces rares artistes qui ne doivent rien qu’à eux-mêmes. Et qui s’adressent à nous – fût-ce par des voies détournées. À nous aux prises avec notre présent, notre futur, notre mémoire. Ils en tirent des œuvres qui sont toutes des f igures d’intelligence, de culture et de sensibilité.

“Une telle confiance”, un article de Christian Mouze

OSSIP MANDELSTAM
Europe, juin-juillet 2009, 332 p., 20 €

La revue Europe consacre son double numéro d’été à Mandelstam, et comme pour Chestov c’est une réussite. « Il est impossible de citer un autre poète qui, dans des circonstances aussi inhumaines, ait cultivé une telle conf iance en l’humain. » Alexandre Kouchner (né en 1936), poète héritier de la tradition pétersbourgeoise à laquelle appartenaient Ossip Mandelstam et Anna Akhmatova, et plus près de nous Iossif Brodski dont il fut le compagnon, ne pouvait mieux ouvrir ce numéro que par le mot confiance : au milieu des crimes et des douleurs, un poète témoigne d’une ultime conf iance précisément dans le mot et l’homme (tout homme et tout l’homme) qui le prononce.

“Les avertissements de Joseph Roth”, un article de Pierre Pachet

JOSEPH ROTH
JUIFS EN ERRANCE
SUIVI DE L’ANTÉCHRIST
trad. de l’allemand par Michel-François Demet
Le Seuil, 254 p., 19 €

Dans ces deux essais, le premier daté de 1927, le second de 1934 (publié en allemand à Amsterdam, après l’exil de l’auteur), le romancier trouve des formules prophétiques, non seulement en ce qu’elles anticipent un avenir proche, mais en ce qu’elles transpercent le présent.

“Faire vibrer la fibre inconnue”, un article de Jean-Claude Chevalier

LOUIS SÉBASTIEN MERCIER
NÉOLOGIE
texte établi, annoté et présenté par Jean-Claude Bonnet
Belin, 591 p., 26 €

Louis Sébastien Mercier, observateur de la rue et des mœurs, est surtout connu pour ses Tableaux de Paris, publiés de 1781 à 1788, souvenirs d’un marcheur parisien : « Je les ai écrits avec les pieds », disait-il en parlant de cet énorme compendium qui trouva tout de suite le succès.

“L’Algérie des « pieds-rouges »”, un article d’Omar Merzoug

CATHERINE SIMON
ALGÉRIE, LES ANNÉES PIEDS-ROUGES
La Découverte, 300 p., 22€

Le 19 mars 1962, lorsque les accords d’Évian sont signés, une époque de convulsions, de sang, d’exactions, de tortures et de crimes de guerre s’achève. Malgré la politique de « la terre brûlée » de l’OAS, on s’achemine vers la paix, une paix encore armée, déchirée çà et là par des règlements de comptes, des liquidations, notamment de harkis, et endeuillée aussi par l’implosion du FLN, à l’été 1962. Grand reporter au quotidien Le Monde, Catherine Simon ne se propose pas de décrire les derniers instants de l’occupation française en Algérie ; elle entreprend de restituer les faits d’une nouvelle histoire qui commence en 1962, quand « le fil se casse », au moment où l’Algérie et la France « font mine de se tourner le dos ».

“Une génération perdue”, un article de Jean-Jacques Marie

JEAN-JACQUES AYME
JEUNESSES SOCIALISTES 1944-1948.
Socialisme contre social-démocratie
Éd. Amalthée, 506 p., 23,50 €

On peut s’interroger ? Pourquoi écrire une histoire des Jeunesses socialistes SFIO de 1944 à 1948 ? N’est-ce pas là un étroit sujet plus digne d’une simple maîtrise universitaire que d’un livre ?

“Biribi, c’est en Afrique”, un article de Vincent Milliot

DOMINIQUE KALIFA
BIRIBI. LES BAGNES COLONIAUX DE L’ARMÉE FRANÇAISE
Perrin, 344 p., 21 €

Hors les lecteurs du roman rageur que Darien publia en 1890, régulièrement réédité depuis, plus grand monde ne frisonne, ni ne s’indigne à l’évocation de ce nom : Biribi. Symbole des formes les plus dures de l’oppression militaire, ce terme ne désignait pas un lieu précis mais un archipel de structures disciplinaires et pénitentiaires installées principalement en Afrique du Nord. Dans l’impunité presque totale et sous l’arbitraire absolu des « chaouchs », les « gibiers de Biribi » enduraient travail forcé, privations et sévices plus d’une fois mortels.


La Quinzaine n°998, du 1er au 15 septembre 2009

septembre 3, 2009

“De la rupture à l’extase”, un article d’Agnès Vaquin

JEAN-PHILIPPE TOUSSAINT
LA VÉRITÉ SUR MARIE
Éd. de Minuit, 208 p., 14,50 €

Après Faire l’amour (2002) et Fuir (2005), Jean-Philippe Toussaint considère que La Vérité sur Marie constitue un “prolongement” des deux premiers romans. Pour qu’il y ait trilogie, il faudrait que le récit de ces amours tumultueuses s’arrête là. Le texte s’achève sur un point d’orgue, sur un grand moment de bonheur et, comme chacun sait, les gens heureux n’ont pas d’histoire… Va-t-on en rester là ? Quoi qu’il en soit, Marie reste toujours la même sylphide dont le narrateur est toujours aussi amoureux.

“La créature”, un article de Hugo Pradelle

STÉPHANE VELUT
CADENCE
Christian Bourgois, 196 p., 15 €

Le premier roman de Stéphane Velut est un récit de la solitude extrême, de la distorsion de la perception, de la perversité et de la déshumanisation. Entre fable kafkaïenne et variations sur le mythe de la créature, il signe un livre court, intense et formidablement dérangeant.

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“La chanson du retour”, un article de Norbert Czarny

ÉRIC HOLDER
BELLA CIAO
Le Seuil, 156 p., 16 €

« Tu vas me dire ce que tu as en tête ? » Prononcée avec colère par Franck, l’employeur du narrateur, cette phrase fait écho au « J’en ai assez » dit posément par Myléna, son épouse, à ce même narrateur en ouverture du roman. Façon de dire qu’on part brutalement, sur une impulsion, dans Bella Ciao, comme dans bien des livres d’Éric Holder.

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“Laura apprend”, un article de Norbert Czarny

BRIGITTE GIRAUD
UNE ANNÉE ÉTRANGÈRE
Stock, 216 p., 17 €

Il faut attendre les toutes dernières lignes d’Une année étrangère, le nouveau roman de Brigitte Giraud, pour qu’enfin on se sente libéré d’un poids qui oppresse. Poids des secrets et des silences qui les accompagnent ? Poids d’une année passée loin de chez soi dans une langue étrangère ? Cela mais pas seulement.

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“Ecrire la guerre”, un article de Norbert Czarny

LAURENT MAUVIGNIER
DES HOMMES
Éd. de Minuit, 290 p., 17,50 €

On le surnomme Feu-de-Bois, il se prénomme Bernard. Avant d’être cet homme aux ongles sales, qui sent mauvais et qu’on préfère tenir éloigné, il a été un époux, un père de famille qui travaillait à l’usine, à Boulogne. Quarante ans ont passé et quand il vient offrir un cadeau coûteux à sa sœur Solange, tout le monde s’interroge sur la provenance de l’argent.

“Chasseur de sens”, un article de Marie Etienne

YOKO TAWADA
LE VOYAGE À BORDEAUX
Verdier, 128 p., 15 €

Écrire en Allemagne, dans la langue japonaise, le récit d’un voyage à Bordeaux destiné à apprendre le français, est déjà en lui-même un acte intéressant sur le plan linguistique.

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“L’immense possible”, un article d’Agnès Vaquin

MATHIEU TERENCE
L’AUTRE VIE
Gallimard, 166 p., 13,90 €

Pourquoi aime-t-on les romans de Mathieu Terence sinon pour son art de vous fabriquer des personnages a priori parfaitement artificiels, évoluant dans un milieu qui l’est tout autant. Un miroir déformant mais un miroir tout de même, une image de la métamorphose dont l’espèce humaine est actuellement affectée.

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“Tout rêveur est un prisonnier qui s’évade”, un article de Tiphaine Samoyault

HÉLÈNE CIXOUS
ÈVE S’ÉVADE. LA RUINE ET LA VIE
Galilée éd., 215 p., 25 €

Comme Ciguë l’année dernière, Ève s’évade est un « Livre de ma mère ». Mais tandis que dans le précédent texte, les motifs de la vieillesse et de la mort dialoguaient avec la scène du suicide de Socrate, ici, le double argument de la prison et de l’évasion entre en résonance avec certains moments de la vie et de l’œuvre de Freud.

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“Le Journal de Valery Larbaud au complet (1600 pages)”, un article de Béatrice Mousli

VALERY LARBAUD
JOURNAL
édition définitive – texte établi, préfacé et annoté par Paule Moron
Gallimard, 1616 p., 70 €

La bande rouge « édition définitive » qui entoure cet énorme volume (plus de 1600 pages) a de quoi faire rêver tous ceux qui s’intéressent à Valery Larbaud : un seul volume pour réunir toutes les éditions diverses parues au siècle dernier !

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“Les démesures et les violences d’Une semaine de bonté“, un article de Gilbert Lascault

MAX ERNST
UNE SEMAINE DE BONTÉ
Les collages originaux (1933)
Musée d’Orsay  30 juin – 13 septembre 2009
WERNER SPIES ET COLL.
CATALOGUE DE L’EXPOSITION
Gallimard / Fundación MAPFRE / Musée d’Orsay
406 p., 350 ill. coul., 45 €

À l’été 1933, dans le Château de Vigaleno, près de Plaisance, dans le nord de l’Italie, pendant trois semaines, Max Ernst a rassemblé des matériaux. Il achève 184 planches originales qui formeront un livre troublant que Jeanne Bucher publiera en 1934 : Une semaine de bonté (ou les sept éléments capitaux).

“Sur les formes idéologiques de la politique”, un article de Patrick Cingolan

MIGUEL ABENSOUR
POUR UNE PHILOSOPHIE POLITIQUE
CRITIQUE – ITINÉRAIRES
Sens & Tonka, 400 p., 25 €

Il y a deux ans, Miguel Abensour nous avait donné un livre remarquable sur Hannah Arendt : Hannah Arendt, contre la philosophie politique ? Dans ce livre il revenait notamment sur le rapport Arendtien à la troisième critique de Kant et sur la manière dont la philosophe renouait contre Platon la politique à l’esthétique et plus particulièrement à la question du beau dans son rapport au sens commun chez Kant. Aujourd’hui, dans le recueil Pour une philosophie politique critique, Miguel Abensour revient centralement sur ce dialogue complexe avec Arendt, sur ce pour ou contre la philosophie politique, adjoignant aux deux mots un troisième : celui de critique.

“Une ère post-totalitaire”, un article de Jean Lacoste sur le même livre que précédemment

Un recueil d’articles sans doute, mais qui mérite une lecture attentive, lente et respectueuse,parce qu’en lui se concentrent plus de trente ans de réflexions philosophiques sur la politique, depuis le manifeste « Critique de la politique » de 1971, qui traçait le programme éditorial d’une collection prestigieuse chez Payot, jusqu’à « L’extravagante hypothèse », de 2006, qui comme il se doit, ouvre encore de nouvelles voies avec Levinas.Trente
années consacrées à défendre une certaine notion de la philosophie politique critique contre ceux, acteurs ou théoriciens, qui veulent n’y voir que
le reflet des conflits sociaux et de l’économie ou qui souhaitent la réduire à des techniques de gestion ou de manipulation de l’opinion.

“Les enchantements du Graal”, un article de Dominique Goy-Blanquet

LE LIVRE DU GRAAL, TOME III
Gallimard / Pléiade, 1707 p.,
prix de lancement, 65 € jusqu’au 31/12/09 ; 73 € ensuite
LA QUÊTE DU GRAAL
Le Seuil, 350 p., 28 €

Nous avions quitté les chevaliers d’Arthur il y a six ans sur la longue absence de Lancelot et la quête de Mordret, dont le conteur prédit qu’il fera mourir quinze mille hommes (La Quinzaine n° 867, 16-31décembre 2003). Le hasard fait bien les choses cet été car les lecteurs pourront lire le conte enrichi d’un côté des notes savantes de la Pléiade, de l’autre des enluminures qu’offre le Seuil en rééditant la version donnée jadis par Yves Bonnefoy et Albert Béguin.

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“Capitales de la douleur”, un article de Laurence Zordan

ADRIEN GOMBEAUD
L’HOMME DE LA PLACE TIANANMEN
Le Seuil/presses de Sciences-Po, 121 p.,14 €
GEOFFROY DE LAROUZIÈRE-MONTLOSIER
JOURNAL DE KABOUL
Bleu autour, 205 p.,15 €
RAPHAËL KRAFT
JOURNALISTE À VÉLO  UN PETIT TOUR AU PROCHE-ORIENT
Bleu autour, 293 p.,18 €

Des capitales de la douleur, des lieux meurtris de la planète, que retient le voyageur qui s’y est rendu ? De passage, détenant trace du passé par des photos ou des pages de diariste, que reste-t-il de son regard porté sur des mondes où règne la violence ? Que garde-t-il de ce qu’il a entr’aperçu, si, comme l’écrit Eluard dans Capitale de la douleur, il faut prendre la main de la mémoire et fermer les yeux du souvenir ?

“Dieu joue-t-il à la Bourse ?”, un article de Jean-Michel Kantor

NICOLAS BOULEAU
MATHÉMATIQUES ET RISQUES FINANCIERS
Odile Jacob, 272 p., 24,50€
ANDRÉ ORLÉAN
DE L’EUPHORIE À LA PANIQUE : PENSER LA CRISE FINANCIÈRE
Rue d’Ulm, 110 p., 11€

« La crise, comment en sortir ? La réponse est technique : Dieu seul le sait. Nous manquons terriblement de modèles. »

“La route parallèle”, un article de Lucien Logette

MICHEL CIMENT
KAZAN/LOSEY, ENTRETIENS
édition définitive Stock, 648 p., 36 €

Elia Kazan (1909-2003), Joseph Losey (1909-1984) : ce n’est pas seulement leur année de naissance commune qui vaut de les rapprocher, mais les similitudes de leur itinéraire. Formation universitaire, engagement militant, carrière théâtrale puis cinématographique durant les mêmes périodes, reconnaissance internationale ponctuée de prix dans les festivals majeurs : on parlerait de trajectoires jumelles, s’il n’y avait, en leur mitan, cet événement décisif que constitua le maccarthysme, et leur façon opposée de l’affronter. Chacun des deux mit du temps à s’en remettre – s’ils s’en remirent jamais.


Le deuil, par Derrida

juillet 26, 2009

“La portée du deuil”, un article de René Major

JACQUES DERRIDA
DEMEURE,ATHÈNES
Galilée, 62 p., 25 €
PHILIPPE LACOUE-LABARTHE
PRÉFACE À LA DISPARITION
Christian Bourgois, coll. « Détroits », 46 p., 8 €

Un nom propre inscrit sur une pierre tombale me rappelle que je me dois de porter le deuil. S’agit-il d’un devoir envers moi-même, d’un devoir qui m’oblige comme une dette, de la dette que j’ai contractée envers le disparu ? Ou puis-je concevoir que le devoir soit sans dette ? À qui, à quoi me dois-je ? Qu’est-ce que porter le deuil ? Et qu’est-ce qui aura disparu, de l’autre, de moi ? Quelle est donc la portée du deuil ? Retrouvez la suite de l’article dans la Quinzaine n°996


La Quinzaine n°993, du 1er au 15 juin 2009

juin 3, 2009

“Pierre Michon et les Représentants”, un article de Georges Raillard

PIERRE MICHON
LES ONZE
Verdier éd., 138 p., 14 €
ROBERTO CALASSO
LE ROSE TIEPOLO
essai trad. de l’italien par Jean-Paul Manganaro
Gallimard éd., 330 p., 27,50 €

Un livre énigmatique. Le titre, impair, bat en brèche la distribution par douze de nos symboles. D’autres énigmes, sous forme d’extrapolations, d’interpolations, de surimpressions, de substitutions font apparaître la question fondamentale du récit : qu’est-ce que l’Histoire ? Qu’est-ce que l’Art ? Ou, dit de façon plus englobante : qu’est-ce que la Représentation ? Son rôle, ses moyens, son rapport à la réalité.

“Homme exemplaire et exemplaire d’homme”, un article de Norbert Czarny

AGNÈS DESARTHE
LE REMPLAÇANT
L’Olivier éd., 96 p., 12,50 €

Quand on lui demande où elle est née, Agnès Desarthe montre la couverture d’un roman de Isaac Bashevis Singer : elle vient de là. Non pas de la Pologne évoquée dans les pages du Nobel, mais de ce territoire qu’il construit, et dans lequel rêve et réel sont étroitement imbriqués. Comme l’écrivain de Varsovie, elle est une conteuse, et c’est d’ailleurs sur cette figure particulière que débute “Le Remplaçant”, récit court mais dense.

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“Cinquante ans après”, un article d’Agnès Vaquin

BENOÎT DUTEURTRE
BALLETS ROSES
Grasset éd., 248 p., 17 €

Benoît Duteurtre n’est pas journaliste, il n’est pas historien ni romancier, il est tout à la fois et ses Ballets roses – Les dessous de mai 1958, c’est un livre qui se lit d’une traite. Le terme, assassin et définitif, est dû à « Georges Gherra, journaliste à France-Soir ». L’infamie reste attachée au nom d’André Le Troquer, alors vice-président de l’Assemblée nationale, « cet homme dont on ne prononçait plus le nom sans un sourire narquois ».

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“Avant le point final”, un article de Marie Etienne

PIERRE LARTIGUE
DES FOUS DE QUALITÉ
Gallimard éd., 428 p., 22,90 €

Pierre Lartigue a mis le point final très peu de temps avant sa mort à ce livre haletant qui se dévore jusqu’à la dernière page, et dans lequel il se dépeint, par personnages et situations interposés, dans son amour des mots, de la littérature et du bonheur à vivre.

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” Un continent d’incontinence”, un article de Claire Richard

ÉRIC FOTTORINO
L’HOMME QUI M’AIMAIT TOUT BAS
Gallimard éd., 160 p., 15 €

Michel Fottorino, le père adoptif d’Éric, directeur du journal “Le Monde”, s’est tué en 2008 d’un coup de carabine. Un an plus tard, son fils lui rend hommage dans L’Homme qui m’aimait tout bas. On comprend son besoin d’exorciser sa douleur. Mais après la lecture de son livre, on regrette qu’il ne se soit pas contenté, lui aussi, de l’exprimer tout bas.

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“Le théâtre du monde”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

ALFRED DÖBLIN
BERLIN ALEXANDERPLATZ
Histoire de Franz Biberkopf
nouvelle trad. de l’allemand par Olivier Le Lay
Gallimard éd., 464 p., 24,50 €

Ce roman parut en 1929, au moment même où éclate la grande crise qui bouleversera le monde européen et conduira au génocide hitlérien et au terrorisme stalinien. Dans l’Allemagne vaincue d’après 1919, Berlin, capitale toute récente d’un « second » Reich effondré après à peine cinquante ans d’existence, occupe une place essentielle dans tous les domaines avant de disparaître engloutie par les crimes du IIIe Reich.

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“Un homme sans visage auquel manque le nom”, un article de Alain Joubert

YÛ NAGASHIMA
BAROCOCO
trad. du japonais par Marie Maurin
Philippe Picquier éd., 256 p., 19 €

« Il » habite depuis une semaine le premier et seul étage d’une vieille bâtisse traditionnelle, abritant un magasin d’antiquités spécialisé dans les objets occidentaux, le Barococo. Contre ce « parasitage » d’un logement sommaire, il se charge du ménage de la boutique, s’occupe un peu des clients qui s’attardent en leur préparant du thé derrière le rideau noir qui isole la cuisine, appelle l’antiquaire en titre s’il y a lieu.

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“Henry James sur Robert Browning”, un article d’Alain Jumeau

HENRY JAMES
SUR ROBERT BROWNING
LA VIE PRIVÉE, nouvelle suivie de deux essais
trad. de l’anglais par Jean Pavans
Le Bruit du temps éd., 132 p., 12 €

On se souvient de la récente publication du chef-d’oeuvre monumental du poète victorien Robert Browning (1812-1889), L’Anneau et le Livre, par un nouvel éditeur (voir Q. L. n° 990). En guise d’accompagnement, cet éditeur propose maintenant un petit volume consacré à la manière dont le romancier Henry James (1843-1916) perçoit Browning.

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“W.H. Auden brode sur La Tempête de Shakespeare”, un article d’Alain Jumeau

W. H.AUDEN
LA MER ET LE MIROIR
Commentaire de La Tempête de Shakespeare
Édition bilingue
trad. de l’anglais et présentation de Bruno Bayen et Pierre Pachet
Le Bruit du temps éd., 160 p., 18 €

W. H. Auden (1907-1973) est avec T. S. Eliot (1888-1965) l’une des deux grandes figures qui dominent la poésie anglaise du XXe siècle. Ils semblent, a priori, diamétralement opposés. Tandis qu’Eliot, né Américain, viendra vivre en Europe et deviendra finalement citoyen britannique, Auden suivra un parcours inverse en allant vivre aux États-Unis en 1939 et en adoptant la nationalité américaine en 1946 – avant de revenir en Europe pour de nombreux séjours.

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“Le roman des Juifs d’Europe de l’Est”, un article de Gilles Rozier

Royaumes juifs : trésors de la littérature yiddish
rassemblés et présentés par Rachel Ertel
trad. du yiddish par Delphine Bechtel, Rachel Ertel,
Joseph Gottfarstein, Carole Ksiazenicer-Matheron,
Jacques Mandelbaum, Malkè Mann, Henri
Raczymow, Régine Robin, Raymond Samuel,
Aron Waldman, Aby Wieviorka
coll. « Bouquins », Robert Laffont éd.,
vol. 1, 960 p., 29 € ; vol. 2, 1088 p., 29 €
Le roman des Juifs d’Europe de l’Est
IRÈNEWEKSTEIN
LE ROMAN DES JUIFS D’EUROPE DE L’EST
L’Harmattan éd., 300 p., 28 €

À force de répéter que, dans l’océan de la littérature yiddish, les oeuvres accessibles en traduction française ne sont que quelques gouttes, l’on ne s’était pas rendu compte que depuis 1915, mais surtout depuis trois décennies, près de deux cents textes ont été traduits (pour une liste exhaustive : http://www.yiddishweb.com/medem/autour.htm).

“Être journaliste à l’Est”, un article de Norbert Czarny

IRINA LIEBMANN
BERLIN – MOSCOU – BERLIN
trad. de l’allemand par Marie-Claude Auger
Christian Bourgois éd., 480 p., 25 €

Allez chercher le nom de Rudolf Herrnstadt sur un moteur de recherche. C’est aujourd’hui le Panthéon virtuel, le lieu dans lequel la mémoire des hommes garde trace. Quelques mentions de ce nom et de celui qui l’a porté sur des sites allemands vous donneront une vague idée. Le livre que lui consacre sa fille permet heureusement d’en savoir plus et de mesurer l’importance de cette figure du XXe siècle.

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“La chevauchée de Pancho Villa”, un article de Jacques Fressard

PACO IGNACIO TAIBO II
PANCHO VILLA
trad. de l’espagnol (Mexique) par Claude Bleton
Payot éd., 944 p., 30 €

Qui ne connaît Pancho Villa ou qui ne croit le connaître au moins quelque peu à travers un des nombreux films qui ont popularisé son image sous les traits de Raoul Walsh (dès 1912), de Pedro Armendáriz ou même de l’improbable Yul Brynner ? Ce n’étaient là cependant, il faut bien l’avouer, que des images d’Épinal démenties, dès la photo qui illustre sa couverture, par la passionnante biographie qui nous est offerte aujourd’hui : non Villa ne portait pas d’ordinaire l’ample chapeau conique à larges bords recourbés où l’on a parfois voulu voir un trait caractéristique de la mexicanité.

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“La réapparition d’un monde englouti”, un article de Jean-Jacques Marie

DAVID KING
SOUS LE SIGNE DE L’ÉTOILE ROUGE.
Une histoire visuelle de l’Union soviétique
Gallimard éd., 360 p., 39 €

Plusieurs centaines d’images, reproductions de photographies, d’affiches, de caricatures, de couvertures de livres et de revues, de brochures, de tableaux choisis parmi les 250 000 documents patiemment rassemblés par David King pendant quatre décennies et accompagnés de commentaires succincts mais précis forment l’essentiel de ce volume qui couvre l’histoire de l’URSS de l’époque de la révolution à la victoire provisoire du stalinisme, à la « grande guerre patriotique » et à la mort de Staline.

“Sois un homme !”, un article de Maïté Bouyssy

ANNE-MARIE SOHN
« SOIS UN HOMME ! »
La construction de la masculinité au XIXe siècle
Seuil éd., 462 p., 23 €

Affaire de pairs plus encore que de pères, de modèles et de mentors ou de censeurs, la masculinité contemporaine s’est forgée tout au long du XIXe siècle dans un contexte social global qui ne cesse de donner plus de champ à la parole pour régler la conflictualité. Plutôt allègre, le livre apporte une forme de statut de la preuve à nombre de thèses en débat.

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“Versions du rien”, un article de Laurence Zordan

HÉLÈNE L’HEUILLET
AUX SOURCES DU TERRORISME.
De la petite guerre aux attentats-suicide
Fayard éd., 341 p., 23 €

Le terrorisme actuel ne surgit pas ex nihilo, mais plutôt dans le sillage du nihilisme russe. Sans chercher à montrer qu’Al-Qaïda a été engendré par les anarchistes assassinant le tsar, ce n’est pas céder à la tentation du raccourci historique que de déceler une filiation conceptuelle. Comment le rien est-il manié par le nihilisme pour être agissant ? Au lieu d’affirmer que, du rien, il n’y a rien à dire, comment en démonter les ressorts pour en révéler le potentiel destructeur ? Comment le rien devient-il figure de l’excès et non le signe de ce qui est lacunaire ? Un excès qui empêche de penser en se posant comme impensable. Résister à cette intimidation impose de mobiliser toutes les sources du savoir. Ambitieuse, une telle entreprise théorique est indispensable pour s’éveiller d’un sommeil dogmatique peuplé de clichés.

“Un art singulier”, un article de Francis Hofstein

JEAN-PIERRE MOUSSARON
L’AMOUR DU JAZZ
1. Portées
Galilée éd., 160 p., 28 €

Lorsque Jean-Pierre Moussaron écrit, page 63, que « considérée dans le temps et l’espace, la musique de jazz équivaut à un véritable texte au sens de Barthes : vaste champ d’un pluriel de voix, d’une trame multiple et différenciée de codes, d’un tissu bariolé de sons entrelaçant les discours dont la richesse hétérogène déploie l’incantation générale », il donne le ton, le rythme et le projet de L’Amour du jazz, son bien nommé dernier livre.


La Quinzaine n°983, du 1er janvier au 15 janvier 2009

janvier 20, 2009

L’avion, l’amour, le ciel, la tristesse et l’espoir, un article de Christine Spianti

SIMONE DE BEAUVOIR, TOUT CONNAÎTRE DU MONDE
Textes choisis et présentés par Éric Levéel, coll. « Voyager avec… »
La Quinzaine littéraire/Louis Vuitton éd., 272 p., 26 €

En cette année 2008 où l’on se souvient que Simone de Beauvoir est née le 9 janvier 1908, ce recueil retrace tous les voyages qu’elle a effectués, à travers des textes tirés de sa correspondance et de ses mémoires, réunis sous le titre Tout connaître du monde. Trois lettres de Sartre inédites et les photos en noir et blanc de Janine Niepce complètent ce volume. L’ensemble évoque plusieurs époques du monde, des années 30 aux
années 70, des histoires de gens et de paysages si changés depuis. Une passion de la découverte aussi, quand, de Meyrignac à Gao, en passant par Londres et l’Amazonie, chaque jour mène quelque part.

Démocratie décérébrée et mondialisation émotionnelle, un article de Laurence Zordan

AL GORE, LA RAISON ASSIÉGÉE
Fayard éd., 319 p., 21 €
DOMINIQUE MOÏSI, LA GÉOPOLITIQUE DE L’ÉMOTION
Flammarion éd., 268 p., 20 €

La démocratie délibérative, supposant débats, arguments, est-elle supplantée par une démocratie décérébrée, une fois que la raison assiégée a rendu les armes devant l’émotion ? « Raison assiégée », alors que le titre original de l’ouvrage d’Al Gore ne met pas l’accent sur l’aspect obsidional, mais sur l’assaut.


ozRencontre avec Amos Oz, entretien

Amos Oz était à Bastia le 29 novembre dernier, pour recevoir le prix Ulysse, remis par l’association Arte Mare, et qui consacre un auteur du Bassin méditerranéen. Le romancier israélien est dans l’actualité puisque avec David Grossmann, Abraham Burg et des ex-militants du Parti Travailliste, il crée un parti « Colombe », qui présentera des candidats aux élections de février 2009. Nous l’avons interrogé sur ce thème comme sur bien d’autres, plus littéraires, qui traverse son oeuvre.


Variations sur la mort, un article de Gabrielle Napoli

SÁNDOR MÁRAI, LE PREMIER AMOUR
trad. du hongrois par Catherine Fay
Albin Michel éd., 320 p., 20 €

C’est le premier roman de celui qu’Imre Kertész considère comme le plus remarquable des écrivains hongrois que la traduction de Catherine Fay nous permet de lire aujourd’hui. Les fidèles de Sándor Márai retrouveront dans Le PremierAmour la finesse d’analyse du romancier. Loin des Mémoires de Hongrie ou de Libération, qui mettent davantage l’accent sur l’Histoire hongroise, il s’agit ici de se plonger, grâce à la forme du
journal intime, dans l’intériorité, bouleversée et bouleversante, d’un professeur de latin d’une petite ville de province, à quelques mois de la retraite.


Werner Kofler : « L’art doit détruire la réalité », un article de Laurent Margantin

WERNER KOFLER, AUTOMNE, LIBERTÉ
Herbst, Freiheit, Nahorstück
trad. de l’allemand par Bernard Banoun
Absalon éd., 128 p., 17 €

Rejetant le réalisme, tout un courant de la littérature autrichienne conjugue critique de la société et bouleversement des structures romanesques traditionnelles. Werner Kofler s’inscrit dans la lignée des grands prosateurs de langue allemande occupés à défaire tous les codes de l’écriture littéraire.


Le voyage qui ne finit jamais, un article de Hugo Pradelle

NORDAHL GRIEG, LE NAVIRE POURSUIT SA ROUTE (Skibet gaar videre)
trad. du norvégien par Hélène Hilpert et Gerd de Mautort (revu par Ph. Bouquet)
Les Fondeurs de Briques éd., 172 p., 16 €

Soixante ans après sa première publication en France, nous redécouvrons, dans une traduction largement remaniée, le plus célèbre roman de Nordahl Grieg (1902-1943), figure de proue des lettres norvégiennes. Un huis clos maritime et lyrique qui s’inscrit dans une filiation passionnante et inépuisable.


caradecFrançois Caradec, donnez régulièrement de vos nouvelles !, un article de Jean-Jacques Lefrère

Dans une toute récente Quinzaine littéraire, Maurice Nadeau évoquait la disparition de François Caradec, survenue le 13 novembre dernier. D’une manière qui a un peu surpris, en tout cas passablement inattendue, la presse a donné un large écho à cette disparition, comme s’il lui importait de compenser d’un coup la discrétion dont elle avait fait preuve à son égard pendant nombre d’années.


Le Paris de Heine, un article de Jean-Luc Tiesset

HENRI HEINE, LUTÈCE, LETTRES SUR LA VIE POLITIQUE, ARTISTIQUE ET SOCIALE
DE LA FRANCE
présentation de Patricia Baudouin
La Fabrique éd., 475 p., 25 €

En écho aux diverses manifestations qui marquèrent en 2006 le cent-cinquantième anniversaire de la mort d’Heinrich Heine, la publication de ce livre dans le contexte européen actuel est une heureuse initiative. D’autant que Patricia Baudouin l’a doté d’une présentation et d’un appareil critique propres à rendre la lecture agréable à ceux qui ne sont pas obligatoirement fins connaisseurs de l’histoire de la Monarchie de Juillet…


« Sans que j’y pense… », un article de Marie Etienne

Fiction ou vérité, l’auteur prétend avoir retrouvé des papiers qui fourniraient ici matière à poésie.

MATHIEU BÉNÉZET et PHILIPPE HÉLÉNON, NE TE CONFIE QU’À MOI
Flammarion éd., 200 p., 18 €






Les équivoques de la chair, un article de Omar Merzoug

FLORENCE COLIN-GOGUEL, L’IMAGE DE L’AMOUR CHARNEL AU MOYEN ÂGE
Préface de Michel Pastoureau
Seuil éd., 189 p., 45 €

Extrait: “Parce que son idéal demeure l’imitation du Christ, le chrétien bute sur la chair dans laquelle on lui a enseigné à voir une abjection. L’aspiration du fidèle à la vertu se fait au prix d’un déchirement intérieur dans l’exacte Rédemption. Le Révérend Père Malebranche se désespérait de voir les hommes de son temps si entêtés de « choses corporelles » qu’ils négligeaient de cultiver l’esprit, « leur âme esclave du corps » chérissant les divertissements. “


Yo Picasso, un article de Georges Raillard

PHILIPPE DAGEN, PICASSO
Hazan éd., 512 p., 500 ill.,
140 €, 170 € à partir du 1er février

Cette monographie de Picasso par Philippe Dagen est une somme.
Précise, écrite avec allégresse, elle nous entraîne sur les chemins pris par Picasso durant sa longue vie. Comme si nous suivions pour la première fois le mouvement de sa peinture.


Derrida et la fable du politique, un article de René Major

JACQUES DERRIDA, LA BÊTE ET LE SOUVERAIN
Galilée éd., 462 p., 33 €

Qui veut comprendre quelque chose aux arcanes de la politique – aussi bien de celle d’hier que de celle d’aujourd’hui – ne pourra désormais s’exempter d’avoir lu La bête et le souverain. Mais sa lecture devra s’armer de patience, de la patience de l’animal qui guette sa proie ou de la bête constamment sur le qui-vive, pour traverser la forêt de cet imposant
bestiaire politique, riche de figures animales comme figures du politique, cette forêt dans laquelle l’auteur s’avance lui-même à pas de loup pour surprendre, et s’en étonner, les guets-apens de la langue, de la traduction et de l’interprétation, au sein d’une même langue comme d’une langue à l’autre, des pièges qui parsèment l’histoire occidentale de la pensée cherchant à cerner ce qui serait le propre de l’homme et le propre de l’animal.


D’Alphonse Allais à Karl Marx, un article de Jean-Jacques Marie

VINCENT PEILLON, LA RÉVOLUTION FRANÇAISE N’EST PAS TERMINÉE
Seuil éd., 212 p., 16 €
FRANÇOIS RUFFIN, LA GUERRE DES CLASSES
Fayard éd., 240 p., 19 €

Si l’on en croit la quatrième de couverture de l’ouvrage de Vincent Peillon une nouvelle étoile serait enfin apparue dans le ciel plutôt désertique de l’intelligentsia française : « Ce livre est le premier acte d’une nouvelle génération  intellectuelle et politique qui a décidé, sans craindre la polémique et la responsabilité, d’écrire enfin son histoire, de courir son risque, d’enfanter son propre temps, de construire son espérance. » Dans ces lignes modestes on reconnaît la plume de l’auteur lui-même. C’est la version littéraire du self-service.

La Bretagne et les Bretons, un article de Jean-Maurice Legal

JOËL CORNETTE, HISTOIRE DE LA BRETAGNE ET DES BRETONS
Tome I. Des âges obscurs au règne de Louis XIV
Tome II. Des Lumières au XXIe siècle
Seuil éd., 733 p. et 749 p., 26 €

Une somme d’informations, aisément accessible et dans un format commode, c’est ce que Joël Cornette offre à un public de lecteurs allant de l’amateur d’histoire, ancienne et contemporaine, à l’érudit ou à l’historien spécialisé. C’est aussi, tout au long du commentaire des faits établis, une histoire de l’historiographie traditionnelle et moderne de la Bretagne et des discussions qui en ont jalonné le cours. C’est là un ouvrage de référence.


L’homme aux quatre visages, un article de Bernard Cazes

OLIVIER DARD, BERTRAND DE JOUVENEL
Perrin éd., 528 p., 25 €

Olivier Dard avait bien des raisons de s’intéresser à la personnalité de Bertrand de Jouvenel (1903-1987). L’auteur du Rendez-vous manqué des relèves des années 50 ne pouvait manquer d’être attiré par ce jeune radical-socialiste qui, dans les années 20, chercha, toujours en vain, à faire évoluer les structures de la IIIe République. Le même spécialiste qui s’est penché sur certains aspects disons politiquement incorrects de la
France contemporaine (la Synarchie, l’OAS) a dû être tenté de retrouver dans ce qu’il qualifie par symétrie de « second Jouvenel » – celui des années 30 – ce qu’on appellera des présomptions de fascisme : après tout Jouvenel n’a-t-il pas interviewé Hitler le 21 février 1936, et siégé au bureau politique du PPF de Doriot en 1936-37 ?

Valence-Ménilmontant, un article de Monique Roux

PAULINE SALES, ISRAËL-PALESTINE, PORTRAITS
Théâtre de l’Est parisien le 10 janvier et le 8 février 2009
SERGE VALLETTI, SAINT ELVIS
Mise en scène d’Olivier Werner, Théâtre de l’Est parisien jusqu’au 9 janvier 2009

C’est une pratique habituelle pour les lieux scéniques d’Île-de-France d’accueillir des créations réalisées en province. C’est un événement exceptionnel pour le Théâtre de l’Est parisien, dirigé par Catherine Anne, de recevoir deux mois durant la Comédie de Valence, Centre dramatique national de la Drôme et de l’Ardèche, avec cinq spectacles, actuellement
Israël-Palestine, portraits de Pauline Sales, Saint Elvis de Serge Valletti par Olivier Werner et pour le jeune public La Nuit électrique de Mike Kenny par Marc Lainè.


portraits1De tout, un article de Lucien Logette

Donnons la parole à un expert : « Dans une année qui est un bon millésime pour le cinéma, il se produit cinq ou six bons films dans le monde. Pas davantage. » C’est Werner Herzog, en prélude à la rétrospective complète que nous offre jusqu’au mois de mars le Centre Pompidou, qui s’exprime ainsi dans Manuel de survie, entretiens avec Hervé Aubron
et Emmanuel Burdeau que publient les éditions Capricci. Dénigrement du travail des collègues, pessimisme grognon ou lucidité critique ? Nous pencherons pour la dernière hypothèse, puisque nous la partageons – en partie, à condition de changer « bons » en « grands ». Même si l’étiage semble faible, cinq ou six films capables de vous changer le regard, et l’année n’aura pas été totalement inutile. De toute façon, comme le précise
l’auteur d’Aguirre, « les mauvais films seront toujours plus instructifs que les bons »…

Quelle histoire des sciences ?, un article de Olivia Chevalier et Jean-Michel Kantor

L’HISTOIRE DES SCIENCES, Méthodes, styles et controverses
textes réunis et présentés par J.-F. Braunstein
Vrin éd., 384 p., 13 €

Si l’histoire des sciences est de plus en plus présente par exemple dans l’enseignement universitaire, ses méthodes et son rôle sont encore loin de faire l’unanimité.
Le recueil de textes réunis et présentés par Jean-Francois Braunstein est une synthèse bienvenue et équilibrée. Certains de ces textes sont d’ailleurs peu connus en France, d’autres apparaissent pour la première fois en traduction.