La Quinzaine n°996, du 16 au 31 juillet 2009

juillet 26, 2009

“Histoire romanesque d’un photographe”, un article de Norbert Czarny

AGUSTÍ CENTELLES 1909-1985
ouvrage collectif, Actes Sud, 258 p., 55 €

Jusqu’au 13 septembre se tient à l’Hôtel de Sully une exposition photo intitulée « Journal d’une guerre et d’un exil », Espagne-France 1936-1939. Celui dont on découvrira les photos, Agustí Centelles, est un photographe étonnant, aussi bien par sa vie que par son oeuvre longtemps cachée.

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“L’Occident et ses mythes”, un entretien de l’économiste Georges Corm réalisé par Omar Merzoug

GEORGES CORM
L’EUROPE ET LE MYTHE DE L’OCCIDENT
La Découverte, 314 p., 23 €

« De Mozart à Hitler que s’est-il passé ? »

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“L’attention et la simplicité de Blanchot”, un article de Christian Mouze

MAURICE BLANCHOT
LETTRES À VADIM KOZOVOÏ
suivi de La Parole ascendante
Manucius, 219 p., 18 €

« … Je rappellerai mon refus obstiné de publier toute correspondance. Qu’elle soit ou non d’écrivain. C’est un principe que je ne demande pas à d’autres de partager, mais qui appartient à ma tendance la plus sûre. » La volonté d’un mort passerait-elle toujours par les pertes et profits ?

“La fin de l’innocence”, un article de Hugo Pradelle

JOHN UPDIKE
VILLAGES (VILLAGES)
trad. de l’anglais (États-Unis) par Michèle Hechter,
Seuil, 324 p., 21 €
NICHOLSON BAKER
UPDIKE & MOI (U AND I,A TRUE STORY)
trad. de l’anglais (États-Unis) par Martin Winckler,
Christian Bourgois, 196 p., 17 €

Publication en miroir de deux livres chronologiquement dépareillés et néanmoins ravissants. D’un côté, Updike (1932-2009) signe un roman en treize chapitres plus un, pour conjurer le sort, un livre mou et heurté à la fois, étrangement dérangeant, sur l’Amérique et le sexe, la norme et le temps perdu. De l’autre, un essai iconoclaste, inclassable et réjouissant sur l’un des maîtres des lettres américaines récemment disparu.

“Istanbul-Stockholm”, un article de Norbert Czarny

LIVANELI
UNE SAISON DE SOLITUDE
trad. du turc par Timour Muhidine,
Gallimard, 240 p., 21 €

C’est l’histoire d’un réfugié, un parmi tant d’autres. Aujourd’hui, il pourrait être iranien et pleurer la mort de sa compagne Neda, assassinée lors d’une manifestation contre une élection volée. C’est le présent, le réel. se nomme Sami Baran, il est turc et sa compagne, Filiz, a été tuée par des militaires, lorsque la Turquie était une dictature. C’est un roman, et pourtant…

“L’apprentissage de la liberté”, un article de Gabrielle Napoli

ÁRON TAMÁSI
ÁBEL DANS LA FORÊT PROFONDE
trad. du hongrois par Agnès Járfás,
Éditions Héros-Limite, Genève, 299 p., 20 €

Áron Tamási est peu, voire pas connu du public français alors qu’il l’auteur d’un roman extrêmement célèbre en Hongrie, paru d’abord sous la forme d’un feuilleton puis publié chez un éditeur à Cluj, en 1932, spécialisé dans la littérature hungarophone. Le succès fut immédiat, et aujourd’hui encore le roman est très populaire, étudié dans les lycées hongrois et faisant partie intégrante du patrimoine culturel hongrois. Il nous aura fallu attendre la très belle traduction d’Agnès Járfás, dans une édition soignée, pour découvrir, ou redécouvrir ce texte qui peut être considéré comme le roman picaresque transylvain par excellence.

“Dans l’obscurité, l’imaginaire devenait réel”, un article de Gabrielle Napoli

MILJENKO JERGOVIC
FREELANDER
Actes Sud, 207 p., 20 €

Karlo Adum se met en route au volant de sa vieille Volvo qui a enterré tous ses proches. De Zagreb à Sarajevo, ville qu’il a quittée depuis une cinquantaine d’années, il parcourt un pays fantomatique, morcelé par la guerre et la haine. Au-delà des paysages en ruine, ce sont les souvenirs intimes du personnage principal qui ressurgissent. De cette traversée en solitaire, de ce face-à-face avec lui-même, Karlo Adum ressortira métamorphosé, mais pas forcément libéré.

“Le visage et le corps”, un article de Jean M. Goulemot

ÉLISABETH VIGÉE LE BRUN
SOUVENIRS
édition établie et annotée par Didier Masseau,
Taillandier, 624 p., 25 €
LE DISCOURS DU CORPS
AU XVIIIe SIÈCLE : Littérature-
Philosophie-Histoire-Science
sous la direction d’Hélène Cussac, Anne Deneys-Tunney et Catriona Seth,
Presses de l’Université Laval, 2009, 360 p., 36 €

On connaît ÉlisabethVigée Le Brun (1755-1842) comme portraitiste de talent, et moins comme mémorialiste. La publication de deux éditions de ses souvenirs (celle de Geneviève Haroche-Bouzinac chez Champion en 2008 et celle présentée ici) est l’occasion de découvrir une autre facette de son talent. En un mot, de retrouver le regard qu’elle porte sur les hommes, différent de celui qu’elle attache aux modèles de ses portraits mondains, sur la société et l’histoire de son temps…

“Le dire ivre”, un article de Tiphaine Samouyault

LAURENT ZIMMERMANN
LA LITTÉRATURE ET L’IVRESSE
Hermann, 163 p., 25 €

Laurent Zimmermann, qui a déjà publié deux recueils collectifs chez l’éditrice nantaise Cécile Defaux L’Aujourd’hui du roman en 2004 et Penser par les images, autour des travaux de Georges Didi-Huberman en 2006, propose un essai sur la littérature et l’ivresse se donnant pour corpus Rabelais, Baudelaire et Apollinaire. L’argument n’est pas sans ambition : il s’agit de saisir, par le biais du savoir spécifique de l’ivresse, les opérations qui sont au coeur du bouleversement provoqué par la littérature.

“Une voix d’outre-Rhin”, un article de Jean Lacoste

WULF KIRSTEN
GRAVIERS
présenté et trad. de l’allemand par Stéphane Michaud,
Belin, coll. « L’extrême contemporain », 108 p., 18 €

C’est une voix importante, reconnue, déjà distinguée par de nombreux prix, et appelée sans doute à devenir familière, qui nous vient d’outre-Rhin ; de plus loin encore, pourrait-on dire, des rives de l’Elbe, de la Saxe, ce coin de terre baroque de collines pierreuses, meurtri par l’histoire, où se croisent tant d’influences, germaniques, polonaises, tchèques, juives aussi.

“Un hibou dans les parages”, un article de Liliane Kerjan

G. K. CHESTERTON
LA FIN DE LA SAGESSE
ET AUTRES CONTES EXTRAVAGANTS
trad. de l’anglais par Gérard Joulié,
L’Âge d’homme, 377 p., 27 €

Trente-cinq histoires de Gilbert K. Chesterton, l’inclassable, qui nous emmènent sur des « terres colorées » aussi bien qu’une demi-heure aux Enfers ou au « jardin de fumée », dans des contrées où l’on croise le Fils prodigue, le Gentilhomme et le Boutiquier. Une société peut en cacher une autre : embarquement immédiat.

“Question Claudel”, un article de Odile Hunoult

PAUL CLAUDEL,
JEAN AMROUCHE
MÉMOIRES IMPROVISÉS, 1951-1952
12 CD Frémeaux & Associés, 79,99 €
PAUL CLAUDEL
PSAUMES
texte établi et annoté par Renée Nantet
et Jacques Petit, avant-propos de Pierre Claudel, préface de Guy Goffette
Gallimard, 332 p., 25 €

Cette conversation-fleuve (41 entretiens) a été enregistrée pour la radio en hiver 1951. Claudel a 83 ans. Jean Amrouche, très respectueusement, fait avec lui la genèse et l’exégèse de son oeuvre. Ce qu’il y a de passionnant à l’écoute de ces entretiens, cinquante ans après, c’est que, débarrassé de la présence occultante de l’auteur, on en sait plus qu’Amrouche ne peut en demander, plus que Claudel ne peut en dire.

“Regards de photographies”, un article de Georges Raillard

HENRI CARTIER-BRESSON
Au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris du 19 juin-13 septembre 2009
et à la Maison Européenne de la Photographie du 15 avril-30 août 2009
FERDINANDO SCIANNA
La géométrie et la passion
À la Maison Européenne de la Photographie du 24 juin-11 octobre 2009
GRETE STERN
Berlin-Buenos Aires du 24 juin-11 octobre 2009
Livre-catalogue (sous la direction d’Emmanuel Guigon) d’une exposition au Musée des Beaux-Arts
de Besançon, à présent close, 166 p., 32 €

Henri Cartier-Bresson aurait un peu plus de cent ans. Pour ses quatre-vingts ans, il revenait sur ce qui était sa vie, la photographie. Sur le regard du photographe : « C’est très difficile de regarder, de saisir les proportions. C’est une interrogation perpétuelle, une jouissance de l’oeil, une exaltation merveilleuse. Les gens ont des yeux qui ne jouissent pas. C’est leur cerveau qui jouit. »

“Une pensée de l’hétérogène”, de Régine Robin

LE TERRITOIRE DES PHILOSOPHES
Lieu et espace dans la pensée au XXe siècle
sous la direction de Thierry Paquot et Chris Younès,
La Découverte, 386 p., 26 €

Depuis le célèbre article de Michel Foucault : « Des espaces autres », de 1967, on sait qu’à une pensée du temps qui hante la philosophie depuis toujours, s’est substituée une pensée de l’espace. Le problème n’était pas absolument nouveau, mais Michel Foucault l’a systématisé. Au coeur de cette interrogation, la ville et son devenir, qu’ils soient inscrits dans la réflexion philosophique même ou qu’ils se situent au carrefour d’une multitude de disciplines.

“L’Algérie et la France”, un entretien de l’historienne Jeannine Verdès-Leroux réalisé par Omar Merzoug

JEANNINE VERDÈS-LEROUX
(Dictionnaire coordonné par)
L’ALGÉRIE ET LA FRANCE
Robert Laffont, coll. « Bouquins », 992 p., 32 €

Omar Merzoug : Vous êtes historienne et vous publiez chez Robert Laffont un dictionnaire intitulé L’Algérie et la France, pourriez-vous nous parler de la genèse de cet ouvrage ?
Jeannine Verdès-Leroux : L’ancien directeur de la collection « Bouquins » m’avait demandé de faire un Dictionnaire sur la période 1830-1962 ; j’avais répondu que pour la comprendre, il faut d’abord savoir ce qu’était l’Algérie – ou plutôt le territoire qui deviendra l’Algérie – quand la France y débarque.

“Si ma plume valait ton pistolet…”, un article de Marta Ruiz Galbete

ANDRÉS TRAPIELLO
LES ARMES ET LES LETTRES.
LITTÉRATURE ET GUERRE D’ESPAGNE
(1936-1939)
La Table Ronde, 526 p., 24 €

Est-ce parce qu’elle fut la dernière guerre romantique ou bien parce que chacun la sentit comme une préfiguration de l’affrontement qui allait mettre l’Europe à feu et à sang ? Le fait est qu’Orwell y reconnut tout de suite « un état de choses pour lequel cela valait le coup de lutter » et que la guerre d’Espagne galvanisa les consciences comme nul autre conflit extérieur ne l’avait fait auparavant, y compris parmi les intellectuels.

“Renoncer au pouvoir ?”, un article de Monique Chemillier-Gendreau

JACQUES LE BRUN
LE POUVOIR D’ABDIQUER
Essai sur la déchéance volontaire
Gallimard, coll. « L’esprit de la cité », 278 p., 21,50 €

S’interroger sur la renonciation volontaire au pouvoir suprême, celui que détient le souverain, consiste en vérité à questionner ce pouvoir lui-même en ses fondements, à sonder l’énigme de ses origines, du lien qui unit celui qui en est le titulaire et ceux sur lesquels il s’exerce. Jacques Le Brun mène l’enquête à partir d’une poignée de cas exceptionnels, ceux que nous fournit l’histoire des monarchies d’Ancien Régime à quoi il ajoute un grand mythe théâtral puisé dans Shakespeare.

“Religions et mathématiques”, un article de Bernard Bru

LOREN GRAHAM, JEAN-MICHEL KANTOR
NAMING INFINITY. A TRUE STORY OF RELIGIOUS MYSTICISM AND MATHEMATICAL CREATIVITY,
The Belknap Press of Harvard University Press, 2009

Pour nommer, il faut croire et aimer

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“Un exilé de l’intérieur”, un article de Lucien Logette

JEAN-MICHEL FRODON,
AMOS GITAÏ,
MARIE-JOSÉ SANSELME
AMOS GITAÏ GENÈSES
Gallimard, 400 p., 29,50 €
REVUE CINÉMACTION N° 131
AMOS GITAÏ ENTRE TERRE ET EXIL
sous la direction de Lucie Dugas,
Corlet Publications, 192 p., 24 €

85 films signés depuis ses débuts en 1972 – de toutes durées, entre 3 et 213 minutes. Amos Gitaï n’est pas un rétracté de la pellicule : il est un des rares cinéastes à proposer un film chaque année, quand il ne s’agit pas de trois ou quatre, comme en 1998, et il a longtemps incarné à lui seul tout le cinéma isarélien pour les spectateurs occidentaux. Entre 1999 et 2007, aucun de ses films n’a échappé aux « grands » festivals, Cannes et Venise, ce qui n’a pas manqué de finir par agacer quelque peu. Non qu’il s’agisse d’une situation indue, mais on se lasse de ne voir qu’un unique grand arbre masquer le reste du terrain.

“Des livres entre les spectacles”, un article de Monique Le Roux

BERNARD DORT
LA REPRÉSENTATION ÉMANCIPÉE
Actes Sud, 187 p., 20 €
GEORGES BANU
MINIATURES THÉORIQUES
Actes Sud, 192 p., 22 €
PATRICE CHÉREAU
J’Y ARRIVERAI UN JOUR
Actes Sud, 149 p., 22 €

« Le temps du théâtre » a longtemps correspondu à la saison, achevée avec l’entrée dans les vacances. Il s’est ensuite augmenté de la
période des festivals en plein air. C’est aussi le titre d’une collection, dont quelques titres récemment parus permettent d’associer en villégiature lecture et spectacles : La Représentation émancipée de Bernard Dort, Miniatures théoriques de Georges Banu, J’y arriverai un jour de Patrice Chéreau.

Expositions
HENRI CARTIER-BRESSON
Au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris
19 juin-13 septembre 2009
et à la Maison Européenne de la Photographie
15 avril-30 août 2009
FERDINANDO SCIANNA
La géométrie et la passion
À la Maison Européenne de la Photographie
24 juin-11 octobre 2009
GRETE STERN
Appareils électroménagers, 1950
FERDINANDO SCIANNA
Enna, Sicile, 1962
GRETE STERN
Berlin-Buenos Aires
24 juin-11 octobre 2009
Livre-catalogue (sous la direction d’Emmanuel
Guigon) d’une exposition au Musée des Beaux-Arts
de Besançon, à présent close, 166 p., 32 €

EMMANUEL TODD, APRÈS LA DÉMOCRATIE

mars 9, 2009

La France malade, un article de Jean-José Marchand

La théorie anthropologique d’Emmanuel Todd est confrontée par lui-même à la réalité du XXIe siècle. Le résultat intéresse particulièrement…

Extrait de l’article: “Todd (né en 1951) a bien senti que le vieux sol de notre civilisation était ébranlé par les nouvelles (?) moeurs et que sa théorie anthropologique – les structures familiales déterminent, non certes chaque comportement individuel, mais l’attitude des peuples historiques – avait besoin d’être modifiée par suite de l’évolution de la société civile. Il la maintient pour ce qui concerne les sources de la démocratie (triomphante après 1945) : revenant, à propos du couple liberté-égalité, sur les comportements des Anglais, Français, Allemands, Russes, Japonais, Chinois, il analyse finement les différences qui subsistent jusqu’en 2000 dans ces divers pays et il corrige, fraternellement mais assez durement, les généralités de Tocqueville et des Aroniens.
Mais après 2000 ?…”

EMMANUEL TODD
APRÈS LA DÉMOCRATIE
Gallimard éd., 264 p., 18,50 €


FRANÇOIS RÉCANATI, PHILOSOPHIE DU LANGAGE (ET DE L’ESPRIT)

mars 9, 2009

Quand dire c’est penser, un article de Pascal Engel

Il y a une trentaine d’années, à l’époque où François Récanati publiait son premier livre, La transparence et l’énonciation (Seuil, 1979), l’un des articles de base de la philosophie du langage de tradition analytique était que les pensées et les significations linguistiques sont des entités objectives, n’ayant rien à voir avec les représentations psychologiques, et que les mots n’ont de sens qu’au sein de phrases.

FRANÇOIS RÉCANATI
PHILOSOPHIE DU LANGAGE (ET DE L’ESPRIT)
Folio essais, Gallimard éd., 270 p., 7,90 €

La suite dans la Quinzaine n°986


OCTAVIO PAZ, OEUVRES

mars 9, 2009

Octavio Paz en Pléiade, un article d’Odile Hunoult

Ce n’est pas une nouvelle approche de Paz. Outre la reprise de ses propres traductions (Lecture et contemplation, L’Autre Voix…), Jean-Claude Masson donne, avec raison, les grands recueils dans la version qui les a fait connaître en France, Pierre de soleil traduit par Benjamin Péret, Le Singe grammairien et Le Feu de chaque jour par Claude Esteban, Mise au net de Caillois… Cependant il a tout revu ou presque, signale, en note, de rares désaccords et introduit dans les textes de rares variantes. D’ailleurs, fallait-il refaire les traductions ? Un jour, quand les temps auront coulé, peut-être, il faudra…

OCTAVIO PAZ OEUVRES
Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard éd., 1560 p., 70 €

Édition établie, présentée et annotée par Jean-Claude Masson, trad. de l’espagnol (Mexique) par Yesé Amory, Roger Caillois, Claude Esteban, Carmen Figueroa, Jean-Clarence Lambert, Frédéric Magne,Jean-Claude Masson, Roger Munier, Benjamin Péret, André Pieyre de Mandiargues et Jacques Roubaud

La suite dans la Quinzaine n°986


La Quinzaine n°985, du 1er au 15 février 2009

mars 8, 2009

Ils furent trois à s’aimer d’amour, un article de Maurice Nadeau

VEZA & ELIAS CANETTI
LETTRES À GEORGES
Biefe an Georges
trad. de l’allemand par Claire de Oliveira
Albin Michel éd., 524 p., 24,50 €

Point n’est besoin de savoir qui étaient Veza et Elias Canetti – adresse à nos jeunes lecteurs – pour savourer ces Lettres à Georges. Comme de connaître l’identité complète de ce Georges. On voit tout de suite qu’il s’agit d’êtres hors du commun et leurs rapports, si extraordinaires qu’ils nous paraissent parfois, nous passionneraient même s’il s’agissait d’anonymes.


Une voix qui revient, un article de Hugo Pradelle

CHARLES LEWINSKY
MELNITZ
trad. de l’allemand (Suisse) par Léa Marcou
Grasset éd., 780 p., 22,90 €

Un roman pris entre la désuétude apparente d’une forme romanesque et la complexité sous-jacente d’un propos sur le temps du récit et sur l’identité juive. Un plaisir de lecture énigmatique et inégal, une manière de nostalgie, un récit dans lequel on plonge, comme dans l’Histoire.


Les grands voyages, un article de Hugo Pradelle

STÉPHANE AUDEGUY
NOUS AUTRES
Gallimard éd., 254 p., 17,50 €
STÉPHANE AUDEGUY
IN MEMORIAM
coll. « Le Cabinet des lettrés »
Gallimard éd., 118 p., 16 €

Après La Théorie des nuages et Fils unique, Stéphane Audeguy publie un roman tout aussi inclassable et surprenant, une bien étrange entreprise voyageuse qui nous transporte au Kenya et nous fait entendre une voix singulière et collective. Simultanément, il fait paraître un petit ouvrage original et virtuose qui compile des anecdotes terribles et cocasses sur la mort.


Sur la piste des chiens féraux, un article de Agnès Vaquin

JEAN ROLIN
UN CHIEN MORT APRÈS LUI
P.O.L éd., 352 p., 20 €

Ce livre de Jean Rolin montre, une fois encore et magistralement, comment s’approprier l’Histoire. Son point de vue, c’est celui de l’aventurier, du curieux, du collectionneur qui suit depuis longtemps déjà et d’un continent l’autre la piste des chiens féraux : « Il s’agit d’un anglicisme, ou plus précisément d’une importation de l’adjectif anglais “feral”, qui désigne un animal domestique retourné à l’état sauvage : importation (…) sous la forme “féral” ou “féralisé “, de préférence à “marron” ou “ensauvagé” en soulignant que le mot est d’origine latine et donc irréprochable. »…


Le Tout-bazar, un article de Hugo Pradelle

ALAIN MABANCKOU
BLACK BAZAR
Seuil éd., 248 p., 18 €

Le nouveau livre de Mabanckou, portrait d’un dandy africain par lui-même, fera rire « y compris à Monaco et en Corse ». On peut cependant se demander si, au-delà de réussites manifestes et d’un véritable plaisir de lecture, le livre n’échoue pas à réaliser ses ambitions.


Quand Yourcenar griffonnait, un article de Jacques Fressard

SUE LONOFF DE CUEVAS
MARGUERITE YOURCENAR, CROQUIS ET GRIFFONNIS, trad. de l’américain par Florence Gumpel
Le Promeneur/Gallimard éd., 184 p., 26,50 €

Voilà un essai érudit qui ne donne ni dans l’emphase ni dans la surcharge et qu’on a plaisir à lire de bout en bout. On y verra, décrit avec précision et sagacité, un aspect méconnu de l’oeuvre de Marguerite Yourcenar qui ne laissera pas de surprendre.


L’épilogue infini, un article de Hugo Pradelle

Le plaisir frustrant de découvrir les textes auxquels Bolaño travaillait au moment de sa mort. Le parachèvement toujours en suspens d’une entreprise poétique essentielle.

ROBERTO BOLAÑO
LE SECRET DU MAL, El secreto del mal
trad. de l’espagnol (Chili) par Robert Amutio
Christian Bourgois éd., 182 p., 18 €





Évasion par correspondance, un article de Alain Joubert

REINALDO ARENAS
LETTRES À MARGARITA ET JORGE CAMACHO (1967-1990)
trad. de l’espagnol (Cuba) par Aline Schulman
Édition préparée et annotée par Margarita Camacho
Actes Sud éd., 375 p., 28 €
JORGE CAMACHO
L’ÉROTISME PROFANATEUR DE LA SAINTE ANNE DE LÉONARD
Essai révélateur en espagnol, français et italien
Éditions PTYX (9 bis, rue de Châtillon, 75014),95 p., 20 €

En 1967, Fidel Castro se lance dans une vaste opération de « relations publiques » auprès du monde littéraire et artistique, en proposant à la direction du Salon de Mai – lequel se tient habituellement au musée d’Art moderne de Paris –, d’organiser sa manifestation annuelle à La Havane, à l’instigation de Carlos Franqui et Wifredo Lam. Une bonne centaine de personnalités sont invitées, parmi lesquelles une délégation du Groupe Surréaliste parisien, notamment Jean Schuster et José Pierre (les plus « pro-castristes » au sein d’un groupe où se manifestent déjà quelques réticences, pour ne pas dire plus), ainsi que Margarita et Jorge Camacho, l’origine cubaine de ce dernier imposant sa présence, tout autant que sa qualité de peintre. Et c’est là que les trois coups du destin vont frapper !


Poésie des frontières, un article de Marie Etienne

LIONEL RICHARD
DIRECTION BERLIN
Herwarth Walden et la revue Der Sturm
Didier Devillez éd., 134 p., 18 €

1910. Malgré l’admiration que suscitent en Allemagne les peintres impressionnistes et néo-impressionnistes français, l’académisme règne, jusqu’à Berlin, sous la férule de Guillaume II. Dans ce contexte naît une revue dont le siège est Berlin, le directeur Herwarth Walden. Le titre, Der Sturm, c’est-à-dire « La Tempête », comme la pièce de Shakespeare, comme le bouleversement des valeurs de l’époque.

Daumal encore et toujours, un article de Agnès Vaquin

RENÉ DAUMAL
FRAGMENTS INÉDITS
Première étape vers La Grande Beuverie
1932-1933
Éolienne éd., 64 p., 10 €
CORRESPONDANCE AVEC LES CAHIERS DU SUD
Au Signe de la Licorne éd., 200 p., 25 €

Voici donc quelques Fragments inédits, en préfiguration de La Grande Beuverie. Le projet date de 1931. René Daumal a vingt-trois ans. Il y songe durant son voyage aux États-Unis, de décembre 1932 au printemps 1933. Le texte définitif sera achevé en 1936 et publié en 1939. L’idée est un stéréotype : in vino veritas.

Fernandez père et fils, un article de Maurice Mourier

DOMINIQUE FERNANDEZ
RAMON
Grasset éd., 809 p., 24,90 €

Il faut beaucoup de courage pour se lancer, à soixante-seize ans, dans une entreprise aussi désespérée : tenter de comprendre et, si faire se peut, de réhabiliter son propre père, tombé de la gloire littéraire – ou au moins de la grande notoriété – dans ce qu’on a appelé, de 1940 à 1944, la « collaboration ». Beaucoup de courage ou plutôt de passion contrariée puisque Dominique Fernandez, qui perdit son père à quinze ans, le 2 août 1944 (l’insurrection parisienne allait commencer le 16 contre les troupes allemandes, qui capitulèrent le 25), avait été sevré de la tendresse paternelle par la séparation de ses parents, à peu près consommée dès 1935.


Les intellectuels et « l’Affaire », un article de Pierre Pachet

ÉTIENNE BARILIER
ILS LIRONT DANS MON ÂME, Les écrivains face à Dreyfus
Zoé éd., 240 p., 18 €

J’ai cru d’abord à un sujet rebattu : les intellectuels dans « l’Affaire », ou la répartition des écrivains français entre dreyfusards
(Péguy, Mirbeau, Zola, Proust, Anatole France) et anti- (Barrès, Bourget, plus tard Bernanos). Erreur : Étienne Barilier, romancier et essayiste, auteur d’une oeuvre importante (publiée pour l’essentiel à L’Âge d’homme et chez Zoé) a écrit là un essai à la fois original et profond, plein d’intelligence, de passion et de précision.

Les analyses que Barilier propose de textes souvent méconnus ou oubliés (romans, mais aussi articles de presse) sont nouvelles et courageuses. Elles nous confrontent à la confusion des esprits, à la bêtise de certains grands écrivains (Bernanos), à leurs contradictions (Péguy, Romain Rolland), aux faiblesses de certains persécutés (car la persécution ne rend pas nécessairement bon).

Le tintamarre, un article de Marc Lebiez

BERNARD SICHÈRE
L’ÊTRE ET LE DIVIN
Gallimard éd., 448 p., 25 €

Qui se voit en philosophe ne prend pas la pose du Penseur solitaire enfermé sur soi. Non qu’il rechignerait devant l’effort de penser mais parce qu’il lui importe encore plus de se faire entendre, et bien entendre. Il n’est pas mal vu de n’avoir rien écrit, il le serait d’avoir clamé dans le désert. Ce souci prend, chez Bernard Sichère, une étonnante intensité.

Exigence de l’à-venir, un article de Stéphane Habib

RENÉ MAJOR
L’HOMME SANS PARTICULARITÉS
Circé éd., 122 p., 14 €

Freud n’a cessé de l’affirmer, de le dire, de l’enseigner, de l’écrire, de le démontrer, la psychanalyse n’est pas une Weltanschauung (une conception du monde) et Lacan d’ajouter à cela qui est déjà parfaitement clair « (…) ni une philosophie qui prétend donner la clé de l’univers ». Néanmoins, aura-t-il affirmé : « On a bien raison de mettre la psychanalyse au chef de la politique. Et ceci pourrait n’être pas de tout repos pour ce qui de la politique a fait figure jusqu’ici, si la psychanalyse s’en avérait avertie. »


Une forme de misère, un article de Norbert Czarny

DANIÈLE SALLENAVE
NOUS, ON N’AIME PAS LIRE
Gallimard éd., 168 p., 11,50 €

Il y a un peu plus d’un an, le ministère de l’Éducation a décidé d’envoyer quelques écrivains dans des collèges de banlieues défavorisées, pour des rencontres avec les élèves ou ateliers d’écriture. Danièle Sallenave s’est rendue à Toulon. Elle connaissait peu ce type d’établissement, n’y avait jamais enseigné, mais elle avait quelques idées sur le sujet.



L’Union soviétique et la Shoah, un article de Jean-Jacques Marie

ANTONELLA SALOMONI
L’UNION SOVIÉTIQUE ET LA SHOAH
trad. de l’italien par Marc Saint-Upéry
La Découverte éd., 344 p., 25 €

L’universitaire italienne Antonella Salomoni publie sous ce titre neutre un ouvrage remarquable à la fois par la richesse de sa documentation et la précision avec laquelle elle présente cette dernière.




Pillage et destruction des livres , un article de Laurent Joly

MARTINE POULAIN
LIVRES PILLÉS, LECTURES SURVEILLÉES, Les bibliothèques françaises sous l’Occupation
Gallimard éd., 587 p., 22,50 €

Abordant à la fois le monde des bibliothèques institutionnelles et celui des bibliothèques et lectures personnelles sous l’Occupation, ce dense et bel ouvrage pourra sembler un peu déroutant à première vue. C’est que, outre le fait que public et privé s’entremêlent étroitement dans la réalité, l’auteur, Martine Poulain, s’est attachée à brasser l’ensemble des problèmes historiques et moraux posés par son sujet polysémique, les « bibliothèques françaises sous l’Occupation ».

Conquérants et collectionneurs, un article de Jean M. Goulemot

MAYA JASANOFF
AUX MARGES DE L’EMPIRE, Conquérants et collectionneurs en Orient de 1750 à 1850
trad. par Isabelle Taudière
Héloïse d’Ormesson éd., 557 p., 26 €

Le titre de cet ouvrage a de quoi surprendre puisqu’il mêle deux catégories peu souvent associées : les conquérants et les collectionneurs.
Les premiers sont souvent considérés comme des pillards et les seconds sont plutôt des hommes de cabinets et de bibliothèques. Dans notre imaginaire, ils n’ont guère l’habitude de se côtoyer. À tort peut-être ou même sûrement quand on s’enquiert de l’origine militaire de quelques-uns des chefs-d’oeuvre des collections de nos musées.

De l’autre côté du guichet, un article de Vincent Millot

ALEXIS SPIRE
ACCUEILLIR OU RECONDUIRE, Enquête sur les guichets de l’immigration
Raisons d’Agir éd., 124 p., 7 €

Au cours des trente dernières années, la politique de l’immigration a connu d’incessantes retouches législatives. La volonté sans cesse réitérée
de maîtriser les flux migratoires et les directives européennes ont conduit à la mise en place de dispositions de plus en plus restrictives. Dans un ouvrage incisif, au carrefour de l’histoire du temps présent et de la sociologie, Alexis Spire décrypte les ressorts des pratiques administratives – cet art de bien adapter les normes aux non-dits d’une politique – qui conditionnent le destin, de plus en plus précaire, des immigrants.

À la limite des mathématiques, un article de Jean-Michel Kantor

GREGORY CHAITIN
HASARD ET COMPLEXITÉ EN MATHÉMATIQUES, Nouvelle bibliothèque scientifique
Flammarion éd., 320 p., 28 €

Gregory Chaitin a fait toute sa carrière de mathématicien-informaticien au centre de recherches d’IBM à New York. Son livre est un apercu, pour non-spécialistes, de ses principaux travaux, ce qui explique l’enthousiasme de l’auteur, et ses efforts de pédagogie. Mais le succès est-il au rendez-vous?
Chaitin s’est appuyé sur la notion de programme informatique pour donner une définition mathématique rigoureuse de ce qu’est un « nombre aléatoire », un nombre (réel, avec une infinité de décimales) choisi au hasard. Il s’est inspiré pour cela d’idées introduites par Émile Borel au début du XXe siècle…

Hachis de patron à la picarde, un article de Lucien Logette

BENOÎT DELÉPINE et GUSTAVE KERVERN
LOUISE-MICHEL

Lors de la sortie d’Avida, nous avions qualifié ses auteurs, Benoît Delépine et Gustave Kervern, d’« incontrôlés » (Q. L. n° 930), en référence implicite aux incontrolados de la Colonne de fer, brigade anarchiste intégrée à l’armée républicaine espagnole et dont l’un des combattants anonymes rédigea en 1937 une Protestation devant les libertaires du présent et du futur qu’Alice et Guy Debord traduisirent et que Champ libre édita quarante-deux ans plus tard. Avida n’incitait pas directement à la guerre civile ni à l’action violente, mais l’esprit mal-pensant qu’on y percevait laissait entrevoir des applications socialement plus toxiques que la simple quête du Graal dépourvu de sens à laquelle le film nous conviait.


La Quinzaine n°984, du 16 janvier au 31 janvier 2009

février 1, 2009

Pour une critique de la raison neurobiologique, un article de Catherine Malabou

JEAN-PIERRE CHANGEUX, DU VRAI, DU BEAU, DU BIEN
Une nouvelle approche neuronale
Odile Jacob éd., 545 p., 29 €

Écrire le compte-rendu critique d’un livre de neuroscience, surtout lorsqu’il porte un titre aussi peu neuroscientifique et si évidemment philosophique que celui de Jean-Pierre Changeux, Du Vrai, du Beau, du Bien, est pour le philosophe une véritable gageure. En effet, celui-ci semble n’avoir d’autre alternative que d’approuver sans réserve cette tentative de domination du champ philosophique par la neuroscience d’une part, de résister de toutes ses forces à ce qui lui apparaîtra nécessairement comme une usurpation, une captation des idées métaphysiques par la neurobiologie d’autre part.

Infléchir la trajectoire suicidaire, un article de Jean-Paul Deléage

ANDRÉ LEBEAU, L’ENFERMEMENT PLANÉTAIRE
Le Débat/Gallimard éd., 312 p., 19 €

Après L’Engrenage de la technique, essai sur une menace planétaire, André Lebeau nous livre une nouvelle réflexion sur les conséquences planétaires de l’agir humain. Notre espèce se heurte désormais aux limites
biophysiques de la planète Terre.


bernardcazesUne visite au Musée des Futurs, un article de Julien Damon

BERNARD CAZES, HISTOIRE DES FUTURS
Les figures de l’avenir de saint Augustin au XXIe siècle
L’Harmattan éd., 507 p., 41,50 €

Bernard Cazes nous invite à une visite du Musée des Futurs. Maître d’oeuvre d’un authentique chef-d’oeuvre éditorial (car sans égal et d’excellente tenue), l’ancien responsable des études à long terme du défunt Commissariat au Plan nous fait traverser les galeries et les départements de son conservatoire des figures, des images et des analyses de l’avenir.


Vies parallèles, un article de Norbert Czarny

PATRICK DEVILLE, EQUATORIA
Seuil éd., 336 p., 22 €

« C’est une époque où le blanc des cartes fond comme neige au soleil », écrit Patrick Deville de la fin du XIXe siècle. Au moment où il écrit Equatoria, les couleurs multiples couvrent les atlas et à sa manière, le romancier en rend la profusion dans un livre qui a pour cadre l’Afrique : celle du méconnu Savorgnan de Brazza, celle de Jonas Savimbi et de tant d’autres héros, « traîtres et indécis ».


La « République des jésuites », un article de Monique Baccelli

EUGENIO CORTI, LA TERRE DES GUARANIS
trad. d’Andrea Vanicelli et Jean-Marie Debois
L’Âge d’homme éd., 379 p., 25 €

Un roman historique qui se présente avec toutes les caractéristiques du genre, si ce n’est qu’il nous est livré sous forme de scénario cinématographique, avec des dialogues reliés par des didascalies, et des indications précises de prise de vue : fondu, gros plan, flash-backs, etc. Ce qui surprend un peu, mais a sa raison d’être.




Alliés substantiels, un article de Norbert Czarny

LINDA LÊ, AU FOND DE L’INCONNU POUR TROUVER DU NOUVEAU
Christian Bourgois éd., 146 p., 17 €

Lecteurs, fréquentant assidûment les librairies et errant dans les allées des bibliothèques, nous ne sommes jamais rassasiés. Les livres s’accumulent sur nos rayonnages, on se demande sans cesse lesquels emporter, transmettre aux amis et aux proches, et arrive un autre livre qui nous recommande tel ou tel écrivain. Le petit recueil de Linda Lê est de ces ouvrages qui donnent envie de tourner d’autres pages, de plonger au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau, selon la formule de Baudelaire.


Une traversée du siècle, un article de Georges Guillain

GEORGES-EMMANUEL CLANCIER, VIVE FUT L’AVENTURE
Gallimard éd., 205 p., 17,90 €

Passager du temps, pour reprendre le titre d’un de ses précédents recueils, Georges-Emmanuel Clancier, né quelques semaines avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, a traversé quasiment toute l’histoire du XXe siècle. Ce qu’il en retient aujourd’hui dans ce livre bilan, ce livre testament, significativement intitulé Vive fut l’aventure, c’est le miracle d’une poésie reconnaissante et grave, restée malgré les ans, les mécomptes des temps, alerte et fraîche. En un mot : lumineuse.


Provocateur, un article de Odile Hunoult

JEAN-LUC CAIZERGUES, MON SUICIDE, poésie-fiction
Flammarion éd., 336 p., 20 €

Drôle de livre, dans la collection « Poésie » de Yves di Manno. « Poésie-fiction » dit le sous-titre : les trois premières parties, Petit catalogue de vente par correspondance, Perdant, Mon suicide, sont des fictions écrites comme des poèmes, si l’on entend qu’un poème a, sur la page, une disposition plus ou moins différente de la prose. Le « vers » de Jean-Luc Caizergues est court, très court, hoquetant même. Le mot final peut être rectifié, coupé en deux, rejeté en début de ligne suivante : une verticalité de potence.


Découvrir Ingeborg Bachmann, un article de Tiphaine Samoyault

INGEBORG BACHMANN, MALINA, trad. de l’allemand par Philippe Jaccottet et Claire de Oliveira
Seuil éd., 285 p., 21,50 €
revue IF n° 32 (32 rue Estelle, 13006 Marseille)
Seuil éd., 80 p., 12 €

La première traduction du seul roman achevé d’Ingeborg Bachmann, publié en Autriche en 1971, datait de 1973 et était épuisée depuis un bon moment. Cette traduction de Philippe Jaccottet est reprise aujourd’hui dans une version sensiblement améliorée par Claire de Oliveira et elle invite à lire ou à relire une oeuvre qui, par bien de ses aspects, est encore à découvrir.


Le Socrate de Xénophon, un article de Pierre Thillet

XÉNOPHON et SOCRATE, édité par M. Narcy et A. Tordesillas
Vrin éd., 321 p., 32 €, 1 vol.

Ce volume contient les actes du colloque qui s’est tenu à Aix-en-Provence, en novembre 2003, consacré à Xénophon et Socrate.








Le spectateur émancipé, un article de Pierre Saint-Germain

JACQUES RANCIÈRE, LE SPECTATEUR ÉMANCIPÉ
La Fabrique éd., 150 p., 13 €

Invité par diverses institutions universitaires, culturelles ou artistiques, Jacques Rancière a poursuivi sa réflexion sur l’art moderne, sa réception et son appréciation critiques. Les cinq textes qu’il réunit repartent d’une conceptualisation progressivement élaborée et exposée depuis La Nuit des prolétaires (1981) jusqu’à Politique de la littérature (2007), qui fait le lien entre politique et esthétique, agir et sentir.


Légèreté des mots, douceur des photos, un article de Odile Hunoult

FRANÇOISE DOLTO, ARCHIVES DE L’INTIME, sous la dir. de Yann Potin
Textes de Catherine Dolto, Muriel Djéribi-Valentin, Manon Pignot, Yann Potin, Jean-Pierre Winter
Gallimard éd., 256 p., 29,50 €

Archives de l’intime paraît pour le centenaire de la naissance et le vingtième anniversaire de la mort de Françoise Dolto (le 6 novembre 1988). Difficile, tant le plaisir est grand de feuilleter ces archives, de ne pas ajouter au flot de bénédictions qui traîne autour de Françoise Dolto.


Un Voltaire d’aujourd’hui, un article de Jean M. Goulemot

RAYMOND TROUSSON, VOLTAIRE
Tallandier éd., 798 p., 30 €

Raymond Trousson, professeur à l’Université libre de Bruxelles, est un spécialiste internationalement reconnu du XVIIIe siècle. Depuis quelques années il se consacre à la biographie des grandes figures des Lumières, Rousseau, Diderot et maintenant Voltaire.




De l’amour des beaux-arts, un article de Vincent Milliot

CHARLOTTE GUICHARD, LES AMATEURS D’ART À PARIS AU XVIIIe SIÈCLE
Champ Vallon éd., 400 p., 29 €

En 1767, dans les Salons, Diderot s’enflamme avec sa verve coutumière contre la « race maudite » des amateurs d’art. Objet de multiples critiques à la veille de la Révolution, cette figure sociale dont l’apogée se situe entre le triomphe du mécène au XVIIe siècle et celui du collectionneur au XIXe siècle, a pourtant constitué un acteur essentiel du système monarchique des arts au temps des Lumières, comme l’explique Charlotte Guichard, dans un ouvrage à bien des égards passionnant.


L’agonie du néolibéralisme, Entretien de Ignacio Ramonet par Omar Merzoug

Ancien directeur du Monde diplomatique, co-fondateur d’ATTAC, auteur de La Tyrannie de la communication (1999), Propagandes silencieuses (2000), Guerres du XXIe siècle (2002), Ignacio Ramonet publie Le Krach parfait (Galilée), un essai sur la récente crise financière. Pour les lecteurs de La Quinzaine littéraire, il en explique les tenants et les aboutissants.


À Londres, des économistes et des philosophes réfléchissent sur le marché, un article de Christian Descamps

En organisant une rencontre, en décembre 2008, la fondation Templeton – cette association philanthropique pour soutenir la recherche qui aime poser des « big questions » – se demandait, à l’automne : « Est-ce que le libre marché corrompt la moralité ? » Dans la capitale britannique, cette interrogation fut relancée à partir d’une plaquette où une dizaine d’intervenants répondent, prennent partie, avec plus ou moins de bonheur.


aube_ellouetLe grand large, un article de François-René Simon

YVES ELLÉOUËT
DVD (81 min) de Dominique Ferrandou, Livret de 96 p.
TFV Production éd., www.studioswinwin, 23 €

Aube Elléouët, la fille d’André Breton – la « chère Ecusette de Noireuil » de L’Amour fou –, n’est pas du genre à thésauriser : à son actif, entre autres, la production d’une collection de DVD. Dernier en date : Yves Elléouët (1932-1975), peintre et écrivain inspiré.


Théâtres en capitales, un article de Maïté Bouissy

CHRISTOPHE CHARLE, THÉÂTRES EN CAPITALES
Naissance de la société du spectacle à Paris, Berlin, Londres et Vienne
Albin Michel éd., 574 p., 29 €

En capitales, comme au sommet de l’affiche et dans les capitales majeures de l’Europe d’avant 1914, Paris, Londres, Berlin et Vienne, le théâtre ne cesse de solliciter des publics dont la fonction est d’être là sans être là (pour reprendre une formule de Peter Brook). Christophe Charle fait jouer par le chiffre et par le texte tous les ingrédients du succès rêvé par chacun des agents de l’entreprise théâtrale et la comparaison de ces « sociétés en spectacle » renvoie à notre actualité, car sa grille de lecture se médite au présent.


La Quinzaine n°982, du 16 décembre au 31 décembre 2008

janvier 4, 2009

vikingsLa saga des Vikings, un article de Maurice Mourier

SAGA DE HRÓLFR KRAKI
présentée, annotée et trad. du vieil islandais par Régis Boyer
Anacharsis éd., 167 p., 17 euros

RÉGIS BOYER
LES VIKINGS, HISTOIRE, MYTHE, DICTIONNAIRE
Bouquins, Robert Laffont éd., 912 p., 29 euros

Les sagas sont des récits en prose centrés sur les hauts faits d’armes de personnages masculins. Nés du brouillard historico-légendaire où se meuvent les populations germaniques anciennes du nord de l’Europe, ces textes courts et ramassés, nerveux, sont dépourvus de tous les ornements
associés, pour le lecteur occidental, à l’idée même d’épopée en vers grecque ou latine ou médiévale « classique ».


Polyphonie et unicité, un article de Christian Mouze

LUDMILA OULITSKAÏA
DANIEL STEIN, INTERPRÈTE, trad. du russe par Sophie Benech
Gallimard éd., 527 p., 26 euros

Chaque religion ne présente au départ qu’une voie, mais plusieurs
voix s’élèvent sur ce même chemin que d’autres chemins et d’autres voix
peuvent venir traverser. Ludmila Oulitskaïa fait tinter la voix unique d’un homme unique qui a tenu à se placer, géographiquement et spirituellement, à la croisée des trois grands monothéismes et recueillir et relier les traditions. Plus âpre était sa route, plus âpre sa volonté.



« Oui,mais voilà », un article de Norbert Czarny

MARIUSZ SZCZYGIEL
GOTTLAND
Actes Sud éd., 280 p., 21,80 euros

Entre reportage et récit, journalisme et littérature, quelques écrivains polonais ouvrent des voies nouvelles. Avec Stasiuk, auteur des Contes de Galicie, Hanna Krall et d’autres sans doute, Mariusz Szczygiel prend les sentiers de traverse pour décrire un pays qui n’existe plus : la Tchécoslovaquie.








Un roman expérimental de Trollope ? un article de Alain Jumeau

ANTHONY TROLLOPE
MISS MACKENZIE, trad. de l’anglais par Laurent Bury
Autrement éd., 431 p., 24 euros

Étrange romancier que Trollope (1815-1882), qui ne figure pas parmi les grands créateurs de la période victorienne, Dickens, Thackeray, George Eliot, ou encore les Brontë, mais dont le succès considérable ne s’est jamais démenti depuis plus de cent cinquante ans. Il a à son actif quarante-sept romans de belle taille, des nouvelles encore plus nombreuses (sans compter une autobiographie, des livres de voyage, des études littéraires), qu’il rédigeait au petit matin, avec la régularité d’une horloge, et dans les rares moments de loisir que lui laissait son métier d’inspecteur des postes.

« C’est la terre qui tonne », un article de Gabrielle Napoli

ATTILA JÓZSEF
À COEUR PUR
Seuil éd., livre CD 117 p., 21,50 euros

C’est un des poèmes de jeunesse d’Attila József qui donne son titre au recueil, À coeur pur, ce poème qui a provoqué d’immenses réactions, a définitivement écarté le poète de l’enseignement et l’a dans le même temps fait considérer comme un véritable génie par les plus anciens.

Jacques Roubaud oulipien, un article de Marie Etienne

JACQUES ROUBAUD
LA PRINCESSE HOPPY OU LE CONTE DU LABRADOR
Illustrations de François Ayroles et Étienne Lécroart
Absalon éd., 176 p., 30 euros

La première version de La Princesse Hoppy ou le conte du Labrador, deuxième volume de la Bibliothèque oulipienne, a été tirée à 150 exemplaires hors commerce, date de 1975 et possède 17 pages.




Le bal des fantômes, un article de Hugo Pradelle

VIOLET HUNT
LA NUIT DES SAISONS MORTES ET QUATRE AUTRES NOUVELLES DE MALAISE
The Right of noWeather trad. de l’anglais par Jacques Finné
José Corti éd., 182 p., 20 euros

Un recueil de nouvelles fantastiques qui nous fait découvrir une figure éminente et oubliée de la vie littéraire britannique.



Le « roman symboliste » existe-t-il ?, un article de Jean José Marchand

VALÉRIE MICHELET JACQUOD
LE ROMAN SYMBOLISTE, UN ART DE L’« EXTRÊME CONSCIENCE »
Droz éd., 506 p., 30 euros

Il existe des romans de l’époque symboliste : mais le roman symboliste ? Il est difficile de le décrire et c’est à ce travail méritoire que se consacre Valérie Michelet Jacquod.




Le noir, un article de Georges Raillard

MICHEL PASTOUREAU
LE NOIR. HISTOIRE D’UNE COULEUR
Seuil éd., vol. relié sous jaquette, 216 p., 100 ill., 39 euros
PIERRE ENCREVÉ
LES SOULAGES DU MUSÉE FABRE
Gallimard éd., 96 p., 60 ill. en coul., 30 euros

Odette Swann se vêtait toujours en noir, persuadée qu’en noir on est toujours bien et que c’est ce qu’il y a de plus distingué. Sous son nom de demi-mondaine – Odette de Crécy – elle avait été « la dame en rose ». Il y a une histoire des couleurs. Et aussi une géographie, mais Michel Pastoureau, dans son livre Noir, distingué en tous points – couverture, impression, iconographie, texte – ne s’occupe que du noir en Europe.


La leçon d’anatomie, un article de Georges Raillard

MORWENA JOLY
LA LEÇON D’ANATOMIE, Le corps des artistes de la Renaissance au Romantisme
photographies de Giovanni Ricci Novara
Hazan éd., vol. relié sous jaquette, 140 ill., 240 p., 79 euros

LES LOGES DE RAPHAËL
CHEF-D’OEUVRE DE L’ORNEMENT AU VATICAN
Libreria Editrice Vaticana et Hazan éd., vol. relié, 352 p. ill., 79 euros

En même temps que l’École des beaux-arts expose rue Bonaparte « Une leçon d’anatomie aux Beaux-Arts », et, à Alfortville, l’École vétérinaire ouvre ses collections animales exceptionnelles, paraît un livre qui, par hasard, joue avec ces expositions, et, surtout, qui jusqu’ici, faisait défaut.

Les fulgurances brouillées d’un peintre méconnu, un article de Gilbert Lascaux

GEORGES RAILLARD
MONTICELLI L’ÉTRANGE
André Dimanche éd., 244 p., nb ill. coul., 80 euros

Dans un livre savant et allègre, Georges Raillard révèle les fulgurances brouillées du peintre marseillais Adolphe Monticelli (1824-1886), ses éclats incertains, des formes équivoques, des scènes indéterminées, des récits flottants, des fêtes galantes et nébuleuses, des femmes illusoires et désirées, d’intenses couleurs rêvées.

Sacré bonhomme ! un article de Michel Plon

FERNAND DELIGNY
L’ARACHNÉEN ET AUTRES TEXTES
Avant-propos de Sandra Alvarez de Toledo, Postface de Bertrand Ogilvie
L’Arachnéen éd., 253 p., 25 euros

On croyait avoir tout lu, ou pouvoir encore tout lire avec l’imposant volume, mille huit cents pages, publié l’an dernier (cf. Q. L. n° 958) intitulé Œuvres. Il y manquait quelques textes devenus introuvables, tous inscrits dans cette période (1976-1982) dont l’éditrice et préfacière, Sandra Alvarez de Toledo, rappelle qu’elle fut celle de la « fin des utopies, des alternatives », celle du « retour à l’ordre ». Le contraste, aujourd’hui, n’en est que plus marquant.

Littré, un article de Jean-Claude Chevalier

ALAIN REY
LITTRÉ, L’HUMANISTE ET LES MOTS
Gallimard éd., 352 p., 22 euros

Sommet de l’érudition philologique, le Littré a absorbé son auteur. Personnage fascinant pourtant, cet Émile Littré, tant par sa passion de la science que par un physique simiesque qui permettait aux caricaturistes de faire de l’homme l’illustration même de cette théorie darwinienne qu’il soutenait si fort. Nul mieux qu’Alain Rey n’était capable de le rendre aussi présent en rééditant et actualisant un ouvrage paru chez le même éditeur en 1970.

L’horreur en faits, actes, paroles, un article de Pierre Pachet

NADINE FRESCO
LA MORT DES JUIFS
Seuil éd., 320 p., 20 euros

Titre terrifiant, abrupt. D’autant que dès les premières pages sont reproduites huit photographies de civils, habillés, serrés les uns contre les autres, alignés sur un horizon étrange, avec parfois visibles des hommes en armes, puis cinq femmes en vêtements de dessous, les mêmes nues, une fosse, des personnes debout sur le rebord, une fosse profonde avec des corps inertes.

Un diagnostic implacable, un article de Jean Jacques Marie

CORINNE ABENSOUR, BERNARD SERGENT, EDITH WOLF et JEAN-PHILIPPE TESTEFORT
DE LA DESTRUCTION DU SAVOIR EN TEMPS DE PAIX
Mille et une nuits éd., 464 p., 19 euros

Ce livre collectif au titre-choc s’ouvre sur une longue étude de 170 pages de Kathleen Barbereau (presque un livre entier à elle seule !) intitulée « La fin de l’éducation nationale ? » qui démonte avec minutie et précision les divers mécanismes de la dislocation de l’école publique
menée depuis de longues années au profit de l’école privée et des marchands de l’enseignement à distance.

Hooray for Hollywood, un article de Lucien Logette

BERTRAND TAVERNIER
AMIS AMÉRICAINS, Entretiens avec les grands auteurs d’Hollywood
Nouvelle édition enrichie, établie par Thierry Frémaux
Institut Lumière/Actes Sud éd., 996 p., 824 photos, 69 euros

« Vaste, fastueux, des lunettes avec un vrai regard derrière, perpétuellement distrait, volontiers goguenard, toujours en cavale avec quelques anecdotes, merveilleusement à l’aise dans sa passion du cinéma. C’est un garçon qui ne se raconte pas, que je crois très naturellement heureux comme d’autres sont aussi naturellement maladroits, catastrophiques. » C’est ainsi qu’il y a trente ans Yves Martin, poète et cinéphile, décrivait Bertrand Tavernier (1). Vaste et fastueux : les épithètes peuvent resservir pour qualifier l’ouvrage monumental qu’il vient de signer, avant que l’on découvre sur les écrans, d’ici quelques mois, In the Electric Mist, son adaptation du roman de James Lee Burke.

Triptyque d’August Stramm, un article de Monique Leroux

AUGUST STRAMM
FEUX
Mise en scène de Daniel Jeanneteau et Marie-Chirstine Soma
Théâtre de la Cité internationale jusqu’au 20 décembre
Tournée internationale jusqu’en février 2009

Le spectacle de Daniel Jeanneteau et de Marie-Christine Soma, Feux (1) d’après August Stramm, actuellement présenté à Paris au Théâtre de la Cité internationale, a été créé au début du Festival d’Avignon 2008. Il y avait connu un accueil partagé ; mais la découverte, à travers trois courtes pièces, d’un auteur allemand quasiment ignoré en France et la performance de Dominique Reymond, la principale interprète de la dernière, en font un événement artistique.


La Quinzaine n°981, du 1er décembre au 15 décembre 2008

décembre 8, 2008

Le sec essentiel et les figures fluides, un article de Gilbert Lascaux

FRED DEUX et CÉCILE REIMS
Halle Saint Pierre
2 rue Ronsard, Paris 18e
15 septembre 2008 – 8 mars 2009
FRED DEUX et CÉCILE REIMS :
LA LIGNE DU PARTAGE
Catalogue officiel, Textes de Pierre Watt, Martine Lusardy, Sepp Hiekisch-Picard
Hazan/La Halle Saint Pierre éd., 192 p., nb ill.

Fred Deux (né en 1924) et Cécile Reims (née en 1927) se sont rencontrés en 1951 à la librairie La Hune au milieu des livres et ils touchent ensemble un volume de Lorca. En cinquante-sept années, ils s’aiment et ne se quittent jamais. Ensemble, toujours différents, ils inventent des oeuvres dissemblables, des styles hétérogènes, des tonalités dissemblables, des recherches autres, des humeurs opposées.

Une leçon d’énergie pour de futurs combats, un article de Agnès Vacquin

GRISÉLIDIS RÉAL
SUIS-JE ENCORE VIVANTE ? Journal de prison
Verticales éd., 204 p.

Dans sa version allemande, la formule Suis-je encore vivante ? sert de légende à un autoportrait reproduit sur la couverture de ce livre, un dessin fait au crayon à bille de deux couleurs de bleu. En version française, elle sert de titre à ce « journal d’une désespérée » que Grisélidis Réal (1929-2005) a rédigé d’avril à août 1963.

Quand le témoignage devient récit, un article de Jean-Yves Potel

HANNA KRALL
LE ROI DE COEUR, trad. du polonais par Margot Carlier
Gallimard éd., 178 p.

Plus qu’un genre, le reportage littéraire est une école en Pologne. Ses traditions remontent avant la guerre, il s’est développé ensuite quand des journalistes tentaient de contourner la censure du régime communiste. Il a donné des livres à succès. Nous connaissons en France Ryszard Kapuscinski ( Ébène, Le Négus, Imperium…), un peu moins Hanna Krall qui en est pourtant aujourd’hui le maître incontesté.


Pour son dernier voyage, un article de Agnès Vaquin

RÉGINE DETAMBEL
NOCES DE CHÊNE
Gallimard éd., 126 p.

Des Noces de chêne pour un improbable mariage, puisque le couple serait censé célébrer ses quatre-vingts ans de vie commune. Avec cette histoire, Régine Detambel semble retrouver au moins deux thèmes qui lui sont chers : celui de la grande vieillesse en perte d’autonomie et celui des plantes.

La langue de l’exil, un article d’Hugo Pradelle

LOJZE KOVACIC
LES IMMIGRÉS : L’ENFANT DE L’EXIL (tome I) trad. du slovène par Andrée Lück Gaye
Seuil éd., 300 p.

Nous découvrons, en lisant ce livre difficile, parfois ennuyeux mais traversé d’une énergie fascinante et d’une force d’évocation remarquable, les prolégomènes d’une œuvre autobiographique en suspens. Le récit s’inscrit dans un travail depuis la langue et au-dedans d’elle-même, pour repenser un genre et une forme dans une dynamique d’une grande intelligence.

Spéculations edwardiennes, un article de Liliane Kerjan

IVY COMPTON-BURNETT
UNE FAMILLE ET UNE FORTUNE, A Family and a Fortune, trad. de l’anglais par Philippe Loubat-Delranc
Phébus éd., 344 p.

Reprenant le flambeau des critiques de talent qui ont épinglé qui le snobisme, qui l’hypocrisie ou le langage de leur époque, Ivy Compton-Burnett installe une famille dans le cadre étroit d’une demeure de campagne, où elle privilégie rivalités, pointes de cynisme et  escarmouches de la conversation.

Agustina Bessa-Luís, un article de Jacques Fressard

AGUSTINA BESSA-LUÍS
LA RONDE DE NUIT
trad. du portugais par Françoise Debecker-Bardin
Métailié éd., 318 p.

Bien qu’ayant figuré parmi les auteurs pris en considération pour le prix Nobel par la commission ad hoc de l’Académie suédoise , Agustina Bessa-Luís fut en quelque sorte coiffée au poteau, comme on sait, en 1998, lors du sacre de José Saramago, premier écrivain portugais à se voir décerner cette très convoitée distinction. Plusieurs autres étaient certes sur les rangs mais ce choix-là avait un sens : le jury avait préféré un humaniste moderne, issu du courant néo-réaliste social, à une  romancière brillante certes, mais sceptique et nostalgique du passé.

Au fil du temps, un article de Marie-José Tramuta

MARIOLINA VENEZIA
J’AI VÉCU MILLE ANS, Mille anni che sto qui, trad. de l’italien par Nathalie Bauer
Robert Laffont éd., 302 p.

Lauréat du prix Campiello 2007, qui couronna naguère des écrivains comme Giuseppe Pontiggia qui reçut le prix en 2001 pour Vie des hommes non illustres, ce livre d’un jeune auteur peu ou prou inconnu a parfois été comparé, abusivement cela va de soi, à Cent ans de solitude, de Gabriel García Márquez. Une certaine veine fantastique y est perceptible dans les premières images qui ouvrent le récit.


Les patries imaginaires, un article de Tiphaine Samoyault

CAMILLE DE TOLEDO
VISITER LE FLURKISTAN OU LES ILLUSIONS DE LA LITTÉRATURE-MONDE
PUF éd., 111 p.

Camille de Toledo, auteur récemment de Vies et mort d’un terroriste américain (publié chez Verticales), fait paraître une critique vive et argumentée du « Manifeste pour une littérature-monde en français ». Un texte réactif qui se présente aussi comme une défense de la littérature.


Les paroles libres, un article de Hugo Pradelle

HERVÉ GUIBERT
ARTICLES INTRÉPIDES (1977-1985)
Gallimard éd., 384 p.

En se plongeant dans ce recueil d’articles nous redécouvrons la diversité des intérêts de Guibert, une liberté de ton rafraîchissante, ses premiers pas d’écrivain, ses amitiés, une parole toujours en mouvement, intrépide.




Paul-JeanToulet ou comment incarner la décadence, un article de Maurice Mourier

FRÉDÉRIC MARTINEZ
PRENDS GARDE À LA DOUCEUR DES CHOSES, Paul-Jean Toulet, une vie en morceaux
Tallandier éd., 345 p.

« Ce n’est pas une biographie. C’est l’histoire d’un poème. » Cette déclaration du dernier chic quand on écrit une biographie, mais un peu péremptoire, la pardonnera-t-on à Frédéric Martinez au bénéfice de la jeunesse (il a trente-cinq ans), ou bien à celui de l’empathie qu’il manifeste, pour le meilleur et le moins bon, à l’égard d’un Décadent (1867-1920) qui ne fut jamais illustre en son temps et n’est plus guère connu du nôtre ?

Aimez-vous l’Histoire ?, un article de Dominique Goy-Blanquet

SHAKESPEARE
HISTOIRES I & II, Bibliothèque de la Pléiade
Gallimard éd., tome 1 1776 p., tome 2 1760 p.

Si c’est oui, précipitez-vous, si c’est non précipitez-vous aussi sur les pièces historiques de Shakespeare. De toute façon les Histoires auront moins de succès que les Tragédies, me dit Jean-Michel Deprats, le maître d’oeuvre de cette nouvelle édition Pléiade, quand je l’appelle pour lui demander s’il est encore temps d’en rectifier quelques erreurs. Non, il n’est plus temps, l’impression et les jeux sont faits.

Ensauvager la vie avec William S. Merwin, un article de George Guillain

WILLIAM S. MERWIN
ÉCRITS AU GRÉ D’UN ACCOMPAGNEMENT INACHEVÉ, trad. par Christophe Wall-Romana
Cheyne éd., 205 p.

On s’étonnera en découvrant le recueil du poèteWilliam S. Merwin, paru en 1973 aux États-Unis sous le titre Written to an Unfinished Accompaniment qu’il ait fallu attendre jusqu’à aujourd’hui pour qu’un éditeur français – en l’occurrence Cheyne – nous offre la première édition d’un des ouvrages les plus marquants de ce poète abondant et protéiforme qui depuis le milieu des années 70 collectionne dans son pays mais aussi à l’étranger les prix les plus prestigieux.

Hegel : l’autre biographie, un article de Catherine Malabou

RUDOLF HAYM
HEGEL ET SON TEMPS, Leçons sur la genèse et le développement, nature et valeur de la philosophie hégélienne, trad. de l’allemand par Pierre Osmo
Gallimard éd., 598 p.

Hegel et son temps, publié en 1857, est la deuxième grande biographie de Hegel après celle de Karl Rosenkranz (Vie de Hegel, également traduite et présentée par Pierre Osmo en 2004). Professeur de littérature allemande, Rudolf Haym, par ailleurs actif en politique, se montre, en 1855, extrêmement critique au sujet de l’oeuvre et de l’influence de Hegel.

Kracauer àWeimar, un article de NIA PERIVOLAROPOULOU

SIEGFRIED KRACAUER

L’ORNEMENT DE LA MASSE, Essais sur la modernité weimarienne, trad. de l’allemand par Sabine Cornille, préface d’Olivier Agard, éd. par Olivier Agard et Philippe Despoix,La Découverte éd., 310 p.

LE VOYAGE ET LA DANSE
Figures de ville et vues de films, trad. de l’allemand par Sabine Cornille
textes choisis et présentés par Philippe Despoix
Maison des sciences de l’homme/Les Presses de l’université Laval éd., 196 p.,

La publication en français de L’Ornement de la masse, accompagnée de la nouvelle édition du Voyage et la Danse, recueil depuis longtemps épuisé, s’inscrit dans le mouvement, amorcé vers le milieu des années 1990, de réception en France de l’oeuvre polymorphe de Kracauer. Réception hésitante et confidentielle dans un premier temps, à l’ombre de l’École de Francfort et surtout deWalter Benjamin, mais qui, au fil des nouvelles traductions et des études qui lui sont consacrées, s’affirme en même temps que la portée et l’actualité d’un penseur original et inclassable.

Sous le signe de l’amnésie, un article de Omar Merzoug

CORINNE ENAUDEAU, JEAN-FRANÇOIS NORDMANN, JEAN-MICHEL SALANSKIS, FRÉDÉRIC WORMS (sous la dir.)
LES TRANSFORMATEURS LYOTARD
Sens & Tonka éd., 396 p.

Jean-François Lyotard n’a pas toujours bonne presse. À son sujet, ce sont les termes de « nihilisme », d’« irrationnalisme », de « pensée sophistique », de « néo-conservatisme » qui reviennent le plus souvent. Par voie de conséquence, on ne peut que se réjouir de voir des organisateurs qui manifestent « un attachement partagé » à son oeuvre se hâter de faire le point, de dissiper les malentendus et les équivoques en publiant les actes du colloque qui lui a été consacré au Collège international de philosophie en 2007. « Nous avions le sentiment qu’une réception de sa pensée s’était imposée qui faisait tort à sa complexité. »

La torture, défi majeur du XXIe siècle, un article de Laurence Zordan

MICHEL TERESTCHENKO
DU BON USAGE DE LA TORTURE ou comment les démocraties justifient l’injustifiable
La Découverte éd., 216 p.

Les démocraties en seraient-elles arrivées à considérer la torture comme légitime ? Comment glisse-t-on de l’exceptionnel condamnable à la normalisation excusable, voire recommandable ? Comment les adversaires de la torture en viennent-ils à passer pour immoraux ? Cette inversion des valeurs n’appelle pas une simple réprobation au nom des droits de l’homme, mais une réfutation implacable et subtile, démontant les rouages de « l’idéologie libérale de la torture ». Contradiction dans les
termes ou construction juridique établissant un droit de la torture, qui se mue en devoir de torturer et en absence de droit à ne pas être torturé ? Innocence et culpabilité risquent d’en être altérées au point de n’être plus pertinentes : tel est le défi que le XXIe siècle doit affronter.

Ce passé qui ne passe pas, un article de Sonia Dayan-Herzbrun

PIERRE BAYARD et ALAIN BROSSAT (sous la dir.)
LES DÉNIS DE L’HISTOIRE, Europe et Extrême-Orient au XXe siècle
Laurence Teper éd., 390 p.

L’heure est aujourd’hui aux commémorations sans fin de séquences du passé sacralisées mais rarement interrogées, dans une confusion entre Histoire et mémoire où la réflexion sur le travail des historiens est rarement menée très avant. Derrière cette inflation de discours souvent convenus, combien de silences, de dissimulations ! C’est ce que Pierre Bayard et Alain Brossat, empruntant au vocabulaire de la psychanalyse nomment « dénis de l’Histoire », désignant ainsi ce qui du passé ne passe pas, c’est-à-dire n’est pas transmis, et reste comme une arête en travers de la gorge.

La trahison de Munich, un article de Daniel Lindenberg

MICHEL WINOCK (prés. par)
EMMANUEL MOUNIER ET LA GRANDE DÉBÂCLE DES INTELLECTUELS
édité par Nora Benkorich, CNRS éd., 184 p.

Le grand débat qui a agité la France au moment de la conférence de Munich (28-30 septembre 1938) est un tournant de son histoire contemporaine. Il divise toutes les familles politiques, idéologiques et spirituelles. Il oblige certains à des révisions déchirantes, tandis que d’autres s’en tiennent aux dogmes de l’après-guerre ; il annonce le reclassement des années noires qui vont suivre.

Déjà jadis, un article de Lucien Logette

ULI EDEL
LA BANDE À BAADER

« Le film qui déchaîne les passions en Allemagne » : Le Nouvel Observateur surtitre ainsi l’article qu’il consacre, dans son numéro du 6 novembre, à l’évocation de la « bande à Baader », quelques jours avant que le film sur la Fraction Armée rouge ne parvienne sur nos écrans. À Mannheim, où nous étions pour suivre le festival que la ville organise chaque automne, les spectateurs qui sortaient des projections de Der Baader Meinhof Komplex n’avaient pas l’air autrement bouleversés et les rues ne semblaient pas le théâtre de passions spécialement libérées.

Tragédies shakespeariennes, un article de Monique Leroux

WILLIAM SHAKESPEARE

CORIOLAN, Mise en scène de Christian Schiaretti, Théâtre Nanterre-Amandiers, jusqu’au 19 décembre,  Au TNP et en tournée nationale jusqu’en février 2009

OTHELLO, Mise en scène d’Éric Vigner, Théâtre national de l’Odéon, jusqu’au 7 décembre,  Tournée nationale jusqu’en février 2009

Coriolan mis en scène par Christian Schiaretti aux Amandiers de Nanterre dans le cadre du Festival d’Automne, Othello par Éric Vigner au Théâtre national de l’Odéon : deux tragédies de Shakespeare, deux grands personnages auréolés de gloire militaire de retour à la vie civile, publique ou domestique, deux artistes de la même génération, mais deux esthétiques aux antipodes l’une de l’autre.

« Le dernier grand musicien de l’Occident », un article de Norbert Czarny

STÉPHANE BARSACQ
JOHANNES BRAHMS
Préface d’Hélène Grimaud
Actes Sud éd., 200 p.

Lorsqu’on établit la liste des musiciens dont le nom commence par B, on cite Bach, Beethoven, voire Berg. Tous trois ont marqué leur temps, ont transformé les codes de la musique. On citera plus rarement Bartok, peut-être parce qu’il appartient à une petite nation et que les échos de sa musique en semblent atténués. Et Brahms ?





Quinzaine n°980 du 16 au 30 novembre 2008

décembre 8, 2008

Alexis Léger ou Saint John Perse, un article de Maurice Mourier
RENAUD MELTZ
ALEXIS LÉGER DIT SAINT-JOHN PERSE
Flammarion éd., 846 p.

Une grande biographie ? Une grosse biographie conviendrait mieux, car on y croule sous les détails, parfois éclairants, souvent oiseux, au moins redondants. Et biographie de qui ? Voilà l’irritante question, le citoyen Léger, né à Pointe-à-Pitre le 2 juin 1887, ayant été par excellence un Janus Bifrons, poète pour les littéraires sous le pseudonyme volontairement opaque de Saint-John Perse, haut fonctionnaire de la diplomatie pour les historiens.

Simone Weil au plus près, un article de Lucette Finas

LAURE ADLER
L’INSOUMISE, Récit
Actes Sud éd., 272 p.

Récit : c’est ainsi que Laure Adler dénomme son approche minutieuse de SimoneWeil, l’« insoumise », et de son oeuvre. Et c’est bien d’un récit qu’il s’agit, dans lequel vie quotidienne et textes, lecture et écriture, s’interpénètrent, tandis que s’amassent un savoir et une réflexion auxquels conviendrait à merveille la formule de Mallarmé : « abrupts jeux d’ailes » et cette autre : « fontaine intarissable d’elle-même ». Non que Simone s’attarde sur soi : c’est l’autre, le prochain, comme disent les chrétiens qui, inépuisablement, l’intéresse.


Le livre infini, un article de Hugo Pradelle

RODRIGO FRESÁN
LA VITESSE DES CHOSES (La Velocidad de las cosas trad. de l’espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon
Passage du Nord-Ouest éd., 638 p.

Clef de voûte de l’oeuvre de Rodrigo Fresán, ce livre labyrinthique bouleverse tous les repères et établit l’irréalisme comme loi d’un univers d’une complexité fascinante, enchantement terrifiant de la mort, des mutations fictionnelles infinies, de l’éblouissement de l’acte d’écrire, du livre qui se reforme sans cesse. Un monde brillant et composite, virulent et bouleversant, les développements monstrueux d’une obsession pour le Temps, la Mort, les possibles illimités de l’écriture.

Chimamanda Ngozi Adichie, un entretien avec Hugo Pradelle

CHIMAMANDA NGOZI ADICHIE
L’AUTRE MOITIÉ DU SOLEIL
Half of a Yellow Sun
trad. de l’anglais (Nigeria) par Mona de Pracontal
Gallimard éd., 499 p.

Chimamanda Ngozi Adichie (1977-) publie un nouveau roman très construit dans lequel elle raconte les vies de Nigérians entraînés dans la tourmente de la guerre civile. Autour de deux soeurs jumelles et de leur entourage, elle oppose les moments d’effervescence et d’émancipation qui suivent l’indépendance de 1960 et la guerre civile meurtrière dans la région du Biafra. Elle passe d’une époque à l’autre, analyse le quotidien des personnages, décrit avec précision les circonstances de ce conflit, explore la profondeur d’une époque et la complexité des sentiments.

Un paradis miniature, un article de Gilles Lapouge

JACQUES BONNET
DES BIBLIOTHÈQUES PLEINES DE FANTÔMES
Denoël éd., 140 p.

Don Quichotte est un lecteur enragé. Toutes les écritures qui lui tombent sous la main, il faut qu’il les lise. Il gobe, d’un appétit égal, Amadis de Gaule et l’Iliade, un compte d’apothicaire, un vieux bout de papier griffonné ramassé dans la rue, le commandement d’un notaire, la Chanson de Roland, une recette de cuisine. Ce qui l’épate et qui l’enivre, et qui fait son bonheur, c’est qu’il existe de l’écriture, des livres. C’est un miracle. Il n’en revient pas.

emil-noldeEmil Nolde 1867-1956

EMIL NOLDE, EXPOSITION GALERIES NATIONALES DU GRAND PALAIS
25 septembre 2008 – 19 janvier 2009
Catalogue sous la dir. de Sylvain Amio, commissaire de l’exposition, RMN éd., 342 p.
EMIL NOLDE
LETTRES 1894-1926
Accompagnées de reproductions d’oeuvres essentielles trad. par Olivier Mannoni
Actes Sud éd., 214 p.

Le Futurisme crie, défie, provoque, explose, un article de Gilbert Lascault

Bien contrôlée, pensée par Didier Ottinger, réfléchie, bien cadrée, l’exposition du Futurisme à Paris rassemble 115 oeuvres (rarement vues en France) et une centaine de documents (photographies, publications, les célèbres Manifestes (1) du mouvement.

LE FUTURISME À PARIS : une avant-garde explosive
CENTRE GEORGES-POMPIDOU, 15 octobre 2008 – 26 janvier 2009
DIDIER OTTINGER et coll.
LE FUTURISME À PARIS : UNE AVANT-GARDE EXPLOSIVE
Catalogue Georges-Pompidou/5 Continents éd., 360 p., 115 ill. coul., nb doc.
Album de l’exposition, Centre Pompidou éd., 60 p., 75 ill.
GIOVANNI LISTA
LE FUTURISME : UNE AVANT-GARDE RADICALE
Découvertes, Gallimard éd., 144 p., nb ill.

L’empire du «management », un article de Christian Descamps

LUC BOLTANSKI
RENDRE LA RÉALITÉ INACCEPTABLE, À propos de La production de l’idéologie dominante
Démopolis éd., 190 p.

Luc Boltanski – l’auteur du Nouvel Esprit du capitalisme – retrace, ici, la naissance de la revue Les Actes de la recherche en Sciences sociales.
Restituant les stimulantes années 70, sa jeunesse, il décrit, en détail, la genèse d’un article : « La production de l’idéologie dominante » écrit avec Pierre Bourdieu, « le patron » de ce petit monde de sociologues; car, ceux-là entendent faire de leur discipline, du métier de sociologue, de leur austère travail scientifique, un instrument de dévoilement, mettant à mal la doxa feutrée.

De longues marches, un article de Michel Plon

ERIK PORGE
DES FONDEMENTS DE LA CLINIQUE PSYCHANALYTIQUE
Érès éd., 163 p.

PHILIPPE PORRET
LA CHINE DE LA PSYCHANALYSE
Campagne Première éd., 320 p.

La psychanalyse, le respect de son autonomie théorique et pratique,
de la spécificité de sa clinique, autant de conditions à même d’être gravement
modifiées, fût-ce indirectement, par les retombées des projets de
réglementation étatique de l’exercice des psychothérapies. Cette menace
ne va pas sans provoquer des clivages stratégiques et politiques chez les
psychanalystes, mais elle ne devrait toutefois pas masquer l’existence
corrélative d’autres oppositions, liées à l’apparition de sensibles dérives
au regard d’une lecture rigoureuse de l’oeuvre de Freud et des apports
lacaniens.

Quand l’horizon commencera à couler, un article de Claude Mouchard

GÜNTHER ANDERS
HIROSHIMA EST PARTOUT
L’Homme sur le pont
Journal de Hiroshima et de Nagasaki trad. de l’allemand par Denis Trierweiler « Hors limite » pour la conscience (Correspondance avec Claude Eatherly, le pilote de Hiroshima) trad. de l’anglais par Françoise Cazenave et Gabriel Raphaël Veyret
Les Morts (Discours sur les trois guerres mondiales) trad. de l’allemand par Ariel Morabia, Préface à l’édition française par Jean-Pierre Dupuy, Seuil éd., 519 p.

« Comme nous sommes peu libres en tant qu’êtres sentants ! » s’écrie Günther Anders dans son Journal de Hiroshima et de Nagasaki intitulé L’Homme sur le pont et qui paraît dans un gros volume comprenant aussi la correspondance avec Claude Eatherly, présenté (un peu abusivement) comme « le pilote de Hiroshima ». Libérer la capacité de sentir ? C’est un philosophe quelque peu sauvage qui le désire. Né en 1902, élève de Husserl et de Heidegger, premier mari de Hannah Arendt, il avait dû, menacé en tant que juif, s’exiler d’Allemagne en 1933, il avait vécu à Paris, aux États-Unis, à Vienne. Et c’est en 1958 qu’après avoir, à Tokyo, participé à un « congrès international contre les bombes atomiques et à hydrogène et pour le désarmement », il se rend à Hiroshima, puis à Nagasaki.

La chasse au déviant, un article de Jean-Jacques Marie

SYLVAIN BOULOUQUE et FRANCK LIAIGRE
LES LISTES NOIRES DU PCF
Calmann-Lévy éd., 262 p.

De 1933 à 1945 le Parti communiste a publié plus ou moins régulièrement
des « listes noires » adressées aux responsables départementaux
du parti invités à débusquer les « traîtres » qui y sont stigmatisés.
La composition de ces listes, l’examen de leur objectif et de leur
usage forment la partie la plus intéressante de l’ouvrage de Sylvain
Boulouque et Frank Liaigre.

Le démon des armes, un article de Lucien Logette

MESRINE, 1.
L’INSTINCT DE MORT
JEAN-FRANÇOIS RICHET

D’où vient cette furie biographique qui étreint en ce moment si fort l’audiovisuel français ? Panne d’imagination des scénaristes, souci des producteurs de s’engouffrer dans le tunnel récemment étayé de la docufiction, goût, naturel ou fabriqué, du public pour un retour vers le réel ? Parmi les quelques milliers de films français réalisés entre 1930 et 1985, on ne trouve qu’une cinquantaine de biopics – moins que ce que nous ont offert depuis dix ans cinéma et télévision réunis. En quelques mois, Piaf, Guitry, de Gaulle, Sagan, Séraphine, Coluche, Mesrine sont venus, avec des fortunes diverses, se ranger dans l’imagerie d’Épinal du spectacle moderne (et saluons la performance de Denis Podalydès, Frégoli de la réincarnation, qui, en l’espace de deux ans, a figuré Rouletabille, Sartre, Attali et Guy Schoeller).

« Idéals », un article de Monique Leroux

Au Théâtre de la Commune
Centre dramatique national d’Aubervilliers
jusqu’au 30 novembre 2008

PAUL NIZAN
ADEN ARABIE
Mise en scène de Didier Bezace

DE GAULLE EN MAI
d’après Jacques Foccart
Mise en scène de Jean-Louis Benoit
Tournée nationale jusqu’en février 2009

Aubervilliers, Montreuil, Saint-Denis, Bobigny : trois Centres dramatiques
nationaux, une Maison de la Culture, ces grands établissements culturels seraient
considérés comme trop nombreux dans un département tel que la Seine-Saint-Denis,
d’où les récentes menaces contre l’intégrité de la MC93. À Aubervilliers, c’est Didier
Bezace qui assume avec succès depuis onze ans l’héritage transmis par le fondateur du Théâtre de la Commune, Gabriel Garran. Cette saison il a placé sa rogrammation sous le signe des « Idéals ». Actuellement il met en scène Aden Arabie de Paul Nizan et accueille De Gaulle en mai, un spectacle de Jean-Louis Benoit, d’après le Journal de l’Élysée de Jacques Foccart, créé à Marseille au Théâtre de la Criée.


Quinzaine n°978 du 16 au 31 octobre 2008

novembre 1, 2008

Une époque impardonnable, un article d’Agnès Vaquin

J.M.G. Le Clézio, Ritournelle de la faim, Gallimard éd., 210p.,

J.M.G Le Clézio a ses figures de proue. il a ses filles du feu qui reviennent à intervalles dans son oeuvre. Ce sont des jeunes femmes qu’on imagine belles, encore que la beauté ne soit pas leur atout essentiel. Elles sont surtout intelligentes, sensibles, fougueuses. Elles sont en colère.



Question de style, un article de Norbert Czarny

Jean Echenoz, Courir, Minuit éd., 142p.

Deux évènements historiques encadrent l’histoire d’Emile, l’homme le plus rapide du monde: l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’armée nazie en 1939, puis par l’Armée rouge en 1968. Entre ces deux dates, le coureur de légende aura eu le temps de battre quelques records.



Folie ordinaire, un article de Norbert Czarny

Hélène Lenoir, La folie Silaz, Minuit éd., 224p.

Une maison au coeur du dernier roman d’Hélène Lenoir. On  pourrait dire une folie, mais on l’entendrait alors comme lieu habité par une folle, envahie par les objets et les souvenirs, “foutoir” serait plus juste. Une maison comme une prison, dont chacun cherche à s’évader.



Un roman brillant, mais savant? un article de Eric Phalippou

Salman Rushdie, L’enchanteresse de Florence (the Enchantress of Florence), trad. de l’anglais par Gérard Meudal, Plon éd., 410p.

Quand on est romancier en proie à un sujet flirtant avec l’Histoire, faut-il se documenter auprès des études le splus consensuelles et les portraits les plus flatteurs afin d’assurer aux lecteurs une reconstitution brillante, une galerie haute en couleur, le tout agrémenté de ressorts romanesques et de paradoxes convenus? Parce qu’offrant une lecture prenante-justement trop prenante- le derneir soap opera de Salman Rushdie suscite d’autant plus cette question que, pour la première fois, l’auteur agrémente sa fresque baroque d’un solide apparat critique.

Sur la chaussée des corsaires, un article de Gilbert Lascault

Jacques Villéglé, La comédie urbaine, Centre Georges Pompidou, 17 septembre 2008 – 5 janvier 2009, catalogue, Centre Pompidou éd., 336p.

Peintre raffiné, Jacques Villéglé (né en 1926) n’utilise jamais un pinceau. Son matériau (unique et changeant) est constitué par des affiches lacérées, déchirées, dépecées, maculées, qu’il découvre sur les murs des villes, sur les pallissades.


Les configurations de Mantegna, un article de Georges Raillard

Mantegna 1431-1506, Exposition au Louvre, 26 septembre 2008 au 5 janvier 2009, Catalogue sous la dir. de Giovanni Agosti et Dominique Thiébaut, Musée du Louvre/Hazan éd., 480p.

Jointes aux riches fonds Mantegna du Louvre et de la Brera, les oeuvres prêtées composent au Musée National une exposition exceptionnelle: disposition des oeuvres, jeu discret, sensible et savant des couleurs, des parois suivant les thèmes, les temps, les lieux, les genres, les personnages, l’architecture et les couleurs des personnages et des ciels.

La méthode et le cygne noir, un article de Laurence Zordan

Edgar Morin, La méthode, 2nd vol., Seuil éd., 2463p.

Edgar Morin, Mon chemin, Fayard éd., 362p.

“Je n’apporte pas la méthode, je pars à la recherche de la méthode. Je ne pars pas avec méthode, je pars avec le refus, en pleine conscience, de la simplification”: paradoxale introduction à La méthode d’Edgar Morin, fresque dont les milliers de pages en près de trente ans ouvrent un chemin, Mon chemin, autobiographie qui, loin d’être anecdotique, illustre les enjeux théoriques de la complexité.

Nassim Nicholas Taleb, Le cygne noir (en puissance de l’imprévisible) trad. de l’anglais par Christine Rimoldi avec la collaboration de l’auteur, Les belles lettres éd., 478p.

Simplifier les choses nous incite à penser que le monde est moins aléatoire qu’il ne l’est réellement. “Et le cygne noir est ce qu’on laisse de côté quand on essaie de simplifier”, écrit Nassim Nicholas Taleb, soulignant que nous sommes alors le jouet de la puissance de l’imprévisible.



Des images sur la régression de l’histoire humaine, un article de Jean-Paul Deléage

Alex MacLean, Over, visions aériennes de l’american way of life: une absurdité écologique, La découverte éd., 340p.

Les images d’Alex Mac LEAN que donnent à voir ce grand livre sont tout à la fois superbres et très inquiétantes. En effet, loin de toute démarche esthétisante, Alex MacLean manie magistralement l’art de la photographie aérienne. Il témoigne de l’inhumanité irresponsable de la société américaine dans les aménagements urbains et ruraux qui marquent désormais l’immense territoire des Etats-Unis.