D’une Quinzaine à l’autre – du 15 au 31octobre 2011

D’UNE QUINZAINE À L’AUTRE

EXPOSITIONS

BOILLY RÉTROSPECTIVE

Première rétrospective internationale consacrée au peintre Boilly. « Réunissant plus de 170 peintures, dessins, lithographies, miniatures et pièces de mobilier issus de musées internationaux », l’exposition de Lille retrace en sept sections chronologiques et thématiques l’itinéraire du peintre et rassemble ses chefs-d’œuvre. « Il a 28 ans en 1789, et meurt trois ans avant la révolution de 1848, à l’âge de 84 ans. Tout au long de sa carrière, Boilly n’aura de cesse de faire des changements de société ses thèmes privilégiés. Qui pense vie quotidienne ou chroniques des mœurs parisiennes voit les tableaux, les dessins et les gravures de Boilly : du Triomphe de Marat aux Galeries du Palais Royal ; des Scènes de boulevard aux Politiciens au jardin des Tuileries ».

Du 4 novembre 2011 au 6 février 2012. Palais des Beaux-Arts de Lille, place de la République, 59000 Lille. Tél. : 03.20.06.78.00. Lire la suite

La Quinzaine n°1024, du 16 au 31 octobre 2010

“La voix de Caradec”, un article de Jean-Paul Goujon

FRANÇOIS CARADEC, ENTRE MIENS D’Alphonse Allais à Boris Vian, Flammarion, 932 p., 35 €

“Entre miens” : ce titre – qui est de l’auteur – ne montre-t-il pas déjà que nous avons affaire aux prédilections bien marquées d’un liseur hors série ? Et ces prédilections sont des plus variées, car la lecture de ce gros volume nous transporte d’Alphonse Allais à Max Jacob, de Rimbaud à Léo Malet, de Paul Léautaud à Boris Vian et tant d’autres.

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“Les souffrances se lavent dans la mémoire”, un article de Norbert Czarny

SOFI OKSANEN, PURGE, trad. du finnois par Sébastien Cagnoli, Stock, 400 p., 21,50 €

« Purge : débarrasser de ce qui altère, purifier. » C’est en gros ainsi que le dictionnaire définit ce nom, titre de l’un des romans les plus forts de cette rentrée. Un texte violent, tourmenté, aussi complexe que l’Histoire, dans des lieux que la guerre et les occupations ont travaillés.

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“Le dernier chant du défunt”, un article de Natacha Andriamirado

JEAN MATTERN, DE LAIT ET DE MIEL, Sabine Wespieser, 144 p., 17 €

« La télévision ou les journaux, depuis, m’ont confronté à tant d’images de gens jetés sur la route. L’humanité semble secrètement jouir de ce cycle éternellement renouvelé de l’exil. » De lait et de miel s’apparente au dernier chant du défunt. Un chant singulier de qui attend le seuil de la mort pour enfin s’exprimer.

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“L’appel de l’écriture”, un article d’Agnès Vaquin

ALAIN NADAUD, LA PLAGE DES DEMOISELLES, Léo Scheer, 190 p., 18 €

“La Plage des Demoiselles”, un recueil à caractère autobiographique, suite et complément au récit que l’auteur a publié en 2004 : “Les Années mortes”.

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“Une brûlure inguérissable”, un article de Claude Fierobe

EDNA O’BRIEN, CRÉPUSCULE IRLANDAIS, The Light of Evening, trad. de l’anglais (Irlande) par Pierre-Emmanuel Dauzat, Sabine Wespieser, 442 p., 24 €

Près de cinquante ans après “Les Filles de la campagne” (“The Country Girls”, 1960), qui lui valut à la fois la notoriété et les foudres de la censure dans son pays pour la description sans fard de l’éveil de la sensualité chez les jeunes Irlandaises, Edna O’Brien revient à ses thèmes de prédilection dans “Crépuscule irlandais” (“The Light of Evening”, 2006). À dire vrai, ils n’avaient jamais disparu de la quarantaine d’ouvrages qui jalonnent sa carrière littéraire.

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“Raymond Carver avant et après”, un article de Claude Grimal

RAYMOND CARVER, DÉBUTANTS, tome 1 des Œuvres complètes trad. de l’anglais (États-Unis) par J. Huet et J.-P. Carasso, Éditions de l’Olivier, 336 p., 22 € / PARLEZ-MOI D’AMOUR tome 2 des Œuvres complètes trad. de l’anglais (États-Unis) par G. Rolin, révisée par N. Zberro, Éditions de l’Olivier, 180 p., 14 €

En 1980, lorsque Raymond Carver reçut de son éditeur, Gordon Lish, le manuscrit « corrigé » de son deuxième recueil, Parlez-moi d’amour, il fut presque anéanti ; Lish avait coupé 50 % du texte de ses 17 nouvelles (trois se trouvaient même réduites de 70 %), changé le titre de dix d’entre elles et modifié la fin de quatorze. Carver écrivit à Lish une lettre pathétique le suppliant de ne pas publier le livre sous cette forme. Ce dernier refusa ; le volume, Parlez-moi d’amour, parut donc chez Knopff dans sa « version Lish », c’est-à-dire avec les transformations et suppressions radicales qui venaient d’être opérées, et connut un immense succès. Carver accepta la chose en même temps que l’attention nationale et internationale que l’ouvrage lui valut.

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“À fusiller immédiatement !”, un article de Jacques Fressard

RODOLFO WALSH, OPÉRATION MASSACRE, trad. de l’espagnol (Argentine) par Odile Begué, Christian Bourgois, 292 p., 21 €

Peut-être, à distance, ce qui paraît le plus étonnant aujourd’hui dans ce livre qui se réclamait implicitement dès 1957, par sa méthode d’écriture, de la non fiction novel, c’est son côté prémonitoire, qui en assurera la pérennité.

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“Les trahisons nécessaires”, un entretien de Javier Cercas, réalisé par Norbert Czarny

JAVIER CERCAS, ANATOMIE D’UN INSTANT, trad. de l’espagnol par Élisabeth Beyer et Alexsandar Grujicic, Actes Sud, 430 p., 24,80 €

Le 23 février 1981, des militaires armés investissent les Cortès, le Parlement espagnol. Au moment où il éclate, le chef du gouvernement, Adolfo Suarez, est au plus mal. La crise est politique, économique et le pouvoir est isolé. Le coup d’État sera de brève durée mais cette épreuve fait revivre des moments douloureux à la jeune démocratie. L’attitude de trois hommes sera déterminante et c’est cet « instant », le geste de Suarez, de Gutiérrez Mellado et de Santiago Carillo qu’analyse ou décompose le romancier Javier Cercas. Nous l’avons interrogé sur ce « roman étrange ».

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“Une éducation inachevée”, un article de Norbert Czarny

PHILIP ROTH, INDIGNATION, trad. de l’anglais par Marie-Claire Pasquier, Gallimard, 200 p., 17,90 €

Dès les premières lignes d’”Indignation”, le cadre historique est posé. On est en 1951 ; les États-Unis sont englués dans la guerre de Corée. Les tranchées sont remplies de jeunes conscrits et les assauts à la baïonnette menés par les Nord-Coréens et leurs alliés chinois font des champs de bataille de vraies boucheries. Le père de Marcus Messner est hanté par une seule chose : perdre son fils unique en Extrême-Orient.

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“Avec deux écrivains mexicains”, un entretien avec Sergio González Rodríguez et Guillermo Fadanelli réalisé par Hugo Pradelle

Sergio González Rodríguez, journaliste et écrivain, a consacré un livre profus – “Des os dans le désert” – à l’un des faits divers les plus atroces et les plus mystérieux de ces dix dernières années : les meurtres et disparitions d’un grand nombre de femmes autour de la ville de Juárez et sur l’impunité dont semblent jouir ceux qui les perpètrent. Loin d’une simple enquête journalistique, son récit entreprend des questions majeures pour notre époque, interrogeant à la fois la situation politique et économique de son pays et les dimensions esthétiques et intellectuelles que son travail définit peu à peu. La quête de vérité et de nomination que ce livre engage, telle une fouille obstinée d’un terrain, se prolonge dans L’Homme sans tête (2), manière de précis politique entremêlé de confi- dences autobiographiques qui explore le développement d’une certaine ritualisation de la violence par les groupes de narcotrafiquants qui infectent le Mexique.

Guillermo Fadanelli anime Moho, une revue inclassable et écrit depuis une vingtaine d’années des romans dans lesquels se fait jour un goût certain pour l’iconoclaste – Éduquer les taupes, L’Autre Visage de Rock Hudson ou Boue. À la fois profondément drôles et extraordinairement savants, ses romans établissent un univers étrange où s’en- trecroisent la philosophie et la culture populaire, les éléments les plus élevés et les plus prosaïques, où se joue une sorte de comédie pessimiste parfaitement réjouissante. À l’occasion du Festival America nous avons pu rencontrer ces deux écrivains qui, chacun à leur manière, interrogent la nature et l’état de leur pays, contrevenant aux codes établis, les débordant, s’interrogeant avec profondeur sur les rapports qu’ils entretiennent avec la langue, la réalité et une violence omniprésente.

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“Le Grand Khan des Lettres anglaises”, un article d’Alain Jumeau

GIORGIO MANGANELLI, VIE DE SAMUEL JOHNSON, édition établie et présentée par Salvatore Silvano Nigro trad. de l’italien par Dominique Férault, Gallimard, coll. « le Cabinet des Lettrés », 133 p., 19,90 € / SAMUEL JOHNSON, VIE DE RICHARD SAVAGE, trad. de l’anglais par Lionel Leforestier, Gallimard, coll. « Le Promeneur », 113 p., 19,50 €

C’est le romancier Tobias Smollett qui attribua le surnom de « Grand Khan des Lettres » à Samuel Johnson (1709-1784), le poète, essayiste, critique, journaliste et lexicographe, dont la silhouette impressionnante et pachydermique donnait encore plus de poids à ses jugements tranchants, définitifs, parfois féroces, mais rarement injustes et toujours respectés. Deux petites publications récentes permettent de mieux cerner la personnalité de celui qui domina la littérature anglaise du XVIIIe siècle.

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“Hölderlin revu et corrigé”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

WILHELM WAIBLINGER VIE, POÉSIE ET FOLIE DE FRIEDRICH HÖLDERLIN, trad. de l’allemand par Lionel Duvoy, Allia, 74 p., 10 €

C’est à Rome en 1827-28 que Wilhelm Waiblinger écrivit son petit livre (72 pages) sur la « folie » de Friedrich Hölderlin. Ce livre est plus un éloge de l’auteur lui-même et de sa juvénile « sagesse » quelque peu protectrice qu’un véritable témoignage.

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“Arman, l’homme arme”, un article de Gilbert Lascaut

EXPOSITION et PUBLICATIONS ARMAN Centre Pompidou 22 septembre 2010 – 10 janvier 2011 / JEAN-MICHEL BOUHOURS et coll. ARMAN catalogue-livre Éd. Centre Pompidou, 360 p., 300 ill. coul., 49,90 € / FONDATION A.R.M.A.N. VU, PRIS : ARMAN Skira/Flammarion, 128 p., 100 ill., 18 €

Bien agencée et pensée par Jean-Michel Bouhours, robuste et élégante, l’exposition d’Arman (1928-2005) rassemble 120 œuvres bien choisies. Elle suggère les cases d’un damier. Elle donne à voir la multiplicité des objets, leur dégradation, leur rayonnement.

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Des rencontres heureuses”, un article de Georges Raillard

EXPOSITIONS et PUBLICATIONS FRANCE 1500, entre Moyen Âge et Renaissance Galerie nationale du Grand Palais 6 octobre 2010 – janvier 2011 / VISIONS CONTEMPORAINES DE MARGUERITE D’AUTRICHE Monastère royal de Brou à Bourg-en-Bresse 2 octobre 2010 – 24 janvier 2011 Catalogue présenté par Magali Briat-Philippe Éd. Monastère royal de Brou, 96 p., 16 € / ARSENAL 1995-2010 Musée de Soissons Ouvrage rétrospectif Éd. Musée de Soissons/ADACS, 160 p., 20 €

Paris, au Grand Palais, Soissons, à l’Arsenal, Bourg-en-Bresse, au Monastère royal de Brou : des lieux célèbres ou méconnus où cette semaine l’on pouvait être conduit, comme je l’ai été, à penser que l’art rendait heureux, bien loin, sans doute, des mômeries exhibées à Versailles.

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“Raymond Queneau et les premières années de l’Oulipo”, un article de Jacques Duchateau

Lorsqu’en novembre 1960 Raymond Queneau créa l’Ouvroir de littérature potentielle – avec François Le Lionnais à l’origine de cette idée – il connaissait personnellement depuis plusieurs années huit des membres co-fondateurs de cet Oulipo, dont la plupart se connaissant déjà continueront de se voir en dehors des réunions mensuelles.

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“Merleau-Ponty en perspective”, un article de Jean Lacoste

MAURICE MERLEAU-PONTY Œuvres Gallimard, coll. « Quarto », 1 848 p., 35 €

L’édition des Œuvres de Simone Weil dans la collection « Quarto » avait été une belle réussite, qui avait bien révélé toutes les dimensions de la philosophe. Les éditions Gallimard reprennent la formule pour Maurice Merleau-Ponty, dans un volume compact de plus de 1 800 pages, organisé par Claude Lefort – tout récemment décédé, hélas – et qui comporte une substantielle chronologie « Vie et œuvre », riche de documents photo- graphiques et de citations, notamment tirées d’entretiens inédits avec Georges Charbonnier de 1959.

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“La rêverie cosmique de Louis Auguste Blanqui”, un article de Jean M Goulemot

LOUIS AUGUSTE BLANQUI L’ÉTERNITÉ PAR LES ASTRES introduction et notes par Lisa Block de Behar, Éd. Slatkine, 202 p., 33 €

Que sait-on aujourd’hui de Louis Auguste Blanqui ? Ses proclamations, ses appels incessants à l’insurrection ont-ils aujourd’hui des lecteurs ? Se rappelle-t-on même qu’il publia un journal (1880-1881) qui s’intitulait “Ni Dieu, ni Maître” ? Lit-on encore le livre que lui consacra Gustave Geoffroy, L’Enfermé, en 1926 ? Et pourtant il suscita d’ardentes admirations.

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“La parlure quotidienne”, un article de Jean-Claude Chevalier

CLAUDINE NORMAND PETITE GRAMMAIRE DU QUOTIDIEN Paradoxe de la langue ordinaire préface de Mustapha Safouan, Hermann, coll. « Psychanalyse », 235 p., 25 €

Claudine Normand est un chercheur curieux : éprise de littérature, elle est venue tard à la linguistique ; agrégée de grammaire à qui l’Université avait laissé tout ignorer de Saussure et du structuralisme jusqu’à la quaran- taine (elle s’en est expliquée plusieurs fois), elle s’est alors convertie à la psychanalyse et conjointement – ce qui est logique – à une linguistique de l’énonciation préoccupée des valeurs et des significations.

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“La malédiction des cheveux”, un article de Hugo Pradelle

ALAN PAULS HISTOIRE DES CHEVEUX Historia del pelo trad. de l’espagnol (Argentine) par Serge Mestre, Christian Bourgois, 224 p., 18 €

Alan Pauls signe un nouveau précis, cette fois-ci capillaire, qui ordonne une conscience chaotique, confirmant à la fois une certaine idée de l’Histoire et un questionnement essentiel sur les formes mêmes du monde et du discours.

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La Quinzaine n°1023, du 1er au 15 octobre 2010… en couleur !

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Voici un aperçu des livres figurant dans la Quinzaine n°1023, du 1er au 15 octobre 2010… un numéro en couleur !!

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“Les mots et les nuages”, un article de Laurence Zordan

POÉSIE, ARTS, PENSÉE, Carte blanche donnée à Yves Bonnefoy, textes rassemblés par Yves Bonnefoy et Patrick Née, Hermann, 229 p., 30 € // CHRISTIAN DOUMET, LA DÉRAISON POÉTIQUE, DES PHILOSOPHES, textes rassemblés par Yves Bonnefoy et Patrick Née, Stock, 307 p., 20,99 € // ANTONIO RAFELE,  LA MÉTROPOLE BENJAMIN ET SIMMEL, textes rassemblés par Yves Bonnefoy et Patrick Née CNRS éditions, 138 p., 17 €

« Le poète retrace sur la page blanche les pas d’un danseur enfui… Et pour cela, préfère l’impair, plus vague et plus soluble dans l’air… L’écrivain appartient à un langage que personne ne parle, qui ne s’adresse à personne, qui n’a pas de centre, qui ne révèle rien… Les mots étaient en réalité des nuages… Ne pas trouver son chemin dans une ville, ça ne signifie pas grand-chose, mais s’égarer dans une ville comme on s’égare dans une forêt demande toute une éducation… Je ne veux plus me retenir des erreurs de mes doigts, des erreurs de mes yeux. Je sais maintenant qu’elles ne sont pas que des pièges grossiers, mais de curieux chemins vers un but que rien ne peut me révéler, elles seules… Il démolit ce qui existe, non pour l’amour des décombres, mais pour l’amour du chemin qui les traverse… L’homme a besoin d’une véritable morale cosmique. Toute lutte réclame, en même temps, un objet et un décor… » : on pratiquerait volontiers l’art de la citation sous forme de montage  pour montrer que l’évanescence est la seule pourvoyeuse d’évidences, pas celle des idées reçues, mais celle des idées conquises.

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“Requiem pour le XXe siècle”, un entretien de Philippe Forest, réalisé Tiphaine Samoyault

PHILIPPE FOREST, LE SIÈCLE DES NUAGES, Gallimard, 557 p., 21,50€

Roman-siècle comme on dit roman-monde, le dernier livre de Philippe Forest tient deux histoires en même temps, l’histoire minuscule d’un homme qui en a occupé presque tout le temps et l’histoire majuscule d’une époque marquée autant par la rêverie technologique que par la destruction. Entre ces deux histoires, l’avion, qui fut à la fois l’utopie
par excellence, l’utopie réalisée de l’homme qui veut voler et une puissante machine de guerre, fait le lien. Le père du narrateur était en effet aviateur et a inscrit son histoire modeste dans l’épopée de l’air sans pourtant en écrire la légende. Né en 1921, il savait déjà en commençant à voler que l’aviation n’était plus seulement une belle aventure. Ce qui fut la réalisation d’un rêve, d’une des enfances les plus belles de l’homme, est aussi ce qui contribua à faire de l’avenir un horizon bouché. « Car, en l’espace de quelques années, celles qui se sont écoulées en un battement de paupières depuis Ader et Blériot, l’aviation est devenue cela : cette entreprise anonyme de dévastation qui s’étend méthodiquement sur toute la surface des continents, faisant passer sur ceux-ci des formations d’appareils par centaines qui accomplissent leur métier de mort, larguant leurs bombes à l’aplomb des villes, lâchant leurs rafales sur des objectifs à peine aperçus dans le cadre du viseur, lancés dans l’air à une allure si formidable que le spectacle du monde autour d’eux prend l’apparence d’un inintelligible chaos qu’ils traversent en trombe et sans avoir du tout le temps de réaliser ce qu’il représente. »

Le livre commence et s’achève par une chute. Celle d’un avion d’Imperial Airways à vingt kilomètres de Mâcon et que le père, adolescent, a pu voir. Celle du père, tombant dans la rue un jour de 1999 pour ne plus se relever. Les mythes survivent à l’histoire. Icare toujours, malgré les techniques du vol. Il fallait un romancier qui eût assez de souffle pour raconter cette histoire et pour la donner à la fois comme un avenir et comme un passé. Philippe Forest aura pour toujours été celui-là qui, dans un livre épique, documenté et en même temps constamment émouvant donne, depuis les nuages, un portrait du « vieux vingtième siècle » à la fois dramatique, mélancolique et beau.

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“Une saison en Houellebecquie”, un article de Jean-Jacques Lefrère

MICHEL HOUELLEBECQ, LA CARTE ET LE TERRITOIRE, Flammarion, 450 p., 22 €

Puisqu’il est des rentrées littéraires comme il est des rentrées scolaires, il faut en accepter le principe, mais il n’est pas aisé, il est même impossible, d’identifier avec certitude ce qui sort du lot. À en croire le déluge d’articles et d’échos qui a accompagné “La Carte et le Territoire” de Michel Houellebecq, ce serait ce roman. L’histoire littéraire, qui ne fait aucune concession, justifiera-t-elle ce jugement ?

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“Vers l’égalité”, un article de Tiphaine Samoyault

J. M. COETZEE, L’ÉTÉ DE LA VIE, Summertime, trad. de l’anglais par Catherine Lauga Du Plessis, Seuil, 320 p., 22

Formule inédite de la confession, entre l’”Autobiographie d’Alice B. Toklas” de Gertrude Stein et les “Mémoires d’outre-tombe”, “L’Été de la vie” de J. M. Coetzee, présenté comme le troisième volet de son œuvre autobiographique après “Scènes de la vie d’un jeune garçon” et “Vers l’âge d’homme”, emploie une forme tout à fait singulière.

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“Cher XVIIIe siècle !”, un article d’Agnès Vaquin

CHANTAL THOMAS, LE TESTAMENT D’OLYMPE, Seuil, coll. « Fiction & Cie », 310 p., 18 €

On aime ces livres où Chantal Thomas nous raconte son cher XVIIIe siècle. Elle le connaît par cœur. La phrase mise en épigraphe évoque
le destin de deux sœurs séparées par leurs vies. Elle est signée : «Apolline de T., Londres, juillet 1771 ». Cette personne se propose de raconter ses souvenirs et nous informe qu’ils seront suivis de la terrible histoire de sa sœur dont cette dernière lui a confié une relation sur son lit de mort et c’est là son « testament ».

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“Deux poètes”, un article de Norbert Czarny

RENÉ CHAR, NICOLAS DE STAËL CORRESPONDANCE 1951-1954, Éditions des Busclats, 144 p., 15 €

René Char n’était pas homme de demi-mesure. Il s’engageait en amitié comme il l’a fait en Résistance, avec passion. Et il restait fidèle quand il ne rompait pas violemment. Ainsi, il est resté proche d’Eluard malgré les choix partisans de ce dernier, et la mort de Camus est restée une blessure ouverte. Sans doute en est-il allé de même avec Nicolas de Staël, quand le peintre s’est suicidé, en 1955, à Antibes.

“Aimer ou ne pas aimer”, un article de Christian Mouze

BENGT JANGFELDT, LA VIE EN JEU, Une biographie de Vladimir Maïakovski, trad. du suédois par Rémi Cassaigne, Albin Michel, 589 p., 25 €

«Aimer ou ne pas aimer, voilà la question – la question à laquelle un révolutionnaire devrait pouvoir répondre sans ambages. » C’est André
Breton qui écrit cela en juillet 1930 à propos de la mort de Maïakovski. Nul n’a mieux vu ainsi le lien de l’amour et de l’esprit révolutionnaire. Et nul mieux que Maïakovski n’a voulu lier et incarner l’amour et la révolution.

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“Quand le barde refait surface”, un article de Maurice Mourier

ELIAS LÖNNROT, LE KALEVALA, ÉPOPÉE DES FINNOIS suivi d’un choix de poèmes ouraliens traductions, introduction et annotations par Gabriel Rebourcet, Gallimard, coll. « Quarto », 1092 p., 24 doc., 24,90

Bien qu’il s’agisse d’une réédition à l’identique du texte paru en deux tomes chez le même éditeur en 1991 dans la collection « L’aube des peuples », l’intérêt exceptionnel de cet ensemble justifie qu’on salue sa reprise en un volume unique et une collection plus accessible.

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“L’homme qui avance devant lui”, un article de Marie Etienne

JACQUES DARRAS, LA RECONQUÊTE DU TOMBEAU D’ÉMILE VERHAEREN poésie, Le Cri, Bruxelles / LA CONJUGAISON DE PLACES AMOUREUSES proses Éd. de Corlevour / JACQUES DARRAS, POÈTE DE LA FLUIDITÉ, Actes du Colloque de l’Université de Nice, Le Cri, Bruxelles / À CIEL OUVERT Entretiens avec Yvon Le Men, Éd. La Passe du vent

Avec ses 15 publications de poésie, ses 4 pièces de théâtre, ses 16 essais, ses 22 traductions, les 66 numéros de sa revue de poésie In’hui, ses articles en revues et dans les journaux, Jacques Darras fait figure d’infatigable marcheur.

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“Peindre l’harmonie”, un article de Gilbert Lascault

LAURENT FABIUS, LE CABINET DES DOUZE, Regards sur des tableaux qui font la France, Gallimard, coll. « Témoins de l’art », 224 p., 85 ill., 22,50 €

Socialiste méditatif, amoureux de la peinture, Laurent Fabius regarde les tableaux qui l’émeuvent. Dans les musées, il les voit et les revoit. Il les aime. Avec ferveur, avec précision, il les observe de très près.

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“Journal du désastre”, un article de Maurice Mourier

ROLAND DE MARGERIE, JOURNAL (1939-1940) préface d’Éric Roussel, Grasset, 409 p., 18,50 €

Diplomate de carrière, issu d’une noble famille de grands serviteurs de l’État depuis des générations par son père, de celle d’Edmond Rostand par sa mère, Roland de Margerie, alors en poste à Londres, renonce en août 39 à ses vacances d’été, vient à Paris aux nouvelles (la signature par Ribbentrop et Molotov du premier Pacte germano-soviétique date du 23 août), y rencontre Alexis Léger, futur Saint-John Perse, alors tout-puissant secrétaire général des Affaires étrangères. Frappé par la sérénité quelque peu désinvolte de celui-ci, sa façon de minimiser les dangers de la guerre qui, à l’évidence, menace, il touche du doigt pour la première fois l’incroyable insouciance avec laquelle la France aborde un moment crucial de son Histoire.

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“Staline n’aimait pas la musique”, un article de Jean-Jacques Marie

ALEXANDER WERTH, SCANDALE MUSICAL À MOSCOU, trad. et présenté par Nicolas Werth, Tallandier, 180 p., 15,90 €

La Pravda du 10 février 1948 publie au nom du Comité central (qui n’a pas été réuni pour l’occasion et que d’ailleurs Staline ne réunissait quasiment plus) un décret prononçant une condamnation brutale des musiciens soviétiques Chostakovitch, Prokofiev, Khatchatourian et Miaskovski accusés de « formalisme ». Ces musiciens, affirme le décret dans une langue de bois policière, «font fi des goûts artistiques et des demandes des peuples de l’URSS (…) rejetant la fonction sociale de la musique, se contente[nt] de pourvoir aux goûts dégénérés d’une poignée d’individualistes esthétisants».

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“La chair invisible du travail”, un article de Patrick Faugeras

YVES CLOT, LE TRAVAIL À CŒUR, Pour en finir avec les risques psychosociaux, La Découverte, 190 p., 14,50 €

Le travail est malade, pourtant ce sont ses opérateurs qui s’effondrent, développent diverses pathologies, multiplient les troubles musculo-squelettiques, se suicident. Le travail est malade, pourtant plutôt que de s’occuper à le soigner, en s’intéressant, voire en contestant les réorganisations dont il est l’objet, pouvoirs publics, décideurs, et quelquefois les syndicats, entendent gérer et manager, à grand renfort de réformes, procédures et autres cellules de veille, la prévention de ce qu’on appelle aujourd’hui les risques psychosociaux et le soin des personnes fragilisées, dites porteuses de risque.

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“Conditions clandestines”, un article de Patrick Cingolani

LAURENCE ROULLEAU-BERGER, MIGRER AU FÉMININ, Puf, coll. « la Nature humaine », 192 p., 15 € / SÉBASTIEN CHAUVIN, LES AGENCES DE LA PRÉCARITÉ Journaliers à Chicago Seuil, coll. « Liber », 339 p., 22 €

Si la dynamique politique des sans-papiers et la sociologie de leur mobilisation a fait diversement l’objet d’analyses depuis notamment le livre de Johanna Siméant sur les luttes de la fin des années 90, l’expérience de ces mêmes sans-papiers méritait d’être revisitée à partir de leur parcours migratoire et de leur vécu du travail. Deux livres, chacun à leur manière bien différente, viennent apporter un vif éclairage sur les nouvelles conditions de la migration et les nouvelles conditions d’exploitation des immigrés.

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“La vie comme entreprise”, un article de Jean-Paul Deléage

ROBERT BARBAULT et JACQUES WEBER, LA VIE, QUELLE ENTREPRISE ! Pour une révolution écologique de l’économie, Seuil, coll. « Science ouverte », 208 p., 19€

La question qui se pose au monde et que pose ce livre est celle d’une biosphère durable. Les auteurs allient les regards de l’écologie et de l’économie, les compétences du naturaliste et celles de l’anthropologue pour construire une vision partagée de la puissance du monde vivant dont la toile fragile est déchirée par les activités humaines, dominées par les dogmes à hauts risques et irresponsables des managers néolibéraux.

Entretien de Mario Vargas Llosa, prix Nobel de littérature dans la Quinzaine littéraire

A l’occasion de l’attribution du prix Nobel de littérature à l’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa, voici en intégralité un entretien de l’auteur recueilli Alice Raillard et paru dans la Quinzaine littéraire le 16 février 1980.

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“Ecrire, c’est s’insérer dans la réalité”, une interview réalisée par Alice Raillard

Mario Vargas Llosa, La Tante Julia et le scribouillard, Roman, trad. de l’espagnol par Albert Bensoussan, Gallimard éd., 197 p.

Nous sommes nombreux, je crois, à avoir éprouvé le même saisissement lorsque parut, en 1966, la Casa verde (la Maison verte) de Mario Vargas LIosa, le jeune auteur de la Ville et les chiens. Trois ans après la publication de Marelle de Cortazar, un an avant celle de Cent ans de solitude de Garcia Marquez, la Maison verte fut un de ces livres qui font date. Depuis, la mise en mots du Pérou entreprise par Vargas LIosa se poursuit, foisonnante : de la dissection de Lima sous la dictature d’Odria (la Conversation à “la Cathédrale”) à la fable burlesque de Pantaléon et les visiteuses. Entre-temps, des ouvrages critiques sur Gabriel Garda Marquez et sur Flaubert, ont été aussi pour l’écrivain une façon oblique de s’interroger sur son propre rapport à la littérature et à l’écriture.

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Mario Vargas Llosa, prix Nobel de littérature dans la Quinzaine littéraire

A l’occasion de l’attribution du prix Nobel de littérature à l’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa, voici en intégralité la critique de son livre “La ville et les chiens” écrite par Jacques Fessard dans la Quinzaine littéraire du 1er octobre 1966.

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“Adolescents en uniforme”, un article Jacques Fressard 

Mario Vargas Llosa, La ville et les chiens, trad. de l’espagnol par B. Lesfargues , Gallimard éd., 396 p.
La Casa Verde, Seix Barrai éd. (Barcelone). 430 p.

La ville c’est ici Lima, ou plutôt certains faubourgs ou quartiers excentriques d’un niveau social assez différent ; les “chiens” ce sont les élèves de première année de l’école militaire Leoncio Prado (sorte de prytanée à la prussienne), que leurs aînés ne considèrent pas encore dignes du titre flambant de “cadets”. Tout le roman est construit autour de ces deux pôles, l’un ouvert, l’autre fermé sur soi.

On échappe à une famille et à un milieu médiocres, dans l’espoir — plus ou moins tendu, plus ou moins inquiet — de découvrir une communauté, de devenir un homme. On retrouve ce milieu et cette famille lors des sorties dominicales ou, par le flux de la pensée, pendant les heures de garde et de consigne. On y replonge enfin, après l’épreuve, devenu homme en effet, mais non de la façon qu’on avait crue.
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La Quinzaine n°1022, du 16 au 30 septembre 2010

“Le dilemme du rentier”, un article de Liliane Kerjan

ANITA BROOKNER ÉTRANGERS, Strangers, trad. de l’anglais par Françoise du Sorbier, Fayard, 269 p., 19 €

Vingt-trois romans, dont “L’Hôtel du lac” (Booker Prize en 1984), “Le Dernier Voyage”, “Les Règles du consentement” ont à chaque fois confirmé la place d’Anita Brookner dans la cohorte des romancières anglaises qui excellent dans l’analyse intelligente et intransigeante. Étrangers aborde sous une plume élégante le temps, la vieillesse et le vide au cœur d’une bourgeoisie ouverte aux courants d’air, en perpétuel exil.

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“Fiction ?”, un article de Norbert Czarny

PHILIPPE VASSET, JOURNAL INTIME D’UNE PRÉDATRICE, Fayard, 208 p., 15,90 €

“Carte muette” : c’était le titre d’un précédent roman de Philippe Vasset. L’auteur proposait une cartographie des espaces vacants, des zones vierges dans Paris. Le vide supposé en disait long sur la ville, telle qu’elle se construit, se peuple et se fait objet marchand. Le projet qui sous-tend le Journal intime d’une prédatrice est-il si différent ?

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“Vivre, ça fait mal”, un article d’Agnès Vaquin

YVES BICHET, RESPLANDY, Seuil, 240 p., 17 €

Les romans d’Yves Bichet se nourrissent de sensualité, de sexe et de mort et “Resplandy” ne va pas faire exception. Faut-il y ajouter l’humour noir ? On peut en discuter.

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“Quand le mal vient de très loin”, un article d’Agnès Vaquin

ÉRIC PESSAN, INCIDENT DE PERSONNE, Albin Michel, 190 p., 15 €

Le narrateur d’’Incident de personne’ n’est pas un garçon d’une folle gaîté. Ce n’est pas en vain qu’au début de son roman Éric Pessan termine certains paragraphes, comme s’il s’agissait d’une ponctuation, par « Noir ». Le personnage est dans un train en direction de Nantes. Il revient de Nicosie où il a séjourné pour animer des ateliers d’écriture.

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“Une autobiographie anonyme”, un article d’Odile Hunoult

CÉCILE REIMS, PEUT-ÊTRE, Le Temps qu’il fait, 176 p., 18 €

L’originalité de ce récit, et sa grâce, c’est l’absence quasi totale de ce qui fait l’autobiographie : ni lieux, ni noms, ni dates. Pour cela on peut se rapporter aux livres et aux catalogues du couple Cécile Reims-Fred Deux – ici F et C, limités à leurs initiales (sans points).

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“Un roman simple”, un article de Maurice Mourier

PER PETTERSON – MAUDIT SOIT LE FLEUVE DU TEMPS – trad. du norvégien par Terje Sinding, Gallimard, coll. « Du monde entier », 235 p., 18,50 €

Un homme de trente-sept ans, ouvrier dans une usine de routage de magazines, divorce. Au même moment, sa mère apprend qu’elle a un cancer, qu’il ne lui reste que peu de temps à vivre. D’origine danoise mais vivant depuis quarante ans à Oslo avec celui qu’elle a épousé, elle décide d’une sorte de pèlerinage au pays natal et se rend dans la petite île de Laeso où jadis elle avait accouché hors mariage de son premier fils, plus tard légitimé par l’union avec le Norvégien père de ses trois autres garçons mais qu’elle n’a jamais aimé.

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“Parentèle indienne”, un article de Liliane Kerjan

LOUISE ERDRICH – LA MALÉDICTION DES COLOMBES The Plague of Doves – trad. de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez – Albin Michel, 482 p., 22,50 €

De romans en poèmes, Louise Erdrich, depuis le succès de “Love Medicine” en 1984, écrit une œuvre originale, haute en couleur, pleine d’his- toires de familles dans une réserve d’Indiens du Dakota du Nord. Avec La Malédiction des colombes, elle signe, selon Philip Roth, « un chef-d’œuvre éblouissant ».

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“Les années vécues ensemble révèlent-elles réciproquement les âmes ?”, un article de Christian Mouze

SOPHIE TOLSTOÏ  – À QUI LA FAUTE ?
LÉON TOLSTOÏ  – LA SONATE À KREUTZER – trad. du russe par Christine Zeytounian-Beloüs – Albin Michel, 334 p., 19 €

« En aucune façon ! » répond Alexandre Herzen (1812-1870) qui, dans un roman que ne pouvaient ignorer ni Léon ni Sophie Tolstoï, intitulé À qui la faute ? (1841-1846) – et ce n’est pas un hasard si le titre du récit de Sophie Tolstoï fait écho à Herzen –, posait avec force, en même temps que celui de la place et du rôle social de la femme, le problème de l’amour conjugal et de la passion, leur tangence, leurs intersections, leurs recoupements, leur écartement, leurs écartèlements, leurs résonnances intimes et sociales.

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“Contre le vert Pour le vert”, un article de Gilbert Lascault

MICHEL PASTOUREAU – LES COULEURS DE NOS SOUVENIRS – Seuil, 260 p., 18 €

Historien érudit, inventif, original, Michel Pastoureau (né en 1947) explore les passions des couleurs, les symboles des animaux (l’ours, le cochon), les blasons, les jeux.

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“Reliques”, un article de Marie-José Tramuta

EUGENIO MONTALE – PAPILLON DE DINARD – trad. de l’italien par Mario Fusco – Verdier, 220 p., 18 €

Lorsque Eugenio Montale meurt, à Milan, le 12 septembre 1981, âgé de presque quatre-vingt-cinq ans (il était né le 12 octobre 1896 à Gênes), il laisse une œuvre couronnée par le prix Nobel en 1975 qui le consacre de son vivant déjà comme un poète classique. Giorgio Zampa écrivait dans son introduction à Tutte le poesie chez Mondadori, en 1984 : « Montale était conscient de la signi- fication que son œuvre assumerait, une fois refermée ; il hésita longtemps à y mettre le sceau. Quand il le fit, il cessa de chercher son stylo, il cessa de soulever la housse de son Olivetti. Et quelques mois plus tard, il quittait Milan, pour le modeste mais infini espace de San Felice a Ema » (cimetière où reposait depuis 1963, celle qui fut sa compagne puis sa femme, Drusilla Tanzi, dite la « Mosca »). Avant de mourir, il avait assisté à la publication de ses œuvres complètes, fait assez rare dans l’histoire littéraire.

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“La durée de la littérature”, un article de Nicole Casanova

ALBERT THIBAUDET – INTÉRIEURS – Baudelaire – Fromentin – Amiel  – Édition présentée et annotée par Robert Kopp – Gallimard, coll. « Les Cahiers de la NRF », 258 p., 25 €

« On pourra s’étonner, et même se scandaliser de voir approcher, d’une manière qu’on dira artificielle, trois écrivains en apparence si différents, et qui trouvent leur public, leurs critiques, en des classes de lecteurs si hostiles les unes aux autres. »

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“Le romancier, agent moral”, un article de Laurence Zordan

MARTHA C. NUSSBAUM – LA CONNAISSANCE DE L’AMOUR – Cerf, 589 p., 68 €

Que le roman soit le fer de lance de l’éthique est une idée déconcertante qui, une fois achevée la lecture de l’ouvrage de Martha Nussbaum, devient pourtant évidente. Figure majeure de la philosophie politique et morale américaine, elle démonte les objections telles : la critique éthique de la littérature serait nécessairement dogmatique et simpliste, en méconnaissant la portée esthétique des œuvres. Autre cliché réfuté par l’auteur : une évaluation éthique serait subjective et toute tentative pour rendre raison d’un texte serait en réalité une quête de puissance, expression d’une idéologie. La philosophe récuse la thèse voulant que soit réactionnaire le recours aux textes romanesques
pour répondre à la question « comment faut-il vivre ? », interrogation elle-même suspectée d’ individualisme réticent devant toute révolution collective. La puissance d’argumentation de Martha Nussbaum vient d’une formidable capacité à disséquer Aristote et Henry James si l’on ose dire « simultanément », d’un même élan minutieux, et ce n’est pas contradictoire dans les termes.

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“Gaël Eismann démystifie”, un article de Jean-Jacques Marie

GAËL EISMANN, HÔTEL MAJESTIC, Ordre et sécurité en France occupée (1940-1944), Tallandier, 592 p., 32 €

Alors même que l’issue de la guerre est imminente”, l’administration militaire allemande en France présente un bilan satisfait de son activité, cité par Gaël Eismann : «L’administration militaire allemande en France a prouvé, pendant ses quatre années d’activité, que la direction administrative et économique allemande avait la capacité d’organiser une administration européenne apte à obtenir les plus grands résultats possibles dans l’intérêt de l’Europe, sans que les spécificités économiques et culturelles nationales d’un pays n’en pâtissent. » Cette administration serait donc la vraie mère de l’Union européenne, contenue en germe dans son activité !

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“Puissance de la mafia italienne”, un article de Patrice Peveri

NICOLA TRANFAGLIA, POURQUOI LA MAFIA A GAGNÉ, Les classes dirigeantes italiennes et la lutte contre la mafia (1861-2008) trad. de l’italien par Jacques Bersani, préface de Gian Carlo Caselli, Tallandier, 234 p., 21 €

Peu connu en France, Nicola Tranfaglia est un membre éminent de l’intelligentsia transalpine. Historien prolixe de l’Italie contemporaine (on lui doit une trentaine d’ouvrages consacrés tant à l’histoire politique qu’à l’histoire des médias de son pays), président de l’université de Turin pendant plusieurs années et éditorialiste dans plusieurs grands quotidiens, il revient ici sur la mafia, un thème qui lui est cher et qu’il a déjà abordé dans quatre ouvrages. Publié en 2008 en Italie, Pourquoi la mafia a gagné s’inscrit dans les dernières péripéties de la courte mais animée carrière politique de l’auteur. Homme de gauche, adhérent déçu du PDS, puis député sous les couleurs du Partito dei Communisti Italiani de 2004 à 2006, il se présente, sans succès, aux élections européennes de 2009 sous les couleurs de « l’Italia dei Valori», dont le combat porte essentiellement sur la lutte contre la corruption et le crime organisé.

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“Une pinte de bon sang”, un article de Lucien Logette

NICOLAS STANZICK, DANS LES GRIFFES DE LA HAMMER, Éd. Le Bord de l’eau, coll. « Ciné-Mythologies », 492 p., 30 €

Vu de loin, avant que le mois ne commence, les promesses de septembre nous font déjà tomber les bras. Les dizaines de films qui nous menacent (65 au premier comptage), à consommer immédiatement avant que le contingent d’octobre, aussi nombreux, ne les chasse, nous plongent dans le même état de stupeur que le critique affligé derrière les murailles de livres apportés par la grande marée de l’été et qui frémit de s’y atteler. Pour réaffûter nos souvenirs et briller en ville – les films qui donnent à penser sont une bénédiction pour lesdiscussions postprandiales –, va-t-il nous falloir revoir les deux triomphateurs de Cannes, “Oncle Boonmee”, d’Apichatpong Weerasethakul, et “Des hommes et des dieux”, de Xavier Beauvois, dont on prévoit les commentaires énamourés à cinq étoiles qu’ils vont éveiller ?

Le Chopin d’André Gide

Un article de Thierry Laisney

ANDRÉ GIDE, NOTES SUR CHOPIN, Gallimard, 170 p., 13,50 €

Il n’y a pas beaucoup d’écrivains pour qui la musique ait eu autant d’importance que pour Gide. Et c’est à Chopin que Gide, praticien assidu du piano, a consacré le plus de temps et d’attention amoureuse. Le livre qui nous intéresse réunit les “Notes sur Chopin” (publiées en 1931 dans la Revue musicale) et divers textes dont notamment certains passages du Journal dédiés à la musique.

Ce n’est pas dans les Notes sur Chopin que l’amour de Gide pour la musique est le plus palpable. Gide, pour marquer la supériorité de Chopin, l’oppose trop volontiers à d’autres com- positeurs (1). Il oppose Chopin à Wagner en pré- tendant que le premier est le « moins germa- nique » des musiciens, c’est-à-dire pour Gide (et, il faut le reconnaître, pour bon nombre de ses contemporains) le moins enclin à l’énormité et aux « excès de tous genres ». Il l’oppose à Schumann, dont la gaîté serait « un peu sommaire et vulgaire », et qui est un poète là où Chopin est un artiste. Cette formulation n’est pas la seule des Notes qui paraisse découpée à l’em- porte-pièce… Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine numéro 1021

La Quinzaine n°1021, du 1er au 15 septembre 1021

“Lucidité enfantine”, un article de Hugo Pradelle

ALAIN MABANCKOU
DEMAIN J’AURAI VINGT ANS
Gallimard, 384 p., 21 €

Alain Mabanckou s’enfouit dans la voix d’un enfant qui témoigne de son monde intérieur et ausculte l’indépendance de son pays et les vicissi- tudes de la politique internationale des années soixante-dix. Un regard d’une grande lucidité et une voix d’une truculence délicieuse.

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“Jules et Jim en yiddish”, un article de Norbert Czarny

ROBERT BOBER
ON NE PEUT PLUS DORMIR TRANQUILLE QUAND ON A UNE FOIS OUVERT LES YEUX
P.O.L, 290 p., 17 €

« Mon vice à moi, c’est d’aimer les histoires. » Le propos est de Robert Giraud, grand explorateur de Paris, de ses recoins et bistrots. Il vaut pour Robert Bober qui le cite dans son dernier roman, au titre emprunté à Reverdy, On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux. Bober aime les anecdotes, les récits qui rebondissent et se font écho, les personnages, réels ou imaginaires, qui se croisent et donnent à la trame romanesque une densité plus grande.

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“Plongée en apnée dans le post-exotisme”, un article de Claire Richard

LUTZ BASSMAN, LES AIGLES PUENT, Verdier, 160 p., 16 € /
MANUELA DRAEGER, ONZE RÊVES DE SUIE, L’Olivier, 204 p., 18 € /
ANTOINE VOLODINE, ÉCRIVAINS, Seuil, 192 p., 17,50 €

Trois auteurs, trois livres. Mais trois modulations d’une même voix, trois entrées sur un monde unique. Y plonger est une expérience de lecture sans équivalent, qui conjugue l’onirique et le politique, le lyrisme de la défaite et l’humour du désastre. Et vous laisse hanté, convaincu que l’œuvre qui s’édifie de livre en livre, de nom en nom, est l’une des plus fascinantes de la littérature contemporaine.

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“Mauvaise odeur”, de Norbert Czarny

MARC WEITZMANN, QUAND J’ÉTAIS NORMAL, Grasset, 240 p., 18,50 €

Une terrible odeur hante les nuits de Paris en cet été 2003. On se rappelle sans doute la canicule qui étouffait la ville, et qui provoqua tant de morts, parmi les personnes âgées souvent seules, souvent pauvres. C’est dans ce paysage désolé, ce cadre étouffant que se termine le face-à-face entre Gilbert Bratsky et Didier Leroux, principaux protagonistes de “Quand j’étais normal”.

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“Un roman japonais”, un article de Norbert Czarny

OLIVIER ADAM LE CŒUR RÉGULIER L’Olivier, 240 p., 18 €

« Sentir battre en moi un cœur régulier » : tel est le souhait de Sarah, narratrice du roman d’Olivier Adam. Entre l’univers glacial dans lequel elle survit jusqu’au brutal décès de Nathan, son frère, et la fièvre qui animait ce dernier, l’héroïne cherche au Japon « un abri » : une forme de paix qui ne soit pas renoncement, oubli de ce qu’elle est, au fond. Et le roman raconte cette quête et reconquête de soi.

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“Écrire le travail aujourd’hui”, un article de Norbert Czarny

THIERRY BEINSTINGEL, RETOUR AUX MOTS SAUVAGES, Fayard, 300 p., 19 €

Les mots sauvages n’entrent pas dans la « procédure ». Ils échappent au canevas que l’on a donné au téléopérateur, cette figure anonyme ou absente que l’on imagine à peine derrière son casque. Éric est dans ce roman le pseudonyme de ce « nouveau ». Autre nom, absence de corps : le travail d’aujourd’hui, comme la politique, est affaire de langage. Comme la littérature aussi, qui rend leur sens aux mots.

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“Au temps des Brigades rouges”, un article de Monique Baccelli

GIORGIO VASTA, LE TEMPS MATÉRIEL, trad. de l’italien par Vincent Raynaud, Gallimard, 361 p., 21,50 €

Le ton est donné dès les premières lignes : pendant que la mère tourne le dos pour distribuer une pâtée grisâtre à des chats squelettiques et galeux, son jeune fils applique de toutes ses forces un bout de fil de fer barbelé sur le flanc du plus mal en point, l’« estropié de naissance ». Le lecteur sait d’emblée qu’il n’aborde pas un roman rose.

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“Des hommes”, un article de Norbert Czarny

THOMAS HEAMS-OGUS, CENT SEIZE CHINOIS ET QUELQUES, Seuil, coll. « Fiction & Cie », 132 p., 15 €

Dans les dernières pages de son roman, Thomas Heams-Ogus donne la liste des cent seize Chinois transférés en mai 1942 du camp de Tossicia à celui d’Isola del Gran Sasso, dans les Abruzzes. L’histoire que le jeune romancier raconte est de celles qu’on n’invente pas. La façon dont il le fait témoigne de la puissance de la littérature, et de la poésie en particulier.

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« Quand on parle de soi, on ne doit pas tricher », Propos recueillis et filmés par Gilles Nadeau, visibles sur le blog en cliquant sur ce lien

BERNARD RUHAUD, SALUT À VOUS ! Maurice Nadeau, 206 p., 18 €

Bernard Ruhaud vient de publier aux éditions Maurice Nadeau, Salut à vous !, un roman autobiographique en trois séquences qui décrit, avec beaucoup de verve, la vie de famille d’un militant du Parti communiste de la « Banlieue rouge » dans les années soixante, puis la trajectoire, hors du Parti, de son auteur.

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“Un poète-forgeron”, un article d’Odile Hunoult

JEAN-PAUL MICHEL, JE NE VOUDRAIS RIEN QUI MENTE, DANS UN LIVRE, Flammarion, coll. « Poésie », 320 p., 19,50 €

Troisième recueil de Jean-Paul Michel dans la collection d’Yves Di Manno. Comme le premier, Le plus réel est ce hasard, et ce feu (poèmes 1976-1996), il couvre toute la période créatrice, et reprend Défends-toi, Beauté violente ! (1), du second volume. Je ne voudrais rien qui mente, dans un livre est une architecture, pas une enfilade chronologique.

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“L’arrivée à l’écriture”, un article de Tiphaine Samouyault

HÉLÈNE CIXOUS, LE RIRE DE LA MÉDUSE ET AUTRES IRONIES, préface de Frédéric Regard, Galilée, 199 p., 29 €

Le fait est connu : les voies de la réception sont impénétrables et la circulation des textes obéit à des circonstances plus qu’à des lois. Il n’em- pêche : l’incroyable fortune à l’étranger des deux textes d’Hélène Cixous publiés en 1975 et rassemblés pour la première fois en un volume, le relatif dédain dont ils ont fait l’objet en France ont de quoi surprendre ou désoler.

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“Les lendemains qui pensent”, un article de Laurence Zordan

De quoi l’avenir intellectuel sera-t-il fait ? Enquêtes 1980, 2010, Revue Le Débat, 509 p., 22,50 € / LAWRENCE W. LEVINE CULTURE D’EN HAUT, CULTURE D’EN BAS, L’émergence des hiérarchies culturelles aux États-Unis trad. de l’américain par Olivier Vanhée et Marianne Woollven La Découverte, 316 p., 26 € / MIGUEL ABENSOUR L’HOMME EST UN ANIMAL UTOPIQUE Éd. de la nuit, 263 p., 25 €

Au lieu des lendemains qui chantent, les lendemains qui pensent ? Trois chemins mènent à cette perspective inattendue. Premier itinéraire : l’avenir des hommes supplanté par l’avenir intellectuel, celui-ci portant les couleurs du numéro anniversaire de la revue Le Débat. Deuxième parcours : la révolution par les masses étouffées sous la culture pour l’élite, en une surprenante trajectoire décrite dans Culture d’en haut, culture d’en bas, contraste plus singulier encore à la lumière du titre anglais original. Celui- ci emprunte en effet à la phrénologie, soulignant l’irréductible différence entre les formes et contenances des crânes, la « culture d’en bas » devenant alors celle d’un front bas, sans noblesse. Troisième cheminement : au lieu de la peur du lendemain, la griserie d’ouvrir des brèches d’avenir, sous prétexte que « L’homme est un animal utopique ». Trois ouvrages ambitieux : avec le premier, le temps qui pense retient le temps qui passe. Avec le second, une benoîte analyse historique prend des allures de brûlot politique. Avec le troisième, penser est synonyme de peser en passant au trébuchet des textes que l’on croyait connaître.

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“La voix même de la littérature”, un article de Jean Lacoste

JEAN-CLAUDE MATHIEU, ÉCRIRE, INSCRIRE, Images d’inscriptions, mirages d’écriture, José Corti, coll. « les Essais », 632 p., 29 €

Le lecteur pressé, à qui ce beau et substantiel livre n’est pas destiné, pourra s’étonner de cette composition en mosaïque, de cette marqueterie de citations associées, accumulées, combinées, chacune bien identifiée dans les notes, mais comme intégrée au discours très écrit de Jean-Claude Mathieu. Comme si, derrière les voix très diverses des écrivains cités devait se faire entendre la voix même de la littérature, telle qu’elle voit et vit le monde (la « voix de Personne », est-il dit). L’autorité de l’auteur de chacune des citations s’efface – qu’il s’agisse de Hugo, de Mallarmé, de Dante ou de Baudelaire – pour donner plus d’éclat encore au témoignage pour ainsi dire anonyme et objectif, partagé, qu’il apporte sur les phéno- mènes apparentés et pourtant contraires de l’écriture et de l’inscription.

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“Kracauer, chiffonnier mélancolique (et cinéphile)”, un article d’Enzo Traverso

SIEGFRIED KRACAUER, THÉORIE DU FILM La rédemption de la réalité matérielle, trad. de l’anglais par Daniel Blanchard et Claude Orsoni, édité et présenté par Philippe Despoix et Nia Perivolaropoulou, préface de Jean-Louis Leutrat, Flammarion, 516 p., 32 € / OLIVIER AGARD, KRACAUER, LE CHIFFONNIER MÉLANCOLIQUE, CNRS Éditions, 391 p., 28 €

Dans une lettre à Georg Simmel de 1917, Siegfried Kracauer se définissait comme un « homme-œil » (Augenmensch). Les images ont toujours été au centre de sa réflexion, comme un moyen privilégié pour déchiffrer le réel. Pendant la République de Weimar, lorsqu’il écrivait pour les pages culturelles de la Frankfurter Zeitung, le principal quotidien allemand de l’époque, il publia plusieurs centaines de critiques de films, aujourd’hui rassemblées en trois gros tomes de son œuvre complète.

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“La France, terre nourricière du fascisme”, un entretien réalisé par Omar Merzoug

ZEEV STERNHELL, LES ANTI-LUMIÈRES, UNE TRADITION DU XVIIIe SIÈCLE À LA GUERRE FROIDE, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 942 p., 11,78 €

Historien et penseur politique israélien, Zeev Sternhell s’est intéressé de près aux origines françaises du fascisme. Dans La Droite révolutionnaire, il a soutenu des thèses qui ont provoqué des réactions passionnées. À l’oc- casion de la publication de son dernier livre, La Quinzaine littéraire a souhaité en savoir davantage sur les récents développements de la pensée de cet historien controversé.

Omar Merzoug – Vos travaux sur les racines françaises du fascisme ont provoqué des contro- verses, voire des polémiques. Raymond Aron, Pierre Milza et Michel Winock ont contesté tout ou partie de vos analyses. Est-ce que vous main- tenez, d’une part, que le fascisme a des origines françaises et, d’autre part, que les idées fascistes avaient réalisé une profonde pénétration en France à la veille de la Seconde Guerre mondiale ?

Zeev Sternhell – Je maintiens non seulement ces deux idées-là mais plus je travaille sur ces ques- tions, plus je suis convaincu que les choses sont telles que je les dis dans mes ouvrages. J’ai commencé mon travail en m’intéressant au natio- nalisme de Maurice Barrès… Retrouvez la suite de cet entretien dans le numéro 1021 de la Quinzaine.

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“Musique du silence”, un article de Lucien Logette

RÉTROSPECTIVE ERNST LUBITSCH Cinémathèque française, 25 août-10 octobre €
ERNST LUBITSCH, L’ÉVENTAIL DE LADY WINDERMERE, DVD, éditions Montparnasse (en vente le 7 septembre), 15 €

« Doors ! Doors ! Doors ! »… C’est ce que reprochait Mary Pickford, à Ernst Lubitsch. Elle l’avait fait venir de Berlin en 1923 pour la diriger dans Rosita, prévu pour transformer la « petite fiancée de l’Amérique » en héroïne « normale » – malgré ses trente ans bien sonnés, elle continuait en effet à incarner des gamines ou des gamins, de Pollyana au petit lord Fauntleroy. Plutôt que s’intéresser à elle, vedette la mieux payée d’Hollywood, le réalisateur allemand semblait préférer filmer des portes. La « forever young » Mary avait-elle raison ? Notre lointain souvenir de Rosita ne nous autorise pas à trancher. Mais la rétrospective complète de Lubitsch que nous offre la Cinémathèque réglera la question.

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“Les confidences d’une photographie”, suite et fin de l’article consacré à une photo récemment retrouvée de Rimbaud à Aden en 1880 (QL n° 1 019), par Jean-Jacques Lefrère

Identification des autres personnages

Après Rimbaud et Lucereau, restait à mettre un nom sur les autres personnages. Avant de connaître la date du cliché, nous nous étions posé la question de l’identification d’Alfred Bardey, patron de Rimbaud à Aden, au barbu assis à l’extrême-gauche, mais ne regrettons pas aujourd’hui d’avoir formulé cette hypothèse au conditionnel. Le seul portrait connu de Bardey est une photographie qui fut communiquée en novembre 1883 par l’intéressé à la Société de géographie de Paris : elle établit que Bardey, individu à la physionomie pleine d’énergie, aux cheveux denses et coupés court, ayant 26 ans en 1880 – il était né la même année que Rimbaud – n’est pas le barbu déjà dégarni, même sur les tempes, qui apparaît sur la photographie d’Aden. De plus, en août 1880, Alfred Bardey venait de partir pour un voyage d’exploration commer- ciale en Abyssinie : son absence sur le portrait de groupe de l’Hôtel de l’Univers ne saurait donc surprendre… Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 1021 de la Quinzaine littéraire.

La Quinzaine n°1019, du 16 au 31 juillet 2010

“Herman l’Obscur”, un article d’Antoine Cazé

HERMAN MELVILLE ŒUVRES IV : BARTLEBY LE SCRIBE, BILLY BUDD, MARIN et autres romans Édition publiée sous la direction de Philippe Jaworski, trad. de Ph. Jaworski et P. Leyris Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1 424 p., 62,50 €

Avec ce quatrième volume s’achève la publication des œuvres du géant des lettres américaines en traduction française dans la collection de « la Pléiade », édition à tous égards monumentale dont Philippe Jaworski a été l’architecte depuis 1997. Il faut saluer la qualité exceptionnelle de ce travail éditorial, tant pour les traductions nouvelles qu’il a entraînées – prêtant au français toutes les couleurs aptes à transmettre la complexité de ces grands textes – que par les annotations érudites auxquelles il a donné lieu.

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“L’amour aurait pu me sauver”, un article de Jacques Fessard

ALEJANDRA PIZARNIK JOURNAUX 1959-1971 trad. de l’espagnol (Argentine) par Anne Picard José Corti, 363 p., 22 €

Issue pour une part du surréalisme et plus encore d’une expérience vitale tout à fait singulière, la poésie d’Alejandra Pizarnik a déjà nombre de lecteurs en France depuis bientôt un quart de siècle. Mais c’est un tout autre pan de son œuvre qui nous requiert aujourd’hui : son journal intime, témoin de ses tourments et de ses aspirations, tenu presque jusqu’à la veille de son suicide, à l’âge de trente-six ans.

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“Dans le désert”, un article de Hugo Pradelle

ROBERT COOVER VILLE FANTÔME Ghost Town trad. de l’anglais (États-Unis) par Bernard Hoepffner
Seuil, coll. « Fiction & Cie », 228 p., 19 €

Dix ans avant de publier “Noir”, Robert Coover écrivait “Ville fantôme”, un autre roman inscrit entre parodie et réflexion profonde, un récit étrange, irréel et drôle, sous forme de mirage.

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“Chronique d’un échec programmé”, un article de Jean-Luc Tiesset

CHRISTOPH HEIN PAULA T. UNE FEMME ALLEMANDE Frau Paula Trousseau trad. de l’allemand par Nicole Bary Éd. Métailié, 418 p., 22 €

Christoph Hein raconte l’histoire d’une femme, Paula Trousseau, qui naît et grandit en RDA et voit à quarante ans disparaître l’État socialiste allemand. Elle tente de conquérir sa place de femme et de peintre contre sa famille, son père surtout qui se comporte en tyran, mais aussi contre tous les hommes qui, prétendant l’aider, parsèment d’embûches le chemin qu’elle veut suivre pour devenir elle-même. À de rares exceptions et à de rares moments près, ils ne croient pas en elle. Ce qui pourrait être un roman de formation débouche apparemment sur un échec : Paula se suicide en France, son corps est retrouvé dans la Loire. Mais ce suicide, qui ne constitue pas une première tentative et a été mûrement préparé, n’a-t-il pas une autre signification ?

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“Un horizon quotidien”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

HANS-ULRICH TREICHEL ANATOLIN trad. de l’allemand par Barbara Fontaine Gallimard, 126 p., 15,40 €

Dès 1993 l’attention avait été attirée sur Hans-Ulrich Treichel à l’oc- casion du prix d’encouragement qui accompagne le prix de littérature de la ville de Brême, à l’occasion d’un récit à la fois mélancolique et drôle où son personnage qui lui ressemble fort, originaire de Westphalie de l’Est, région toujours présente dans ses livres, va à la découverte de lui-même d’abord à travers des aventures italiennes toujours cocasses, rien n’est comme on le suppose et les rencontres avec des psychanalystes bavards et incertains sont tout à fait drôles, ce petit livre intitulé Du corps et de l’âme, non traduit, semble-t-il à ce jour, contient déjà tous les motifs futurs de l’œuvre de Treichel.

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“L’ironie salvatrice”, un article de Natacha Andriamirado

SYLVIE AYMARD LA VIE LENTE DES HOMMES Maurice Nadeau, 140 p., 16 €

Des êtres sans plainte aucune qui font aller et qui vivent comme ils peuvent. Certains « s’évanouissent du monde », d’autres ayant « fait l’apprentissage de la liberté » refusent de se soumettre. On aime Sylvie Aymard pour la subtilité de son écriture, toujours ironique et jamais moqueuse, toujours pudique, jamais démonstrative.

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“Portraits et autoportraits gigognes”, un article de Philippe Di Meo

JACQUES RÉDA AUTOPORTRAITS Fata Morgana, 192 p., 17 € et L’IMPROVISTE Gallimard, coll. « Folio », 416 p., 9,20 €

Étrangement, en dépit d’une notoriété indéniable, il semblerait que tout un pan de l’œuvre de Jacques Réda, en effet dispersée, celle du critique, soit encore peu ou mal connue. L’impérieux besoin si commode, mais si simplificateur, consistant à étiqueter ou à reconduire à un stéréotype une œuvre abondante et diverse ne l’occulte-t-il pas ? Et puis, après tout, le mot « critique » convient-il bien ?

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“Forces du roman”, un article de Claire Richard

DOMINIQUE RABATÉ LE ROMAN ET LE SENS DE LA VIE José Corti, coll. « Les Essais », 128 p., 19 €

Pourquoi lisons-nous ? Que nous disent les romans de « l’énigme brûlante du sens de la vie », selon la belle formule de Walter Benjamin ? C’est finalement la seule question qui vaille en littérature. Il faut « remettre le roman au cœur des débats, lui rendre sa vertu polémique », affirme Dominique Rabaté. Car le roman nous offre la possibilité de penser la vie dans son ambiguïté. Une idée qui n’est pas sans conséquences politiques.

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“Stefan George, Mallarmé et l’empire de la poésie”, un article de Laurent Margantin

LUDWIG LEHNEN MALLARMÉ ET STEFAN GEORGE Politiques de la poésie à l’époque du symbolisme Presses de l’université Paris-Sorbonne, 704 p., 33 €

Ludwig Lehnen a publié l’an dernier une édition bilingue des Poésies complètes de Stefan George (QL n° 1 003), poète allemand de la première moitié du XXe siècle (il convient sans doute de le rappeler au lecteur d’aujourd’hui, tellement son nom, célèbre en son temps, a perdu de son aura dans l’histoire littéraire).

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“Jacqueline Lamba”, un article de Dominique Rabourdin

ALBA ROMANO PACE JACQUELINE LAMBA. PEINTRE REBELLE, MUSE DE L’AMOUR FOU trad. de l’italien par Pascal Varejka, Gallimard, coll. « Témoins de l’art », 320 p., 23,50 €

« Et je puis bien dire qu’à cette place, le 29 mai 1934, cette femme était scandaleusement belle. » Ces mots d’André Breton n’ont cessé de nous faire rêver, de nous faire désirer en savoir plus sur celle qui devient dans son livre L’Amour fou « la toute-puis- sante ordinatrice de la nuit du Tournesol ». Alba Romano Pace publie aujourd’hui sa biographie, la première : Jacqueline Lamba. Peintre rebelle, muse de l’amour fou. Le titre de son livre en précise l’objectif : montrer que Jacqueline Lamba, avant d’être la « muse de L’Amour fou », celle qui, cette nuit du 29 mai 1934, décide d’aller à la rencontre d’André Breton pour entrer souverainement dans sa vie, fut aussi « peintre rebelle », « surtout et tout d’abord une artiste d’un talent remarquable et d’une exceptionnelle sensibilité ».

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“Les frères van Velde”, un article de Georges Raillard

EXPOSITION BRAM ET GEER VAN VELDE DEUX PEINTRES/UN NOM Musée des Beaux-Arts de Lyon du 16 avril 2010 au 19 juillet 2010

En 1948, “Derrière le Miroir”, la belle revue de la Galerie Maeght publiait un numéro double. Toute la couverture est tenue par une grande composition graphique inspirée du cubisme. En dessous, deux noms, Bram et Geer van Velde.

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“Faire, apprendre, penser”, un article de Marc Lebiez

RICHARD SENNETT CE QUE SAIT LA MAIN La culture de l’artisanat trad. de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat Albin Michel, 408 p., 23 €

On ne pense que dans des mots et la matière est extérieure aux mots ; elle échappe donc à une saisie complète par la raison. Toute la philosophie part de cet axiome fondamental pour se demander comment comprendre ce qui est. Mais le sens même de ce que c’est que comprendre est alors en jeu. Pour ceux qui se rattachent à l’école pragmatiste, c’est dans la relation qu’instaure le faire que nous aurions la meilleure saisie de ce qu’il en est de la matière.

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“L’échappement de l’histoire”, un article de Laurence Zordan

La Zone grise Entre accommodement et collaboration sous la direction de Philippe Mesnard et Yannis Thanassekos Éd. Kimé, coll. « Histoire & Mémoire », 255 p., 25 €

ÉTIENNE JAUDEL LE PROCÈS DE TOKYO Un Nuremberg oublié Odile Jacob, 156 p., 19 €

Documentée, compulsée, commentée, archivée, l’histoire fournit les matériaux d’un socle sur lequel prendre appui : elle offre ses exemples et ses leçons, et tout l’éventail de l’utilisation subjective de données objectivement établies. Et pourtant, zone grise et trou noir démentent ce préjugé de solidité et de lucidité.

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“De la Reconstruction”, un article de Liliane Kerjan

FELIX ROHATYN CES HOMMES QUI ONT FAIT L’AMÉRIQUE Bold Endeavors trad. de l’anglais par Hélène Demazure Éd. Saint-Simon, 196 p., 23 €

Grand banquier d’affaires, ancien ambassadeur de Bill Clinton en France, Felix Rohatyn nous livre ses réflexions de bâtisseur et de sauve-teur. Éloge de l’audace, diaporama de deux siècles de l’histoire d’une nation, voici un livre concret, engagé, au moment où « l’Amérique tombe en lambeaux, littéralement ». Un livre salutaire.

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“La querelle du postcolonial”, un article de Patrick Sultan

Ruptures postcoloniales Les nouveaux visages de la société française Sous la direction de N. Bancel, F. Bernault, P. Blanchard, A. Boubeker, A. Mbembe et F. Vergès La Découverte, coll. « Cahiers libres », 540 p., 26 €

JEAN-FRANÇOIS BAYART LES ÉTUDES POSTCOLONIALES Un carnaval académique Karthala, coll. « Disputatio », 126 p., 15 €

Depuis une dizaine d’années déjà, les travaux pluridisciplinaires effec-tués dans les universités anglo-saxonnes sous la dénomination d’« études postcoloniales » s’introduisent dans le champ scientifique français. Bon nombre de savants (historiens, géographes, sociologues…) s’inspirent de ces recherches attachées à décrypter le passé colonial des nations et surtout à dévoiler sa permanence et ses effets dans le devenir des sociétés décolonisées. Ils les discutent également et les nuancent. Cette confrontation des idées et des méthodes pourrait s’effectuer en toute quiétude, dans la paix relative du débat scientifique. Or, il n’en est rien. Les Postcolonial Studies semblent vouées à déclencher la polémique.

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“La passion du bric-à-brac”, un article de Jean-Jacques Lefrère

PHILIPP BLOM UNE HISTOIRE INTIME DES COLLECTIONNEURS Payot, 346 p., 21,50 €

La manie de la collection ne date pas des deux siècles que nous traversons. Elle sévit depuis bien des lustres et s’est étendue sur les bibelots les plus divers. S’il fallait énumérer toutes les lubies, tous les caprices des collectionneurs d’objets plus ou moins curieux, la liste serait interminable et à coup sûr incomplète. Dans son Histoire intime des collectionneurs, Philipp Blom s’est gardé de toute prétention à l’exhaustivité. Bien au contraire, il a choisi de ne retenir qu’une poignée de personnages emblé-matiques, dont il égrène les histoires à travers une série de chapitres édifiants et de lecture plaisante.

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“Le paradoxe du solitaire”, un article de Monique Le Roux

EUGÈNE IONESCO LE SOLITAIRE Mise en scène de Jean-Louis Martinelli Théâtre de la Madeleine Jusqu’au 31 juillet 2010

JEAN-LUC LAGARCE GIUSTO LA FINE DEL MONDO Mise en scène de Luca Ronconi Théâtre de la Ville

Incarner sur un plateau un personnage isolé, coupé de ses semblables, paraît une entreprise paradoxale : Jean-Louis Martinelli l’a tentée, en adaptant le roman d’Eugène Ionesco, “Le Solitaire”, au Théâtre de la Madeleine, Luca Ronconi en mettant en scène au Piccolo Teatro de Milan “Giusto la fine del mondo”, version italienne de la pièce de Jean-Luc Lagarce, “Juste la fin du monde”, présentée lors de la première édition des « Chantiers d’Europe » au Théâtre de la Ville.

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“L’amour des sons”, un article de Thierry Laisney

JOHN CAGE JE N’AI JAMAIS ÉCOUTÉ AUCUN SON SANS L’AIMER : LE SEUL PROBLÈME AVEC LES SONS, C’EST LA MUSIQUE Suivi d’Esthétique du silence par Daniel Charles, La main courante, 46 p., 12 €

John Cage (1912-1992) déclarait qu’avant d’aimer la musique il aimait les sons ; les sons, il faut les écouter pour eux-mêmes et non par le biais des relations qu’on peut établir entre eux. C’est le sens du titre donné à la présente conférence (prononcée à Pérouse en juin 1992), l’une des dernières de Cage et qui, malgré sa brièveté, nous dit pas mal de choses sur lui.

Des livres pour les vacances

Une sélection de Elisabeth Thebaud

Le temps des vacances est également pour beaucoup de nos lecteurs le temps des lectures. Pour leur divertissement ou pour combler leur retard à propos d’ouvrages qu’ils auraient voulu lire. Comme tous les ans, nous vous proposons un choix de livres dont La Quinzaine littéraire a rendu compte depuis le 1er janvier 2010.

Zoazig Aaron, “La Sentinelle tranquille sous la lune” (Gallimard, 294 p., 18,90 €).  « Faire attendre, c’est un art et, Soazig Aaron, c’est un art qu’elle pratique avec virtuosité » (Agnès Vaquin, QL n° 1012).

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Sylvie Aymard, “La Vie lente des hommes” (Maurice Nadeau, 140 p., 16 €). Par l’auteur de “Courir dans les bois sans désemparer”.

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Antoni Casas Ros, “Enigma” (Gallimard, 252 p., 16,90 €) « nous enchante par la virtuosité d’un style cristallin, la profondeur d’une construction en abîme saturée d’ironie et de jeux formels, qui portent une histoire troublante, sensuelle, douloureuse » (Hugo Pradelle, QL n° 1013).

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Chantal Chawaf, “Je suis née” (Des Femmes/Antoinette Fouque, 563 p., 20 €). « Chantal Chawaf raconte l’histoire de l’enfant funéraire qui porte en elle, la clarté miraculeuse d’une vie réchappée des bombes » (Laurence Zordan, QL n° 1014).

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Retrouvez la suite de cette sélection, ainsi que la liste des ouvrages que nos collaborateurs emporteront en vacances dans la Quinzaine n°1018

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