La Quinzaine n°1003, du 16 au 30 novembre

novembre 23, 2009

“Penseur en captivité”, un article de Marc Lebiez

EMMANUEL LEVINAS
CARNETS DE CAPTIVITÉ
suivi d’ÉCRITS SUR LA CAPTIVITÉ
et NOTES PHILOSOPHIQUES DIVERSES
Grasset/Imec, 500 p., 25 €

Levinas aura été, après Sartre puis Althusser, le philosophe français le plus influent sur son époque. De l’expérience de la guerre et de la  captivité dans un camp de prisonniers militaires, leurs oeuvres publiées ne disaient à peu près rien. On découvre après leur mort comment ces années auront marqué leur formation intellectuelle.

“Mo Yan et ses animaux tristes”, un article de Maurice Mourier

MO YAN
LA DURE LOI DU KARMA
trad. du chinois par Chantal Chen-Andro
Seuil, 761 p., 26 €

Soit une croyance d’origine ancienne et populaire, celle en la métempsycose, qu’on retrouve, sous une forme élaborée dans des systèmes philosophiques (hindouisme, bouddhisme), plus tard répandus en extrême Asie, notamment en Chine. Elle impose à la plupart des vivants l’obligation, pour leur âme immortelle, de s’incarner en des corps successifs, humain, animal ou végétal, autant de fois qu’il le faut jusqu’à l’hypothétique délivrance ultime qui clôt enfin le cycle épuisant des réincarnations.

“Un besoin de réconfort”, un article d’Agnès Vaquin

PIERRE PÉJU
LA DIAGONALE DU VIDE
Gallimard, 282 p., 18,50 €

La Diagonale du vide, un titre intéressant. L’expression appartiendrait au langage des géographes : « Après chacune de ses absences, il souhaitait revoir la France en traversant tout le pays en diagonale, du sud-ouest au nord-est. » Le projet auquel il est fait allusion consiste en une marche à pied et l’on songe aussitôt à la mode actuelle de parcourir à nouveau, en partie du moins, l’itinéraire de Compostelle.

“Le sens de la nuit”, un article de Hugo Pradelle

ANTONIO LOBOANTUNES
JE NE T’AI PAS VU HIER DANS BABYLONE
Ontem não te vi em Babilónia
trad. du portugais par Michèle Giudicelli
Christian Bourgois, 576 p., 28 €

Un récit monstrueux qui fait se rejouer l’essence de l’oeuvre d’un immense écrivain. Lobo Antunes atteint la noirceur absolue, celle d’une nuit qui ne finit pas. Son livre est une longue interrogation sur le sens de la nuit, son temps particulier, sur la parole irréductible qui y prend forme. À la fois parachèvement et jeu, c’est l’un de ses textes les plus somptueux.

“Mensonge d’une nuit d’hiver”, un article de Liliane Kerjan

JENNIFER JOHNSTON
UN NOËL EN FAMILLE
Foolish Mortals
trad. de l’anglais par Anne Damour
Belfond, 255 p., 20 €

Une Irlande pluvieuse et neigeuse à souhait où les mortels passent d’oublis en rappels, de méprise en whiskey. Attentes, contentieux des fratries, tumulte des bons sentiments, tout va-t-il se solder la nuit de Noël ? Jennifer Johnston feint de le faire croire, mais l’essentiel est ailleurs.

“Anna Maria Ortese en URSS”, un article de Monique Baccelli

ANNA MARIA ORTESE
FEMMES DE RUSSIE
trad. de l’italien par Maria Manca et Claude Schmitt
Actes Sud, 128 p., 15 €

Le fidèle lecteur d’Anna Maria Ortese, habitué à ses longs romans, qui se déroulent presque tous dans une très étrange Italie du Sud, est un peu surpris, presque inquiet, d’avoir entre les mains un petit livre qui, diton, rend compte d’un court séjour de la romancière en URSS. La conteuse enchanteresse se transformerait-elle en simple reporter, en sévère intellectuelle engagée ?

“La terre est sans pitié”, un article d’Alain Joubert

A. H. TAMMSAARE
CYCLE VÉRITÉ ET JUSTICE
(5 tomes dont 2 en 2010)
LA COLLINE-DU-VOLEUR
trad. de l’estonien par Jean-Pascal Ollivry
Gaïa, 688 p., 23 €
INDREK
trad. de l’estonien par Jean-Pascal Ollivry
Gaïa, 512 p., 23 €
JOURS D’ÉMEUTES
trad. de l’estonien par Jean-Pierre Minaudier
Gaïa, 320 p., 23 €

Qui, en France, va parfois vérifier que les célèbres et envoûtantes « nuits blanches » de Saint-Pétersbourg existent tout autant à Tallinn,
capitale de l’Estonie, la latitude de ces deux villes étant approximativement la même ? Pas grand monde, si j’en juge par les indications touristiques (musées, hôtels, restaurants) rédigées en russe, finnois, letton, suédois, danois, italien, espagnol, allemand et, bien entendu, en anglais ; pas en français, sauf rare exception. Je peux le dire : j’en reviens. Et pourtant, quel étonnant pays !

“Pourquoi Stefan George en temps de détresse ?”, un article de Laurent Margantin

STEFAN GEORGE
POÉSIES COMPLÈTES
trad. de l’allemand, présentées et annotées par Ludwig Lehnen
La Différence, 830 p., 49 €

Qui, aujourd’hui, ne serait-ce que parmi les jeunes germanistes, lit ou a lu Stefan George ? Qui connaît même son nom parmi les étudiants de littérature allemande pour lesquels n’existent la plupart du temps, des auteurs du tournant du XIXe et du XXe siècles, que Trakl, Rilke ou Hofmannsthal, parce qu’ils sont au programme de leurs études ?

“L’ensorcellement d’Ensor”, un article de Gilbert Lascault

EXPOSITION JAMES ENSOR
au Musée d’Orsay du 20 octobre 2009 – 4 février 2010
PUBLICATIONS
James Ensor (catalogue)
Textes de Laurence Madeline et Anna Swinbourne
Musée d’Orsay/Réunion des musées nationaux 277 p., env. 230 ill., 48 €
LAURENCE MADELINE
JAMES ENSOR : LE CARNAVAL DE LA VIE
Gallimard, coll. « Découvertes », ill. coul., 8,40 €
JAMES ENSOR
DAME PEINTURE TOUJOURS JEUNE
Choix de textes, préface et notes de Colette Lambrichs
La Différence, coll « Minos » 256 p., ill. coul., 10 €

Le peintre belge James Ensor (1860-1949) est le sorcier insolent d’Ostende, le magicien des masques scabreux et des squelettes hoquetants. Parfois, il suggère les scènes sombres de l’intimité. Ou, plus souvent, il est un créateur du clair, des transparences, de l’irisé… Il aime étonner. Il veut déconcerter. Ses tableaux interrogent.

“Peindre à Venise au XVIe siècle”, un article de Georges Raillard

EXPOSITION
TITIEN, TINTORET,VÉRONÈSE…
RIVALITÉS À VENISE
Au Musée du Louvre du 17 septembre 2009 – 4 janvier 2010
PUBLICATIONS
Catalogue collectif de l’exposition
Sous la direction des commissaires Vincent Delieuvin et Jean Habert, assistés d’Arturo Galansino
Coédition Hazan/Musée du Louvre. Un volume cartonné de 480 p. et 200 ill., 42 €
ENRICOMARIA DAL POZZOLO GIORGIONE
Un volume cartonné, sous emboîtage richement illustré Actes Sud, 385 p., 120 €

Au Louvre, une exposition qui comble le regard. Mais aussi quisollicite une attention (formelle, érudite) sans laquelle on sent que l’on
manque quelque chose de fondamental dans chacune des oeuvres. Le titre de ces notes sur la rivalité productive des trois grands du Cinquecento, Titien, Véronèse, Tintoret, et quelques autres artistes aujourd’hui moins célèbres, je l’emprunte à l’ouvrage mémorable de David Rosand, traduit en français par Daniel Arasse et Fabienne Pasquet en 1993. Le « mythe de Venise » tient à l’harmonie et à la séduction exercée par la troisième puissance d’Europe, dont le Grand Canal, d’après Comines, était « la plus belle rue qui soit en tout le monde et la mieux maisonnée ».

“Parcours lacaniens”, un article de Michel Plon

MOUSTAPHA SAFOUAN
LE LANGAGE ORDINAIRE ET LA DIFFÉRENCE SEXUELLE
Odile Jacob, 150 p., 21 €
COLETTE SOLER
LACAN, L’INCONSCIENT RÉINVENTÉ
Puf, 244 p., 23 €

De ces deux livres, on serait tenté de dire qu’ils ne sont pas à mettre en toutes les mains. Non qu’ils soient inconvenants à quelque titre que ce soit mais qu’ils requièrent de leurs lecteurs une certaine ascèse, le renoncement à la facilité, celle d’un pédagogisme inévitablement simplificateur ou celle d’une vulgarisation systématiquement falsificatrice. Pour autant, de par leur exigence de rigueur, ces deux ouvrages témoignent de la vitalité de la réflexion théorique dans le champ psychanalytique.

“Machiavel et ses livres”, un article Dominique Goy-Blanquet

MARINA MARIETTI
MACHIAVEL : LE PENSEUR DE LA NÉCESSITÉ
Payot, 480 p., 27,50 €

Machiavel : le penseur de la nécessité commence par une visite de la bibliothèque paternelle, Les Devoirs de Cicéron, Tite-Live, le Codex justinien, traçant les premiers repères d’un juriste philosophe et historien, d’une vie entièrement dédiée à la politique au service de sa ville natale. Outre sa réputation sulfureuse, on ne retient guère de Machiavel que trois traités et une comédie, or il est l’auteur de rapports innombrables sur la situation et les relations diplomatiques de Florence, de plans de défense et d’armement, de plans de réformes institutionnelles, destinés au Conseil des Dix dont il fut pendant de longues années le dévoué secrétaire.

“Le baptême forcé”, un article de Jean-Jacques Marie

GÉRARD DA SILVA
L’AFFAIRE MORTARA
Syllepse, 282 p., 23 €

Le 23 juin 1858 à Bologne, ville italienne qui figure à l’époque dans les États pontificaux, un maréchal des Carabiniers veut enlever le petit Edgardo Mortara, âgé de six ans, membre d’une famille juive. L’inquisiteur de la ville a décidé que l’enfant était catholique. Une servante de la famille a en effet déclaré l’avoir baptisé secrètement six ans plus tôt, à l’âge où elle avait elle-même quatorze ans. Elle aurait jugé l’enfant en danger de mort et décidé de sauver son âme. La famille proteste. Rien à faire. L’enfant lui est enlevé.

“Une sociologue sort ses griffes”, un entretien réalisé par Omar Merzoug

NATHALIE HEINICH
LE BÊTISIER DU SOCIOLOGUE
Klincksieck, 154 p., 15 €

Directrice de recherches à l’EHESS et sociologue de métier, Nathalie Heinich est l’auteur de plusieurs ouvrages qui ont contribué à la faire connaître comme une sociologue de l’art et de la littérature. Son dernier ouvrage Le Bêtisier du sociologue a attiré l’attention de La Quinzaine littéraire qui a souhaité en savoir davantage.

“Révolution des femmes sans féminisme”, un article de Laurence Zordan

SOUS-COMMANDANT MARCOS
SAISONS DE LA DIGNE RAGE
Climats, 276 p., 21 €

SABA MAHMOOD
POLITIQUE DE LA PIÉTÉ
le féminisme à l’épreuve du renouveau islamique
La Découverte, 312 p., 26 €

Quoi de commun entre le protagoniste de la révolte du Chiapas et l’anthropologue enseignant à Berkeley, observant le rôle des femmes dans le mouvement des mosquées au Caire ? Deux ouvrages qui bousculent les lignes, qui n’en restent pas aux approches convenues et méritent ainsi un rapprochement peut-être inconvenant. Ils illustrent une conception symétrique de la profondeur : l’un est à l’image de l’exclamation paradoxale « qu’ils étaient superficiels par profondeur ! », l’autre ouvre à une minutie vertigineuse, où la ténuité possède une tonalité insoupçonnée, invitant à toutes les résonances. Tous deux posent la question de la capacité agissante des femmes, sans se satisfaire d’une réponse féministe.

“Paris & Lisbonne stories”, un article de Lucien Logette

MICMACS À TIRE-LARIGOT”, de JEAN-PIERRE JEUNET
LA RELIGIEUSE PORTUGAISE“, de EUGÈNE GREEN

Le pavé lancé dans la mare il y a maintenant un an et demi par le Club des 13, appellant à la survie des « films du milieu » (cf. QL n° 969), semble s’y être englouti en ne laissant à la surface que quelques bulles – ou bien les préconisations communiquées au Centre national de la cinématographie sont restées lettre morte ou bien leur réalisation est classée « secret-défense » ; en tout cas, leur impact sur les conditions de la production française reste encore peu discernable. Ce qui n’empêche pas ledit cinéma du milieu, en attendant la mort, de prospérer, comme le prouvent les sorties récentes des films de Guédiguian, Kahn, Brizé, Larrieu Bros, Honoré, Rivette, Tirard, Resnais, entre dix autres.

“Priorité aux acteurs”, un article de Monique Le Roux

MOLIÈRE
L’AVARE
Mise en scène de Catherine Hiegel
Comédie-Française, salle Richelieu en alternance jusqu’au 21 février 2010
CARLO GOLDONI
LA SERVA AMOROSA
Mise en scène de Christophe Lidon
Théâtre Hébertot jusqu’au 31 mars 2010

Depuis la fin du XIXe siècle, l’histoire du théâtre européen se confond en partie avec celle de la mise en scène. Mais de grands succès publics relèvent d’une pratique antérieure qui privilégie les interprètes, comme L’Avare de Molière monté par Catherine Hiegel à la Comédie-Française et La Serva amorosa de Goldoni par Christophe Lidon au Théâtre Hébertot.

“Connaître la musique”, un article de Thierry Laisney

JEAN MOLINO
LE SINGE MUSICIEN
Sémiologie et anthropologie de la musique
Actes Sud/Ina, 488 p., 29 €

Le titre de l’ouvrage est celui du dernier des textes de Jean Molino rassemblés ici (certains inédits). L’auteur, qui a de multiples compétences (littérature, philosophie, musicologie…), y définit l’homme comme animal musicum, ou « singe musicien », variante de l’animal symbolicum de Cassirer.

“L’élégant écrivain qui vit à Comiso”, un article de Maire-José Tramuta

GESUALDO BUFALINO
MUSÉE D’OMBRES (bilingue)
trad. de l’italien par André Lentin et Stefano Mangano Préface de Salvatore Silvano Nigro
Cahiers de l’Hôtel de Galliffet,
Istituto Italiano di Cultura, 194 p., 15 €

À la fin des Pierres de Pantalica, Vincenzo Consolo évoquait l’introduction « d’un élégant écrivain qui vit ici à Comiso », à propos d’un
ouvrage intitulé Comiso vivante et d’en citer un passage : « L’univers, hélas, est une trop grande et trop froide patrie pour les créatures si
précaires que nous sommes, un théâtre démesuré où nos gestes ne trouvent pas d’écho, nos mots pas de son. Alors que le bourg  nous ramène à notre mesure d’homme, donne sens et racines à notre personne, nous justifie et nous garantit au moins une dalle. »


L’espace de Soulages

novembre 7, 2009

un article de Georges Raillard

Exposition Soulages au Centre Pompidou
14 octobre 2009 – 8 mars 2010
Catalogue collectif sous la direction d’Alfred Pacquement et Pierre Encrevé
352 p., 245 illustrations, 44,90 €

“Soulages Le temps du papier”, exposition au Musée d’Art moderne et contemporain de la ville de Strasbourg 31 octobre 2009 – 3 janvier 2010

Une exposition admirablement composée. Une exposition d’œuvres de Soulages dont Soulages est aussi pour une grande part l’architecte. Le peintre a des affinités avec l’architecture. Il a dit son intérêt pour Boullée et pour Ledoux. Cette exposition de Beaubourg tient quelque chose de l’architecture dessinée par les utopistes. Quand il avait dix ans, se rappelle-t-il encore, un jour qu’il avait tracé à l’encre des traits noirs sur une feuille de papier et qu’on lui demandait ce qu’il faisait, il répondit : un paysage de neige : « le blanc du papier s’illuminait comme la neige grâce aux traits noirs que j’y peignais »… Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine n°1002


Les interviews filmées des collaborateurs – Georges Raillard

octobre 26, 2009

A l’occasion du millième numéro de la Quinzaine, Gilles Nadeau a interviewé les membres du comité de rédaction. Voici les extraits vidéo de l’interview de Georges Raillard, universitaire, écrivain, critique d’art et collaborateur de la Quinzaine  depuis janvier 1973.

Extrait 1 : “Art et littérature”

Extrait 2 : “Panorama critique et itinéraires multiples”

Extrait 3 : “Lascault et moi, nous parlons rarement des mêmes choses”


Auguste Renoir au Grand Palais

octobre 21, 2009

Deux de nos collaborateurs donnent leur avis sur cette expositions. Retrouvez ces deux articles en intégralité dans le n°1001 de la Quinzaine littéraire.

EXPOSITION Renoir au XXe siècle
Galeries nationales, Grand Palais, Champs-Élysées
23 septembre 2009 – 4 janvier 2010
Catalogue sous la direction de Sylvie Patry,
commissaire de l’exposition, 464 p., 49 €, publication RMN
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“Renoir au XXe siècle”, un article de Georges Raillard

Une exposition non conformiste et attrayante : Renoir, parmi ceux à qui il doit quelque chose de son art, Rubens, Titien, Véronèse, Raphaël. Et, surtout, Renoir parmi ceux qui, de son temps ou du nôtre, ont été influencés par lui : Picasso, Matisse, Maillol, Bonnard, dont quelques œuvres le rappellent dans les galeries du Grand Palais.

La dernière exposition rétrospective de Renoir, en 1985, répondait à un regard historique. L’œuvre était distribué selon un classement par périodes, chacune marquée par des tableaux fameux. Sept sections : Les années soixante (Le Cabaret de la mère Antony). 1871-1880 (Le Bal du Moulin de la Galette). 1880-1883 (Le Déjeuner des canotiers). 1884-1887 (Baigneuse dite La Coiffure). 1888-1898 (Baigneuses) : tant il est vrai que pour Renoir « les sujets les plus simples sont éternels : la femme sortira de l’onde amère ou de son lit, elle s’appellera Vénus ou Nini. On n’inventera rien de mieux »… Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine n°1001.

Lisez la suite de cette entrée »

La Quinzaine n°1000, du 1er au 15 octobre

octobre 7, 2009

“La grippe comme métaphore“, un article de Laurence Zordan

ZYGMUNT BAUMAN
L’ÉTHIQUE A-T-ELLE UNE CHANCE DANS UN MONDE DE CONSOMMATEURS
Climats, 296 p., 23 €
PANDÉMIE GRIPPALE : L’ORDRE DE LA MOBILISATION
sous la direction d’Emmanuel Hirsch
Éd. du Cerf, 389 p., 20 €

L’éthique a-t-elle une chance dans un monde de consommateurs ? demande Zygmunt Bauman dans son dernier livre. La question pourrait être complétée par : un monde de consommateurs a-t-il une chance face à la pandémie s’il ne donne pas une chance à l’éthique ? L’ouvrage collectif dirigé par le directeur de « l’espace éthique » de l’Assistance publique des Hôpitaux de Paris montre qu’une crise sanitaire met en jeu les valeurs de la démocratie. À quelles conditions un ordre de mobilisation, non pas martial mais civique, face à la menace grippale peut-il être envisageable à l’heure de ce que Zygmunt Bauman appelle « le présent liquide », labilité généralisée où l’individualisme dénie toute consistance, y compris à lui-même ?

“Qui a fait tomber le mur de Berlin ?”, un article de Laurence Zordan

CYRIL BUFFET
LE JOUR OÙ LE MUR EST TOMBÉ
Larousse, 320 p., 18 €
FREDERICK TAYLOR
LE MUR DE BERLIN 1961-1989
J.-C. Lattès, 620 p., 218 €
MARC FERRO
LE MUR DE BERLIN ET LA CHUTE DU COMMUNISME EXPLIQUÉS À MA PETITE-FILLE
Le Seuil, 122 p., 8 €
MICHEL MEYER
HISTOIRE SECRÈTE DE
LA CHUTE DU MUR DE BERLIN
Odile Jacob, 346 p., 21 €

La question se pose en termes personnels, car ce ne sont pas les masses, mais des protagonistes qui ont pris des décisions telles que le symbole de la guerre froide s’est écroulé. Si assurément ils ne poursuivaient guère ce but, ils en ont toutefois été les initiateurs, involontaires mais insistants, avec une sorte d’obstination somnambulique. Les hommes font l’histoire, mais ils ne savent pas l’histoire qu’ils font. Les caciques ont certes été dépassés par les citoyens, mais la brèche inaugurale est, paradoxalement, le fait d’une révolution de palais, à huis clos. L’histoire se prête alors à la dramaturgie, véritable art de la composition théâtrale, avec ses conspirations et rebondissements.

“Une Afrique de « wassan kara »”, un article de Claire Richard

JACQUES JOUET
BODO
P.O.L, 362 p., 19,90 €

Qu’est-ce que le wassan kara ? Que dit de Gaulle quand il rencontre un Nigérien nommé Bodo au tabac de Colombey-les-Deux-Églises ? Que se passe-t-il si on promène le miroir de Stendhal au bord des routes de la province de Zinder, tout en laissant libre cours à une verve intarissable ? La réponse à toutes ces questions (et à bien d’autres) figure dans le dernier roman de Jacques Jouet, Oulipien qui a fait de l’Afrique aussi son pays.

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“Le livre des passages”, un article de Tiphaine Samoyault

PASCAL QUIGNARD
LA BARQUE SILENCIEUSE.
DERNIER ROYAUME VI
Le Seuil, 242 p., 18 €

Les précédents volumes de « Dernier royaume », Paradisiaques et Sordidissimes (après Les Ombres errantes, Sur le Jadis et Abîmes), exploraient des lisières du monde et de la vie. La Barque silencieuse, qui est d’abord bien sûr la barque de Charon, s’intéresse à tout ce qui fait passer d’un monde dans un autre, à une géographie du passage qui ne soit pas le dessin d’une transcendance.

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“Les imprévus du voyage”, un article de Jacques Fressard

JOSÉ SARAMAGO
LE VOYAGE DE L’ÉLÉPHANT
trad. du portugais par Geneviève Leibrich
Le Seuil, 218 p., 19 €

« Ne me parlez pas de la mort car je la connais. » C’est en ces termes que José Saramago répondait aux journalistes s’enquérant de sa santé au début de l’année 2008, à la sortie de cette clinique de Lanzarote qui l’avait accueilli très amaigri et affligé d’un hoquet incoercible.

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“En Toscane, et ailleurs…”, un article de Monique Baccelli

ANNA LUISA PIGNATELLI
LE DERNIER FIEF
trad. par Alain Adaken
Minos et La Différence, coll poche, 220 p, 8 €
LES GRANDS ENFANTS
trad. par Alain Adaken
Minos et La Différence, coll poche, 253 p, 8 €
NOIR TOSCAN
trad. par Alain Adaken
La Différence, 123 p., 14 €

Ce n’est pas sans raisons que les éditions Minos-La Différence publient en même temps trois romans d’Anna Luisa Pignatelli. Sans constituer une suite, ils tournent autour de deux phénomènes concomitants : la fin de la paysannerie traditionnelle, et l’abandon des campagnes au profit des villes.

“Les adieux”, de Vanessa Aubert

HYAM YARED
SOUS LA TONNELLE
Sabine Wespieser éd., 277 p., 21 €

Après L’Armoire des ombres, la poétesse libanaise Hyam Yared renoue avec la veine romanesque et dévoile son nouveau roman Sous la tonnelle. Quand une âme poétique et violente se retrouve au carrefour de l’inspiration romanesque, la plume se transforme en art. Dramatique. « J’étais née le jour où tu m’avais aimée. »

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“Un défenseur de l’ordre : Jean Cocteau”, un article de Jean José Marchand

JEAN COCTEAU
LE COQ ET L’ARLEQUIN, 1918
Stock (réédition), 144 p., 11 €
JEAN COCTEAU
OPIUM, 1930
Stock (réédition), 267 p., 12 €

Si sa poésie est flamboyante d’énigmes, la personnalité de Jean Cocteau semble beaucoup plus lisible. Il le disait lui-même : « Vous découvrirez plus tard que je fus un défenseur de l’ordre. »

“Regards sur les arts premiers”, un article de Georges Raillard

EXPOSITIONS
Musée du Quai Branly
La Collection
Un ouvrage collectif sous la direction d’Yves Le Fur,
directeur du Patrimoine et des Collections 480 pages illustrées, Éd. Skira-Flammarion,
musée du Quai Branly, 55 €
La passion des arts premiers. Regards de marchands
Exposition à la Monnaie de Paris du 9 septembre au 18 octobre 2009
Catalogue sous la direction d’Elena Martinez-Jacquet
Primedia Monnaie de Paris éd., 212 pages, 45 €
Medusa en Afrique
Exposition au Musée d’ethnographie, Genève, jusqu’au 31 janvier 2010
Catalogue : Medusa en Afrique. La sculpture de l’enchantement
Textes de Boris Wastiau, photographies de Johnathan Watts, 256 pages, 160 illustrations en couleurs, 49 €

Trois ouvrages qui retiennent l’attention : une anthologie des œuvres maîtresses du Quai Branly, la place actuelle des marchands dans la circulation des arts premiers, le pouvoir d’« enchantement » de ces œuvres. Des textes apportent des points de vue mesurés. Des expositions concomitantes, sur lesquelles s’ouvre à neuf notre regard, les soutiennent.

“Heidegger : modèle de séminaire ou séminaire modèle”, un article de François Vezin

MARTIN HEIDEGGER
INTERPRÉTATION DE LA DEUXIÈME
CONSIDÉRATION INTEMPESTIVE DE NIETZSCHE
Gallimard, 420 p., 35 €

Le mot séminaire a été singulièrement galvaudé depuis une quarantaine d’années. Partout on parle maintenant de séminaire, c’est tout juste si le Conseil des ministres qui se tient chaque mercredi à l’Élysée n’est pas rebaptisé : Séminaire gouvernemental !

“Entre connaissance et finance”, un article de Jean-Paul Deléage

EL MOUHOUB MOUHOUD – DOMINIQUE PLIHON
LE SAVOIR ET LA FINANCE,
LIAISONS DANGEREUSES AU CŒUR
DU CAPITALISME CONTEMPORAIN
La Découverte, 240 p., 18 €

Cet ouvrage livre l’étude précise des rapports actuels entre l’économie de la connaissance et le rôle central de la f inance. Depuis une trentaine d’ années en effet, le capitalisme subit une profonde mutation sous le double effet de la montée en puissance de la f inance désormais force planétaire ; et de la violence de l’impact des nouvelles technologies qui ont ouvert, aux sociétés industrielles, le seuil de l’ère de la « société de la connaissance ».

“Les pinsons des Galápagos – Darwin et les mystères de l’évolution”, un article de Jean-Michel Kantor

JEAN-CLAUDE AMEISEN
DANS LA LUMIÈRE ET LES OMBRES.
DARWIN ET LE BOULEVERSEMENT DU MONDE
Fayard/Le Seuil, 2008 (2e édition 2009), 500 p., 23 €
JOANNY MOULIN
UNE SCANDALEUSE VÉRITÉ
Éd. Autrement, coll. « Littératures », 391 p., 23 €

Avez-vous déjà rencontré un dodo ? Un diable de Tasmanie ? Certainement pas : ces animaux n’existent plus (le dodo ou dronte a disparu au XVIIe siècle), comme nombre d’espèces au cours des siècles, qu’on ne peut plus admirer qu’au dernier étage de la Galerie de l’évolution du Muséum d’ histoire naturelle. L’évolution des espèces, la naissance ou la disparition de certaines d’entre elles par exemple, ont été constatées depuis bien longtemps. Pour expliquer ces phénomènes, jusqu’au siècle dernier, on recourait à la volonté divine, ainsi de Georges Cuvier (1769-1832), et encore aujourd’hui les partisans du créationnisme.


Le numéro 1000 en kiosque !

octobre 5, 2009

photoquinz1000Le millième numéro de la Quinzaine est arrivé dans les kiosques ! Pour l’occasion, avant les critiques de livres, de nombreux écrivains et collaborateurs prennent la plume pour expliquer pourquoi elle leur est chère ! Retrouvez les textes de Laure Adler, André Marcel D’Ans, Silvia Baron Supervielle, Muriel Bonicel, Maïté Bouyssy, Norbert Czarny, Fred Deux, Dominique Dou, Serge Fauchereau, Lucette Finas, Georges-Arthur Goldschmidt, Sylvie Gouttebaron, Georges Guillain, Odile Hunoult, Alain Joubert, Alain Jumeau, Gilbert Lascault, Jean-Jacques Lefrère, Monique Le Roux, Claudio Magris, Laurent Margantin, Pierre Michon, Vincent Milliot, Maurice Mourier, Christian Mouze, Gilles Nadeau, Maurice Nadeau, Dominique Noguez, Gérard Noiret, Michel Plon, Georges Raillard, Cécile Reims, Jean-Pierre Salgas, Eugen Simion, Jacques Sojcher, Patrick Sultan, Alain Veinstein.

Venez célébrer ce premier mille de la Quinzaine :

- le jeudi 15 octobre au Centre national du Livre (53, rue de Verneuil 75007 Paris) de 19h à 21h30 avec la projection du film de Gilles Nadeau “Maurice Nadeau, Révolution et littérature”, suivie de lectures par Marie-Christine Barrault.

- Le samedi 17 octobre à la Halle Saint-Pierre (7, rue Ronsard 75018 Paris) pour la grande fête de ce premier mille, avec la participation de Sylvia Baron-Supervielle, Pierre Bergounioux, Arno Bertina, Sonia Combe, Jean-Michel Kantor, Jean-Jacques Lefrère, Pierre Pachet, Hugo Pradelle, Tiphaine Samoyault… Lectures et témoignages.

Retrouvez ici l’article consacré à la parution de ce numéro 1000 sur le site internet de RFI (Radio France Internationale).


La Quinzaine n°999, du 16 au 30 septembre 2009

septembre 20, 2009

“Le cavalier polonais”, un article de Norbert Czarny

YANNICK HAENEL
JAN KARSKI
Gallimard, coll. « L’Infini », 194 p., 16,50 €

Un petit tableau de Rembrandt, à la Frick Collection de New York, aura été la véritable patrie de Jan Karski. Karski est dans Shoah de Lanzmann le résistant polonais qui, guidé par deux membres de la communauté juive, est entré dans le ghetto de Varsovie et y a vu l’inhumanité à l’œuvre. Il n’est jamais revenu de ce temps, jusqu’à son décès en 2000 à Washington.

“Si l’amour ne meurt”, un article de Vanessa Aubert

NOËLLE REVAZ
EFINA
Gallimard, 192 p., 14,90 €

« Le soleil est rare – Et le bonheur aussi – L’amour s’égare – Au long de la vie. » (Serge Gainsbourg). Après Rapport aux bêtes (2005) dans lequel elle recréait la beauté de la langue paysanne, Noëlle Revaz signe un nouveau roman, Ef ina. Cette fois-ci, l’auteur suisse s’attache à dépeindre le face-à-face amoureux dans un va-et-vient tragique.

“Le grand sommeil”, un article de Huho Pradelle

VINCENT MESSAGE
LES VEILLEURS
Le Seuil, 636 p., 22 €

Un premier roman qui réorganise le chaos du monde contemporain, défaisant le réel et le ravaudant avec une certaine forme de jouissance atterrée. Une fresque qui s’apparente à un gouffre et à un recouvrement. Vincent Message interroge la raison, la folie, l’imagination, la mémoire, les rêves qui nous habitent et la parole qui les ordonne. Un livre éprouvant, à l’aune d’une époque de transition où l’homme s’affronte à la perte de sa propre image. Reste à veiller.

“La vie derrière soi”, un article de Hugo Pradelle

PIERRE SILVAIN
ASSISE DEVANT LA MER
Édition définitive
Verdier, 128 p., 14 €

Pierre Silvain entreprend le ressouvenir de son enfance au Maroc, de sa mère, de leurs rapports étranges, cruels et innocents à la fois, de ses secrets de jeunesse, de son rapport à la disparition et à l’écriture. Il signe un récit bouleversant, plein de clarté, la chronique d’un amour compliqué, d’une recouvrance.

“Composition canadienne”, un article de Liliane Kerjan

ALICE MUNRO
DU CÔTÉ DE CASTLE ROCK
A view from Castle Rock
trad. de l’anglais (Canada) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso
Éd. de l’Olivier, 344 p., 22

Gagner sa liberté, sa vie, son espace : tel est toujours le f il serré des histoires d’Alice Munro. Mais pour la première fois il s’agit de son histoire personnelle, précise, lucide, dans la ferme aux renards argentés, en lien direct avec celle de ses ancêtres venus d’Écosse. Pour mieux s’affranchir d’un livre de mémoires, l’imagination s’en mêle qui va faire vibrer des existences robustes ou discrètes sur les terres vierges des cantons canadiens. L’audacieuse Alice Munro crée un genre hybride, original parce que rebrodé sur la trame historique, f idèle dans l’inf idélité. Élargissant les histoires familiales pour créer une f iction de généalogiste, elle invente une composition à la fois ample et intimiste portée par l’élan de sa belle plume incisive.

“Une journée de mai à Rome”, un article de Monique Baccelli

MELANIA G. MAZZUCCO
UN JOUR PARFAIT
trad. par Philippe Di Meo
Flammarion, 393 p., 21 €

Une romancière méthodique : douze personnages principaux, pas ou peu de seconds rôles. Tout se passe à Rome, dans « l’ère Bersluconi » en une seule journée, comme dans l’Ulysse de Joyce, mais une journée scandée par les 24 heures correspondant chacune à un chapitre. Dès les premières pages on sait que le roman s’achèvera sur un crime. Seul point d’interrogation, la journée sera-t-elle pour tous aussi «parfaite» que le titre l’indique ?

“L’équilibre”, un article de Hugo Pradelle

COLUM MCCANN
ET QUE LE VASTE MONDE POURSUIVE SA COURSE FOLLE
Let The Great World Spin
trad. de l’anglais (Irlande) par Jean-Luc Piningre,
Belfond, 448 p., 22 €

Le dernier roman de Colum McCann est un immense creuset pour les voix éperdues de personnages en quête d’amour et de paix. Un requiem polyphonique pour une ville qui change, un cri d’alarme presque désespéré, un élan de tendresse acharné. Ce qu’il appelle « la collision des histoires ».

“Essais parlants”, un article de Marie Tournier-Cardinal

HUANG KUO-CHUN
ESSAIS DE MICRO
Maikefeng Shiyin
trad. du chinois (Taiwan) par Esther Lin et Angel Pino
Actes Sud, 184 p., 19 €

Recueil de courts textes en prose, Essais de micro, traduction littérale du chinois Maikefeng Shiyin, est la tentative d’un jeune écrivain taïwanais, rendu au silence par sa mort prématurée, pour faire entendre l’effet Larsen d’une société qui grince sur elle-même. La diff iculté de celui qui se propose d’en faire la chronique consiste essentiellement à ne pas céder la parole à son auteur dont l’ironie jubilatoire nous amène bien souvent à lire à haute voix, af in d’en faire prof iter l’entourage. Il s’agirait peut-être alors, pour citer Huang Kuo-chun, lorsqu’il entreprend dans le présent ouvrage la recension des « Nouveaux Horaires des trains » de Taipei d’une « monstrueuse critique de livre ».

“Merci de lire ce livre”, un article de Liliane Kerjan

DAVE EGGERS
LE GRAND QUOI
What is the What
trad. de l’anglais (États-Unis) par Samuel Todd
Gallimard, 627 p., 26 €

L’horreur des guerres civiles et des camps de réfugiés d’Éthiopie et du Kenya, la candeur d’un gamin qui fuit son village massacré par les cavaliers arabes pour f inalement atterrir, treize ans plus tard, en Amérique. Du Sud-Soudan à Atlanta, du désert de poussière à la jungle urbaine, un livre effarant, très bien écrit, qui devient une fantastique épopée contemporaine et une exemplaire tragédie du nomade déplacé, traqué, marchant dans l’inconnu.

“Jean Pérol : une vie en poésie”, un article de Maurice Mourier

JEAN PÉROL
POÉSIE I 1953-1978
La Différence, 510 p., 39

Étrange entreprise, et quelque peu mélancolique : en présentant le volume I de ses « Œuvres complètes », qui rassemble ses neuf premiers recueils, publiés de 1953 (il avait vingt et un ans) à 1978, volume I qui devrait être suivi d’un numéro II regroupant cinq ensembles suivants (le dernier sorti en 2004), Jean Pérol aff irme que « la forme présente de ces recueils, dans cette édition des œuvres poétiques, doit être considérée comme leur forme déf initive et faire seule référence »

“Une poésie en marche”, un article de Stéphane Barsacq

JEAN-CLARENCE LAMBERT
X-ALTA, CONTINUUM POÉTIQUE 1991-2006
accompagné de dessins originaux d’Antonio Segui
Galilée, coll. « Écritures / Figures », 154 p., 30 €

Il y a cinquante ans un poète qui n’avait pas trente ans alors écrivait en liminaire d’une vaste anthologie qu’il présentait avec Roger Caillois, Trésor de la poésie universelle : « Je me suis pris à rêver au Musée imaginaire de la poésie. » Avec X-Alta, Jean-Clarence Lambert offre le dernier état de sa quête en marche, sans origine et sans fin peut-être.

“Anne et Patrick Poirier :  la Fabbrica della Memoria”, un article de Georges Raillard

EXPOSITIONS
Vertiges / Vestiges
Chapelle Saint-Charles, Avignon.
Jusqu’au 30 septembre, du mercredi au lundi.
Ruines et mémoire
Maison René-Char, Hôtel Campredon,
L’Isle-sur-Sorgue, jusqu’au 11 octobre.
PUBLICATIONS
ANNE ET PATRICK POIRIER. VERTIGES / VESTIGES
Catalogue de l’œuvre. Préfaces de Marc Augé et Damien Sausset.
144 p., 150 illustrations en couleur, 30 €
L’ATELIER DE ANNE ET PATRICK POIRIER
Photos prises par les artistes. Entretien avec Evelyne Artaud.
Thalia éditions, 76 p. illustrées, 28 €

Anne et Patrick Poirier sont de ces rares artistes qui ne doivent rien qu’à eux-mêmes. Et qui s’adressent à nous – fût-ce par des voies détournées. À nous aux prises avec notre présent, notre futur, notre mémoire. Ils en tirent des œuvres qui sont toutes des f igures d’intelligence, de culture et de sensibilité.

“Une telle confiance”, un article de Christian Mouze

OSSIP MANDELSTAM
Europe, juin-juillet 2009, 332 p., 20 €

La revue Europe consacre son double numéro d’été à Mandelstam, et comme pour Chestov c’est une réussite. « Il est impossible de citer un autre poète qui, dans des circonstances aussi inhumaines, ait cultivé une telle conf iance en l’humain. » Alexandre Kouchner (né en 1936), poète héritier de la tradition pétersbourgeoise à laquelle appartenaient Ossip Mandelstam et Anna Akhmatova, et plus près de nous Iossif Brodski dont il fut le compagnon, ne pouvait mieux ouvrir ce numéro que par le mot confiance : au milieu des crimes et des douleurs, un poète témoigne d’une ultime conf iance précisément dans le mot et l’homme (tout homme et tout l’homme) qui le prononce.

“Les avertissements de Joseph Roth”, un article de Pierre Pachet

JOSEPH ROTH
JUIFS EN ERRANCE
SUIVI DE L’ANTÉCHRIST
trad. de l’allemand par Michel-François Demet
Le Seuil, 254 p., 19 €

Dans ces deux essais, le premier daté de 1927, le second de 1934 (publié en allemand à Amsterdam, après l’exil de l’auteur), le romancier trouve des formules prophétiques, non seulement en ce qu’elles anticipent un avenir proche, mais en ce qu’elles transpercent le présent.

“Faire vibrer la fibre inconnue”, un article de Jean-Claude Chevalier

LOUIS SÉBASTIEN MERCIER
NÉOLOGIE
texte établi, annoté et présenté par Jean-Claude Bonnet
Belin, 591 p., 26 €

Louis Sébastien Mercier, observateur de la rue et des mœurs, est surtout connu pour ses Tableaux de Paris, publiés de 1781 à 1788, souvenirs d’un marcheur parisien : « Je les ai écrits avec les pieds », disait-il en parlant de cet énorme compendium qui trouva tout de suite le succès.

“L’Algérie des « pieds-rouges »”, un article d’Omar Merzoug

CATHERINE SIMON
ALGÉRIE, LES ANNÉES PIEDS-ROUGES
La Découverte, 300 p., 22€

Le 19 mars 1962, lorsque les accords d’Évian sont signés, une époque de convulsions, de sang, d’exactions, de tortures et de crimes de guerre s’achève. Malgré la politique de « la terre brûlée » de l’OAS, on s’achemine vers la paix, une paix encore armée, déchirée çà et là par des règlements de comptes, des liquidations, notamment de harkis, et endeuillée aussi par l’implosion du FLN, à l’été 1962. Grand reporter au quotidien Le Monde, Catherine Simon ne se propose pas de décrire les derniers instants de l’occupation française en Algérie ; elle entreprend de restituer les faits d’une nouvelle histoire qui commence en 1962, quand « le fil se casse », au moment où l’Algérie et la France « font mine de se tourner le dos ».

“Une génération perdue”, un article de Jean-Jacques Marie

JEAN-JACQUES AYME
JEUNESSES SOCIALISTES 1944-1948.
Socialisme contre social-démocratie
Éd. Amalthée, 506 p., 23,50 €

On peut s’interroger ? Pourquoi écrire une histoire des Jeunesses socialistes SFIO de 1944 à 1948 ? N’est-ce pas là un étroit sujet plus digne d’une simple maîtrise universitaire que d’un livre ?

“Biribi, c’est en Afrique”, un article de Vincent Milliot

DOMINIQUE KALIFA
BIRIBI. LES BAGNES COLONIAUX DE L’ARMÉE FRANÇAISE
Perrin, 344 p., 21 €

Hors les lecteurs du roman rageur que Darien publia en 1890, régulièrement réédité depuis, plus grand monde ne frisonne, ni ne s’indigne à l’évocation de ce nom : Biribi. Symbole des formes les plus dures de l’oppression militaire, ce terme ne désignait pas un lieu précis mais un archipel de structures disciplinaires et pénitentiaires installées principalement en Afrique du Nord. Dans l’impunité presque totale et sous l’arbitraire absolu des « chaouchs », les « gibiers de Biribi » enduraient travail forcé, privations et sévices plus d’une fois mortels.


Picasso Cézanne

septembre 5, 2009

Un article de Georges Raillard

EXPOSITION
AU MUSÉE GRANET
Aix-en-Provence
25 mai – 27 septembre 2009
catalogue collectif sous la direction de Bruno Ely,
directeur du musée Granet 280 pages illustrées, 39 €

Non pas Cézanne Picasso, ordre qui ouvrirait, une fois de plus, à une chronologie, à une thématique de l’influence, réelle ou supposée, de l’aîné (1839-1906) sur l’oeuvre du cadet (1881-1973), du maître sur l’apprenti. Mais l’exposition d’Aix est en ceci éclairante qu’elle est bâtie sur Picasso, sur Picasso àVauvenargues, dans l’ombre de Sainte-Victoire.

Au château de Vauvenargues, Picasso fut enterré, quasi secrètement. Jacqueline, sa veuve, le fut aussi, près de Pablo. Depuis, sa fille, Catherine Hutin, héritière d’une part importante de l’oeuvre de son beau-père et du château de Vauvenargues, tenait les portes closes de l’austère demeure. Durant cet été elle organise des visites liées à l’exposition du Musée. Elle y a largement contribué par le prêt
d’oeuvres de son immense collection… Retrouvez la suite de l’article dans la Quinzaine n°998



La Quinzaine n°996, du 16 au 31 juillet 2009

juillet 26, 2009

“Histoire romanesque d’un photographe”, un article de Norbert Czarny

AGUSTÍ CENTELLES 1909-1985
ouvrage collectif, Actes Sud, 258 p., 55 €

Jusqu’au 13 septembre se tient à l’Hôtel de Sully une exposition photo intitulée « Journal d’une guerre et d’un exil », Espagne-France 1936-1939. Celui dont on découvrira les photos, Agustí Centelles, est un photographe étonnant, aussi bien par sa vie que par son oeuvre longtemps cachée.

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“L’Occident et ses mythes”, un entretien de l’économiste Georges Corm réalisé par Omar Merzoug

GEORGES CORM
L’EUROPE ET LE MYTHE DE L’OCCIDENT
La Découverte, 314 p., 23 €

« De Mozart à Hitler que s’est-il passé ? »

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“L’attention et la simplicité de Blanchot”, un article de Christian Mouze

MAURICE BLANCHOT
LETTRES À VADIM KOZOVOÏ
suivi de La Parole ascendante
Manucius, 219 p., 18 €

« … Je rappellerai mon refus obstiné de publier toute correspondance. Qu’elle soit ou non d’écrivain. C’est un principe que je ne demande pas à d’autres de partager, mais qui appartient à ma tendance la plus sûre. » La volonté d’un mort passerait-elle toujours par les pertes et profits ?

“La fin de l’innocence”, un article de Hugo Pradelle

JOHN UPDIKE
VILLAGES (VILLAGES)
trad. de l’anglais (États-Unis) par Michèle Hechter,
Seuil, 324 p., 21 €
NICHOLSON BAKER
UPDIKE & MOI (U AND I,A TRUE STORY)
trad. de l’anglais (États-Unis) par Martin Winckler,
Christian Bourgois, 196 p., 17 €

Publication en miroir de deux livres chronologiquement dépareillés et néanmoins ravissants. D’un côté, Updike (1932-2009) signe un roman en treize chapitres plus un, pour conjurer le sort, un livre mou et heurté à la fois, étrangement dérangeant, sur l’Amérique et le sexe, la norme et le temps perdu. De l’autre, un essai iconoclaste, inclassable et réjouissant sur l’un des maîtres des lettres américaines récemment disparu.

“Istanbul-Stockholm”, un article de Norbert Czarny

LIVANELI
UNE SAISON DE SOLITUDE
trad. du turc par Timour Muhidine,
Gallimard, 240 p., 21 €

C’est l’histoire d’un réfugié, un parmi tant d’autres. Aujourd’hui, il pourrait être iranien et pleurer la mort de sa compagne Neda, assassinée lors d’une manifestation contre une élection volée. C’est le présent, le réel. se nomme Sami Baran, il est turc et sa compagne, Filiz, a été tuée par des militaires, lorsque la Turquie était une dictature. C’est un roman, et pourtant…

“L’apprentissage de la liberté”, un article de Gabrielle Napoli

ÁRON TAMÁSI
ÁBEL DANS LA FORÊT PROFONDE
trad. du hongrois par Agnès Járfás,
Éditions Héros-Limite, Genève, 299 p., 20 €

Áron Tamási est peu, voire pas connu du public français alors qu’il l’auteur d’un roman extrêmement célèbre en Hongrie, paru d’abord sous la forme d’un feuilleton puis publié chez un éditeur à Cluj, en 1932, spécialisé dans la littérature hungarophone. Le succès fut immédiat, et aujourd’hui encore le roman est très populaire, étudié dans les lycées hongrois et faisant partie intégrante du patrimoine culturel hongrois. Il nous aura fallu attendre la très belle traduction d’Agnès Járfás, dans une édition soignée, pour découvrir, ou redécouvrir ce texte qui peut être considéré comme le roman picaresque transylvain par excellence.

“Dans l’obscurité, l’imaginaire devenait réel”, un article de Gabrielle Napoli

MILJENKO JERGOVIC
FREELANDER
Actes Sud, 207 p., 20 €

Karlo Adum se met en route au volant de sa vieille Volvo qui a enterré tous ses proches. De Zagreb à Sarajevo, ville qu’il a quittée depuis une cinquantaine d’années, il parcourt un pays fantomatique, morcelé par la guerre et la haine. Au-delà des paysages en ruine, ce sont les souvenirs intimes du personnage principal qui ressurgissent. De cette traversée en solitaire, de ce face-à-face avec lui-même, Karlo Adum ressortira métamorphosé, mais pas forcément libéré.

“Le visage et le corps”, un article de Jean M. Goulemot

ÉLISABETH VIGÉE LE BRUN
SOUVENIRS
édition établie et annotée par Didier Masseau,
Taillandier, 624 p., 25 €
LE DISCOURS DU CORPS
AU XVIIIe SIÈCLE : Littérature-
Philosophie-Histoire-Science
sous la direction d’Hélène Cussac, Anne Deneys-Tunney et Catriona Seth,
Presses de l’Université Laval, 2009, 360 p., 36 €

On connaît ÉlisabethVigée Le Brun (1755-1842) comme portraitiste de talent, et moins comme mémorialiste. La publication de deux éditions de ses souvenirs (celle de Geneviève Haroche-Bouzinac chez Champion en 2008 et celle présentée ici) est l’occasion de découvrir une autre facette de son talent. En un mot, de retrouver le regard qu’elle porte sur les hommes, différent de celui qu’elle attache aux modèles de ses portraits mondains, sur la société et l’histoire de son temps…

“Le dire ivre”, un article de Tiphaine Samouyault

LAURENT ZIMMERMANN
LA LITTÉRATURE ET L’IVRESSE
Hermann, 163 p., 25 €

Laurent Zimmermann, qui a déjà publié deux recueils collectifs chez l’éditrice nantaise Cécile Defaux L’Aujourd’hui du roman en 2004 et Penser par les images, autour des travaux de Georges Didi-Huberman en 2006, propose un essai sur la littérature et l’ivresse se donnant pour corpus Rabelais, Baudelaire et Apollinaire. L’argument n’est pas sans ambition : il s’agit de saisir, par le biais du savoir spécifique de l’ivresse, les opérations qui sont au coeur du bouleversement provoqué par la littérature.

“Une voix d’outre-Rhin”, un article de Jean Lacoste

WULF KIRSTEN
GRAVIERS
présenté et trad. de l’allemand par Stéphane Michaud,
Belin, coll. « L’extrême contemporain », 108 p., 18 €

C’est une voix importante, reconnue, déjà distinguée par de nombreux prix, et appelée sans doute à devenir familière, qui nous vient d’outre-Rhin ; de plus loin encore, pourrait-on dire, des rives de l’Elbe, de la Saxe, ce coin de terre baroque de collines pierreuses, meurtri par l’histoire, où se croisent tant d’influences, germaniques, polonaises, tchèques, juives aussi.

“Un hibou dans les parages”, un article de Liliane Kerjan

G. K. CHESTERTON
LA FIN DE LA SAGESSE
ET AUTRES CONTES EXTRAVAGANTS
trad. de l’anglais par Gérard Joulié,
L’Âge d’homme, 377 p., 27 €

Trente-cinq histoires de Gilbert K. Chesterton, l’inclassable, qui nous emmènent sur des « terres colorées » aussi bien qu’une demi-heure aux Enfers ou au « jardin de fumée », dans des contrées où l’on croise le Fils prodigue, le Gentilhomme et le Boutiquier. Une société peut en cacher une autre : embarquement immédiat.

“Question Claudel”, un article de Odile Hunoult

PAUL CLAUDEL,
JEAN AMROUCHE
MÉMOIRES IMPROVISÉS, 1951-1952
12 CD Frémeaux & Associés, 79,99 €
PAUL CLAUDEL
PSAUMES
texte établi et annoté par Renée Nantet
et Jacques Petit, avant-propos de Pierre Claudel, préface de Guy Goffette
Gallimard, 332 p., 25 €

Cette conversation-fleuve (41 entretiens) a été enregistrée pour la radio en hiver 1951. Claudel a 83 ans. Jean Amrouche, très respectueusement, fait avec lui la genèse et l’exégèse de son oeuvre. Ce qu’il y a de passionnant à l’écoute de ces entretiens, cinquante ans après, c’est que, débarrassé de la présence occultante de l’auteur, on en sait plus qu’Amrouche ne peut en demander, plus que Claudel ne peut en dire.

“Regards de photographies”, un article de Georges Raillard

HENRI CARTIER-BRESSON
Au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris du 19 juin-13 septembre 2009
et à la Maison Européenne de la Photographie du 15 avril-30 août 2009
FERDINANDO SCIANNA
La géométrie et la passion
À la Maison Européenne de la Photographie du 24 juin-11 octobre 2009
GRETE STERN
Berlin-Buenos Aires du 24 juin-11 octobre 2009
Livre-catalogue (sous la direction d’Emmanuel Guigon) d’une exposition au Musée des Beaux-Arts
de Besançon, à présent close, 166 p., 32 €

Henri Cartier-Bresson aurait un peu plus de cent ans. Pour ses quatre-vingts ans, il revenait sur ce qui était sa vie, la photographie. Sur le regard du photographe : « C’est très difficile de regarder, de saisir les proportions. C’est une interrogation perpétuelle, une jouissance de l’oeil, une exaltation merveilleuse. Les gens ont des yeux qui ne jouissent pas. C’est leur cerveau qui jouit. »

“Une pensée de l’hétérogène”, de Régine Robin

LE TERRITOIRE DES PHILOSOPHES
Lieu et espace dans la pensée au XXe siècle
sous la direction de Thierry Paquot et Chris Younès,
La Découverte, 386 p., 26 €

Depuis le célèbre article de Michel Foucault : « Des espaces autres », de 1967, on sait qu’à une pensée du temps qui hante la philosophie depuis toujours, s’est substituée une pensée de l’espace. Le problème n’était pas absolument nouveau, mais Michel Foucault l’a systématisé. Au coeur de cette interrogation, la ville et son devenir, qu’ils soient inscrits dans la réflexion philosophique même ou qu’ils se situent au carrefour d’une multitude de disciplines.

“L’Algérie et la France”, un entretien de l’historienne Jeannine Verdès-Leroux réalisé par Omar Merzoug

JEANNINE VERDÈS-LEROUX
(Dictionnaire coordonné par)
L’ALGÉRIE ET LA FRANCE
Robert Laffont, coll. « Bouquins », 992 p., 32 €

Omar Merzoug : Vous êtes historienne et vous publiez chez Robert Laffont un dictionnaire intitulé L’Algérie et la France, pourriez-vous nous parler de la genèse de cet ouvrage ?
Jeannine Verdès-Leroux : L’ancien directeur de la collection « Bouquins » m’avait demandé de faire un Dictionnaire sur la période 1830-1962 ; j’avais répondu que pour la comprendre, il faut d’abord savoir ce qu’était l’Algérie – ou plutôt le territoire qui deviendra l’Algérie – quand la France y débarque.

“Si ma plume valait ton pistolet…”, un article de Marta Ruiz Galbete

ANDRÉS TRAPIELLO
LES ARMES ET LES LETTRES.
LITTÉRATURE ET GUERRE D’ESPAGNE
(1936-1939)
La Table Ronde, 526 p., 24 €

Est-ce parce qu’elle fut la dernière guerre romantique ou bien parce que chacun la sentit comme une préfiguration de l’affrontement qui allait mettre l’Europe à feu et à sang ? Le fait est qu’Orwell y reconnut tout de suite « un état de choses pour lequel cela valait le coup de lutter » et que la guerre d’Espagne galvanisa les consciences comme nul autre conflit extérieur ne l’avait fait auparavant, y compris parmi les intellectuels.

“Renoncer au pouvoir ?”, un article de Monique Chemillier-Gendreau

JACQUES LE BRUN
LE POUVOIR D’ABDIQUER
Essai sur la déchéance volontaire
Gallimard, coll. « L’esprit de la cité », 278 p., 21,50 €

S’interroger sur la renonciation volontaire au pouvoir suprême, celui que détient le souverain, consiste en vérité à questionner ce pouvoir lui-même en ses fondements, à sonder l’énigme de ses origines, du lien qui unit celui qui en est le titulaire et ceux sur lesquels il s’exerce. Jacques Le Brun mène l’enquête à partir d’une poignée de cas exceptionnels, ceux que nous fournit l’histoire des monarchies d’Ancien Régime à quoi il ajoute un grand mythe théâtral puisé dans Shakespeare.

“Religions et mathématiques”, un article de Bernard Bru

LOREN GRAHAM, JEAN-MICHEL KANTOR
NAMING INFINITY. A TRUE STORY OF RELIGIOUS MYSTICISM AND MATHEMATICAL CREATIVITY,
The Belknap Press of Harvard University Press, 2009

Pour nommer, il faut croire et aimer

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“Un exilé de l’intérieur”, un article de Lucien Logette

JEAN-MICHEL FRODON,
AMOS GITAÏ,
MARIE-JOSÉ SANSELME
AMOS GITAÏ GENÈSES
Gallimard, 400 p., 29,50 €
REVUE CINÉMACTION N° 131
AMOS GITAÏ ENTRE TERRE ET EXIL
sous la direction de Lucie Dugas,
Corlet Publications, 192 p., 24 €

85 films signés depuis ses débuts en 1972 – de toutes durées, entre 3 et 213 minutes. Amos Gitaï n’est pas un rétracté de la pellicule : il est un des rares cinéastes à proposer un film chaque année, quand il ne s’agit pas de trois ou quatre, comme en 1998, et il a longtemps incarné à lui seul tout le cinéma isarélien pour les spectateurs occidentaux. Entre 1999 et 2007, aucun de ses films n’a échappé aux « grands » festivals, Cannes et Venise, ce qui n’a pas manqué de finir par agacer quelque peu. Non qu’il s’agisse d’une situation indue, mais on se lasse de ne voir qu’un unique grand arbre masquer le reste du terrain.

“Des livres entre les spectacles”, un article de Monique Le Roux

BERNARD DORT
LA REPRÉSENTATION ÉMANCIPÉE
Actes Sud, 187 p., 20 €
GEORGES BANU
MINIATURES THÉORIQUES
Actes Sud, 192 p., 22 €
PATRICE CHÉREAU
J’Y ARRIVERAI UN JOUR
Actes Sud, 149 p., 22 €

« Le temps du théâtre » a longtemps correspondu à la saison, achevée avec l’entrée dans les vacances. Il s’est ensuite augmenté de la
période des festivals en plein air. C’est aussi le titre d’une collection, dont quelques titres récemment parus permettent d’associer en villégiature lecture et spectacles : La Représentation émancipée de Bernard Dort, Miniatures théoriques de Georges Banu, J’y arriverai un jour de Patrice Chéreau.

Expositions
HENRI CARTIER-BRESSON
Au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris
19 juin-13 septembre 2009
et à la Maison Européenne de la Photographie
15 avril-30 août 2009
FERDINANDO SCIANNA
La géométrie et la passion
À la Maison Européenne de la Photographie
24 juin-11 octobre 2009
GRETE STERN
Appareils électroménagers, 1950
FERDINANDO SCIANNA
Enna, Sicile, 1962
GRETE STERN
Berlin-Buenos Aires
24 juin-11 octobre 2009
Livre-catalogue (sous la direction d’Emmanuel
Guigon) d’une exposition au Musée des Beaux-Arts
de Besançon, à présent close, 166 p., 32 €

La Quinzaine n°995, du 1er au 15 juillet 2009

juillet 5, 2009

“Les génies aussi ont commencé petits”, un article de Alain Joubert

PATRICE GAUTHIER
L’ENFANT-CRIME
Gallimard, 190 p., 18 €

Comme surgit de nulle part, paraissait, en 1911, le premier volume d’une époustouflante saga menée à grandes guides par deux intrépides écrivains feuilletonesques : Pierre Souvestre et Marcel Allain ; avec Fantômas, un mythe « moderne » était né, qui devait
enchanter les poètes d’alors, d’Apollinaire à Robert Desnos, en passant parMax Jacob, tous les surréalistes et quelques autres…

“Un grand roman interrompu ?”, un article de Jean-Jacques Marie

ISRAËL JOSHUA SINGER
LA FAMILLE KARNOVSKI
trad. du yiddish par Monique Charbonnel,
Denoël éd., 690 p., 29 €

Ce roman familial, publié à New York en 1943, décrit les diverses composantes de l’émigration juive après la guerre de 14-18, puis évoque la victoire et le règne du nazisme en Allemagne (sans même que le nom d’Hitler soit prononcé). Le destin de beaucoup de personnages reste en suspens alors que l’extermination des juifs a déjà commencé. Aux 660 pages de cet énorme roman, I. J. Singer, mort en 1944, n’a pas eu le temps d’ajouter la vision finale.

“L’église de John Coltrane”, un article de Nicole Terrien

CHAD TAYLOR
L’ÉGLISE DE JOHN COLTRANE
trad. de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par Isabelle Chapman
Christian Bourgois éd., 308 p., 24 €

« L’Église de John Coltrane » est le titre d’un manuscrit incomplet, légué au héros par son père, avec une imposante collection de disques de jazz. Transférer ce titre au roman lui-même, c’est insister sur un horizon d’attente guidant la lecture vers une perception des formes musicales associées au jazz, mais aussi architecturales au service d’une spiritualité qui reste à définir, tout en ouvrant une réflexion sur l’héritage des formes, sur leur emboîtement.

“Un langage tangérois”, un article de Philippe Di Meo

ÁNGEL VASQUEZ
LA CHIENNE DE VIE DE JUANITA NARBONI
trad. de l’espagnol (tangérois) par Selim Chérief,
Préface de Juan Goytisolo
Rouge Inside éd., 2, rue Auguste-Comte,
69002 Lyon, 350 p., 20 €

Comment fonder une maison d’édition ? Telle est la question par un jeune éditeur lyonnais tirant son nom de la couleur écarlate de la deuxième et de la troisième de ses couvertures. La réponse implicite se révèle dépourvue d’ambiguïté : en publiant des oeuvres qui tombent sous le sens comme cette Chienne de vie de Juanita Narboni.

“En cadence”, un article de Alexandre Mare

JACQUES RÉDA
Battues
Fata Morgana, 108 p., 17 €
Battement
Fata Morgana, 88 p., 16 €

Battues et Battement, les deux derniers livres de Jacques Réda s’ouvrent par un souvenir identique. Tout du moins, par une même impression. Battues est un recueil de textes poétiques. Battement est composé de textes et de chroniques pour certains précédemment publiés dans Jazz Magazine. Les deux ouvrages présentés simultanément vont de fait se renvoyer l’un à l’autre, semblable à un écho que nous ne cesserions d’entendre.

“Mahmoud Darwich, l’exil et la mémoire”, un article de Omar Merzoug

MAHMOUD DARWICH
Anthologie (1992-2005)
édition bilingue, poèmes traduits de l’arabe
(Palestine) par Elias Sanbar,
Actes Sud, 313 p., 8,50 €
La Trace du papillon
(été 2006-été 2007)
trad. de l’arabe par Elias Sanbar,
Actes Sud, 180 p., 20 €

Né en 1942 à Birwa, près de Saint-Jean-d’Acre, Mahmoud Darwich accomplit des études supérieures en histoire et en sciences sociales à l’Université de Moscou. Incarcéré à plusieurs reprises par les autorités israéliennes, en raison de ses activités de journaliste, Darwich trouve refuge au Caire en 1970. En 1981, il fonde Al-Karmal, une revue littéraire, émanation de l’Union des écrivains palestiniens. En 1984, il élit domicile à Paris. Auteur d’une vingtaine de recueils, il est mort à Houston en 2008.

“Les amitiés particulières selon Radclyffe Hall”, un article de Alain Jumeau

RADCLYFFE HALL
SOUS INFLUENCES
trad. de l’anglais par Michel Poirier,
Autrement éd., 392 p., 23 €

Radclyffe Hall est le nom de plume d’une romancière anglaise, née Marguerite Radclyffe-Hall (1880-1943), qui se faisait appeler « John » par ses proches et cultivait un « look » masculin. Loin d’être aussi célèbre que Virginia Woolf (1882-1941), sa contemporaine, elle a cependant laissé une oeuvre qui présente un réel intérêt. On pourra en juger, grâce à ce roman de 1924, le second qu’elle ait publié, mais en fait le premier qu’elle ait écrit. Certains critiques le considèrent comme sa plus belle production.

“Antonio Saura par lui-même”, un article de Georges Raillard

ANTONIO SAURA PAR LUI-MÊME
Note Book revu, augmenté et illustré
Traduit de l’espagnol par Edmond Raillard
Édition établie, présentée et annotée par Olivier Weber-Caflisch et alii
Archives Antonio Saura – 5 Continents éditions,
431 p., 50 €

Pas un jour sans une ligne. « Nulla dies sine linea ». C’était la règle que s’était donnée le peintre Antonio Saura. Il avait commencé à
écrire quand il commençait à peindre. Ses notes dressaient l’« inventaire » de son travail. Il les appelait « guides de mon labyrinthe
personnel ». Ces réflexions sont guidées « par la spécificité d’une pensée plastique qui utilise la parole comme un complément affiché ».

“Léon Chestov le subversif”, un article de Christian Mouze

LÉON CHESTOV
Revue Europe, n° 960, 384 p., 18,50 €

La revue Europe consacre la plus grande partie de sa livraison d’avril 2009 au philosophe russe Léon Chestov (1866-1938), exilé en France (Paris et région parisienne) à partir de 1921. Sa tombe, au grand cimetière de Boulogne-Billancourt, est peu visitée et quelque peu négligée, à l’image d’une oeuvre reconnue et rappelée de loin en loin. Si l’on n’oublie pas tout à fait Léon Chestov, c’est qu’il ne se laisse pas oublier : combien l’actualité nous le rend alors indispensable…

“Les jésuites dans l’Espagne du XVIe siècle”, un article de Bernard Lavallé

MARCEL BATAILLON
LES JÉSUITES DANS L’ESPAGNE DU XVIe SIÈCLE
Les Belles Lettres éd., 352 p., 35 €

L’histoire de ce livre a quelque chose d’exceptionnel. En un temps où le projet éditorial précède souvent l’écriture d’un ouvrage, celui-ci vient de paraître après une attente de plus de quarante ans.

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“Défense et illustration du multilinguisme”, un article de Jean-Claude Chevalier

FRANÇOIS OST
TRADUIRE
Défense et illustration du multilinguisme
Fayard, coll. « Ouvertures », 421 p., 23 €

Le livre s’ouvre sur l’évocation de Babel, sur les multiples interprétations et mythes qui l’accompagnent, thème aujourd’hui particulièrement récurrent ; le texte biblique est l’objet de traductions renouvelées dont l’une constamment citée par François Ost, celle d’Henri Meschonnic, animée par le souffle et le rythme de la langue primitive.

“La Russie et l’antisémitisme”, un article de George-Arthur Goldschmidt

JEAN-JACQUES MARIE
L’ANTISÉMITISME EN RUSSIE
DE CATHERINE II À POUTINE
Tallandier éd., 448 p., 27 €

L’immense majorité de la population juive en Russie vit au cours du XIXe siècle dans l’enfermement religieux dans la soumission totale aux ordonnances rituelles et sous la constante menace d’incessants massacres, ce qui n’empêche en rien de multiples divisions et des conflits internes.

“Français en résistance”, un article de Laurent Joly

FRANÇAIS EN RÉSISTANCE
Carnets de guerre, correspondances, journaux personnels
Édition établie et présentée par Guillaume Piketty,
Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1169 p., 30 €

Ils s’appelaient Charles d’Aragon, Diego Brosset, Pierre Brossolette, Gabriel Brunet de Sairigné, François Garbit, René Génin, Claire Girard, Philippe Leclerc de Hauteclocque, Louis Martin-Chauffier, René Pleven et Lazare Rachline.

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“Une histoire «au cordeau»”, un article de Pascale Goetschel

DANIEL CORDIER
ALIAS CARACALLA,
MÉMOIRES, 1940-1943
Gallimard, coll. « Témoins », 944 p. 32 €

Afin d’avoir le coeur net sur la teneur des activités de Jean Moulin sous l’Occupation allemande et pour répondre aux accusations taxant l’homme de de Gaulle en France de crypto-communiste, Daniel Cordier, rompant avec des années de silence, commençait, à partir de 1977, des recherches systématiques sur son « patron ». Après quatre imposants volumes biographiques parus entre 1989 et 1990, il offre, dans Alias Caracalla, une autre méthode d’investigation : le jeu de la reconstitution au scalpel des liens entre la France libre et la Résistance intérieure, lus au prisme des mois passés aux côtés de Jean Moulin.

“Les commodités d’aisance”, un article de Julien Damon

ROGER-HENRI GUERRAND
LES LIEUX. HISTOIRE DES COMMODITÉS
La Découverte éd., coll. « Poche », 207 p., 9,50 €

Il faut saluer cette réédition d’un ouvrage original initialement paru en 1985. Le thème est celui des « besoins naturels » et des espaces publics ou privés dévolus à leur satisfaction. Le propos, qui prête assurément au comique troupier et à la plaisanterie graveleuse, n’en est pas moins sérieux, voire grave.

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“Le nouveau répertoire du Français”, un article de Monique le Roux

En alternance salle Richelieu
EDUARDO DE FILIPPO
La Grande Magie
Mise en scène de Dan Jemmett
Jusqu’au 19 juillet
Reprise du 7 octobre 2009 au 17 janvier
ALFRED JARRY
Ubu Roi
Mise en scène de Jean-Pierre Vincent,
Jusqu’au 21 juillet
Reprise du 2 juin à juillet 2010

La Grande Magie d’Eduardo de Filippo mise en scène par Dan Jemmett, Ubu Roi d’Alfred Jarry par Jean-Pierre Vincent : deux pièces en apparence fort éloignées du répertoire de la Comédie-Française, deux spectacles créés à la salle Richelieu sont magnifiés grâce aux moyens de la Maison et surtout à une distribution représentative de la troupe à son meilleur.