La Quinzaine n°1023, du 1er au 15 octobre 2010… en couleur !

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Voici un aperçu des livres figurant dans la Quinzaine n°1023, du 1er au 15 octobre 2010… un numéro en couleur !!

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“Les mots et les nuages”, un article de Laurence Zordan

POÉSIE, ARTS, PENSÉE, Carte blanche donnée à Yves Bonnefoy, textes rassemblés par Yves Bonnefoy et Patrick Née, Hermann, 229 p., 30 € // CHRISTIAN DOUMET, LA DÉRAISON POÉTIQUE, DES PHILOSOPHES, textes rassemblés par Yves Bonnefoy et Patrick Née, Stock, 307 p., 20,99 € // ANTONIO RAFELE,  LA MÉTROPOLE BENJAMIN ET SIMMEL, textes rassemblés par Yves Bonnefoy et Patrick Née CNRS éditions, 138 p., 17 €

« Le poète retrace sur la page blanche les pas d’un danseur enfui… Et pour cela, préfère l’impair, plus vague et plus soluble dans l’air… L’écrivain appartient à un langage que personne ne parle, qui ne s’adresse à personne, qui n’a pas de centre, qui ne révèle rien… Les mots étaient en réalité des nuages… Ne pas trouver son chemin dans une ville, ça ne signifie pas grand-chose, mais s’égarer dans une ville comme on s’égare dans une forêt demande toute une éducation… Je ne veux plus me retenir des erreurs de mes doigts, des erreurs de mes yeux. Je sais maintenant qu’elles ne sont pas que des pièges grossiers, mais de curieux chemins vers un but que rien ne peut me révéler, elles seules… Il démolit ce qui existe, non pour l’amour des décombres, mais pour l’amour du chemin qui les traverse… L’homme a besoin d’une véritable morale cosmique. Toute lutte réclame, en même temps, un objet et un décor… » : on pratiquerait volontiers l’art de la citation sous forme de montage  pour montrer que l’évanescence est la seule pourvoyeuse d’évidences, pas celle des idées reçues, mais celle des idées conquises.

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“Requiem pour le XXe siècle”, un entretien de Philippe Forest, réalisé Tiphaine Samoyault

PHILIPPE FOREST, LE SIÈCLE DES NUAGES, Gallimard, 557 p., 21,50€

Roman-siècle comme on dit roman-monde, le dernier livre de Philippe Forest tient deux histoires en même temps, l’histoire minuscule d’un homme qui en a occupé presque tout le temps et l’histoire majuscule d’une époque marquée autant par la rêverie technologique que par la destruction. Entre ces deux histoires, l’avion, qui fut à la fois l’utopie
par excellence, l’utopie réalisée de l’homme qui veut voler et une puissante machine de guerre, fait le lien. Le père du narrateur était en effet aviateur et a inscrit son histoire modeste dans l’épopée de l’air sans pourtant en écrire la légende. Né en 1921, il savait déjà en commençant à voler que l’aviation n’était plus seulement une belle aventure. Ce qui fut la réalisation d’un rêve, d’une des enfances les plus belles de l’homme, est aussi ce qui contribua à faire de l’avenir un horizon bouché. « Car, en l’espace de quelques années, celles qui se sont écoulées en un battement de paupières depuis Ader et Blériot, l’aviation est devenue cela : cette entreprise anonyme de dévastation qui s’étend méthodiquement sur toute la surface des continents, faisant passer sur ceux-ci des formations d’appareils par centaines qui accomplissent leur métier de mort, larguant leurs bombes à l’aplomb des villes, lâchant leurs rafales sur des objectifs à peine aperçus dans le cadre du viseur, lancés dans l’air à une allure si formidable que le spectacle du monde autour d’eux prend l’apparence d’un inintelligible chaos qu’ils traversent en trombe et sans avoir du tout le temps de réaliser ce qu’il représente. »

Le livre commence et s’achève par une chute. Celle d’un avion d’Imperial Airways à vingt kilomètres de Mâcon et que le père, adolescent, a pu voir. Celle du père, tombant dans la rue un jour de 1999 pour ne plus se relever. Les mythes survivent à l’histoire. Icare toujours, malgré les techniques du vol. Il fallait un romancier qui eût assez de souffle pour raconter cette histoire et pour la donner à la fois comme un avenir et comme un passé. Philippe Forest aura pour toujours été celui-là qui, dans un livre épique, documenté et en même temps constamment émouvant donne, depuis les nuages, un portrait du « vieux vingtième siècle » à la fois dramatique, mélancolique et beau.

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“Une saison en Houellebecquie”, un article de Jean-Jacques Lefrère

MICHEL HOUELLEBECQ, LA CARTE ET LE TERRITOIRE, Flammarion, 450 p., 22 €

Puisqu’il est des rentrées littéraires comme il est des rentrées scolaires, il faut en accepter le principe, mais il n’est pas aisé, il est même impossible, d’identifier avec certitude ce qui sort du lot. À en croire le déluge d’articles et d’échos qui a accompagné “La Carte et le Territoire” de Michel Houellebecq, ce serait ce roman. L’histoire littéraire, qui ne fait aucune concession, justifiera-t-elle ce jugement ?

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“Vers l’égalité”, un article de Tiphaine Samoyault

J. M. COETZEE, L’ÉTÉ DE LA VIE, Summertime, trad. de l’anglais par Catherine Lauga Du Plessis, Seuil, 320 p., 22

Formule inédite de la confession, entre l’”Autobiographie d’Alice B. Toklas” de Gertrude Stein et les “Mémoires d’outre-tombe”, “L’Été de la vie” de J. M. Coetzee, présenté comme le troisième volet de son œuvre autobiographique après “Scènes de la vie d’un jeune garçon” et “Vers l’âge d’homme”, emploie une forme tout à fait singulière.

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“Cher XVIIIe siècle !”, un article d’Agnès Vaquin

CHANTAL THOMAS, LE TESTAMENT D’OLYMPE, Seuil, coll. « Fiction & Cie », 310 p., 18 €

On aime ces livres où Chantal Thomas nous raconte son cher XVIIIe siècle. Elle le connaît par cœur. La phrase mise en épigraphe évoque
le destin de deux sœurs séparées par leurs vies. Elle est signée : «Apolline de T., Londres, juillet 1771 ». Cette personne se propose de raconter ses souvenirs et nous informe qu’ils seront suivis de la terrible histoire de sa sœur dont cette dernière lui a confié une relation sur son lit de mort et c’est là son « testament ».

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“Deux poètes”, un article de Norbert Czarny

RENÉ CHAR, NICOLAS DE STAËL CORRESPONDANCE 1951-1954, Éditions des Busclats, 144 p., 15 €

René Char n’était pas homme de demi-mesure. Il s’engageait en amitié comme il l’a fait en Résistance, avec passion. Et il restait fidèle quand il ne rompait pas violemment. Ainsi, il est resté proche d’Eluard malgré les choix partisans de ce dernier, et la mort de Camus est restée une blessure ouverte. Sans doute en est-il allé de même avec Nicolas de Staël, quand le peintre s’est suicidé, en 1955, à Antibes.

“Aimer ou ne pas aimer”, un article de Christian Mouze

BENGT JANGFELDT, LA VIE EN JEU, Une biographie de Vladimir Maïakovski, trad. du suédois par Rémi Cassaigne, Albin Michel, 589 p., 25 €

«Aimer ou ne pas aimer, voilà la question – la question à laquelle un révolutionnaire devrait pouvoir répondre sans ambages. » C’est André
Breton qui écrit cela en juillet 1930 à propos de la mort de Maïakovski. Nul n’a mieux vu ainsi le lien de l’amour et de l’esprit révolutionnaire. Et nul mieux que Maïakovski n’a voulu lier et incarner l’amour et la révolution.

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“Quand le barde refait surface”, un article de Maurice Mourier

ELIAS LÖNNROT, LE KALEVALA, ÉPOPÉE DES FINNOIS suivi d’un choix de poèmes ouraliens traductions, introduction et annotations par Gabriel Rebourcet, Gallimard, coll. « Quarto », 1092 p., 24 doc., 24,90

Bien qu’il s’agisse d’une réédition à l’identique du texte paru en deux tomes chez le même éditeur en 1991 dans la collection « L’aube des peuples », l’intérêt exceptionnel de cet ensemble justifie qu’on salue sa reprise en un volume unique et une collection plus accessible.

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“L’homme qui avance devant lui”, un article de Marie Etienne

JACQUES DARRAS, LA RECONQUÊTE DU TOMBEAU D’ÉMILE VERHAEREN poésie, Le Cri, Bruxelles / LA CONJUGAISON DE PLACES AMOUREUSES proses Éd. de Corlevour / JACQUES DARRAS, POÈTE DE LA FLUIDITÉ, Actes du Colloque de l’Université de Nice, Le Cri, Bruxelles / À CIEL OUVERT Entretiens avec Yvon Le Men, Éd. La Passe du vent

Avec ses 15 publications de poésie, ses 4 pièces de théâtre, ses 16 essais, ses 22 traductions, les 66 numéros de sa revue de poésie In’hui, ses articles en revues et dans les journaux, Jacques Darras fait figure d’infatigable marcheur.

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“Peindre l’harmonie”, un article de Gilbert Lascault

LAURENT FABIUS, LE CABINET DES DOUZE, Regards sur des tableaux qui font la France, Gallimard, coll. « Témoins de l’art », 224 p., 85 ill., 22,50 €

Socialiste méditatif, amoureux de la peinture, Laurent Fabius regarde les tableaux qui l’émeuvent. Dans les musées, il les voit et les revoit. Il les aime. Avec ferveur, avec précision, il les observe de très près.

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“Journal du désastre”, un article de Maurice Mourier

ROLAND DE MARGERIE, JOURNAL (1939-1940) préface d’Éric Roussel, Grasset, 409 p., 18,50 €

Diplomate de carrière, issu d’une noble famille de grands serviteurs de l’État depuis des générations par son père, de celle d’Edmond Rostand par sa mère, Roland de Margerie, alors en poste à Londres, renonce en août 39 à ses vacances d’été, vient à Paris aux nouvelles (la signature par Ribbentrop et Molotov du premier Pacte germano-soviétique date du 23 août), y rencontre Alexis Léger, futur Saint-John Perse, alors tout-puissant secrétaire général des Affaires étrangères. Frappé par la sérénité quelque peu désinvolte de celui-ci, sa façon de minimiser les dangers de la guerre qui, à l’évidence, menace, il touche du doigt pour la première fois l’incroyable insouciance avec laquelle la France aborde un moment crucial de son Histoire.

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“Staline n’aimait pas la musique”, un article de Jean-Jacques Marie

ALEXANDER WERTH, SCANDALE MUSICAL À MOSCOU, trad. et présenté par Nicolas Werth, Tallandier, 180 p., 15,90 €

La Pravda du 10 février 1948 publie au nom du Comité central (qui n’a pas été réuni pour l’occasion et que d’ailleurs Staline ne réunissait quasiment plus) un décret prononçant une condamnation brutale des musiciens soviétiques Chostakovitch, Prokofiev, Khatchatourian et Miaskovski accusés de « formalisme ». Ces musiciens, affirme le décret dans une langue de bois policière, «font fi des goûts artistiques et des demandes des peuples de l’URSS (…) rejetant la fonction sociale de la musique, se contente[nt] de pourvoir aux goûts dégénérés d’une poignée d’individualistes esthétisants».

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“La chair invisible du travail”, un article de Patrick Faugeras

YVES CLOT, LE TRAVAIL À CŒUR, Pour en finir avec les risques psychosociaux, La Découverte, 190 p., 14,50 €

Le travail est malade, pourtant ce sont ses opérateurs qui s’effondrent, développent diverses pathologies, multiplient les troubles musculo-squelettiques, se suicident. Le travail est malade, pourtant plutôt que de s’occuper à le soigner, en s’intéressant, voire en contestant les réorganisations dont il est l’objet, pouvoirs publics, décideurs, et quelquefois les syndicats, entendent gérer et manager, à grand renfort de réformes, procédures et autres cellules de veille, la prévention de ce qu’on appelle aujourd’hui les risques psychosociaux et le soin des personnes fragilisées, dites porteuses de risque.

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“Conditions clandestines”, un article de Patrick Cingolani

LAURENCE ROULLEAU-BERGER, MIGRER AU FÉMININ, Puf, coll. « la Nature humaine », 192 p., 15 € / SÉBASTIEN CHAUVIN, LES AGENCES DE LA PRÉCARITÉ Journaliers à Chicago Seuil, coll. « Liber », 339 p., 22 €

Si la dynamique politique des sans-papiers et la sociologie de leur mobilisation a fait diversement l’objet d’analyses depuis notamment le livre de Johanna Siméant sur les luttes de la fin des années 90, l’expérience de ces mêmes sans-papiers méritait d’être revisitée à partir de leur parcours migratoire et de leur vécu du travail. Deux livres, chacun à leur manière bien différente, viennent apporter un vif éclairage sur les nouvelles conditions de la migration et les nouvelles conditions d’exploitation des immigrés.

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“La vie comme entreprise”, un article de Jean-Paul Deléage

ROBERT BARBAULT et JACQUES WEBER, LA VIE, QUELLE ENTREPRISE ! Pour une révolution écologique de l’économie, Seuil, coll. « Science ouverte », 208 p., 19€

La question qui se pose au monde et que pose ce livre est celle d’une biosphère durable. Les auteurs allient les regards de l’écologie et de l’économie, les compétences du naturaliste et celles de l’anthropologue pour construire une vision partagée de la puissance du monde vivant dont la toile fragile est déchirée par les activités humaines, dominées par les dogmes à hauts risques et irresponsables des managers néolibéraux.

La Quinzaine n°1022, du 16 au 30 septembre 2010

“Le dilemme du rentier”, un article de Liliane Kerjan

ANITA BROOKNER ÉTRANGERS, Strangers, trad. de l’anglais par Françoise du Sorbier, Fayard, 269 p., 19 €

Vingt-trois romans, dont “L’Hôtel du lac” (Booker Prize en 1984), “Le Dernier Voyage”, “Les Règles du consentement” ont à chaque fois confirmé la place d’Anita Brookner dans la cohorte des romancières anglaises qui excellent dans l’analyse intelligente et intransigeante. Étrangers aborde sous une plume élégante le temps, la vieillesse et le vide au cœur d’une bourgeoisie ouverte aux courants d’air, en perpétuel exil.

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“Fiction ?”, un article de Norbert Czarny

PHILIPPE VASSET, JOURNAL INTIME D’UNE PRÉDATRICE, Fayard, 208 p., 15,90 €

“Carte muette” : c’était le titre d’un précédent roman de Philippe Vasset. L’auteur proposait une cartographie des espaces vacants, des zones vierges dans Paris. Le vide supposé en disait long sur la ville, telle qu’elle se construit, se peuple et se fait objet marchand. Le projet qui sous-tend le Journal intime d’une prédatrice est-il si différent ?

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“Vivre, ça fait mal”, un article d’Agnès Vaquin

YVES BICHET, RESPLANDY, Seuil, 240 p., 17 €

Les romans d’Yves Bichet se nourrissent de sensualité, de sexe et de mort et “Resplandy” ne va pas faire exception. Faut-il y ajouter l’humour noir ? On peut en discuter.

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“Quand le mal vient de très loin”, un article d’Agnès Vaquin

ÉRIC PESSAN, INCIDENT DE PERSONNE, Albin Michel, 190 p., 15 €

Le narrateur d’’Incident de personne’ n’est pas un garçon d’une folle gaîté. Ce n’est pas en vain qu’au début de son roman Éric Pessan termine certains paragraphes, comme s’il s’agissait d’une ponctuation, par « Noir ». Le personnage est dans un train en direction de Nantes. Il revient de Nicosie où il a séjourné pour animer des ateliers d’écriture.

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“Une autobiographie anonyme”, un article d’Odile Hunoult

CÉCILE REIMS, PEUT-ÊTRE, Le Temps qu’il fait, 176 p., 18 €

L’originalité de ce récit, et sa grâce, c’est l’absence quasi totale de ce qui fait l’autobiographie : ni lieux, ni noms, ni dates. Pour cela on peut se rapporter aux livres et aux catalogues du couple Cécile Reims-Fred Deux – ici F et C, limités à leurs initiales (sans points).

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“Un roman simple”, un article de Maurice Mourier

PER PETTERSON – MAUDIT SOIT LE FLEUVE DU TEMPS – trad. du norvégien par Terje Sinding, Gallimard, coll. « Du monde entier », 235 p., 18,50 €

Un homme de trente-sept ans, ouvrier dans une usine de routage de magazines, divorce. Au même moment, sa mère apprend qu’elle a un cancer, qu’il ne lui reste que peu de temps à vivre. D’origine danoise mais vivant depuis quarante ans à Oslo avec celui qu’elle a épousé, elle décide d’une sorte de pèlerinage au pays natal et se rend dans la petite île de Laeso où jadis elle avait accouché hors mariage de son premier fils, plus tard légitimé par l’union avec le Norvégien père de ses trois autres garçons mais qu’elle n’a jamais aimé.

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“Parentèle indienne”, un article de Liliane Kerjan

LOUISE ERDRICH – LA MALÉDICTION DES COLOMBES The Plague of Doves – trad. de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez – Albin Michel, 482 p., 22,50 €

De romans en poèmes, Louise Erdrich, depuis le succès de “Love Medicine” en 1984, écrit une œuvre originale, haute en couleur, pleine d’his- toires de familles dans une réserve d’Indiens du Dakota du Nord. Avec La Malédiction des colombes, elle signe, selon Philip Roth, « un chef-d’œuvre éblouissant ».

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“Les années vécues ensemble révèlent-elles réciproquement les âmes ?”, un article de Christian Mouze

SOPHIE TOLSTOÏ  – À QUI LA FAUTE ?
LÉON TOLSTOÏ  – LA SONATE À KREUTZER – trad. du russe par Christine Zeytounian-Beloüs – Albin Michel, 334 p., 19 €

« En aucune façon ! » répond Alexandre Herzen (1812-1870) qui, dans un roman que ne pouvaient ignorer ni Léon ni Sophie Tolstoï, intitulé À qui la faute ? (1841-1846) – et ce n’est pas un hasard si le titre du récit de Sophie Tolstoï fait écho à Herzen –, posait avec force, en même temps que celui de la place et du rôle social de la femme, le problème de l’amour conjugal et de la passion, leur tangence, leurs intersections, leurs recoupements, leur écartement, leurs écartèlements, leurs résonnances intimes et sociales.

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“Contre le vert Pour le vert”, un article de Gilbert Lascault

MICHEL PASTOUREAU – LES COULEURS DE NOS SOUVENIRS – Seuil, 260 p., 18 €

Historien érudit, inventif, original, Michel Pastoureau (né en 1947) explore les passions des couleurs, les symboles des animaux (l’ours, le cochon), les blasons, les jeux.

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“Reliques”, un article de Marie-José Tramuta

EUGENIO MONTALE – PAPILLON DE DINARD – trad. de l’italien par Mario Fusco – Verdier, 220 p., 18 €

Lorsque Eugenio Montale meurt, à Milan, le 12 septembre 1981, âgé de presque quatre-vingt-cinq ans (il était né le 12 octobre 1896 à Gênes), il laisse une œuvre couronnée par le prix Nobel en 1975 qui le consacre de son vivant déjà comme un poète classique. Giorgio Zampa écrivait dans son introduction à Tutte le poesie chez Mondadori, en 1984 : « Montale était conscient de la signi- fication que son œuvre assumerait, une fois refermée ; il hésita longtemps à y mettre le sceau. Quand il le fit, il cessa de chercher son stylo, il cessa de soulever la housse de son Olivetti. Et quelques mois plus tard, il quittait Milan, pour le modeste mais infini espace de San Felice a Ema » (cimetière où reposait depuis 1963, celle qui fut sa compagne puis sa femme, Drusilla Tanzi, dite la « Mosca »). Avant de mourir, il avait assisté à la publication de ses œuvres complètes, fait assez rare dans l’histoire littéraire.

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“La durée de la littérature”, un article de Nicole Casanova

ALBERT THIBAUDET – INTÉRIEURS – Baudelaire – Fromentin – Amiel  – Édition présentée et annotée par Robert Kopp – Gallimard, coll. « Les Cahiers de la NRF », 258 p., 25 €

« On pourra s’étonner, et même se scandaliser de voir approcher, d’une manière qu’on dira artificielle, trois écrivains en apparence si différents, et qui trouvent leur public, leurs critiques, en des classes de lecteurs si hostiles les unes aux autres. »

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“Le romancier, agent moral”, un article de Laurence Zordan

MARTHA C. NUSSBAUM – LA CONNAISSANCE DE L’AMOUR – Cerf, 589 p., 68 €

Que le roman soit le fer de lance de l’éthique est une idée déconcertante qui, une fois achevée la lecture de l’ouvrage de Martha Nussbaum, devient pourtant évidente. Figure majeure de la philosophie politique et morale américaine, elle démonte les objections telles : la critique éthique de la littérature serait nécessairement dogmatique et simpliste, en méconnaissant la portée esthétique des œuvres. Autre cliché réfuté par l’auteur : une évaluation éthique serait subjective et toute tentative pour rendre raison d’un texte serait en réalité une quête de puissance, expression d’une idéologie. La philosophe récuse la thèse voulant que soit réactionnaire le recours aux textes romanesques
pour répondre à la question « comment faut-il vivre ? », interrogation elle-même suspectée d’ individualisme réticent devant toute révolution collective. La puissance d’argumentation de Martha Nussbaum vient d’une formidable capacité à disséquer Aristote et Henry James si l’on ose dire « simultanément », d’un même élan minutieux, et ce n’est pas contradictoire dans les termes.

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“Gaël Eismann démystifie”, un article de Jean-Jacques Marie

GAËL EISMANN, HÔTEL MAJESTIC, Ordre et sécurité en France occupée (1940-1944), Tallandier, 592 p., 32 €

Alors même que l’issue de la guerre est imminente”, l’administration militaire allemande en France présente un bilan satisfait de son activité, cité par Gaël Eismann : «L’administration militaire allemande en France a prouvé, pendant ses quatre années d’activité, que la direction administrative et économique allemande avait la capacité d’organiser une administration européenne apte à obtenir les plus grands résultats possibles dans l’intérêt de l’Europe, sans que les spécificités économiques et culturelles nationales d’un pays n’en pâtissent. » Cette administration serait donc la vraie mère de l’Union européenne, contenue en germe dans son activité !

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“Puissance de la mafia italienne”, un article de Patrice Peveri

NICOLA TRANFAGLIA, POURQUOI LA MAFIA A GAGNÉ, Les classes dirigeantes italiennes et la lutte contre la mafia (1861-2008) trad. de l’italien par Jacques Bersani, préface de Gian Carlo Caselli, Tallandier, 234 p., 21 €

Peu connu en France, Nicola Tranfaglia est un membre éminent de l’intelligentsia transalpine. Historien prolixe de l’Italie contemporaine (on lui doit une trentaine d’ouvrages consacrés tant à l’histoire politique qu’à l’histoire des médias de son pays), président de l’université de Turin pendant plusieurs années et éditorialiste dans plusieurs grands quotidiens, il revient ici sur la mafia, un thème qui lui est cher et qu’il a déjà abordé dans quatre ouvrages. Publié en 2008 en Italie, Pourquoi la mafia a gagné s’inscrit dans les dernières péripéties de la courte mais animée carrière politique de l’auteur. Homme de gauche, adhérent déçu du PDS, puis député sous les couleurs du Partito dei Communisti Italiani de 2004 à 2006, il se présente, sans succès, aux élections européennes de 2009 sous les couleurs de « l’Italia dei Valori», dont le combat porte essentiellement sur la lutte contre la corruption et le crime organisé.

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“Une pinte de bon sang”, un article de Lucien Logette

NICOLAS STANZICK, DANS LES GRIFFES DE LA HAMMER, Éd. Le Bord de l’eau, coll. « Ciné-Mythologies », 492 p., 30 €

Vu de loin, avant que le mois ne commence, les promesses de septembre nous font déjà tomber les bras. Les dizaines de films qui nous menacent (65 au premier comptage), à consommer immédiatement avant que le contingent d’octobre, aussi nombreux, ne les chasse, nous plongent dans le même état de stupeur que le critique affligé derrière les murailles de livres apportés par la grande marée de l’été et qui frémit de s’y atteler. Pour réaffûter nos souvenirs et briller en ville – les films qui donnent à penser sont une bénédiction pour lesdiscussions postprandiales –, va-t-il nous falloir revoir les deux triomphateurs de Cannes, “Oncle Boonmee”, d’Apichatpong Weerasethakul, et “Des hommes et des dieux”, de Xavier Beauvois, dont on prévoit les commentaires énamourés à cinq étoiles qu’ils vont éveiller ?

La Quinzaine n°1015, du 16 au 31 mai 2010

“Mainmise des prédateurs financiers sur le livre et l’édition”, entretien avec André Schiffrin

ANDRÉ SCHIFFRIN
L’ARGENT ET LES MOTS
La Fabrique, 112 p., 13 €

Fils du fondateur de la collection de la « Pléiade », directeur de Pantheon Books pendant trente ans, éditeur américain de Foucault, Sartre, Chomsky, André Schiffrin a été l’une des figures les plus importantes du monde des livres et de l’édition. Dernier volet d’une trilogie commencée avec “L’Édition sans éditeurs”, “L’Argent et les Mots” revient sur les périls que font peser sur l’édition la concentration et la globalisation qui, imposant des restructurations ruineuses, condamnent tout un secteur de la production littéraire, étiqueté comme non rentable.

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“Le sourire de Régine Detambel”, un article de Natacha Andriamirado

RÉGINE DETAMBEL
50 HISTOIRES FRAÎCHES
Gallimard, 240 p., 17,90 €

Retrouver l’immédiat, le capter au travers de textes brefs retraçant les moments fugaces de notre quotidien. Il y a dans ces cinquante histoires fraîches une énergie et une intensité du récit qui nous mènent à une seule et même chose : la rencontre de véritables personnages.

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“Une terre promise ?”, un article de Norbert Czarny

HENRI RACZYMOW
ERETZ
Gallimard, 160 p., 15 €

Eretzest le mot hébreu qui désigne LA terre. La terre promise, la terre rêvée. C’est aussi la désignation d’Israël par métonymie. Aller en Eretz, c’est se rendre dans ce pays complexe, multiple, trop souvent au cœur de l’actualité. C’est là qu’après 68, avait vécu Alain, frère du narrateur. Il en était revenu dans le milieu des années soixante-dix, sans illusion, déçu même.
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“La Renaissance de Harlem (1920-1930)”, un article de Cécile Cottenet

NELLA LARSEN
CLAIR-OBSCUR
trad. de l’américain par Guillaume Villeneuve préface de Laure Murat
Climats, 182 p., 17 €

Ce classique de la littérature africaine américaine brouille les frontières entre les races et nous offre une belle réflexion sur la question de l’identité. Dotée d’une préface érudite, cette première traduction française laisse entrevoir la richesse d’un mouvement littéraire méconnu en France.

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“Candide, ou l’optimisme dans le Midwest”, un article de Liliane Kerjan

LORRIE MOORE
LA PASSERELLE
A Gate at the Stairs
trad. de l’anglais (États-Unis) par Laetitia Devaux
L’Olivier, coll. « Rivages », 361 p., 22 €

Retour très réussi de Lorrie Moore, quinze ans après son second roman, grâce à une écriture pleine de drôlerie mais qui gratte jusqu’à la tragédie les faux-semblants d’une Amérique désenchantée. Une étudiante, petit cheval de Troie, quatre saisons de découvertes et de déconvenues : le charme opère et c’est l’enthousiasme aux États-Unis.

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“Voix d’Ingo Schulze”, un article de Laurent Margantin

INGO SCHULZE
PORTABLE
trad. de l’allemand par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein
Fayard, 324 p., 22 €

Après un volumineux roman sur la réunification allemande, Ingo Schulze revient, avec “Portable”, à l’écriture de nouvelles qui avait fait son succès dès ses premiers livres (Histoires sans gravité, 33 moments de bonheur).

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“Stratégies”, un article de Hugo Pradelle

ROBERTO BOLAÑO
LE TROISIÈME REICH
El tercer reich
trad. de l’espagnol (Chili) par Robert Amutio
Christian Bourgois, 420 p., 25€

Avec “Le Troisième Reich”, Bolaño (1953-2003) signe sans doute son livre le plus hypothétique, presque un affront. Roman désincarné, impénétrable, aride, mystérieux, jouissif parce que presque inaccessible. De ces pages furieusement aplaties sourd une menace troublante, vénéneuse, qui fait de ce récit inclassable un hymne terrible à la stratégie de la littérature.

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“Un rire jubilatoire”, un article de Norbert Czarny

THOMAS BERNHARD
MES PRIX LITTÉRAIRES
trad. de l’allemand par Daniel Mirsky
Gallimard, 176 p., 12,50

En 1986 paraissait Ténèbres, recueil de textes et d’entretiens de et autour de Thomas Bernhard. On pouvait lire dans cet ouvrage trois discours prononcés lors de remises de prix à l’écrivain. Des textes assez décapants, et plutôt provocateurs, on s’en doute. L’éditeur de Mes prix littéraires omet de préciser cette première publication mais on ne lui en voudra pas car la parution de ce petit livre fait un bien fou aux zygomatiques.

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“La lumière que j’avais parmi les vivants”, un article de Nicole Casanova

FLORENCE COLOMBANI
« JE NE PUIS DEMEURER LOIN DE TOI PLUS LONGTEMPS »
LÉOPOLDINE HUGO ET SON PÈRE
Grasset, 230 p., 16,50 €

Le 4 septembre 1843, Léopoldine, fille aînée de Victor Hugo, se noyait dans la Seine à l’âge de dix-neuf ans. Hugo, qui voyageait avec Juliette Drouet, apprit l’accident en lisant le journal. « Je le retrouvai foudroyé », dit Juliette.

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“Un livre-culte”, un article d’Anne Boyer

REMY DE GOURMONT
LE LATIN MYSTIQUE, LES POÈTES DE L’ANTIPHONAIRE ET LA SYMBOLIQUE AU MOYEN ÂGE
préface de Pierre Laurens
Les Belles Lettres, coll. « Essais », 416 p., 35 €

Dans “Bourlinguer”, Cendrars insiste sur l’importance qu’a revêtue pour lui la lecture du Latin mystique de Remy de Gourmont, lecture dont il fait «une date de naissance intellectuelle ». Parmi les premiers ouvrages publiés par le Mercure de France, en 1892, toute nouvelle maison d’édition sur le point de devenir le creuset d’une littérature nouvelle, Le Latin mystique est, comme l’affirme Pierre Laurens dans sa réédition, un « livre-culte ». Ce livre-culte ayant été toutefois quelque peu oublié, sa réédition, dans la collection « Essais » des Belles Lettres, est une bonne nouvelle.

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“La recherche de la longue vie”, un article de Gilbert Lascault

EXPOSITION
LA VOIE DU TAO : UN AUTRE CHEMIN DE L’ÊTRE
Galeries nationales, Grand Palais
3, avenue du Général-Eisenhower, Paris 8e du 31 mars au 5  juillet 2010
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PUBLICATION
CATHERINE DELACOUR et coll.
CATALOGUE DE L’EXPOSITION
RMN/musée Guimet, 368 p., 342 ill. coul., 45€

Curieuse, complexe, foisonnante, l’exposition La voie du Taodéconcerte et passionne. Elle rassemble 240 œuvres très diverses : les peintures, les miroirs de bronze, les sculptures (pierre, bois, céramique), les porcelaines, les estampages, les talismans, les inscriptions, les amulettes, les tapis rituels, les blocs de jade sculptés…

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“La polyphonie de Paul Klee”, un article de Georges Raillard

EXPOSITIONS
PAUL KLEE (1879-1940)
La collection d’Ernst Beyeler
Musée de l’Orangerie, 14 avril – 19 juillet 2010
Catalogue par Philippe Büttner et Claude Frontisi coédition Musée d’Orsay/Éditions Hazan, 96 p., 20 €

ARAGON ET L’ART MODERNE
Musée de la Poste, 14 avril – 19 septembre 2010
Catalogue illustré sous la direction de Josette Rasle, 160 p., 20 €

On ira de l’une à l’autre de deux expositions où la peinture est présentée nuement. Comme elle a été vue et lue par deux regards vifs, celui d’un marchand de tableaux, Ernst Beyeler, qui créa l’admirable Fondation de Bâle, et celui d’un poète épris d’images, Louis Aragon.  À l’Orangerie, Paul Klee (1879-1940) : des tableaux issus de la collection Beyeler. Au musée de la Poste, des Klee encore, en petit nombre, mais insérés dans les choix faits par Aragon dans l’art moderne.

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“La naissance de la poésie”, un article de Odile Hunoult

ANNIE LE BRUN
SI RIEN AVAIT UNE FORME, CE SERAIT CELA
Gallimard, 260 p., 21,90 €

En 1755, au lendemain de la fête des Morts, un tremblement de terre suivi d’un raz-de-marée gigantesque qui se propage dans tout l’Atlantique Nord détruit entièrement Lisbonne, faisant, dit-on, à Lisbonne même, plus de 50 000 morts. Un séisme aussi dans la pensée philosophique occidentale, qui achève de se séculariser. C’est pourquoi Annie Le Brun en fait le point de départ d’une fresque foisonnante où se succèdent ceux qui de près ou de loin ont côtoyé, rejoint, réfléchi, ou fui et occulté la catastrophe et l’inhumain, puis leur intériorisation : l’inhumain en l’homme.

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“Aux sources du libéralisme politique : Montesquieu et Germaine de Staël”, un article de Jean M. Goulemot

LAIN GAMBIER
MONTESQUIEU ET LA LIBERTÉ
Hermann, coll. « Philosophie », 274 p., 30 €
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MICHEL WINOCK
MADAME DE STAËL
Fayard, 576 p., 23,80 €

Le mot « libéralisme » occupe une place bien à part dans le monde contemporain. En France plus qu’ailleurs, il est passé du politique à l’économie. Il se confond avec le capitalisme le plus sauvage. Prétendre publiquement être libéral, c’est prendre le risque de se voir marginalisé, accusé de tiédeur ou de ne croire qu’aux lois du marché, quand ce n’est pas d’être aux portes du fascisme. J’avoue craindre toute réduction du vocabulaire politique et me méfier de termes, au sens approximatif, forme moderne de la langue de bois, qui servent à exclure, sans même avoir à argumenter.

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“Éros dans tous ses états”, un article de Michel Plon

JEAN ALLOUCH
L’AMOUR LACAN
EPEL, 493 p., 35€
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GLORIA LEFF
PORTRAITS DE FEMMES EN ANALYSTE
LACAN ET LE CONTRE-TRANSFERT
trad. de l’espagnol (Mexique) par Béatrice Cano
EPEL, 193 p., 24€

Deux livres qui supposent un minimum de familiarité avec l’œuvre de Lacan et avec l’histoire de la psychanalyse mais qui ont en commun de refuser l’hermétisme et le jargon, de ne pas privilégier la rigidité théorique au détriment de la clinique et réciproquement, deux livres dans lesquels la chose analytique, c’en est un régal, circule à l’air libre.

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“La montée de l’effacement”, un article de Laurence Zordan

FRANÇOISE BONARDEL
DES HÉRITIERS SANS PASSÉ
ESSAI SUR LA CRISE DE L’IDENTITÉ
CULTURELLE EUROPÉENNE
Éd. de la transparence, coll. « Philosophie », 266 p., 20 €

Des grands livres, on a pu dire qu’ils ne se contentent pas de proposer un argument différent, mais bien une autre manière d’argumenter. Ils n’envisagent pas une autre interprétation de la même expérience, mais réellement une autre expérience. L’ouvrage de Françoise Bonardel est de ceux-là, où chaque mot des titre et sous-titre ouvre à un vaste corpus philosophique qui se clôt sur l’image de la main, donnant à saisir la pertinence de la formule d’Hölderlin : « il en est, peu nombreux, qui sont forcés de saisir la foudre à pleines mains ».

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“Changement de genre”, un article de Monique Le Roux

THOMAS BERNHARD
EXTINCTION
Lecture par Serge Merlin
Théâtre de la Madeleine Jusqu’au 30 mai
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GARY-JOUVET 45-51
Mise en scène de Gabriel Garran
Théâtre de la Commune d’Aubervilliers Jusqu’au 29 mai

Ils ont l’un et l’autre connu un exceptionnel parcours artistique de plus d’un demi-siècle et jettent un nouveau défi à la scène. Serge Merlin retrouve au Théâtre de la Madeleine son auteur de prédilection, Thomas Bernhard, avec “Extinction”. Gabriel Garran retourne à la Commune, Centre dramatique national d’Aubervilliers, pour un spectacle, “Gary-Jouvet 45-51″, qu’il a conçu à partir d’une pièce de Romain Gary, “Tulipe ou la protestation”, et de la correspondance entre le jeune écrivain diplomate et le grand metteur en scène.

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“Quand le fond de l’air a viré rouge sang”, un article de Lucien Logette

OLIVIER ASSAYAS
CARLOS

Avant même d’être présenté à Cannes, voilà donc “Hors-la-loi”, le film de Rachid Bouchareb, sous le feu des projecteurs. Un député garanti tricolore grand teint et un secrétaire d’État aux anciens ils-ont-des-droits-sur-nous-combattants viennent de partir en guerre, drapeau national en bandoulière, contre cette œuvre « qui insulte la République » – peut-être auraient-ils pu attendre de voir le film ? Il paraîtrait même que des pressions auraient été exercées sur les responsables du Festival de Cannes pour que “Hors-la-loi” ne soit pas sélectionné… Ceux-ci, cumulant mauvais esprit et duplicité, ont pris en compte la part algérienne de cette produc-tion, par ailleurs fruit d’un complot cosmopolite (franco-algéro-tuniso-italo-belge) pour attribuer au film la nationalité de nos (ex-)ennemis. Au moins, la République n’est-elle plus insultée par ses propres enfants ; l’honneur est sauf.

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“Alan au pays des merveilles”, un article d’Alain Joubert

À travers le cristal d’Alan Glass
DVD de Tufic Makhlouf Akl (140 min), accompagné d’un livret illustré de 88 pages
Seven Doc (10, rue Henri-Bergson, 38100 Grenoble) distribution Studios WinWin, 23 €

« Le merveilleux est toujours beau, n’importe quel merveilleux est beau, il n’y a même que le merveilleux qui soit beau». Lorsque, dans le “Manifeste du surréalisme”, André Breton pose cette affirmation, il écarte du même coup le côté éventuellement « puéril » d’un merveilleux de pacotille pour exalter un « merveilleux adulte », arme absolue contre le rationalisme et le réalisme vulgaire qui dominent notre société ; et c’est vers Lewis, Young, Maturin, Arnim, Nerval ou Lautréamont (notamment) qu’il se tourne tout naturellement.

La Quinzaine n°1013, du 16 au 30 avril 2010

“Paradoxes d’une nation”, un article d’Hugo Pradelle

STEPHEN WRIGHT
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“LA POLKA DES BÂTARDS”(The Amalgamation Polka) trad. de l’anglais (États-Unis) par Serge Chauvin, Gallimard, coll. « Du monde entier », 416 p., 23 €
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MÉDITATIONS EN VERT
(Meditations in Green) trad. de l’anglais (États-Unis) par François Happe Gallmeister, 400 p., 24 €

Avec ces deux romans, nous découvrons un auteur magistral s’interrogeant sur les rapports compliqués qui s’ordonnent entre violence et progrès, sur les contradictions terribles qui font de l’Amérique ce qu’elle est. Démesurée, l’œuvre de Wright entreprend, avec une extraordinaire cohérence, la nature paradoxale d’un peuple de « dévorateurs » et nous entraîne dans l’aventure fascinante d’une nation qui s’exorcise.

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“Tours, détours et Imprévus”, un article de Norbert Czarny

CHRISTIAN OSTER
DANS LA CATHÉDRALE
Minuit, 144 p., 13,50 €

Il suffit de peu au narrateur des romans de Christian Oster pour être perturbé : une mouche qui prend ses aises dans une chambre, un rhume persistant, du sable envahissant le seuil d’une maison, ou au pis, une sacoche égarée ou une femme aimée qui est partie. Il est question de choses voisines, dans le nouveau roman d’Oster, Dans la cathédrale. Il est aussi question de mariage.

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“Le châtiment de la beauté”, un article de Hugo Pradelle

JACQUES TOURNIER
FRANCESCA DE RIMINI
Seuil, 120 p., 140 €

Un roman à la fois doux et brutal, comme écrit en sourdine, en deçà d’un récit repris, comme un fil que l’on tire d’une précieuse passementerie qui se défait. Un beau portrait de femme en même temps qu’un conte sur le désir empêché, l’amour et l’infidélité, l’ennui et la soumission, la politique et la volupté, la liberté et son châtiment.

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“Un texte plein de crevasses”, un article de Laurent Margantin

WERNER KOFLER

DERRIÈRE MON BUREAU,
TRIPTYQUE ALPESTRE I
trad. de l’allemand (Autriche) et présenté par Bernard Banoun
Éditions Absalon, 188 p., 18,50 €

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CAF’CONC’TREBLINKA,
REPRÉSENTATION PRIVÉE
trad. de l’allemand (Autriche) et postface par Bernard Banoun
Éditions Absalon, 61 p., 9,50 €

Les éditions Absalon continuent à nous faire découvrir un auteur autrichien important, Werner Kofler, de la même génération qu’Elfriede Jelinek.

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“L’énigme”, un article de Hugo

ANTONI CASAS ROS
ENIGMA
Gallimard, 252 p., 16,90 €

À la fin de son premier roman, Antoni Casas Ros écrivait : « j’ai rêvé de mon prochain roman. Je ne compte pas m’ar rêter là ! Un sujet à la hauteur de mes ambitions. Celui-ci n’est qu’un prélude. […] Au travail, essaie de t’étonner toi-même ! ». C’est chose faite ! Avec Enigma, il nous enchante par la virtuosité d’un style cristallin, la profondeur d’une construction en abîme saturée d’ironie et de jeux formels, qui portent une histoire troublante, sensuelle et douloureuse. Nous croyons désormais un peu plus au pouvoir de la poésie, enivrés de son parfum sulfureux, proférant avec l’auteur « que la souffrance soit la porte de la littérature ».

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“Aspects de la littérature russe”, un article de Christian Mouze

ARKADI BABTCHENKO
LA COULEUR DE LA GUERRE
trad. du russe par Véronique Patte
Gallimard, 425 p., 26 €
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VLADIMIR SOROKINE
ROMAN
trad. du russe par Anne Coldefy-Faucard
Verdier, 592 p., 29,50 €
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ANDREÏ DMITRIEV
L’AVIATEUR ET SA FEMME
trad. du russe par Lucile Nivat
Fayard, 128 p., 14 €
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LUDMILA PETROUCHEVSKAÏA
LA PETITE FILLE DE L’HÔTEL MÉTROPOLE
trad. du russe par Macha Zonina et Jean-Pierre Thibaudat
Christian Bourgois, 178 p., 18 €

La littérature est une éternité humide d’humanité. Grâce au verbe, les plaies, les cicatrices morales d’un individu ou d’un peuple sont sans  retour et ne sont pas destinées à s’effacer. En Russie peut-être plus qu’ailleurs, et en tout cas plus lisiblement qu’ailleurs (à cause de multiples facteurs, géographiques, psychologiques ou proprement historiques liés aux expansions, aux arrêts et au développement violent du pays, en un mot à sa construction identitaire chaotique), elle est le lien même des hommes et de leur Histoire.

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“Colette, butte-témoin”, un article de Maurice Mourier

COLETTE JOURNALISTE
Chroniques et reportages (1893-1945)
texte établi, présenté et annoté par Gérard Bonal et Frédéric Maget
Seuil, 384 p., 21 €

En 1893, Sidonie Gabrielle Colette a vingt ans. Elle épouse Henry Gauthier-Villars, dit Willy, qui en a quinze de plus et une réputation justifiée de journaliste noceur à la mode. « Nègre » de son mari pour les premiers Claudine, qu’il signe de son nom, elle va aussi l’aider pour quelques-unes des nombreuses chroniques – musicales notamment, opéras et concerts – qu’il place un peu partout. Tels sont les premiers « apprentissages » littéraires dont elle parlera plus tard, et qui ont constitué au f il de treize années, celles de leur union, le socle d’une exceptionnelle carrière, achevée avec la mort de Colette en 1954.

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“Je l’écoute, je l’admire, je me tais”, un article de Nicole Casanova

DOMINIQUE BONA
CLARA MALRAUX, biographie
Grasset, 470 p., 20,90 €

Ainsi Clara Malraux définit-elle sa relation avec l’auteur de “La Condition humaine”, et la cause de leur rupture.

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“Faire cortège à ses sources”, un article de Marie Etienne

CLAIRE MALROUX
TRACES, SILLONS
José Corti, coll. « En lisant en écrivant », 220 p., 19 €

Pierre Silvain, romancier et poète, que La Quinzaine littéraire connaissait bien, n’est plus des nôtres depuis peu. Sa compagne, Claire Malroux, écrivait son livre, “Traces, sillons”, à un moment où il était en train de s’affaiblir. Aussi le lui a-t-elle dédié.

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“Une fantaisie abyssale”, un article de Jean-Pierre Tiesset

CHRISTOPH RANSMAYR
DAMES ET MESSIEURS SOUS LES MERS
Damen & Herren unter Wasser
Une histoire en images d’après sept planches photographiques en couleurs de Manfred Wakolbinger
trad. de l’allemand par Nicole Taubes
José Corti, coll. « Merveilleux », n° 44, 80 p., 19 €

On s’aperçoit à la lecture de ce petit livre, un de ceux que Christoph Ransmayr aime intercaler entre des ouvrages où le souffle créateur du romancier se fait plus ample, que la continuité est totale depuis les premiers titres qui ont fait sa notoriété dans le monde des Lettres : cette continuité se manifeste en filigrane dans un même travail aux confins de l’imaginaire et du réel, qui prend ici pour objet la métamorphose, l’instabilité des hommes et des choses qui constitue l’essence même de la vie. L’évolution mise en évidence par Darwin (et dangereusement contestée aujourd’hui par un retour en force du « créationnisme » et de l’obscurantisme) est-elle autre chose qu’une métamorphose de l’espèce étirée dans le temps ?

“Les cous tranchés”, un article de Gilbert Lascault

EXPOSITION CRIME ET CHÂTIMENT
Musée d’Orsay
1, rue de la Légion-d’Honneur, Paris 7e
16 mars – 27 juin 2010
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PUBLICATIONS
JEAN CLAIR et coll.
CRIME ET CHÂTIMENT
Gallimard/musée d’Orsay, 416 p., 476 ill., 49 €

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BERNARD OUDIN
LE CRIME (ENTRE HORREUR ET FASCINATION)
Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard », 128 p.,
150 documents, 14 €

L’exposition féconde, complexe, farouche, fascinante, réunit 476 pièces à conviction, les corps du délit, les objets-fétiches, les choses de maléfice et de séduction. L’exposition rassemble des témoignages (à charge et à décharge) du procès permanent des humains.

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“Une promenade au Louvre”, un article de Gilbert Lascault

JEAN GALARD
PROMENADES AU LOUVRE
EN COMPAGNIE D’ÉCRIVAINS, D’ARTISTES
ET DE CRITIQUES D’ART
Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1 232 p., 31 €

Chaque jour, le Louvre s’ouvre. Les foules s’approchent de la pyramide translucide. Elles s’engouffrent dans les escaliers, dans les salles. À certains moments, les visiteurs, épuisés, s’ennuient, traînent, souffrent. Plus souvent, ils apprennent à regarder les œuvres de près et de loin, en un lieu de jouissances et de sérénité.

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“Pourquoi Spinoza ?”, un article de Marc Lebiez

MAXIME ROVERE
EXISTER
MÉTHODES DE SPINOZA
CNRS Éditions, 384 p., 25 €

Spinoza occupe une position particulière parmi les métaphysiciens classiques. À la différence de Descartes, Leibniz ou Malebranche, auxquels ne s’intéressent vraiment que des professionnels de la philosophie, il attire aussi des lecteurs qu’on pourrait croire rebutés par la diff iculté de son écriture. Qu’y trouvent-ils et, d’abord, qu’y cherchent-ils ?

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“Repenser la démocratie”, un article de Christian Descamps

CORNÉLIUS CASTORIADIS
DÉMOCRATIE ET RELATIVISME
édition établie par Enrique Escobar, Myrto Gordicas
et Pascal Vernay, introduction par Jean-Louis Prat
Mille et Une Nuits, 142 p., 12 €

Avec une régularité digne d’éloge, l’édition française nous offre, chaque année, un nouvel ouvrage de Castoriadis, ce philosophe capitaldisparu en 197. L’an 2010 propose aux éditions Mille et Une Nuits,
Démocratie et relativisme, un débat de 1994 avec la revue du MAUSS (Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales), publié partiellement il y a quinze ans. Ici, l’animateur de Socialisme ou barbarie (1949- 1967) discute, pied à pied, avec Alain Caillé, Jacques Dewitte, Serge Latouche et Chantal Mouffe. Il s’agit de savoir comment les valeurs d’autonomie, de démocratie, ces créations historiques nées dans l’univers gréco-occidental, peuvent prendre et garder sens et force dans d’autres.

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“Comment je suis devenu linguiste”, un entretien avec Jean-Claude Chevalier, réalisé par Omar Merzoug

JEAN-CLAUDE CHEVALIER, avec PIERRE ENCREVÉ
COMBATS POUR LA LINGUISTIQUE
DE MARTINET À KRISTEVA
ENS éditions, 419 p., 44 €

Philologue, linguiste et grammairien, Jean-Claude Chevalier est l’auteur d’une thèse de doctorat sur la “Naissance de la notion de complément dans la grammaire française” (Droz, 1970). Il appartient à cette génération de philologues qui, à l’orée des années 1960, ont découvert la linguistique comme Moïse la Terre promise. Dans un entretien qu’il a bien voulu accorder à La Quinzaine littéraire, Jean-Claude Chevalier revient sur les étapes de son parcours et répond aux questions que pose l’irruption d’une science du langage qui a eu l’ambition de servir de modèle épistémologique aux sciences humaines.

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“Déferlante freudienne”, un article de Michel Plon

de SIGMUND FREUD
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L’INTERPRÉTATION DU RÊVE
trad. inédite et présentation par Jean-Pierre Lefebvre,
Seuil, 701 p., 25 €
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TOTEM ET TABOU
trad. inédite par Dominique Tassel présentation par Clotilde Leguil
Seuil, 309 p., 7 €
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LE MALAISE DANS LA CIVILISATION
trad. inédite par Bernard Lortholary présentation par Clotilde Leguil
Seuil, 185 p., 6,30 €
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LE MALAISE DANS LA CULTURE
trad. inédite par Dorian Astor, présentation par Pierre Pellegrin,
GF Flammarion, 218 p., 4,80 €
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ALAIN DE MIJOLLA
FREUD ET LA FRANCE (1885-1945),
PUF, 947 p., 49 €

Une nouvelle traduction française de “Die Traumdeutung”, ce livre qui fut longtemps un atelier plutôt qu’un livre, sorte de work in progress (cf. La Quinzaine littéraire n° 1009), voilà qui constitue, qui devrait constituer un événement, n’était le risque de son recouvrement par la sorte de déferlante éditoriale qui a commencé d’envahir le marché depuis l’aube de cette année 2010, date de l’entrée de l’oeuvre freudienne tout entière dans le domaine public.

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“François d’Assise dans son époque”, un article de Jean-Maurice Le Gal

ANDRÉ VAUCHEZ
FRANÇOIS D’ASSISE
ENTRE HISTOIRE ET MÉMOIRE
Fayard, 548 p., 16 p. d’ill. hors-texte, 28 €

Toutes les ressources du travail de l’historien sont ici mises en oeuvre, servies par une aisance d’écriture où l’érudition consommée de l’auteur se résout en connaissance familière d’un champ d’études à la fréquentation duquel il nous convie. L’histoire est en effet descriptive en tant qu’elle restitue les conditions d’un temps et les lieux d’une vie dans son cadre social, mais aussi, et conjointement, elle est narrative, s’attachant à suivre le fil d’une vie dans toute sa singularité pour en éclairer chacune des étapes significatives et également la portée, au sein de l’époque, puis dans les échos d’une longue postérité, des événements qui en ont marqué le cours.

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“Une Histoire de la musique sacrée”, un article de Bruno Moisan

DON LUIGI GARBINI
NOUVELLE HISTOIRE DE LA MUSIQUE
SACRÉE, DU CHANT SYNAGOGAL
À STOCKHAUSEN
trad. de l’italien par Pierre-Emmanuel Dauzat
Bayard, 592 p., 35 €

La lecture du livre de Don Luigi Garbini, sans atteindre le degré d’agitation d’une tempête sur le lac de Tibériade, n’en demeure pas moins un voyage quelque peu déroutant. Tout commence lorsqu’on ouvre le livre. Première de couverture
très esthétique. Un antiphonaire, artistiquement partagé en deux moitiés asymétriques, celle de gauche lumineuse, celle de droite progressivement assombrie en un élégant dégradé, est percé, en haut à droite, d’un cercle laissant apparaître
un ciel bleu moutonné de nuages. Là encore, il s’agit de montrer l’impureté, l’altération qui est finalement l’une des thèses du livre.

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“Univers parallèles, science ? fiction ?”, Jean-Michel Kantor

THOMAS LEPELTIER
UNIVERS PARALLÈLES
Seuil, coll. « Science ouverte », 288 p., 20 €

Croyez-vous à l’existence d’univers parallèles, d’autres univers que le nôtre, dont nous serions à jamais séparés ? De la science-fiction ? Pas seulement ! Thomas Lepeltier, historien et philosophe des sciences, nous montre que cette idée étrange a peu à peu acquis le statut d’une véritable hypothèse scientifique.

La Quinzaine n°1012, du 1er au 15 avril 2010

“Souvenirs en forme de nuages flottants”, un article de Norbert Czarny

PATRICK MODIANO
L’HORIZON
Gallimard, 176 p., 16,50 €

« Il était fatigué d’avoir marché si longtemps. Mais il éprouvait pour une fois un sentiment de sérénité, avec la certitude d’être revenu à l’endroit exact d’où il était parti un jour, à la même place, à la même heure et à la même saison, comme deux aiguilles se rejoignent sur le cadran quand il est minuit. » Ces quelques lignes qu’on lira dans les dernières pages de L’Horizon donnent une idée de ce qui fait la nouveauté du roman de Modiano : le bonheur semble possible.

“La passion d’Anastassia”, un article de Jacques Fessard

JUAN CARLOS MONDRAGON
PASSION ET OUBLI D’ANASTASSIA LIZAVETTA
trad. de l’espagnol (Uruguay) par Gabriel Iaculli
Seuil, 251 p., 21 €

L’orthographe espagnole, on le sait, n’admet pas le redoublement du “s” ni du “t”. Les deux prénoms accolés de la belle Uruguayenne Anastassia Lizavetta ne contreviennent à cette règle que parce qu’ils lui ont été imposés par un père admirateur de Dostoïevski, dont il a beaucoup lu – à sa manière – Les Démons (ou Les Possédés), et qui ne le cède en rien aux pires personnages du grand Russe puisque c’est un ivrogne qui viole sa fille à peine pubère, avant de disparaître.Mais le lecteur de cet étonnant roman de Juan Carlos Mondragon ne saura tout cela que beaucoup plus tard, bien après que l’acte fatal, qui répond peut-être à cet abus, aura été accompli.

“Du centre vers une périphérie lointaine”, un article d’Agnès Vaquin

SOAZIG AARON
LA SENTINELLE TRANQUILLE SOUS LA LUNE
Gallimard, 294 p., 18,90 €

Ainsi Soazig Aaron nous a fait attendre huit ans son deuxième roman. Cette « sentinelle tranquille sous la lune », il y est fait mystérieusement allusion au moins cinq fois au fil du texte, la lune étant toujours ensuite qualifiée de « paisible ». On n’en saura pas plus avant les toutes dernières pages.Faire attendre, c’est un art et, Soazig Aaron, c’est un art qu’elle pratique avec virtuosité.

“Un abîme dans chaque chambre”, un article de Norbert Czarny

PETER STAMM
SEPT ANS
trad. de l’allemand par Nicole Roethel
Christian Bourgois, 380 p., 18 €

Statique au milieu d’une galerie de peinture, une femme est là, au tout début de “Sept ans”, le nouveau roman de Peter Stamm.  Sonia est l’épouse d’Alex, le narrateur personnage qui la contemple. Près de lui, Sophie, leur fille, qui admire sa mère, si absente et si belle. La scène se déroule de nos jours, au terme d’un trajet commun que nous découvrirons à travers ces pages, au fil des événements qui ont ponctué ces vingt ans d’histoire.

“Dérivant dans le temps”, un article de Liliane Kerjan

JOSEPH COULSON
LE BLUES DES GRANDS LACS
Of Song andWater
trad. de l’anglais (États-Unis) par Judith Rose
Sabine Wespieser, 388 p., 24 €

L’éditeur Sabine Wespieser poursuit la régate avec Joseph Coulson, dont elle a publié un premier roman, “Le Déclin de la lune”, en 2005. De l’étui d’une guitare à la coque d’un bateau, tout passe dans un récit modulé qui explore son thème pour mieux l’abandonner dans des arrangements inspirés. Un chant moderne, discret sous les balises de Virgile et Melville, un beau roman d’atmosphère.

“Comment continuer de vivre ici ?”, un article de Natacha Andriamirado

CORINNE D’ALMEIDA
ANTIBES
Gallimard, 288 p., 17,50 €

Un couteau et un gant de toilette. Tels sont les objets quotidiens de la narratrice, aide-soignante auprès d’une vieille femme qui habite dans un quartier « plus beau que laid » et où « rien n’y risque rien ».

“Dans l’Autriche au bord du précipice”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

JEAN AMÉRY
LES NAUFRAGÉS
trad. de l’allemand par Sacha Zilberfarb
Actes Sud, 270 p., 21 €

“Les Naufragés” est le seul roman, resté inédit jusqu’à aujourd’hui, qu’ait écrit Jean Améry, lequel est surtout connu pour ses essais comme “Par-delà le crime et le châtiment – Essai pour surmonter l’insurmontable”, Actes Sud, 1995 (édition originale 1966) ou “Porter la main sur soi – Du suicide”, Actes Sud, 1999.

“If you want, remember, if you want, forget”, un article de Gabrielle Napoli

ERN˝O SZÉP
L’ODEUR HUMAINE
Cambourakis, 182 p., 20 €

C’est la première fois que le lecteur français a accès au bouleversant texte d’Ern˝o Szép, “L’Odeur humaine”, qui retrace l’expérience de l’écrivain hongrois, Juif de Budapest, en 1944, alors que les Juifs hongrois sont massivement livrés aux Allemands, à l’approche des troupes russes. Auteur populaire budapestois, journaliste, il subira comme tant d’autres les lois anti-juives qui l’obligeront à quitter sa bien-aimée île Marguerite pour aller vivre dans le ghetto, dans un immeuble étoilé. Rescapé, il publiera ce récit à la fin de la guerre, mais se retirera de la vie littéraire lors de l’arrivée au pouvoir des communistes en 1948.

“Rire ou pleurer ?”, un article de Norbert Czarny

JEAN-CLAUDE GRUMBERG
PLEURNICHARD
Seuil, coll. « Bibliothèque du XXIe siècle », 254 p., 16 €

Pleurnichard est le double de Jean-Claude Grumberg. C’est l’enfant qu’il était et n’a pas cessé d’être par certains côtés. On le rencontrait dans “Mon père”, inventaire, récit façonné ou rapiécé comme un vêtement par le mauvais petit tailleur qu’a été Grumberg, excellent conteur au contraire. La voix du conteur séduit de nouveau dans ce récit.

“Un art d’aimer”, un article de Marie Etienne

BERNARD NOËL
LES PLUMES D’ÉROS,OEUVRES 1
P.O.L, 435 p., 26 €

Ce premier volume des oeuvres de Bernard Noël rassemble ses textes érotiques (proses narratives, théoriques ou poésies), à l’exception du “Château de Cène”. On n’ignore pas l’importance et la place qu’occupe ce sujet dans ses livres et probablement dans sa vie. Nous voici donc invités à méditer avec lui sur un genre qui conserve une place de choix dans la littérature.

“L’atelier de Lucian Freud”, un article de Georges Raillard

EXPOSITION “LUCIAN FREUD, L’ATELIER” au Centre Georges-Pompidou jusqu’au 19 juillet / PUBLICATIONS “LE CATALOGUE DE L’EXPOSITION”, introduction de Cécile Debray, 248 p., avec photos, oeuvres, documents et analyses dues notamment à Éric Darragon, Jean Clair et Philippe Comar et “LUCIAN FREUD LE CORPS ET L’HORIZON” de DANIEL KLÉBANER Éditions Ides et Calendes, Neuchâtel, 92 p., avec ill.

Voici, on s’en félicite, une deuxième exposition de Lucian Freud à Beaubourg. L’artiste anglais, célébrissime, né en 1922, est le petit-fils de l’inventeur de la psychanalyse, mort en 1939 à Londres. Dès cette année Lucian Freud dessine des portraits. En 1941 il a sa première exposition individuelle. Sa reconnaissance officielle en France est bien plus tardive que celle de Bacon. Elle date de 1987. Elle est due à l’attention de Jean Clair. Il publie Lucian Freud Le nu en peinture paru dans la “Nouvelle Revue de Psychanalyse”, l’année de l’exposition au musée d’Art moderne.

“1946 : la Libération, la liberté étrange des créateurs”, un article de Gilbert Lascault

LAURENCE BERTRAND DORLÉAC
APRÈS LA GUERRE
Gallimard, coll. « Art et Artistes », 176 p., 38 ill. n et b, 25 €

Avec des recherches précises et méthodiques, l’historienne de l’art Laurence Bertrand Dorléac étudie de très près les peintures des artistes qui vivent (tant bien que mal) et créent en France en 1946, après la guerre, après l’occupation allemande, après les destructions, après les malheurs du pays, après l’État français de Vichy.

“Que reste-t-il d’Empédocle ?”, un article de Jean Lacoste

PETER KINGSLEY
EMPÉDOCLE ET LA TRADITION PYTHAGORICIENNE
trad. de l’anglais par Grégoire Lacaze
Les Belles Lettres, coll. « Vérité des mythes », 500 p., 35 €

ÉDITH DE LA HÉRONNIÈRE
LE LABYRINTHE DE JARDIN OU L’ART DE L’ÉGAREMENT
Klincksieck, coll. « L’esprit des formes », 153 p., 17 €

… Quelques fragments obscurs de deux poèmes, et une poignée de légendes, dont celle, fameuse, selon laquelle il se serait jeté dans l’Etna, ne laissant sur le bord du cratère qu’une « sandale de bronze ». Pourtant ce penseur dit « présocratique » du Ve siècle avant notre ère ouvre le « roman familial » de la philosophie occidentale, le récit fabuleux de sa naissance glorieuse, sur les rives de la Méditerranée.

“Le dernier cahier de Pierre Naville”, un article de Jean-Jacques Marie

PIERRE NAVILLE
LA PASSION DE L’AVENIR.
LE DERNIER CAHIER (1988-1993)
Présenté par Michel Burnier, Véronique Nahoum-Grappe, Roberto Massari, Maurice Nadeau, Alain Cuenot / Maurice Nadeau, 230 p., 20 €

Pierre Naville a écrit ce journal, précisent Michel Burnier et Véronique Nahoum-Grappe dans leur présentation, « les cinq dernières années de sa vie et l’ar rête quelques semaines avant de mourir » en mars 1993. Il l’a alors glissé entre deux gros livres d’art, ces livres que l’on range avec d’autant plus de soin qu’on ne les regarde à peu près jamais. Véronique Nahoum-Grappe le dénichera dix ans plus tard. C’est ce document qu’elle et Michel Burnier éditent aujourd’hui avec Maurice Nadeau, qui, dans une postface, souligne le caractère « bien singulier » de ce journal, avare en effet en épanchements subjectifs.

“Donner à tous les mêmes chances”, un article de Nick Vanston

AMARTYA SEN
L’IDÉE DE JUSTICE
Flammarion, 488 p., 25 €

La quête universelle de justice naît du sentiment aigu des injustices subies ou redoutées. Pourtant, ce qui constitue une injustice, ou avec quelle intensité elle appelle la vengeance du ciel, sont des sujets sur lesquels les opinions peuvent légitimement différer, y compris entre gens raisonnables partageant une même culture. Dès lors, la recherche d’un système de justice sur lequel chacun puisse s’accorder, avec plus ou moins d’enthousiasme, est un casse-tête philosophique autant que politique ou juridique.

“Guettés par la fiction”, un article de Pierre Pachet

GUY WALTERS
LA TRAQUE DU MAL
Hunting Evil
trad. de l’anglais par Christophe Magny et Jean-Pierre Ricard
Flammarion, coll. « Au fil de l’histoire », 528 p., 16 p. de photos hors-texte

Personnages de cette enquête visiblement scrupuleuse menée dans les archives et sur le terrain par un ancien journaliste du Times de Londres : d’abord les criminels nazis que les Alliés s’étaient promis de traduire devant des tribunaux (mais lesquels ? internationaux, ou ceux des pays où les crimes furent commis ?), ceux qui avaient échappé à l’arrestation lors de la victoire, soit par la mort (Hitler, Goebbels), soit en se cachant, soit en fuyant l’Allemagne occupée : Martin Bormann le second de Hitler, Adolf Eichmann l’organisateur du génocide des Juifs, le docteur Josef Mengele qui sélectionnait sur la rampe d’arrivée à Auschwitz, Franz Stangl qui commanda le camp de Treblinka, bien d’autres encore à mesure que leur rôle fut mieux connu (qui avait entendu parler d’Eichmann en 1945 ?)…

“Le nouveau « Nouveau XXIe siècle »”, un article de Laurence Zordan

JOSEPH E. STIGLITZ
LE TRIOMPHE DE LA CUPIDITÉ
Éditions Les Liens qui Libèrent, 474 p., 23 €

Redondance du « nouveau », qui semble encore plus inattendu que ce qui était sans précédent, afin de penser le radicalement inédit : la crise économique d’ampleur mondiale, cataclysme de la finance, mise à mal des théories monétaristes. Véritable surenchère pour porter un regard neuf sur un bouleversement abondamment commenté, avec une effervescence éditoriale qui tient du surgissement continuel. L’ouvrage du prix Nobel américain s’inscrit dans cette ébullition théorique. Son originalité tient au fil conducteur choisi et au statut de l’auteur qui, avant même 2007, au forum de Davos, avait prédit la survenue de graves problèmes. Dès lors, l’enjeu est sans doute moins de tirer les leçons qui s’imposent que de s’imposer comme donneur de leçons. Et si donner le « la » en matière de commentaire sur la crise contribuait à l’influence dont jouit un pays pour maîtriser la sortie de crise ?

“Nora d’hier et d’aujourd’hui’, un article de Monique Le Roux

HENRIK IBSEN
MAISON DE POUPÉE
Mise en scène de Michel Fau
Théâtre de la Madeleine  Jusqu’au 30 juin

UNE MAISON DE POUPÉE
Mise en scène de Jean-Louis Martinelli
Théâtre de Nanterre-Amandiers Jusqu’au 17 avril

La pièce la plus célèbre d’Ibsen, “Maison de poupée” ou “Une maison de poupée”, est jouée cette saison sur cinq scènes différentes de l’Île-de-France. Elle est actuellement montée à la Madeleine par Michel Fau et aux Amandiers de Nanterre par le directeur, Jean-Louis Martinelli : deux spectacles opposés, que seul rapproche le choix, pour le rôle de la protagoniste, d’une actrice très connue ailleurs qu’au théâtre, Audrey Tautou et Marina Foïs.

“Le cinéma dans le Haut-Pays”, un article de Lucien Logette

FESTIVAL INTERNATIONAL
DE FILMS DE FRIBOURG 13 au 20 mars 2010
BRILLANTE MENDOZA
LOLA (sortie le 5 mai)
JUAN JOSÉ CAMPANELLA
DANS SES YEUX (sortie le 21 avril)

On ne peut pas voyager toujours avec Cingria. La précieuse collection « Poche Suisse » des éditions L’Âge d’Homme propose d’autres perles
d’une eau pas moins cristalline, dignes de servir de viatique pour notre expédition annuelle sur les rives de la Sarine, en cette Fribourg dont le nom complet serait, wikipedia dixit, Fribourg en Nuithonie. Peu usité, précise l’encyclopédie moderne, à ranger donc parmi les terres improbables, entre la Novempopulanie de Gracq et la Septimanie de Larbaud. Plutôt qu’un écrivain des plateaux, Ramuz ou Gustave Roud, à la lecture essoufflante, c’est Pierre Girard, promeneur du bord du lac, qui nous a ouvert le chemin. Pourquoi Girard ?

“La compréhension musicale”, un article de Thierry Laisney

SANDRINE DARSEL
DE LA MUSIQUE AUX ÉMOTIONS
Une exploration philosophique
Presses universitaires de Rennes, 283 p., 15 €

Imaginez qu’au journal de 20 h on vous annonce que la Joconde a été volée ; vous comprendriez sans peine ce qui s’est passé. Imaginez maintenant une nouvelle de ce genre : « des individus se sont emparés de la Septième Symphonie de Beethoven » ; l’annonce vous laisserait sans doute plus perplexe. Qu’est-ce que peut bien être une œuvre musicale ? Si la partition et l’exécution sont deux objets physiques, ce n’est pas le cas de l’œuvre elle-même.

Dans les catacombes, dans les églises

Un article de Gilbert Lascault

GÉRARD-HENRY BAUDRY
LES SYMBOLES DU CHRISTIANISME ANCIEN (Ier-VIIe S.)
Cerf/Novalis, 240 p., nb. ill., 44 €

Aux premiers siècles du Christianisme (Ier-VIIe siècles), dans les catacombes et dans les églises, les fresques, les mosaïques, les sculptures des sarcophages, les vases proposent aux f idèles les images des réalités évidentes et signif icatives : le navire, le port et le phare, le bâton, la faucille, le soleil, la lune, les étoiles, la montagne, la vigne, le palmier et les palmes, la colombe, le paon, l’aigle, l’agneau, le lion, le cerf, le poisson, la baleine, le miel, le vin, le lait, l’huile… Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine n°1007

Umberto Eco ou “les délires des listes, l’ardeur des inventaires”

Un article de Gilbert Lascault

UMBERTO ECO
VERTIGE DE LA LISTE
trad. de l’italien par Myriem Bouzaher
Flammarion, 408 p., nb. ill. coul., 39 €

Dans le livre inépuisable et allègre d’Umberto Eco, l’imagination des écrivains et des peintres multiplie les listes des mots, des choses et des lieux. Leur divagation agile et libre déploie l’ivresse des accumulations, les cohues, les débordements divers et contrôlés. Elle choisit souvent le triomphe du Nombre. Et elle aime aussi les « et cætera ».

Notre pensée et nos rêves jouissent des énumérations chaotiques, des catalogues insensés, des bordereaux déraisonnables, des inventaires aberrants, des répertoires absurdes, des index extravagants, des suites embrouillées, des catalogues immodérés, des thésaurus fantasques, des encyclopédies incohérentes, des galeries égarées, des bibliothèques impensables, des archives excessives, des répertoires enragés. En un dérèglement raisonné, en une méthode équivoque, notre pensée envoûtée classe sans cesse ; elle range ; elle trie ; elle groupe ; mais, simultanément, elle déclasse ; elle dérange ; elle déplace ; elle trouble… … Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine n°1006

La Quinzaine n°1005, du 16 au 31 décembre 2009

“Les fruits passeront les promesses des fleurs”, un article de Jean-Jacques Marie

JEAN JAURÈS
OEUVRES, TOME 1
Les années de jeunesse (1859-1889)
édition établie par Madeleine Rebérioux et Gilles Candar
Fayard, 660 p., 32 €

Un petit homme d’affaires français a dit un jour « Si l’on n’est pas gauchiste à vingt ans c’est que l’on n’a pas de coeur, si on l’est à quarante c’est qu’on n’a pas de tête ». Au vrai nombre d’intellectuels qui veulent changer le monde à vingt ans s’y trouvent fort bien à quarante et le défendent becs et ongles à quarante-cinq. La glissade s’effectue lentement ou précipitamment, mais toujours sûrement.

“Manganelli en Afrique”, un article de Monique Bacceli

GIORGIO MANGANELLI
VOYAGE EN AFRIQUE
trad. par Dominique Férault
Le Promeneur, 72 p., 13,90 €

Rendu célèbre, non sans raisons, par son essai, La Littérature comme mensonge, apprécié par un lectorat exigeant pour ses romans/ traités tels que “Centurie” ou “Aux dieux ultérieurs”, Giorgio Manganelli (1922-1990) est moins connu comme auteur de récits de voyages.

“Sans escales”, un article de Marie Tournier-Cardinal

CATHERINE MAVRIKAKIS
LE CIEL DE BAY CITY
Sabine Wespieser, 294 p., 21 €

Motif du livre de Catherine Mavrikakis, au sens où Matisse l’entend – à la fois forme et fond, le ciel de Bay City, bourgade perdue dans l’État du Michigan, est, matière glaise dans les mains de son auteur, tour à tour, toile abstraite où poser son regard, champ d’aviation et de résurrection, et prénom de l’enfant à naître. Violet toujours. Mauve parfois. Y sue le noir de l’univers. Y flottent les poussières des assassinés de la Shoah.

“L’univers de Juan José Saer”, un article de Jacques Fressard

JUAN JOSÉ SAER
LE TOUR COMPLET
La vuelta completa
trad. de l’espagnol (Argentine) par Philippe Bataillon
Le Seuil, 330 p., 22,50 €

Voici enfin traduit en français le tout premier roman de Juan José Saer, et c’est un événement pour tous ceux qui chez nous ont été conquis par son oeuvre extrêmement cohérente, tout à fait singulière dans le panorama de la littérature latino-américaine moderne.

“L’innocence”, un article de Hugo Pradelle

JAYNE ANNE PHILLIPS
LARK ET TERMITE
Lark and Termite
trad. de l’anglais (États-Unis) par Marc Amfreville
Christian Bourgois, 432 p., 26 €

Un roman lumineux sur les secrets et les liens familiaux, mais aussi une réflexion profonde sur l’innocence et sur la figure de l’idiot. Une entreprise formelle profondément intelligente.

“Une partie de solitaire”, un article de Liliane Kerjan

MARILYNNE ROBINSON
CHEZ NOUS
Home
trad. de l’anglais (États-Unis) par Simon Baril
Actes Sud, 446 p., 23 €

Voici un livre rare, longuement mûri, superbement écrit, qui prolonge le précédent roman “Gilead” (2004) et la fable du fils prodigue en forme de gueule de bois, un livre d’émotions fortes et de quête spirituelle où Marilynne Robinson rejoint les grands romanciers anglais du XVIIIe siècle par sa maîtrise de l’ambiguïté incandescente qui règne au refuge de la maison familiale, la maison d’un pasteur presbytérien.

“Joris-Karl Huysmans sans tabou”, un article Daniel Grojnowski

JEAN-MARIE SEILLAN
J.-K. HUYSMANS, POLITIQUE ET RELIGION
Garnier, 440 p., 68 €

J.-K. HUYSMANS
LES MYSTÈRES DE PARIS
édition présentée par Philippe Barascud
Manucius, 130 p., 10 €

J.-K. HUYSMANS – CÉCILE BRUYÈRE
CORRESPONDANCE 1896-1903
édition établie par Philippe Barascud
Éd. du Sandre, 170 p., 19 €

J.-K. Huysmans et les genres littéraires
La Licorne, n° 90, 450 p., 20,90 €

Aux côtés d’Octave Mirbeau (« celui qui supplicie ») ou d’Édouard Drumont (« celui qui ne parle pas librement »), Alfred Jarry avait inscrit dans “l’Almanach du Père Ubu” (1899) : « Huysmans : celui qui digère par la trappe ». Tel apparaissait le converti, tout au long de ses deux dernières décennies. Naguère encore, peu de temps après qu’on eut célébré le centenaire de sa disparition, la Société de ses Amis les invitait à une Assemblée générale à laquelle participaient les moniales de Sainte-Cécile, rendezvous étant fixé devant l’abbaye Saint-Pierre, avec un alléchant programme de vêpres, de restauration et de lectures édifiantes (16 mai 2009, journée d’études de Solesmes).

Ingeborg Bachmann : « aujourd’hui encore un grand nombre d’êtres humains ne meurent pas mais sont assassinés », un article de Laurent Margantin

INGEBORG BACHMANN
OEUVRES
trad. de l’allemand
Actes Sud, coll. « Thesaurus », 746 p., 29,80 €

Le présent volume rassemble les oeuvres en prose d’Ingeborg Bachmann, excepté le récit Malina, publié il y a quelques années chez un autre éditeur dans une traduction de Philippe Jaccottet.

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“La vision primitive de Lam”, un article de Georges Raillard

LAM
Texte de Jacques Leenhardt
richement illustré
HC Édition, 320 p., 50 €

Breton, dans le sillage d’une déesse guinéenne du musée de l’Homme, exalte « l’oeil moderne embrassant peu à peu la diversité sans fin des objets d’origine dite “sauvage” et leur somptueux déploiement sur le plan lyrique prit conscience des ressources incomparables de la vision primitive et s’éprit (jusqu’à vouloir par impossible la faire sienne) de cette vision ».

“Un inédit d’Ernest Renan”, un article de Jean-Claude Chevalier

ERNEST RENAN
HISTOIRE DE L’ÉTUDE DE LA LANGUE GRECQUE DANS L’OCCIDENT DE L’EUROPE DEPUIS LA FIN DU Ve SIÈCLE
JUSQU’À CELLE DU XIVe
Texte introduit et édité par Perrine Simon-Nahum, textes latins et grecs revus et traduits par Jean-Christophe de Nadaï
Cerf, coll. « Patrimoines-Histoire des religions »,
790 p., 69 €

La publication de ce manuscrit inédit est étonnante : par la taille – cinq gros cahiers ! –, par la dramaturgie de la mise en scène (les aventures de l’exercice du grec depuis l’Antiquité), par la richesse de l’érudition, par l’ambition du projet ; mais surtout par le nom de l’auteur : Ernest Renan, alors âgé de vingt-cinq ans. L’ouvrage avait été couronné par l’Institut en 1848, conservé dans les archives et – surprise ! – jamais publié.

“Hobbes et ses conceptions de la liberté”, un article de Christophe Miqueu

QUENTIN SKINNER
HOBBES ET LA CONCEPTION RÉPUBLICAINE DE LA LIBERTÉ
Albin Michel, 239 p., 25 €

Quentin Skinner est probablement le plus important des historiens des idées politiques actuellement vivant, et pourtant, son audience en France ne dépasse guère le champ de quelques spécialistes de philosophie, histoire et sciences politiques. Son dernier ouvrage traduit en français pourrait probablement amener les lecteurs francophones à apprendre un peu plus à connaître celui qui a remis l’historique tradition républicaine au goût du jour.

“Toutes sortes de chambres”, un article de Anne-Marie Sohn

MICHELLE PERROT
HISTOIRE DE CHAMBRES
Le Seuil, coll. « La Librairie du XXIe siècle »,
445 p., 22 €

Cet ouvrage est inattendu au regard des travaux antérieurs de Michelle Perrot. À cheval entre essai et histoire, il doit beaucoup à la sensibilité de l’auteur. « Mes expériences de chambre irriguent ce récit », écritelle d’emblée : souvenirs de sieste et de maladie, plaisir de la chambre d’hôtel, ou « trouble ressenti à l’entrée dans la chambre avec l’être aimé ».

“Une saga dramatique”, un article de Jean-Jacques Marie

OWEN MATTHEWS
LES ENFANTS DE STALINE
trad. de l’anglais par Karine Reignier
Belfond, 400 p., 22 €

“Les Enfants de Staline” semble relever au premier regard de la saga familiale traditionnelle : il s’ouvre sur la biographie politique d’un militant puis cadre communiste soviétique Boris Bibikov qui porte sur ses épaules la construction à rythme forcé d’une usine de tracteurs à Kharkov au début de la collectivisation. Owen Matthews évoque avec beaucoup de pittoresque l’activisme débridé de ce Bibikov pour convaincre les ouvriers frais émoulus de la campagne de construire cette usine quasiment à mains nues. On peut certes s’étonner quand on lit « Les ouvriers alignaient chaque soir leurs godasses d’étoupe au pied des baraques pour les faire sécher au soleil » (p. 47). Le soir ? Or même Staline n’arrivait pas à faire briller le soleil pendant la nuit, mais sans doute Owen Matthews se laisse-t-il là gagner par l’enthousiasme de son grand-père.

“À Vienne, le diable vous emporte tardivement, car la mort le devance”, un article de Jean-Luc Tiesset

GÜNTER BRUS
VIENNE ET MOI
Das gute alte Wien
trad. de l’allemand par Jacques Lajarrige, avec des illustrations de l’auteur
Éd. Absalon, 188 p., 18,50 €

Il y a des peintres qui écrivent, ou des écrivains qui peignent. La musique, parfois, accompagne cette joyeuse réunion de muses sous un même crâne, dans un même cœur, dans une même main. L’Autrichien Günter Brus, comme d’autres, est victime du préjugé qui n’admet pas que plusieurs fées aient déposé leurs dons dans le même berceau…

“Fin d’automne avec le tg STAN”, un article de Monique Le Roux

ARTHUR SCHNITZLER
LE CHEMIN SOLITAIRE
Spectacle de la compagnie tg STAN, Théâtre de la Bastille, jusqu’au 17 décembre

IMPROMPTU XL
Spectacle de la compagnie tg STAN, Théâtre de la Bastille, le 19 décembre de midi à minuit

Avec Le Chemin solitaire, spectacle de la compagnie tg STAN présenté au Théâtre de la Bastille, s’achève le Festival d’Automne à Paris. Par une sorte d’ironie tragique ou de hasard objectif, la belle et sombre pièce d’Arthur Schnitzler entre en résonance avec la f in de cette manifestation marquée, moins d’un mois après son ouverture, par la mort subite de son directeur Alain Crombecque.

La Quinzaine n°1004, du 1er au 15 décembre 2009

“Sagan : une désinvolture bouleversante”, un article de Claire Richard

FRANÇOISE SAGAN
DES BLEUS À L’ÂME
Stock, 176 p., 16,50 €
TOXIQUE
illustrations de Bernard Buffet
Stock, 72 p., 15 €
DES YEUX DE SOIE
Stock, 193 p., 16,50 €

Dites « Sagan » et les mêmes images surgissent. Le « charmant petit monstre » de Mauriac, « la petite musique », les voitures de sport conduites pieds nus, le whisky, Deauville et les boîtes de nuit, une façon de parler et des cigarettes. Une citation aussi : « Sur ce sentiment inconnu, dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse. » Dans ce fatras, où est passé l’écrivain ? Les textes inédits de Sagan invitent à redéfinir ce que serait « Sagan ».

“L’apaisement”, un article de Hugo Pradelle

RICHARD BAUSCH
PAIX
Peace
trad. de l’anglais (États-Unis) par Jamila Ouahmane-Chauvin
Gallimard, 176 p., 17,50 €
L’HOMME QUI A CONNU BELLE STARR et AUTRES NOUVELLES
The Stories of Richard Bausch
trad. de l’anglais (États-Unis) par Jamila Ouahmane-Chauvin et Serge Chauvin
Gallimard, 444 p., 26 €

Le roman de l’Amérique semble ne pas avoir de fin. Les auteurs reprennent sans cesse, ajoutant leur pierre à l’édifice, sa brève histoire pour en extraire l’essence à la fois violente et paradoxalement innocente. Comme une aventure à chaque livre renouvelée, sempiternellement réinvestie, celle de l’ineffable. Le récit de guerre qui sublime la bataille ou explore les tréfonds de consciences bouleversées par la violence,
anéanties ou revigorées par la peur et le danger, fait se jouer l’ordre même de la nation et de l’individu, la cohésion et le sentiment d’une
identité qui échappe, et que seules des mythologies modernes parviennent vaille que vaille à maintenir…

“Je suis le secret”, un article de Norbert Czarny

A. M. HOMES
LE SENS DE LA FAMILLE
trad. de l’américain par Yoann Gentric
Actes Sud, 240 p., 19,80 €

Cela commence dans le salon des Homes, les parents adoptifs de A. M. Homes, romancière de trente et un ans alors. L’avocat qui s’était chargé de leur conf ier la petite f ille à la naissance leur a appris que quelqu’un cherchait A. M. Alors débute une histoire d’une rare intensité, racontée en un présent haletant.

“Éloge de la fuite”, un article de Vanessa Aubert

SHMUEL T. MEYER
LES VILLES N’ONT PAS DE TOIT
Gallimard, 222 p., 18

Le Périmètre de l’Étoile a été publié en 2008 aux éditions Gallimard. Un an plus tard, Shmuel T. Meyer renoue avec l’art minutieux et ambitieux qu’est la nouvelle avec Les villes n’ont pas de toit. Au carrefour du destin d’hommes et de femmes, à la fois spectateur et observateur, il explore dans de multiples huis clos les f igures du déracinement. Une communauté de destins mise au jour ici et ailleurs par une écriture de l’intime et du sensible.

“Écrire et aimer”, un article de Christian Mouze

JEAN ROUNAULT
MON AMI VASSIA
SOUVENIRS DU DONETZ
Préface de Gabriel Marcel (1949) Postface de Jean-Louis Panné
Dossier établi par Anne-Marie Biemel-Montarnal et Jean-Louis Panné
Le Bruit du Temps, 478 p., 24 €

Voici un récit écrit en chapitres courts, chacun représentant une scène emblématique qu’on peut prendre comme accusation d’un état de choses. Mais ce n’est pas cela qui résulte au f inal de la lecture. Autre chose de plus fort et de plus beau.

“Une place et une histoire”, un article de Norbert Czarny

TAMAR BERGER
PLACE DIZENGOFF
trad. de l’hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech
Actes Sud, 340 p., 23 €

Pendant de nombreuses années, la place Dizengoff et la rue qui la prolongeait ont été à Tel-Aviv ce que Saint-Germain-des-Prés sont à Paris : un carrefour de l’intelligence et des élégances, le lieu où il fallait être vu. Les années quatre-vingt et la vogue des galeries commerciales ont mis fin à cette célébrité. Le livre de Tamar Berger revient sur l’histoire de cette place, longtemps avant…

“Dédale”, un article de Hugo Pradelle

ROBERTO BOLAÑO et A. G. PORTA
CONSEILS D’UN DISCIPLE DE MORRISON À UN FANATIQUE DE JOYCE
suivi de JOURNAL DE BAR
Consejos de un discípulo de Morrison a un fanático de Joyce seguido de Diario de bar
trad. de l’espagnol par Robert Amutio
Christian Bourgois, 224 p., 18 €

Écrit à quatre mains, le premier roman de Roberto Bolaño (1953-2003) est, sous couvert de pastiche, un livre profond qui préfigure les obsessions qui nourriront les œuvres à venir. Une lecture sous forme d’archéologie, émouvante, drôle et perturbante.

“La beauté est souvent un parfum”, un article de Gilbert Lascault

100 000 ANS DE BEAUTÉ
Collectif sous la direction d’Élisabeth Azoulay
Gallimard, 5 volumes, 1 300 p., env. 600 ill. coul., 150 €

En de longs millénaires (le plus souvent pénibles et rudes), par l’intelligence et l’imagination des humains et pour les rendre moins malheureux, la beauté s’invente, se métamorphose, se déplace ; elle modifie les espaces, les corps, les sensualités nouvelles, les peaux imprévisibles.

“La logique implacable des couleurs du blason”, un article de Gilbert Lascault

MICHEL PASTOUREAU
L’ART HÉRALDIQUE AU MOYEN ÂGE
Seuil, 240 p., 136 ill. coul., 42 €

Historien subtil et exigeant, spécialiste des couleurs, des images et des emblèmes, Michel Pastoureau enseigne depuis vingt-sept ans à l’École pratique des hautes études en sciences sociales. Il occupe la chaire d’histoire de la symbolique occidentale. Il a publié une trentaine d’ouvrages souvent admirés et traduits dans une vingtaine de langues. Il étudie en particulier l’histoire des couleurs : les « tissus rayés » (1991, 1994), le bleu (2000), le noir (2008). Il analyse aussi les bestiaires, par exemple l’ours (2007).

“L’art de l’Histoire”, un article d’Odile Hunoult

PAUL LOUIS ROSSI
VIES D’ALBRECHT ALTDORFER,
PEINTRE MYSTÉRIEUX DU DANUBE
Bayard. 192 p., 20,50 €

En 1529 Albrecht Altdorfer peint la Bataille d’Alexandre à Issos, considérée comme son œuvre maîtresse, que l’Alexandre des temps modernes, Napoléon, se sentant peut-être concerné, rapporte à Saint-Cloud en prise de guerre. Une reproduction figure en exergue des Vies d’Albrecht Altdorfer. On ne distingue qu’une masse emportée dans un tourbillon rouge et or sous le ciel d’orage, bleu et noir – il faut une loupe pour voir Alexandre sur Bucéphale à la poursuite de Darius dans la foule qui s’entre-tue.

“Une école entièrement nouvelle”, un article de Jean-Claude Chevalier

L’École normale de l’an III (tome 4)
Leçons d’analyse de l’entendement, art de la parole, littérature, morale. Garat, Sicard,
La Harpe, Bernardin de Saint-Pierre sous la direction de Jean Dhombres et Béatrice Didier
Éd. ENS rue d’Ulm, 714 p., 55 €

Par un étrange paradoxe, une révolution qui s’était nourrie de philosophes grands réformateurs de l’éducation, de Jean-Jacques, des savants de l’Encyclopédie, comme d’Alembert, auteur du célèbre article « Collège », cette révolution donc avait vidé écoles et collèges. La raison était simple : l’enseignement du temps de la royauté était tenu principalement par des ecclésiastiques que la Terreur avait exilés ou réduits au silence.

“Jacques Rancière ou la puissance vivifiante de la contradiction“, un article de Patrick Cingolani

JACQUES RANCIÈRE
MOMENTS POLITIQUES
La Fabrique, 240 p., 15 €

Depuis la réédition du recueil Au bord du politique, en 1998, les éditions La Fabrique accompagnent fidèlement le travail de Jacques Rancière. Elles ont publié Le Partage du sensible en 2000, Le Destin des images en 2003, La Haine de la démocratie en 2005, la réédition de la Parole ouvrière en 2007, Le Spectateur émancipé en 2008. Cette année après L’Interruption de C. Ruby, livre dont l’objet est «Jacques Rancière et la politique », elles ont tout récemment publié de Jacques Rancière lui- même Moments politiques – interventions 1977-2009. Le livre rassemble selon l’idée et le choix de l’éditeur des articles dont la parution s’étale sur près de trente ans ; il cherche, dit Rancière, à « rendre sensible les ruptures que les inventions égalitaires opèrent dans le tissu de la domination ». D’autre part paraît un fort volume d’entretiens qui nous permet de mesurer l’apport de cette pensée du dissensus.

“Gaza : des victimes sans voix”, un article de Sonia Dayan-Herzbrun

REPORTERS SANS FRONTIÈRES
GAZA, LE LIVRE NOIR
Avant-propos de Jean-François Julliard Préfaces de Camille Mansour et Gideon Levy
La Découverte, 268 p., 17 €
ESTHER BENBASSA
ÊTRE JUIF APRÈS GAZA
CNRS Éditions, 74 p., 4 €

Dans les conclusions du rapport que le juge Richard Goldstone a rédigé à la demande de l’ONU en vue d’établir les faits après l’offensive
menée par l’armée israélienne contre Gaza, en décembre 2008 et en janvier 2009, f igure la phrase suivante : « Comme c’est le cas dans bien des conflits, l’une des caractéristiques du conflit israélo-palestinien est la déshumanisation de l’autre et des victimes en particulier. » On ne saurait mieux résumer l’impression qui se dégage à la lecture de Gaza, le livre noir que publie Reporters sans frontières.

“Convaincre pour vaincre”, un article de Lucien Logette

SÉBASTIEN DENIS
LE CINÉMA ET LA GUERRE D’ALGÉRIE
La propagande à l’écran (1945-1962)
Nouveau Monde éditions, 480 p., + DVD de 4 heures d’archives, 34 €

L’Algérie est longtemps restée la tache aveugle du cinéma français. Autant Hollywood a toujours travaillé en phase avec l’Histoire, intégrant au fil du temps dans ses fictions guerrières tous les conflits en cours, Corée, Vietnam, Salvador, Irak, autant les films hexagonaux ont été privés, pendant les huit années que ceux-là ont duré, de toute référence aux « événements » et autres « opérations de maintien de l’ordre », déguisement sémantique pudibond de notre ultime expédition coloniale. Puisque la guerre n’existait pas, il n’y avait aucune raison de la montrer. Et jusqu’aux accords d’Évian de 1962, le cinéma français (celui destiné aux salles, pas le cinéma militant qui a heureusement sauvé l’honneur) est demeuré allusif.

“Octave Mirbeau, notre contemporain”, un article de Monique Le Roux

OCTAVE MIRBEAU
LES AFFAIRES SONT LES AFFAIRES
Mise en scène de Marc Paquien
Théâtre du Vieux-Colombier jusqu’au 3 janvier 2010

Comment représenter une pièce créée il y a plus d’un siècle, quasiment oubliée, redevenue pleinement contemporaine : “Les affaires sont les affaires” d’Octave Mirbeau ? La mise en scène de Marc Paquien au Théâtre du Vieux-Colombier déjoue les pièges de l’actualisation.

“Poésie et musique”, un article de Thierry Laisney

STANISLAS DEHAENE
et CHRISTINE PETIT (sous la direction de)
PAROLE ET MUSIQUE
Aux origines du dialogue humain
Odile Jacob, 366 p., 31 €

Comme c’est en général le cas pour les ouvrages collectifs, nous avons affaire ici à un livre très composite, né d’un colloque organisé par le Collège de France et regroupant près de vingt chapitres, pour la plupart consacrés à la musique, le plus souvent sous l’angle de ses rapports avec le langage ou la parole.

“Le cas peu banal de l’Amiral Leblanc”, un article de François-René Simon

GUY CABANEL
HOMMAGE À L’AMIRAL LEBLANC
Éd. Ab irato, 92 p., 10 €

Guy Cabanel n’est guère connu que par cet “À l’animal noir” dont le langage a fait dire à André Breton qu’il lui gardait « à jamais le cœur de son oreille ». Mais l’histoire est volontairement négligente, ou ses serviteurs soi-disant trop affairés. Il faudra pourtant qu’elle reconnaisse un jour, et décrypte, l’œuvre considérable de ce poète qui a d’emblée trouvé dans le surréalisme à la fois sa reconnaissance et sa liberté.

“Monnaie de singe”, un article d’Omar Merzoug

MA’ARRI
LES IMPÉRATIFS
trad. de l’arabe, présentés et commentés par Hoa Hoï Vuong et Patrick Mégarbané
Actes Sud, 254 p., 19 €

Abû Alâ Al-Ma’arri est l’un des plus grands noms de la poésie arabe classique. Né en 979, dans la province d’Alep en Syrie, il perd la vue à l’âge de quatre ans. Si ses premiers textes sont marqués au sceau d’un genre traditionnel, le panégyrique, bien vite, il renonce à « vendre » sa poésie en louant des émirs ou des dignitaires qu’il méprise.

La Quinzaine n°1003, du 16 au 30 novembre

“Penseur en captivité”, un article de Marc Lebiez

EMMANUEL LEVINAS
CARNETS DE CAPTIVITÉ
suivi d’ÉCRITS SUR LA CAPTIVITÉ
et NOTES PHILOSOPHIQUES DIVERSES
Grasset/Imec, 500 p., 25 €

Levinas aura été, après Sartre puis Althusser, le philosophe français le plus influent sur son époque. De l’expérience de la guerre et de la  captivité dans un camp de prisonniers militaires, leurs oeuvres publiées ne disaient à peu près rien. On découvre après leur mort comment ces années auront marqué leur formation intellectuelle.

“Mo Yan et ses animaux tristes”, un article de Maurice Mourier

MO YAN
LA DURE LOI DU KARMA
trad. du chinois par Chantal Chen-Andro
Seuil, 761 p., 26 €

Soit une croyance d’origine ancienne et populaire, celle en la métempsycose, qu’on retrouve, sous une forme élaborée dans des systèmes philosophiques (hindouisme, bouddhisme), plus tard répandus en extrême Asie, notamment en Chine. Elle impose à la plupart des vivants l’obligation, pour leur âme immortelle, de s’incarner en des corps successifs, humain, animal ou végétal, autant de fois qu’il le faut jusqu’à l’hypothétique délivrance ultime qui clôt enfin le cycle épuisant des réincarnations.

“Un besoin de réconfort”, un article d’Agnès Vaquin

PIERRE PÉJU
LA DIAGONALE DU VIDE
Gallimard, 282 p., 18,50 €

La Diagonale du vide, un titre intéressant. L’expression appartiendrait au langage des géographes : « Après chacune de ses absences, il souhaitait revoir la France en traversant tout le pays en diagonale, du sud-ouest au nord-est. » Le projet auquel il est fait allusion consiste en une marche à pied et l’on songe aussitôt à la mode actuelle de parcourir à nouveau, en partie du moins, l’itinéraire de Compostelle.

“Le sens de la nuit”, un article de Hugo Pradelle

ANTONIO LOBOANTUNES
JE NE T’AI PAS VU HIER DANS BABYLONE
Ontem não te vi em Babilónia
trad. du portugais par Michèle Giudicelli
Christian Bourgois, 576 p., 28 €

Un récit monstrueux qui fait se rejouer l’essence de l’oeuvre d’un immense écrivain. Lobo Antunes atteint la noirceur absolue, celle d’une nuit qui ne finit pas. Son livre est une longue interrogation sur le sens de la nuit, son temps particulier, sur la parole irréductible qui y prend forme. À la fois parachèvement et jeu, c’est l’un de ses textes les plus somptueux.

“Mensonge d’une nuit d’hiver”, un article de Liliane Kerjan

JENNIFER JOHNSTON
UN NOËL EN FAMILLE
Foolish Mortals
trad. de l’anglais par Anne Damour
Belfond, 255 p., 20 €

Une Irlande pluvieuse et neigeuse à souhait où les mortels passent d’oublis en rappels, de méprise en whiskey. Attentes, contentieux des fratries, tumulte des bons sentiments, tout va-t-il se solder la nuit de Noël ? Jennifer Johnston feint de le faire croire, mais l’essentiel est ailleurs.

“Anna Maria Ortese en URSS”, un article de Monique Baccelli

ANNA MARIA ORTESE
FEMMES DE RUSSIE
trad. de l’italien par Maria Manca et Claude Schmitt
Actes Sud, 128 p., 15 €

Le fidèle lecteur d’Anna Maria Ortese, habitué à ses longs romans, qui se déroulent presque tous dans une très étrange Italie du Sud, est un peu surpris, presque inquiet, d’avoir entre les mains un petit livre qui, diton, rend compte d’un court séjour de la romancière en URSS. La conteuse enchanteresse se transformerait-elle en simple reporter, en sévère intellectuelle engagée ?

“La terre est sans pitié”, un article d’Alain Joubert

A. H. TAMMSAARE
CYCLE VÉRITÉ ET JUSTICE
(5 tomes dont 2 en 2010)
LA COLLINE-DU-VOLEUR
trad. de l’estonien par Jean-Pascal Ollivry
Gaïa, 688 p., 23 €
INDREK
trad. de l’estonien par Jean-Pascal Ollivry
Gaïa, 512 p., 23 €
JOURS D’ÉMEUTES
trad. de l’estonien par Jean-Pierre Minaudier
Gaïa, 320 p., 23 €

Qui, en France, va parfois vérifier que les célèbres et envoûtantes « nuits blanches » de Saint-Pétersbourg existent tout autant à Tallinn,
capitale de l’Estonie, la latitude de ces deux villes étant approximativement la même ? Pas grand monde, si j’en juge par les indications touristiques (musées, hôtels, restaurants) rédigées en russe, finnois, letton, suédois, danois, italien, espagnol, allemand et, bien entendu, en anglais ; pas en français, sauf rare exception. Je peux le dire : j’en reviens. Et pourtant, quel étonnant pays !

“Pourquoi Stefan George en temps de détresse ?”, un article de Laurent Margantin

STEFAN GEORGE
POÉSIES COMPLÈTES
trad. de l’allemand, présentées et annotées par Ludwig Lehnen
La Différence, 830 p., 49 €

Qui, aujourd’hui, ne serait-ce que parmi les jeunes germanistes, lit ou a lu Stefan George ? Qui connaît même son nom parmi les étudiants de littérature allemande pour lesquels n’existent la plupart du temps, des auteurs du tournant du XIXe et du XXe siècles, que Trakl, Rilke ou Hofmannsthal, parce qu’ils sont au programme de leurs études ?

“L’ensorcellement d’Ensor”, un article de Gilbert Lascault

EXPOSITION JAMES ENSOR
au Musée d’Orsay du 20 octobre 2009 – 4 février 2010
PUBLICATIONS
James Ensor (catalogue)
Textes de Laurence Madeline et Anna Swinbourne
Musée d’Orsay/Réunion des musées nationaux 277 p., env. 230 ill., 48 €
LAURENCE MADELINE
JAMES ENSOR : LE CARNAVAL DE LA VIE
Gallimard, coll. « Découvertes », ill. coul., 8,40 €
JAMES ENSOR
DAME PEINTURE TOUJOURS JEUNE
Choix de textes, préface et notes de Colette Lambrichs
La Différence, coll « Minos » 256 p., ill. coul., 10 €

Le peintre belge James Ensor (1860-1949) est le sorcier insolent d’Ostende, le magicien des masques scabreux et des squelettes hoquetants. Parfois, il suggère les scènes sombres de l’intimité. Ou, plus souvent, il est un créateur du clair, des transparences, de l’irisé… Il aime étonner. Il veut déconcerter. Ses tableaux interrogent.

“Peindre à Venise au XVIe siècle”, un article de Georges Raillard

EXPOSITION
TITIEN, TINTORET,VÉRONÈSE…
RIVALITÉS À VENISE
Au Musée du Louvre du 17 septembre 2009 – 4 janvier 2010
PUBLICATIONS
Catalogue collectif de l’exposition
Sous la direction des commissaires Vincent Delieuvin et Jean Habert, assistés d’Arturo Galansino
Coédition Hazan/Musée du Louvre. Un volume cartonné de 480 p. et 200 ill., 42 €
ENRICOMARIA DAL POZZOLO GIORGIONE
Un volume cartonné, sous emboîtage richement illustré Actes Sud, 385 p., 120 €

Au Louvre, une exposition qui comble le regard. Mais aussi quisollicite une attention (formelle, érudite) sans laquelle on sent que l’on
manque quelque chose de fondamental dans chacune des oeuvres. Le titre de ces notes sur la rivalité productive des trois grands du Cinquecento, Titien, Véronèse, Tintoret, et quelques autres artistes aujourd’hui moins célèbres, je l’emprunte à l’ouvrage mémorable de David Rosand, traduit en français par Daniel Arasse et Fabienne Pasquet en 1993. Le « mythe de Venise » tient à l’harmonie et à la séduction exercée par la troisième puissance d’Europe, dont le Grand Canal, d’après Comines, était « la plus belle rue qui soit en tout le monde et la mieux maisonnée ».

“Parcours lacaniens”, un article de Michel Plon

MOUSTAPHA SAFOUAN
LE LANGAGE ORDINAIRE ET LA DIFFÉRENCE SEXUELLE
Odile Jacob, 150 p., 21 €
COLETTE SOLER
LACAN, L’INCONSCIENT RÉINVENTÉ
Puf, 244 p., 23 €

De ces deux livres, on serait tenté de dire qu’ils ne sont pas à mettre en toutes les mains. Non qu’ils soient inconvenants à quelque titre que ce soit mais qu’ils requièrent de leurs lecteurs une certaine ascèse, le renoncement à la facilité, celle d’un pédagogisme inévitablement simplificateur ou celle d’une vulgarisation systématiquement falsificatrice. Pour autant, de par leur exigence de rigueur, ces deux ouvrages témoignent de la vitalité de la réflexion théorique dans le champ psychanalytique.

“Machiavel et ses livres”, un article Dominique Goy-Blanquet

MARINA MARIETTI
MACHIAVEL : LE PENSEUR DE LA NÉCESSITÉ
Payot, 480 p., 27,50 €

Machiavel : le penseur de la nécessité commence par une visite de la bibliothèque paternelle, Les Devoirs de Cicéron, Tite-Live, le Codex justinien, traçant les premiers repères d’un juriste philosophe et historien, d’une vie entièrement dédiée à la politique au service de sa ville natale. Outre sa réputation sulfureuse, on ne retient guère de Machiavel que trois traités et une comédie, or il est l’auteur de rapports innombrables sur la situation et les relations diplomatiques de Florence, de plans de défense et d’armement, de plans de réformes institutionnelles, destinés au Conseil des Dix dont il fut pendant de longues années le dévoué secrétaire.

“Le baptême forcé”, un article de Jean-Jacques Marie

GÉRARD DA SILVA
L’AFFAIRE MORTARA
Syllepse, 282 p., 23 €

Le 23 juin 1858 à Bologne, ville italienne qui figure à l’époque dans les États pontificaux, un maréchal des Carabiniers veut enlever le petit Edgardo Mortara, âgé de six ans, membre d’une famille juive. L’inquisiteur de la ville a décidé que l’enfant était catholique. Une servante de la famille a en effet déclaré l’avoir baptisé secrètement six ans plus tôt, à l’âge où elle avait elle-même quatorze ans. Elle aurait jugé l’enfant en danger de mort et décidé de sauver son âme. La famille proteste. Rien à faire. L’enfant lui est enlevé.

“Une sociologue sort ses griffes”, un entretien réalisé par Omar Merzoug

NATHALIE HEINICH
LE BÊTISIER DU SOCIOLOGUE
Klincksieck, 154 p., 15 €

Directrice de recherches à l’EHESS et sociologue de métier, Nathalie Heinich est l’auteur de plusieurs ouvrages qui ont contribué à la faire connaître comme une sociologue de l’art et de la littérature. Son dernier ouvrage Le Bêtisier du sociologue a attiré l’attention de La Quinzaine littéraire qui a souhaité en savoir davantage.

“Révolution des femmes sans féminisme”, un article de Laurence Zordan

SOUS-COMMANDANT MARCOS
SAISONS DE LA DIGNE RAGE
Climats, 276 p., 21 €

SABA MAHMOOD
POLITIQUE DE LA PIÉTÉ
le féminisme à l’épreuve du renouveau islamique
La Découverte, 312 p., 26 €

Quoi de commun entre le protagoniste de la révolte du Chiapas et l’anthropologue enseignant à Berkeley, observant le rôle des femmes dans le mouvement des mosquées au Caire ? Deux ouvrages qui bousculent les lignes, qui n’en restent pas aux approches convenues et méritent ainsi un rapprochement peut-être inconvenant. Ils illustrent une conception symétrique de la profondeur : l’un est à l’image de l’exclamation paradoxale « qu’ils étaient superficiels par profondeur ! », l’autre ouvre à une minutie vertigineuse, où la ténuité possède une tonalité insoupçonnée, invitant à toutes les résonances. Tous deux posent la question de la capacité agissante des femmes, sans se satisfaire d’une réponse féministe.

“Paris & Lisbonne stories”, un article de Lucien Logette

MICMACS À TIRE-LARIGOT”, de JEAN-PIERRE JEUNET
LA RELIGIEUSE PORTUGAISE“, de EUGÈNE GREEN

Le pavé lancé dans la mare il y a maintenant un an et demi par le Club des 13, appellant à la survie des « films du milieu » (cf. QL n° 969), semble s’y être englouti en ne laissant à la surface que quelques bulles – ou bien les préconisations communiquées au Centre national de la cinématographie sont restées lettre morte ou bien leur réalisation est classée « secret-défense » ; en tout cas, leur impact sur les conditions de la production française reste encore peu discernable. Ce qui n’empêche pas ledit cinéma du milieu, en attendant la mort, de prospérer, comme le prouvent les sorties récentes des films de Guédiguian, Kahn, Brizé, Larrieu Bros, Honoré, Rivette, Tirard, Resnais, entre dix autres.

“Priorité aux acteurs”, un article de Monique Le Roux

MOLIÈRE
L’AVARE
Mise en scène de Catherine Hiegel
Comédie-Française, salle Richelieu en alternance jusqu’au 21 février 2010
CARLO GOLDONI
LA SERVA AMOROSA
Mise en scène de Christophe Lidon
Théâtre Hébertot jusqu’au 31 mars 2010

Depuis la fin du XIXe siècle, l’histoire du théâtre européen se confond en partie avec celle de la mise en scène. Mais de grands succès publics relèvent d’une pratique antérieure qui privilégie les interprètes, comme L’Avare de Molière monté par Catherine Hiegel à la Comédie-Française et La Serva amorosa de Goldoni par Christophe Lidon au Théâtre Hébertot.

“Connaître la musique”, un article de Thierry Laisney

JEAN MOLINO
LE SINGE MUSICIEN
Sémiologie et anthropologie de la musique
Actes Sud/Ina, 488 p., 29 €

Le titre de l’ouvrage est celui du dernier des textes de Jean Molino rassemblés ici (certains inédits). L’auteur, qui a de multiples compétences (littérature, philosophie, musicologie…), y définit l’homme comme animal musicum, ou « singe musicien », variante de l’animal symbolicum de Cassirer.

“L’élégant écrivain qui vit à Comiso”, un article de Maire-José Tramuta

GESUALDO BUFALINO
MUSÉE D’OMBRES (bilingue)
trad. de l’italien par André Lentin et Stefano Mangano Préface de Salvatore Silvano Nigro
Cahiers de l’Hôtel de Galliffet,
Istituto Italiano di Cultura, 194 p., 15 €

À la fin des Pierres de Pantalica, Vincenzo Consolo évoquait l’introduction « d’un élégant écrivain qui vit ici à Comiso », à propos d’un
ouvrage intitulé Comiso vivante et d’en citer un passage : « L’univers, hélas, est une trop grande et trop froide patrie pour les créatures si
précaires que nous sommes, un théâtre démesuré où nos gestes ne trouvent pas d’écho, nos mots pas de son. Alors que le bourg  nous ramène à notre mesure d’homme, donne sens et racines à notre personne, nous justifie et nous garantit au moins une dalle. »

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