Christa Wolf, Un jour dans l’année

On appelait ça le communisme,  un article de Nicole Casanova (QL n°920 parue le 01-04-2006)

“Que nous étions innocents. Et amicaux, joyeux, généreux. Curieux aussi. Comme ne pressentant rien. La trahison à notre table de cuisine ? Nous ne voulions pas y croire. Nous cherchions à retenir ceux qui s’enfuyaient.”

Christa Wolf, Un jour dans l’année (1960 – 2000) trad. de l’Allemand par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein Fayard

C’est ainsi que Christa Wolf, la plus célèbre romancière de l’ex-RDA, née en 1929, se rappelle aujourd’hui le temps de sa jeunesse où elle vivait avec enthousiasme son idéal politique. Elle ajoute : “On appelait ça le communisme.”

Ce livre qui évoque un seul “jour dans l’année” pendant quatre décennies, a une origine particulière. En 1960, le journal moscovite Isvestia demanda aux écrivains du monde entier de décrire “une journée de cette année-là, à savoir le 27 septembre”, reprenant ainsi l’idée “Un jour dans le monde” lancée par Maxime Gorki en 1937. Lire la suite

Il y a quarante ans dans La Quinzaine…

Il y a quarante ans, le 1er février 1971, paraissait le n° 111 de la Quinzaine littéraire. Voici ce numéro en intégralité dans lequel vous retrouverez notamment les critiques des ouvrages “L’oeuvre de François Rabelais et laculture populaire au Moyen Age et sous la Renaissance de Mikhaïl Bakhtine par J. M. G. Le Clézio, “Anesthésie locale de Günter Grass, Risibles amours de Milan Kundera, et “derrière la vitre” de Robert Merle, “Les Rouilles encagées” de Benjamin Péret. Ainsi qu’un inédit de R. Martin du Gard,”Maumort“.

Voici en intégralité ce numéro anniversaire, paru il y a tout juste quarante ans.

Retrouvez tous les numéros anniversaires en cliquant sur ce lien

Retrouvez bientôt sur le blog, les articles en intégralité sur ”L’oeuvre de François Rabelais et laculture populaire au Moyen Age et sous la Renaissance de Mikhaïl Bakhtine par J. M. G. Le Clézio, “Anesthésie locale de Günter Grass, et Risibles amours de Milan Kundera.

Dossier Spécial, Günter Grass

Toute une histoire”, un article de Hugo Pradelle

GÜNTER GRASS, D’UNE ALLEMAGNE À L’AUTRE : JOURNAL DE L’ANNÉE 1990, Unterwegs von Deutscland nach Deutscland.Tagebuch 1990 trad. de l’allemand par Bernard Lortholary,Seuil, 288 p., 21 €

Au moment où nous célébrons la chute du mur de Berlin, Günter Grass publie, à vingt ans de distance, le journal qu’il tint à l’époque. Il y interroge l’événement lui-même, ses implications, la place de l’Allemagne, ses dimensions et les enjeux politiques majeurs de la réunification. Il y révèle aussi son quotidien, dévoile ses ateliers – littéraires et plastiques –, y défend ses positions et jette un regard inquiet et profond sur le monde contemporain.

À  l’occasion de la critique par Hugo Pradelle du journal “d’une Allemagne à l’autre : Journal de l’année 1990″ de Günter Grass, le Blog de La Quinzaine propose un dossier spécial, en complément d’un article riche en références sur l’oeuvre de ce grand auteur allemand.

Vous pourrez y retrouvez le regard que La Quinzaine à porté sur cet auteur et son oeuvre, lui accordant une place toute particulière, au travers des archives de La Quinzaine. Lire la suite

1/10 Entretien : Günther Grass « Pour l’écrivain, s’engager signifie travailler »

“Pour l’écrivain, s’engager signifie travailler”

Günter Grass aime à vivre intensément, à faire tous les métiers, à fond. Il n’y a pas si longtemps, il était tailleur de pierre, puis sculpteur. Aujourd’hui encore, il dessine. Il illustre les recueils de ses poèmes, il conçoit les maquettes de ses romans. Ses premières expositions de dessins lui valurent une bourse d’études à Paris. Il s’y attaqua à un roman. Le Tambour parut en 1959. Du jour au lendemain, Grass devint l’écrivain allemand le plus célèbre de sa génération. Le Chat et la Souris (1961) et les Années de chien (1963) confirmèrent sa gloire et rendirent célèbre, dans le monde entier, l’univers pittoresque des petit-bourgeois de Prusse occidentale. Grass écrivit aussi des pièces de théâtre.

Puis, il se tourna vers la politique. Cela commença par une série de prises de position retentissantes. L’indignation devint le mobile de son action. C’est elle qui le poussa à épouser publiquement la cause du parti socialiste, lorsque Willy Brandt fut la victime d’une campagne de diffamation. Quatre ans ont passé. Quatre ans, pendant lesquels Grass a pris du poids et de l’assurance politiques. Lire la suite

2/10 En premier. Günter Grass : le dernier mot

Günter Grass, Pelures d’oignon (Beim Haüten der Zweibel) trad. de l’Allemand par Claude Porcell, Seuil

En premier. Günter Grass : le dernier mot, un article de Laurent Margantin

Grass, en effet, n’y va pas par quatre chemins. On peut voir d’abord Pelures d’oignon comme le simple récit des années qui précédèrent la révélation de l’écrivain au public international, suite à la parution du Tambour. Chapitre après chapitre, le lecteur découvre effectivement un parcours personnel qui va de l’enfance à la maturité, années de formation de l’artiste. Mais il s’agit en fait de bien autre chose, d’une manière de règlement de compte avec celui que fut Grass avant d’être écrivain, un enfant puis un jeune homme qui ne lui font pas honneur. Comme un double (bel et bien réel celui-là, à la différence des êtres de fiction enfantés plus tard) qui n’a cessé de le hanter et de lui faire honte, et qu’il s’agit, à plus de quatre-vingts ans, d’exposer aux yeux de tous, pour que paraisse enfin la vérité, celle d’une vie d’homme au parcours littéraire et politique devenu emblématique d’un pays, mais dont on découvre après coup le caractère tortueux. Lire la suite

3/10 Grass et la politique

Günter Grass, Evidences politiques (Ecrits et discours politiques 1965-1968) trad. de l’Allemand,  Seuil

Grass et la politique, un article de François Bondy

Günter Grass est à présent la bête noire des intellectuels, et plus particulièrement des étudiants allemands d’extrême gauche qui vivent dans le culte du Che, de Mao, et qui ont emprunté à Herbert Marcuse – jugé pour le reste quelque peu timoré – la distinction entre la violence toujours salubre des révolutionnaires et la violence parfois invisible mais inhérente aux règles du jeu du libéralisme bourgeois. Pour bien situer ce conflit, on peut se reporter à deux récents discours de Günter Grass, prononcés à l’occasion de la remise d’un prix Ossietzky et d’un prix Theodor Heuss. Dans ces discours, l’écrivain socialiste prône les vertus du compromis politique et de la tolérance – termes qui, pour les étudiants du SDS, ne représentent aujourd’hui rien moins que du fascisme larvé – et demande qu’en politique une distinction soit maintenue entre l’adversaire – soit une personne avec qui on échange des arguments – et l’ennemi, c’est-à-dire quelqu’un qu’on veut réduire au silence ou rééduquer. Lire la suite

4/10 La Grande voix de Günter Grass

Günter Grass, Propos d’un sans-patrie trad. de l’Allemand par Jean Amsler et Jean-Rodolphe Amsler, Seuil (L’Histoire immédiate)

La Grande voix de Günter Grass, un article de Nicole Casanova

L’une des rares voix allemandes qu’il faille aujourd’hui écouter. Non pas celles (feutrées) qui nous persuadent ou croient le faire : l’Allemand sait bien que la frontière Oder-Neisse est intangible ! que l’Autriche a son passé et sa culture indépendants ! Non pas celles (braillantes) qui viennent tout juste de clamer à Dresde : aujourd’hui l’Allemagne, demain le monde entier ! ‑ Toute notre attention doit aller à la grande voix de Günter Grass, cette voix au demeurant si belle, avec sa sonorité de bronze, sa sombre couleur, sa hargne et sa franchise.

Face à son pays qu’il aime tant, Grass a toujours dit la vérité. Il s’est rendu fameusement impopulaire en caricaturant, dans le Tambour, la “grande bouffe” germanique des années 50, en plaçant la Melencholia de Dürer sur une montagne de réfrigérateurs Siemens, en refusant tout contact avec la presse Springer, en demeurant fidèle à la gauche allemande malgré la constante montée de la droite. Lire la suite

5/10 Günther Grass, Les enfants par la tête ou les allemands se meurent : Un hybride

Günther Grass, Les enfants par la tête ou les allemands se meurent trad. de l’Allemand par Jean Amsler

Un hybride, un article de Jean-Luc Pinard-Leagry

La démographie, la chute de la natalité ne font guère, reconnaît Günter Grass, le sujet d’un livre. Tout au plus un thème de campagne électorale. Après Le Turbot, où les affaires de maternité occupaient d’ailleurs une place importante, avec la plus-value de la fiction, ces Enfants par la tête sont le résultat d’un curieux mélange. Mi-journal de bord d’un récit en cours d’écriture, mi-recueil de notes pour le scénario d’un film que devrait tourner Volker Schlöndorff, lequel a déjà adapté Le Tambour, l’enfant “céphalique” dont Günter Grass accouche avec ce nouveau livre est quelque peu hybride. Lire la suite

6/10 Günter Grass : Calcutta. Un reportage hallucinant

Günter Grass, Tirer la langue, trad. de l’Allemand par Jean Amsler, Seuil

Calcutta. Un reportage hallucinant,  un article de Chantal Chawaf

“Kâli dans sa démence aurait déjà tiré la langue” “Tirer la langue comme signe de honte.” C’est ce que fait Günter Grass à Calcutta, au nom de l’humanité. Fuyant l’Allemagne, “L’Allemagne et l’Allemagne bis”, la politique et “la platitude subtile des chroniqueurs autrefois de gauche, aujourd’hui déclassés mondains”, l’écrivain allemand part pour l’Inde “à la recherche de sujets à dessiner” et “d’un terme à préciser”.

Ce qui va créer un reportage hallucinant, à l’écriture double. Un livre de textes et de dessins. Un langage verbal et un langage graphique qui ne se distinguent pas l’un de l’autre. Cette dualité artistique, dans Tirer la langue, est-elle produite par l’Allemagne scindée en deux, la double Allemagne, l’Allemagne et “l’Allemagne bis” ? Par la confusion des deux identités hostiles, est et ouest, à l’extrême de laquelle surgit comme union des deux, l’identité symbolique : cette obscénité de l’Inde, notre obscénité à tous ? La noire globalité des contradictions, des divisions économiques, politiques, historiques. Ici, l’écriture dessine et les dessins écrivent en un art expressionniste de la colère. Lire la suite

7/10 Le Turbot : Günter Grass et son poisson

Günter Grass, Le Turbot trad. de l’Allemand par J. Amsler Seuil, Jean-Luc Pinard-Legry

Rien depuis le journal d’un escargot. Günter Grass observait depuis quelques années un silence stratégique, que le coup de tonnerre du Turbot, savamment orchestré par ses éditeurs, vient brusquement faire cesser. 250 000 lecteurs deux mois à peine après la publication du livre en Allemagne, une véritable tempête. Grass dérange, il revient en force avec un ouvrage phénoménal, gargantuesque, de la même puissance que Le tambour, même si, comme on le verra, il s’agit en fait d’une sorte de virement nouveau dans le travail d’un écrivain qui fait oublier pour le moment chez lui des auteurs aussi importants que Siegfied Lenz ou Heinrich Böll.

“il était une fois un flet. Il ressemblait à celui du folklore…”.

Conte à l’humour malicieux, le Turbot est donc l’histoire d’un poisson, poisson symbolique, figure mythique dont les mésaventures devant le tribunal féminin (le féminal) où il comparaît constituent la trame de ce livre aux multiples facettes, aux entrées complexe, enchevêtrées, déroutantes parfois. Lire la suite

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