DOSSIER SPECIAL : José Saramago 1/7

DOSSIER SPECIAL : José Saramago

La Quinzaine littéraire commente l’oeuvre de José Saramago, écrivain portugais d’origine brésilienne, prix Nobel 1998.

À l’occasion de la traduction et parution posthume, en France, du dernier roman de José Saramago, Caïn, le blog de La Quinzaine littéraire vous fait découvrir le regard que ces collaborateurs ont porté sur son oeuvre.

En plus de la recension par Hugo Pradelle du livre Caïn, dans La Quinzaine littéraire 1030, vous pourrez retrouver sur le blog de La Quinzaine littéraire de nombreuses archives concernant l’oeuvre de José Saramago :

José Saramago”L’Aveuglement”. Un article de Tiphaine Samoyault “La Parabole des aveugles”. Revue n°712 parue le 16-03-1997 Lire la suite

La Quinzaine n°1028, du 16 au 31 décembre 2010

ROMAN

Polymorphie, un article de HUGO PRADELLE

HENNING MANKELL, L’HOMME INQUIET, La dernière enquête de Wallander, trad. du suédois par Anna Gibson, Seuil, coll. « Policiers », 560 p., 22 €

La parution du dernier opus de la série policière mettant en scène Kurt Wallander présente l’occasion de nous interroger sur l’oeuvre polymorphe et engagée d’Henning Mankell, sur ce qu’elle révèle de notre époque.

 

 

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Mario Vargas Llosa, prix Nobel de littérature dans la Quinzaine littéraire

A l’occasion de l’attribution du prix Nobel de littérature à l’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa, voici en intégralité la critique de son livre “La ville et les chiens” écrite par Jacques Fessard dans la Quinzaine littéraire du 1er octobre 1966.

Archives

“Adolescents en uniforme”, un article Jacques Fressard 

Mario Vargas Llosa, La ville et les chiens, trad. de l’espagnol par B. Lesfargues , Gallimard éd., 396 p.
La Casa Verde, Seix Barrai éd. (Barcelone). 430 p.

La ville c’est ici Lima, ou plutôt certains faubourgs ou quartiers excentriques d’un niveau social assez différent ; les “chiens” ce sont les élèves de première année de l’école militaire Leoncio Prado (sorte de prytanée à la prussienne), que leurs aînés ne considèrent pas encore dignes du titre flambant de “cadets”. Tout le roman est construit autour de ces deux pôles, l’un ouvert, l’autre fermé sur soi.

On échappe à une famille et à un milieu médiocres, dans l’espoir — plus ou moins tendu, plus ou moins inquiet — de découvrir une communauté, de devenir un homme. On retrouve ce milieu et cette famille lors des sorties dominicales ou, par le flux de la pensée, pendant les heures de garde et de consigne. On y replonge enfin, après l’épreuve, devenu homme en effet, mais non de la façon qu’on avait crue.
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La Quinzaine n°1009, du 16 au 28 février 2009

“Paysages”, un article de Hugo Pradelle

CHRISTOPHE PRADEAU
LA GRANDE SAUVAGERIE
Verdier, 160 p., 13 €

Christophe Pradeau s’interroge sur le paysage comme « miracle d’un espace qui s’ordonne autour de soi, intelligible et chargé d’émotions », faisant s’enrouler ensemble deux histoires qui n’en forment qu’une, troublante, puissamment ancrée dans des espaces qui portent haut l’imaginaire. Un livre remarquablement bien écrit, maîtrisé et complexe, qui, lorsqu’on y songe, fait croire aux effets de la mémoire et à l’enchantement des lieux.

“Entre le souvenir et le désir”, un article de Hugo Pradelle

DOMINIQUE FABRE
J’AIMERAIS REVOIR CALLAGHAN
Fayard, 224 p., 17,90 €

Un récit surprenant et très habilement construit autour de discours à partir d’une temporalité défaite. Émouvant comme seuls les souvenirs de jeunesse peuvent l’être.

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“Un lieu transfiguré”, un article de Jacques Fressard

JULIÁN RÍOS
PONT DE L’ALMA
trad. de l’espagnol par Albert Bensoussan et Geneviève Duchêne
Tristram, 307 p., 21 €

MONSTRUAIRE
trad. de l’espagnol par Geneviève Duchêne
Tristram, 185 p., 18 €

Traversez en hiver à Paris le pont de l’Alma vers la rive droite, vous apercevrez au-dessus du quai à votre gauche un monument qui n’attire le regard d’aucun passant, en revanche l’été y concentre quotidiennement des cercles compacts de visiteurs qui viennent y faire leurs dévotions, le détournant de sa destination première.

“Entre bandits et Piémontais”, un article de Monique Baccelli

LUIGI GUARNIERI
LES SENTIERS DU CIEL
trad. de l’italien par Marguerite Pozzoli
Actes Sud, 375 p., 23 €

« Spada vit Boccadoro prendre son poignard, le planter dans l’orbite gauche du supplicié et faire tourner la lame à fond.Après quoi il manoeuvra le manche en corne avec l’habileté d’un boucher, et lorsqu’il leva le poignard, le bulbe oculaire était enfilé sur la pointe de la lame (…) il lui força la mâchoire avec les mains, empoigna la langue et la coupa net à la base. » Et ce ne sont que les premières phases des tortures que le chef des bandits inflige au jeune baron Antonio Pietramala, dont il a tué les parents, enlevé la soeur et saccagé le château.

“Les miroirs de l’homme”, un article de Norbert Czarny

ROGER GRENIER
DANS LE SECRET D’UNE PHOTO
Gallimard, coll. « L’un et l’autre », 138 p., 17,50 €

« La surface la plus passionnante de la terre, c’est pour nous le visage humain. » Le propos serait de Lichtenberg, cité par René de Obaldia et repris par Roger Grenier à la fin de son petit essai sur la photographie. Se passionner pour l’humain, c’est pour qui le lit, toute la vie de Grenier, et son projet. L’humain jusque chez l’animal dans ce que nous tenons pour son meilleur livre, Les Larmes d’Ulysse. Il sera ici question de photo, mais comme le dit un ami à l’auteur : « parle de la photo si tu veux, mais évite les clichés ».

“Jean-Pierre Richard, pêle-mêle”, un article de Daniel Bergez

JEAN-PIERRE RICHARD
PÊLE-MÊLE
Verdier, 128 p., 14 €

Un livre de Jean-Pierre Richard apporte toujours une fraîcheur salutaire. Comme une invitation renouvelée à lire avec autant d’alacrité que de profondeur, dans un rapport de sympathie active. Tel est ce “Pêle-mêle” qu’il vient de faire paraître, sous un titre qui annonce un désordre assumé.

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“Explorateur de la nature ou chantre de la tradition ?”, un article de Stéphane Michaud

ROBERT MARTEAU
LE TEMPS ORDINAIRE
Champ Vallon, 296 p., 20 €

C’est sous la belle appellation d’explorateur de la nature que Robert Marteau avait fait son entrée en poésie. Un bref chant visionnaire, “Royaumes” (1962), explorait la terre natale et ses marches, « Lozère », « Charente », sous la conduite d’« Apollon berger », pâtre des éléments, des temps et des continents. L’établissement au Québec, en 1972, avait approfondi cette veine avec “Atlante” (Montréal, 1976), dont un fragment avait paru dans “Les Lettres Nouvelles”, puis avec “Fleuve sans fin”, sous-titré “Journal du Saint-Laurent” (Gallimard, 1986).

“La voix de la mère”, un article de Virginie Rodde

RAHEL HUTMACHER
FILLE
trad. de l’allemand (Suisse) par Fernand Cambon
José Corti, 142 p., 18 €

Dans “Fille”, une voix s’élève pour meubler l’impatience du retour et la douleur du manque, en une incantation à la croisée du conte et du poème en prose. Derrière le désir de posséder son enfant, n’est-ce pas la peur de s’appartenir à soi-même qui se cache ?

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“« L’outre-indigo de la voix » de Jacques Dupin”, un article de Georges Raillard

JACQUES DUPIN
PAR QUELQUE BIAIS VERS QUELQUE BORD
P.O.L, 368 p., ill. en noir et blanc, 29 €
BALLAST
Gallimard, coll. « Poésie », 344 p.

Voici, réunis les textes que Jacques Dupin a écrits depuis des années : 1953 (Max Ernst), 1954 (Henri Laurens), 1956 (Braque et Hajdu)… L’occasion les a soumis à son regard. Il les a métamorphosés par la plume, leur a insufflé une autre vie. Ses écrits les plus connus – sur Miró, Tàpies et Giacometti – des chemins partagés – n’ont pas été repris ici. Ils ont donné lieu à des livres séparés. Pour Miró, des proses empathiques et  l’indispensable monographie de l’œuvre. On se plaira à suivre le poète dans ces « espaces autrement dits » (titre de 1982), à participer à des « corps à corps » – ce n’est pas une métaphore, mais une figure verbale appliquée au plus près d’Arnulf Rainer ou de Bacon.

“La luisance de Klapheck”, un article de Gorges Raillard

EXPOSITION
KONRAD KLAPHECK, SWING, BROTHER, SWING
Galerie Lelong
4 février – 27 mars 2010
Catalogue : Repères n° 145
Reproductions des œuvres exposées Textes de Francis Marmande et Konrad Klapheck

JACQUES DUPIN
À L’ÂGE DE LA VIOLENCE.
KONRAD KLAPHECK
Article de 1997, repris dans “Par quelque biais vers quelque bord”

Depuis quarante ans Konrad Klapheck peignait des machines. Aujourd’hui un tournant dans son œuvre ? Il met en scène des jazzmen célèbres, aimés de lui, et leurs instruments. Konrad Klapheck est né à Düsseldorf en 1935. En 1946, à Düsseldorf, une exposition lui fait découvrir les maîtres de la peinture française, s’ajoutant à son penchant pour Dürer. Il lit, beaucoup. Gogol, Kafka, Joyce, Proust, plus tard Roussel. En 1950 un concert de Duke Ellington lui fit découvrir le jazz : Count Basie, Coleman Hawkins, Charlie Parker, Thelonius Monk vont constituer sa famille.

“De la violence dans la cité”, un entretien d’Etienne Balibar réalisé par Omar Merzoug

ÉTIENNE BALIBAR
VIOLENCE ET CIVILITÉ
Galilée, 416 p., 35 €

S’interroger sur les rapports de la violence et de la civilité, c’est, d’une part, se demander ce qu’il en est de la politique et de son autre scène, et de l’autre, ordonner les formes de cruauté en des lieux pensables et, enfin, esquisser des procédures de civilité qui laissent ouvert l’horizon d’une possible anti-violence. C’est parce que ce cheminement nous a paru intéressant que nous avons voulu qu’Étienne Balibar revienne, de vive voix, pour les lecteurs de La Quinzaine littéraire sur les vues qu’il développe dans ses derniers travaux.

“Entre « hommes libres »”, un article de Marc Lebiez

JÜNGER ET HEIDEGGER
CORRESPONDANCE
trad. de l’allemand par Julien Hervier
Christian Bourgois, 176 p., 16 €

Lorsqu’il découvre la correspondance échangée par deux personnages illustres qu’on ne sache pas avoir été des amis personnels, le lecteur s’interroge sur la nature du lien qui les unit. En l’occurrence, il est d’abord politique.

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“Histoire d’un livre”, un article de Michel Plon

LYDIA MARINELLI et ANDREAS MAYER
RÊVER AVEC FREUD
L’histoire collective de L’Interprétation du rêve
trad. de l’allemand et présenté par Christian Bonnet
Aubier, 333 p., 22 €

« Celui qui a aujourd’hui en main une des éditions courantes de “L’Interprétation du rêve” ne saura rien de sa vie mouvementée. Il n’existe toujours pas d’édition critique. » En existera-t-il une un jour ? À en juger par les modif ications, ajouts, suppressions, corrections, réorganisation de paragraphes que le livre a subis au cours de ses huit éditions entre 1900 et 1930 et par l’immensité du travail de traduction et d’édition que cela impliquerait, c’est peu probable.

“Voyages et amours au temps des Lumières”, un article de Jean M. Goulemot

MALESHERBES
VOYAGE EN ANGLETERRE, inédit
édition présentée, établie et annotée par Michèle Crogiez-Labarthe
Desjonquères, coll. « XVIIIe siècle », 222 p., 19,50 €

LA COMTESSE DE SABRAN et LE CHEVALIER DE BOUFFLERS
LE LIT BLEU, CORRESPONDANCE (1777-1785)
édition établie et présentée par Sue Carrell
Tallandier, coll. « La Bibliothèque d’Évelyne Lever », 336 p., 22 €

MARQUIS et MARQUISE DE BOMBELLES
« QUE JE SUIS HEUREUSE D’ÊTRE TA FEMME », LETTRES INTIMES (1778-1782)
Tallandier, coll. « La Bibliothèque d’Évelyne Lever », 570 p., 29 €

On disait que les voyages forment la jeunesse. J’ajoute qu’ils confortent et surprennent parfois la vieillesse. Au hasard d’un colloque à Alicante et d’une conférence à l’Institut français de Valencia, occasion de retrouvailles avec un de mes anciens étudiants, de ceux qu’on n’oublie pas, j’ai découvert dans cette dernière ville, que je croyais pourtant connaître, un musée inattendu, unique sans doute en son genre, d’une belle architecture moderne, spacieuse et fonctionnelle, dû à l’architecte Guillermo Vazquez Consuegra.

“Non, l’homme ne descend pas du singe…”, un article de Jean-Michel Kantor

PASCAL PICQ
LES ORIGINES DE L’HOMME EXPLIQUÉES À NOS PETITS-ENFANTS
Seuil, 176 p., 8 €

… Mais certains singes sont nos cousins ! C’est une très longue histoire que celle de nos origines, elle s’étend sur plusieurs millions d’années, et elle est encore pleine de mystères. On en connaît la fin : la naissance d’Homo sapiens, il y a environ 200 000 ans, en Afrique, et aujourd’hui, la domination de l’espèce humaine sur la Terre.
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“Le bel hiver de Michel Vinaver”, un article de Monique Le Roux

MICHEL VINAVER
PORTRAIT D’UNE FEMME
Mise en scène d’Anne-Marie Lazarini
Théâtre de l’Ouest parisien du 23 mars au 1er avril
Tournée en France et en Suisse jusqu’au 30 avril

ORIZA HIRATA/ MICHEL VINAVER
TORI NO TOBU TAKASA/PAR-DESSUS BORD
Mise en scène d’Arnaud Meunier
Théâtre de la Ville aux Abbesses du 15 au 20 février
Tournée nationale depuis le 13 janvier

L’œuvre de Michel Vinaver, qui a parfois attendu une reconnaissance théâtrale digne d’elle, semble dans une période particulièrement favorable. Il y a un an “L’Ordinaire” a été reçu au répertoire de la Comédie-Française et mis en scène par son auteur. Cette saison deux spectacles importants sont présentés en tournée : Portrait d’une femme par Anne-Marie Lazarini ; “Tori no tobu takasa” par Arnaud Meunier, à l’initiative de cette adaptation japonaise de “Par-dessus bord” par Oriza Hirata.

“Idéaliste et solitaire”, un article de Thierry Laisney

JEAN-PIERRE ARMENGAUD
ERIK SATIE
Fayard, 782 p., 32 €

Jean-Pierre Armengaud, à la fois pianiste et musicologue, connaît Satie en profondeur (il a enregistré l’intégrale de son œuvre pour piano). Il lui consacre aujourd’hui une monographie de haut vol, qui enchâsse l’étude des œuvres dans celle de la vie.

La Quinzaine n°1006, du 1er au 15 janvier 2010

“Pinget posthume”, un article d’Agnès Vaquin

ROBERT PINGET
MAHU REPARLE
Éditions des Cendres, 46 p., 9 €

Mahu reparle et sa voix nous revient d’outre-tombe. Douze ans après la mort de Robert Pinget, cette publication aux Éditions des Cendres et avec l’humour qu’on lui connaissait, ça ne manque pas de piquant. Le texte est inédit. Martin Mégevand et Nathalie Piégay-Gros, ses éditeurs, nous en indiquent la provenance : « Conservé dans le fonds Robert-Pinget de la Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet, ce texte a été écrit dans les parages du Libera publié en 1968, probablement avant 1969. »

“Mexique”, un article de Jacques Fressard

SERGIO GONZÁLEZ RODRÍGUEZ
L’HOMME SANS TÊTE
trad. de l’espagnol (Mexique) par Isabelle Gugnon
Passage du Nord-Ouest, 188 p., 16 €

Comme son précédent ouvrage – “Des os dans le désert” –, ce nouveau livre de Sergio González Rodríguez tient à la fois du reportage et de l’essai, mais on y trouve aussi une remémoration de son propre passé où se manifeste, avec éclat cette fois, un véritable talent d’écrivain.

“Le passé s’était mis à proliférer dans son dos”, un article de Jean-Luc Tiesset

JENNY ERPENBECK
LE BOIS DE KLARA
Heimsuchung
trad. de l’allemand par Brigitte Hébert et Jean-Claude Colbus
Actes Sud, 191 p., 19 €

On a déjà vu une maison ou un domaine servir de prétexte à une saga familiale, de point focal où se concentre l’histoire de deux ou trois générations. À première vue, Jenny Erpenbeck s’inscrit dans cette tradition, retraçant l’histoire contemporaine des Allemands à travers le destin d’une série d’occupants d’un même lieu, du début du siècle passé jusqu’à nos jours, en passant par la spoliation – et la mise à mort – des Juifs et la chute du mur de Berlin… Pourtant, et c’est ce qui fait sa force et son originalité, le roman de Jenny Erpenbeck est loin de n’être que cela.

“Sortir du labyrinthe”, un entretien de David Albahari

DAVID ALBAHARI
SANGSUES
trad. de Gojko Lukic
Gallimard, 400 p., 25,90 €

MA FEMME
trad. de Gojko Lukic
Les Allusifs, 172 p., 22 €

Deux livres de David Albahari paraissent cet automne. L’un, Sangsues, est un long roman à l’atmosphère étouffante, dans la ligne de Globe-trotter ou de L’Homme de neige. Il se déroule en Serbie, en 1998, alors que le pouvoir incarné par Miloševic vacille sans que la peur disparaisse. Les sociétés secrètes et groupes clandestins pullulent. L’autre, Ma femme, est un recueil de nouvelles sur le thème du couple. Curieusement le mot de roman figure en page de titre. Nous avons interrogé l’écrivain sur cette ambiguïté, et sur d’autres aspects de son oeuvre, lors de son récent passage à Paris.

“Maurice Pinguet au Japon”, un article de Maurice Mourier

MAURICE PINGUET
LE TEXTE JAPON
Introuvables et inédits
réunis et présentés par Michaël Ferrier
Seuil, 197 p., 18 €

Enfin, l’oeuvre éclectique de Maurice Pinguet (1929-1991), dont n’avait émergé jusqu’à présent que ce chef-d’oeuvre, La Mort volontaire au Japon (Gallimard, 1984), indispensable introduction à l’essence même de la japonité, commence à faire l’objet de publications nouvelles. Et c’est une bonne idée qu’a eue Michaël Ferrier, connaisseur et amoureux du Pays du Soleil-Levant, que d’inaugurer ce qui sera, nous l’espérons, une série d’« introuvables et inédits », par un florilège où on lira en premier Le texte Japon, essai consacré par Pinguet aux séjours nippons de son ami Roland Barthes.

“Constellation”, un article de Hugo Pradelle

ANDRÉ PIEYRE DE MANDIARGUES – JEAN PAULHAN
CORRESPONDANCE, 1947-1968
édition établie par Éric Dussert et Iwona Tokarska-Castant
Gallimard, coll. « Les Cahiers de la NRF », 448 p., 35 €

Les lettres qu’échangèrent Mandiargues et Paulhan forment une constellation étrange, drôle, cruelle et profonde. Elles témoignent d’une complicité inébranlable et de regards particuliers portés sur une époque et sur eux-mêmes. On y lit l’aventure rare de l’amitié et de l’intelligence.

“Un éditeur pour le plaisir”, un article de Maurice Mourier

PAULE ADAMY
ISIDORE LISEUX 1835-1894
UN GRAND « PETIT ÉDITEUR »
Plein-Chant, 534 p., 48 €

Isidore Liseux, au nom assurément prédestiné, est aujourd’hui un inconnu, ou plutôt serait condamné à le rester si un récent ouvrage d’une très grande qualité ne venait de lui rendre hommage.

“Une étonnante critique de la modernité”, un article de Jean Lacoste

JACOB TAUBES
« LE TEMPS PRESSE » DU CULTE À LA CULTURE
trad. de l’allemand par Mira Köller et Dominique Séglard
Seuil, 524 p., 28 €

Disons-le : Jacob Taubes (1923-1987) n’est pas un auteur facile mais les difficultés que rencontre le lecteur ne viennent pas d’une certaine coquetterie d’expression – comme on en a le sentiment chez Adorno, par exemple –, mais de la densité même de la pensée. « Le temps presse » rassemble des articles qui vont de la théologie à la sociologie, en passant par la philosophie, qui correspondent à des périodes très diverses de la vie de Taubes et à des lieux très différents dans l’esprit (Berlin, Harvard, Jérusalem). De Joachim à Freud le panorama est vaste, mais le cheminement obscur.

“Le XVIIIe siècle dans sa variété”, un article de Jean M. Goulemot

Réseaux de l’esprit en Europe des Lumières au XIXe siècle
Actes du colloque international de Coppet réunis par Wladimir Berelowitch
Droz, Genève, 295 p., 10,04 €

RÉGINALD MCGINNIS
ESSAI SUR L’ORIGINE DE LA MYSTIFICATION
Presses universitaires de Vincennes, coll. « Intempestives », 170 p., 20 €

L’Écran des Lumières : regards cinématographiques sur le XVIIIe siècle
sous la direction de Martial Poirson et Laurence Schifano
Voltaire Foundation, Oxford, 324 p., env. 100 €

Filmer le 18e siècle
sous la direction de Laurence Schifano et Martial Poirson
Desjonquères, coll. « L’Esprit des Lettres », 268 p., 27 €

Dix-huitième siècle
n° 41, « Individus et communautés », proposé par Yves Citton et Laurent Loty
La Découverte, 824 p., 44 €

Riche saison que cet automne pour les publications dix-huitièmistes. Une bonne dizaine d’ouvrages s’accumulent sur mon bureau, divers, parfois inattendus, mais toujours éclairants et témoignant de l’intérêt que le XVIIIe siècle suscite chez les spécialistes et, espérons-le, dans le public. Si cette abondance de travaux de valeur, de textes significatifs republiés ou sortis du silence des archives mérite l’attention et suscite l’intérêt, il n’est pas facile de trouver un ordre un peu logique pour en rendre compte.

“Quand il était «minuit dans le siècle »”, un article de Jean-Jacques Marie

VICTOR SERGE
L’AFFAIRE TOULAEV
préface de Susan Sontag
Zones, 386 p., 24 €

Un petit bureaucrate chargé d’établir les grilles de salaires, révolté par la baisse réelle des salaires réels dont la propagande proclame l’augmentation régulière, achète par hasard un colt ; l’idée de tuer Staline palpite vaguement en lui, mais lorsqu’il croise par hasard le chef flanqué de ses gardes qui le fixe un bref moment de ses yeux jaunes il reste paralysé ; il donne son colt à un jeune communiste, moins révolté que lui, Kostia.

“Une Allemagne sur mesure ?”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

CLEMENS PORNSCHLEGEL
PENSER L’ALLEMAGNE
Littérature et politique aux XIXe et XXe siècles
Fayard, 276 p., 22 €

Comme nous l’ont montré les événements récents, telle la commémoration de la chute du mur de Berlin et de la réunification de l’Allemagne, il n’est guère de pays qui ait aussi fondamentalement changé que l’Allemagne, aujourd’hui modèle et exemple de démocratie européenne et moderne, elle fut pourtant au siècle dernier le siège de la plus criminelle des dictatures qui ait jamais dévasté l’Europe.

“Mondiologie ou mondialogie ?”, un article de Laurence Zordan

PHILIPPE NOREL
L’HISTOIRE ÉCONOMIQUE GLOBALE
Seuil, 261 p., 20 €

PHILIPPE D’IRIBARNE
L’ÉPREUVE DES DIFFÉRENCES, L’EXPÉRIENCE D’UNE ENTREPRISE MONDIALE
Seuil, 165 p., 17 €

Quel discours tenir sur la mondialisation qui ne se borne pas à la description de flux ou à une approche critique de ses mérites et de ses méfaits ? La science du monde n’est-elle pas singulièrement absente d’un terme qui renvoie à une nébuleuse : interconnexion planétaire, globalisation…? « On a abusé du syllogisme : tout est global, donc la réponse doit être globale. Mais alors, à qui d’agir, puisqu’il n’y a pas de président global du peuple global ? Sauf l’évanescente « gouvernance globale », – remarque Hubert Védrine –, infra, post ou pseudo-démocratique, en fait synarchique…,Réponse globale, impuissance proclamée des nations ? », – poursuit-il – « Disons plutôt : à problèmes globaux, réponse collective ». L’histoire économique globale et l’expérience d’une entreprise mondiale offrent la trame d’une telle réponse. L’intérêt est donc manifeste de rapprocher un ouvrage théorique et une enquête de terrain.

“La porte de la sagesse”, un article de Jean-Michel Kantor

La mathématique
tome I : Les lieux et les temps
sous la direction de C. Bartocci et P. Odifreddi
CNRS Éditions, 1 000 p., 89 €

« Les mathématiques ont plus de discernement que ses disciplines soeurs, elles lancent leur trait plus directement et elles s’abritent sous la protection d’un bouclier plus sûr…  Elles sont le révélateur de toute vérité pure, elles connaissent tout secret caché et elles offrent la clé pour toutes les subtilités des écrits. C’est pourquoi quiconque envisagerait de faire de la physique sans les mathématiques ne passera jamais la porte de la sagesse. »

“La Colline : d’Alain Françon à Stéphane Braunschweig”, un article de Monique Le Roux

HENRIK IBSEN
ROSMERHOLM
UNE MAISON DE POUPÉE
Mise en scène de Stéphane Braunschweig,
Théâtre national de la Colline, jusqu’au 16 janvier 2010

En ce début d’année, Stéphane Braunschweig succède officiellement à Alain Françon à la tête du Théâtre national de la Colline, dans une harmonieuse continuité. Il avait déjà conçu toute la saison 2009-2010 et il poursuit son parcours de metteur en scène à travers l’oeuvre d’Ibsen avec un diptyque : “Rosmerholm” et “Une maison de poupée”.

“Bienvenue dans la décennie”, un article de Lucien Logette

LÉA FEHNER
QU’UN SEUL TIENNE ET LES AUTRES SUIVRONT
JÉRÔME BONNELL
LA DAME DE TRÈFLE

L’an dernier à pareille époque, nous nous abritions derrière la caution de Werner Herzog (rappelons sa sentence canonique : « Dans une année qui est un bon millésime pour le cinéma, il se produit cinq ou six bons films dans le monde, pas davantage »), pour constater que l’année écoulée était notable puisque, le bilan une fois établi, elle se soldait par au moins six grands films sur les plusieurs centaines (576 exactement) présentés durant les douze derniers mois. Que dire au seuil de janvier, sinon que les comptes de 2009, à l’aune du cinéaste, sont exceptionnels : il nous faudrait plus de deux mains pour énumérer tous les titres qui ontmarqué cet exercice, d’une façon que l’on pense durable – même si aucun film n’est totalement à l’épreuve du vieillissement, comme on a pu le constater récemment avec certains Fellini dernière époque.

La Quinzaine n°1005, du 16 au 31 décembre 2009

“Les fruits passeront les promesses des fleurs”, un article de Jean-Jacques Marie

JEAN JAURÈS
OEUVRES, TOME 1
Les années de jeunesse (1859-1889)
édition établie par Madeleine Rebérioux et Gilles Candar
Fayard, 660 p., 32 €

Un petit homme d’affaires français a dit un jour « Si l’on n’est pas gauchiste à vingt ans c’est que l’on n’a pas de coeur, si on l’est à quarante c’est qu’on n’a pas de tête ». Au vrai nombre d’intellectuels qui veulent changer le monde à vingt ans s’y trouvent fort bien à quarante et le défendent becs et ongles à quarante-cinq. La glissade s’effectue lentement ou précipitamment, mais toujours sûrement.

“Manganelli en Afrique”, un article de Monique Bacceli

GIORGIO MANGANELLI
VOYAGE EN AFRIQUE
trad. par Dominique Férault
Le Promeneur, 72 p., 13,90 €

Rendu célèbre, non sans raisons, par son essai, La Littérature comme mensonge, apprécié par un lectorat exigeant pour ses romans/ traités tels que “Centurie” ou “Aux dieux ultérieurs”, Giorgio Manganelli (1922-1990) est moins connu comme auteur de récits de voyages.

“Sans escales”, un article de Marie Tournier-Cardinal

CATHERINE MAVRIKAKIS
LE CIEL DE BAY CITY
Sabine Wespieser, 294 p., 21 €

Motif du livre de Catherine Mavrikakis, au sens où Matisse l’entend – à la fois forme et fond, le ciel de Bay City, bourgade perdue dans l’État du Michigan, est, matière glaise dans les mains de son auteur, tour à tour, toile abstraite où poser son regard, champ d’aviation et de résurrection, et prénom de l’enfant à naître. Violet toujours. Mauve parfois. Y sue le noir de l’univers. Y flottent les poussières des assassinés de la Shoah.

“L’univers de Juan José Saer”, un article de Jacques Fressard

JUAN JOSÉ SAER
LE TOUR COMPLET
La vuelta completa
trad. de l’espagnol (Argentine) par Philippe Bataillon
Le Seuil, 330 p., 22,50 €

Voici enfin traduit en français le tout premier roman de Juan José Saer, et c’est un événement pour tous ceux qui chez nous ont été conquis par son oeuvre extrêmement cohérente, tout à fait singulière dans le panorama de la littérature latino-américaine moderne.

“L’innocence”, un article de Hugo Pradelle

JAYNE ANNE PHILLIPS
LARK ET TERMITE
Lark and Termite
trad. de l’anglais (États-Unis) par Marc Amfreville
Christian Bourgois, 432 p., 26 €

Un roman lumineux sur les secrets et les liens familiaux, mais aussi une réflexion profonde sur l’innocence et sur la figure de l’idiot. Une entreprise formelle profondément intelligente.

“Une partie de solitaire”, un article de Liliane Kerjan

MARILYNNE ROBINSON
CHEZ NOUS
Home
trad. de l’anglais (États-Unis) par Simon Baril
Actes Sud, 446 p., 23 €

Voici un livre rare, longuement mûri, superbement écrit, qui prolonge le précédent roman “Gilead” (2004) et la fable du fils prodigue en forme de gueule de bois, un livre d’émotions fortes et de quête spirituelle où Marilynne Robinson rejoint les grands romanciers anglais du XVIIIe siècle par sa maîtrise de l’ambiguïté incandescente qui règne au refuge de la maison familiale, la maison d’un pasteur presbytérien.

“Joris-Karl Huysmans sans tabou”, un article Daniel Grojnowski

JEAN-MARIE SEILLAN
J.-K. HUYSMANS, POLITIQUE ET RELIGION
Garnier, 440 p., 68 €

J.-K. HUYSMANS
LES MYSTÈRES DE PARIS
édition présentée par Philippe Barascud
Manucius, 130 p., 10 €

J.-K. HUYSMANS – CÉCILE BRUYÈRE
CORRESPONDANCE 1896-1903
édition établie par Philippe Barascud
Éd. du Sandre, 170 p., 19 €

J.-K. Huysmans et les genres littéraires
La Licorne, n° 90, 450 p., 20,90 €

Aux côtés d’Octave Mirbeau (« celui qui supplicie ») ou d’Édouard Drumont (« celui qui ne parle pas librement »), Alfred Jarry avait inscrit dans “l’Almanach du Père Ubu” (1899) : « Huysmans : celui qui digère par la trappe ». Tel apparaissait le converti, tout au long de ses deux dernières décennies. Naguère encore, peu de temps après qu’on eut célébré le centenaire de sa disparition, la Société de ses Amis les invitait à une Assemblée générale à laquelle participaient les moniales de Sainte-Cécile, rendezvous étant fixé devant l’abbaye Saint-Pierre, avec un alléchant programme de vêpres, de restauration et de lectures édifiantes (16 mai 2009, journée d’études de Solesmes).

Ingeborg Bachmann : « aujourd’hui encore un grand nombre d’êtres humains ne meurent pas mais sont assassinés », un article de Laurent Margantin

INGEBORG BACHMANN
OEUVRES
trad. de l’allemand
Actes Sud, coll. « Thesaurus », 746 p., 29,80 €

Le présent volume rassemble les oeuvres en prose d’Ingeborg Bachmann, excepté le récit Malina, publié il y a quelques années chez un autre éditeur dans une traduction de Philippe Jaccottet.

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“La vision primitive de Lam”, un article de Georges Raillard

LAM
Texte de Jacques Leenhardt
richement illustré
HC Édition, 320 p., 50 €

Breton, dans le sillage d’une déesse guinéenne du musée de l’Homme, exalte « l’oeil moderne embrassant peu à peu la diversité sans fin des objets d’origine dite “sauvage” et leur somptueux déploiement sur le plan lyrique prit conscience des ressources incomparables de la vision primitive et s’éprit (jusqu’à vouloir par impossible la faire sienne) de cette vision ».

“Un inédit d’Ernest Renan”, un article de Jean-Claude Chevalier

ERNEST RENAN
HISTOIRE DE L’ÉTUDE DE LA LANGUE GRECQUE DANS L’OCCIDENT DE L’EUROPE DEPUIS LA FIN DU Ve SIÈCLE
JUSQU’À CELLE DU XIVe
Texte introduit et édité par Perrine Simon-Nahum, textes latins et grecs revus et traduits par Jean-Christophe de Nadaï
Cerf, coll. « Patrimoines-Histoire des religions »,
790 p., 69 €

La publication de ce manuscrit inédit est étonnante : par la taille – cinq gros cahiers ! –, par la dramaturgie de la mise en scène (les aventures de l’exercice du grec depuis l’Antiquité), par la richesse de l’érudition, par l’ambition du projet ; mais surtout par le nom de l’auteur : Ernest Renan, alors âgé de vingt-cinq ans. L’ouvrage avait été couronné par l’Institut en 1848, conservé dans les archives et – surprise ! – jamais publié.

“Hobbes et ses conceptions de la liberté”, un article de Christophe Miqueu

QUENTIN SKINNER
HOBBES ET LA CONCEPTION RÉPUBLICAINE DE LA LIBERTÉ
Albin Michel, 239 p., 25 €

Quentin Skinner est probablement le plus important des historiens des idées politiques actuellement vivant, et pourtant, son audience en France ne dépasse guère le champ de quelques spécialistes de philosophie, histoire et sciences politiques. Son dernier ouvrage traduit en français pourrait probablement amener les lecteurs francophones à apprendre un peu plus à connaître celui qui a remis l’historique tradition républicaine au goût du jour.

“Toutes sortes de chambres”, un article de Anne-Marie Sohn

MICHELLE PERROT
HISTOIRE DE CHAMBRES
Le Seuil, coll. « La Librairie du XXIe siècle »,
445 p., 22 €

Cet ouvrage est inattendu au regard des travaux antérieurs de Michelle Perrot. À cheval entre essai et histoire, il doit beaucoup à la sensibilité de l’auteur. « Mes expériences de chambre irriguent ce récit », écritelle d’emblée : souvenirs de sieste et de maladie, plaisir de la chambre d’hôtel, ou « trouble ressenti à l’entrée dans la chambre avec l’être aimé ».

“Une saga dramatique”, un article de Jean-Jacques Marie

OWEN MATTHEWS
LES ENFANTS DE STALINE
trad. de l’anglais par Karine Reignier
Belfond, 400 p., 22 €

“Les Enfants de Staline” semble relever au premier regard de la saga familiale traditionnelle : il s’ouvre sur la biographie politique d’un militant puis cadre communiste soviétique Boris Bibikov qui porte sur ses épaules la construction à rythme forcé d’une usine de tracteurs à Kharkov au début de la collectivisation. Owen Matthews évoque avec beaucoup de pittoresque l’activisme débridé de ce Bibikov pour convaincre les ouvriers frais émoulus de la campagne de construire cette usine quasiment à mains nues. On peut certes s’étonner quand on lit « Les ouvriers alignaient chaque soir leurs godasses d’étoupe au pied des baraques pour les faire sécher au soleil » (p. 47). Le soir ? Or même Staline n’arrivait pas à faire briller le soleil pendant la nuit, mais sans doute Owen Matthews se laisse-t-il là gagner par l’enthousiasme de son grand-père.

“À Vienne, le diable vous emporte tardivement, car la mort le devance”, un article de Jean-Luc Tiesset

GÜNTER BRUS
VIENNE ET MOI
Das gute alte Wien
trad. de l’allemand par Jacques Lajarrige, avec des illustrations de l’auteur
Éd. Absalon, 188 p., 18,50 €

Il y a des peintres qui écrivent, ou des écrivains qui peignent. La musique, parfois, accompagne cette joyeuse réunion de muses sous un même crâne, dans un même cœur, dans une même main. L’Autrichien Günter Brus, comme d’autres, est victime du préjugé qui n’admet pas que plusieurs fées aient déposé leurs dons dans le même berceau…

“Fin d’automne avec le tg STAN”, un article de Monique Le Roux

ARTHUR SCHNITZLER
LE CHEMIN SOLITAIRE
Spectacle de la compagnie tg STAN, Théâtre de la Bastille, jusqu’au 17 décembre

IMPROMPTU XL
Spectacle de la compagnie tg STAN, Théâtre de la Bastille, le 19 décembre de midi à minuit

Avec Le Chemin solitaire, spectacle de la compagnie tg STAN présenté au Théâtre de la Bastille, s’achève le Festival d’Automne à Paris. Par une sorte d’ironie tragique ou de hasard objectif, la belle et sombre pièce d’Arthur Schnitzler entre en résonance avec la f in de cette manifestation marquée, moins d’un mois après son ouverture, par la mort subite de son directeur Alain Crombecque.

La Quinzaine n°1002, du 1er au 15 novembre 2009

“Où le romancier en appelle au lecteur : qui était Alejandro Bevilacqua ?”, un article de Jacques Fressard

ALBERTO MANGUEL
TOUS LES HOMMES SONT MENTEURS
trad. de l’espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco
Actes Sud, 203 p., 19 €

On se souvient que l’auteur de ce livre, Alberto Manguel, fut un jour ce jeune étudiant qui, travaillant après les cours dans une librairie de Buenos Aires, se vit solliciter par Borges – alors déjà presque aveugle – pour lui faire la lecture certains soirs.

“Une vraie sépulture”, un article de Norbert Czarny

ALAIN BLOTTIÈRE
LE TOMBEAU DE TOMMY
Gallimard, 220 p., 16,50

L’épopée de l’Affiche rouge oubliée jusqu’à ce qu’Aragon la célèbre dans un fameux poème revient dans l’actualité cet automne à travers deux fictions. La coïncidence est remarquable. D’une part L’Armée du crime, de Robert Guédiguian, d’autre part Le Tombeau de Tommy, roman. Dans les deux cas se posent les questions de la mise en scène, et de l’adaptation. Mais pas seulement.

“Angoisse de la langue “, un article de Hugo Pradelle

JEAN-MICHEL DELACOMPTÉE
LANGUE MORTE, BOSSUET
Gallimard, coll. «L’un et l’autre», 208 p., 18 €

Après son très beau livre sur Ambroise Paré, Jean-Michel Delacomptée revient au Grand Siècle en entreprenant la vie de Bossuet comme celle d’un homme qui « a fait bouger la langue ». Il interroge ainsi, non pas la simple biographie, mais l’aventure même de la langue, son rapport au temps qui la produit, la manière dont l’Homme se conçoit, les inquiétudes que notre société provoque.

“La ritournelle du songe”, un article de Vanessa Aubert

PHILIPPE RAULET
VA-ET-VIENT PARADIS
Verticales, 132 p., 14,90 €

« Tout porte à croire qu’il existe un certain point de l’esprit d’où la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l’incommunicable, le haut et le bas cessent d’être perçus contradictoirement » (André Breton).Va-et-vient paradis est une sorte d’ovni littéraire surréel. Après Allons, pressons ! publié en 2000, son dernier livre s’ouvre sur un monde communiquant, un univers accédant à tous les possibles, dans lequel les thématiques de la liberté et de la rencontre ne cessent de tournoyer.

“Un club pas comme les autres”, un article de Vanessa Aubert

JEAN-MICHEL GUENASSIA
LE CLUB DES INCORRIGIBLES OPTIMISTES
Albin Michel, 768 p., 23,90 €

Après Pour cent millions, roman policier, publié en 1986 (Liana Levi), Jean-Michel Guenassia ressurgit brillamment sur la scène littéraire avec un nouveau roman. Une énergie romanesque au service d’une chronique mélancolique et étonnante.

“«L’outre-danse» de l’Histoire”, un article de Gabrielle Napoli

ATTILA BARTIS
PROMENADE
Actes Sud, 142 p., 18 €

Cette promenade s’avère être tout autant un parcours géographique et historique qu’une déambulation dans l’intériorité mystérieuse et inquiétante d’un narrateur, dont on supposera au fil de la lecture qu’il s’agit d’une narratrice. Une terrifiante mythologie enfantine s’élabore au fil du récit, et le monde se révèle dans toutes ses failles.

“Comme on composerait une mosaïque”, un article de Sonia Dayan-Herzbrun

KHALED AL KHAMISSI
TAXI
trad. de l’arabe (Égypte) par Hussein Emara et Moïna Fauchier-Delavigne
Actes Sud, 190 p., 18,80€

ELIAS KHOURY
LE COFFRE DES SECRETS
trad. de l’arabe (Liban) par Rania Samara
Actes Sud, 207 p., 19€

On ne sait à quel genre littéraire rattacher le premier livre de l’écrivain égyptien Khaled Al Khamissi. Homme de cinéma, Khamissi a écrit, avec Taxi, ce qui aurait pu passer pour un scénario de ces films italiens à sketches des années 50.

“Voix, scènes, images pour obsessions et fantasmes”, un article de Claire Richard

SARA STRIDSBERG
LA FACULTÉ DES RÊVES
trad. du suédois par Jean-Baptiste Coursaud
Stock, coll. « La Cosmopolite », 411 p., 22,50 €

Dans cette « fantaisie littéraire » sur la vie de Valerie Solanas, la Suédoise Sara Stridsberg explore les multiples facettes d’une vie mal connue, dans un texte hybride et puissant – et montre comment la littérature peut dire beaucoup plus qu’une biographie.

“Vivre dans l’Europe de l’après-guerre”, un article de Gabrielle Napoli

SÁNDOR MÁRAI
LE MIRACLE DE SAN GENNARO
trad. du hongrois par Georges Kassai et Zéno Bianu
Albin Michel, 380 p., 20,90 €

La traduction par Georges Kassai et Zéno Bianu d’un roman de Sándor Márai permet à nouveau au lecteur français de découvrir une œuvre inconnue en France de cet auteur phare de la littérature hongroise. Le Miracle de San Gennaro décrit les habitants des bassos de Pausilippe et leur curiosité pour un couple d’étrangers, installé depuis peu, et dont l’homme veut prétendument sauver le monde.

“«Vieille dame» à la dérive”, un article de Monique Baccelli


trad. de l’italien par Lise Chapuis
Christian Bourgois, 110 p., 17 €

Dans Vipère au poing, Hervé Bazin définissait si bien la marâtre que le surnom qu’il donnait en secret à sa propre mère est quasiment devenu un nom commun : une vraie folcoche, dit-on, de certaines femmes dénuées de sentiments maternels. Et c’est de ce spécimen humain, hélas indestructible, que Rosa Matteucci propose une image réactualisée, et légèrement exotique pour nous, puisque l’extravagante Ada sévit dans un petit village italien.

“Le «monde disparu» de Joseph Roth”, un article de Pierre Pachet

JOSEPH ROTH
CABINET DES FIGURES DE CIRE
précédé d’IMAGES VIENNOISES
trad. de l’italien et présenté par Stéphane Pesnel
Seuil, 238 p., 19 €

CLAUDIO MAGRIS
LOIN D’OÙ ?
trad. de l’italien par Jean et Marie-Noëlle Pastureau
Seuil, 480 p., 26 €

Panoptikum, en allemand, désigne un musée de figures de cire, comme Tussaud ou Grévin. C’était le titre choisi en 1930 par Joseph Roth pour l’un des recueils d’articles parmi lesquels Stéphane Pesnel a choisi avec goût les textes traduits et présentés dans ce volume.

“Les foules des oiseaux, des anges, des rats”, un article de Gilbert Lascault

EXPOSITION MARIE MOREL, PEINTURES
Halle Saint-Pierre 2 rue Ronsard, Paris 18e
10 septembre 2009 – 7 mars 2010
MARIE MOREL
Textes de Pascal Quignard, Pierre Bourgeade, Daniel Marchesseau
Éd. Chalut-Mots / Halle Saint-Pierre, 208 p., nb. ill. coul., 30 €

Dans les immenses tableaux de Marie Morel (née en 1954), les femmes à demi dénudées, les hommes, les oiseaux, les anges qui bandent, les rats, les arbres, les buissons s’accumulent, s’assemblent, s’amassent. Les êtres vivants (humains, animaux, végétaux) se fréquentent, s’approchent, se conjoignent. Ils s’accolent, se superposent, se stratifient. Ils s’aiment. Ils vibrent.

“Le grand poème shakespearien”, un article de Dominique Goy-Blanquet

MICHAEL EDWARDS
SHAKESPEARE : LE POÈTE AU THÉÂTRE
Fayard, 100 p., 22 €

Pourquoi un poète renonce-t-il à sa souveraineté en se pliant aux contraintes de la scène? That is the question, celle que se posent tous les poètes lecteurs de Shakespeare. La réponse esquissée par Michael Edwards ouvre un vaste champ de questions solidaires, à commencer par celle de la langue, « ce rapport intense avec la vie du langage dans la bouche et dans l’oreille ». Mais lui,le poète poéticien navigant entre deux idiomes, pourquoi a-t-il choisi le français pour revisiter cette œuvre où « Shakespeare donne libre cours à son désir d’entendre l’anglais dans la plénitude de son existence » ?

“Fragments d’un discours politique”, un article de Pierangelo Di Vittorio

COLLECTIF
MAURICE FLORENCE
ARCHIVES DE L’INFAMIE
Les Prairies ordinaires, 160 p., 14

Salué par Gilles Deleuze comme un « chef-d’œuvre », La Vie des homme infâmes est un texte dont on ne saurait négliger l’importance dans l’ensemble des écrits de Michel Foucault. Il est révélateur à la fois des enjeux durables de sa réflexion et des tensions provenant de l’actualité qui l’ont toujours traversée.

“Walter Benjamin et la radio”, un article de Jean Lacoste

PHILIPPE BAUDOUIN
AU MICROPHONE : Dr. WALTER BENJAMIN
Walter Benjamin et la création radiophonique 1929-1933
Éd. de la Maison des sciences de l’homme, coll. «Philia », 270 p., 25 €

Inépuisable Walter Benjamin! C’est tout un pan négligé de son œuvre d’écrivain et de théoricien que Philippe Baudoin met au jour dans un travail de recherche vraiment original qui, non seulement enrichit notre connaissance de Benjamin, ce qui est en soi précieux, mais encore constitue une réflexion actuelle sur ce médium toujours d’avenir qu’est la radio.

“Edgar Morin, un parcours atypique”, un entretien réalisé par Omar Merzoug

EMMANUEL LEMIEUX
EDGAR MORIN, L’INDISCIPLINÉ
Seuil, 569 p., 25 €

Omar Merzoug – À la fin de la biographie qui vous est consacrée, l’auteur dit que vous lui avez proposé d’écrire un ouvrage sur vos rapports avec la guerre d’Algérie, projet qui s’est transformé en biographie…

Edgar Morin – C’est possible, s’il le dit, c’est vrai. Ce dont je me souviens, c’est qu’il a réalisé un entretien pour le journal économique auquel il collaborait, et puis je pense que ça l’a conduit à s’intéresser davantage à moi. C’est par les soins d’une éditrice de chez La Martinière que s’est nouée l’idée qu’il fasse ma biographie…

“La question du corps”, un article de Maïté Bouyssy

JUDITH BUTLER
CES CORPS QUI COMPTENT
De la matérialité et des limites discursives du « sexe »
Éd. Amsterdam, 250 p., 24 €

Ces corps qui comptent reprend le dossier fondamental de la pensée de Judith Butler et appartient au moment fondateur de l’un des chantiers de l’histoire et des sciences humaines qui se sont le plus abondamment développés depuis vingt ans. Plus étayée et moins grand public que Trouble dans le genre, cette analyse de la production historique du corps est strictement constructiviste.

“Si vous avez compris…”, un article de Laurence Zordan

PAUL KRUGMAN
POURQUOI LES CRISES REVIENNENT TOUJOURS
Seuil, 201 p., 17 €

DANIEL COHEN
LA PROSPÉRITÉ DU VICE
une introduction (inquiète) à l’économie
Albin Michel, 283 p., 19 €

« Si vous avez compris ce que j’ai dit, c’est que je me suis mal exprimé » : cette boutade d’Alan Greenspan est, pour paraphraser Kant, révélatrice d’un ton grand seigneur adopté naguère en économie. Naguère, mais pas jadis, puisque c’était hier, avant la crise qui a défrayé la chronique, comme si la faille de la mécanique financière signait aussi la faillite d’un certain type de discours empreint de suffisance. Le retournement de conjoncture n’est pas le simple éclatement d’une « bulle » (terme consacré), car il fait également voler en éclats des schémas de pensée dissimulés sous une rhétorique absconse.

“Les mathématiques, plaisir et savoir”, un article de Jean-Michel Kantor

IAN STEWART
MON CABINET DE CURIOSITÉS
MATHÉMATIQUES
Flammarion, 374 p., 19 €

JEAN-MICHEL SALANSKIS
VIVRE AVEC LES MATHÉMATIQUES
Seuil, 154 p., 17 €

APOSTOLOS DOXIADIS et CHRISTOS H. PAPADIMITRIOU
LOGICOMIX
Illustrations d’Alecos Papadatos et Annie Di Donna
Bloomsbury, 347 p., 22,95 $

Les cabinets de curiosités ont fait rêver des générations d’enfants et d’adultes. Leur charme reposait sur le caractère hétéroclite des curieux objets proposés.

“Germaine et Antonin”, Lucien Logette

GERMAINE DULAC
LA COQUILLE ET LE CLERGYMAN
ALAIN & ODETTE VIRMAUX
ARTAUD/DULAC
Light Cone / Paris Expérimental Coffret comprenant le D.V.D. du film et le livre (160 p.)

«Qui a fait ce film ?» «C’est Madame Germaine Dulac.» «Qu’est-ce que Madame Dulac ? » «C’est une vache. »Le dialogue échangé à voix très haute par des spectateurs, membres non identifiés du groupe surréaliste, lors de la première projection publique de La Coquille et le Clergyman– « scénario Antonin Artaud, composition visuelle Germaine Dulac »– au cinéma des Ursulines le 9 février 1928, fait partie des phrases légendaires, comme«Nous sommes la claque et vous êtes la joue ! »de Desnos à la première de L’Étoile au front ou « Notre collaborateur Benjamin Péret insultant un prêtre »du n° 8 de La Révolution surréaliste. Et le scandale créé par cette intervention demeure dans les riches heures du mouvement dans sa période primitive.

“Bernard-Marie Koltès : vingt ans après”, un article de Monique Le Roux

BERNARD-MARIE KOLTÈS
NICKEL STUFF
Minuit, 128 p., 11,50 €
BERNARD-MARIE KOLTÈS
LETTRES
Minuit, 526 p., 19 €
BRIGITTE SALINO
BERNARD-MARIE KOLTÈS
Stock, 360 p., 21,50 €

ANDRÉ JOB
KOLTÈS, LA RHÉTORIQUE VIVE
Hermann, 136 p., 25 €

Deux décennies ont passé depuis la mort de Bernard-Marie Koltès. Au fil de l’année 2009, manifestations et publications se sont multipliées : commémoration conforme au statut d’un grand écrivain, quelque peu décalée par rapport à la singularité d’une œuvre et d’une personnalité.

“Ils n’ont pas aimé la musique. Dommage !”, un article de Thierry Laisney

SÉBASTIEN ARFOUILLOUX
QUE LA NUIT TOMBE SUR L’ORCHESTRE
Surréalisme et musique
Fayard, 541 p., 24 €

Dans son livre Que la nuit tombe sur l’orchestre, Sébastien Arfouilloux reconsidère l’opinion généralement admise selon laquelle le mouvement surréaliste n’aurait pas touché la musique. Au moyen d’une enquête approfondie, où abondent faits, œuvres et références, il examine les attirances et les influences réciproques qui s’exercèrent entre la musique et les surréalistes (ou les Dada, leurs précurseurs).

 

Les interviews filmées des collaborateurs – Jacques Fressard

A l’occasion du millième numéro de la Quinzaine, Gilles Nadeau a interviewé les membres du comité de rédaction. Voici les extraits vidéo de l’interview de Jacques Fressard, hispaniste et collaborateur de la Quinzaine depuis 1967.

Extrait 1 : “La Quinzaine à ses débuts”

Extrait 2 : “Les ouvrages difficiles”

Extrait 3 : “La Quinzaine est-elle élitiste ?”

Extrait 4 : “Des présidents intellectuels”

A venir ! Les interviews de tous les collaborateurs : Nicole Casanova, Georges-Arthur Goldschmidt, Jean-Michel Kantor, Colette Kerber, Jean Lacoste, Gilles Lapouge, Gilbert Lascault, Lucien Logette, Jean-José Marchand, Jean-Jacques Marie, Omar Merzoug, Vincent Milliot, Maurice Mourier, Pierre Pachet, Evelyne Pieiller, Michel Plon, Hugo Pradelle, Georges Raillard, Claire Richard, Jean-Pierre Salgas et Tiphaine Samoyault.

La Quinzaine n°1000, du 1er au 15 octobre

“La grippe comme métaphore“, un article de Laurence Zordan

ZYGMUNT BAUMAN
L’ÉTHIQUE A-T-ELLE UNE CHANCE DANS UN MONDE DE CONSOMMATEURS
Climats, 296 p., 23 €
PANDÉMIE GRIPPALE : L’ORDRE DE LA MOBILISATION
sous la direction d’Emmanuel Hirsch
Éd. du Cerf, 389 p., 20 €

L’éthique a-t-elle une chance dans un monde de consommateurs ? demande Zygmunt Bauman dans son dernier livre. La question pourrait être complétée par : un monde de consommateurs a-t-il une chance face à la pandémie s’il ne donne pas une chance à l’éthique ? L’ouvrage collectif dirigé par le directeur de « l’espace éthique » de l’Assistance publique des Hôpitaux de Paris montre qu’une crise sanitaire met en jeu les valeurs de la démocratie. À quelles conditions un ordre de mobilisation, non pas martial mais civique, face à la menace grippale peut-il être envisageable à l’heure de ce que Zygmunt Bauman appelle « le présent liquide », labilité généralisée où l’individualisme dénie toute consistance, y compris à lui-même ?

“Qui a fait tomber le mur de Berlin ?”, un article de Laurence Zordan

CYRIL BUFFET
LE JOUR OÙ LE MUR EST TOMBÉ
Larousse, 320 p., 18 €
FREDERICK TAYLOR
LE MUR DE BERLIN 1961-1989
J.-C. Lattès, 620 p., 218 €
MARC FERRO
LE MUR DE BERLIN ET LA CHUTE DU COMMUNISME EXPLIQUÉS À MA PETITE-FILLE
Le Seuil, 122 p., 8 €
MICHEL MEYER
HISTOIRE SECRÈTE DE
LA CHUTE DU MUR DE BERLIN
Odile Jacob, 346 p., 21 €

La question se pose en termes personnels, car ce ne sont pas les masses, mais des protagonistes qui ont pris des décisions telles que le symbole de la guerre froide s’est écroulé. Si assurément ils ne poursuivaient guère ce but, ils en ont toutefois été les initiateurs, involontaires mais insistants, avec une sorte d’obstination somnambulique. Les hommes font l’histoire, mais ils ne savent pas l’histoire qu’ils font. Les caciques ont certes été dépassés par les citoyens, mais la brèche inaugurale est, paradoxalement, le fait d’une révolution de palais, à huis clos. L’histoire se prête alors à la dramaturgie, véritable art de la composition théâtrale, avec ses conspirations et rebondissements.

“Une Afrique de « wassan kara »”, un article de Claire Richard

JACQUES JOUET
BODO
P.O.L, 362 p., 19,90 €

Qu’est-ce que le wassan kara ? Que dit de Gaulle quand il rencontre un Nigérien nommé Bodo au tabac de Colombey-les-Deux-Églises ? Que se passe-t-il si on promène le miroir de Stendhal au bord des routes de la province de Zinder, tout en laissant libre cours à une verve intarissable ? La réponse à toutes ces questions (et à bien d’autres) figure dans le dernier roman de Jacques Jouet, Oulipien qui a fait de l’Afrique aussi son pays.

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“Le livre des passages”, un article de Tiphaine Samoyault

PASCAL QUIGNARD
LA BARQUE SILENCIEUSE.
DERNIER ROYAUME VI
Le Seuil, 242 p., 18 €

Les précédents volumes de « Dernier royaume », Paradisiaques et Sordidissimes (après Les Ombres errantes, Sur le Jadis et Abîmes), exploraient des lisières du monde et de la vie. La Barque silencieuse, qui est d’abord bien sûr la barque de Charon, s’intéresse à tout ce qui fait passer d’un monde dans un autre, à une géographie du passage qui ne soit pas le dessin d’une transcendance.

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“Les imprévus du voyage”, un article de Jacques Fressard

JOSÉ SARAMAGO
LE VOYAGE DE L’ÉLÉPHANT
trad. du portugais par Geneviève Leibrich
Le Seuil, 218 p., 19 €

« Ne me parlez pas de la mort car je la connais. » C’est en ces termes que José Saramago répondait aux journalistes s’enquérant de sa santé au début de l’année 2008, à la sortie de cette clinique de Lanzarote qui l’avait accueilli très amaigri et affligé d’un hoquet incoercible.

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“En Toscane, et ailleurs…”, un article de Monique Baccelli

ANNA LUISA PIGNATELLI
LE DERNIER FIEF
trad. par Alain Adaken
Minos et La Différence, coll poche, 220 p, 8 €
LES GRANDS ENFANTS
trad. par Alain Adaken
Minos et La Différence, coll poche, 253 p, 8 €
NOIR TOSCAN
trad. par Alain Adaken
La Différence, 123 p., 14 €

Ce n’est pas sans raisons que les éditions Minos-La Différence publient en même temps trois romans d’Anna Luisa Pignatelli. Sans constituer une suite, ils tournent autour de deux phénomènes concomitants : la fin de la paysannerie traditionnelle, et l’abandon des campagnes au profit des villes.

“Les adieux”, de Vanessa Aubert

HYAM YARED
SOUS LA TONNELLE
Sabine Wespieser éd., 277 p., 21 €

Après L’Armoire des ombres, la poétesse libanaise Hyam Yared renoue avec la veine romanesque et dévoile son nouveau roman Sous la tonnelle. Quand une âme poétique et violente se retrouve au carrefour de l’inspiration romanesque, la plume se transforme en art. Dramatique. « J’étais née le jour où tu m’avais aimée. »

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“Un défenseur de l’ordre : Jean Cocteau”, un article de Jean José Marchand

JEAN COCTEAU
LE COQ ET L’ARLEQUIN, 1918
Stock (réédition), 144 p., 11 €
JEAN COCTEAU
OPIUM, 1930
Stock (réédition), 267 p., 12 €

Si sa poésie est flamboyante d’énigmes, la personnalité de Jean Cocteau semble beaucoup plus lisible. Il le disait lui-même : « Vous découvrirez plus tard que je fus un défenseur de l’ordre. »

“Regards sur les arts premiers”, un article de Georges Raillard

EXPOSITIONS
Musée du Quai Branly
La Collection
Un ouvrage collectif sous la direction d’Yves Le Fur,
directeur du Patrimoine et des Collections 480 pages illustrées, Éd. Skira-Flammarion,
musée du Quai Branly, 55 €
La passion des arts premiers. Regards de marchands
Exposition à la Monnaie de Paris du 9 septembre au 18 octobre 2009
Catalogue sous la direction d’Elena Martinez-Jacquet
Primedia Monnaie de Paris éd., 212 pages, 45 €
Medusa en Afrique
Exposition au Musée d’ethnographie, Genève, jusqu’au 31 janvier 2010
Catalogue : Medusa en Afrique. La sculpture de l’enchantement
Textes de Boris Wastiau, photographies de Johnathan Watts, 256 pages, 160 illustrations en couleurs, 49 €

Trois ouvrages qui retiennent l’attention : une anthologie des œuvres maîtresses du Quai Branly, la place actuelle des marchands dans la circulation des arts premiers, le pouvoir d’« enchantement » de ces œuvres. Des textes apportent des points de vue mesurés. Des expositions concomitantes, sur lesquelles s’ouvre à neuf notre regard, les soutiennent.

“Heidegger : modèle de séminaire ou séminaire modèle”, un article de François Vezin

MARTIN HEIDEGGER
INTERPRÉTATION DE LA DEUXIÈME
CONSIDÉRATION INTEMPESTIVE DE NIETZSCHE
Gallimard, 420 p., 35 €

Le mot séminaire a été singulièrement galvaudé depuis une quarantaine d’années. Partout on parle maintenant de séminaire, c’est tout juste si le Conseil des ministres qui se tient chaque mercredi à l’Élysée n’est pas rebaptisé : Séminaire gouvernemental !

“Entre connaissance et finance”, un article de Jean-Paul Deléage

EL MOUHOUB MOUHOUD – DOMINIQUE PLIHON
LE SAVOIR ET LA FINANCE,
LIAISONS DANGEREUSES AU CŒUR
DU CAPITALISME CONTEMPORAIN
La Découverte, 240 p., 18 €

Cet ouvrage livre l’étude précise des rapports actuels entre l’économie de la connaissance et le rôle central de la f inance. Depuis une trentaine d’ années en effet, le capitalisme subit une profonde mutation sous le double effet de la montée en puissance de la f inance désormais force planétaire ; et de la violence de l’impact des nouvelles technologies qui ont ouvert, aux sociétés industrielles, le seuil de l’ère de la « société de la connaissance ».

“Les pinsons des Galápagos – Darwin et les mystères de l’évolution”, un article de Jean-Michel Kantor

JEAN-CLAUDE AMEISEN
DANS LA LUMIÈRE ET LES OMBRES.
DARWIN ET LE BOULEVERSEMENT DU MONDE
Fayard/Le Seuil, 2008 (2e édition 2009), 500 p., 23 €
JOANNY MOULIN
UNE SCANDALEUSE VÉRITÉ
Éd. Autrement, coll. « Littératures », 391 p., 23 €

Avez-vous déjà rencontré un dodo ? Un diable de Tasmanie ? Certainement pas : ces animaux n’existent plus (le dodo ou dronte a disparu au XVIIe siècle), comme nombre d’espèces au cours des siècles, qu’on ne peut plus admirer qu’au dernier étage de la Galerie de l’évolution du Muséum d’ histoire naturelle. L’évolution des espèces, la naissance ou la disparition de certaines d’entre elles par exemple, ont été constatées depuis bien longtemps. Pour expliquer ces phénomènes, jusqu’au siècle dernier, on recourait à la volonté divine, ainsi de Georges Cuvier (1769-1832), et encore aujourd’hui les partisans du créationnisme.

La Quinzaine n°994, du 16 au 30 juin 2009

“Une secrète harmonie”, un article de Monique Baccelli

MARTA MORAZZONI
L’INVENTION DE LA VÉRITÉ
trad. de l’italien par Marguerite Pozzoli
Actes Sud éd., 151 p., 16 €

Tout lecteur averti sait que la tapisserie de la reine Mathilde se trouve à Bayeux, qu’elle date du XIe siècle, qu’elle fait soixante-dix mètres de long, et qu’elle relate les hauts faits d’armes de Guillaume le Conquérant. Peut-être sait-il aussi que John Ruskin, critique d’art anglais mort en 1900, est l’auteur de La Bible d’Amiens (traduite en français par Marcel Proust), ouvrage consacré à la cathédrale de cette ville. Ce qu’il ignore sans doute c’est le rapport qui existe entre le chef-d’oeuvre en toile et le chef-d’oeuvre en pierre.

“Des histoires à la fois simples et énigmatiques”, un article d’Agnès Vaquin

ANTONIO TABUCCHI
LE TEMPS VIEILLIT VITE
Gallimard éd., 186 p., 17,50 €

Le temps vieillit vite, un titre inspiré du « tachista geraskei chronos » cité en exergue du recueil. La formule vient d’un « fragment présocratique attribué à Critias ». Antonio Tabucchi regroupe là neuf « récits », des contes selon son coeur, qui paraissent dans leur version française avant d’être édités en Italie, pour cause de gravissime incompatibilité de l’auteur avec le régime de certain « mirliflore de la Telecom »…

“La vérité se trouve dans la fiction”, un article de Constance Quatrebarbès

MAURIZIO MAGGIANI
LE COURAGE DU ROUGE-GORGE
trad. de l’italien par Marguerite Pozzoli
Actes Sud éd., 381 p., 23 €

Maurizio Maggiani nous concocte une cuisine exotique et complexe pour son roman “Le Courage du rouge-gorge” où motifs, parallèles et digressions sont autant d’épices qui rehaussent la saveur de ce roman riche et inattendu.

“Une variation lucide sur la maternité”, un article de Claire Richard

ELENA FERRANTE
POUPÉE VOLÉE
(La figlia oscura)
trad. de l’italien par Elsa Damien
Gallimard éd., 176 p., 18 €

« Je commençai à me sentir mal après moins d’une heure de route. Ma brûlure sur le côté se réveilla mais je décidai pendant un moment de ne pas lui accorder d’importance. » Poupée volée s’ouvre sur une dérive et un accident. Une femme conduit sur une route en surplomb de la mer. Sous l’effet de la fatigue, elle est happée par le souvenir, ou l’hallucination, d’une scène de son enfance, et perd le contrôle de son véhicule.

“La liberté, cet « oiseau de rêve »”, un article de Gabrielle Napoli

EUGEN URICARU
ILS ARRIVENT LES BARBARES !
trad. du roumain par Marily Le Nir
Noir sur Blanc éd., 329 p., 23 €

Eugen Uricaru, une des voix d’opposition dans la Roumanie communiste, en tant que fondateur du groupe Echinox, donne à lire dans Ils arrivent les barbares ! un épisode particulièrement douloureux, et souvent oublié dans nos régions, de l’histoire roumaine. La « fictionalisation » de l’Histoire, pour utiliser un concept de Paul Ricoeur, entraîne le lecteur dans une époque tourmentée, en compagnie de personnages déroutants et parfois inquiétants.

“La maison de la dune”, un article de Hugo Pradelle

MICHÈLE LESBRE
SUR LE SABLE
Sabine Wespieser éd., 160 p., 17 €

Le nouveau livre de Michèle Lesbre poursuit avec modestie un travail sur le temps, la rencontre, le voyage, l’oubli, la force de la parole et le compagnonnage littéraire.

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“Oubli et mémoire”, un article de Hugo Pradelle

SEUMAS O’KELLY
LA TOMBE DU TISSERAND,
UNE HISTOIRE DE VIEUX HOMMES
TheWeaver’s Grave,A Story of Old Men)
trad. de l’anglais (Irlande) par Christine
Trividic et Jean-Claude Lorreau
Attila éd., 128 p., 15 €

EDGAR HILSENRATH
FUCKAMERICA : LESAVEUX DE BRONSKY
Fuck America : Bronskys Geständnis)
trad. de l’allemand par Jörg Stickan
Attila éd., 296 p., 19 €

En donnant à lire le récit puissant d’un Irlandais du début du XXe siècle et le roman échevelé d’un exilé allemand tonitruant, les jeunes
éditions Attila font redécouvrir deux auteurs superbement doués.

“Une vie peut en cacher une autre”, un article d’Alain Joubert

MICHEL DINTRICH
UN MUSICIEN CHEZ LES COUPEURS DE TÊTES
Mille et Une Nuits éd., 272 p., 17 €

Il est bien connu que, placé sous le signe de l’innocence, la première fois que l’on joue au poker, on peut gagner gros. Le poker ou autre chose, peu importe, c’est la première fois qui compte ! Jouer sa vie, par exemple ? Pourquoi pas !

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Soixante-dix poètes modernes de l’Amérique hispanique”, un article de Jacques Fessard

OMBRE DE LA MÉMOIRE
Anthologie de la poésie hispano-américaine
Établie et préfacée par Philippe Ollé-Laprune
Gallimard éd., 781 p., 35 €
CÉSAR VALLEJO
POÉSIE COMPLÈTE
trad. de l’espagnol (Pérou)
et présenté par Nicole Réda-Euvremer Flammarion éd., 406 p., 25 €

Le titre de cette superbe anthologie est emprunté au poète mexicain contemporain José Emilio Pacheco : « La poésie est l’ombre de la mémoire/mais elle sera la matière de l’oubli. »Pour conjurer le second vers, il a été fait appel ici à une douzaine d’excellents traducteurs
qui font vivre dans notre langue la parole de soixante-dix poètes modernes de l’Amérique hispanique, échelonnés sur près d’un siècle.

“Victor Hugo, vrai père du roman moderne”, un article de Jean Lacoste

JEAN-LOUIS CHRÉTIEN
CONSCIENCE ET ROMAN, I
La conscience au grand jour
Minuit éd., 287 p., 28 €

« Le roman se prétend instruit de tout ce qui se passe dans le coeur des héros » observe Stendhal dans les Chroniques italiennes. Cette prétention est constitutive du roman moderne – la prétention de connaître le for intérieur, de dévoiler le « coeur » qui se cache derrière les comportements visibles, de révéler la « conscience » – mais elle ne va pas de soi, en réalité, et c’est de cette interrogation que part le philosophe Jean-Louis Chrétien.

“Montmartre en 1907″, un article de Marie Etienne

ANDRÉ SALMON
LA NÉGRESSE DU SACRÉ-COEUR
Préface de Jacqueline Gojard Postface inédite de l’auteur
Gallimard éd., 300 p., 22 €

MAX JACOB,ANDRÉ SALMON
CORRESPONDANCE, 1905-1944
Édition établie, annotée et présentée par Jacqueline Gojard
« Les Cahiers de la NRF »
Gallimard éd., 360 p., 39 €

De même que la négresse du roman n’est pas Joséphine Baker mais la préfigure, de même André Salmon « fait entrer en poésie, avant Carco et Mac Orlan, le tambour du bal et l’accordéon des faubourgs », célèbre le cirque et les saltimbanques avant Max Jacob,
écrit sur New York avant Cendrars…

“Castoriadis : qu’en est-il de l’Être ?”, un article de Christian Descamps

CORNELIUS CASTORIADIS
HISTOIRE ET CRÉATION
Textes philosophiques inédits (1945-1967)
réunis, présentés et annotés par Nicolas Poirier
Seuil éd., 220 p., 21 €

La parution régulière des oeuvres de Castoriadis aux éditions du Seuil permet de donner à ce penseur sa vraie place – l’une des toutes premières (1). Cet ouvrage qui rassemble des inédits de 1945 à 1967, casse l’image, partielle donc fausse, d’un théoricien dont la vie aurait été partagée en deux moitiés étanches.

“La fierté d’être juif”, un article de Marc Lebiez

ERNST BLOCH
« SYMBOLE : LES JUIFS »
précédé de Les Juifs dans l’Utopie
par Raphaël Lellouche
L’Éclat éd., 176 p., 18 €

Ernst Bloch m’a longtemps fait l’effet d’être un peu trop chrétien. Ne le lisant qu’à travers les références que lui-même donne, je n’avais pas pris garde au fait que certains pouvaient voir dans son nom l’évidence du Juif. Voici que paraît un chapitre supprimé de L’Esprit de l’utopie qui commençait par ces mots : « S’éveille enfin la fierté d’être juif ».

“Le procès des Khmers rouges”, un article de Pierre Pachet

FRANCIS DERON
LE PROCÈS DES KHMERS ROUGES
Trente ans d’enquête sur le génocide cambodgien
Gallimard éd., 476 p., une carte hors-texte, 24,90 €

Le procès des dirigeants « khmers rouges » (l’expression française, forgée par le roi Norodom Sihanouk, a gagné une validité internationale) se déroule enfin à Phnom Penh devant un tribunal mixte cambodgien et international, plus de trente ans après la période de trois ans, huit mois et vingt jours, du 17 avril 1975 au 7 janvier 1979, pendant laquelle ces doctrinaires aux desseins insondables ont terrorisé et exterminé une grande partie de leur peuple : on estime le nombre des victimes par exécution, sous-alimentation, travail exténuant ou d’autres formes de mauvais traitements à 1,7 million au moins.

“Puissance de la statistique aux États-Unis”, un article de Jean-Paul Deléage

EMMANUEL DIDIER
EN QUOI CONSISTE L’AMÉRIQUE ?
Les statistiques, le New Deal et la démocratie
La Découverte éd., 318 p., 26 €

La Grande Dépression des années 1930 a bouleversé jusqu’à la conception que les Américains se faisaient d’eux-mêmes. Pour lancer le New Deal et répondre à la question cruciale : en quoi consiste l’Amérique ? L’administration Roosevelt a dû mettre au point un nouvel outil d’objectivation : les statistiques. Il s’agissait alors de forger de nouveaux instruments d’évaluation et de quantification de l’état du pays et de sa population.

“Théâtre de chambre”, un article de Monique Le Roux

MICHEL VINAVER
NINA, C’EST AUTRE CHOSE
Mise en scène de Guillaume Lévêque
Théâtre nationale de la Colline
jusqu’au 27 juin

De ses débuts militants avec le « Théâtre éclaté » d’Annecy à ses douze années à la tête du Théâtre national de la Colline, Alain Françon a effectué un parcours indissociable de celui de Michel Vinaver. À la fin de sa dernière saison en tant que directeur, il a confié la mise en scène de Nina, c’est autre chose à Guillaume Lévêque, artiste associé, qui fait redécouvrir une pièce quelque peu oubliée.

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