Luc Boltanski “Enigmes et complots”

IDÉES

Mettre en doute la réalité sociale, un article de JEAN LACOSTE (paru dans la Ql n°1057 du 15 mars 2012)

Est-ce une critique ? Est-ce un éloge ? L’essai, complexe et dense, de Luc Boltanski se prête en tout cas à plusieurs lectures distinctes. La préoccupation théorique semble avoir été première : le livre offre une réflexion sur les méthodes de la sociologie et la manière dont elle aborde, par des enquêtes, la réalité sociale. Mais vient ensuite, autour des notions d’énigme et de complot, une interprétation critique, assez passionnante, de cet « art mineur» de la littérature que forment le roman policier et le roman d’espionnage, surtout à leurs débuts. C’est le meilleur de l’ouvrage. Enfin, le sociologue appelle une lecture politique, indissociable, de son propre aveu, de cette « affaire de Tarnac » (le sabotage des lignes TGV) devenue un cas d’école de manipulation policière se transformant en mensonge d’État. 

LUC BOLTANSKI, ÉNIGMES ET COMPLOTS Une enquête à propos d’enquêtes, Gallimard, coll. « NRF Essais », 480 p., 23,90 euros

Il s’agit tout d’abord, pour Luc Boltanski, de rendre compte de l’émergence simultanée, à la fin du XIXe siècle, du roman policier et d’espionnage, de la notion psychiatrique de paranoïa, avec Kraepelin, et de l’enquête sociologique comme méthode scientifique. Trois domaines en apparence hétérogènes, mais qui ont en commun de mettre en doute la réalité sociale, de dévoiler « le peu de réalité de la réalité », de « travailler une contradiction » majeure au sein de cette réalité. Ces thématiques nouvelles de l’énigme et du complot répondent en fait à une crise de l’État, crise qui ne cesse de devenir de plus en plus aiguë, et de lui faire perdre sa légitimité. Initialement, l’ÉtatNation, en se dotant d’une police, prétendait pouvoir stabiliser, organiser et unifier la réalité sociale sur un territoire et une population bien définis. Il s’identifiait à une loi connue et appliquée par tous. « Projet démiurgique » qui devient de plus en plus illusoire à mesure que le système économique du capitalisme se rit des frontières, des nationalités et des règles et régulations que les États tentent d’imposer. Se pose alors la question mère de toutes les théories du complot (et la sociologie est dans une certaine mesure une théorie du complot) : qui détient le pouvoir, in fine ? Les politiques ? Les financiers ? Les juifs ? Les francsmaçons ? Le Vatican ? La Cagoule ? Le Kremlin ? « Moriarty, le Napoléon du crime » ?  Lire la suite

Walter Benjamin au complet

DOSSIER SPECIAL WALTER BENJAMIN

Alors que le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme consacre une très large exposition aux archives de Walter Benjamin, La Quinzaine littéraire après avoir publié un texte de Jean Selz “Walter Benjamin à Ibiza” (QL n °1046 et1047), met à votre disposition un dossier spécial regroupant quelques articles parus dans La Quinzaine entre 1968 et 2011.

Le but de ce dossier est moins de recenser de manière exhaustive les quelques dizaines des articles parus dans La Quinzaine se rapportant à l’oeuvre ou à la personne de Walter Benjamin (toutes les archives étant disponibles sur le site de La Quinzaine), que de proposer un aperçu subjectif du regard que le journal a et continue de poser sur une oeuvre inépuisable.

Lire le dossier spécial “Walter Benjamin au complet”

Au sommaire

Qui était Walter Benjamin ?, par Pierre Missac (in La Quinzaine littéraire n°56, 1968)

Walter Benjamin au complet, par Pierre Missac ( à propos de Walter Benjamin, Gesammelte Schriften, in La Quinzaine littéraire n°273, 1978)  Lire la suite

La Quinzaine n°1024, du 16 au 31 octobre 2010

“La voix de Caradec”, un article de Jean-Paul Goujon

FRANÇOIS CARADEC, ENTRE MIENS D’Alphonse Allais à Boris Vian, Flammarion, 932 p., 35 €

“Entre miens” : ce titre – qui est de l’auteur – ne montre-t-il pas déjà que nous avons affaire aux prédilections bien marquées d’un liseur hors série ? Et ces prédilections sont des plus variées, car la lecture de ce gros volume nous transporte d’Alphonse Allais à Max Jacob, de Rimbaud à Léo Malet, de Paul Léautaud à Boris Vian et tant d’autres.

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“Les souffrances se lavent dans la mémoire”, un article de Norbert Czarny

SOFI OKSANEN, PURGE, trad. du finnois par Sébastien Cagnoli, Stock, 400 p., 21,50 €

« Purge : débarrasser de ce qui altère, purifier. » C’est en gros ainsi que le dictionnaire définit ce nom, titre de l’un des romans les plus forts de cette rentrée. Un texte violent, tourmenté, aussi complexe que l’Histoire, dans des lieux que la guerre et les occupations ont travaillés.

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“Le dernier chant du défunt”, un article de Natacha Andriamirado

JEAN MATTERN, DE LAIT ET DE MIEL, Sabine Wespieser, 144 p., 17 €

« La télévision ou les journaux, depuis, m’ont confronté à tant d’images de gens jetés sur la route. L’humanité semble secrètement jouir de ce cycle éternellement renouvelé de l’exil. » De lait et de miel s’apparente au dernier chant du défunt. Un chant singulier de qui attend le seuil de la mort pour enfin s’exprimer.

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“L’appel de l’écriture”, un article d’Agnès Vaquin

ALAIN NADAUD, LA PLAGE DES DEMOISELLES, Léo Scheer, 190 p., 18 €

“La Plage des Demoiselles”, un recueil à caractère autobiographique, suite et complément au récit que l’auteur a publié en 2004 : “Les Années mortes”.

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“Une brûlure inguérissable”, un article de Claude Fierobe

EDNA O’BRIEN, CRÉPUSCULE IRLANDAIS, The Light of Evening, trad. de l’anglais (Irlande) par Pierre-Emmanuel Dauzat, Sabine Wespieser, 442 p., 24 €

Près de cinquante ans après “Les Filles de la campagne” (“The Country Girls”, 1960), qui lui valut à la fois la notoriété et les foudres de la censure dans son pays pour la description sans fard de l’éveil de la sensualité chez les jeunes Irlandaises, Edna O’Brien revient à ses thèmes de prédilection dans “Crépuscule irlandais” (“The Light of Evening”, 2006). À dire vrai, ils n’avaient jamais disparu de la quarantaine d’ouvrages qui jalonnent sa carrière littéraire.

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“Raymond Carver avant et après”, un article de Claude Grimal

RAYMOND CARVER, DÉBUTANTS, tome 1 des Œuvres complètes trad. de l’anglais (États-Unis) par J. Huet et J.-P. Carasso, Éditions de l’Olivier, 336 p., 22 € / PARLEZ-MOI D’AMOUR tome 2 des Œuvres complètes trad. de l’anglais (États-Unis) par G. Rolin, révisée par N. Zberro, Éditions de l’Olivier, 180 p., 14 €

En 1980, lorsque Raymond Carver reçut de son éditeur, Gordon Lish, le manuscrit « corrigé » de son deuxième recueil, Parlez-moi d’amour, il fut presque anéanti ; Lish avait coupé 50 % du texte de ses 17 nouvelles (trois se trouvaient même réduites de 70 %), changé le titre de dix d’entre elles et modifié la fin de quatorze. Carver écrivit à Lish une lettre pathétique le suppliant de ne pas publier le livre sous cette forme. Ce dernier refusa ; le volume, Parlez-moi d’amour, parut donc chez Knopff dans sa « version Lish », c’est-à-dire avec les transformations et suppressions radicales qui venaient d’être opérées, et connut un immense succès. Carver accepta la chose en même temps que l’attention nationale et internationale que l’ouvrage lui valut.

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“À fusiller immédiatement !”, un article de Jacques Fressard

RODOLFO WALSH, OPÉRATION MASSACRE, trad. de l’espagnol (Argentine) par Odile Begué, Christian Bourgois, 292 p., 21 €

Peut-être, à distance, ce qui paraît le plus étonnant aujourd’hui dans ce livre qui se réclamait implicitement dès 1957, par sa méthode d’écriture, de la non fiction novel, c’est son côté prémonitoire, qui en assurera la pérennité.

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“Les trahisons nécessaires”, un entretien de Javier Cercas, réalisé par Norbert Czarny

JAVIER CERCAS, ANATOMIE D’UN INSTANT, trad. de l’espagnol par Élisabeth Beyer et Alexsandar Grujicic, Actes Sud, 430 p., 24,80 €

Le 23 février 1981, des militaires armés investissent les Cortès, le Parlement espagnol. Au moment où il éclate, le chef du gouvernement, Adolfo Suarez, est au plus mal. La crise est politique, économique et le pouvoir est isolé. Le coup d’État sera de brève durée mais cette épreuve fait revivre des moments douloureux à la jeune démocratie. L’attitude de trois hommes sera déterminante et c’est cet « instant », le geste de Suarez, de Gutiérrez Mellado et de Santiago Carillo qu’analyse ou décompose le romancier Javier Cercas. Nous l’avons interrogé sur ce « roman étrange ».

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“Une éducation inachevée”, un article de Norbert Czarny

PHILIP ROTH, INDIGNATION, trad. de l’anglais par Marie-Claire Pasquier, Gallimard, 200 p., 17,90 €

Dès les premières lignes d’”Indignation”, le cadre historique est posé. On est en 1951 ; les États-Unis sont englués dans la guerre de Corée. Les tranchées sont remplies de jeunes conscrits et les assauts à la baïonnette menés par les Nord-Coréens et leurs alliés chinois font des champs de bataille de vraies boucheries. Le père de Marcus Messner est hanté par une seule chose : perdre son fils unique en Extrême-Orient.

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“Avec deux écrivains mexicains”, un entretien avec Sergio González Rodríguez et Guillermo Fadanelli réalisé par Hugo Pradelle

Sergio González Rodríguez, journaliste et écrivain, a consacré un livre profus – “Des os dans le désert” – à l’un des faits divers les plus atroces et les plus mystérieux de ces dix dernières années : les meurtres et disparitions d’un grand nombre de femmes autour de la ville de Juárez et sur l’impunité dont semblent jouir ceux qui les perpètrent. Loin d’une simple enquête journalistique, son récit entreprend des questions majeures pour notre époque, interrogeant à la fois la situation politique et économique de son pays et les dimensions esthétiques et intellectuelles que son travail définit peu à peu. La quête de vérité et de nomination que ce livre engage, telle une fouille obstinée d’un terrain, se prolonge dans L’Homme sans tête (2), manière de précis politique entremêlé de confi- dences autobiographiques qui explore le développement d’une certaine ritualisation de la violence par les groupes de narcotrafiquants qui infectent le Mexique.

Guillermo Fadanelli anime Moho, une revue inclassable et écrit depuis une vingtaine d’années des romans dans lesquels se fait jour un goût certain pour l’iconoclaste – Éduquer les taupes, L’Autre Visage de Rock Hudson ou Boue. À la fois profondément drôles et extraordinairement savants, ses romans établissent un univers étrange où s’en- trecroisent la philosophie et la culture populaire, les éléments les plus élevés et les plus prosaïques, où se joue une sorte de comédie pessimiste parfaitement réjouissante. À l’occasion du Festival America nous avons pu rencontrer ces deux écrivains qui, chacun à leur manière, interrogent la nature et l’état de leur pays, contrevenant aux codes établis, les débordant, s’interrogeant avec profondeur sur les rapports qu’ils entretiennent avec la langue, la réalité et une violence omniprésente.

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“Le Grand Khan des Lettres anglaises”, un article d’Alain Jumeau

GIORGIO MANGANELLI, VIE DE SAMUEL JOHNSON, édition établie et présentée par Salvatore Silvano Nigro trad. de l’italien par Dominique Férault, Gallimard, coll. « le Cabinet des Lettrés », 133 p., 19,90 € / SAMUEL JOHNSON, VIE DE RICHARD SAVAGE, trad. de l’anglais par Lionel Leforestier, Gallimard, coll. « Le Promeneur », 113 p., 19,50 €

C’est le romancier Tobias Smollett qui attribua le surnom de « Grand Khan des Lettres » à Samuel Johnson (1709-1784), le poète, essayiste, critique, journaliste et lexicographe, dont la silhouette impressionnante et pachydermique donnait encore plus de poids à ses jugements tranchants, définitifs, parfois féroces, mais rarement injustes et toujours respectés. Deux petites publications récentes permettent de mieux cerner la personnalité de celui qui domina la littérature anglaise du XVIIIe siècle.

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“Hölderlin revu et corrigé”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

WILHELM WAIBLINGER VIE, POÉSIE ET FOLIE DE FRIEDRICH HÖLDERLIN, trad. de l’allemand par Lionel Duvoy, Allia, 74 p., 10 €

C’est à Rome en 1827-28 que Wilhelm Waiblinger écrivit son petit livre (72 pages) sur la « folie » de Friedrich Hölderlin. Ce livre est plus un éloge de l’auteur lui-même et de sa juvénile « sagesse » quelque peu protectrice qu’un véritable témoignage.

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“Arman, l’homme arme”, un article de Gilbert Lascaut

EXPOSITION et PUBLICATIONS ARMAN Centre Pompidou 22 septembre 2010 – 10 janvier 2011 / JEAN-MICHEL BOUHOURS et coll. ARMAN catalogue-livre Éd. Centre Pompidou, 360 p., 300 ill. coul., 49,90 € / FONDATION A.R.M.A.N. VU, PRIS : ARMAN Skira/Flammarion, 128 p., 100 ill., 18 €

Bien agencée et pensée par Jean-Michel Bouhours, robuste et élégante, l’exposition d’Arman (1928-2005) rassemble 120 œuvres bien choisies. Elle suggère les cases d’un damier. Elle donne à voir la multiplicité des objets, leur dégradation, leur rayonnement.

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Des rencontres heureuses”, un article de Georges Raillard

EXPOSITIONS et PUBLICATIONS FRANCE 1500, entre Moyen Âge et Renaissance Galerie nationale du Grand Palais 6 octobre 2010 – janvier 2011 / VISIONS CONTEMPORAINES DE MARGUERITE D’AUTRICHE Monastère royal de Brou à Bourg-en-Bresse 2 octobre 2010 – 24 janvier 2011 Catalogue présenté par Magali Briat-Philippe Éd. Monastère royal de Brou, 96 p., 16 € / ARSENAL 1995-2010 Musée de Soissons Ouvrage rétrospectif Éd. Musée de Soissons/ADACS, 160 p., 20 €

Paris, au Grand Palais, Soissons, à l’Arsenal, Bourg-en-Bresse, au Monastère royal de Brou : des lieux célèbres ou méconnus où cette semaine l’on pouvait être conduit, comme je l’ai été, à penser que l’art rendait heureux, bien loin, sans doute, des mômeries exhibées à Versailles.

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“Raymond Queneau et les premières années de l’Oulipo”, un article de Jacques Duchateau

Lorsqu’en novembre 1960 Raymond Queneau créa l’Ouvroir de littérature potentielle – avec François Le Lionnais à l’origine de cette idée – il connaissait personnellement depuis plusieurs années huit des membres co-fondateurs de cet Oulipo, dont la plupart se connaissant déjà continueront de se voir en dehors des réunions mensuelles.

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“Merleau-Ponty en perspective”, un article de Jean Lacoste

MAURICE MERLEAU-PONTY Œuvres Gallimard, coll. « Quarto », 1 848 p., 35 €

L’édition des Œuvres de Simone Weil dans la collection « Quarto » avait été une belle réussite, qui avait bien révélé toutes les dimensions de la philosophe. Les éditions Gallimard reprennent la formule pour Maurice Merleau-Ponty, dans un volume compact de plus de 1 800 pages, organisé par Claude Lefort – tout récemment décédé, hélas – et qui comporte une substantielle chronologie « Vie et œuvre », riche de documents photo- graphiques et de citations, notamment tirées d’entretiens inédits avec Georges Charbonnier de 1959.

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“La rêverie cosmique de Louis Auguste Blanqui”, un article de Jean M Goulemot

LOUIS AUGUSTE BLANQUI L’ÉTERNITÉ PAR LES ASTRES introduction et notes par Lisa Block de Behar, Éd. Slatkine, 202 p., 33 €

Que sait-on aujourd’hui de Louis Auguste Blanqui ? Ses proclamations, ses appels incessants à l’insurrection ont-ils aujourd’hui des lecteurs ? Se rappelle-t-on même qu’il publia un journal (1880-1881) qui s’intitulait “Ni Dieu, ni Maître” ? Lit-on encore le livre que lui consacra Gustave Geoffroy, L’Enfermé, en 1926 ? Et pourtant il suscita d’ardentes admirations.

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“La parlure quotidienne”, un article de Jean-Claude Chevalier

CLAUDINE NORMAND PETITE GRAMMAIRE DU QUOTIDIEN Paradoxe de la langue ordinaire préface de Mustapha Safouan, Hermann, coll. « Psychanalyse », 235 p., 25 €

Claudine Normand est un chercheur curieux : éprise de littérature, elle est venue tard à la linguistique ; agrégée de grammaire à qui l’Université avait laissé tout ignorer de Saussure et du structuralisme jusqu’à la quaran- taine (elle s’en est expliquée plusieurs fois), elle s’est alors convertie à la psychanalyse et conjointement – ce qui est logique – à une linguistique de l’énonciation préoccupée des valeurs et des significations.

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“La malédiction des cheveux”, un article de Hugo Pradelle

ALAN PAULS HISTOIRE DES CHEVEUX Historia del pelo trad. de l’espagnol (Argentine) par Serge Mestre, Christian Bourgois, 224 p., 18 €

Alan Pauls signe un nouveau précis, cette fois-ci capillaire, qui ordonne une conscience chaotique, confirmant à la fois une certaine idée de l’Histoire et un questionnement essentiel sur les formes mêmes du monde et du discours.

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La Quinzaine n°1021, du 1er au 15 septembre 1021

“Lucidité enfantine”, un article de Hugo Pradelle

ALAIN MABANCKOU
DEMAIN J’AURAI VINGT ANS
Gallimard, 384 p., 21 €

Alain Mabanckou s’enfouit dans la voix d’un enfant qui témoigne de son monde intérieur et ausculte l’indépendance de son pays et les vicissi- tudes de la politique internationale des années soixante-dix. Un regard d’une grande lucidité et une voix d’une truculence délicieuse.

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“Jules et Jim en yiddish”, un article de Norbert Czarny

ROBERT BOBER
ON NE PEUT PLUS DORMIR TRANQUILLE QUAND ON A UNE FOIS OUVERT LES YEUX
P.O.L, 290 p., 17 €

« Mon vice à moi, c’est d’aimer les histoires. » Le propos est de Robert Giraud, grand explorateur de Paris, de ses recoins et bistrots. Il vaut pour Robert Bober qui le cite dans son dernier roman, au titre emprunté à Reverdy, On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux. Bober aime les anecdotes, les récits qui rebondissent et se font écho, les personnages, réels ou imaginaires, qui se croisent et donnent à la trame romanesque une densité plus grande.

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“Plongée en apnée dans le post-exotisme”, un article de Claire Richard

LUTZ BASSMAN, LES AIGLES PUENT, Verdier, 160 p., 16 € /
MANUELA DRAEGER, ONZE RÊVES DE SUIE, L’Olivier, 204 p., 18 € /
ANTOINE VOLODINE, ÉCRIVAINS, Seuil, 192 p., 17,50 €

Trois auteurs, trois livres. Mais trois modulations d’une même voix, trois entrées sur un monde unique. Y plonger est une expérience de lecture sans équivalent, qui conjugue l’onirique et le politique, le lyrisme de la défaite et l’humour du désastre. Et vous laisse hanté, convaincu que l’œuvre qui s’édifie de livre en livre, de nom en nom, est l’une des plus fascinantes de la littérature contemporaine.

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“Mauvaise odeur”, de Norbert Czarny

MARC WEITZMANN, QUAND J’ÉTAIS NORMAL, Grasset, 240 p., 18,50 €

Une terrible odeur hante les nuits de Paris en cet été 2003. On se rappelle sans doute la canicule qui étouffait la ville, et qui provoqua tant de morts, parmi les personnes âgées souvent seules, souvent pauvres. C’est dans ce paysage désolé, ce cadre étouffant que se termine le face-à-face entre Gilbert Bratsky et Didier Leroux, principaux protagonistes de “Quand j’étais normal”.

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“Un roman japonais”, un article de Norbert Czarny

OLIVIER ADAM LE CŒUR RÉGULIER L’Olivier, 240 p., 18 €

« Sentir battre en moi un cœur régulier » : tel est le souhait de Sarah, narratrice du roman d’Olivier Adam. Entre l’univers glacial dans lequel elle survit jusqu’au brutal décès de Nathan, son frère, et la fièvre qui animait ce dernier, l’héroïne cherche au Japon « un abri » : une forme de paix qui ne soit pas renoncement, oubli de ce qu’elle est, au fond. Et le roman raconte cette quête et reconquête de soi.

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“Écrire le travail aujourd’hui”, un article de Norbert Czarny

THIERRY BEINSTINGEL, RETOUR AUX MOTS SAUVAGES, Fayard, 300 p., 19 €

Les mots sauvages n’entrent pas dans la « procédure ». Ils échappent au canevas que l’on a donné au téléopérateur, cette figure anonyme ou absente que l’on imagine à peine derrière son casque. Éric est dans ce roman le pseudonyme de ce « nouveau ». Autre nom, absence de corps : le travail d’aujourd’hui, comme la politique, est affaire de langage. Comme la littérature aussi, qui rend leur sens aux mots.

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“Au temps des Brigades rouges”, un article de Monique Baccelli

GIORGIO VASTA, LE TEMPS MATÉRIEL, trad. de l’italien par Vincent Raynaud, Gallimard, 361 p., 21,50 €

Le ton est donné dès les premières lignes : pendant que la mère tourne le dos pour distribuer une pâtée grisâtre à des chats squelettiques et galeux, son jeune fils applique de toutes ses forces un bout de fil de fer barbelé sur le flanc du plus mal en point, l’« estropié de naissance ». Le lecteur sait d’emblée qu’il n’aborde pas un roman rose.

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“Des hommes”, un article de Norbert Czarny

THOMAS HEAMS-OGUS, CENT SEIZE CHINOIS ET QUELQUES, Seuil, coll. « Fiction & Cie », 132 p., 15 €

Dans les dernières pages de son roman, Thomas Heams-Ogus donne la liste des cent seize Chinois transférés en mai 1942 du camp de Tossicia à celui d’Isola del Gran Sasso, dans les Abruzzes. L’histoire que le jeune romancier raconte est de celles qu’on n’invente pas. La façon dont il le fait témoigne de la puissance de la littérature, et de la poésie en particulier.

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« Quand on parle de soi, on ne doit pas tricher », Propos recueillis et filmés par Gilles Nadeau, visibles sur le blog en cliquant sur ce lien

BERNARD RUHAUD, SALUT À VOUS ! Maurice Nadeau, 206 p., 18 €

Bernard Ruhaud vient de publier aux éditions Maurice Nadeau, Salut à vous !, un roman autobiographique en trois séquences qui décrit, avec beaucoup de verve, la vie de famille d’un militant du Parti communiste de la « Banlieue rouge » dans les années soixante, puis la trajectoire, hors du Parti, de son auteur.

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“Un poète-forgeron”, un article d’Odile Hunoult

JEAN-PAUL MICHEL, JE NE VOUDRAIS RIEN QUI MENTE, DANS UN LIVRE, Flammarion, coll. « Poésie », 320 p., 19,50 €

Troisième recueil de Jean-Paul Michel dans la collection d’Yves Di Manno. Comme le premier, Le plus réel est ce hasard, et ce feu (poèmes 1976-1996), il couvre toute la période créatrice, et reprend Défends-toi, Beauté violente ! (1), du second volume. Je ne voudrais rien qui mente, dans un livre est une architecture, pas une enfilade chronologique.

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“L’arrivée à l’écriture”, un article de Tiphaine Samouyault

HÉLÈNE CIXOUS, LE RIRE DE LA MÉDUSE ET AUTRES IRONIES, préface de Frédéric Regard, Galilée, 199 p., 29 €

Le fait est connu : les voies de la réception sont impénétrables et la circulation des textes obéit à des circonstances plus qu’à des lois. Il n’em- pêche : l’incroyable fortune à l’étranger des deux textes d’Hélène Cixous publiés en 1975 et rassemblés pour la première fois en un volume, le relatif dédain dont ils ont fait l’objet en France ont de quoi surprendre ou désoler.

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“Les lendemains qui pensent”, un article de Laurence Zordan

De quoi l’avenir intellectuel sera-t-il fait ? Enquêtes 1980, 2010, Revue Le Débat, 509 p., 22,50 € / LAWRENCE W. LEVINE CULTURE D’EN HAUT, CULTURE D’EN BAS, L’émergence des hiérarchies culturelles aux États-Unis trad. de l’américain par Olivier Vanhée et Marianne Woollven La Découverte, 316 p., 26 € / MIGUEL ABENSOUR L’HOMME EST UN ANIMAL UTOPIQUE Éd. de la nuit, 263 p., 25 €

Au lieu des lendemains qui chantent, les lendemains qui pensent ? Trois chemins mènent à cette perspective inattendue. Premier itinéraire : l’avenir des hommes supplanté par l’avenir intellectuel, celui-ci portant les couleurs du numéro anniversaire de la revue Le Débat. Deuxième parcours : la révolution par les masses étouffées sous la culture pour l’élite, en une surprenante trajectoire décrite dans Culture d’en haut, culture d’en bas, contraste plus singulier encore à la lumière du titre anglais original. Celui- ci emprunte en effet à la phrénologie, soulignant l’irréductible différence entre les formes et contenances des crânes, la « culture d’en bas » devenant alors celle d’un front bas, sans noblesse. Troisième cheminement : au lieu de la peur du lendemain, la griserie d’ouvrir des brèches d’avenir, sous prétexte que « L’homme est un animal utopique ». Trois ouvrages ambitieux : avec le premier, le temps qui pense retient le temps qui passe. Avec le second, une benoîte analyse historique prend des allures de brûlot politique. Avec le troisième, penser est synonyme de peser en passant au trébuchet des textes que l’on croyait connaître.

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“La voix même de la littérature”, un article de Jean Lacoste

JEAN-CLAUDE MATHIEU, ÉCRIRE, INSCRIRE, Images d’inscriptions, mirages d’écriture, José Corti, coll. « les Essais », 632 p., 29 €

Le lecteur pressé, à qui ce beau et substantiel livre n’est pas destiné, pourra s’étonner de cette composition en mosaïque, de cette marqueterie de citations associées, accumulées, combinées, chacune bien identifiée dans les notes, mais comme intégrée au discours très écrit de Jean-Claude Mathieu. Comme si, derrière les voix très diverses des écrivains cités devait se faire entendre la voix même de la littérature, telle qu’elle voit et vit le monde (la « voix de Personne », est-il dit). L’autorité de l’auteur de chacune des citations s’efface – qu’il s’agisse de Hugo, de Mallarmé, de Dante ou de Baudelaire – pour donner plus d’éclat encore au témoignage pour ainsi dire anonyme et objectif, partagé, qu’il apporte sur les phéno- mènes apparentés et pourtant contraires de l’écriture et de l’inscription.

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“Kracauer, chiffonnier mélancolique (et cinéphile)”, un article d’Enzo Traverso

SIEGFRIED KRACAUER, THÉORIE DU FILM La rédemption de la réalité matérielle, trad. de l’anglais par Daniel Blanchard et Claude Orsoni, édité et présenté par Philippe Despoix et Nia Perivolaropoulou, préface de Jean-Louis Leutrat, Flammarion, 516 p., 32 € / OLIVIER AGARD, KRACAUER, LE CHIFFONNIER MÉLANCOLIQUE, CNRS Éditions, 391 p., 28 €

Dans une lettre à Georg Simmel de 1917, Siegfried Kracauer se définissait comme un « homme-œil » (Augenmensch). Les images ont toujours été au centre de sa réflexion, comme un moyen privilégié pour déchiffrer le réel. Pendant la République de Weimar, lorsqu’il écrivait pour les pages culturelles de la Frankfurter Zeitung, le principal quotidien allemand de l’époque, il publia plusieurs centaines de critiques de films, aujourd’hui rassemblées en trois gros tomes de son œuvre complète.

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“La France, terre nourricière du fascisme”, un entretien réalisé par Omar Merzoug

ZEEV STERNHELL, LES ANTI-LUMIÈRES, UNE TRADITION DU XVIIIe SIÈCLE À LA GUERRE FROIDE, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 942 p., 11,78 €

Historien et penseur politique israélien, Zeev Sternhell s’est intéressé de près aux origines françaises du fascisme. Dans La Droite révolutionnaire, il a soutenu des thèses qui ont provoqué des réactions passionnées. À l’oc- casion de la publication de son dernier livre, La Quinzaine littéraire a souhaité en savoir davantage sur les récents développements de la pensée de cet historien controversé.

Omar Merzoug – Vos travaux sur les racines françaises du fascisme ont provoqué des contro- verses, voire des polémiques. Raymond Aron, Pierre Milza et Michel Winock ont contesté tout ou partie de vos analyses. Est-ce que vous main- tenez, d’une part, que le fascisme a des origines françaises et, d’autre part, que les idées fascistes avaient réalisé une profonde pénétration en France à la veille de la Seconde Guerre mondiale ?

Zeev Sternhell – Je maintiens non seulement ces deux idées-là mais plus je travaille sur ces ques- tions, plus je suis convaincu que les choses sont telles que je les dis dans mes ouvrages. J’ai commencé mon travail en m’intéressant au natio- nalisme de Maurice Barrès… Retrouvez la suite de cet entretien dans le numéro 1021 de la Quinzaine.

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“Musique du silence”, un article de Lucien Logette

RÉTROSPECTIVE ERNST LUBITSCH Cinémathèque française, 25 août-10 octobre €
ERNST LUBITSCH, L’ÉVENTAIL DE LADY WINDERMERE, DVD, éditions Montparnasse (en vente le 7 septembre), 15 €

« Doors ! Doors ! Doors ! »… C’est ce que reprochait Mary Pickford, à Ernst Lubitsch. Elle l’avait fait venir de Berlin en 1923 pour la diriger dans Rosita, prévu pour transformer la « petite fiancée de l’Amérique » en héroïne « normale » – malgré ses trente ans bien sonnés, elle continuait en effet à incarner des gamines ou des gamins, de Pollyana au petit lord Fauntleroy. Plutôt que s’intéresser à elle, vedette la mieux payée d’Hollywood, le réalisateur allemand semblait préférer filmer des portes. La « forever young » Mary avait-elle raison ? Notre lointain souvenir de Rosita ne nous autorise pas à trancher. Mais la rétrospective complète de Lubitsch que nous offre la Cinémathèque réglera la question.

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“Les confidences d’une photographie”, suite et fin de l’article consacré à une photo récemment retrouvée de Rimbaud à Aden en 1880 (QL n° 1 019), par Jean-Jacques Lefrère

Identification des autres personnages

Après Rimbaud et Lucereau, restait à mettre un nom sur les autres personnages. Avant de connaître la date du cliché, nous nous étions posé la question de l’identification d’Alfred Bardey, patron de Rimbaud à Aden, au barbu assis à l’extrême-gauche, mais ne regrettons pas aujourd’hui d’avoir formulé cette hypothèse au conditionnel. Le seul portrait connu de Bardey est une photographie qui fut communiquée en novembre 1883 par l’intéressé à la Société de géographie de Paris : elle établit que Bardey, individu à la physionomie pleine d’énergie, aux cheveux denses et coupés court, ayant 26 ans en 1880 – il était né la même année que Rimbaud – n’est pas le barbu déjà dégarni, même sur les tempes, qui apparaît sur la photographie d’Aden. De plus, en août 1880, Alfred Bardey venait de partir pour un voyage d’exploration commer- ciale en Abyssinie : son absence sur le portrait de groupe de l’Hôtel de l’Univers ne saurait donc surprendre… Retrouvez la suite de cet article dans le numéro 1021 de la Quinzaine littéraire.

La Quinzaine n°1017, du 16 au 30 juin 2010

“Un orphelin heureux”, un article de Monique Bacelli

ERRI DE LUCA
LE JOUR AVANT LE BONHEUR
trad. de l’italien par Danièle Valin
Gallimard, 144 p., 15 €

L’enfance napolitaine qui fut celle d’Erri De Luca est si riche, sidécisive, qu’elle sert de base à la plupart de ses romans, où elle apparaît chaque fois sous un nouvel aspect. Les strates se superposent, sans la moindre redite, et finiront peut-être par éclairer, en partie du moins, un individu hors du commun.

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“La montagne sacrée, l’incroyant et la littérature”, un article de Claire Richard

FRANK WESTERMAN
ARARAT
Christian Bourgois, 348 p., 23 €

Pour la Bible, le mont Ararat est le lieu de l’alliance entre Dieu et les hommes. Pour les scientifiques, un mystère géologique. Pour l’OTAN, un lieu stratégique. Tourmenté par son propre rapport à la religion et à la science, l’écrivain néerlandais Franck Westerman part à sa recherche, dans un livre qui mêle récit de voyage, autobiographie, et réflexion sur la connaissance. Une exploration passionnante du « domaine crépusculaire entre croire et savoir ».

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“Bohème et cosmopolite”, un article de Norbert Czarny

DANILO KI´S
VARIA
trad. du serbo-croate par Pascale Delpech
Fayard, 320 p., 20 €

Plus de vingt ans ont passé depuis la mort de Danilo Ki´s, plus de dix depuis la publication de l’ensemble de ses pièces, dans “Les Lions mécaniques”. L’oeuvre de cet écrivain né à Subotica, dans ce qu’on appelait la Yougoslavie est presque entièrement traduite en français. Les jeunes générations peuvent désormais découvrir cet ensemble aussi riche que varié.

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“Celan poète et traducteur”, un article de Tiphaine Samoyault

ALEXIS NOUSS
PAUL CELAN
LES LIEUX D’UN DÉPLACEMENT
Le Bord de l’eau, 382 p., 24 €

Spécialiste de la traduction et du métissage – il est l’auteur, avec François Laplantine, d’un notable dictionnaire des métissages –, Alexis Nouss fait paraître un monumental ouvrage sur Paul Celan, ressaisissant son oeuvre sous le signe du déplacement et de la traduction.

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“Le romancier était aussi poète”, un article de Jacques Fressard

JULIO CORTÁZAR
CRÉPUSCULE D’AUTOMNE
Salvo el crepúsculo
trad. de l’espagnol (Argentine) par Silvia Baron Supervielle
José Corti, 343 p., 22 €

Le hasard fait parfois merveilleusement les choses. Au moment même où paraissent dans la « Bibliothèque de la Pléiade » – après tant de vicissitudes – les deux tomes des oeuvres enfin complètes de Borges, voici que s’offre à nous un volume capital, inédit jusqu’ici en français, des poèmes de l’auteur de cette Marelle qui fit fureur dans les années soixante en proposant d’emblée, dès l’avertissement initial, une lecture aléatoire des chapitres de ce volumineux roman.

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“Lire Pétrarque aujourd’hui”, un article de Maurice Mourier

PÉTRARQUE
CHANSONNIER
RERUM VULGARIUM FRAGMENTA
édition critique nouvelle de Giuseppe Savoca, introduction de François Livi, traduction française inédite et commentaire de Gérard Genot deux volumes sous emboîtage / Les Belles Lettres, 909 p., 89 €

« Fragments de choses – l’auteur ne dit même pas de “chansons” – en langue vulgaire » : c’est ce titre volontairement dépréciatif que choisit Pétrarque, sans doute entre 1359 et 1362, pour qualifier le premier regroupement de ses poésies italiennes copiées par son ami Boccace, son cadet de neuf ans.

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“L’atelier de Garache”, un article de Georges Raillard

MARIE DU BOUCHET,
FLORIAN RODARI et ALAIN MADELEINE-PERDRILLAT
ENTRETIENS AVEC CLAUDE GARACHE
Hazan, 98 p., 47 reproductions, 28 €

Claude Garache (né en 1929) est un artiste qui passe pour singulier. Depuis un demi-siècle il peint en rouge (quatre cadmiums) un même nu : des peintures à partir de milliers de modèle. Poètes, écrivains, hommes de science ont commenté l’oeuvre de Garache. Manquait seulement une voix, celle de Claude Garache. Pour la première fois le peintre parle, répondant avec sa précision coutumière à trois interlocuteurs accordés à cet oeuvre.

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“Chaucer poète, penseur, humaniste”, un article de Léo Carruthers

GEOFFREY CHAUCER
LES CONTES DE CANTERBURY ET AUTRES OEUVRES
traduits et commentés par André Crépin, Jean-Jacques Blanchot, Florence Bourgne, Guy Bourquin, Derek Brewer, Hélène Dauby, Juliette Dor, Emmanuel Poulle, James Wimsatt
Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1 650 p., 35 €

Si l’oeuvre la plus célèbre de Geoffrey Chaucer (env. 1343-1400) est incontestablement “Les Contes de Canterbury”, à laquelle l’auteur anglais doit sa renommée internationale, elle est très loin d’être sa seule composition. Mais jusqu’ici, ses écrits étaient inaccessibles, pour la majorité d’entre eux, au public francophone.

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“Comprendre Kafka”, un article de Laurent Joly

BERNARD LAHIRE
FRANZ KAFKA. ÉLÉMENTS POUR UNE THÉORIE DE LA CRÉATION LITTÉRAIRE
La Découverte, 633 p., 26 €

« L’acte littéraire est sans cause et sans fin », écrivait Roland Barthes à propos de Franz Kafka, signifiant ainsi l’impossibilité de toute objectivation scientifique du processus de création : l’oeuvre d’art, le génie ne s’expliquent pas… Dans ce livre important consacré à Kafka, le sociologue Bernard Lahire s’attaque à ce mythe du « mystère » de la création artistique.

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“L’émancipation en question”, un article de Laurence Zordan

GABRIEL ROCKHILL et ALFREDO GOMEZ-MULLER (dir.)
CRITIQUE ET SUBVERSION DANS LA PENSÉE CONTEMPORAINE AMÉRICAINE
Seyla Benhabib, Nancy Fraser, Judith Butler, Immanuel Wallerstein, Cornel West, Michael Sandel, Will Kymlicka trad. de Marie Garrau
Éd. du Félin, 192 p., 22 €

De quelle manière la théorie critique aujourd’hui a-t-elle prise sur les débats et les combats en faveur de l’émancipation ? Les enjeux mis en évidence par l’École de Francfort doivent-ils être revus à la lumière de la « Gauche américaine » ? Comment ce qui aurait pu rester cantonné aux cénacles philosophiques en vient-il à irriguer tout un questionnement allant au-delà du penser radicalement pour agir librement ? En quoi des universitaires aux États-Unis peuvent-ils contribuer à frayer des pistes universelles ? En posant la subversive question du cadrage. On ne se contente pas de montrer que la vision est bornée. On apprend à voir. La subtilité de l’argumentation égale la massivité de l’ambition : jeter les bases d’un projet de transformation éthique du monde en s’affranchissant des cadres impensés de la pensée (et du pensable), sans imposer pour autant un autre cadre tributaire du même… cadrage inavoué.

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“Chez Ernst Jünger”, un article de Jean Lacoste

PHILIPPE BARTHELET et ÉRIC HEITZ
LE VOYAGE D’ALLEMAGNE
Gallimard, coll. « Le sentiment géographique », 242 p., 18 €

JEAN-LOUIS HUE
L’APPRENTISSAGE DE LA MARCHE
Grasset, 232 p., 17 €

L’Allemagne, ce pays si lointain, le plus mal connu et le plus remuant de nos voisins… Les visiteurs venus de France y ont souvent leur ville d’élection : les poètes vont à Tübingen, et les germanistes à Weimar, les banquiers (et les éditeurs) à Francfort, les musiciens et les snobs à Bayreuth, les plus branchés à Berlin. Philippe Barthelet et Éric Heitz, eux, ont choisi de se rendre à Wilflingen, un village perdu de Haute-Souabe, « le lieu d’Allemagne le plus éloigné de toute gare », quelque part au nord du lac de Constance, près de la petite ville de Riedlingen.

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“Le fils oublié de Léon Trotsky”, un article de Jean-Jacques Marie

SERGE SEDOV,
MILAIA MOIA RESNITCHKA – SERGUEI SEDOV
PISMA IZ SSYLKI (LETTRES D’EXIL)
Saint-Pétersbourg, 2006, Memorial, 254 p., 1 000 exemplaires

Léon Trotsky a eu deux filles et deux fils : Nina, morte de la tuberculose en 1928, Zina, qui se suicide en 1933 à Berlin, Léon Sedov, parti en exil avec lui, qui milita à ses côtés, et fut assassiné par le NKVD en février 1938, dans une clinique parisienne dirigée par un ancien médecin du Goulag, connu entre autres par la biographie que Pierre Broué lui a consacrée et enfin Serge, dont on ne parle à peu près jamais.

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“Des nègres et des chiens”, un article de Monique Le Roux

BERNARD-MARIE KOLTÈS
COMBAT DE NÈGRE ET DE CHIENS
Mise en scène de Michael Thalheimer
La Colline-théâtre national Jusqu’au 25 juin 2010

Pour la première fois le metteur en scène allemand Michael Thalheimer dirige des comédiens français, dans “Combat de nègre et de chiens” de Bernard-Marie Koltès à la Colline, où il a déjà présenté cette saison “Die Ratten de Hauptmann”. Ce grand spectacle est aussi l’occasion d’interroger certains lieux communs sur l’esthétique théâtrale germanique.

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“Un jeu mortel”, un article de Lucien Logette

FERDINAND KHITTL
LA ROUTE PARALLÈLE
DVD, Choses vues/éditions Filmmuseum sortie le 30 juin 2010

Le changement du chiffre des dizaines du millésime a donné lieu, comme on devait s’y attendre, à de multiples établissements de listes concernant la décennie écoulée, chaque revue, chaque site, chaque blog y allant de ses dix, vingt ou trente meilleurs films répertoriés depuis le changement de siècle. L’excellente revue “Les Fiches du cinéma”, dans son récent ouvrage, Chronique d’une mutation, “Conversations sur le cinéma (2000-2010)”, qui met en perspective la période de référence, va même jusqu’à indiquer 168 titres « qui ont marqué ces années ». Tant mieux si ces orpailleurs trouvent dans leurs batées autant de pépites qui justifient leur quête. Pour notre part, nous n’avons pas le sentiment d’avoir mis derrière
les fagots autant de titres – une vingtaine chaque année, on s’en souviendrait. Et en tout cas, bien peu de ces « hidden gems » que nous évoquions ici même jadis (Quinzaine Littéraire n° 960).

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“De la musique à l’éthique”, un article de Thierry Laisney

THOMAS DOMMANGE
L’HOMME MUSICAL, LA NOTATION EN
MOTS DANS L’OEUVRE DE SCHUMANN
Les Solitaires Intempestifs, 311 p., 23 €

On pourrait croire que le sujet du livre de Thomas Dommange est étroitement circonscrit dans son sous-titre ; pourtant, les annotations verbales de Schumann y sont le déclencheur d’une ample réflexion portant non seulement sur la musique mais aussi sur cette modalité particulière de notre être que constitue aux yeux de l’auteur l’« homme musical ».

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“Leçons de littérature”, un article de Hugo Pradelle

PARIS REVIEW
LES ENTRETIENS
James Baldwin, William Burroughs, Peter Carey, Allen Ginsberg, Jim Harrison, Thomas McGuane, Leonard Michaels, Toni Morrison, Manuel Puig, Susan Sontag, Billy Wilder, Tobias Wolff trad. de l’anglais par Anne Wicke / Christian Bourgois, 560 p., 23 €

Lisant ces entretiens – divers et pourtant bien souvent convergents –, nous découvrons, comme du bout des doigts, les racines de la pratique d’écrivains américains importants, entrevoyant des lignes de fuite, un rapport à l’Histoire, à un pays, à des communautés, à des histoires intimes. Autant d’aventures, de passages qui nous font saisir le lien qui les unit sourdement, comme à nous-mêmes, étrangement libres

La Quinzaine n°1016, du 1er au 15 juin 2010

“Aux sources du langage politique”, un article de Laurence Zordan

THIERRY CAMOUS
LA VIOLENCE DE MASSE DANS L’HISTOIRE
Puf, 298 p., 25 €

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GRÉGOIRE CHAMAYOU
LES CHASSES À L’HOMME
La Fabrique, 222 p., 13 €

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ROBERTO ESPOSITO
COMMUNAUTÉ, IMMUNITÉ, BIOPOLITIQUE
Les Prairies ordinaires, 247 p., 15 €

Le rapprochement de trois ouvrages qui mettent chacun l’accent sur la conflictualité entre intérieur et extérieur invite à demander : faut-il soustraire la politique à la rhétorique du « vivre ensemble » ? Convient-il de s’intéresser aux brèches, aux déchirements, afin de bousculer les idées reçues ? Si celles-ci sont des clichés, c’est qu’elles tiennent souvent à des images : violence de masse associée au spectacle de génocides ; chasse à l’homme évoquant le film “La Chasse du Comte Zaroff” ; immunité et biopolitique s’inscrivant dans le contexte de démoraties surprotectrices pour se surprotéger, avec risque de dérive inhérent au bio-pouvoir : produire ses sujets en les classant, en les gérant, traversant les corps et ne leur étant ainsi jamais complètement extérieur. Si les images sont tronquées, quels mots promouvoir, tout en sachant « porter le fer de l’intelligence débusquante dans la matérialité des mots et des phrases », et faire sien « le paradoxe de tout commentaire qui est de dire pour la première fois ce qui cependant avait déjà été dit et de répéter inlassablement ce qui pourtant n’avait jamais été dit » ?

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“Un jeu de massacre”, un article d’Agnès Vaquin

EMMANUEL MOSES
LE RÊVE PASSE
Gallimard, coll. « L’infini », 216 p., 17,50€

GABRIEL LEVIN
LE TUNNEL D’ÉZÉCHIAS
ET DEUX AUTRES RÉCITS
trad. de l’anglais par Marc Cohen et Emmanuel Moses
Le Bruit du temps, 152 p., 13€

Ce livre est publié sous la rubrique « roman » et celui qui l’ouvre sombre dans la perplexité. Mille quatre-vingt-neuf textes courts : des nota-
tions ? des fragments ? des brèves ? On cherche un terme pour désigner ces énonciations qu’on imagine accumulées au fil du temps.

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“Transformation”, un article d’Hugo Pradelle

PIERRE GUYOTAT
ARRIÈRE-FOND
Gallimard, 448 p., 21 €

Pierre Guyotat poursuit le ressaisissement de ce qui l’a formé : le deuxième volume du cycle commencé en 2007, plus dense, plus idéal, se concentre sur quelques jours et nuits de l’été de ses quinze ans, en faisant exsuder les énergies qui l’animèrent alors, l’emmenant dans la direction de son œuvre, lui révélant à la fois le désir et la force de l’écrit. Voici l’exploration de « l’arrière-fond qui (le) forme», l’entreprise de son fondement, la grande transformation.

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“Une famille bien unie”, un article de Monique Baccelli

FRANCESCO PICCOLO
LES TENTATIONS DU MÂLE
trad. de l’italien par Dominique Corman
Grasset, 252 p., 17 €

Quoi de plus banal qu’un roman centré sur l’adultère et la fin d’un couple : deux sujets, l’un découlant souvent de l’autre, qui alimentent les trois quarts des fictions littéraires et cinématographiques de notre temps. Qui plus est quand ces deux phénomènes sociaux se passent dans une famille très ordinaire. Or ces trois ingrédients sont présents dans le livre qui nous occupe.

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“Tweeds et topiaires”, un article de Liliane Kerjan

FRANCIS WYNDHAM
MRS HENDERSON ET AUTRES HISTOIRES
Mrs Henderson and Other Stories
trad. de l’anglais par Delphine Martin
Christian Bourgois, 178 p., 16 €
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L’AUTRE JARDIN
The Other Garden
trad. de l’anglais par Anne Damour
Christian Bourgois, 140 p., 14 €

Si Eton, Oxford, le sud de l’Angleterre nous étaient contés avec des détours à Londres et à New York par un orfèvre de la prose, une plume experte en simplicité, un homme tendre et discret, séduit par le talent des autres… Francis Windham : un style qui a les nuances des tweeds, une forme qui dessine en perspective une société aux prises avec la Seconde Guerre mondiale.

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“Histoires saintes”, un article d’Alain Joubert

LARRY BEINHART
L’ÉVANGILE DU BILLET VERT
trad. de l’américain par Samuel Todd
Gallimard, coll. « Série Noire », 380 p., 20 €
VELIBOR COLIC
JÉSUS ET TITO
Gaïa éditions, 190 p., 17 €

Supposons un instant que vous habitiez une de ces villes moyennes du sud des États-Unis, au sein d’une société aisée, riche même, hantée cependant par le spectre paranoïde post-11 Septembre, et que vous exerciez l’activité de détective privé pour le compte d’un cabinet d’avocats, afin de constituer de solides dossiers sur des affaires « sensibles ».

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“Je n’ai jamais pris la littérature au sérieux”, un article de Dominique Rabourdin

BÉATRICE MOUSLI
PHILIPPE SOUPAULT
Flammarion, 474 p., 35 €

S’il est un homme qui peut se flatter de conduire en montagnes russes, dans l’opinion qu’ils ont de lui, ses amis et ses admirateurs, c’est Philippe Soupault, dont on ne peut considérer la très longue vie sans un certain étonnement.

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“L’obsession du temps”, un article de Philippe Di Meo

JUDE STÉFAN
QUE NE SUIS-JE CATULLE
EN CES PRESQUE 80 POÈMES
Gallimard, 101 p., 16,50

Comme le titre interrogatif, mais malicieusement dépourvu de point d’interrogation, le nouveau recueil d’un poète dont on fêtera bientôt le quatre-vingtième anniversaire ménage tout au long cet effet de surprise antirhétorique que tout un siècle, fertile en expériences de toutes sortes, a si ardemment quêté et parfois obtenu.

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“Rimbaud dessinateur”, par Geroges Raillard

JEAN-JACQUES LEFRÈRE
LES DESSINS D’ARTHUR RIMBAUD
Flammarion, 160 p., 45 €

À une époque où dans les familleson avait un joli coup de crayon, Arthur Rimbaud dessinait mal. Mais son horizon était-il celui d’une famille ? Charleville, Charlestown, Mother, une mère autoritaire, un père absent, des sœurs, un frère dont on ignore s’il savait dessiner puisqu’il n’était pas poète. Les biographes se sont moins intéressés à Frédéric qu’à Arthur. Dans tous les entre-deux-portes, c’est bien lui sur la photo. La dernière trouvaille, c’est bien lui. N’y revenons pas.
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“André Gill caricature et folie”, un article de Daniel Grojnowski

AUDE FAUVEL et BERTRAND TILLIER
ANDRÉ GILL CARICATURISTE
DERNIERS DESSINS D’UN FOU À LIER
Du Lérot, 128 p., 30€

Dans son essai “De l’essence du rire” et généralement du “Comique dans les arts plastique”, qui présente quelques caricaturistes français et étrangers, Baudelaire établit une distinction radicale entre le comique « significatif » et le comique « absolu ». Le premier cible une référence que le public reconnaît et interprète aisément, le second s’en détache pour figurer l’autre monde de la fantaisie « pure ». Provoquées par l’événement, les caricatures le commentent en dérision, au risque d’apparaître rapidement obsolètes. Toutefois, un certain nombre d’entre elles contiennent, selon Baudelaire, «un élément mystérieux, durable, éternel qui les recommande à l’attention des artistes».

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“Dans un monde qui change…”, un article de Marc Lebiez

HARTMUT ROSA
ACCÉLÉRATION,
UNE CRITIQUE SOCIALE DU TEMPS
trad. de l’allemand par Didier Renault
La Découverte, 480 p., 27,50 €

Les rayons philosophiques d’une librairie allemande ne procurent pas aux Français un dépaysement complet : des deux côtés, les livres sont traduits. On débat, on se répond, quand on ne signe pas à deux le même livre, comme firent Habermas et Derrida. Et pourtant le poids de la tradition persiste à se faire sentir dans la conception même de la philosophie. La différence de nos approches est d’autant plus sensible qu’elles ne sont pas tout à fait étrangères l’une à l’autre.

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“L’empirisme transcendantal, de Deleuze”, un article de Claire Pagès

ANNE SAUVAGNARGUES
DELEUZE, L’EMPIRISME TRANSCENDANTAL
Puf, 438 p., 29 €

Dans ses deux textes d’hommage de novembre 1995, juste après la mort de Deleuze, Lyotard insistait sur « son alliance secrète avec la pensée anglaise ». Un concept ne sert pas, se révèle inutile, il sort de la boîte à outils car « sa pensée est toujours parente d’un empirisme et d’un pragmatisme, mais schizophrènes». On a peut-être beaucoup insisté ainsi sur l’empirisme deleuzien et ses sources. Mais peut-être, par respect de son rejet de toute pensée attachée à quelque transcendance, a-t-on aussi parfois minoré son souci de ce qui excède l’expérience non parce qu’il la dépasse mais parce qu’il en définit les conditions – transcendantales donc.

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“Qu’est-ce qu’adorer ?”, un article de Jean Lacoste

JEAN-LUC NANCY
L’ADORATION
DÉCONSTRUCTION DU CHRISTIANISME, II
Galilée, 147 p., 25 €

Dans “La Révolte des anges”, le baroque et fort plaisant roman qu’il publie en 1914, Anatole France imagine qu’Arcade, un ange gardien desalentours de Saint-Sulpice, à force de fréquenter nuitamment une riche bibliothèque de philosophie et de théologie, perd confiance en son Dieu et médite d’organiser une nouvelle révolte des anges, sur le modèle de la première, celle de Lucifer, devenu Satan. Car le Dieu des juifs et des chrétiens, dont le vrai nom serait Ialdabaoth (!), serait, selon ses termes, « moins un dieu qu’un démiurge ignorant et vain » que « les flatteries de ses adorateurs ont rendu monothéiste ». Mais la nouvelle révolte échoue.

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“Dans la jungle amazonienne”, un article de Jean-Charles Chevalier

DANIEL L. EVERETT
LE MONDE IGNORÉ
DES INDIENS PIRAHÃS
Flammarion, 358 p., 24 €

Traduction d’un original anglais, publié par Pantheon Books en 2008, sous un titre plus significatif, à la limite du fantastique et de la magie : “Don’t sleep. There are Snakes. Life and Language in the Amazonian Jungle”.

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“Pour le moindre prétexte ou sans prétexte”, un article de Jean-Jacques Marie

ORLANDO FIGÈS
LES CHUCHOTEURS
VIVRE ET SURVIVRE SOUS STALINE
trad. de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat préface d’Emmanuel Carrère
Denoël, 794 p., 33 €

Ce livre donne une image saisissante de la période stalinienne et de sa longue et sanglante terreur à travers les destins parfois croisés de dizaines de familles dont quelques membres ont ici et là réussi à échapper à la mort. Il repose sur le dépouillement de correspondances et journaux privés échappés aux rafles du Guépéou-NKVD et de la collecte minutieuse de souvenirs de trop rares survivants.

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“Du courage, suite”, un article de Maïté Bouyssy

THOMAS BERNS, LAURENCE BLÉSIN et GAËLLE JEANMART
DU COURAGE
Les Belles Lettres, coll. « Encre marine», 304 p., 14 €
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CYNTHIA FLEURY
LA FIN DU COURAGE,
Fayard, coll. « Essais», 208 p., 14 €

Deux livres le même mois sur le courage. La vertu morale est donc intempestive, mais sous quel mode et à quelles fins ? Il n’est pas inutile que des philosophes nous disent de quel symptôme relève le courage pris dans une longue histoire de la philosophie morale. Nos propres besoins sociaux s’en clarifient.

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“Philosophe des Sciences”, un article de Jean-Michel Kantor

DIDIER GIL
AUTOUR DE BACHELARD
ESPRIT ET MATIÈRE, UN SIÈCLE
FRANÇAIS DE PHILOSOPHIE DES SCIENCES (1867-1962)
Les Belles Lettres, coll. « Encre marine », 313 p., 35 €

Gaston Bachelard (1884-1962), le célèbre philosophe-poète comme on a pu l’appeler, est au centre d’une série d’études de Didier Gil, qui examine le fonctionnement de la philosophie des sciences en France dans la seconde moitié du XIXe siècle, puis jusqu’à la mort de Bachelard.

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“Quelques échos du bunker”, un article de Lucien Logette

Tout semblait se liguer cette année pour faire du Festival de Cannes 2010 un millésime infortuné : un mini-tsunami qui a transformé la Croisette en marécage quelques jours avant l’ouverture, le nuage de cendres du volcan islandais qui risquait d’interdire l’accès aérien à la Côte, quelques remous politiques – la menace de manifestations contre le film de Rachid Bouchareb, “Hors-la-loi”, le mécontentement du gouvernement italien à l’annonce de la projection du film de Sabina Guzzanti Draquila, trop peu amène à l’égard du bienfaiteur de la Nation –, l’accusation, qui revient comme une antienne, d’une sélection sans goût ni saveur réservée à quelques cinéastes abonnés. Sans oublier la campagne publicitaire des auteurs et interprètes de Ça commence par la fin, reprochant au Festival d’avoir eu peur des audaces sexuelles de leur œuvre…

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“Dimitris Dimitriadis à l’Odéon”, un article de Monique Le Roux

DIMITRIS DIMITRIADIS
LA RONDE DU CARRÉ
Mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti
Odéon-Théâtre de l’Europe Jusqu’au 12 juin 2010

L’Odéon-Théâtre de l’Europe avait placé comme « auteur européen au cœur de la saison 2009-2010 » Dimitris Dimitriadis. Mais la troisième pièce programmée, mise en scène par Giorgio Barberio Corsetti, “La Ronde du carré”, ne répond pas totalement à l’attente suscitée par la très haute ambition poétique de l’écrivain grec.

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“Le XVIIIe siècle en musique”, un article de Thierry Laisney

CHARLES BURNEY
VOYAGE MUSICAL DANS L’EUROPE DES LUMIÈRES
traduit, présenté et annoté par Michel Noiray
Flammarion, 523 p., 30 €

Si les réalisations proprement musicales de l’organiste et compositeur anglais Charles Burney (1726-1814) ne l’ont pas fait passer à la postérité (pour mémoire, il a adapté pour la scène londonienne “Le Devin du village” de Jean-Jacques Rousseau), en revanche les journaux des deux voyages qu’il entreprit afin de rassembler les matériaux utiles à l’œuvre de sa vie, la “General History of Music” (1776-1789, 4 vol.), sont devenus « un observatoire privilégié d’où l’on scrute inlassablement le XVIIIe siècle musical» (Michel Noiray).

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“Sartre dans son siècle”, un article d’Omar Merzoug

JEAN-PAUL SARTRE
LES MOTS ET AUTRES ÉCRITS AUTOBIOGRAPHIQUES
édition publiée sous la direction de Jean-François Louette, avec la collaboration de Gilles Philippe et de Juliette Simont / Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade »
1650 p., 59 € (jusqu’au 30 juin) et 67,50 (au-delà)

La période présente n’est pas favorable à Sartre à qui l’on impute nombre d’errements politiques, et notamment son compagnonnage avec le Parti communiste. Récemment encore, on s’est fait un malin plaisir d’opposer à la lucidité camusienne les cécités sartriennes. En vérité, Sartre a été discuté, souvent contesté, parfois insulté. À la Libération, les communistes l’abreuvèrent d’injures, Céline et Claudel ne furent pas en reste. On parla d’« excrémentialisme », des termes orduriers furent lancés.

La Quinzaine n°1012, du 1er au 15 avril 2010

“Souvenirs en forme de nuages flottants”, un article de Norbert Czarny

PATRICK MODIANO
L’HORIZON
Gallimard, 176 p., 16,50 €

« Il était fatigué d’avoir marché si longtemps. Mais il éprouvait pour une fois un sentiment de sérénité, avec la certitude d’être revenu à l’endroit exact d’où il était parti un jour, à la même place, à la même heure et à la même saison, comme deux aiguilles se rejoignent sur le cadran quand il est minuit. » Ces quelques lignes qu’on lira dans les dernières pages de L’Horizon donnent une idée de ce qui fait la nouveauté du roman de Modiano : le bonheur semble possible.

“La passion d’Anastassia”, un article de Jacques Fessard

JUAN CARLOS MONDRAGON
PASSION ET OUBLI D’ANASTASSIA LIZAVETTA
trad. de l’espagnol (Uruguay) par Gabriel Iaculli
Seuil, 251 p., 21 €

L’orthographe espagnole, on le sait, n’admet pas le redoublement du “s” ni du “t”. Les deux prénoms accolés de la belle Uruguayenne Anastassia Lizavetta ne contreviennent à cette règle que parce qu’ils lui ont été imposés par un père admirateur de Dostoïevski, dont il a beaucoup lu – à sa manière – Les Démons (ou Les Possédés), et qui ne le cède en rien aux pires personnages du grand Russe puisque c’est un ivrogne qui viole sa fille à peine pubère, avant de disparaître.Mais le lecteur de cet étonnant roman de Juan Carlos Mondragon ne saura tout cela que beaucoup plus tard, bien après que l’acte fatal, qui répond peut-être à cet abus, aura été accompli.

“Du centre vers une périphérie lointaine”, un article d’Agnès Vaquin

SOAZIG AARON
LA SENTINELLE TRANQUILLE SOUS LA LUNE
Gallimard, 294 p., 18,90 €

Ainsi Soazig Aaron nous a fait attendre huit ans son deuxième roman. Cette « sentinelle tranquille sous la lune », il y est fait mystérieusement allusion au moins cinq fois au fil du texte, la lune étant toujours ensuite qualifiée de « paisible ». On n’en saura pas plus avant les toutes dernières pages.Faire attendre, c’est un art et, Soazig Aaron, c’est un art qu’elle pratique avec virtuosité.

“Un abîme dans chaque chambre”, un article de Norbert Czarny

PETER STAMM
SEPT ANS
trad. de l’allemand par Nicole Roethel
Christian Bourgois, 380 p., 18 €

Statique au milieu d’une galerie de peinture, une femme est là, au tout début de “Sept ans”, le nouveau roman de Peter Stamm.  Sonia est l’épouse d’Alex, le narrateur personnage qui la contemple. Près de lui, Sophie, leur fille, qui admire sa mère, si absente et si belle. La scène se déroule de nos jours, au terme d’un trajet commun que nous découvrirons à travers ces pages, au fil des événements qui ont ponctué ces vingt ans d’histoire.

“Dérivant dans le temps”, un article de Liliane Kerjan

JOSEPH COULSON
LE BLUES DES GRANDS LACS
Of Song andWater
trad. de l’anglais (États-Unis) par Judith Rose
Sabine Wespieser, 388 p., 24 €

L’éditeur Sabine Wespieser poursuit la régate avec Joseph Coulson, dont elle a publié un premier roman, “Le Déclin de la lune”, en 2005. De l’étui d’une guitare à la coque d’un bateau, tout passe dans un récit modulé qui explore son thème pour mieux l’abandonner dans des arrangements inspirés. Un chant moderne, discret sous les balises de Virgile et Melville, un beau roman d’atmosphère.

“Comment continuer de vivre ici ?”, un article de Natacha Andriamirado

CORINNE D’ALMEIDA
ANTIBES
Gallimard, 288 p., 17,50 €

Un couteau et un gant de toilette. Tels sont les objets quotidiens de la narratrice, aide-soignante auprès d’une vieille femme qui habite dans un quartier « plus beau que laid » et où « rien n’y risque rien ».

“Dans l’Autriche au bord du précipice”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

JEAN AMÉRY
LES NAUFRAGÉS
trad. de l’allemand par Sacha Zilberfarb
Actes Sud, 270 p., 21 €

“Les Naufragés” est le seul roman, resté inédit jusqu’à aujourd’hui, qu’ait écrit Jean Améry, lequel est surtout connu pour ses essais comme “Par-delà le crime et le châtiment – Essai pour surmonter l’insurmontable”, Actes Sud, 1995 (édition originale 1966) ou “Porter la main sur soi – Du suicide”, Actes Sud, 1999.

“If you want, remember, if you want, forget”, un article de Gabrielle Napoli

ERN˝O SZÉP
L’ODEUR HUMAINE
Cambourakis, 182 p., 20 €

C’est la première fois que le lecteur français a accès au bouleversant texte d’Ern˝o Szép, “L’Odeur humaine”, qui retrace l’expérience de l’écrivain hongrois, Juif de Budapest, en 1944, alors que les Juifs hongrois sont massivement livrés aux Allemands, à l’approche des troupes russes. Auteur populaire budapestois, journaliste, il subira comme tant d’autres les lois anti-juives qui l’obligeront à quitter sa bien-aimée île Marguerite pour aller vivre dans le ghetto, dans un immeuble étoilé. Rescapé, il publiera ce récit à la fin de la guerre, mais se retirera de la vie littéraire lors de l’arrivée au pouvoir des communistes en 1948.

“Rire ou pleurer ?”, un article de Norbert Czarny

JEAN-CLAUDE GRUMBERG
PLEURNICHARD
Seuil, coll. « Bibliothèque du XXIe siècle », 254 p., 16 €

Pleurnichard est le double de Jean-Claude Grumberg. C’est l’enfant qu’il était et n’a pas cessé d’être par certains côtés. On le rencontrait dans “Mon père”, inventaire, récit façonné ou rapiécé comme un vêtement par le mauvais petit tailleur qu’a été Grumberg, excellent conteur au contraire. La voix du conteur séduit de nouveau dans ce récit.

“Un art d’aimer”, un article de Marie Etienne

BERNARD NOËL
LES PLUMES D’ÉROS,OEUVRES 1
P.O.L, 435 p., 26 €

Ce premier volume des oeuvres de Bernard Noël rassemble ses textes érotiques (proses narratives, théoriques ou poésies), à l’exception du “Château de Cène”. On n’ignore pas l’importance et la place qu’occupe ce sujet dans ses livres et probablement dans sa vie. Nous voici donc invités à méditer avec lui sur un genre qui conserve une place de choix dans la littérature.

“L’atelier de Lucian Freud”, un article de Georges Raillard

EXPOSITION “LUCIAN FREUD, L’ATELIER” au Centre Georges-Pompidou jusqu’au 19 juillet / PUBLICATIONS “LE CATALOGUE DE L’EXPOSITION”, introduction de Cécile Debray, 248 p., avec photos, oeuvres, documents et analyses dues notamment à Éric Darragon, Jean Clair et Philippe Comar et “LUCIAN FREUD LE CORPS ET L’HORIZON” de DANIEL KLÉBANER Éditions Ides et Calendes, Neuchâtel, 92 p., avec ill.

Voici, on s’en félicite, une deuxième exposition de Lucian Freud à Beaubourg. L’artiste anglais, célébrissime, né en 1922, est le petit-fils de l’inventeur de la psychanalyse, mort en 1939 à Londres. Dès cette année Lucian Freud dessine des portraits. En 1941 il a sa première exposition individuelle. Sa reconnaissance officielle en France est bien plus tardive que celle de Bacon. Elle date de 1987. Elle est due à l’attention de Jean Clair. Il publie Lucian Freud Le nu en peinture paru dans la “Nouvelle Revue de Psychanalyse”, l’année de l’exposition au musée d’Art moderne.

“1946 : la Libération, la liberté étrange des créateurs”, un article de Gilbert Lascault

LAURENCE BERTRAND DORLÉAC
APRÈS LA GUERRE
Gallimard, coll. « Art et Artistes », 176 p., 38 ill. n et b, 25 €

Avec des recherches précises et méthodiques, l’historienne de l’art Laurence Bertrand Dorléac étudie de très près les peintures des artistes qui vivent (tant bien que mal) et créent en France en 1946, après la guerre, après l’occupation allemande, après les destructions, après les malheurs du pays, après l’État français de Vichy.

“Que reste-t-il d’Empédocle ?”, un article de Jean Lacoste

PETER KINGSLEY
EMPÉDOCLE ET LA TRADITION PYTHAGORICIENNE
trad. de l’anglais par Grégoire Lacaze
Les Belles Lettres, coll. « Vérité des mythes », 500 p., 35 €

ÉDITH DE LA HÉRONNIÈRE
LE LABYRINTHE DE JARDIN OU L’ART DE L’ÉGAREMENT
Klincksieck, coll. « L’esprit des formes », 153 p., 17 €

… Quelques fragments obscurs de deux poèmes, et une poignée de légendes, dont celle, fameuse, selon laquelle il se serait jeté dans l’Etna, ne laissant sur le bord du cratère qu’une « sandale de bronze ». Pourtant ce penseur dit « présocratique » du Ve siècle avant notre ère ouvre le « roman familial » de la philosophie occidentale, le récit fabuleux de sa naissance glorieuse, sur les rives de la Méditerranée.

“Le dernier cahier de Pierre Naville”, un article de Jean-Jacques Marie

PIERRE NAVILLE
LA PASSION DE L’AVENIR.
LE DERNIER CAHIER (1988-1993)
Présenté par Michel Burnier, Véronique Nahoum-Grappe, Roberto Massari, Maurice Nadeau, Alain Cuenot / Maurice Nadeau, 230 p., 20 €

Pierre Naville a écrit ce journal, précisent Michel Burnier et Véronique Nahoum-Grappe dans leur présentation, « les cinq dernières années de sa vie et l’ar rête quelques semaines avant de mourir » en mars 1993. Il l’a alors glissé entre deux gros livres d’art, ces livres que l’on range avec d’autant plus de soin qu’on ne les regarde à peu près jamais. Véronique Nahoum-Grappe le dénichera dix ans plus tard. C’est ce document qu’elle et Michel Burnier éditent aujourd’hui avec Maurice Nadeau, qui, dans une postface, souligne le caractère « bien singulier » de ce journal, avare en effet en épanchements subjectifs.

“Donner à tous les mêmes chances”, un article de Nick Vanston

AMARTYA SEN
L’IDÉE DE JUSTICE
Flammarion, 488 p., 25 €

La quête universelle de justice naît du sentiment aigu des injustices subies ou redoutées. Pourtant, ce qui constitue une injustice, ou avec quelle intensité elle appelle la vengeance du ciel, sont des sujets sur lesquels les opinions peuvent légitimement différer, y compris entre gens raisonnables partageant une même culture. Dès lors, la recherche d’un système de justice sur lequel chacun puisse s’accorder, avec plus ou moins d’enthousiasme, est un casse-tête philosophique autant que politique ou juridique.

“Guettés par la fiction”, un article de Pierre Pachet

GUY WALTERS
LA TRAQUE DU MAL
Hunting Evil
trad. de l’anglais par Christophe Magny et Jean-Pierre Ricard
Flammarion, coll. « Au fil de l’histoire », 528 p., 16 p. de photos hors-texte

Personnages de cette enquête visiblement scrupuleuse menée dans les archives et sur le terrain par un ancien journaliste du Times de Londres : d’abord les criminels nazis que les Alliés s’étaient promis de traduire devant des tribunaux (mais lesquels ? internationaux, ou ceux des pays où les crimes furent commis ?), ceux qui avaient échappé à l’arrestation lors de la victoire, soit par la mort (Hitler, Goebbels), soit en se cachant, soit en fuyant l’Allemagne occupée : Martin Bormann le second de Hitler, Adolf Eichmann l’organisateur du génocide des Juifs, le docteur Josef Mengele qui sélectionnait sur la rampe d’arrivée à Auschwitz, Franz Stangl qui commanda le camp de Treblinka, bien d’autres encore à mesure que leur rôle fut mieux connu (qui avait entendu parler d’Eichmann en 1945 ?)…

“Le nouveau « Nouveau XXIe siècle »”, un article de Laurence Zordan

JOSEPH E. STIGLITZ
LE TRIOMPHE DE LA CUPIDITÉ
Éditions Les Liens qui Libèrent, 474 p., 23 €

Redondance du « nouveau », qui semble encore plus inattendu que ce qui était sans précédent, afin de penser le radicalement inédit : la crise économique d’ampleur mondiale, cataclysme de la finance, mise à mal des théories monétaristes. Véritable surenchère pour porter un regard neuf sur un bouleversement abondamment commenté, avec une effervescence éditoriale qui tient du surgissement continuel. L’ouvrage du prix Nobel américain s’inscrit dans cette ébullition théorique. Son originalité tient au fil conducteur choisi et au statut de l’auteur qui, avant même 2007, au forum de Davos, avait prédit la survenue de graves problèmes. Dès lors, l’enjeu est sans doute moins de tirer les leçons qui s’imposent que de s’imposer comme donneur de leçons. Et si donner le « la » en matière de commentaire sur la crise contribuait à l’influence dont jouit un pays pour maîtriser la sortie de crise ?

“Nora d’hier et d’aujourd’hui’, un article de Monique Le Roux

HENRIK IBSEN
MAISON DE POUPÉE
Mise en scène de Michel Fau
Théâtre de la Madeleine  Jusqu’au 30 juin

UNE MAISON DE POUPÉE
Mise en scène de Jean-Louis Martinelli
Théâtre de Nanterre-Amandiers Jusqu’au 17 avril

La pièce la plus célèbre d’Ibsen, “Maison de poupée” ou “Une maison de poupée”, est jouée cette saison sur cinq scènes différentes de l’Île-de-France. Elle est actuellement montée à la Madeleine par Michel Fau et aux Amandiers de Nanterre par le directeur, Jean-Louis Martinelli : deux spectacles opposés, que seul rapproche le choix, pour le rôle de la protagoniste, d’une actrice très connue ailleurs qu’au théâtre, Audrey Tautou et Marina Foïs.

“Le cinéma dans le Haut-Pays”, un article de Lucien Logette

FESTIVAL INTERNATIONAL
DE FILMS DE FRIBOURG 13 au 20 mars 2010
BRILLANTE MENDOZA
LOLA (sortie le 5 mai)
JUAN JOSÉ CAMPANELLA
DANS SES YEUX (sortie le 21 avril)

On ne peut pas voyager toujours avec Cingria. La précieuse collection « Poche Suisse » des éditions L’Âge d’Homme propose d’autres perles
d’une eau pas moins cristalline, dignes de servir de viatique pour notre expédition annuelle sur les rives de la Sarine, en cette Fribourg dont le nom complet serait, wikipedia dixit, Fribourg en Nuithonie. Peu usité, précise l’encyclopédie moderne, à ranger donc parmi les terres improbables, entre la Novempopulanie de Gracq et la Septimanie de Larbaud. Plutôt qu’un écrivain des plateaux, Ramuz ou Gustave Roud, à la lecture essoufflante, c’est Pierre Girard, promeneur du bord du lac, qui nous a ouvert le chemin. Pourquoi Girard ?

“La compréhension musicale”, un article de Thierry Laisney

SANDRINE DARSEL
DE LA MUSIQUE AUX ÉMOTIONS
Une exploration philosophique
Presses universitaires de Rennes, 283 p., 15 €

Imaginez qu’au journal de 20 h on vous annonce que la Joconde a été volée ; vous comprendriez sans peine ce qui s’est passé. Imaginez maintenant une nouvelle de ce genre : « des individus se sont emparés de la Septième Symphonie de Beethoven » ; l’annonce vous laisserait sans doute plus perplexe. Qu’est-ce que peut bien être une œuvre musicale ? Si la partition et l’exécution sont deux objets physiques, ce n’est pas le cas de l’œuvre elle-même.

Simone Weil, d’une permanente actualité

Un article de Jean Lacoste

SIMONE WEIL
ŒUVRES COMPLÈTES IV
ÉCRITS DE MARSEILLE 2 (1941-1942)
GRÈCE – INDE – OCCITANIE
Gallimard, 814 p., 45 €

Volume après volume, l’édition des « œuvres complètes » de Simone Weil, publiée sous la direction de Florence de Lussy, redonne toute sa dimen- sion à la pensée de cette philosophe longtemps méconnue, à laquelle la caricature de Georges Bataille dans Le Bleu du ciel ne rend guère justice. Apparaît notamment dans son originalité, grâce aux manuscrits, sa méthode de travail : des citations soigneusement transcrites, dans la langue d’origine, scrupuleusement traduites, commentées, rassemblées, comme pour constituer un livre, le Livre, capable de montrer, par l’évidence même des textes, la convergence des spiritualités. On songe, dans un autre ordre, à la manière dont Benjamin rassemble ses citations, pour, lui aussi, contester la notion de progrès dans l’histoire… Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine n°1008

La Quinzaine n°1006, du 1er au 15 janvier 2010

“Pinget posthume”, un article d’Agnès Vaquin

ROBERT PINGET
MAHU REPARLE
Éditions des Cendres, 46 p., 9 €

Mahu reparle et sa voix nous revient d’outre-tombe. Douze ans après la mort de Robert Pinget, cette publication aux Éditions des Cendres et avec l’humour qu’on lui connaissait, ça ne manque pas de piquant. Le texte est inédit. Martin Mégevand et Nathalie Piégay-Gros, ses éditeurs, nous en indiquent la provenance : « Conservé dans le fonds Robert-Pinget de la Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet, ce texte a été écrit dans les parages du Libera publié en 1968, probablement avant 1969. »

“Mexique”, un article de Jacques Fressard

SERGIO GONZÁLEZ RODRÍGUEZ
L’HOMME SANS TÊTE
trad. de l’espagnol (Mexique) par Isabelle Gugnon
Passage du Nord-Ouest, 188 p., 16 €

Comme son précédent ouvrage – “Des os dans le désert” –, ce nouveau livre de Sergio González Rodríguez tient à la fois du reportage et de l’essai, mais on y trouve aussi une remémoration de son propre passé où se manifeste, avec éclat cette fois, un véritable talent d’écrivain.

“Le passé s’était mis à proliférer dans son dos”, un article de Jean-Luc Tiesset

JENNY ERPENBECK
LE BOIS DE KLARA
Heimsuchung
trad. de l’allemand par Brigitte Hébert et Jean-Claude Colbus
Actes Sud, 191 p., 19 €

On a déjà vu une maison ou un domaine servir de prétexte à une saga familiale, de point focal où se concentre l’histoire de deux ou trois générations. À première vue, Jenny Erpenbeck s’inscrit dans cette tradition, retraçant l’histoire contemporaine des Allemands à travers le destin d’une série d’occupants d’un même lieu, du début du siècle passé jusqu’à nos jours, en passant par la spoliation – et la mise à mort – des Juifs et la chute du mur de Berlin… Pourtant, et c’est ce qui fait sa force et son originalité, le roman de Jenny Erpenbeck est loin de n’être que cela.

“Sortir du labyrinthe”, un entretien de David Albahari

DAVID ALBAHARI
SANGSUES
trad. de Gojko Lukic
Gallimard, 400 p., 25,90 €

MA FEMME
trad. de Gojko Lukic
Les Allusifs, 172 p., 22 €

Deux livres de David Albahari paraissent cet automne. L’un, Sangsues, est un long roman à l’atmosphère étouffante, dans la ligne de Globe-trotter ou de L’Homme de neige. Il se déroule en Serbie, en 1998, alors que le pouvoir incarné par Miloševic vacille sans que la peur disparaisse. Les sociétés secrètes et groupes clandestins pullulent. L’autre, Ma femme, est un recueil de nouvelles sur le thème du couple. Curieusement le mot de roman figure en page de titre. Nous avons interrogé l’écrivain sur cette ambiguïté, et sur d’autres aspects de son oeuvre, lors de son récent passage à Paris.

“Maurice Pinguet au Japon”, un article de Maurice Mourier

MAURICE PINGUET
LE TEXTE JAPON
Introuvables et inédits
réunis et présentés par Michaël Ferrier
Seuil, 197 p., 18 €

Enfin, l’oeuvre éclectique de Maurice Pinguet (1929-1991), dont n’avait émergé jusqu’à présent que ce chef-d’oeuvre, La Mort volontaire au Japon (Gallimard, 1984), indispensable introduction à l’essence même de la japonité, commence à faire l’objet de publications nouvelles. Et c’est une bonne idée qu’a eue Michaël Ferrier, connaisseur et amoureux du Pays du Soleil-Levant, que d’inaugurer ce qui sera, nous l’espérons, une série d’« introuvables et inédits », par un florilège où on lira en premier Le texte Japon, essai consacré par Pinguet aux séjours nippons de son ami Roland Barthes.

“Constellation”, un article de Hugo Pradelle

ANDRÉ PIEYRE DE MANDIARGUES – JEAN PAULHAN
CORRESPONDANCE, 1947-1968
édition établie par Éric Dussert et Iwona Tokarska-Castant
Gallimard, coll. « Les Cahiers de la NRF », 448 p., 35 €

Les lettres qu’échangèrent Mandiargues et Paulhan forment une constellation étrange, drôle, cruelle et profonde. Elles témoignent d’une complicité inébranlable et de regards particuliers portés sur une époque et sur eux-mêmes. On y lit l’aventure rare de l’amitié et de l’intelligence.

“Un éditeur pour le plaisir”, un article de Maurice Mourier

PAULE ADAMY
ISIDORE LISEUX 1835-1894
UN GRAND « PETIT ÉDITEUR »
Plein-Chant, 534 p., 48 €

Isidore Liseux, au nom assurément prédestiné, est aujourd’hui un inconnu, ou plutôt serait condamné à le rester si un récent ouvrage d’une très grande qualité ne venait de lui rendre hommage.

“Une étonnante critique de la modernité”, un article de Jean Lacoste

JACOB TAUBES
« LE TEMPS PRESSE » DU CULTE À LA CULTURE
trad. de l’allemand par Mira Köller et Dominique Séglard
Seuil, 524 p., 28 €

Disons-le : Jacob Taubes (1923-1987) n’est pas un auteur facile mais les difficultés que rencontre le lecteur ne viennent pas d’une certaine coquetterie d’expression – comme on en a le sentiment chez Adorno, par exemple –, mais de la densité même de la pensée. « Le temps presse » rassemble des articles qui vont de la théologie à la sociologie, en passant par la philosophie, qui correspondent à des périodes très diverses de la vie de Taubes et à des lieux très différents dans l’esprit (Berlin, Harvard, Jérusalem). De Joachim à Freud le panorama est vaste, mais le cheminement obscur.

“Le XVIIIe siècle dans sa variété”, un article de Jean M. Goulemot

Réseaux de l’esprit en Europe des Lumières au XIXe siècle
Actes du colloque international de Coppet réunis par Wladimir Berelowitch
Droz, Genève, 295 p., 10,04 €

RÉGINALD MCGINNIS
ESSAI SUR L’ORIGINE DE LA MYSTIFICATION
Presses universitaires de Vincennes, coll. « Intempestives », 170 p., 20 €

L’Écran des Lumières : regards cinématographiques sur le XVIIIe siècle
sous la direction de Martial Poirson et Laurence Schifano
Voltaire Foundation, Oxford, 324 p., env. 100 €

Filmer le 18e siècle
sous la direction de Laurence Schifano et Martial Poirson
Desjonquères, coll. « L’Esprit des Lettres », 268 p., 27 €

Dix-huitième siècle
n° 41, « Individus et communautés », proposé par Yves Citton et Laurent Loty
La Découverte, 824 p., 44 €

Riche saison que cet automne pour les publications dix-huitièmistes. Une bonne dizaine d’ouvrages s’accumulent sur mon bureau, divers, parfois inattendus, mais toujours éclairants et témoignant de l’intérêt que le XVIIIe siècle suscite chez les spécialistes et, espérons-le, dans le public. Si cette abondance de travaux de valeur, de textes significatifs republiés ou sortis du silence des archives mérite l’attention et suscite l’intérêt, il n’est pas facile de trouver un ordre un peu logique pour en rendre compte.

“Quand il était «minuit dans le siècle »”, un article de Jean-Jacques Marie

VICTOR SERGE
L’AFFAIRE TOULAEV
préface de Susan Sontag
Zones, 386 p., 24 €

Un petit bureaucrate chargé d’établir les grilles de salaires, révolté par la baisse réelle des salaires réels dont la propagande proclame l’augmentation régulière, achète par hasard un colt ; l’idée de tuer Staline palpite vaguement en lui, mais lorsqu’il croise par hasard le chef flanqué de ses gardes qui le fixe un bref moment de ses yeux jaunes il reste paralysé ; il donne son colt à un jeune communiste, moins révolté que lui, Kostia.

“Une Allemagne sur mesure ?”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

CLEMENS PORNSCHLEGEL
PENSER L’ALLEMAGNE
Littérature et politique aux XIXe et XXe siècles
Fayard, 276 p., 22 €

Comme nous l’ont montré les événements récents, telle la commémoration de la chute du mur de Berlin et de la réunification de l’Allemagne, il n’est guère de pays qui ait aussi fondamentalement changé que l’Allemagne, aujourd’hui modèle et exemple de démocratie européenne et moderne, elle fut pourtant au siècle dernier le siège de la plus criminelle des dictatures qui ait jamais dévasté l’Europe.

“Mondiologie ou mondialogie ?”, un article de Laurence Zordan

PHILIPPE NOREL
L’HISTOIRE ÉCONOMIQUE GLOBALE
Seuil, 261 p., 20 €

PHILIPPE D’IRIBARNE
L’ÉPREUVE DES DIFFÉRENCES, L’EXPÉRIENCE D’UNE ENTREPRISE MONDIALE
Seuil, 165 p., 17 €

Quel discours tenir sur la mondialisation qui ne se borne pas à la description de flux ou à une approche critique de ses mérites et de ses méfaits ? La science du monde n’est-elle pas singulièrement absente d’un terme qui renvoie à une nébuleuse : interconnexion planétaire, globalisation…? « On a abusé du syllogisme : tout est global, donc la réponse doit être globale. Mais alors, à qui d’agir, puisqu’il n’y a pas de président global du peuple global ? Sauf l’évanescente « gouvernance globale », – remarque Hubert Védrine –, infra, post ou pseudo-démocratique, en fait synarchique…,Réponse globale, impuissance proclamée des nations ? », – poursuit-il – « Disons plutôt : à problèmes globaux, réponse collective ». L’histoire économique globale et l’expérience d’une entreprise mondiale offrent la trame d’une telle réponse. L’intérêt est donc manifeste de rapprocher un ouvrage théorique et une enquête de terrain.

“La porte de la sagesse”, un article de Jean-Michel Kantor

La mathématique
tome I : Les lieux et les temps
sous la direction de C. Bartocci et P. Odifreddi
CNRS Éditions, 1 000 p., 89 €

« Les mathématiques ont plus de discernement que ses disciplines soeurs, elles lancent leur trait plus directement et elles s’abritent sous la protection d’un bouclier plus sûr…  Elles sont le révélateur de toute vérité pure, elles connaissent tout secret caché et elles offrent la clé pour toutes les subtilités des écrits. C’est pourquoi quiconque envisagerait de faire de la physique sans les mathématiques ne passera jamais la porte de la sagesse. »

“La Colline : d’Alain Françon à Stéphane Braunschweig”, un article de Monique Le Roux

HENRIK IBSEN
ROSMERHOLM
UNE MAISON DE POUPÉE
Mise en scène de Stéphane Braunschweig,
Théâtre national de la Colline, jusqu’au 16 janvier 2010

En ce début d’année, Stéphane Braunschweig succède officiellement à Alain Françon à la tête du Théâtre national de la Colline, dans une harmonieuse continuité. Il avait déjà conçu toute la saison 2009-2010 et il poursuit son parcours de metteur en scène à travers l’oeuvre d’Ibsen avec un diptyque : “Rosmerholm” et “Une maison de poupée”.

“Bienvenue dans la décennie”, un article de Lucien Logette

LÉA FEHNER
QU’UN SEUL TIENNE ET LES AUTRES SUIVRONT
JÉRÔME BONNELL
LA DAME DE TRÈFLE

L’an dernier à pareille époque, nous nous abritions derrière la caution de Werner Herzog (rappelons sa sentence canonique : « Dans une année qui est un bon millésime pour le cinéma, il se produit cinq ou six bons films dans le monde, pas davantage »), pour constater que l’année écoulée était notable puisque, le bilan une fois établi, elle se soldait par au moins six grands films sur les plusieurs centaines (576 exactement) présentés durant les douze derniers mois. Que dire au seuil de janvier, sinon que les comptes de 2009, à l’aune du cinéaste, sont exceptionnels : il nous faudrait plus de deux mains pour énumérer tous les titres qui ontmarqué cet exercice, d’une façon que l’on pense durable – même si aucun film n’est totalement à l’épreuve du vieillissement, comme on a pu le constater récemment avec certains Fellini dernière époque.

La Quinzaine n°1002, du 1er au 15 novembre 2009

“Où le romancier en appelle au lecteur : qui était Alejandro Bevilacqua ?”, un article de Jacques Fressard

ALBERTO MANGUEL
TOUS LES HOMMES SONT MENTEURS
trad. de l’espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco
Actes Sud, 203 p., 19 €

On se souvient que l’auteur de ce livre, Alberto Manguel, fut un jour ce jeune étudiant qui, travaillant après les cours dans une librairie de Buenos Aires, se vit solliciter par Borges – alors déjà presque aveugle – pour lui faire la lecture certains soirs.

“Une vraie sépulture”, un article de Norbert Czarny

ALAIN BLOTTIÈRE
LE TOMBEAU DE TOMMY
Gallimard, 220 p., 16,50

L’épopée de l’Affiche rouge oubliée jusqu’à ce qu’Aragon la célèbre dans un fameux poème revient dans l’actualité cet automne à travers deux fictions. La coïncidence est remarquable. D’une part L’Armée du crime, de Robert Guédiguian, d’autre part Le Tombeau de Tommy, roman. Dans les deux cas se posent les questions de la mise en scène, et de l’adaptation. Mais pas seulement.

“Angoisse de la langue “, un article de Hugo Pradelle

JEAN-MICHEL DELACOMPTÉE
LANGUE MORTE, BOSSUET
Gallimard, coll. «L’un et l’autre», 208 p., 18 €

Après son très beau livre sur Ambroise Paré, Jean-Michel Delacomptée revient au Grand Siècle en entreprenant la vie de Bossuet comme celle d’un homme qui « a fait bouger la langue ». Il interroge ainsi, non pas la simple biographie, mais l’aventure même de la langue, son rapport au temps qui la produit, la manière dont l’Homme se conçoit, les inquiétudes que notre société provoque.

“La ritournelle du songe”, un article de Vanessa Aubert

PHILIPPE RAULET
VA-ET-VIENT PARADIS
Verticales, 132 p., 14,90 €

« Tout porte à croire qu’il existe un certain point de l’esprit d’où la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l’incommunicable, le haut et le bas cessent d’être perçus contradictoirement » (André Breton).Va-et-vient paradis est une sorte d’ovni littéraire surréel. Après Allons, pressons ! publié en 2000, son dernier livre s’ouvre sur un monde communiquant, un univers accédant à tous les possibles, dans lequel les thématiques de la liberté et de la rencontre ne cessent de tournoyer.

“Un club pas comme les autres”, un article de Vanessa Aubert

JEAN-MICHEL GUENASSIA
LE CLUB DES INCORRIGIBLES OPTIMISTES
Albin Michel, 768 p., 23,90 €

Après Pour cent millions, roman policier, publié en 1986 (Liana Levi), Jean-Michel Guenassia ressurgit brillamment sur la scène littéraire avec un nouveau roman. Une énergie romanesque au service d’une chronique mélancolique et étonnante.

“«L’outre-danse» de l’Histoire”, un article de Gabrielle Napoli

ATTILA BARTIS
PROMENADE
Actes Sud, 142 p., 18 €

Cette promenade s’avère être tout autant un parcours géographique et historique qu’une déambulation dans l’intériorité mystérieuse et inquiétante d’un narrateur, dont on supposera au fil de la lecture qu’il s’agit d’une narratrice. Une terrifiante mythologie enfantine s’élabore au fil du récit, et le monde se révèle dans toutes ses failles.

“Comme on composerait une mosaïque”, un article de Sonia Dayan-Herzbrun

KHALED AL KHAMISSI
TAXI
trad. de l’arabe (Égypte) par Hussein Emara et Moïna Fauchier-Delavigne
Actes Sud, 190 p., 18,80€

ELIAS KHOURY
LE COFFRE DES SECRETS
trad. de l’arabe (Liban) par Rania Samara
Actes Sud, 207 p., 19€

On ne sait à quel genre littéraire rattacher le premier livre de l’écrivain égyptien Khaled Al Khamissi. Homme de cinéma, Khamissi a écrit, avec Taxi, ce qui aurait pu passer pour un scénario de ces films italiens à sketches des années 50.

“Voix, scènes, images pour obsessions et fantasmes”, un article de Claire Richard

SARA STRIDSBERG
LA FACULTÉ DES RÊVES
trad. du suédois par Jean-Baptiste Coursaud
Stock, coll. « La Cosmopolite », 411 p., 22,50 €

Dans cette « fantaisie littéraire » sur la vie de Valerie Solanas, la Suédoise Sara Stridsberg explore les multiples facettes d’une vie mal connue, dans un texte hybride et puissant – et montre comment la littérature peut dire beaucoup plus qu’une biographie.

“Vivre dans l’Europe de l’après-guerre”, un article de Gabrielle Napoli

SÁNDOR MÁRAI
LE MIRACLE DE SAN GENNARO
trad. du hongrois par Georges Kassai et Zéno Bianu
Albin Michel, 380 p., 20,90 €

La traduction par Georges Kassai et Zéno Bianu d’un roman de Sándor Márai permet à nouveau au lecteur français de découvrir une œuvre inconnue en France de cet auteur phare de la littérature hongroise. Le Miracle de San Gennaro décrit les habitants des bassos de Pausilippe et leur curiosité pour un couple d’étrangers, installé depuis peu, et dont l’homme veut prétendument sauver le monde.

“«Vieille dame» à la dérive”, un article de Monique Baccelli


trad. de l’italien par Lise Chapuis
Christian Bourgois, 110 p., 17 €

Dans Vipère au poing, Hervé Bazin définissait si bien la marâtre que le surnom qu’il donnait en secret à sa propre mère est quasiment devenu un nom commun : une vraie folcoche, dit-on, de certaines femmes dénuées de sentiments maternels. Et c’est de ce spécimen humain, hélas indestructible, que Rosa Matteucci propose une image réactualisée, et légèrement exotique pour nous, puisque l’extravagante Ada sévit dans un petit village italien.

“Le «monde disparu» de Joseph Roth”, un article de Pierre Pachet

JOSEPH ROTH
CABINET DES FIGURES DE CIRE
précédé d’IMAGES VIENNOISES
trad. de l’italien et présenté par Stéphane Pesnel
Seuil, 238 p., 19 €

CLAUDIO MAGRIS
LOIN D’OÙ ?
trad. de l’italien par Jean et Marie-Noëlle Pastureau
Seuil, 480 p., 26 €

Panoptikum, en allemand, désigne un musée de figures de cire, comme Tussaud ou Grévin. C’était le titre choisi en 1930 par Joseph Roth pour l’un des recueils d’articles parmi lesquels Stéphane Pesnel a choisi avec goût les textes traduits et présentés dans ce volume.

“Les foules des oiseaux, des anges, des rats”, un article de Gilbert Lascault

EXPOSITION MARIE MOREL, PEINTURES
Halle Saint-Pierre 2 rue Ronsard, Paris 18e
10 septembre 2009 – 7 mars 2010
MARIE MOREL
Textes de Pascal Quignard, Pierre Bourgeade, Daniel Marchesseau
Éd. Chalut-Mots / Halle Saint-Pierre, 208 p., nb. ill. coul., 30 €

Dans les immenses tableaux de Marie Morel (née en 1954), les femmes à demi dénudées, les hommes, les oiseaux, les anges qui bandent, les rats, les arbres, les buissons s’accumulent, s’assemblent, s’amassent. Les êtres vivants (humains, animaux, végétaux) se fréquentent, s’approchent, se conjoignent. Ils s’accolent, se superposent, se stratifient. Ils s’aiment. Ils vibrent.

“Le grand poème shakespearien”, un article de Dominique Goy-Blanquet

MICHAEL EDWARDS
SHAKESPEARE : LE POÈTE AU THÉÂTRE
Fayard, 100 p., 22 €

Pourquoi un poète renonce-t-il à sa souveraineté en se pliant aux contraintes de la scène? That is the question, celle que se posent tous les poètes lecteurs de Shakespeare. La réponse esquissée par Michael Edwards ouvre un vaste champ de questions solidaires, à commencer par celle de la langue, « ce rapport intense avec la vie du langage dans la bouche et dans l’oreille ». Mais lui,le poète poéticien navigant entre deux idiomes, pourquoi a-t-il choisi le français pour revisiter cette œuvre où « Shakespeare donne libre cours à son désir d’entendre l’anglais dans la plénitude de son existence » ?

“Fragments d’un discours politique”, un article de Pierangelo Di Vittorio

COLLECTIF
MAURICE FLORENCE
ARCHIVES DE L’INFAMIE
Les Prairies ordinaires, 160 p., 14

Salué par Gilles Deleuze comme un « chef-d’œuvre », La Vie des homme infâmes est un texte dont on ne saurait négliger l’importance dans l’ensemble des écrits de Michel Foucault. Il est révélateur à la fois des enjeux durables de sa réflexion et des tensions provenant de l’actualité qui l’ont toujours traversée.

“Walter Benjamin et la radio”, un article de Jean Lacoste

PHILIPPE BAUDOUIN
AU MICROPHONE : Dr. WALTER BENJAMIN
Walter Benjamin et la création radiophonique 1929-1933
Éd. de la Maison des sciences de l’homme, coll. «Philia », 270 p., 25 €

Inépuisable Walter Benjamin! C’est tout un pan négligé de son œuvre d’écrivain et de théoricien que Philippe Baudoin met au jour dans un travail de recherche vraiment original qui, non seulement enrichit notre connaissance de Benjamin, ce qui est en soi précieux, mais encore constitue une réflexion actuelle sur ce médium toujours d’avenir qu’est la radio.

“Edgar Morin, un parcours atypique”, un entretien réalisé par Omar Merzoug

EMMANUEL LEMIEUX
EDGAR MORIN, L’INDISCIPLINÉ
Seuil, 569 p., 25 €

Omar Merzoug – À la fin de la biographie qui vous est consacrée, l’auteur dit que vous lui avez proposé d’écrire un ouvrage sur vos rapports avec la guerre d’Algérie, projet qui s’est transformé en biographie…

Edgar Morin – C’est possible, s’il le dit, c’est vrai. Ce dont je me souviens, c’est qu’il a réalisé un entretien pour le journal économique auquel il collaborait, et puis je pense que ça l’a conduit à s’intéresser davantage à moi. C’est par les soins d’une éditrice de chez La Martinière que s’est nouée l’idée qu’il fasse ma biographie…

“La question du corps”, un article de Maïté Bouyssy

JUDITH BUTLER
CES CORPS QUI COMPTENT
De la matérialité et des limites discursives du « sexe »
Éd. Amsterdam, 250 p., 24 €

Ces corps qui comptent reprend le dossier fondamental de la pensée de Judith Butler et appartient au moment fondateur de l’un des chantiers de l’histoire et des sciences humaines qui se sont le plus abondamment développés depuis vingt ans. Plus étayée et moins grand public que Trouble dans le genre, cette analyse de la production historique du corps est strictement constructiviste.

“Si vous avez compris…”, un article de Laurence Zordan

PAUL KRUGMAN
POURQUOI LES CRISES REVIENNENT TOUJOURS
Seuil, 201 p., 17 €

DANIEL COHEN
LA PROSPÉRITÉ DU VICE
une introduction (inquiète) à l’économie
Albin Michel, 283 p., 19 €

« Si vous avez compris ce que j’ai dit, c’est que je me suis mal exprimé » : cette boutade d’Alan Greenspan est, pour paraphraser Kant, révélatrice d’un ton grand seigneur adopté naguère en économie. Naguère, mais pas jadis, puisque c’était hier, avant la crise qui a défrayé la chronique, comme si la faille de la mécanique financière signait aussi la faillite d’un certain type de discours empreint de suffisance. Le retournement de conjoncture n’est pas le simple éclatement d’une « bulle » (terme consacré), car il fait également voler en éclats des schémas de pensée dissimulés sous une rhétorique absconse.

“Les mathématiques, plaisir et savoir”, un article de Jean-Michel Kantor

IAN STEWART
MON CABINET DE CURIOSITÉS
MATHÉMATIQUES
Flammarion, 374 p., 19 €

JEAN-MICHEL SALANSKIS
VIVRE AVEC LES MATHÉMATIQUES
Seuil, 154 p., 17 €

APOSTOLOS DOXIADIS et CHRISTOS H. PAPADIMITRIOU
LOGICOMIX
Illustrations d’Alecos Papadatos et Annie Di Donna
Bloomsbury, 347 p., 22,95 $

Les cabinets de curiosités ont fait rêver des générations d’enfants et d’adultes. Leur charme reposait sur le caractère hétéroclite des curieux objets proposés.

“Germaine et Antonin”, Lucien Logette

GERMAINE DULAC
LA COQUILLE ET LE CLERGYMAN
ALAIN & ODETTE VIRMAUX
ARTAUD/DULAC
Light Cone / Paris Expérimental Coffret comprenant le D.V.D. du film et le livre (160 p.)

«Qui a fait ce film ?» «C’est Madame Germaine Dulac.» «Qu’est-ce que Madame Dulac ? » «C’est une vache. »Le dialogue échangé à voix très haute par des spectateurs, membres non identifiés du groupe surréaliste, lors de la première projection publique de La Coquille et le Clergyman– « scénario Antonin Artaud, composition visuelle Germaine Dulac »– au cinéma des Ursulines le 9 février 1928, fait partie des phrases légendaires, comme«Nous sommes la claque et vous êtes la joue ! »de Desnos à la première de L’Étoile au front ou « Notre collaborateur Benjamin Péret insultant un prêtre »du n° 8 de La Révolution surréaliste. Et le scandale créé par cette intervention demeure dans les riches heures du mouvement dans sa période primitive.

“Bernard-Marie Koltès : vingt ans après”, un article de Monique Le Roux

BERNARD-MARIE KOLTÈS
NICKEL STUFF
Minuit, 128 p., 11,50 €
BERNARD-MARIE KOLTÈS
LETTRES
Minuit, 526 p., 19 €
BRIGITTE SALINO
BERNARD-MARIE KOLTÈS
Stock, 360 p., 21,50 €

ANDRÉ JOB
KOLTÈS, LA RHÉTORIQUE VIVE
Hermann, 136 p., 25 €

Deux décennies ont passé depuis la mort de Bernard-Marie Koltès. Au fil de l’année 2009, manifestations et publications se sont multipliées : commémoration conforme au statut d’un grand écrivain, quelque peu décalée par rapport à la singularité d’une œuvre et d’une personnalité.

“Ils n’ont pas aimé la musique. Dommage !”, un article de Thierry Laisney

SÉBASTIEN ARFOUILLOUX
QUE LA NUIT TOMBE SUR L’ORCHESTRE
Surréalisme et musique
Fayard, 541 p., 24 €

Dans son livre Que la nuit tombe sur l’orchestre, Sébastien Arfouilloux reconsidère l’opinion généralement admise selon laquelle le mouvement surréaliste n’aurait pas touché la musique. Au moyen d’une enquête approfondie, où abondent faits, œuvres et références, il examine les attirances et les influences réciproques qui s’exercèrent entre la musique et les surréalistes (ou les Dada, leurs précurseurs).

 

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