Dédié aux incurables optimistes

décembre 6, 2009

un article de Jean-Paul Deléage

HARALD WELZER
LES GUERRES DU CLIMAT, POURQUOI ON TUE AU XXIe SIÈCLE
Gallimard, coll. « NRF Essais », 384 p., 24,50 €

La situation est avérée : le modèle d’exploitation des ressources terrestres touche désormais ses limites sur tous les continents. L’analyse clinique du fait que de plus en plus d’hommes disposeront de moins en moins de bases pour assurer leur survie permet à Harald Welzer de formuler le diagnostic clinique de l’effacement de la distinction entre réfugiés fuyant la guerre et ceux fuyant leur environnement, entre réfugiés politiques et les réfugiés climatiques « tant se multiplieront les guerres nouvelles générées par la dégradation du milieu ».

Ce livre traite des rapports entre le climat et la violence au moment où le souvenir de la brutalité inouïe par laquelle les pays industrialisés
s’assurèrent le contrôle et le pillage des ressources de leurs colonies est tout juste gommé par notre « amnésie démocratique ». Voici que s’ouvre un nouveau cycle de l’histoire asymétrique de l’humanité, au moment aussi où l’implacable efficacité du modèle occidental parvient à une limite structurelle de son fonctionnement, « une limite que personne, ou presque n’avait soupçonnée si proche et si nette ». Cette limite est physique mais surtout sociale car ce modèle ne marche comme principe planétaire que si « de la puissance s’accumule en un endroit du monde pour être employée dans un autre »… Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine n°1004


La Quinzaine n°1000, du 1er au 15 octobre

octobre 7, 2009

“La grippe comme métaphore“, un article de Laurence Zordan

ZYGMUNT BAUMAN
L’ÉTHIQUE A-T-ELLE UNE CHANCE DANS UN MONDE DE CONSOMMATEURS
Climats, 296 p., 23 €
PANDÉMIE GRIPPALE : L’ORDRE DE LA MOBILISATION
sous la direction d’Emmanuel Hirsch
Éd. du Cerf, 389 p., 20 €

L’éthique a-t-elle une chance dans un monde de consommateurs ? demande Zygmunt Bauman dans son dernier livre. La question pourrait être complétée par : un monde de consommateurs a-t-il une chance face à la pandémie s’il ne donne pas une chance à l’éthique ? L’ouvrage collectif dirigé par le directeur de « l’espace éthique » de l’Assistance publique des Hôpitaux de Paris montre qu’une crise sanitaire met en jeu les valeurs de la démocratie. À quelles conditions un ordre de mobilisation, non pas martial mais civique, face à la menace grippale peut-il être envisageable à l’heure de ce que Zygmunt Bauman appelle « le présent liquide », labilité généralisée où l’individualisme dénie toute consistance, y compris à lui-même ?

“Qui a fait tomber le mur de Berlin ?”, un article de Laurence Zordan

CYRIL BUFFET
LE JOUR OÙ LE MUR EST TOMBÉ
Larousse, 320 p., 18 €
FREDERICK TAYLOR
LE MUR DE BERLIN 1961-1989
J.-C. Lattès, 620 p., 218 €
MARC FERRO
LE MUR DE BERLIN ET LA CHUTE DU COMMUNISME EXPLIQUÉS À MA PETITE-FILLE
Le Seuil, 122 p., 8 €
MICHEL MEYER
HISTOIRE SECRÈTE DE
LA CHUTE DU MUR DE BERLIN
Odile Jacob, 346 p., 21 €

La question se pose en termes personnels, car ce ne sont pas les masses, mais des protagonistes qui ont pris des décisions telles que le symbole de la guerre froide s’est écroulé. Si assurément ils ne poursuivaient guère ce but, ils en ont toutefois été les initiateurs, involontaires mais insistants, avec une sorte d’obstination somnambulique. Les hommes font l’histoire, mais ils ne savent pas l’histoire qu’ils font. Les caciques ont certes été dépassés par les citoyens, mais la brèche inaugurale est, paradoxalement, le fait d’une révolution de palais, à huis clos. L’histoire se prête alors à la dramaturgie, véritable art de la composition théâtrale, avec ses conspirations et rebondissements.

“Une Afrique de « wassan kara »”, un article de Claire Richard

JACQUES JOUET
BODO
P.O.L, 362 p., 19,90 €

Qu’est-ce que le wassan kara ? Que dit de Gaulle quand il rencontre un Nigérien nommé Bodo au tabac de Colombey-les-Deux-Églises ? Que se passe-t-il si on promène le miroir de Stendhal au bord des routes de la province de Zinder, tout en laissant libre cours à une verve intarissable ? La réponse à toutes ces questions (et à bien d’autres) figure dans le dernier roman de Jacques Jouet, Oulipien qui a fait de l’Afrique aussi son pays.

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“Le livre des passages”, un article de Tiphaine Samoyault

PASCAL QUIGNARD
LA BARQUE SILENCIEUSE.
DERNIER ROYAUME VI
Le Seuil, 242 p., 18 €

Les précédents volumes de « Dernier royaume », Paradisiaques et Sordidissimes (après Les Ombres errantes, Sur le Jadis et Abîmes), exploraient des lisières du monde et de la vie. La Barque silencieuse, qui est d’abord bien sûr la barque de Charon, s’intéresse à tout ce qui fait passer d’un monde dans un autre, à une géographie du passage qui ne soit pas le dessin d’une transcendance.

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“Les imprévus du voyage”, un article de Jacques Fressard

JOSÉ SARAMAGO
LE VOYAGE DE L’ÉLÉPHANT
trad. du portugais par Geneviève Leibrich
Le Seuil, 218 p., 19 €

« Ne me parlez pas de la mort car je la connais. » C’est en ces termes que José Saramago répondait aux journalistes s’enquérant de sa santé au début de l’année 2008, à la sortie de cette clinique de Lanzarote qui l’avait accueilli très amaigri et affligé d’un hoquet incoercible.

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“En Toscane, et ailleurs…”, un article de Monique Baccelli

ANNA LUISA PIGNATELLI
LE DERNIER FIEF
trad. par Alain Adaken
Minos et La Différence, coll poche, 220 p, 8 €
LES GRANDS ENFANTS
trad. par Alain Adaken
Minos et La Différence, coll poche, 253 p, 8 €
NOIR TOSCAN
trad. par Alain Adaken
La Différence, 123 p., 14 €

Ce n’est pas sans raisons que les éditions Minos-La Différence publient en même temps trois romans d’Anna Luisa Pignatelli. Sans constituer une suite, ils tournent autour de deux phénomènes concomitants : la fin de la paysannerie traditionnelle, et l’abandon des campagnes au profit des villes.

“Les adieux”, de Vanessa Aubert

HYAM YARED
SOUS LA TONNELLE
Sabine Wespieser éd., 277 p., 21 €

Après L’Armoire des ombres, la poétesse libanaise Hyam Yared renoue avec la veine romanesque et dévoile son nouveau roman Sous la tonnelle. Quand une âme poétique et violente se retrouve au carrefour de l’inspiration romanesque, la plume se transforme en art. Dramatique. « J’étais née le jour où tu m’avais aimée. »

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“Un défenseur de l’ordre : Jean Cocteau”, un article de Jean José Marchand

JEAN COCTEAU
LE COQ ET L’ARLEQUIN, 1918
Stock (réédition), 144 p., 11 €
JEAN COCTEAU
OPIUM, 1930
Stock (réédition), 267 p., 12 €

Si sa poésie est flamboyante d’énigmes, la personnalité de Jean Cocteau semble beaucoup plus lisible. Il le disait lui-même : « Vous découvrirez plus tard que je fus un défenseur de l’ordre. »

“Regards sur les arts premiers”, un article de Georges Raillard

EXPOSITIONS
Musée du Quai Branly
La Collection
Un ouvrage collectif sous la direction d’Yves Le Fur,
directeur du Patrimoine et des Collections 480 pages illustrées, Éd. Skira-Flammarion,
musée du Quai Branly, 55 €
La passion des arts premiers. Regards de marchands
Exposition à la Monnaie de Paris du 9 septembre au 18 octobre 2009
Catalogue sous la direction d’Elena Martinez-Jacquet
Primedia Monnaie de Paris éd., 212 pages, 45 €
Medusa en Afrique
Exposition au Musée d’ethnographie, Genève, jusqu’au 31 janvier 2010
Catalogue : Medusa en Afrique. La sculpture de l’enchantement
Textes de Boris Wastiau, photographies de Johnathan Watts, 256 pages, 160 illustrations en couleurs, 49 €

Trois ouvrages qui retiennent l’attention : une anthologie des œuvres maîtresses du Quai Branly, la place actuelle des marchands dans la circulation des arts premiers, le pouvoir d’« enchantement » de ces œuvres. Des textes apportent des points de vue mesurés. Des expositions concomitantes, sur lesquelles s’ouvre à neuf notre regard, les soutiennent.

“Heidegger : modèle de séminaire ou séminaire modèle”, un article de François Vezin

MARTIN HEIDEGGER
INTERPRÉTATION DE LA DEUXIÈME
CONSIDÉRATION INTEMPESTIVE DE NIETZSCHE
Gallimard, 420 p., 35 €

Le mot séminaire a été singulièrement galvaudé depuis une quarantaine d’années. Partout on parle maintenant de séminaire, c’est tout juste si le Conseil des ministres qui se tient chaque mercredi à l’Élysée n’est pas rebaptisé : Séminaire gouvernemental !

“Entre connaissance et finance”, un article de Jean-Paul Deléage

EL MOUHOUB MOUHOUD – DOMINIQUE PLIHON
LE SAVOIR ET LA FINANCE,
LIAISONS DANGEREUSES AU CŒUR
DU CAPITALISME CONTEMPORAIN
La Découverte, 240 p., 18 €

Cet ouvrage livre l’étude précise des rapports actuels entre l’économie de la connaissance et le rôle central de la f inance. Depuis une trentaine d’ années en effet, le capitalisme subit une profonde mutation sous le double effet de la montée en puissance de la f inance désormais force planétaire ; et de la violence de l’impact des nouvelles technologies qui ont ouvert, aux sociétés industrielles, le seuil de l’ère de la « société de la connaissance ».

“Les pinsons des Galápagos – Darwin et les mystères de l’évolution”, un article de Jean-Michel Kantor

JEAN-CLAUDE AMEISEN
DANS LA LUMIÈRE ET LES OMBRES.
DARWIN ET LE BOULEVERSEMENT DU MONDE
Fayard/Le Seuil, 2008 (2e édition 2009), 500 p., 23 €
JOANNY MOULIN
UNE SCANDALEUSE VÉRITÉ
Éd. Autrement, coll. « Littératures », 391 p., 23 €

Avez-vous déjà rencontré un dodo ? Un diable de Tasmanie ? Certainement pas : ces animaux n’existent plus (le dodo ou dronte a disparu au XVIIe siècle), comme nombre d’espèces au cours des siècles, qu’on ne peut plus admirer qu’au dernier étage de la Galerie de l’évolution du Muséum d’ histoire naturelle. L’évolution des espèces, la naissance ou la disparition de certaines d’entre elles par exemple, ont été constatées depuis bien longtemps. Pour expliquer ces phénomènes, jusqu’au siècle dernier, on recourait à la volonté divine, ainsi de Georges Cuvier (1769-1832), et encore aujourd’hui les partisans du créationnisme.


La Quinzaine n°994, du 16 au 30 juin 2009

juin 17, 2009

“Une secrète harmonie”, un article de Monique Baccelli

MARTA MORAZZONI
L’INVENTION DE LA VÉRITÉ
trad. de l’italien par Marguerite Pozzoli
Actes Sud éd., 151 p., 16 €

Tout lecteur averti sait que la tapisserie de la reine Mathilde se trouve à Bayeux, qu’elle date du XIe siècle, qu’elle fait soixante-dix mètres de long, et qu’elle relate les hauts faits d’armes de Guillaume le Conquérant. Peut-être sait-il aussi que John Ruskin, critique d’art anglais mort en 1900, est l’auteur de La Bible d’Amiens (traduite en français par Marcel Proust), ouvrage consacré à la cathédrale de cette ville. Ce qu’il ignore sans doute c’est le rapport qui existe entre le chef-d’oeuvre en toile et le chef-d’oeuvre en pierre.

“Des histoires à la fois simples et énigmatiques”, un article d’Agnès Vaquin

ANTONIO TABUCCHI
LE TEMPS VIEILLIT VITE
Gallimard éd., 186 p., 17,50 €

Le temps vieillit vite, un titre inspiré du « tachista geraskei chronos » cité en exergue du recueil. La formule vient d’un « fragment présocratique attribué à Critias ». Antonio Tabucchi regroupe là neuf « récits », des contes selon son coeur, qui paraissent dans leur version française avant d’être édités en Italie, pour cause de gravissime incompatibilité de l’auteur avec le régime de certain « mirliflore de la Telecom »…

“La vérité se trouve dans la fiction”, un article de Constance Quatrebarbès

MAURIZIO MAGGIANI
LE COURAGE DU ROUGE-GORGE
trad. de l’italien par Marguerite Pozzoli
Actes Sud éd., 381 p., 23 €

Maurizio Maggiani nous concocte une cuisine exotique et complexe pour son roman “Le Courage du rouge-gorge” où motifs, parallèles et digressions sont autant d’épices qui rehaussent la saveur de ce roman riche et inattendu.

“Une variation lucide sur la maternité”, un article de Claire Richard

ELENA FERRANTE
POUPÉE VOLÉE
(La figlia oscura)
trad. de l’italien par Elsa Damien
Gallimard éd., 176 p., 18 €

« Je commençai à me sentir mal après moins d’une heure de route. Ma brûlure sur le côté se réveilla mais je décidai pendant un moment de ne pas lui accorder d’importance. » Poupée volée s’ouvre sur une dérive et un accident. Une femme conduit sur une route en surplomb de la mer. Sous l’effet de la fatigue, elle est happée par le souvenir, ou l’hallucination, d’une scène de son enfance, et perd le contrôle de son véhicule.

“La liberté, cet « oiseau de rêve »”, un article de Gabrielle Napoli

EUGEN URICARU
ILS ARRIVENT LES BARBARES !
trad. du roumain par Marily Le Nir
Noir sur Blanc éd., 329 p., 23 €

Eugen Uricaru, une des voix d’opposition dans la Roumanie communiste, en tant que fondateur du groupe Echinox, donne à lire dans Ils arrivent les barbares ! un épisode particulièrement douloureux, et souvent oublié dans nos régions, de l’histoire roumaine. La « fictionalisation » de l’Histoire, pour utiliser un concept de Paul Ricoeur, entraîne le lecteur dans une époque tourmentée, en compagnie de personnages déroutants et parfois inquiétants.

“La maison de la dune”, un article de Hugo Pradelle

MICHÈLE LESBRE
SUR LE SABLE
Sabine Wespieser éd., 160 p., 17 €

Le nouveau livre de Michèle Lesbre poursuit avec modestie un travail sur le temps, la rencontre, le voyage, l’oubli, la force de la parole et le compagnonnage littéraire.

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“Oubli et mémoire”, un article de Hugo Pradelle

SEUMAS O’KELLY
LA TOMBE DU TISSERAND,
UNE HISTOIRE DE VIEUX HOMMES
TheWeaver’s Grave,A Story of Old Men)
trad. de l’anglais (Irlande) par Christine
Trividic et Jean-Claude Lorreau
Attila éd., 128 p., 15 €

EDGAR HILSENRATH
FUCKAMERICA : LESAVEUX DE BRONSKY
Fuck America : Bronskys Geständnis)
trad. de l’allemand par Jörg Stickan
Attila éd., 296 p., 19 €

En donnant à lire le récit puissant d’un Irlandais du début du XXe siècle et le roman échevelé d’un exilé allemand tonitruant, les jeunes
éditions Attila font redécouvrir deux auteurs superbement doués.

“Une vie peut en cacher une autre”, un article d’Alain Joubert

MICHEL DINTRICH
UN MUSICIEN CHEZ LES COUPEURS DE TÊTES
Mille et Une Nuits éd., 272 p., 17 €

Il est bien connu que, placé sous le signe de l’innocence, la première fois que l’on joue au poker, on peut gagner gros. Le poker ou autre chose, peu importe, c’est la première fois qui compte ! Jouer sa vie, par exemple ? Pourquoi pas !

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Soixante-dix poètes modernes de l’Amérique hispanique”, un article de Jacques Fessard

OMBRE DE LA MÉMOIRE
Anthologie de la poésie hispano-américaine
Établie et préfacée par Philippe Ollé-Laprune
Gallimard éd., 781 p., 35 €
CÉSAR VALLEJO
POÉSIE COMPLÈTE
trad. de l’espagnol (Pérou)
et présenté par Nicole Réda-Euvremer Flammarion éd., 406 p., 25 €

Le titre de cette superbe anthologie est emprunté au poète mexicain contemporain José Emilio Pacheco : « La poésie est l’ombre de la mémoire/mais elle sera la matière de l’oubli. »Pour conjurer le second vers, il a été fait appel ici à une douzaine d’excellents traducteurs
qui font vivre dans notre langue la parole de soixante-dix poètes modernes de l’Amérique hispanique, échelonnés sur près d’un siècle.

“Victor Hugo, vrai père du roman moderne”, un article de Jean Lacoste

JEAN-LOUIS CHRÉTIEN
CONSCIENCE ET ROMAN, I
La conscience au grand jour
Minuit éd., 287 p., 28 €

« Le roman se prétend instruit de tout ce qui se passe dans le coeur des héros » observe Stendhal dans les Chroniques italiennes. Cette prétention est constitutive du roman moderne – la prétention de connaître le for intérieur, de dévoiler le « coeur » qui se cache derrière les comportements visibles, de révéler la « conscience » – mais elle ne va pas de soi, en réalité, et c’est de cette interrogation que part le philosophe Jean-Louis Chrétien.

“Montmartre en 1907″, un article de Marie Etienne

ANDRÉ SALMON
LA NÉGRESSE DU SACRÉ-COEUR
Préface de Jacqueline Gojard Postface inédite de l’auteur
Gallimard éd., 300 p., 22 €

MAX JACOB,ANDRÉ SALMON
CORRESPONDANCE, 1905-1944
Édition établie, annotée et présentée par Jacqueline Gojard
« Les Cahiers de la NRF »
Gallimard éd., 360 p., 39 €

De même que la négresse du roman n’est pas Joséphine Baker mais la préfigure, de même André Salmon « fait entrer en poésie, avant Carco et Mac Orlan, le tambour du bal et l’accordéon des faubourgs », célèbre le cirque et les saltimbanques avant Max Jacob,
écrit sur New York avant Cendrars…

“Castoriadis : qu’en est-il de l’Être ?”, un article de Christian Descamps

CORNELIUS CASTORIADIS
HISTOIRE ET CRÉATION
Textes philosophiques inédits (1945-1967)
réunis, présentés et annotés par Nicolas Poirier
Seuil éd., 220 p., 21 €

La parution régulière des oeuvres de Castoriadis aux éditions du Seuil permet de donner à ce penseur sa vraie place – l’une des toutes premières (1). Cet ouvrage qui rassemble des inédits de 1945 à 1967, casse l’image, partielle donc fausse, d’un théoricien dont la vie aurait été partagée en deux moitiés étanches.

“La fierté d’être juif”, un article de Marc Lebiez

ERNST BLOCH
« SYMBOLE : LES JUIFS »
précédé de Les Juifs dans l’Utopie
par Raphaël Lellouche
L’Éclat éd., 176 p., 18 €

Ernst Bloch m’a longtemps fait l’effet d’être un peu trop chrétien. Ne le lisant qu’à travers les références que lui-même donne, je n’avais pas pris garde au fait que certains pouvaient voir dans son nom l’évidence du Juif. Voici que paraît un chapitre supprimé de L’Esprit de l’utopie qui commençait par ces mots : « S’éveille enfin la fierté d’être juif ».

“Le procès des Khmers rouges”, un article de Pierre Pachet

FRANCIS DERON
LE PROCÈS DES KHMERS ROUGES
Trente ans d’enquête sur le génocide cambodgien
Gallimard éd., 476 p., une carte hors-texte, 24,90 €

Le procès des dirigeants « khmers rouges » (l’expression française, forgée par le roi Norodom Sihanouk, a gagné une validité internationale) se déroule enfin à Phnom Penh devant un tribunal mixte cambodgien et international, plus de trente ans après la période de trois ans, huit mois et vingt jours, du 17 avril 1975 au 7 janvier 1979, pendant laquelle ces doctrinaires aux desseins insondables ont terrorisé et exterminé une grande partie de leur peuple : on estime le nombre des victimes par exécution, sous-alimentation, travail exténuant ou d’autres formes de mauvais traitements à 1,7 million au moins.

“Puissance de la statistique aux États-Unis”, un article de Jean-Paul Deléage

EMMANUEL DIDIER
EN QUOI CONSISTE L’AMÉRIQUE ?
Les statistiques, le New Deal et la démocratie
La Découverte éd., 318 p., 26 €

La Grande Dépression des années 1930 a bouleversé jusqu’à la conception que les Américains se faisaient d’eux-mêmes. Pour lancer le New Deal et répondre à la question cruciale : en quoi consiste l’Amérique ? L’administration Roosevelt a dû mettre au point un nouvel outil d’objectivation : les statistiques. Il s’agissait alors de forger de nouveaux instruments d’évaluation et de quantification de l’état du pays et de sa population.

“Théâtre de chambre”, un article de Monique Le Roux

MICHEL VINAVER
NINA, C’EST AUTRE CHOSE
Mise en scène de Guillaume Lévêque
Théâtre nationale de la Colline
jusqu’au 27 juin

De ses débuts militants avec le « Théâtre éclaté » d’Annecy à ses douze années à la tête du Théâtre national de la Colline, Alain Françon a effectué un parcours indissociable de celui de Michel Vinaver. À la fin de sa dernière saison en tant que directeur, il a confié la mise en scène de Nina, c’est autre chose à Guillaume Lévêque, artiste associé, qui fait redécouvrir une pièce quelque peu oubliée.


La Quinzaine n°992, du 16 au 31 mai 2009

mai 20, 2009

“Redécouvrir Jean Guéhenno”, un article de Maryse Arrigoni

JEAN GUÉHENNO
LA JEUNESSE MORTE
Claire Paulhan éd., 286 p., 32 €

Nous avions un peu oublié la voix de Jean Guéhenno (1890-1978), tendre et violente à la fois. À peine si, dans nos mémoires survivaient les clichés nostalgiques de l’enfant pauvre de Fougères, aux rares merveilles : l’orange de Noël, une journée à la mer, sa réussite grâce à l’école de la IIIe République et à la volonté de changer sa vie. Peut-être aussi certains se souvenaient-ils de son horreur de la guerre, thème récurrent de son œuvre avec, çà et là, quelques références à la guerre de 14.

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“Sans esprit de retour”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

ULRIKE VOSWINKEL,
FRANK BERNINGER
EXILS MÉDITERRANÉENS
ÉCRIVAINS ALLEMANDS
DANS LE SUD DE LA FRANCE (1933-1941)
trad. de l’allemand par Alain Huriot
Seuil éd., 244 p., 21,50 €

On a souvent parlé des écrivains allemands qui, fuyant le nazisme, se sont réfugiés à Sanary-sur-Mer qui, on le sait, devint littéralement la capitale en exil des lettres allemandes.

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“Bref, intense et lumineux”, un article de Hugo Pradelle

SIEGFRIED LENZ
UNE MINUTE DE SILENCE
Schweigeminute
trad. de l’allemand par Odile Demange
Robert Laffont éd., 132 p., 16 €

Siegfried Lenz signe un livre sur la disparition, le deuil, l’amour, la nostalgie et la complexité des sentiments. Un récit bref et épuré qui rassemble les thèmes d’une œuvre extrêmement riche.

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“Le refus des larmes”, un article de Hugo Pradelle

ALAN PAULS
HISTOIRE DES LARMES
Un témoignage
Historia del llanto.
Un testimonio
trad. de l’espagnol (Argentine) par Vincent Raynaud
Christian Bourgois éd., 128 p., 15 €

Alan Pauls signe un récit bref confondant de sensibilité. Confrontant réflexion et sensation, intimité et politique, entremêlant allègrement les périodes, il propose une réflexion profonde sur les sens, l’individu, la souffrance, l’événement et le bonheur. Un récit de l’au-delà des larmes.

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“La crinière de l’hippogriffe”, un article d’Albert Bensoussan

MAURICE MOURIER
AJOUPA-BOUILLON
EST-Samuel Tastet éd., 360 p., 22 €

Étrange livre ou récit, que nous donne aujourd’hui Maurice Mourier, l’auteur du Miroir mité, de Parcs de la mémoire (ou retour vers le futur de l’innocence et du sexe sans péché), de Godilande (autre f iction du plaisir et du gaudir) ou des Nuits de Narra.

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“Adieu à Sénèque”, un article de Nicole Casanova

GIUSEPPE CONTE
LA FEMME ADULTÈRE
trad. de l’italien par Monique Baccelli
Laurence Teper éd., 329 p., 19,60 €

Le livre de ce poète et romancier italien a obtenu le prix Manzoni du meilleur roman historique 2008. Il est inspiré par un épisode rapporté dans l’Évangile selon saint Jean : « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre… »

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“Pleure, ô mon Vietnam bien-aimé”, un article de Maurice Mourier

DUONG THU HUONG
AU ZÉNITH
trad. du vietnamien par Phuong Dang Tran
Sabine Wespieser éd., 786 p., 29 €

Le cas d’un souverain communiste que la mise au jour des horreurs commises sous son règne n’a pas précipité du trône suprême dans les bas-fonds de la vindicte publique est-il exceptionnel ? Peut-être pas, si la médiocrité avérée de ses successeurs doit aboutir à le réhabiliter un jour, mouvement qui s’esquisse déjà en faveur de Staline et de Mao. On peut néanmoins parier que le culte de ces deux serial killers, s’il doit renaître un jour, conservera ses hérésiarques.

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“L’inconnue de la cabane”, un article de Odile Hunoult

JEAN DAIVE
UNE FEMME DE QUELQUES VIES
coll « Poésie »
Flammarion éd., 184 p., 18 €

C’est un « poème narratif », forme déjà explorée par Jean Daive, qui sonde les contradictions entre narration et poème, les discordances de leur rapport au temps (le poème, comme le tableau, est une impression immédiate) et les différences de densité de leur matériau.

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“Sonnets californiens”, un article de Hugo Pradelle

VIKRAM SETH
GOLDEN GATE
trad. de l’anglais (Inde) par Claro
Grasset éd., 360 p., 20 €

En 1986, Vikram Seth faisait paraître un bien étrange roman entièrement composé de sonnets. Entre prodige formel et maigreur du propos, un récit sous forme de ballets sentimentaux au cœur de la Californie et des années Reagan. Un livre inégal mais porté par une traduction remarquable.

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“Un exercice de haut vol”, un article de Patrick Sultan

PIERRE BAYARD
LE PLAGIAT PAR ANTICIPATION
Minuit éd., 160 p., 15 €

Avec élégance, il détecte le point faible des notions les mieux verrouillées, jette des déf is toujours plus audacieux au sens commun, les relève au pas de charge, passe par où on ne l’attend pas, s’extrait de justesse des situations inextricables où il s’est enferré à dessein et son butin profite à tous les amateurs de livres. Pierre Bayard est l’Arsène Lupin de la théorie littéraire et le paradoxe est sa pince-monseigneur. Qu’il s’interroge sur la manière d’améliorer les œuvres ratées, d’appliquer la littérature à la psychanalyse ou de parler des livres qu’on n’a pas lus, on retient son souffle à l’annonce de ses nouveaux exploits. Jusqu’où ira-t-il ?

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“Un esprit curieux, inventif généreux de son savoir”, un article de Pierre Pachet

MARC FUMAROLI
PARIS-NEW YORK ET RETOUR
Voyage dans les arts et les images
Journal 2007-2008
Fayard éd., 638 p., 26 €

C’est pour une part l’irritation ressentie par le visiteur cultivé et sensible devant des expositions récentes et confuses dans leur propos, comme « Traces du sacré » à Beaubourg, ou plus que déroutantes, comme le « lancement » de Jan Fabre à Avignon et au Louvre, ou l’intronisation de Jeff Koons et des rayures de Buren à Versailles, et d’autres voyantes aberrations comme la délocalisation de la Bibliothèque nationale dans un bâtiment peu accueillant, ou le pot de fleurs géant, officialisé et vide qui se dresse devant les locaux de La Quinzaine, qui anime Marc Fumaroli dans ce gros livre.

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“Le bestiaire d’André Masson”, un article de Georges Raillard

LE BESTIAIRE
D’ANDRÉ MASSON
Musée de la Poste 6 avril – 5 septembre 2009
Catalogue de 102 p. ill. sous la dir. de Josette Rasle
Musée de la Poste
Beaux-Arts de Paris éd., 20 €

Les expositions du Musée de la Poste sont remarquables par leurs choix. Chaissac récemment. À présent le Bestiaire d’André Masson. Dessins, peintures, aquarelles, gravures, livres, plus de 150 pièces sont réunies. Un ensemble qui, pour la première fois, illustre ce thème central de l’art et de l’univers de Masson.

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“L’héritage théologique des démocraties”, un article de Lucie Campos

GIORGIO AGAMBEN
LE RÈGNE ET LA GLOIRE
Il Regno e la Gloria
Pour une généalogie théologique de l’économie et du gouvernement
Homo Sacer II, 2
trad. de l’italien par Joël Gayraud et Martin RueffA
Seuil éd., 443 p., 26 €

Pourquoi le pouvoir, en Occident, a-t-il pris la forme d’une oikonomia ? Selon Giorgio Agamben, la vocation économique et gestionnaire des démocraties contemporaines ne serait ni un « incident de parcours » de notre époque, ni une invention de la modernité, mais une partie intégrante de l’héritage théologique dont ces démocraties sont les dépositaires.

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“Élisabeth Ire, l’insularité au féminin”, un article de Dominique Goy-Blanquet

BERNARD COTTRET
LA ROYAUTÉ AU FÉMININ :
ÉLISABETH Ire D’ANGLETERRE
Fayard éd., 722 p., 29 €

Les Tudors sont à la mode depuis des années outre-Manche où grâce à la télévision et au cinéma leurs aventures sentimentales, politiques, diplomatiques, religieuses sont devenues bankable, entraînant dans leur sillage toute une série de livres adressés au grand public : histoires romancées, biographies dramatisantes, fresques hollywoodiennes, fictions ont désormais leurs rayons réservés comme un genre à part entière dans les librairies britanniques. Même en France où elle a toujours exercé une fascination ambiguë, on ne compte plus les ouvrages parus sur Élisabeth et sa rivale tragique Marie Stuart.

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“Face à la technoscience”, un article de Jean-Paul Deléage

BERNADETTE BENSAUDE-VINCENT
LES VERTIGES DE LA TECHNOSCIENCE
Façonner le monde atome par atome
La Découverte éd., 224 p., 17 €

Façonner le monde atome par atome, tel est le vertigineux programme lancé par la National NanoInitiative aux États-Unis en décembre 1999. Cette formule hyperbolique vise à capter des moyens financiers pour les laboratoires en panne de questionnement scientifique. Pour la science, il ne s’agit plus « de lever un coin du grand voile » selon la formule d’Einstein, mais de lever des fonds pour financer d’improbables recherches destinées à reconfigurer notre monde, par un renversement monstrueux des f ins et des moyens de la quête scientifique.

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“Pourquoi le ciel est bleu ?”, un article de Jean-Michel Kantor

Les ours blancs ont-ils le blues ?
Et 100 autres questions savantes
et intrigantes
Seuil éd., 177 p., 14 €

Pourquoi les aliments cuits n’ont-ils pas le même goût froid que chaud ? Les insectes peuvent-ils être obèses ? Pourquoi les manchots n’ont-ils pas froid aux pieds ?

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“Épures”, un article de Monique Le Roux

PETER VERBURGT
WITTGENSTEIN INCORPORATED
Mise en scène de Jan Ritsema
Théâtre de la Cité internationale jusqu’au 30 mai
LARS NORÉN
PUR
Mise en scène de Lars Norén Théâtre du Vieux-Colombier jusqu’au 17 mai

« Il n’y a rien de plus beau qu’un acteur dans un espace vide. Et c’est ce que je cherche : un être humain nu dans une situation essentielle. Écrire sur l’essence des choses. Ce sont de grandes questions, la vie, la mort, les souvenirs, le temps ». Paradoxalement le commentaire de Lars Norén à propos de sa pièce Pur et de sa propre mise scène au Vieux-Colombier entre en résonance avec Wittgenstein incor porated de Peter Verburgt par Jan Ritsema, actuellement présenté au Théâtre de la Cité internationale.


La Quinzaine n°991, du 1er au 15 mai 2009

mai 8, 2009

“Fou d’Emma, lui aussi”, un article d’Agnès Vaquin

ALAIN FERRY
MÉMOIRES D’UN FOU D’EMMA
Seuil éd., 272 p., 21 €

Après Philippe Doumenc et comme Claro naguère, voici qu’Alain Ferry s’en prend à l’inépuisable Bovary. Il intitule son livre Mémoire d’un fou d’Emma. Le mot « mémoire » doit s’entendre au masculin singulier : « Nous avons soumis ce mémoire d’Emma au râteau de la bienséance. »

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“Une romancière inattendue”, un article de Maurice Mourier

CLAUDINE HELFT
UN DIVORCE D’AMOUR
La Différence éd., 126 p., 14 €

En 2007, Claudine Helft, auteur de huit recueils publiés chez d’autres éditeurs, a donné à La Différence le neuvième, sous le beau titre provocant Une indécente éternité, où une pure voix de femme célébrait, sur un mode lyrique devenu plutôt rare aujourd’hui et d’autant plus précieux, la persistance mentale des disparus très aimés et l’acceptation de l’indécence que c’est de continuer à vivre « après ».

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“Rêves d’enfance”, un livre de Gabrielle Napoli

GYÖRGY DRAGOMÁN
LE ROI BLANC
Gallimard éd., 296 p., 23,50

En Roumanie, au milieu des années 80, un jeune garçon de onze ans doit dire au revoir à son père, que des collègues de bureau sont venus chercher dans une fourgonnette grise. L’attente interminable de l’enfant à qui le père a promis de l’amener à la mer dès son retour, les sous-entendus de ses camarades de classe, la progressive prise de conscience de la réalité, et la vie qui continue, tant bien que mal, pour le narrateur, tout est décrit avec beaucoup de pudeur et d’émotion dans Le Roi blanc, remarquable roman d’un jeune auteur transylvain.

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“Entrée des fantômes”, un article d’Alain Joubert

STANISLAS RODANSKI
REQUIEM FOR ME
Édition des Cendres (8, rue des Cendres, Paris 20e)
144 p., 18 €

Les fantômes existent. La preuve : c’est un fantôme qui trace ces lignes. De fait, le jour où j’ai perdu celle qui fut ma compagne pendant quarante-huit ans, j’ai réalisé que les fantômes n’étaient pas ceux qui partent, mais bien ceux qui restent. C’est donc en spécialiste que je sais reconnaître un fantôme lorsque les circonstances m’amènent à en croiser un – ou plusieurs –, sur ce chemin qui ne mène nulle part : la vie. « Il y a un autre monde, mais il est dans celui-ci », écrivit un jour Paul Eluard.

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“Vivre dans les livres”, un article de Tiphaine Samoyault

WILLIAM MARX
VIE DU LETTRÉ
Minuit éd., 240 p., 18 €

En cette période où ce qu’on appelait autrefois « les humanités » (et que recouvrent en partie les actuelles « sciences humaines ») font l’objet d’un mépris bruyant, l’ouvrage que William Marx consacre à la vie – c’est-à-dire le quotidien, l’existence concrète, l’éthos du lettré – est particulièrement salutaire. Où l’on voit que le dévouement aux livres ne fait pas seulement de ses sectateurs des rats de bibliothèques improductifs et stériles mais fonde « une communauté secrète, reliée à travers les temps et les lieux par des rites partagés, des habitudes analogues, des affinités mystérieuses ».

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“Fantasmagories de Faust”, un article de Laurent Margantin

GOETHE
FAUST
Urfaust, Faust I, Faust II
Édition établie par Jean Lacoste et Jacques Le Rider
Bartillat éd., 800 p., 25 €

Toute sa vie, Goethe n’a cessé de revenir à la figure de Faust. En France, nous connaissons surtout, grâce à la traduction de Gérard de Nerval, sa première pièce de théâtre inspirée par la légende du savant allemand pactisant avec le diable, et moins le Second Faust, achevé par le poète quelques mois avant sa mort. L’intérêt de cette édition est de nous offrir les deux œuvres dans une nouvelle traduction, en les faisant précéder d’un premier texte beaucoup moins connu, l’Urfaust, véritable matrice des versions ultérieures qui permet au lecteur français de découvrir le monument littéraire dans sa totalité.

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“À la mer”, un article de Hugo Pradelle

JOSEPH CONRAD
LE NAUFRAGE DU TITANIC ET AUTRES RÉCITS SUR LA MER
trad. de l’anglais par Christophe Jaquet
Arléa éd., 148 p., 16 €

Lisant ces huit textes, nous approfondissons la place immense que la mer occupa dans l’œuvre de Joseph Conrad. Autour d’une enquête sur le naufrage du Titanic se forme, entre souvenirs émouvants et réflexions savantes, une constellation de récits divers.

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“L’univers comme cirque”, un article de Gilbert Lascault

ALEXANDER CALDER : LES ANNÉES PARISIENNES (1926-1937)
CENTRE GEORGES-POMPIDOU
18 mars – 20 juillet 2009

ARNAULD PIERRE
CALDER. LA SCULPTURE EN MOUVEMENT
coll. « Découvertes », Gallimard éd., 112 p., 150 ill., 12,90 €

ALEXANDER CALDER
ANIMAL SKETCHING
Dilecta éd., 104 p., 24 €
CATALOGUE Centre Pompidou éd., 420 p., 300 ill. coul., 39,90 €

Riche, passionnante, l’exposition d’Alexander Calder (1898-1976) rassemble plus de 300 œuvres : sculptures, peintures, jouets, dessins, photographies, f ilms, documents souvent inédits. Inventif, jovial, Calder, l’Américain de Paris, est un titan raffiné et fraternel.

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“Actualité d’Auguste Comte”, un article de Laurent Fedi

JEAN-FRANÇOIS BRAUNSTEIN
LA PHILOSOPHIE DE LA MÉDECINE D’AUGUSTE COMTE.
Vaches carnivores, Vierge Mère et morts vivants
PUF éd., 210 p., 22 €

« Comte lutta toute sa vie contre la folie. » Étrange entrée en matière que ce rappel biographique qui nous ramène au temps où Comte était caricaturé en scientiste mégalomane. Cette époque est heureusement révolue. On sait aujourd’hui que le positivisme est une anthropologie de la connaissance tout à fait originale et une philosophie des régulations entre science et société.

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“Pour un vrai travail scientifique”, un article de Jean-Paul Deléage

PAUL BOGHOSSIAN
LA PEUR DU SAVOIR.
Sur le relativisme et le constructivisme de la connaissance
Agone éd., 224 p., 20 €

Les débats contemporains en philosophie et sociologie des sciences n’apportent aucun argument sérieux en faveur d’un bouleversement radical de nos concepts communs et classiques de vérité et de connaissance.

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“Nouveaux regards sur les massacres du Constantinois en mai 1945″, un entretien réalisé par Omar Merzoug

Guelma, 1945, une subversion française dans l’Algérie coloniale (la Découverte)

Historien, membre du comité d’Esprit, Jean-Pierre Peyroulou propose, dans un ouvrage intitulé Guelma, 1945, une subversion française dans l’Algérie coloniale (La Découverte), un éclairage nouveau sur les tragédies du Constantinois. Pour les lecteurs de La Quinzaine, il précise ce qui fait la singularité de son propos.

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“Composition française”, un article de Maïté Bouyssy

MONA OZOUF
COMPOSITION FRANÇAISE
Retour sur une enfance bretonne
Gallimard éd., 260 p., 17,50 €

Le questionnement de Mona Ozouf sur « la part non choisie de l’existence » a ceci de dynamique qu’elle reste toujours politique quandbien même elle ne traite que des héritages, père, mère et société : une famille bretonne en ses nuances multiples, l’école comme habitus et tous les autres ingrédients d’une France IIIe République. La force du livre tient en outre au sens de la durée de l’auteur qui lui permet de scruter les voies de la liberté au filtre des héritages et du labyrinthe des attachements.

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“Questions sociales”, un article de Pierre-Yves Cusset

JULIEN DAMON
QUESTIONS SOCIALES : ANALYSES ANGLO-SAXONNES.
Socialement incorrect ?
PUF éd., 240 p., 22 €

Julien Damon, ancien chef du département des questions sociales au Centre d’analyse stratégique, ancien rapporteur du Grenelle de l’insertion, spécialiste des politiques familiales et de la prise en charge des sans-abri, nous propose avec son dernier ouvrage un véritable OVNI éditorial. Ce dernier se présente en effet sous la forme d’une compilation de comptes-rendus critiques d’ouvrages anglo-saxons portant sur les questions sociales, publiés pour la majorité d’entre eux dans la rubrique « Livres et idées » de la revue Sociétal.

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“La musique comme amour”, un article de Thierry Laisney

THIERRY MARTIN-SCHERRER
L’EXIL MUSICAL
Les Belles Lettres éd., 280 p., 35 €

Malgré son titre, L’Exil musical parle plus de rencontre que de séparation. Si l’auteur dit lui-même de son livre que c’est une série de variations sur l’impossibilité pour les mots de « rendre compte du mystère de la musique », le thème qui s’en dégage encore plus nettement est la relation qui unit un appel, celui de l’œuvre musicale, et un désir, celui de l’auditeur.


La Quinzaine n°988, du 16 au 31 mars 2009

mars 22, 2009

“Les vivants et les morts”, un article de Jacques Fressard

GUILLERMO FADANELLI
BOUE
trad. de l’espagnol (Mexique) par Nelly Lhermillier
Christian Bourgois éd., 348 p., 23 €

Le roman policier d’envergure littéraire ne date pas d’aujourd’hui au Mexique. Il suffit de songer à Jorge Ibargüengoitia (1928-1983), qui fut accueilli en notre Série Noire, pour s’en convaincre. Un certain mélange d’humour et de macabre participe aussi de l’idiosyncrasie nationale, qui se manifeste avec éclat le Jour des Morts où l’on juche des crânes en sucre sur les monuments funéraires et munit les marmots de squelettes miniatures à roulettes. Dans l’un et l’autre de ces deux livres les vivants etles défunts se donnent volontiers la main tandis que le temps s’écoule, comme une boue, en des minutes noires.

MARTÍN SOLARES
LES MINUTES NOIRES
trad. de l’espagnol (Mexique) par Christilla Vasserot
Christian Bourgois éd., 469 p., 25 €



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“L’enfer pour un nom”, un article d’Albert Bensoussan

JORGE VOLPI
LE JARDIN DÉVASTÉ
trad. de l’espagnol (Mexique) par Gabriel Iaculli
Seuil éd., 176 p., 18 €

Jorge Volpi, jeune écrivain mexicain, s’est fait connaître par des romans ambitieux et formidablement structurés, s’attachant aux grandes idéologies de notre vieille Europe et à leur effondrement : le nazisme dans À la recherche de Klingsor, le communisme avec Le Temps des cendres, la révolution de mai 1968 et la faillite de la gaucherévolutionnaire ou La Fin de la folie. Aujourd’hui, il s’en prend à l’islamisme et, pour ce faire, adopte un style complètement opposé où l’aphorisme est roi, et le mutisme la règle.

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“Le jeu du vrai et du faux”, un article de Jacques Fressard

DANIEL SADA
L’ODYSSÉE BARBARE
trad. de l’espagnol (Mexique) par Claude Fell
Passage du Nord-Ouest éd., 702 p., 26 €

Pourquoi ce titre un peu ronflant, conforté par une couverture où se déploie un arbre tourmenté sur un ciel d’orage ? C’est qu’il correspond sans doute à ce qu’on attend trop souvent chez nous de la littérature latino-américaine, en oubliant le mot de Montaigne : « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ». Par chance le titre original – un peu long sans doute une fois traduit littéralement – nous est fourni en épigraphe : « La vérité c’est comme du mensonge, on n’en sait jamais rien. »

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“Mario Bellatin : du récit gigogne au roman haïku”, un article d’Albert Bensoussan

MARIO BELLATIN
JEU DE DAMES
trad. de l’espagnol (Mexique) par Svetlana Doubin
Gallimard éd., 104 p., 11,50 €

L’œuvre doit se suffire à elle-même, a souvent déclaré ce jeune écrivain mexicain (né en 1960), qui ne veut rien dire sur lui-même ou si peu. Il a vécu au Pérou, certes, et même à Cuba, il aurait étudié la théologie, la littérature et le cinéma, soit. Il dirigerait à Mexico une énigmatique « École Dynamique d’Écrivains », bon. Ce qu’il y a de sûr c’est qu’il est l’auteur d’unedemi-douzaine de récits économes : courts, mais denses, où l’intrigue ou l’anecdote est toujours minimale, avec une sollicitation permanente du lecteur, comme au cinéma où l’enchaînement de séquences brèves amène le spectateur attentif à « écrire » lui-même l’histoire. Romancier à succès, Bellatin est traduit en allemand, anglais et français, et a été couronné de quelques prix. C’est une valeur sûre de la littérature mexicaine.

“La montée en écriture”, un article d’Agnès Vaquin

ALAIN NADAUD
LE PASSAGE DU COL
Albin Michel éd., 320 p., 19 €

Le Passage du col est un livre très ingénieusement agencé, peut-être trop, même, pour un lecteur que la f in ne gratif ie d’aucune surprise. Nadaud, on le sait, est un grand voyageur qui voyage la plume à la main. Son narrateur pénètre cette fois en terrain sensible, voire interdit désormais, puisqu’il entreprend de passer la frontière chinoise pour entrer au Tibet.

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“Le Démon de l’Amérique”, un article de Hugo Pradelle

TRISTAN EGOLF
KORNWOLF, LE DÉMON DE BLUE BALL
Kornwolf
trad. de l’anglais (États-Unis) par Francesca Gee
Gallimard éd., 470 p., 22,90 €

Le livre posthume de Tristan Egolf (1971-2005) poursuit l’entreprise rabelaisienne d’exploration des fondements d’une société à la dérive. Un requiem grotesque, sordide et mélancolique pour l’Amérique
de notre temps.

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“L’homme et la bête”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

HANS HENNY JAHNN
PAUVRETÉ, RICHESSE, HOMME ET BÊTE
trad. de l’allemand par Huguette Duvoisin et René Radrizzani
José Corti éd., 138 p., 16 €

Hans Henny Jahnn est l’un de ces écrivains en qui s’incarne au mieux ce qui est censé faire les spécif icités de la littérature allemande « romantique » dans toutes ses ambiguïtés et ses orientations. C’est grâce aux éditions José Corti qu’il commence à être connu en France, alors qu’il reste encore assez méconnu en Allemagne. Il en est à certains égards une f iguration presque caricaturale que le génie a sauvé des excès derniers.

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“Proust et la peinture”, un article de Georges Raillard

ERIC KARPELES
LE MUSÉE IMAGINAIRE DE MARCEL PROUST
Tous les tableaux de À la recherche du temps perdu
trad. de l’anglais par Pier re Saint-Jean
Thames & Hudson éd.
350 p., 206 ill., 32 €

« Proust et la peinture », « Proust et les peintres », des passages aujourd’hui obligés dans la lecture de l’œuvre de Proust, enrichi depuis quelques années de textes inédits, ou d’« esquisses » dont notre lecture ne peut pas faire l’économie.

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“Qu’est-ce qu’une vie digne de ce nom ?”, un article de Christian Descamps

ALAIN BADIOU
SECOND MANIFESTE POUR LA PHILOSOPHIE
Fayard éd., 155 p., 14 €


Alain Badiou – il est l’auteur de deux ouvrages majeurs, L’Être et l’événement et Logiques des mondes – a une haute idée de la philosophie ; éducateur actif, il a longtemps enseigné à Paris VIII-Vincennes, aux côtés de Deleuze, de Châtelet, de Lyotard… À la veulerie ambiante qui nous enjoint de « vivre sans idée », ce platonicien sophistiqué oppose un présent intensifié par l’art, l’amour, la science, la politique. Ce Second manifeste pour la philosophie déploie, pour la période actuelle, une critique du moralisme conservateur qui, sous le fallacieux intitulé de philosophie, se répand partout. Des médias aux bistrots, des gourous
médiatiques aux commissaires d’État, des sectateurs indignes n’ont de cesse de limer les dents d’une philosophie ne se contentant pas de l’adoration de ce qui est.

“Pour l’amour du grec”, un article de Pierre Pachet


JACQUELINE DE ROMILLY et MONIQUE TRÉDÉ
PETITES LEÇONS SUR LE GREC ANCIEN
Stock éd., 182 p., 15,50 €

On sait que Madame de Romilly ne peut désormais plus lire. C’est donc dans sa vaste et lumineuse mémoire qu’elle a retrouvé les éléments d’une histoire de la langue et de la littérature grecques, et les textes dans lesquels – avec l’aide de Monique Trédé – elle a puisé les exemples frappants dont elle illustre les divers points de son essai, clair, pédagogique et séduisant. C’est là une performance intellectuelle impressionnante, et un exemple moral.

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“Emblématique de son époque”, un article de Jean M. Goulemot

ÉVELYNE et MAURICE LEVER
LE CHEVALIER D’ÉON, « UNE VIE SANS QUEUE NI TÊTE »
Fayard éd., 384 p., 22 €

Il est en Histoire des sujets qui, changeant de statut, reviennent à la mode et sont alors justiciables d’une mise en perspective et d’un traitement plus actuels. Ainsi en est-il de ce personnage sexuellement incertain, officier de dragons, diplomate, agent secret, bretteur redouté, aventurier et homme de lettres, mais portant, par goût ou obligation, le cotillon aussi souvent que la culotte. Il s’agit de Charles, Geneviève, Louis, Auguste, Thimotée, Éon de Beaumont (1728-1810), plus connu sous le nom du chevalier d’Éon, célèbre en son temps, et demeuré présent dans la mémoire comme une curiosité historique.

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“Droit, morale et politique”, un article de Monique Chemillier-Gendreau

ANNE SIMONIN
LE DÉSHONNEUR DANS LA RÉPUBLIQUE
Une histoire de l’indignité. 1791-1958
Grasset éd., 758 p., 26,90 €

Voilà un livre prolifique dans lequel la narration historique est mêlée à des interrogations de philosophie politique et la science politique à la sociologie juridique. Cela à travers l’analyse de deux moments particuliers de l’histoire de France (et de leurs prolongements) dans lesquels le droit pénal a été utilisé pour circonscrire le cercle politique à ceux qui en étaient « dignes ». Ces innovations dans le rapport du pénal au politique sont étudiées dans un va-et-vient comparatif de la Révolution française (plus précisément de la Terreur) à la période qui va de Vichy à la Libération. On y voit l’utilité mais aussi les limites et les dérives de l’instrumentalisation politique du droit pénal. Par les exemples de Sade et de Baudelaire, par l’attitude critique de Jean Paulhan, la littérature est placée au cœur de ce débat. Enfin, la réflexion peut être utilement actualisée puisque, sous nos yeux, juristes et politologues peinent à nouer, notamment à l’échelle internationale, répression des crimes et réalité de la communauté politique.

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“Vers un nouveau paradigme”, un article de Jean-Paul Deléage

EMMANUEL DESJARDINS
PRENDRE SOIN DU MONDE
Survivre à l’effondrement des illusions
Alphée éd., 282 p., 21,90 €

Toutes les idéologies du XXe siècle ont failli. Cependant, tant que la promesse de l’avènement du paradis sur terre est restée crédible, elle a pu donner un incroyable élan créateur à notre société occidentale. Désormais, toutes les espérances d’un monde meilleur s’effondrent dans un désenchantement généralisé.

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“Place aux jeunes !”, un article de Lucien Logette

Rétrospective Erich von Stroheim
Musée d’Orsay du 13 au 19 mars 2009

Rétrospective Joris Ivens
Cinémathèque française
jusqu’au 5 avril 2009

Au fil des trois mercredis qui nous séparent encore du printemps, le spectateur parisien pourra découvrir 34 nouveaux films – et pas des moindres, puisque certains signés Gus Van Sant, André Téchiné, Jia Zhangke ou Walter Salles – et 6 rééditions. Deux lignes droites plus tard, l’artillerie cannoise tirera ses premières salves, qui promettent déjà d’être lourdes. Aucun problème donc dans l’alimentation des tuyaux à images, au contraire – et lorsque l’on apprend que le cinéma nigérian produit à Lagos, avec des moyens de fortune, 2 500 f ilms par an, directement vendus sur place en vidéo, on frémit devant la menace; le monde de 2009 est-il si passionnant qu’il faille le célébrer de façon si nombreuse ?

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“La lettre et l’esprit d’Oncle Vania”, un article de Monique le Roux

ANTON TCHEKHOV
ONCLE VANIA
Mise en scène de Claudia Stavisky
Tournée nationale jusqu’au 24 mai

Mise en scène de Rodolphe Dana et Katja Hunsinger
Tournée nationale jusqu’au 28 avril

Hasard des programmations : Oncle Vania d’Anton Tchekhov est présenté en même temps aux Bouffes du Nord par Claudia Stavisky et à la Bastille par Rodolphe Dana et Katja Hunsinger, avec le collectif les Possédés. C’est l’occasion d’éprouver une fois encore l’apport singulier de la mise en scène comme art des variations.



La Quinzaine n°984, du 16 janvier au 31 janvier 2009

février 1, 2009

Pour une critique de la raison neurobiologique, un article de Catherine Malabou

JEAN-PIERRE CHANGEUX, DU VRAI, DU BEAU, DU BIEN
Une nouvelle approche neuronale
Odile Jacob éd., 545 p., 29 €

Écrire le compte-rendu critique d’un livre de neuroscience, surtout lorsqu’il porte un titre aussi peu neuroscientifique et si évidemment philosophique que celui de Jean-Pierre Changeux, Du Vrai, du Beau, du Bien, est pour le philosophe une véritable gageure. En effet, celui-ci semble n’avoir d’autre alternative que d’approuver sans réserve cette tentative de domination du champ philosophique par la neuroscience d’une part, de résister de toutes ses forces à ce qui lui apparaîtra nécessairement comme une usurpation, une captation des idées métaphysiques par la neurobiologie d’autre part.

Infléchir la trajectoire suicidaire, un article de Jean-Paul Deléage

ANDRÉ LEBEAU, L’ENFERMEMENT PLANÉTAIRE
Le Débat/Gallimard éd., 312 p., 19 €

Après L’Engrenage de la technique, essai sur une menace planétaire, André Lebeau nous livre une nouvelle réflexion sur les conséquences planétaires de l’agir humain. Notre espèce se heurte désormais aux limites
biophysiques de la planète Terre.


bernardcazesUne visite au Musée des Futurs, un article de Julien Damon

BERNARD CAZES, HISTOIRE DES FUTURS
Les figures de l’avenir de saint Augustin au XXIe siècle
L’Harmattan éd., 507 p., 41,50 €

Bernard Cazes nous invite à une visite du Musée des Futurs. Maître d’oeuvre d’un authentique chef-d’oeuvre éditorial (car sans égal et d’excellente tenue), l’ancien responsable des études à long terme du défunt Commissariat au Plan nous fait traverser les galeries et les départements de son conservatoire des figures, des images et des analyses de l’avenir.


Vies parallèles, un article de Norbert Czarny

PATRICK DEVILLE, EQUATORIA
Seuil éd., 336 p., 22 €

« C’est une époque où le blanc des cartes fond comme neige au soleil », écrit Patrick Deville de la fin du XIXe siècle. Au moment où il écrit Equatoria, les couleurs multiples couvrent les atlas et à sa manière, le romancier en rend la profusion dans un livre qui a pour cadre l’Afrique : celle du méconnu Savorgnan de Brazza, celle de Jonas Savimbi et de tant d’autres héros, « traîtres et indécis ».


La « République des jésuites », un article de Monique Baccelli

EUGENIO CORTI, LA TERRE DES GUARANIS
trad. d’Andrea Vanicelli et Jean-Marie Debois
L’Âge d’homme éd., 379 p., 25 €

Un roman historique qui se présente avec toutes les caractéristiques du genre, si ce n’est qu’il nous est livré sous forme de scénario cinématographique, avec des dialogues reliés par des didascalies, et des indications précises de prise de vue : fondu, gros plan, flash-backs, etc. Ce qui surprend un peu, mais a sa raison d’être.




Alliés substantiels, un article de Norbert Czarny

LINDA LÊ, AU FOND DE L’INCONNU POUR TROUVER DU NOUVEAU
Christian Bourgois éd., 146 p., 17 €

Lecteurs, fréquentant assidûment les librairies et errant dans les allées des bibliothèques, nous ne sommes jamais rassasiés. Les livres s’accumulent sur nos rayonnages, on se demande sans cesse lesquels emporter, transmettre aux amis et aux proches, et arrive un autre livre qui nous recommande tel ou tel écrivain. Le petit recueil de Linda Lê est de ces ouvrages qui donnent envie de tourner d’autres pages, de plonger au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau, selon la formule de Baudelaire.


Une traversée du siècle, un article de Georges Guillain

GEORGES-EMMANUEL CLANCIER, VIVE FUT L’AVENTURE
Gallimard éd., 205 p., 17,90 €

Passager du temps, pour reprendre le titre d’un de ses précédents recueils, Georges-Emmanuel Clancier, né quelques semaines avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, a traversé quasiment toute l’histoire du XXe siècle. Ce qu’il en retient aujourd’hui dans ce livre bilan, ce livre testament, significativement intitulé Vive fut l’aventure, c’est le miracle d’une poésie reconnaissante et grave, restée malgré les ans, les mécomptes des temps, alerte et fraîche. En un mot : lumineuse.


Provocateur, un article de Odile Hunoult

JEAN-LUC CAIZERGUES, MON SUICIDE, poésie-fiction
Flammarion éd., 336 p., 20 €

Drôle de livre, dans la collection « Poésie » de Yves di Manno. « Poésie-fiction » dit le sous-titre : les trois premières parties, Petit catalogue de vente par correspondance, Perdant, Mon suicide, sont des fictions écrites comme des poèmes, si l’on entend qu’un poème a, sur la page, une disposition plus ou moins différente de la prose. Le « vers » de Jean-Luc Caizergues est court, très court, hoquetant même. Le mot final peut être rectifié, coupé en deux, rejeté en début de ligne suivante : une verticalité de potence.


Découvrir Ingeborg Bachmann, un article de Tiphaine Samoyault

INGEBORG BACHMANN, MALINA, trad. de l’allemand par Philippe Jaccottet et Claire de Oliveira
Seuil éd., 285 p., 21,50 €
revue IF n° 32 (32 rue Estelle, 13006 Marseille)
Seuil éd., 80 p., 12 €

La première traduction du seul roman achevé d’Ingeborg Bachmann, publié en Autriche en 1971, datait de 1973 et était épuisée depuis un bon moment. Cette traduction de Philippe Jaccottet est reprise aujourd’hui dans une version sensiblement améliorée par Claire de Oliveira et elle invite à lire ou à relire une oeuvre qui, par bien de ses aspects, est encore à découvrir.


Le Socrate de Xénophon, un article de Pierre Thillet

XÉNOPHON et SOCRATE, édité par M. Narcy et A. Tordesillas
Vrin éd., 321 p., 32 €, 1 vol.

Ce volume contient les actes du colloque qui s’est tenu à Aix-en-Provence, en novembre 2003, consacré à Xénophon et Socrate.








Le spectateur émancipé, un article de Pierre Saint-Germain

JACQUES RANCIÈRE, LE SPECTATEUR ÉMANCIPÉ
La Fabrique éd., 150 p., 13 €

Invité par diverses institutions universitaires, culturelles ou artistiques, Jacques Rancière a poursuivi sa réflexion sur l’art moderne, sa réception et son appréciation critiques. Les cinq textes qu’il réunit repartent d’une conceptualisation progressivement élaborée et exposée depuis La Nuit des prolétaires (1981) jusqu’à Politique de la littérature (2007), qui fait le lien entre politique et esthétique, agir et sentir.


Légèreté des mots, douceur des photos, un article de Odile Hunoult

FRANÇOISE DOLTO, ARCHIVES DE L’INTIME, sous la dir. de Yann Potin
Textes de Catherine Dolto, Muriel Djéribi-Valentin, Manon Pignot, Yann Potin, Jean-Pierre Winter
Gallimard éd., 256 p., 29,50 €

Archives de l’intime paraît pour le centenaire de la naissance et le vingtième anniversaire de la mort de Françoise Dolto (le 6 novembre 1988). Difficile, tant le plaisir est grand de feuilleter ces archives, de ne pas ajouter au flot de bénédictions qui traîne autour de Françoise Dolto.


Un Voltaire d’aujourd’hui, un article de Jean M. Goulemot

RAYMOND TROUSSON, VOLTAIRE
Tallandier éd., 798 p., 30 €

Raymond Trousson, professeur à l’Université libre de Bruxelles, est un spécialiste internationalement reconnu du XVIIIe siècle. Depuis quelques années il se consacre à la biographie des grandes figures des Lumières, Rousseau, Diderot et maintenant Voltaire.




De l’amour des beaux-arts, un article de Vincent Milliot

CHARLOTTE GUICHARD, LES AMATEURS D’ART À PARIS AU XVIIIe SIÈCLE
Champ Vallon éd., 400 p., 29 €

En 1767, dans les Salons, Diderot s’enflamme avec sa verve coutumière contre la « race maudite » des amateurs d’art. Objet de multiples critiques à la veille de la Révolution, cette figure sociale dont l’apogée se situe entre le triomphe du mécène au XVIIe siècle et celui du collectionneur au XIXe siècle, a pourtant constitué un acteur essentiel du système monarchique des arts au temps des Lumières, comme l’explique Charlotte Guichard, dans un ouvrage à bien des égards passionnant.


L’agonie du néolibéralisme, Entretien de Ignacio Ramonet par Omar Merzoug

Ancien directeur du Monde diplomatique, co-fondateur d’ATTAC, auteur de La Tyrannie de la communication (1999), Propagandes silencieuses (2000), Guerres du XXIe siècle (2002), Ignacio Ramonet publie Le Krach parfait (Galilée), un essai sur la récente crise financière. Pour les lecteurs de La Quinzaine littéraire, il en explique les tenants et les aboutissants.


À Londres, des économistes et des philosophes réfléchissent sur le marché, un article de Christian Descamps

En organisant une rencontre, en décembre 2008, la fondation Templeton – cette association philanthropique pour soutenir la recherche qui aime poser des « big questions » – se demandait, à l’automne : « Est-ce que le libre marché corrompt la moralité ? » Dans la capitale britannique, cette interrogation fut relancée à partir d’une plaquette où une dizaine d’intervenants répondent, prennent partie, avec plus ou moins de bonheur.


aube_ellouetLe grand large, un article de François-René Simon

YVES ELLÉOUËT
DVD (81 min) de Dominique Ferrandou, Livret de 96 p.
TFV Production éd., www.studioswinwin, 23 €

Aube Elléouët, la fille d’André Breton – la « chère Ecusette de Noireuil » de L’Amour fou –, n’est pas du genre à thésauriser : à son actif, entre autres, la production d’une collection de DVD. Dernier en date : Yves Elléouët (1932-1975), peintre et écrivain inspiré.


Théâtres en capitales, un article de Maïté Bouissy

CHRISTOPHE CHARLE, THÉÂTRES EN CAPITALES
Naissance de la société du spectacle à Paris, Berlin, Londres et Vienne
Albin Michel éd., 574 p., 29 €

En capitales, comme au sommet de l’affiche et dans les capitales majeures de l’Europe d’avant 1914, Paris, Londres, Berlin et Vienne, le théâtre ne cesse de solliciter des publics dont la fonction est d’être là sans être là (pour reprendre une formule de Peter Brook). Christophe Charle fait jouer par le chiffre et par le texte tous les ingrédients du succès rêvé par chacun des agents de l’entreprise théâtrale et la comparaison de ces « sociétés en spectacle » renvoie à notre actualité, car sa grille de lecture se médite au présent.