Journal en public par Maurice Nadeau – du 1er au 15 mai 2012

LA QUINZAINE LITTÉRAIRE 

JOURNAL EN PUBLIC par MAURICE NADEAU

Pascal Pia de nouveau à la disposition de ses amis et admirateurs avec ce nouveau recueil : Chroniques littéraires (1954-1977). 

Recueil qui vient s’ajouter aux précédents : Denoël/Lettres Nouvelles en 1971 (1), Fayard en 1999 et 2000 (2). Bien que l’activité littéraire de Pascal Pia déborde ces imposants volumes (des milliers de pages) – il n’est que de se souvenir de son Baudelaire ou de son Apollinaire – du moins y avait-il encore à réunir les articles critiques de Pia publiés dans l’hebdomadaire Carrefour (principal gagne-pain de l’auteur entre 1954 et 1977).

C’est chose faite, grâce à Colette Dominique, sa fille, grâce au vaillant Jean-Jacques Lefrère qui a réuni ces articles et les a préfacés, grâce à cet autre vaillant, Jean-Paul Louis, éditeur Du Lérot, à Tusson, Charente, qui s’est en outre permis, en célinien notoire, de choisir parmi ces articles ceux que Pia a consacrés, le long des années, aux ouvrages de Louis-Ferdinand Céline. Cela s’appelle Céline en liberté, la liberté étant de part et d’autre celle d’écrire.

Pour nos jeunes amis, je me permettrai de rappeler qui fut Pascal Pia, décédé en 1979.

Né à Paris en 1903, de famille cévenole, et de son nom d’état civil Pierre Durand. Père tué à la guerre de 1418. Mère, employée. Après son certificat d’études primaires, bohème et petits boulots dont celui de groom. Premiers poèmes à 16 ans, qu’il renie. Intéressé par Dada, collaboration à diverses revues belges, Le Disque vert de Franz Hellens ou Ça ira. Amitié avec le jeune Malraux. Publications « sous le manteau » avec le libraire Robert Bonnel. Fréquentation de la Nationale et travaux de documentation pour de futurs docteurs ès lettres (Renaissance, XVIIe siècle…). Mariage en 1927 et choix d’un métier : journaliste. Avant la guerre rédacteur en chef d’Alger républicain, à Alger, où il veille sur un jeune rédacteur, Albert Camus. En 1942, Résistance et, à la Libération, directeur de Combat devenu quotidien (tirage : 300 000).  Lire la suite

Journal en public de Maurice Nadeau – du 15 au 30 février 2012

LA QUINZAINE LITTÉRAIRE

JOURNAL EN PUBLIC de Maurice Nadeau

Notre collaborateur, et déjà bien ancien camarade, Jean-Jacques Marie est un des meilleurs spécialistes de la défunte URSS, on le sait. Plus de vingt ouvrages à elle consacrés, dont des ouvrages réédités et probablement définitifs, sur Lénine, Staline ou Trotsky. Je peux dire aujourd’hui, – je ne le pouvais pas alors –, que, grâce à lui, j’ai pu publier Chalamov ou Soljenitsyne. Jean-Jacques s’occupe en outre, avec ses amis russes, d’un périodique en français : Cahiers du mouvement ouvrier, que nous avons eu l’occasion de signaler.

Cet exorde pour dire que je me suis précipité sur son nouvel ouvrage, fondé lui aussi sur ses enquêtes et sur les archives moscovites récemment ouvertes : Le Fils oublié de Trotsky (Seuil). Lire la suite

La Quinzaine littéraire N°1053 du 15 au 30 janvier 2012

EN PREMIER

Un exemple de « marketing » : Charles Bukowski, « le meilleur poète d’Amérique », un article de ABEL DEBRITTO

ROMANS, RÉCITS

« Comme un invité dans sa propre vie », un article de NORBERT CZARNY

ANTONIO MUÑOZ MOLINA, DANS LA GRANDE NUIT DES TEMPS, trad. de l’espagnol par Philippe Bataillon Seuil, 768 p., 23 euros

Noir et rouge, teintes de mort et de misère, de nuit et d’obscurantisme, de sang et de passion : telles sont les couleurs que l’on pourrait garder du dernier roman d’Antonio Muñoz Molina. Texte ancré dans l’histoire de l’Espagne, Dans la grande nuit des temps est aussi un roman d’amour, l’histoire d’une fidélité dans l’espace et dans le temps. Lire la suite

Journal en public de Maurice Nadeau – du 15 au 31 décembre 2011

…REPRENONS… La Folie Baudelaire, de Roberto Calasso, je n’étais qu’au début de ma lecture. Je m’étais promis de la poursuivre après des tâches plus pressées. J’ai reçu entretemps, d’Yves Bonnefoy, Sous le signe de Baudelaire (Gallimard). Continue de déferler la « vague » qu’évoque Roberto Calasso. Au vrai, à nous, lecteurs, Baudelaire n’a jamais cessé d’être notre contemporain.

On croit tout connaître de lui. Il y a quelques années Claude Pichois avait fait paraître un Dictionnaire Baudelaire qui permettait de lire le poète mot par mot. Cela n’a pas ralenti le zèle de Roberto Calasso qui s’intéresse, bien sûr, à un individu si singulier dans ce Paris du XIXe siècle, fuyant le monde et les « artistes », couvert de dettes, amoureux de sa mère, surtout après la mort du général Aupick (son beau-père), dépendant de sa maîtresse Jeanne Duval (qui l’estimait peu), comme de son tuteur Maître Ancelle (un brave homme qui le persécutait), opiomane dans une chambre de l’hôtel Pimodan, traité de « mystifi- cateur » par ses soi-disant confrères, et, selon Calasso, « immense expert de l’humiliation » : « il n’y avait pas un endroit où il fut accordé à Baudelaire de respirer librement ». À deux reprises il tente de se suicider, il a vingt-quatre ans lors de la première. La seconde : avant la culbute, à Namur. Lire la suite

La Quinzaine littéraire n°1049 – du 15 au 30 novembre 2011

 EN PREMIER

Politique de l’amour, un article de LAURENT MARGANTIN

PAUL CELAN et INGEBORG BACHMANN LE TEMPS DU CŒUR Correspondance - trad. de l’allemand par Bertrand Badiou Seuil, coll. « La librairie du XXIsiècle », 464 p., 30 euros

Troublante lecture que celle de cette correspondance entre Ingeborg Bachmann et Paul Celan : on en sort avec la conviction que leurs deux œuvres sont bien indissociables, et que leur relation amoureuse se réalisa avant tout à travers l’écriture poétique.

 ROMANS, RÉCITS

Une exemplaire travailleuse du sexe, un article de AGNÈS VAQUIN

GRISÉLIDIS RÉAL, MÉMOIRES DE L’INACHEVÉ - Verticales, 360 p., 22.90 euros

Pour qui considère le combat des travailleurs du sexe comme nécessaire et insuffisant, la figure de Grisélidis Réal est exemplaire. En 1979, elle a quarante ans et elle se présente ainsi : « Actuellement, je vis à Genève où je mène de front mes activités d’écrivain et de prostituée au service d’une lutte collective pour la paix et la survie d’un monde meilleur. »

V. S. Naipaul en Afrique, un article de PIERRE PACHET

V. S. NAIPAUL, LE MASQUE DE L’AFRIQUE Aperçus de la croyance africaine - trad. de l’anglais par Philippe Delamare Grasset, 336 p., 19 €

À sa parution en anglais, le dernier récit de voyage de V. S. Naipaul a reçu un accueil mitigé : l’acuité de son regard et son sens comique seraient compromis par des lieux communs presque racistes sur l’Afrique et les Africains, par la fatigue cynique d’un Nobel vieillissant (78 ans). Je ne suis pas d’accord. Le maître sait toujours observer, s’émerveiller, décrire. Lire la suite

Journal en public, par Maurice Nadeau – 1er novembre 2011

JOURNAL EN PUBLIC, par MAURICE NADEAU 

Philip Roth, Le Rabaissement, traduit de l’anglais (américain) par Marie-Claire Pasquier, Gallimard, 124 p., 13,90 €.

fario, n° 10, été-automne 2011 (416 p., 28 €), outre W. G. Sebald, une lettre de Rosa Luxemburg à Luise Kautsky, des textes divers et des poèmes. Le tout d’une haute tenue.

Le Rabaissement est le trentième livre de Philip Roth. On se précipite, on est tout de suite pris, et comment ne le serais-je pas, moi ? Car il s’agit d’un acteur en fin de course, pas si vieux, la soixantaine, qui fut célèbre (la comparaison s’arrête là) et qui ne se sent plus capable de monter sur une scène. Tous les héros qu’il a incarnés, des pièces de Sophocle, Shakespeare ou Tchekhov, et qui ont fait sa gloire, il n’est plus capable de les faire parler, de les faire même se déplacer sur le plancher d’une scène. Il a perdu vérité et naturel, il « joue faux ». On l’applaudissait, on reste indifférent ou on s’attriste. « Autrefois, quand il jouait il ne pensait à rien. Ce qu’il faisait bien, c’était par instinct. Maintenant il pensait à tout, et cela tuait toute spontanéité, toute vitalité. Il essayait de contrôler son jeu par la pensée, et il ne réussissait qu’à le détruire… Cela ne passait pas. Il était incapable de jouer. » Simon Axler a des rêves affreux, sa femme l’a quitté, il se sent fini, il pense au suicide. Lire la suite

Journal en public de Maurice Nadeau – Du 15 au 30 juillet 2011

JOURNAL EN PUBLIC

MAURICE NADEAU

«À toi, cher Maurice, ce Kampuchéa, et mon amitié ». À toi, cher Patrick, cette tentative de rendre compte de ce nouveau livre que tu m’envoies à peine débarqué d’un nouveau long voyage et où, de nouveau, tu m’apparais tout entier.

Je venais de lire le dernier de tes ouvrages, Equatoria, quand je vins vers toi, ce jour de mai, à Fontevrault, où s’entretenaient les admirateurs de Malcolm Lowry et de son Au-dessous du volcan, et te saluais d’un ironique : « Curieux, comme vous ressemblez à Barbusse ! » qui te laissa interloqué. Tu es trop jeune pour avoir connu Henri Barbusse. Trop jeunes la plupart des lecteurs de La Quinzaine, pour savoir de qui il s’agit. Henri Barbusse ne fut pas seulement l’auteur du Feu, sur la guerre de 14, il dirigeait un hebdomadaire intitulé Monde (ne pas confondre) qu’un directeur d’École Normale avait saisi dans mon courrier et interdit. Barbusse était communiste de stricte observance. Il avait de part et d’autre d’un long visage ses cheveux en bataille, tu me faisais penser à Barbusse. Lire la suite

Jorge Semprun, “Un tombeau au creux des nuages” – Journal en public

JOURNAL EN PUBLIC (QL n°1011 parue le 16 mars 2010)

MAURICE NADEAU

Qui trop embrasse mal étreint ! Comment faire, quand vous parviennent tant d’ouvrages qu’on a tout de suite envie de lire ? On met de côté, je verrai plus tard ! En voici d’autres, qu’on a sollicités cette fois et qu’il serait malséant d’ignorer. Javier Marías, par exemple. Ton visage demain, 3e tome. Ses 600 pages je les dévore en une semaine. J’en redemande, on m’envoie les deux premiers, parus il y a quelques années. Je peux me faire une idée de l’ensemble. Marías est un auteur abondant, diable ! dont paraît en même temps un recueil d’essais, en voici un sur sa façon de travailler, il faut aller voir. On n’en a pas fini et c’est tant mieux.

Qu’est-ce qui me séduit chez lui ? Je n’en reviens pas : ce qui me retenait chez Nathalie Sarraute. Antinomiques. Autant il développe, autant elle resserre, autant il caracole, autant elle mesure ses pas. Pourtant, chez tous deux l’attention minutieuse à ces riens qui font que deux êtres se comprennent, se détestent ou s’aiment : une sueur, un clignement de paupière, un rire réprimé, une façon de s’asseoir, de croiser les jambes, la vie dans ce qu’elle a de plus commun. Lire la suite

Journal en public – Maurice Nadeau – Bruno Schulz

Journal en public (QL n°887 parue le 01-11-2004)

Maurice Nadeau

Jacques Derrida

Bruno Schulz, Oeuvres,  trad. du Polonais Denoël

Bruno Schulz, Le livre idolâtre, trad. du Polonais Denoël

Annie Le Brun, Ombre pour ombre, Gallimard

Catherine Robbe-Grillet, Jeune mariée, Fayard

Une quinzaine chargée. La quinzaine des jours que nous venons de vivre, bien sûr, pas La Quinzaine que vous tenez en mains. Quoique… La mort de Jacques Derrida. La nouvelle alors que notre numéro était bouclé. Derrida ne faisait pas mystère de sa maladie, on le sait, il l’évoquait (à sa manière) dans le numéro d’été de La Quinzaine. Pourtant, le choc. Il faut faire vite. Lucette Finas et Catherine Malabou nous tirent d’affaire. Les quotidiens avaient tout de suite alimenté les rotatives, leurs ” nécros ” toute prêtes. L’étonnement tout de même de voir le portrait de Derrida pleine page couleur en couverture de Libération et, plus surprenant celle de L’Humanité ! Dans Le Monde du même jour un supplément de huit pages ! Chez nous, depuis Sartre, la philosophie est vraiment descendue dans la rue. Qui s’en plaindrait ? De rares fausses notes dans le concert. Derrida ” un grand produit d’exportation ” Le Figaro. Nous n’avons pas perdu nos repères. Lire la suite

“Au-dessous du volcan”, Malcolm Lowry – Maurice Nadeau – Journal en public

Maurice Nadeau – Journal en public (article paru dans la QL 996 du 16 juillet 1999)

Assemblée générale de la SARL La Quinzaine littéraire, « Les Lettres Nouvelles/Maurice Nadeau ».

La Quinzaine, déficitaire. Il fallait s’y attendre. Hausse du loyer, hausse des tarifs postaux pour l’étranger, nouvelles réglemen- tations des NMPP fatales aux périodiques de notre genre.

Les Lettres Nouvelles équilibrent. Elles peuvent vivre toutes seules. Il est décidé de les « désencastrer » de la SARL.

La situation de La Quinzaine est aggravée par le licenciement d’un employé, soutenu par l’inspectrice du travail. Comment fonctionne une société qui n’a pas pour but de gagner de l’argent ? « Vos rédacteurs sont bénévoles ?… » (long point d’interrogation étonnée). Une bonne nouvelle toutefois : le Centre national du Livre augmente sa subvention annuelle.

Mardi. Invité au vernissage de Ferdinando Scianna à la Maison Européenne de la Photographie. J’ai préfacé il y deux ans pour Delpire un petit recueil de ses photos. J’ai connu Scianna dans les années 60 à Paris. Il était correspondant de L’Europeo et accom- pagnait Leonardo Sciascia dont je publiais les romans. Sciascia, qui connaissait dans le détail Voltaire ou Stendhal, refusait de me parler en français par crainte d’« écorcher votre belle langue », Scianna était son interprète. Lire la suite

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