Quinzaine n°978 du 16 au 31 octobre 2008

novembre 1, 2008

Une époque impardonnable, un article d’Agnès Vaquin

J.M.G. Le Clézio, Ritournelle de la faim, Gallimard éd., 210p.,

J.M.G Le Clézio a ses figures de proue. il a ses filles du feu qui reviennent à intervalles dans son oeuvre. Ce sont des jeunes femmes qu’on imagine belles, encore que la beauté ne soit pas leur atout essentiel. Elles sont surtout intelligentes, sensibles, fougueuses. Elles sont en colère.



Question de style, un article de Norbert Czarny

Jean Echenoz, Courir, Minuit éd., 142p.

Deux évènements historiques encadrent l’histoire d’Emile, l’homme le plus rapide du monde: l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’armée nazie en 1939, puis par l’Armée rouge en 1968. Entre ces deux dates, le coureur de légende aura eu le temps de battre quelques records.



Folie ordinaire, un article de Norbert Czarny

Hélène Lenoir, La folie Silaz, Minuit éd., 224p.

Une maison au coeur du dernier roman d’Hélène Lenoir. On  pourrait dire une folie, mais on l’entendrait alors comme lieu habité par une folle, envahie par les objets et les souvenirs, “foutoir” serait plus juste. Une maison comme une prison, dont chacun cherche à s’évader.



Un roman brillant, mais savant? un article de Eric Phalippou

Salman Rushdie, L’enchanteresse de Florence (the Enchantress of Florence), trad. de l’anglais par Gérard Meudal, Plon éd., 410p.

Quand on est romancier en proie à un sujet flirtant avec l’Histoire, faut-il se documenter auprès des études le splus consensuelles et les portraits les plus flatteurs afin d’assurer aux lecteurs une reconstitution brillante, une galerie haute en couleur, le tout agrémenté de ressorts romanesques et de paradoxes convenus? Parce qu’offrant une lecture prenante-justement trop prenante- le derneir soap opera de Salman Rushdie suscite d’autant plus cette question que, pour la première fois, l’auteur agrémente sa fresque baroque d’un solide apparat critique.

Sur la chaussée des corsaires, un article de Gilbert Lascault

Jacques Villéglé, La comédie urbaine, Centre Georges Pompidou, 17 septembre 2008 – 5 janvier 2009, catalogue, Centre Pompidou éd., 336p.

Peintre raffiné, Jacques Villéglé (né en 1926) n’utilise jamais un pinceau. Son matériau (unique et changeant) est constitué par des affiches lacérées, déchirées, dépecées, maculées, qu’il découvre sur les murs des villes, sur les pallissades.


Les configurations de Mantegna, un article de Georges Raillard

Mantegna 1431-1506, Exposition au Louvre, 26 septembre 2008 au 5 janvier 2009, Catalogue sous la dir. de Giovanni Agosti et Dominique Thiébaut, Musée du Louvre/Hazan éd., 480p.

Jointes aux riches fonds Mantegna du Louvre et de la Brera, les oeuvres prêtées composent au Musée National une exposition exceptionnelle: disposition des oeuvres, jeu discret, sensible et savant des couleurs, des parois suivant les thèmes, les temps, les lieux, les genres, les personnages, l’architecture et les couleurs des personnages et des ciels.

La méthode et le cygne noir, un article de Laurence Zordan

Edgar Morin, La méthode, 2nd vol., Seuil éd., 2463p.

Edgar Morin, Mon chemin, Fayard éd., 362p.

“Je n’apporte pas la méthode, je pars à la recherche de la méthode. Je ne pars pas avec méthode, je pars avec le refus, en pleine conscience, de la simplification”: paradoxale introduction à La méthode d’Edgar Morin, fresque dont les milliers de pages en près de trente ans ouvrent un chemin, Mon chemin, autobiographie qui, loin d’être anecdotique, illustre les enjeux théoriques de la complexité.

Nassim Nicholas Taleb, Le cygne noir (en puissance de l’imprévisible) trad. de l’anglais par Christine Rimoldi avec la collaboration de l’auteur, Les belles lettres éd., 478p.

Simplifier les choses nous incite à penser que le monde est moins aléatoire qu’il ne l’est réellement. “Et le cygne noir est ce qu’on laisse de côté quand on essaie de simplifier”, écrit Nassim Nicholas Taleb, soulignant que nous sommes alors le jouet de la puissance de l’imprévisible.



Des images sur la régression de l’histoire humaine, un article de Jean-Paul Deléage

Alex MacLean, Over, visions aériennes de l’american way of life: une absurdité écologique, La découverte éd., 340p.

Les images d’Alex Mac LEAN que donnent à voir ce grand livre sont tout à la fois superbres et très inquiétantes. En effet, loin de toute démarche esthétisante, Alex MacLean manie magistralement l’art de la photographie aérienne. Il témoigne de l’inhumanité irresponsable de la société américaine dans les aménagements urbains et ruraux qui marquent désormais l’immense territoire des Etats-Unis.


J.M.G Le Clézio, prix Nobel de littérature

octobre 19, 2008

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A l’occasion de cette attribution, replongez dans les archives de la Quinzaine à travers 4 articles:


J-M-G. Le Clézio, Le Déluge

octobre 19, 2008

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La fin du monde? par Maurice Nadeau

J-M-G. Le Clézio, Le Déluge, Gallimard

Moderne et fort ancienne si l’on songe à tous les Tristans, à tous les Jasons qui vont chercher ailleurs, loin de chez eux, un improbable salut et qui reviennent après s’être plus ou moins cognés aux limites de la condition humaine. L’homme est ainsi fait qu’il ne peut se contenter de son sort et le supporter. Il lui faut marcher sans trêve ni repos vers les horizons que son imagination lui découvre, dans l’espoir, non de les trouver plus habitables, mais de se donner à lui-même une raison de vivre, d’exister. A la différence de ses aînés, toutefois, le “ quêteur ” contemporain sait de science certaine qu’il poursuit un leurre et s’enivre d’un mirage. Lisez la suite de cette entrée »


Que sauveriez vous du XXe siècle ? par J.M.G. Le Clézio

octobre 19, 2008

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Que sauveriez vous du XXe siècle ? par J.M.G. Le Clézio

Ce que je voudrais sauver du siècle passé, ce que j’aimerais garder pour le siècle à venir pour mes enfants, pour les enfants de mes enfants et encore après eux si le monde dure jusque-là :

D’abord les grandes choses de ce monde naturel, qu’on croyait éternelles, ces belles choses avec lesquelles nous sommes nés, et que nous croyions données pour toujours, indestructibles : les migrations des oiseaux, les cigognes volant au-dessus de l’Europe chaque automne, dans la direction du Maroc, et les hirondelles revenant chaque printemps, les escadrilles d’outardes et de grues volant au-dessus des bassins du Rio Grande au Nouveau-Mexique, les nuées de passereaux obscurcissant le ciel, les chauvesouris par millions sortant de la bouche de la grotte de Carlsbad. Et aussi le chant des oiseaux, le rossignol qui interroge la nuit, les cris des merles au crépuscule que mon grandpère comparait à une prière, les roucoulements des tourterelles à l’aube à Maurice, les jacassements des perroquets qui volent d’arbre en arbre au Mexique, les appels grinçants des colibris autour de la liane du juan-mecate derrière l’église de San Felipe à Albuquerque. Tous les oiseaux, du plus petit au plus grand, du plus terne au plus coloré, sans doute parce qu’ils ont été les premiers à nous alarmer par leur absence, par leur silence, dans ce siècle finissant. Lisez la suite de cette entrée »


J. M. G. Le Clézio, Voyages de l’autre côté

octobre 19, 2008

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Un nouveau Le Clézio par Maurice Nadeau

J. M. G. Le Clézio, Voyages de l’autre côté, Coll. “Le Chemin”, Gallimard éd., 320 p.

J. M. G. Le Clézio va son chemin : loin de Paris, de ses chapelles et de ses modes. Cela, ne plaît pas, bien sûr, à tout le monde, surtout de la part d’un auteur “si jeune” (il va tout de même avoir trentecinq ans), qui s’est montré réfractaire au nouveau Nouveau Roman, insensible aux grâces de ce qui, ici, nous occupe : lacanisme, structuralisme, “génération du texte”, joyeusetés guyotatesque. Dans quel monde vitil ? On se le demande. Personne n’atil appris à cet innocent que vouloir se faire lire, comme ça, tout de go, c’est faire les trois quarts d’un travail qui revient au lecteur, puis au commentateur, au “thésard”, à l’exégète ? Il enlève à beaucoup le pain de la bouche. Lisez la suite de cette entrée »


J.M.G Le Clézio, L’Extase matérielle

octobre 19, 2008

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Une fourmilière de mots par Roger Borderie

J.M.G. Le Clézio, L’Extase matérielle, Coll. “le Chemin”, Gallimard éd., 230 p.

Balzac voulait faire concurrence à l’état civil ; Le Clézio fait concurrence au réel, à la vertigineuse abondance du réel. La réalité et les livres de Le Clézio ont leur leitmotiv commun : tout existe. Il suffit de s’asseoir dans l’herbe et de regarder une araignée tisser sa toile, ou de se mettre à la fenêtre et de regarder dans la rue, pour s’en convaincre. La présence du monde, dans sa plénitude tragique, est une évidence. Comme toutes les évidences, elle se suffit à elle-même. Le monde se contente de répéter que tout est vivant et que tout, avec lui, est “jeté dans le chaos brutal et frénétique de l’existence.” Et ce monde est à lui-même son propre refrain : “Ce qui est mort, est. Ce qui est vivant, ce qui est animé ou immobile, est. Et ce qui n’est pas, est encore.” Lisez la suite de cette entrée »


Âpre et merveilleux désert

décembre 13, 2007

Les pieds dans le sable d’une dune reconstituée, une odeur de thé à la menthe bouillant lui chatouillant les narines, le spectateur qui entre dans le théâtre du Plateau vit une immersion sensorielle globale. Dans la pénombre d’une tente de bédouin tendue de sacs de toile brune et éclairée d’une bougie, il laisse les notes d’une flutte du désert l’emporter bien loin du 19e arrondissement de Paris.

Le spectacle « Et si l’homme avait été taillé dans une branche de baobab » est inspiré, et inspiré seulement, du roman Désert de Le Clézio, où une jeune fille des sables (Lalla) rêve d’un ailleurs, au-delà des dunes et des mers, et le cherche dans un exil-déracinement à Marseille.

La compagnie « la fabrique des petites utopies » a conçue cette pièce au Burkina Fasso. Elle mêle habillement à la trame du roman de Le Clézio, non linéaire et progressant par cercles concentriques, la couleur et la vie des traditions orales, presque une touche de palabre africaine. En y greffant des contes où il est question de l’origine du monde, de princesses et de jeunes hommes transformés en oiseaux, elle infuse le merveilleux dans le quotidien âpre du désert. Grâce à des ombres chinoises, à des poissons transformés en marionnettes, à un sable qui se dérobe comme par magie, ou encore au visage bleu qui sort d’un puit, la tente devient le lieu où se projette le monde entier par la force de l’imagination.

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Bruno Thircuir, le metteur en scène, affirme avoir vous exprimer la quête de Lalla pour « trouver seule le chemin qui mène au monde tant convoité des autres ». Il a pour cela choisi de mêler le français et les langues africaines, parlées et chantées par des comédiens aux origines diverses : une Franco-Ethiopienne, un Béninois, une Congolaise…

Le résultat est une fable accessible aux enfants comme aux adultes, qui émerveille et distille savamment rires et angoisses, mélancolie et espoir.

Béatrice Roman-Amat

« Et si l’homme avait été taillé dans une branche de baobab ». Jusqu’au 16 décembre à l’Atelier du Plateau (5 rue du Plateau, Paris 19e), entrée 8 à 12 euros.
Puis à Vif (Isère) les 13 et 15 février (théâtre ambulant installé esplanade O. de Gougees)
A Grenoble les 6 et 7 mars (théâtre ambulant installé à la Tronche)

Retrouvez les articles consacrés à Désert de J.M.G. Le Clézio dans les archives de la Quinzaine littéraire :

J.M.G. Le Clézio. Désert. Bonnes feuilles. Revue N° 326 parue le 01-06-1980

J.M.G. Le Clézio, Désert. Un article de Jean-Michel Maulpoix, ” Le poème de l’espérance et de la misère “. Revue N° 326 parue le 01-06-1980