ANDREW O’HAGAN, VIE ET OPINIONS DE MAF LE CHIEN ET DE SON AMIE MARILYN MONROE

Cave canem“, un article de Liliane Kerjan

ANDREW O’HAGAN, VIE ET OPINIONS DE MAF LE CHIEN ET DE SON AMIE MARILYN MONROE, trad. de l’anglais par Cécile Deniard Christian Bourgois, 344 p., 21 €

Vie et opinions de Maf le chien et de son amie Marilyn Monroe est un régal d’érudition littéraire, de plaisanteries, de pastiches, de rencontres imaginaires qui, à partir de novembre 1960, couvre deux années de la vie culturelle américaine, les deux dernières années de la vie de Marilyn.

Il y avait Argos, le chien d’Ulysse et les chiens d’Ésope, les chow-chows de Freud, Charley qui voyage avec son maître John Steinbeck. Il y a désormais Mafia Honey, dit Maf pour les intimes, le chien de Marilyn Monroe. Un chien lettré qui ne se mouche pas du coussinet et qui connaît son Bottin mondain canin. Un chien qui a grandi à l’âge d’or de l’existentialisme et qui garde en toutes circonstances une classe toute britannique, une lapée de Dom Pérignon par-ci, l’hermine de Marilyn pour matelas par-là. Un chien qui admire Trotsky, qui a du nez, sachant humer Joy de Patou, jasmin et tubéreuse, et suivre à la piste un Channel N° 5. Un chien qui a du discernement et va planter ses crocs dans la cheville de Lillian Hellman : cave canem.

Automne 1960. Marilyn a laissé derrière elle, sur la grande ferme de Roxbury, son mari Arthur Miller qui note dans ses Mémoires : « Elle ne savait pas qu’elle se mettait en danger, de son fait, du fait de sa colère, même parfaitement légitime, elle était toujours l’enfant et la proie. On peut toujours avoir plus si l’on s’en fiche des dégâts. Rien ne se termine jamais. » Andrew O’Hagan, fasciné depuis son adolescence par la star américaine, s’attache à rendre le climat du début des années soixante où elle veut s’inventer une nouvelle vie, après Arthur Miller, marié, dit-elle, à sa machine à écrire. Elle vit sur les deux côtes, à Los Angeles comme à New York, il y a lurette qu’elle n’est plus Norma Jeane Baker mais Miss Monroe… Retrouvez l’intégralité de cet article dans la Quinzaine Littéraire n°1025 en kiosque du 1er au 15 novembre 2010.

La Quinzaine n°1025, du 1er au 15 novembre 2010

 

ROMANS, RÉCITS

“L’Amour
au temps de la relégation”, un article de Jean-Paul Champseix

ISMAIL KADARÉ, L’ENTRAVÉE, Requiem pour Linda B. trad. de l’albanais par Tedi Papavrami Fayard, coll. « Littérature étrangère », 206 p., 17,90 €

Ce dernier roman d’Ismail Kadaré est dédié « Aux Albanaises nées, grandies et devenues jeunes filles en relégation ». La tyrannie stalinienne d’Enver Hoxha, qui pratiquait la responsabilité collective, envoyait une famille entière en relégation pour la « faute » d’un seul… L’« entravée » est une jeune fille d’une famille déclassée, c’est-à-dire jadis bourgeoise, que l’on a éloignée de Tirana pour une bourgade du centre de l’Albanie.

 

La compassion“, un article de Hugo Pradelle

JEAN-FRANÇOIS HAAS, J’AI AVANCÉ COMME LA NUIT VIENT, Seuil, 400 p., 21 €

Haas fait de son deuxième roman le creuset d’histoires qui ouvrent à d’autres histoires, la sienne et celles de la multitude, pour dire quelque chose de la nature de la mémoire, de sa force, comme de celles des mots qui nous font exister, résistants et braves dans le tourment de la vie, réaf- firmant avec une énergie magistrale la nature de la langue et de la frater- nité, de la compassion et de la permanence de la beauté.

 

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La Quinzaine n°1022, du 16 au 30 septembre 2010

“Le dilemme du rentier”, un article de Liliane Kerjan

ANITA BROOKNER ÉTRANGERS, Strangers, trad. de l’anglais par Françoise du Sorbier, Fayard, 269 p., 19 €

Vingt-trois romans, dont “L’Hôtel du lac” (Booker Prize en 1984), “Le Dernier Voyage”, “Les Règles du consentement” ont à chaque fois confirmé la place d’Anita Brookner dans la cohorte des romancières anglaises qui excellent dans l’analyse intelligente et intransigeante. Étrangers aborde sous une plume élégante le temps, la vieillesse et le vide au cœur d’une bourgeoisie ouverte aux courants d’air, en perpétuel exil.

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“Fiction ?”, un article de Norbert Czarny

PHILIPPE VASSET, JOURNAL INTIME D’UNE PRÉDATRICE, Fayard, 208 p., 15,90 €

“Carte muette” : c’était le titre d’un précédent roman de Philippe Vasset. L’auteur proposait une cartographie des espaces vacants, des zones vierges dans Paris. Le vide supposé en disait long sur la ville, telle qu’elle se construit, se peuple et se fait objet marchand. Le projet qui sous-tend le Journal intime d’une prédatrice est-il si différent ?

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“Vivre, ça fait mal”, un article d’Agnès Vaquin

YVES BICHET, RESPLANDY, Seuil, 240 p., 17 €

Les romans d’Yves Bichet se nourrissent de sensualité, de sexe et de mort et “Resplandy” ne va pas faire exception. Faut-il y ajouter l’humour noir ? On peut en discuter.

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“Quand le mal vient de très loin”, un article d’Agnès Vaquin

ÉRIC PESSAN, INCIDENT DE PERSONNE, Albin Michel, 190 p., 15 €

Le narrateur d’’Incident de personne’ n’est pas un garçon d’une folle gaîté. Ce n’est pas en vain qu’au début de son roman Éric Pessan termine certains paragraphes, comme s’il s’agissait d’une ponctuation, par « Noir ». Le personnage est dans un train en direction de Nantes. Il revient de Nicosie où il a séjourné pour animer des ateliers d’écriture.

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“Une autobiographie anonyme”, un article d’Odile Hunoult

CÉCILE REIMS, PEUT-ÊTRE, Le Temps qu’il fait, 176 p., 18 €

L’originalité de ce récit, et sa grâce, c’est l’absence quasi totale de ce qui fait l’autobiographie : ni lieux, ni noms, ni dates. Pour cela on peut se rapporter aux livres et aux catalogues du couple Cécile Reims-Fred Deux – ici F et C, limités à leurs initiales (sans points).

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“Un roman simple”, un article de Maurice Mourier

PER PETTERSON – MAUDIT SOIT LE FLEUVE DU TEMPS – trad. du norvégien par Terje Sinding, Gallimard, coll. « Du monde entier », 235 p., 18,50 €

Un homme de trente-sept ans, ouvrier dans une usine de routage de magazines, divorce. Au même moment, sa mère apprend qu’elle a un cancer, qu’il ne lui reste que peu de temps à vivre. D’origine danoise mais vivant depuis quarante ans à Oslo avec celui qu’elle a épousé, elle décide d’une sorte de pèlerinage au pays natal et se rend dans la petite île de Laeso où jadis elle avait accouché hors mariage de son premier fils, plus tard légitimé par l’union avec le Norvégien père de ses trois autres garçons mais qu’elle n’a jamais aimé.

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“Parentèle indienne”, un article de Liliane Kerjan

LOUISE ERDRICH – LA MALÉDICTION DES COLOMBES The Plague of Doves – trad. de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez – Albin Michel, 482 p., 22,50 €

De romans en poèmes, Louise Erdrich, depuis le succès de “Love Medicine” en 1984, écrit une œuvre originale, haute en couleur, pleine d’his- toires de familles dans une réserve d’Indiens du Dakota du Nord. Avec La Malédiction des colombes, elle signe, selon Philip Roth, « un chef-d’œuvre éblouissant ».

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“Les années vécues ensemble révèlent-elles réciproquement les âmes ?”, un article de Christian Mouze

SOPHIE TOLSTOÏ  – À QUI LA FAUTE ?
LÉON TOLSTOÏ  – LA SONATE À KREUTZER – trad. du russe par Christine Zeytounian-Beloüs – Albin Michel, 334 p., 19 €

« En aucune façon ! » répond Alexandre Herzen (1812-1870) qui, dans un roman que ne pouvaient ignorer ni Léon ni Sophie Tolstoï, intitulé À qui la faute ? (1841-1846) – et ce n’est pas un hasard si le titre du récit de Sophie Tolstoï fait écho à Herzen –, posait avec force, en même temps que celui de la place et du rôle social de la femme, le problème de l’amour conjugal et de la passion, leur tangence, leurs intersections, leurs recoupements, leur écartement, leurs écartèlements, leurs résonnances intimes et sociales.

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“Contre le vert Pour le vert”, un article de Gilbert Lascault

MICHEL PASTOUREAU – LES COULEURS DE NOS SOUVENIRS – Seuil, 260 p., 18 €

Historien érudit, inventif, original, Michel Pastoureau (né en 1947) explore les passions des couleurs, les symboles des animaux (l’ours, le cochon), les blasons, les jeux.

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“Reliques”, un article de Marie-José Tramuta

EUGENIO MONTALE – PAPILLON DE DINARD – trad. de l’italien par Mario Fusco – Verdier, 220 p., 18 €

Lorsque Eugenio Montale meurt, à Milan, le 12 septembre 1981, âgé de presque quatre-vingt-cinq ans (il était né le 12 octobre 1896 à Gênes), il laisse une œuvre couronnée par le prix Nobel en 1975 qui le consacre de son vivant déjà comme un poète classique. Giorgio Zampa écrivait dans son introduction à Tutte le poesie chez Mondadori, en 1984 : « Montale était conscient de la signi- fication que son œuvre assumerait, une fois refermée ; il hésita longtemps à y mettre le sceau. Quand il le fit, il cessa de chercher son stylo, il cessa de soulever la housse de son Olivetti. Et quelques mois plus tard, il quittait Milan, pour le modeste mais infini espace de San Felice a Ema » (cimetière où reposait depuis 1963, celle qui fut sa compagne puis sa femme, Drusilla Tanzi, dite la « Mosca »). Avant de mourir, il avait assisté à la publication de ses œuvres complètes, fait assez rare dans l’histoire littéraire.

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“La durée de la littérature”, un article de Nicole Casanova

ALBERT THIBAUDET – INTÉRIEURS – Baudelaire – Fromentin – Amiel  – Édition présentée et annotée par Robert Kopp – Gallimard, coll. « Les Cahiers de la NRF », 258 p., 25 €

« On pourra s’étonner, et même se scandaliser de voir approcher, d’une manière qu’on dira artificielle, trois écrivains en apparence si différents, et qui trouvent leur public, leurs critiques, en des classes de lecteurs si hostiles les unes aux autres. »

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“Le romancier, agent moral”, un article de Laurence Zordan

MARTHA C. NUSSBAUM – LA CONNAISSANCE DE L’AMOUR – Cerf, 589 p., 68 €

Que le roman soit le fer de lance de l’éthique est une idée déconcertante qui, une fois achevée la lecture de l’ouvrage de Martha Nussbaum, devient pourtant évidente. Figure majeure de la philosophie politique et morale américaine, elle démonte les objections telles : la critique éthique de la littérature serait nécessairement dogmatique et simpliste, en méconnaissant la portée esthétique des œuvres. Autre cliché réfuté par l’auteur : une évaluation éthique serait subjective et toute tentative pour rendre raison d’un texte serait en réalité une quête de puissance, expression d’une idéologie. La philosophe récuse la thèse voulant que soit réactionnaire le recours aux textes romanesques
pour répondre à la question « comment faut-il vivre ? », interrogation elle-même suspectée d’ individualisme réticent devant toute révolution collective. La puissance d’argumentation de Martha Nussbaum vient d’une formidable capacité à disséquer Aristote et Henry James si l’on ose dire « simultanément », d’un même élan minutieux, et ce n’est pas contradictoire dans les termes.

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“Gaël Eismann démystifie”, un article de Jean-Jacques Marie

GAËL EISMANN, HÔTEL MAJESTIC, Ordre et sécurité en France occupée (1940-1944), Tallandier, 592 p., 32 €

Alors même que l’issue de la guerre est imminente”, l’administration militaire allemande en France présente un bilan satisfait de son activité, cité par Gaël Eismann : «L’administration militaire allemande en France a prouvé, pendant ses quatre années d’activité, que la direction administrative et économique allemande avait la capacité d’organiser une administration européenne apte à obtenir les plus grands résultats possibles dans l’intérêt de l’Europe, sans que les spécificités économiques et culturelles nationales d’un pays n’en pâtissent. » Cette administration serait donc la vraie mère de l’Union européenne, contenue en germe dans son activité !

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“Puissance de la mafia italienne”, un article de Patrice Peveri

NICOLA TRANFAGLIA, POURQUOI LA MAFIA A GAGNÉ, Les classes dirigeantes italiennes et la lutte contre la mafia (1861-2008) trad. de l’italien par Jacques Bersani, préface de Gian Carlo Caselli, Tallandier, 234 p., 21 €

Peu connu en France, Nicola Tranfaglia est un membre éminent de l’intelligentsia transalpine. Historien prolixe de l’Italie contemporaine (on lui doit une trentaine d’ouvrages consacrés tant à l’histoire politique qu’à l’histoire des médias de son pays), président de l’université de Turin pendant plusieurs années et éditorialiste dans plusieurs grands quotidiens, il revient ici sur la mafia, un thème qui lui est cher et qu’il a déjà abordé dans quatre ouvrages. Publié en 2008 en Italie, Pourquoi la mafia a gagné s’inscrit dans les dernières péripéties de la courte mais animée carrière politique de l’auteur. Homme de gauche, adhérent déçu du PDS, puis député sous les couleurs du Partito dei Communisti Italiani de 2004 à 2006, il se présente, sans succès, aux élections européennes de 2009 sous les couleurs de « l’Italia dei Valori», dont le combat porte essentiellement sur la lutte contre la corruption et le crime organisé.

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“Une pinte de bon sang”, un article de Lucien Logette

NICOLAS STANZICK, DANS LES GRIFFES DE LA HAMMER, Éd. Le Bord de l’eau, coll. « Ciné-Mythologies », 492 p., 30 €

Vu de loin, avant que le mois ne commence, les promesses de septembre nous font déjà tomber les bras. Les dizaines de films qui nous menacent (65 au premier comptage), à consommer immédiatement avant que le contingent d’octobre, aussi nombreux, ne les chasse, nous plongent dans le même état de stupeur que le critique affligé derrière les murailles de livres apportés par la grande marée de l’été et qui frémit de s’y atteler. Pour réaffûter nos souvenirs et briller en ville – les films qui donnent à penser sont une bénédiction pour lesdiscussions postprandiales –, va-t-il nous falloir revoir les deux triomphateurs de Cannes, “Oncle Boonmee”, d’Apichatpong Weerasethakul, et “Des hommes et des dieux”, de Xavier Beauvois, dont on prévoit les commentaires énamourés à cinq étoiles qu’ils vont éveiller ?

La Quinzaine n°1019, du 16 au 31 juillet 2010

“Herman l’Obscur”, un article d’Antoine Cazé

HERMAN MELVILLE ŒUVRES IV : BARTLEBY LE SCRIBE, BILLY BUDD, MARIN et autres romans Édition publiée sous la direction de Philippe Jaworski, trad. de Ph. Jaworski et P. Leyris Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1 424 p., 62,50 €

Avec ce quatrième volume s’achève la publication des œuvres du géant des lettres américaines en traduction française dans la collection de « la Pléiade », édition à tous égards monumentale dont Philippe Jaworski a été l’architecte depuis 1997. Il faut saluer la qualité exceptionnelle de ce travail éditorial, tant pour les traductions nouvelles qu’il a entraînées – prêtant au français toutes les couleurs aptes à transmettre la complexité de ces grands textes – que par les annotations érudites auxquelles il a donné lieu.

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“L’amour aurait pu me sauver”, un article de Jacques Fessard

ALEJANDRA PIZARNIK JOURNAUX 1959-1971 trad. de l’espagnol (Argentine) par Anne Picard José Corti, 363 p., 22 €

Issue pour une part du surréalisme et plus encore d’une expérience vitale tout à fait singulière, la poésie d’Alejandra Pizarnik a déjà nombre de lecteurs en France depuis bientôt un quart de siècle. Mais c’est un tout autre pan de son œuvre qui nous requiert aujourd’hui : son journal intime, témoin de ses tourments et de ses aspirations, tenu presque jusqu’à la veille de son suicide, à l’âge de trente-six ans.

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“Dans le désert”, un article de Hugo Pradelle

ROBERT COOVER VILLE FANTÔME Ghost Town trad. de l’anglais (États-Unis) par Bernard Hoepffner
Seuil, coll. « Fiction & Cie », 228 p., 19 €

Dix ans avant de publier “Noir”, Robert Coover écrivait “Ville fantôme”, un autre roman inscrit entre parodie et réflexion profonde, un récit étrange, irréel et drôle, sous forme de mirage.

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“Chronique d’un échec programmé”, un article de Jean-Luc Tiesset

CHRISTOPH HEIN PAULA T. UNE FEMME ALLEMANDE Frau Paula Trousseau trad. de l’allemand par Nicole Bary Éd. Métailié, 418 p., 22 €

Christoph Hein raconte l’histoire d’une femme, Paula Trousseau, qui naît et grandit en RDA et voit à quarante ans disparaître l’État socialiste allemand. Elle tente de conquérir sa place de femme et de peintre contre sa famille, son père surtout qui se comporte en tyran, mais aussi contre tous les hommes qui, prétendant l’aider, parsèment d’embûches le chemin qu’elle veut suivre pour devenir elle-même. À de rares exceptions et à de rares moments près, ils ne croient pas en elle. Ce qui pourrait être un roman de formation débouche apparemment sur un échec : Paula se suicide en France, son corps est retrouvé dans la Loire. Mais ce suicide, qui ne constitue pas une première tentative et a été mûrement préparé, n’a-t-il pas une autre signification ?

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“Un horizon quotidien”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

HANS-ULRICH TREICHEL ANATOLIN trad. de l’allemand par Barbara Fontaine Gallimard, 126 p., 15,40 €

Dès 1993 l’attention avait été attirée sur Hans-Ulrich Treichel à l’oc- casion du prix d’encouragement qui accompagne le prix de littérature de la ville de Brême, à l’occasion d’un récit à la fois mélancolique et drôle où son personnage qui lui ressemble fort, originaire de Westphalie de l’Est, région toujours présente dans ses livres, va à la découverte de lui-même d’abord à travers des aventures italiennes toujours cocasses, rien n’est comme on le suppose et les rencontres avec des psychanalystes bavards et incertains sont tout à fait drôles, ce petit livre intitulé Du corps et de l’âme, non traduit, semble-t-il à ce jour, contient déjà tous les motifs futurs de l’œuvre de Treichel.

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“L’ironie salvatrice”, un article de Natacha Andriamirado

SYLVIE AYMARD LA VIE LENTE DES HOMMES Maurice Nadeau, 140 p., 16 €

Des êtres sans plainte aucune qui font aller et qui vivent comme ils peuvent. Certains « s’évanouissent du monde », d’autres ayant « fait l’apprentissage de la liberté » refusent de se soumettre. On aime Sylvie Aymard pour la subtilité de son écriture, toujours ironique et jamais moqueuse, toujours pudique, jamais démonstrative.

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“Portraits et autoportraits gigognes”, un article de Philippe Di Meo

JACQUES RÉDA AUTOPORTRAITS Fata Morgana, 192 p., 17 € et L’IMPROVISTE Gallimard, coll. « Folio », 416 p., 9,20 €

Étrangement, en dépit d’une notoriété indéniable, il semblerait que tout un pan de l’œuvre de Jacques Réda, en effet dispersée, celle du critique, soit encore peu ou mal connue. L’impérieux besoin si commode, mais si simplificateur, consistant à étiqueter ou à reconduire à un stéréotype une œuvre abondante et diverse ne l’occulte-t-il pas ? Et puis, après tout, le mot « critique » convient-il bien ?

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“Forces du roman”, un article de Claire Richard

DOMINIQUE RABATÉ LE ROMAN ET LE SENS DE LA VIE José Corti, coll. « Les Essais », 128 p., 19 €

Pourquoi lisons-nous ? Que nous disent les romans de « l’énigme brûlante du sens de la vie », selon la belle formule de Walter Benjamin ? C’est finalement la seule question qui vaille en littérature. Il faut « remettre le roman au cœur des débats, lui rendre sa vertu polémique », affirme Dominique Rabaté. Car le roman nous offre la possibilité de penser la vie dans son ambiguïté. Une idée qui n’est pas sans conséquences politiques.

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“Stefan George, Mallarmé et l’empire de la poésie”, un article de Laurent Margantin

LUDWIG LEHNEN MALLARMÉ ET STEFAN GEORGE Politiques de la poésie à l’époque du symbolisme Presses de l’université Paris-Sorbonne, 704 p., 33 €

Ludwig Lehnen a publié l’an dernier une édition bilingue des Poésies complètes de Stefan George (QL n° 1 003), poète allemand de la première moitié du XXe siècle (il convient sans doute de le rappeler au lecteur d’aujourd’hui, tellement son nom, célèbre en son temps, a perdu de son aura dans l’histoire littéraire).

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“Jacqueline Lamba”, un article de Dominique Rabourdin

ALBA ROMANO PACE JACQUELINE LAMBA. PEINTRE REBELLE, MUSE DE L’AMOUR FOU trad. de l’italien par Pascal Varejka, Gallimard, coll. « Témoins de l’art », 320 p., 23,50 €

« Et je puis bien dire qu’à cette place, le 29 mai 1934, cette femme était scandaleusement belle. » Ces mots d’André Breton n’ont cessé de nous faire rêver, de nous faire désirer en savoir plus sur celle qui devient dans son livre L’Amour fou « la toute-puis- sante ordinatrice de la nuit du Tournesol ». Alba Romano Pace publie aujourd’hui sa biographie, la première : Jacqueline Lamba. Peintre rebelle, muse de l’amour fou. Le titre de son livre en précise l’objectif : montrer que Jacqueline Lamba, avant d’être la « muse de L’Amour fou », celle qui, cette nuit du 29 mai 1934, décide d’aller à la rencontre d’André Breton pour entrer souverainement dans sa vie, fut aussi « peintre rebelle », « surtout et tout d’abord une artiste d’un talent remarquable et d’une exceptionnelle sensibilité ».

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“Les frères van Velde”, un article de Georges Raillard

EXPOSITION BRAM ET GEER VAN VELDE DEUX PEINTRES/UN NOM Musée des Beaux-Arts de Lyon du 16 avril 2010 au 19 juillet 2010

En 1948, “Derrière le Miroir”, la belle revue de la Galerie Maeght publiait un numéro double. Toute la couverture est tenue par une grande composition graphique inspirée du cubisme. En dessous, deux noms, Bram et Geer van Velde.

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“Faire, apprendre, penser”, un article de Marc Lebiez

RICHARD SENNETT CE QUE SAIT LA MAIN La culture de l’artisanat trad. de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat Albin Michel, 408 p., 23 €

On ne pense que dans des mots et la matière est extérieure aux mots ; elle échappe donc à une saisie complète par la raison. Toute la philosophie part de cet axiome fondamental pour se demander comment comprendre ce qui est. Mais le sens même de ce que c’est que comprendre est alors en jeu. Pour ceux qui se rattachent à l’école pragmatiste, c’est dans la relation qu’instaure le faire que nous aurions la meilleure saisie de ce qu’il en est de la matière.

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“L’échappement de l’histoire”, un article de Laurence Zordan

La Zone grise Entre accommodement et collaboration sous la direction de Philippe Mesnard et Yannis Thanassekos Éd. Kimé, coll. « Histoire & Mémoire », 255 p., 25 €

ÉTIENNE JAUDEL LE PROCÈS DE TOKYO Un Nuremberg oublié Odile Jacob, 156 p., 19 €

Documentée, compulsée, commentée, archivée, l’histoire fournit les matériaux d’un socle sur lequel prendre appui : elle offre ses exemples et ses leçons, et tout l’éventail de l’utilisation subjective de données objectivement établies. Et pourtant, zone grise et trou noir démentent ce préjugé de solidité et de lucidité.

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“De la Reconstruction”, un article de Liliane Kerjan

FELIX ROHATYN CES HOMMES QUI ONT FAIT L’AMÉRIQUE Bold Endeavors trad. de l’anglais par Hélène Demazure Éd. Saint-Simon, 196 p., 23 €

Grand banquier d’affaires, ancien ambassadeur de Bill Clinton en France, Felix Rohatyn nous livre ses réflexions de bâtisseur et de sauve-teur. Éloge de l’audace, diaporama de deux siècles de l’histoire d’une nation, voici un livre concret, engagé, au moment où « l’Amérique tombe en lambeaux, littéralement ». Un livre salutaire.

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“La querelle du postcolonial”, un article de Patrick Sultan

Ruptures postcoloniales Les nouveaux visages de la société française Sous la direction de N. Bancel, F. Bernault, P. Blanchard, A. Boubeker, A. Mbembe et F. Vergès La Découverte, coll. « Cahiers libres », 540 p., 26 €

JEAN-FRANÇOIS BAYART LES ÉTUDES POSTCOLONIALES Un carnaval académique Karthala, coll. « Disputatio », 126 p., 15 €

Depuis une dizaine d’années déjà, les travaux pluridisciplinaires effec-tués dans les universités anglo-saxonnes sous la dénomination d’« études postcoloniales » s’introduisent dans le champ scientifique français. Bon nombre de savants (historiens, géographes, sociologues…) s’inspirent de ces recherches attachées à décrypter le passé colonial des nations et surtout à dévoiler sa permanence et ses effets dans le devenir des sociétés décolonisées. Ils les discutent également et les nuancent. Cette confrontation des idées et des méthodes pourrait s’effectuer en toute quiétude, dans la paix relative du débat scientifique. Or, il n’en est rien. Les Postcolonial Studies semblent vouées à déclencher la polémique.

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“La passion du bric-à-brac”, un article de Jean-Jacques Lefrère

PHILIPP BLOM UNE HISTOIRE INTIME DES COLLECTIONNEURS Payot, 346 p., 21,50 €

La manie de la collection ne date pas des deux siècles que nous traversons. Elle sévit depuis bien des lustres et s’est étendue sur les bibelots les plus divers. S’il fallait énumérer toutes les lubies, tous les caprices des collectionneurs d’objets plus ou moins curieux, la liste serait interminable et à coup sûr incomplète. Dans son Histoire intime des collectionneurs, Philipp Blom s’est gardé de toute prétention à l’exhaustivité. Bien au contraire, il a choisi de ne retenir qu’une poignée de personnages emblé-matiques, dont il égrène les histoires à travers une série de chapitres édifiants et de lecture plaisante.

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“Le paradoxe du solitaire”, un article de Monique Le Roux

EUGÈNE IONESCO LE SOLITAIRE Mise en scène de Jean-Louis Martinelli Théâtre de la Madeleine Jusqu’au 31 juillet 2010

JEAN-LUC LAGARCE GIUSTO LA FINE DEL MONDO Mise en scène de Luca Ronconi Théâtre de la Ville

Incarner sur un plateau un personnage isolé, coupé de ses semblables, paraît une entreprise paradoxale : Jean-Louis Martinelli l’a tentée, en adaptant le roman d’Eugène Ionesco, “Le Solitaire”, au Théâtre de la Madeleine, Luca Ronconi en mettant en scène au Piccolo Teatro de Milan “Giusto la fine del mondo”, version italienne de la pièce de Jean-Luc Lagarce, “Juste la fin du monde”, présentée lors de la première édition des « Chantiers d’Europe » au Théâtre de la Ville.

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“L’amour des sons”, un article de Thierry Laisney

JOHN CAGE JE N’AI JAMAIS ÉCOUTÉ AUCUN SON SANS L’AIMER : LE SEUL PROBLÈME AVEC LES SONS, C’EST LA MUSIQUE Suivi d’Esthétique du silence par Daniel Charles, La main courante, 46 p., 12 €

John Cage (1912-1992) déclarait qu’avant d’aimer la musique il aimait les sons ; les sons, il faut les écouter pour eux-mêmes et non par le biais des relations qu’on peut établir entre eux. C’est le sens du titre donné à la présente conférence (prononcée à Pérouse en juin 1992), l’une des dernières de Cage et qui, malgré sa brièveté, nous dit pas mal de choses sur lui.

La Quinzaine n°1015, du 16 au 31 mai 2010

“Mainmise des prédateurs financiers sur le livre et l’édition”, entretien avec André Schiffrin

ANDRÉ SCHIFFRIN
L’ARGENT ET LES MOTS
La Fabrique, 112 p., 13 €

Fils du fondateur de la collection de la « Pléiade », directeur de Pantheon Books pendant trente ans, éditeur américain de Foucault, Sartre, Chomsky, André Schiffrin a été l’une des figures les plus importantes du monde des livres et de l’édition. Dernier volet d’une trilogie commencée avec “L’Édition sans éditeurs”, “L’Argent et les Mots” revient sur les périls que font peser sur l’édition la concentration et la globalisation qui, imposant des restructurations ruineuses, condamnent tout un secteur de la production littéraire, étiqueté comme non rentable.

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“Le sourire de Régine Detambel”, un article de Natacha Andriamirado

RÉGINE DETAMBEL
50 HISTOIRES FRAÎCHES
Gallimard, 240 p., 17,90 €

Retrouver l’immédiat, le capter au travers de textes brefs retraçant les moments fugaces de notre quotidien. Il y a dans ces cinquante histoires fraîches une énergie et une intensité du récit qui nous mènent à une seule et même chose : la rencontre de véritables personnages.

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“Une terre promise ?”, un article de Norbert Czarny

HENRI RACZYMOW
ERETZ
Gallimard, 160 p., 15 €

Eretzest le mot hébreu qui désigne LA terre. La terre promise, la terre rêvée. C’est aussi la désignation d’Israël par métonymie. Aller en Eretz, c’est se rendre dans ce pays complexe, multiple, trop souvent au cœur de l’actualité. C’est là qu’après 68, avait vécu Alain, frère du narrateur. Il en était revenu dans le milieu des années soixante-dix, sans illusion, déçu même.
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“La Renaissance de Harlem (1920-1930)”, un article de Cécile Cottenet

NELLA LARSEN
CLAIR-OBSCUR
trad. de l’américain par Guillaume Villeneuve préface de Laure Murat
Climats, 182 p., 17 €

Ce classique de la littérature africaine américaine brouille les frontières entre les races et nous offre une belle réflexion sur la question de l’identité. Dotée d’une préface érudite, cette première traduction française laisse entrevoir la richesse d’un mouvement littéraire méconnu en France.

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“Candide, ou l’optimisme dans le Midwest”, un article de Liliane Kerjan

LORRIE MOORE
LA PASSERELLE
A Gate at the Stairs
trad. de l’anglais (États-Unis) par Laetitia Devaux
L’Olivier, coll. « Rivages », 361 p., 22 €

Retour très réussi de Lorrie Moore, quinze ans après son second roman, grâce à une écriture pleine de drôlerie mais qui gratte jusqu’à la tragédie les faux-semblants d’une Amérique désenchantée. Une étudiante, petit cheval de Troie, quatre saisons de découvertes et de déconvenues : le charme opère et c’est l’enthousiasme aux États-Unis.

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“Voix d’Ingo Schulze”, un article de Laurent Margantin

INGO SCHULZE
PORTABLE
trad. de l’allemand par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein
Fayard, 324 p., 22 €

Après un volumineux roman sur la réunification allemande, Ingo Schulze revient, avec “Portable”, à l’écriture de nouvelles qui avait fait son succès dès ses premiers livres (Histoires sans gravité, 33 moments de bonheur).

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“Stratégies”, un article de Hugo Pradelle

ROBERTO BOLAÑO
LE TROISIÈME REICH
El tercer reich
trad. de l’espagnol (Chili) par Robert Amutio
Christian Bourgois, 420 p., 25€

Avec “Le Troisième Reich”, Bolaño (1953-2003) signe sans doute son livre le plus hypothétique, presque un affront. Roman désincarné, impénétrable, aride, mystérieux, jouissif parce que presque inaccessible. De ces pages furieusement aplaties sourd une menace troublante, vénéneuse, qui fait de ce récit inclassable un hymne terrible à la stratégie de la littérature.

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“Un rire jubilatoire”, un article de Norbert Czarny

THOMAS BERNHARD
MES PRIX LITTÉRAIRES
trad. de l’allemand par Daniel Mirsky
Gallimard, 176 p., 12,50

En 1986 paraissait Ténèbres, recueil de textes et d’entretiens de et autour de Thomas Bernhard. On pouvait lire dans cet ouvrage trois discours prononcés lors de remises de prix à l’écrivain. Des textes assez décapants, et plutôt provocateurs, on s’en doute. L’éditeur de Mes prix littéraires omet de préciser cette première publication mais on ne lui en voudra pas car la parution de ce petit livre fait un bien fou aux zygomatiques.

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“La lumière que j’avais parmi les vivants”, un article de Nicole Casanova

FLORENCE COLOMBANI
« JE NE PUIS DEMEURER LOIN DE TOI PLUS LONGTEMPS »
LÉOPOLDINE HUGO ET SON PÈRE
Grasset, 230 p., 16,50 €

Le 4 septembre 1843, Léopoldine, fille aînée de Victor Hugo, se noyait dans la Seine à l’âge de dix-neuf ans. Hugo, qui voyageait avec Juliette Drouet, apprit l’accident en lisant le journal. « Je le retrouvai foudroyé », dit Juliette.

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“Un livre-culte”, un article d’Anne Boyer

REMY DE GOURMONT
LE LATIN MYSTIQUE, LES POÈTES DE L’ANTIPHONAIRE ET LA SYMBOLIQUE AU MOYEN ÂGE
préface de Pierre Laurens
Les Belles Lettres, coll. « Essais », 416 p., 35 €

Dans “Bourlinguer”, Cendrars insiste sur l’importance qu’a revêtue pour lui la lecture du Latin mystique de Remy de Gourmont, lecture dont il fait «une date de naissance intellectuelle ». Parmi les premiers ouvrages publiés par le Mercure de France, en 1892, toute nouvelle maison d’édition sur le point de devenir le creuset d’une littérature nouvelle, Le Latin mystique est, comme l’affirme Pierre Laurens dans sa réédition, un « livre-culte ». Ce livre-culte ayant été toutefois quelque peu oublié, sa réédition, dans la collection « Essais » des Belles Lettres, est une bonne nouvelle.

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“La recherche de la longue vie”, un article de Gilbert Lascault

EXPOSITION
LA VOIE DU TAO : UN AUTRE CHEMIN DE L’ÊTRE
Galeries nationales, Grand Palais
3, avenue du Général-Eisenhower, Paris 8e du 31 mars au 5  juillet 2010
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PUBLICATION
CATHERINE DELACOUR et coll.
CATALOGUE DE L’EXPOSITION
RMN/musée Guimet, 368 p., 342 ill. coul., 45€

Curieuse, complexe, foisonnante, l’exposition La voie du Taodéconcerte et passionne. Elle rassemble 240 œuvres très diverses : les peintures, les miroirs de bronze, les sculptures (pierre, bois, céramique), les porcelaines, les estampages, les talismans, les inscriptions, les amulettes, les tapis rituels, les blocs de jade sculptés…

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“La polyphonie de Paul Klee”, un article de Georges Raillard

EXPOSITIONS
PAUL KLEE (1879-1940)
La collection d’Ernst Beyeler
Musée de l’Orangerie, 14 avril – 19 juillet 2010
Catalogue par Philippe Büttner et Claude Frontisi coédition Musée d’Orsay/Éditions Hazan, 96 p., 20 €

ARAGON ET L’ART MODERNE
Musée de la Poste, 14 avril – 19 septembre 2010
Catalogue illustré sous la direction de Josette Rasle, 160 p., 20 €

On ira de l’une à l’autre de deux expositions où la peinture est présentée nuement. Comme elle a été vue et lue par deux regards vifs, celui d’un marchand de tableaux, Ernst Beyeler, qui créa l’admirable Fondation de Bâle, et celui d’un poète épris d’images, Louis Aragon.  À l’Orangerie, Paul Klee (1879-1940) : des tableaux issus de la collection Beyeler. Au musée de la Poste, des Klee encore, en petit nombre, mais insérés dans les choix faits par Aragon dans l’art moderne.

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“La naissance de la poésie”, un article de Odile Hunoult

ANNIE LE BRUN
SI RIEN AVAIT UNE FORME, CE SERAIT CELA
Gallimard, 260 p., 21,90 €

En 1755, au lendemain de la fête des Morts, un tremblement de terre suivi d’un raz-de-marée gigantesque qui se propage dans tout l’Atlantique Nord détruit entièrement Lisbonne, faisant, dit-on, à Lisbonne même, plus de 50 000 morts. Un séisme aussi dans la pensée philosophique occidentale, qui achève de se séculariser. C’est pourquoi Annie Le Brun en fait le point de départ d’une fresque foisonnante où se succèdent ceux qui de près ou de loin ont côtoyé, rejoint, réfléchi, ou fui et occulté la catastrophe et l’inhumain, puis leur intériorisation : l’inhumain en l’homme.

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“Aux sources du libéralisme politique : Montesquieu et Germaine de Staël”, un article de Jean M. Goulemot

LAIN GAMBIER
MONTESQUIEU ET LA LIBERTÉ
Hermann, coll. « Philosophie », 274 p., 30 €
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MICHEL WINOCK
MADAME DE STAËL
Fayard, 576 p., 23,80 €

Le mot « libéralisme » occupe une place bien à part dans le monde contemporain. En France plus qu’ailleurs, il est passé du politique à l’économie. Il se confond avec le capitalisme le plus sauvage. Prétendre publiquement être libéral, c’est prendre le risque de se voir marginalisé, accusé de tiédeur ou de ne croire qu’aux lois du marché, quand ce n’est pas d’être aux portes du fascisme. J’avoue craindre toute réduction du vocabulaire politique et me méfier de termes, au sens approximatif, forme moderne de la langue de bois, qui servent à exclure, sans même avoir à argumenter.

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“Éros dans tous ses états”, un article de Michel Plon

JEAN ALLOUCH
L’AMOUR LACAN
EPEL, 493 p., 35€
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GLORIA LEFF
PORTRAITS DE FEMMES EN ANALYSTE
LACAN ET LE CONTRE-TRANSFERT
trad. de l’espagnol (Mexique) par Béatrice Cano
EPEL, 193 p., 24€

Deux livres qui supposent un minimum de familiarité avec l’œuvre de Lacan et avec l’histoire de la psychanalyse mais qui ont en commun de refuser l’hermétisme et le jargon, de ne pas privilégier la rigidité théorique au détriment de la clinique et réciproquement, deux livres dans lesquels la chose analytique, c’en est un régal, circule à l’air libre.

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“La montée de l’effacement”, un article de Laurence Zordan

FRANÇOISE BONARDEL
DES HÉRITIERS SANS PASSÉ
ESSAI SUR LA CRISE DE L’IDENTITÉ
CULTURELLE EUROPÉENNE
Éd. de la transparence, coll. « Philosophie », 266 p., 20 €

Des grands livres, on a pu dire qu’ils ne se contentent pas de proposer un argument différent, mais bien une autre manière d’argumenter. Ils n’envisagent pas une autre interprétation de la même expérience, mais réellement une autre expérience. L’ouvrage de Françoise Bonardel est de ceux-là, où chaque mot des titre et sous-titre ouvre à un vaste corpus philosophique qui se clôt sur l’image de la main, donnant à saisir la pertinence de la formule d’Hölderlin : « il en est, peu nombreux, qui sont forcés de saisir la foudre à pleines mains ».

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“Changement de genre”, un article de Monique Le Roux

THOMAS BERNHARD
EXTINCTION
Lecture par Serge Merlin
Théâtre de la Madeleine Jusqu’au 30 mai
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GARY-JOUVET 45-51
Mise en scène de Gabriel Garran
Théâtre de la Commune d’Aubervilliers Jusqu’au 29 mai

Ils ont l’un et l’autre connu un exceptionnel parcours artistique de plus d’un demi-siècle et jettent un nouveau défi à la scène. Serge Merlin retrouve au Théâtre de la Madeleine son auteur de prédilection, Thomas Bernhard, avec “Extinction”. Gabriel Garran retourne à la Commune, Centre dramatique national d’Aubervilliers, pour un spectacle, “Gary-Jouvet 45-51″, qu’il a conçu à partir d’une pièce de Romain Gary, “Tulipe ou la protestation”, et de la correspondance entre le jeune écrivain diplomate et le grand metteur en scène.

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“Quand le fond de l’air a viré rouge sang”, un article de Lucien Logette

OLIVIER ASSAYAS
CARLOS

Avant même d’être présenté à Cannes, voilà donc “Hors-la-loi”, le film de Rachid Bouchareb, sous le feu des projecteurs. Un député garanti tricolore grand teint et un secrétaire d’État aux anciens ils-ont-des-droits-sur-nous-combattants viennent de partir en guerre, drapeau national en bandoulière, contre cette œuvre « qui insulte la République » – peut-être auraient-ils pu attendre de voir le film ? Il paraîtrait même que des pressions auraient été exercées sur les responsables du Festival de Cannes pour que “Hors-la-loi” ne soit pas sélectionné… Ceux-ci, cumulant mauvais esprit et duplicité, ont pris en compte la part algérienne de cette produc-tion, par ailleurs fruit d’un complot cosmopolite (franco-algéro-tuniso-italo-belge) pour attribuer au film la nationalité de nos (ex-)ennemis. Au moins, la République n’est-elle plus insultée par ses propres enfants ; l’honneur est sauf.

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“Alan au pays des merveilles”, un article d’Alain Joubert

À travers le cristal d’Alan Glass
DVD de Tufic Makhlouf Akl (140 min), accompagné d’un livret illustré de 88 pages
Seven Doc (10, rue Henri-Bergson, 38100 Grenoble) distribution Studios WinWin, 23 €

« Le merveilleux est toujours beau, n’importe quel merveilleux est beau, il n’y a même que le merveilleux qui soit beau». Lorsque, dans le “Manifeste du surréalisme”, André Breton pose cette affirmation, il écarte du même coup le côté éventuellement « puéril » d’un merveilleux de pacotille pour exalter un « merveilleux adulte », arme absolue contre le rationalisme et le réalisme vulgaire qui dominent notre société ; et c’est vers Lewis, Young, Maturin, Arnim, Nerval ou Lautréamont (notamment) qu’il se tourne tout naturellement.

La Quinzaine n°1004, du 1er au 15 mai 2010

“Drame chez les Fantochinois”, un article de Maurice Mourier

LING XI
LA TROISIÈME MOITIÉ
Maurice Nadeau, 247 p., 20 €

À W., une ville ouvrière hideuse du centre de la Chine – ce doit être Wuhan, sise au milieu des montagnes, dans la vallée du Yang Tsé Kiang – s’agite une foule de pauvres types, coincés entre la Fabrique des Interrupteurs, récemment convertie en ateliers de médailles pieuses à l’effigie du Président Mao, et l’Usine de Caoutchouc. C’est une agglomération immense et informe, plus vaste que Mexico si l’on en croit la mégalomanie de ses habitants, dont beaucoup sont analphabètes, mais une mosaïque de petits quartiers, sortes de villages vivant en quasi-autarcie. Un de ces quartiers, peut-être le plus déshérité de la ville, sert de décor au livre.

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“Une étrange sensation de vide”, un article d’Agnès Vaquin

RÉGIS JAUFFRET
SÉVÈRE
Seuil, 164 p., 17 €

Ce qui se passe dans la vie des gens reste pour Régis Jauffret un spectacle urticant. Les comprendre, voilà le hic, leur logique n’appartient qu’à eux. L’écrivain les regarde et se contente des motivations qui traînent partout pour rendre compte de comportements, si l’on y pense, proprement stupéfiants. Avec Sévère, Jauffret tente un grand coup. Il s’approprie, sans mentionner son nom et à la première personne, le cas de cette femme dont les médias nous ont rebattu les oreilles. L’action se passe à Genève. Au cours de ce qu’on appelle une séance sadomasochiste, elle tire sur son amant et le tue. On le découvre emmailloté dans une combinaison de latex.

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“Ciel tombeau”, un article de Laurence Zordan

CHANTAL CHAWAF
JE SUIS NÉE
Éd. des Femmes/Antoinette Fouque, 563 p., 20 €

Le ciel de la Seconde Guerre mondiale fut des plus meurtrier pour les civils. Horreur d’un mouvement ascensionnel dans le ciel de l’Holocauste (« vous aurez alors une tombe dans les nuages où l’on n’est pas serré »), ou au contraire létale avalanche, promesse de carnage par l’impitoyable chute des bombes atteignant parfois ceux qu’elles devaient libérer. En cherchant à frapper l’occupant, les avions alliés faisaient parfois des victimes collatérales. Cette expression volontiers employée aujourd’hui élude la chair et le sang. Le livre de Chantal Chawaf en restitue la vividité, cette impression qui persiste même lorsque l’on referme l’ouvrage, même lorsqu’on lève les yeux, selon l’image d’Yves Bonnefoy, ajoutant que c’est alors le moment où le lecteur, encore habité par sa lecture, la noue à sa propre existence. À quoi nous fait naître Je suis née ? Peut-être à une « poéthique » du ciel, à une poésie signant la quête de vérité, l’éthique d’une pure authenticité.

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“Magies dakaroises”, un article de Marie Etienne

SOPHIE-ANNE DELHOMME
QUITTER DAKAR
Le Rouergue, coll. « La brune », 142 p., 13,50 €

Quand on connaît Dakar et qu’on y a vécu, on a le sentiment étrange, lisant ce livre, d’y retrouver exactement ses propres souvenirs – les lieux, les animaux, les plantes et les occupations, tout est exact, et similaire…

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“Sur le fil du rasoir”, un article de Hugo Pradelle

EDGAR HILSENRATH
LE NAZI ET LE BARBIER
Der Nazi und der Friseur
trad. de l’allemand par Jörg Stickan et Sacha Zilberfarb
Attila, 512 p., 23,50 €

Reparaît, dans une traduction énergique, le roman épique d’Hilsenrath sur la Shoah, son pied de nez à l’Allemagne des années 70, son coup-depied dans la fourmilière de la bien-pensance et des mémoires oublieuses. En grand provocateur, il chamboule l’ordre des discours sur la barbarie, les bourreaux et les victimes, jusqu’à l’ultime jugement. Avec une jouissance expressive impressionnante, il écrit un roman délirant, sans pareil, qui enfonce à grands coups de boutoir tous les barrages qu’avait érigés une nation traumatisée, s’insurgeant contre l’oubli et le simplisme historique, et nous dérange en nous faisant rire de la monstruosité la plus terrible.

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“Fêlures et affolements”, un article de Liliane Kerjan

JAMES LASDUN
ÇA COMMENCE À FAIRE MAL
It’s Beginning to Hurt
trad. de l’anglais (États-Unis) par Pierre Charras
Jacqueline Chambon/Actes Sud, 286 p., 21,80 €

Aux deux romans, “L’Homme licorne” (2004) et “Sept mensonges” (2007), parus en traduction française, s’ajoute désormais ce recueil de quinze nouvelles, écrites de main de maître, débusquant dans le quotidien occidental les civilités et les compromis, l’élargissement des fissures, prémices aux grands chambardements de l’existence.

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“Tout est ailleurs”, un article de Norbert Czarny

ANDRZEJ STASIUK
MON ALLEMAGNE

trad. du polonais par Charles Zaremba
Christian Bourgois, 96 p., 12 €

Les guides touristiques qui balisent nos parcours, indiquent les meilleurs itinéraires et recommandent les meilleures tables ne reprendront sans doute jamais les propositions d’Andrzej Stasiuk quant à l’Allemagne. Heureusement : cela laisse au lecteur le plaisir d’emporter avec lui “Mon Allemagne”, et de mieux regarder autour de lui.

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“Les vertiges de la gloire”, un article d’Alain Joubert

INGAR SLETTEN KOLLOEN
KNUT HAMSUN, RÊVEUR ET CONQUÉRANT
biographie traduite du norvégien par Éric Eydoux
Gaïa Éditions, 768 p., 28 €
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KNUT HAMSUN
VICTORIA
trad. du norvégien par Ingunn Galtier et Alain-Pierre Guilhon
Gaïa Éditions, 128 p., 14 €

Knut Hamsun occupe une place tout à fait singulière dans l’histoire de la littérature internationale. Et il n’est pas simple d’en faire le tour, tant sont sinueux les chemins qui y mènent ; c’est à deux hommes, en effet, que nous allons devoir consacrer notre attention, deux hommes en un, bien entendu.

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“Les avant-gardes du XXe siècle”, un article de Georges Raillard

SERGE FAUCHEREAU
AVANT-GARDES DU XXe SIÈCLE
ARTS ET LITTÉRATURE. 1905-1930
Flammarion, 588 p., nb illus. coul., 49 €

Il y a chez Serge Fauchereau une passion d’encyclopédisme. Ses trente livres, autant de fenêtres ouvertes par où il fait entrer un air vivifiant, l’attestent. Il a une vue englobante du champ de l’art – poésie, peinture, musique, architecture. Il aboute des territoires souvent inconnus en France. Son regard est précis : sur la spécificité des pays, sur les rapports qui joignent des mouvements paraissant étrangers les uns aux autres ou, au contraire, nés d’influences réciproques. Ce monumental ouvrage conduit à une réflexion sur ce qu’est l’avant-garde. On dirait mieux : de quel pluriel cette avant-garde de ces vingt-cinq années, 1905-1930, est-elle constituée ?

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“Les légions des soeurs”, un article de Gilbert Lascault

EXPOSITION MÂKHI XENAKIS
ELLES NOUS REGARDENT…
Espace des Femmes-Antoinette Fouque
35, rue Jacob, Paris 6e du 8 mars à 30 mai 2010

Sans cesse, la créatrice Mâkhi Xenakis travaille. Elle sculpte, elle dessine, elle écrit. Elle invente des formes inattendues. Elle propose des séries d’oeuvres. Elle imagine les légions des soeurs, leurs multitudes, les kyrielles.

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“Walter Benjamin et le choix du fragment”, un article de Jean Lacoste

WALTER BENJAMIN
ROMANTISME ET CRITIQUE DE LA CIVILISATION
trad. de l’allemand par Christophe David et Alexandra Richter, textes choisis et présentés par Michaël Löwy Payot, coll. « Critique de la politique », 238 p., 21,50 €
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BERNARD SÈVE
DE HAUT EN BAS
PHILOSOPHIE DES LISTES
Seuil, coll. « L’ordre philosophique », 238 p., 19 €

Au moment où se prépare en français l’édition, nécessairement monumentale, des oeuvres complètes de Benjamin, il est en quelque mesure rassurant de retrouver un Benjamin éclaté en textes hétérogènes, un Benjamin « en pièces », dans cette anthologie d’articles inédits. Non que ces textes puissent être considérés comme de simples fragments. Ce sont des pièces denses et très écrites, qui ne sont marginales qu’en apparence, et il faut remercier Michaël Löwy d’avoir rassemblé ces essais, qui offrent autant de clefs pour pénétrer dans une oeuvre notoirement énigmatique.

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“Politiques de la calomnie”, un article de Vincent Milliot

ROBERT DARNTON
LE DIABLE DANS UN BÉNITIER. L’ART DE LA CALOMNIE EN FRANCE, 1650-1800
Gallimard, coll. « NRF Essais », 704 p., 28 €

« Jadis l’Égypte eut moins de sauterelles », écrivait Voltaire pour dénoncer la prolifération des « Rousseau du ruisseau », ces enfants de la République des Lettres qui avaient cru en l’idéologie des « talents », et qui, faute de place et de reconnaissance, alimentèrent au Siècle des Lumières les canaux d’une littérature clandestine, souvent obscène et subversive. Comme les sauterelles, cette bohème littéraire pouvait tout ravager sur son passage, surtout quand elle s’adonnait à l’art féroce de la calomnie. Ces « basses » Lumières constituent le terrain de réflexion privilégié de l’historien américain Robert Darnton, attentif aux formes de la communication comme à la constitution de l’opinion publique.

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“Vaincre la peur : une «union sacrée» au service de la paix”, un article de Philippe Hamon

MICHEL CASSAN
LA GRANDE PEUR DE 1610. LES FRANÇAIS ET L’ASSASSINAT D’HENRI IV
Champ Vallon, 281 p., 23

Henri IV avait été la cible de tant de tentatives d’assassinat qu’on aurait pu supposer que l’événement parisien du 14 mai 1610 – avec la « réussite » de Ravaillac – ne surprenne guère ses sujets. Or il n’en est rien : la mort du roi répand dans le royaume une onde de peur et d’angoisse. L’objet du livre de Michel Cassan est de rendre compte avec précision des conditions de diffusion de la nouvelle et des réactions qu’elle suscite dans l’ensemble du royaume (l’enquête concerne la France dans ses frontières du temps).

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“Une ville mésestimée”, un article de Marie-Ange Maillet

JEAN-PAUL BLED
HISTOIRE DE MUNICH
Fayard, 371 p., 25 €

À un moment où tous les regards sont tournés vers Berlin, capitale de l’Allemagne réunifiée que les festivités de novembre dernier viennent de célébrer comme le théâtre des événements historiques de 1989 et sur laquelle existent déjà de nombreux ouvrages en français, publier un livre sur Munich est un geste à contre-courant d’autant plus bienvenu que le lecteur non germanophone intéressé par l’histoire de cette ville n’avait guère les moyens, jusqu’à récemment, de satisfaire sa curiosité. Signe d’un désintérêt relatif pour le sud de l’Allemagne, il n’existait pas non plus d’ouvrage en français sur la Bavière avant la parution en 2007 de l’Histoire de la Bavière d’Henri Bogdan (éditions Perrin).

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“« Parmi les éprouvés » : proscrits du XIXe siècle”, un article de Arnaud-Dominique Houte

SYLVIE APRILE
LE SIÈCLE DES EXILÉS. BANNIS ET PROSCRITS DE 1789 À LA COMMUNE
CNRS Éditions, 336 p., 28 €

« Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là » : la figure de Victor Hugo a longtemps occulté l’histoire des milliers d’exilés du XIXe siècle. À peine pris en main, le livre de Sylvie Aprile semble prolonger cette tradition : Hugo à Guernesey pour la couverture, Hugo en exergue et en conclusion… Mais les vers cités ne sont pas les plus connus, loin s’en faut : « Parmi les éprouvés je planterai ma tente. » De la même manière, Sylvie Aprile entend écrire l’histoire de Victor Hugo certes, mais aussi et surtout, celle de ses compagnons moins connus ou anonymes.

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“Une histoire universelle de la médecine”, un article de jean-Paul Deleage

ANNE-MARIE MOULIN
LE MÉDECIN DU PRINCE
VOYAGE À TRAVERS LES CULTURES
Odile Jacob, 368 p., 25 €

Au croisement de sa propre expérience de « French Doctor » et des multiples récits des médecins du prince, la philosophe Anne-Marie Moulin entrouvre et explore une histoire universelle de la médecine d’une richesse inouïe.

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“Miroir et merveilles”, un article de Lucien Logette

TIM BURTON
ALICE AU PAYS DES MERVEILLES

« Why is a raven like a writing-desk ? » Pourquoi un corbeau ressemble à un bureau ? Le Chapelier fou pose plusieurs fois la question à Alice, au long du film de Tim Burton, sans qu’une réponse soit donnée – pas plus d’ailleurs que dans le livre de Lewis Carroll, puisque celui-ci n’en donnera la solution que dans sa préface à la réédition de 1897. C’est un des rares moments où le film nous rappelle que Alice in Wonderland est avant tout une oeuvre de langage, non réductible à ses actions. Burton nous en propose une version échevelée, personnelle, certes, mais dont on risque de sortir essoufflé.

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“Mystère bouffe et fabulages”, un article de Monique Le Roux

DARIO FO
MYSTÈRE BOUFFE ET FABULAGES
Mise en scène de Muriel Mayette
Salle Richelieu jusqu’au 19 juin
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DARIO FO et FRANCA RAME
ALICE ET CETERA
Mise en scène de Stuart Seide
Théâtre du Rond-Point jusqu’au 15 mai

“Mystère bouffe et fabulages” de Dario Fo mis en scène par Muriel Mayette à la salle Richelieu, “Alice et cetera” de Dario Fo et Franca Rame par Stuart Seide au Théâtre du Rond-Point : le plaisir pris à ces spectacles ne fait pas oublier le paradoxe de représenter des textes indissociables d’enjeux politiques en des lieux et devant des publics qui ne peuvent qu’en désamorcer la force provocatrice.

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“La pédagogie de Chopin”, un article de Thierry Laisney

FRÉDÉRIC CHOPIN
ESQUISSES POUR UNE MÉTHODE DE PIANO
textes réunis et présentés par Jean-Jacques Eigeldinger
Flammarion, 138 p., 21 €

Les témoignages s’accordent : ce n’est pas seulement pour vivre que  Chopin donnait des leçons de piano, mais aussi par goût de l’enseignement. D’un projet de méthode, Chopin n’a laissé que des esquisses, « une douzaine de feuillets, rédigés en un français fort contestable » selon Alfred Cortot (“Aspects de Chopin”, Albin Michel, p. 53), qui s’était rendu acquéreur du manuscrit. Comme il s’agit de bribes, Jean-Jacques Eigeldinger, le méticuleux éditeur de l’ouvrage, leur a ajouté quatre textes brefs révélateurs de la pédagogie de Chopin : un traité (inachevé) du Norvégien Thomas Tellefsen, élève bien-aimé de Chopin ; les notes dues respectivement à un autre élève, Karol Mikuli, et à deux « élèves d’élèves », qualité dont seul le prestige des plus grands maîtres autorise à se prévaloir.

La Quinzaine n°1012, du 1er au 15 avril 2010

“Souvenirs en forme de nuages flottants”, un article de Norbert Czarny

PATRICK MODIANO
L’HORIZON
Gallimard, 176 p., 16,50 €

« Il était fatigué d’avoir marché si longtemps. Mais il éprouvait pour une fois un sentiment de sérénité, avec la certitude d’être revenu à l’endroit exact d’où il était parti un jour, à la même place, à la même heure et à la même saison, comme deux aiguilles se rejoignent sur le cadran quand il est minuit. » Ces quelques lignes qu’on lira dans les dernières pages de L’Horizon donnent une idée de ce qui fait la nouveauté du roman de Modiano : le bonheur semble possible.

“La passion d’Anastassia”, un article de Jacques Fessard

JUAN CARLOS MONDRAGON
PASSION ET OUBLI D’ANASTASSIA LIZAVETTA
trad. de l’espagnol (Uruguay) par Gabriel Iaculli
Seuil, 251 p., 21 €

L’orthographe espagnole, on le sait, n’admet pas le redoublement du “s” ni du “t”. Les deux prénoms accolés de la belle Uruguayenne Anastassia Lizavetta ne contreviennent à cette règle que parce qu’ils lui ont été imposés par un père admirateur de Dostoïevski, dont il a beaucoup lu – à sa manière – Les Démons (ou Les Possédés), et qui ne le cède en rien aux pires personnages du grand Russe puisque c’est un ivrogne qui viole sa fille à peine pubère, avant de disparaître.Mais le lecteur de cet étonnant roman de Juan Carlos Mondragon ne saura tout cela que beaucoup plus tard, bien après que l’acte fatal, qui répond peut-être à cet abus, aura été accompli.

“Du centre vers une périphérie lointaine”, un article d’Agnès Vaquin

SOAZIG AARON
LA SENTINELLE TRANQUILLE SOUS LA LUNE
Gallimard, 294 p., 18,90 €

Ainsi Soazig Aaron nous a fait attendre huit ans son deuxième roman. Cette « sentinelle tranquille sous la lune », il y est fait mystérieusement allusion au moins cinq fois au fil du texte, la lune étant toujours ensuite qualifiée de « paisible ». On n’en saura pas plus avant les toutes dernières pages.Faire attendre, c’est un art et, Soazig Aaron, c’est un art qu’elle pratique avec virtuosité.

“Un abîme dans chaque chambre”, un article de Norbert Czarny

PETER STAMM
SEPT ANS
trad. de l’allemand par Nicole Roethel
Christian Bourgois, 380 p., 18 €

Statique au milieu d’une galerie de peinture, une femme est là, au tout début de “Sept ans”, le nouveau roman de Peter Stamm.  Sonia est l’épouse d’Alex, le narrateur personnage qui la contemple. Près de lui, Sophie, leur fille, qui admire sa mère, si absente et si belle. La scène se déroule de nos jours, au terme d’un trajet commun que nous découvrirons à travers ces pages, au fil des événements qui ont ponctué ces vingt ans d’histoire.

“Dérivant dans le temps”, un article de Liliane Kerjan

JOSEPH COULSON
LE BLUES DES GRANDS LACS
Of Song andWater
trad. de l’anglais (États-Unis) par Judith Rose
Sabine Wespieser, 388 p., 24 €

L’éditeur Sabine Wespieser poursuit la régate avec Joseph Coulson, dont elle a publié un premier roman, “Le Déclin de la lune”, en 2005. De l’étui d’une guitare à la coque d’un bateau, tout passe dans un récit modulé qui explore son thème pour mieux l’abandonner dans des arrangements inspirés. Un chant moderne, discret sous les balises de Virgile et Melville, un beau roman d’atmosphère.

“Comment continuer de vivre ici ?”, un article de Natacha Andriamirado

CORINNE D’ALMEIDA
ANTIBES
Gallimard, 288 p., 17,50 €

Un couteau et un gant de toilette. Tels sont les objets quotidiens de la narratrice, aide-soignante auprès d’une vieille femme qui habite dans un quartier « plus beau que laid » et où « rien n’y risque rien ».

“Dans l’Autriche au bord du précipice”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

JEAN AMÉRY
LES NAUFRAGÉS
trad. de l’allemand par Sacha Zilberfarb
Actes Sud, 270 p., 21 €

“Les Naufragés” est le seul roman, resté inédit jusqu’à aujourd’hui, qu’ait écrit Jean Améry, lequel est surtout connu pour ses essais comme “Par-delà le crime et le châtiment – Essai pour surmonter l’insurmontable”, Actes Sud, 1995 (édition originale 1966) ou “Porter la main sur soi – Du suicide”, Actes Sud, 1999.

“If you want, remember, if you want, forget”, un article de Gabrielle Napoli

ERN˝O SZÉP
L’ODEUR HUMAINE
Cambourakis, 182 p., 20 €

C’est la première fois que le lecteur français a accès au bouleversant texte d’Ern˝o Szép, “L’Odeur humaine”, qui retrace l’expérience de l’écrivain hongrois, Juif de Budapest, en 1944, alors que les Juifs hongrois sont massivement livrés aux Allemands, à l’approche des troupes russes. Auteur populaire budapestois, journaliste, il subira comme tant d’autres les lois anti-juives qui l’obligeront à quitter sa bien-aimée île Marguerite pour aller vivre dans le ghetto, dans un immeuble étoilé. Rescapé, il publiera ce récit à la fin de la guerre, mais se retirera de la vie littéraire lors de l’arrivée au pouvoir des communistes en 1948.

“Rire ou pleurer ?”, un article de Norbert Czarny

JEAN-CLAUDE GRUMBERG
PLEURNICHARD
Seuil, coll. « Bibliothèque du XXIe siècle », 254 p., 16 €

Pleurnichard est le double de Jean-Claude Grumberg. C’est l’enfant qu’il était et n’a pas cessé d’être par certains côtés. On le rencontrait dans “Mon père”, inventaire, récit façonné ou rapiécé comme un vêtement par le mauvais petit tailleur qu’a été Grumberg, excellent conteur au contraire. La voix du conteur séduit de nouveau dans ce récit.

“Un art d’aimer”, un article de Marie Etienne

BERNARD NOËL
LES PLUMES D’ÉROS,OEUVRES 1
P.O.L, 435 p., 26 €

Ce premier volume des oeuvres de Bernard Noël rassemble ses textes érotiques (proses narratives, théoriques ou poésies), à l’exception du “Château de Cène”. On n’ignore pas l’importance et la place qu’occupe ce sujet dans ses livres et probablement dans sa vie. Nous voici donc invités à méditer avec lui sur un genre qui conserve une place de choix dans la littérature.

“L’atelier de Lucian Freud”, un article de Georges Raillard

EXPOSITION “LUCIAN FREUD, L’ATELIER” au Centre Georges-Pompidou jusqu’au 19 juillet / PUBLICATIONS “LE CATALOGUE DE L’EXPOSITION”, introduction de Cécile Debray, 248 p., avec photos, oeuvres, documents et analyses dues notamment à Éric Darragon, Jean Clair et Philippe Comar et “LUCIAN FREUD LE CORPS ET L’HORIZON” de DANIEL KLÉBANER Éditions Ides et Calendes, Neuchâtel, 92 p., avec ill.

Voici, on s’en félicite, une deuxième exposition de Lucian Freud à Beaubourg. L’artiste anglais, célébrissime, né en 1922, est le petit-fils de l’inventeur de la psychanalyse, mort en 1939 à Londres. Dès cette année Lucian Freud dessine des portraits. En 1941 il a sa première exposition individuelle. Sa reconnaissance officielle en France est bien plus tardive que celle de Bacon. Elle date de 1987. Elle est due à l’attention de Jean Clair. Il publie Lucian Freud Le nu en peinture paru dans la “Nouvelle Revue de Psychanalyse”, l’année de l’exposition au musée d’Art moderne.

“1946 : la Libération, la liberté étrange des créateurs”, un article de Gilbert Lascault

LAURENCE BERTRAND DORLÉAC
APRÈS LA GUERRE
Gallimard, coll. « Art et Artistes », 176 p., 38 ill. n et b, 25 €

Avec des recherches précises et méthodiques, l’historienne de l’art Laurence Bertrand Dorléac étudie de très près les peintures des artistes qui vivent (tant bien que mal) et créent en France en 1946, après la guerre, après l’occupation allemande, après les destructions, après les malheurs du pays, après l’État français de Vichy.

“Que reste-t-il d’Empédocle ?”, un article de Jean Lacoste

PETER KINGSLEY
EMPÉDOCLE ET LA TRADITION PYTHAGORICIENNE
trad. de l’anglais par Grégoire Lacaze
Les Belles Lettres, coll. « Vérité des mythes », 500 p., 35 €

ÉDITH DE LA HÉRONNIÈRE
LE LABYRINTHE DE JARDIN OU L’ART DE L’ÉGAREMENT
Klincksieck, coll. « L’esprit des formes », 153 p., 17 €

… Quelques fragments obscurs de deux poèmes, et une poignée de légendes, dont celle, fameuse, selon laquelle il se serait jeté dans l’Etna, ne laissant sur le bord du cratère qu’une « sandale de bronze ». Pourtant ce penseur dit « présocratique » du Ve siècle avant notre ère ouvre le « roman familial » de la philosophie occidentale, le récit fabuleux de sa naissance glorieuse, sur les rives de la Méditerranée.

“Le dernier cahier de Pierre Naville”, un article de Jean-Jacques Marie

PIERRE NAVILLE
LA PASSION DE L’AVENIR.
LE DERNIER CAHIER (1988-1993)
Présenté par Michel Burnier, Véronique Nahoum-Grappe, Roberto Massari, Maurice Nadeau, Alain Cuenot / Maurice Nadeau, 230 p., 20 €

Pierre Naville a écrit ce journal, précisent Michel Burnier et Véronique Nahoum-Grappe dans leur présentation, « les cinq dernières années de sa vie et l’ar rête quelques semaines avant de mourir » en mars 1993. Il l’a alors glissé entre deux gros livres d’art, ces livres que l’on range avec d’autant plus de soin qu’on ne les regarde à peu près jamais. Véronique Nahoum-Grappe le dénichera dix ans plus tard. C’est ce document qu’elle et Michel Burnier éditent aujourd’hui avec Maurice Nadeau, qui, dans une postface, souligne le caractère « bien singulier » de ce journal, avare en effet en épanchements subjectifs.

“Donner à tous les mêmes chances”, un article de Nick Vanston

AMARTYA SEN
L’IDÉE DE JUSTICE
Flammarion, 488 p., 25 €

La quête universelle de justice naît du sentiment aigu des injustices subies ou redoutées. Pourtant, ce qui constitue une injustice, ou avec quelle intensité elle appelle la vengeance du ciel, sont des sujets sur lesquels les opinions peuvent légitimement différer, y compris entre gens raisonnables partageant une même culture. Dès lors, la recherche d’un système de justice sur lequel chacun puisse s’accorder, avec plus ou moins d’enthousiasme, est un casse-tête philosophique autant que politique ou juridique.

“Guettés par la fiction”, un article de Pierre Pachet

GUY WALTERS
LA TRAQUE DU MAL
Hunting Evil
trad. de l’anglais par Christophe Magny et Jean-Pierre Ricard
Flammarion, coll. « Au fil de l’histoire », 528 p., 16 p. de photos hors-texte

Personnages de cette enquête visiblement scrupuleuse menée dans les archives et sur le terrain par un ancien journaliste du Times de Londres : d’abord les criminels nazis que les Alliés s’étaient promis de traduire devant des tribunaux (mais lesquels ? internationaux, ou ceux des pays où les crimes furent commis ?), ceux qui avaient échappé à l’arrestation lors de la victoire, soit par la mort (Hitler, Goebbels), soit en se cachant, soit en fuyant l’Allemagne occupée : Martin Bormann le second de Hitler, Adolf Eichmann l’organisateur du génocide des Juifs, le docteur Josef Mengele qui sélectionnait sur la rampe d’arrivée à Auschwitz, Franz Stangl qui commanda le camp de Treblinka, bien d’autres encore à mesure que leur rôle fut mieux connu (qui avait entendu parler d’Eichmann en 1945 ?)…

“Le nouveau « Nouveau XXIe siècle »”, un article de Laurence Zordan

JOSEPH E. STIGLITZ
LE TRIOMPHE DE LA CUPIDITÉ
Éditions Les Liens qui Libèrent, 474 p., 23 €

Redondance du « nouveau », qui semble encore plus inattendu que ce qui était sans précédent, afin de penser le radicalement inédit : la crise économique d’ampleur mondiale, cataclysme de la finance, mise à mal des théories monétaristes. Véritable surenchère pour porter un regard neuf sur un bouleversement abondamment commenté, avec une effervescence éditoriale qui tient du surgissement continuel. L’ouvrage du prix Nobel américain s’inscrit dans cette ébullition théorique. Son originalité tient au fil conducteur choisi et au statut de l’auteur qui, avant même 2007, au forum de Davos, avait prédit la survenue de graves problèmes. Dès lors, l’enjeu est sans doute moins de tirer les leçons qui s’imposent que de s’imposer comme donneur de leçons. Et si donner le « la » en matière de commentaire sur la crise contribuait à l’influence dont jouit un pays pour maîtriser la sortie de crise ?

“Nora d’hier et d’aujourd’hui’, un article de Monique Le Roux

HENRIK IBSEN
MAISON DE POUPÉE
Mise en scène de Michel Fau
Théâtre de la Madeleine  Jusqu’au 30 juin

UNE MAISON DE POUPÉE
Mise en scène de Jean-Louis Martinelli
Théâtre de Nanterre-Amandiers Jusqu’au 17 avril

La pièce la plus célèbre d’Ibsen, “Maison de poupée” ou “Une maison de poupée”, est jouée cette saison sur cinq scènes différentes de l’Île-de-France. Elle est actuellement montée à la Madeleine par Michel Fau et aux Amandiers de Nanterre par le directeur, Jean-Louis Martinelli : deux spectacles opposés, que seul rapproche le choix, pour le rôle de la protagoniste, d’une actrice très connue ailleurs qu’au théâtre, Audrey Tautou et Marina Foïs.

“Le cinéma dans le Haut-Pays”, un article de Lucien Logette

FESTIVAL INTERNATIONAL
DE FILMS DE FRIBOURG 13 au 20 mars 2010
BRILLANTE MENDOZA
LOLA (sortie le 5 mai)
JUAN JOSÉ CAMPANELLA
DANS SES YEUX (sortie le 21 avril)

On ne peut pas voyager toujours avec Cingria. La précieuse collection « Poche Suisse » des éditions L’Âge d’Homme propose d’autres perles
d’une eau pas moins cristalline, dignes de servir de viatique pour notre expédition annuelle sur les rives de la Sarine, en cette Fribourg dont le nom complet serait, wikipedia dixit, Fribourg en Nuithonie. Peu usité, précise l’encyclopédie moderne, à ranger donc parmi les terres improbables, entre la Novempopulanie de Gracq et la Septimanie de Larbaud. Plutôt qu’un écrivain des plateaux, Ramuz ou Gustave Roud, à la lecture essoufflante, c’est Pierre Girard, promeneur du bord du lac, qui nous a ouvert le chemin. Pourquoi Girard ?

“La compréhension musicale”, un article de Thierry Laisney

SANDRINE DARSEL
DE LA MUSIQUE AUX ÉMOTIONS
Une exploration philosophique
Presses universitaires de Rennes, 283 p., 15 €

Imaginez qu’au journal de 20 h on vous annonce que la Joconde a été volée ; vous comprendriez sans peine ce qui s’est passé. Imaginez maintenant une nouvelle de ce genre : « des individus se sont emparés de la Septième Symphonie de Beethoven » ; l’annonce vous laisserait sans doute plus perplexe. Qu’est-ce que peut bien être une œuvre musicale ? Si la partition et l’exécution sont deux objets physiques, ce n’est pas le cas de l’œuvre elle-même.

Burroughs, Ginsberg, Huncke, Kerouac et les autres

Un article de Liliane Kerjan

HERBERT HUNCKE
COUPABLE DE TOUT
The Herbert Huncke Reader
trad. de l’anglais (États-Unis) par Héloïse Esquié
Seuil, coll. « Fiction & Cie », 457 p., 24 €

La photographie de couverture sort du fonds Ginsberg, William Burroughs fait la préface et un hommage de Huncke à Kerouac au festival de Lowell clôt une série de textes d’ambiance et de portraits. Toute la Beat Generation, candide, défoncée, libertaire, est au coin de la rue, en pleine vie.

Et quelle rue ! La 42e, bien sûr, naguère grouillante de ses putes, de ses escrocs et de ses pourvoyeurs de came, puis le bloc qui va de Times Square aux ombres de l’intimiste Bryant Park. Tout y passe, tout s’y passe : herbes, amitiés et rencontres nocturnes, car Huncke est un infatigable oiseau de nuit ou, pour reprendre Allen Ginsberg, « la prose de Huncke sort de sa bouche de minuit, c’est-à-dire que c’est une narration littérale comme le langage parlé – c’est pour cette raison qu’elle est à la fois bizarre et pure »… Retrouvez la suite de cet article de la Quinzaine n°1006

La Quinzaine n°1003, du 16 au 30 novembre

“Penseur en captivité”, un article de Marc Lebiez

EMMANUEL LEVINAS
CARNETS DE CAPTIVITÉ
suivi d’ÉCRITS SUR LA CAPTIVITÉ
et NOTES PHILOSOPHIQUES DIVERSES
Grasset/Imec, 500 p., 25 €

Levinas aura été, après Sartre puis Althusser, le philosophe français le plus influent sur son époque. De l’expérience de la guerre et de la  captivité dans un camp de prisonniers militaires, leurs oeuvres publiées ne disaient à peu près rien. On découvre après leur mort comment ces années auront marqué leur formation intellectuelle.

“Mo Yan et ses animaux tristes”, un article de Maurice Mourier

MO YAN
LA DURE LOI DU KARMA
trad. du chinois par Chantal Chen-Andro
Seuil, 761 p., 26 €

Soit une croyance d’origine ancienne et populaire, celle en la métempsycose, qu’on retrouve, sous une forme élaborée dans des systèmes philosophiques (hindouisme, bouddhisme), plus tard répandus en extrême Asie, notamment en Chine. Elle impose à la plupart des vivants l’obligation, pour leur âme immortelle, de s’incarner en des corps successifs, humain, animal ou végétal, autant de fois qu’il le faut jusqu’à l’hypothétique délivrance ultime qui clôt enfin le cycle épuisant des réincarnations.

“Un besoin de réconfort”, un article d’Agnès Vaquin

PIERRE PÉJU
LA DIAGONALE DU VIDE
Gallimard, 282 p., 18,50 €

La Diagonale du vide, un titre intéressant. L’expression appartiendrait au langage des géographes : « Après chacune de ses absences, il souhaitait revoir la France en traversant tout le pays en diagonale, du sud-ouest au nord-est. » Le projet auquel il est fait allusion consiste en une marche à pied et l’on songe aussitôt à la mode actuelle de parcourir à nouveau, en partie du moins, l’itinéraire de Compostelle.

“Le sens de la nuit”, un article de Hugo Pradelle

ANTONIO LOBOANTUNES
JE NE T’AI PAS VU HIER DANS BABYLONE
Ontem não te vi em Babilónia
trad. du portugais par Michèle Giudicelli
Christian Bourgois, 576 p., 28 €

Un récit monstrueux qui fait se rejouer l’essence de l’oeuvre d’un immense écrivain. Lobo Antunes atteint la noirceur absolue, celle d’une nuit qui ne finit pas. Son livre est une longue interrogation sur le sens de la nuit, son temps particulier, sur la parole irréductible qui y prend forme. À la fois parachèvement et jeu, c’est l’un de ses textes les plus somptueux.

“Mensonge d’une nuit d’hiver”, un article de Liliane Kerjan

JENNIFER JOHNSTON
UN NOËL EN FAMILLE
Foolish Mortals
trad. de l’anglais par Anne Damour
Belfond, 255 p., 20 €

Une Irlande pluvieuse et neigeuse à souhait où les mortels passent d’oublis en rappels, de méprise en whiskey. Attentes, contentieux des fratries, tumulte des bons sentiments, tout va-t-il se solder la nuit de Noël ? Jennifer Johnston feint de le faire croire, mais l’essentiel est ailleurs.

“Anna Maria Ortese en URSS”, un article de Monique Baccelli

ANNA MARIA ORTESE
FEMMES DE RUSSIE
trad. de l’italien par Maria Manca et Claude Schmitt
Actes Sud, 128 p., 15 €

Le fidèle lecteur d’Anna Maria Ortese, habitué à ses longs romans, qui se déroulent presque tous dans une très étrange Italie du Sud, est un peu surpris, presque inquiet, d’avoir entre les mains un petit livre qui, diton, rend compte d’un court séjour de la romancière en URSS. La conteuse enchanteresse se transformerait-elle en simple reporter, en sévère intellectuelle engagée ?

“La terre est sans pitié”, un article d’Alain Joubert

A. H. TAMMSAARE
CYCLE VÉRITÉ ET JUSTICE
(5 tomes dont 2 en 2010)
LA COLLINE-DU-VOLEUR
trad. de l’estonien par Jean-Pascal Ollivry
Gaïa, 688 p., 23 €
INDREK
trad. de l’estonien par Jean-Pascal Ollivry
Gaïa, 512 p., 23 €
JOURS D’ÉMEUTES
trad. de l’estonien par Jean-Pierre Minaudier
Gaïa, 320 p., 23 €

Qui, en France, va parfois vérifier que les célèbres et envoûtantes « nuits blanches » de Saint-Pétersbourg existent tout autant à Tallinn,
capitale de l’Estonie, la latitude de ces deux villes étant approximativement la même ? Pas grand monde, si j’en juge par les indications touristiques (musées, hôtels, restaurants) rédigées en russe, finnois, letton, suédois, danois, italien, espagnol, allemand et, bien entendu, en anglais ; pas en français, sauf rare exception. Je peux le dire : j’en reviens. Et pourtant, quel étonnant pays !

“Pourquoi Stefan George en temps de détresse ?”, un article de Laurent Margantin

STEFAN GEORGE
POÉSIES COMPLÈTES
trad. de l’allemand, présentées et annotées par Ludwig Lehnen
La Différence, 830 p., 49 €

Qui, aujourd’hui, ne serait-ce que parmi les jeunes germanistes, lit ou a lu Stefan George ? Qui connaît même son nom parmi les étudiants de littérature allemande pour lesquels n’existent la plupart du temps, des auteurs du tournant du XIXe et du XXe siècles, que Trakl, Rilke ou Hofmannsthal, parce qu’ils sont au programme de leurs études ?

“L’ensorcellement d’Ensor”, un article de Gilbert Lascault

EXPOSITION JAMES ENSOR
au Musée d’Orsay du 20 octobre 2009 – 4 février 2010
PUBLICATIONS
James Ensor (catalogue)
Textes de Laurence Madeline et Anna Swinbourne
Musée d’Orsay/Réunion des musées nationaux 277 p., env. 230 ill., 48 €
LAURENCE MADELINE
JAMES ENSOR : LE CARNAVAL DE LA VIE
Gallimard, coll. « Découvertes », ill. coul., 8,40 €
JAMES ENSOR
DAME PEINTURE TOUJOURS JEUNE
Choix de textes, préface et notes de Colette Lambrichs
La Différence, coll « Minos » 256 p., ill. coul., 10 €

Le peintre belge James Ensor (1860-1949) est le sorcier insolent d’Ostende, le magicien des masques scabreux et des squelettes hoquetants. Parfois, il suggère les scènes sombres de l’intimité. Ou, plus souvent, il est un créateur du clair, des transparences, de l’irisé… Il aime étonner. Il veut déconcerter. Ses tableaux interrogent.

“Peindre à Venise au XVIe siècle”, un article de Georges Raillard

EXPOSITION
TITIEN, TINTORET,VÉRONÈSE…
RIVALITÉS À VENISE
Au Musée du Louvre du 17 septembre 2009 – 4 janvier 2010
PUBLICATIONS
Catalogue collectif de l’exposition
Sous la direction des commissaires Vincent Delieuvin et Jean Habert, assistés d’Arturo Galansino
Coédition Hazan/Musée du Louvre. Un volume cartonné de 480 p. et 200 ill., 42 €
ENRICOMARIA DAL POZZOLO GIORGIONE
Un volume cartonné, sous emboîtage richement illustré Actes Sud, 385 p., 120 €

Au Louvre, une exposition qui comble le regard. Mais aussi quisollicite une attention (formelle, érudite) sans laquelle on sent que l’on
manque quelque chose de fondamental dans chacune des oeuvres. Le titre de ces notes sur la rivalité productive des trois grands du Cinquecento, Titien, Véronèse, Tintoret, et quelques autres artistes aujourd’hui moins célèbres, je l’emprunte à l’ouvrage mémorable de David Rosand, traduit en français par Daniel Arasse et Fabienne Pasquet en 1993. Le « mythe de Venise » tient à l’harmonie et à la séduction exercée par la troisième puissance d’Europe, dont le Grand Canal, d’après Comines, était « la plus belle rue qui soit en tout le monde et la mieux maisonnée ».

“Parcours lacaniens”, un article de Michel Plon

MOUSTAPHA SAFOUAN
LE LANGAGE ORDINAIRE ET LA DIFFÉRENCE SEXUELLE
Odile Jacob, 150 p., 21 €
COLETTE SOLER
LACAN, L’INCONSCIENT RÉINVENTÉ
Puf, 244 p., 23 €

De ces deux livres, on serait tenté de dire qu’ils ne sont pas à mettre en toutes les mains. Non qu’ils soient inconvenants à quelque titre que ce soit mais qu’ils requièrent de leurs lecteurs une certaine ascèse, le renoncement à la facilité, celle d’un pédagogisme inévitablement simplificateur ou celle d’une vulgarisation systématiquement falsificatrice. Pour autant, de par leur exigence de rigueur, ces deux ouvrages témoignent de la vitalité de la réflexion théorique dans le champ psychanalytique.

“Machiavel et ses livres”, un article Dominique Goy-Blanquet

MARINA MARIETTI
MACHIAVEL : LE PENSEUR DE LA NÉCESSITÉ
Payot, 480 p., 27,50 €

Machiavel : le penseur de la nécessité commence par une visite de la bibliothèque paternelle, Les Devoirs de Cicéron, Tite-Live, le Codex justinien, traçant les premiers repères d’un juriste philosophe et historien, d’une vie entièrement dédiée à la politique au service de sa ville natale. Outre sa réputation sulfureuse, on ne retient guère de Machiavel que trois traités et une comédie, or il est l’auteur de rapports innombrables sur la situation et les relations diplomatiques de Florence, de plans de défense et d’armement, de plans de réformes institutionnelles, destinés au Conseil des Dix dont il fut pendant de longues années le dévoué secrétaire.

“Le baptême forcé”, un article de Jean-Jacques Marie

GÉRARD DA SILVA
L’AFFAIRE MORTARA
Syllepse, 282 p., 23 €

Le 23 juin 1858 à Bologne, ville italienne qui figure à l’époque dans les États pontificaux, un maréchal des Carabiniers veut enlever le petit Edgardo Mortara, âgé de six ans, membre d’une famille juive. L’inquisiteur de la ville a décidé que l’enfant était catholique. Une servante de la famille a en effet déclaré l’avoir baptisé secrètement six ans plus tôt, à l’âge où elle avait elle-même quatorze ans. Elle aurait jugé l’enfant en danger de mort et décidé de sauver son âme. La famille proteste. Rien à faire. L’enfant lui est enlevé.

“Une sociologue sort ses griffes”, un entretien réalisé par Omar Merzoug

NATHALIE HEINICH
LE BÊTISIER DU SOCIOLOGUE
Klincksieck, 154 p., 15 €

Directrice de recherches à l’EHESS et sociologue de métier, Nathalie Heinich est l’auteur de plusieurs ouvrages qui ont contribué à la faire connaître comme une sociologue de l’art et de la littérature. Son dernier ouvrage Le Bêtisier du sociologue a attiré l’attention de La Quinzaine littéraire qui a souhaité en savoir davantage.

“Révolution des femmes sans féminisme”, un article de Laurence Zordan

SOUS-COMMANDANT MARCOS
SAISONS DE LA DIGNE RAGE
Climats, 276 p., 21 €

SABA MAHMOOD
POLITIQUE DE LA PIÉTÉ
le féminisme à l’épreuve du renouveau islamique
La Découverte, 312 p., 26 €

Quoi de commun entre le protagoniste de la révolte du Chiapas et l’anthropologue enseignant à Berkeley, observant le rôle des femmes dans le mouvement des mosquées au Caire ? Deux ouvrages qui bousculent les lignes, qui n’en restent pas aux approches convenues et méritent ainsi un rapprochement peut-être inconvenant. Ils illustrent une conception symétrique de la profondeur : l’un est à l’image de l’exclamation paradoxale « qu’ils étaient superficiels par profondeur ! », l’autre ouvre à une minutie vertigineuse, où la ténuité possède une tonalité insoupçonnée, invitant à toutes les résonances. Tous deux posent la question de la capacité agissante des femmes, sans se satisfaire d’une réponse féministe.

“Paris & Lisbonne stories”, un article de Lucien Logette

MICMACS À TIRE-LARIGOT”, de JEAN-PIERRE JEUNET
LA RELIGIEUSE PORTUGAISE“, de EUGÈNE GREEN

Le pavé lancé dans la mare il y a maintenant un an et demi par le Club des 13, appellant à la survie des « films du milieu » (cf. QL n° 969), semble s’y être englouti en ne laissant à la surface que quelques bulles – ou bien les préconisations communiquées au Centre national de la cinématographie sont restées lettre morte ou bien leur réalisation est classée « secret-défense » ; en tout cas, leur impact sur les conditions de la production française reste encore peu discernable. Ce qui n’empêche pas ledit cinéma du milieu, en attendant la mort, de prospérer, comme le prouvent les sorties récentes des films de Guédiguian, Kahn, Brizé, Larrieu Bros, Honoré, Rivette, Tirard, Resnais, entre dix autres.

“Priorité aux acteurs”, un article de Monique Le Roux

MOLIÈRE
L’AVARE
Mise en scène de Catherine Hiegel
Comédie-Française, salle Richelieu en alternance jusqu’au 21 février 2010
CARLO GOLDONI
LA SERVA AMOROSA
Mise en scène de Christophe Lidon
Théâtre Hébertot jusqu’au 31 mars 2010

Depuis la fin du XIXe siècle, l’histoire du théâtre européen se confond en partie avec celle de la mise en scène. Mais de grands succès publics relèvent d’une pratique antérieure qui privilégie les interprètes, comme L’Avare de Molière monté par Catherine Hiegel à la Comédie-Française et La Serva amorosa de Goldoni par Christophe Lidon au Théâtre Hébertot.

“Connaître la musique”, un article de Thierry Laisney

JEAN MOLINO
LE SINGE MUSICIEN
Sémiologie et anthropologie de la musique
Actes Sud/Ina, 488 p., 29 €

Le titre de l’ouvrage est celui du dernier des textes de Jean Molino rassemblés ici (certains inédits). L’auteur, qui a de multiples compétences (littérature, philosophie, musicologie…), y définit l’homme comme animal musicum, ou « singe musicien », variante de l’animal symbolicum de Cassirer.

“L’élégant écrivain qui vit à Comiso”, un article de Maire-José Tramuta

GESUALDO BUFALINO
MUSÉE D’OMBRES (bilingue)
trad. de l’italien par André Lentin et Stefano Mangano Préface de Salvatore Silvano Nigro
Cahiers de l’Hôtel de Galliffet,
Istituto Italiano di Cultura, 194 p., 15 €

À la fin des Pierres de Pantalica, Vincenzo Consolo évoquait l’introduction « d’un élégant écrivain qui vit ici à Comiso », à propos d’un
ouvrage intitulé Comiso vivante et d’en citer un passage : « L’univers, hélas, est une trop grande et trop froide patrie pour les créatures si
précaires que nous sommes, un théâtre démesuré où nos gestes ne trouvent pas d’écho, nos mots pas de son. Alors que le bourg  nous ramène à notre mesure d’homme, donne sens et racines à notre personne, nous justifie et nous garantit au moins une dalle. »

La Quinzaine n°1001, du 15 au 31 octobre 2009

“Un roman qui rend intelligent”, un article de Norbert Czarny

PHILIP ROTH
EXIT LE FANTÔME
trad. de l’anglais par Marie-Claire Pasquier
Gallimard, 334 p., 21 €

Zuckerman est de retour à New York. Pour qui ne le connaîtrait pas, ce personnage est l’un des doubles de Philip Roth et il apparaissait déjà dans la trilogie qui porte son nom comme dans d’autres romans de notre auteur. Il nous est familier et le retrouver est un plaisir, comme l’est une conversation avec un homme spirituel et intelligent. Reste à savoir quel fantôme sort de la scène…

“Festin de pierre à Gjirokastër”, un article de Jean-Paul Champseix

ISMAÏL KADARÉ
LE DÎNER DE TROP
trad. de l’albanais par Tedi Papavrami
Fayard, 200 p., 17,90 €

Kadaré considère qu’il a écrit une des œuvres « les plus sombres du siècle », face à un système qui avait « un ar rière-goût d’enfer ». Cet aspect tragique et funèbre qui se dégage de la plupart de ses ouvrages n’exclut pas une veine comique qui affleure parfois comme dans Le Dossier H ou L’Année noire. Cette fois, le burlesque touche à un sujet d’importance : l’Histoire de l’Albanie.

“La vie est un roman noir”, un article de Norbert Czarny

DIDIER DAENINCKX
MISSAK
Perrin, 306 p., 16,90 €

THIERRY MARICOURT
DAENINCKX PAR DAENINCKX
Le Cherche Midi, 312 p., 17 €

Au début de Missak, son dernier roman en date, Didier Daeninckx imagine son héros, Louis Dragère, en train de flâner dans Paris en compagnie de Willy Ronis ; tous deux réalisent une enquête sur les bandes de jeunes, pour L’Humanité, en un mois de janvier 55 qui nous semble bien lointain. Surtout sans Willy Ronis pour le teinter de gris…

“Le gardien de son frère”, un article de Liliane Kerjan

STEPHEN DIXON
COUPS DE FIL
Phone Rings
trad. de l’anglais (États-Unis) par Dominique Chevallier
Balland, 349 p., 22 €

Stephen Dixon nous livre, dans ce neuvième ouvrage paru en France, un roman ambitieux par la forme, émouvant par le lien intense qui unit deux frères tout au long d’une vie à New York et ailleurs, une vie reconstituée avec brio à partir de conversations téléphoniques. Coups de blues, coups de chapeau et coups du sort.

“Un crime crapuleux”, un article d’Agnès Vaquin

YVES RAVEY
CUTTER
Minuit, 144 p., 13,80 €

Un crime crapuleux, d’après le Petit Robert, c’est un crime « ayant l’intérêt, l’argent pour mobile ». C’est bien d’un tel crime qu’il s’agit dans le dernier roman d’Yves Ravey, Cutter, et il s’agit là d’un crime tout à fait banal.

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“Poe ou le poète contrarié”, un article de Maurice Mourier

HENRI JUSTIN
POE JUSQU’AU BOUT DE LA PROSE
Gallimard, coll. « Bibliothèque des idées », 414 p.

« Et j’étais déjà si mauvais poète/Que je ne savais pas aller jusqu’au bout. » Ce dernier vers du premier mouvement de la Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France semble dresser l’amer constat d’une incapacité que le titre même, lourd d’un vocable inattendu (« prose ») anticipait.

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“Henry James en « grande et exquise araignée »”, un article de Diane de Margerie

HENRY JAMES
ŒUVRES COMPLÈTES T. IV
Nouvelles traduites par Jean Pavans
La Différence, 1 003 p., 49 €
HENRY JAMES
SUR ROBERT BROWNING
trad. par Jean Pavans
Le Bruit du temps, 125 p., 12 €

Cette formule est de Pietro Citati dont le livre récemment paru accompagne parfaitement le dernier volume de l’Intégrale des nouvelles de James traduites par Jean Pavans.

“Comment devient-on terroriste ?”, un article de Arnaud-Dominique Houte

JOHN MERRIMAN
DYNAMITE CLUB : L’INVENTION DU TERRORISME À PARIS
trad. de l’américain par Émmanuel Lyasse
Tallandier, coll.« Histoire contemporaine », 256 p.,20 €

Comment devient-on terroriste ? Et si c’était à cause des classes préparatoires ? Si c’était un précoce épuisement mental provoqué par l’intensité du travail intellectuel qui avait poussé Émile Henry vers son geste fou du 12 février 1894, l’attentat meurtrier du café Terminus ?

“Une nation « divinement inspirée »”, un article de Jean José Marchand

CAMILLE FROIDEVAUX-METTERIE
POLITIQUE ET RELIGION AUX ÉTATS-UNIS
La Découverte, 128 p., 9,50 €

Les États-Unis présentent à l’observateur le cas unique d’un État où la croyance en Dieu et la croyance en la démocratie ont toujours été de pair. Il était intéressant de demander à l’Histoire comment ce phénomène est possible, c’est ce qu’a fait Camille Froidevaux-Metterie.

“Italia anno nove”, un article de Lucien Logette

Cinéma italien Annecy 2009
29 septembre – 6 octobre 2009

Il y a moins de traces de Valery Larbaud à Annecy que de souvenirs de Cingria à Fribourg. Il n’y est resté que trois jours, le temps d’un clin d’œil pour ce « voyageur sédentaire » qui s’incrustait dans les villes jusqu’à s’y fondre, mais la description qu’il nous livre de la vieille cité montre que celle-ci est demeurée intacte depuis son passage en septembre 1931. Le Palais de l’Isle défie toujours le cours du Thiou, les arcades ont toujours la même « élégance d’un très beau village de luxe », l’Hôtel de
Charmoisy n’a pas changé depuis que François de Sales y rendait visite à « Philotée », et pour reprendre ses mots évoquant son grand-père exilé ici sous Napoléon le Petit, « il a sûrement vu cela ». Mais à Annecy, Larbaud n’a pas été au «cinématograph », comme il s’obstinait à écrire au cœur des années trente, lorsque tout le monde allait désormais au ciné.

“La musique en soi”, un article de Thierry Laisney

VALERY AFANASSIEV
LE SILENCE DES SPHÈRES
Essais sur la musique
José Corti, 255 p., 19 €

Valery Afanassiev est un grand pianiste (d’origine russe) et un écrivain d’expression française. Dans Le Silence des sphères, il nous donne dix essais sur la musique, qui sont issus de conférences destinées à accompagner ses concerts.

“Les palmes et les sables de Palmyre…”, un article de Gilbert Lascault

ANNIE SARTRE-FAURIAT et MAURICE SARTRE
PALMYRE, LA CITÉ DES CARAVANES
Découvertes-Gallimard, 2008, 144 p., nb. ill., 13,90 €
SYRIE, JORDANIE
Guide Arthaud, Grands Voyages, 328 p.
JORDANIE, SYRIE
Hachette, Le Guide du routard, 2009, 460 p., 14,90 €

Dans ses Mémoires de guerre, Charles de Gaulle écrit : « Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples. » Mais, toi, tu ne possèdes nulle idée simple, nul but. En Syrie, tu vagabondes, tu songes, tu regardes.

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