novembre 8, 2010
par Benoit Laureau
“Une saison en Houellebecquie”, un article de Jean-Jacques Lefrère.
Michel Houellebecq, LA CARTE ET LE TERRITOIRE Flammarion, 450 p., 22 €
Puisqu’il est des rentrées littéraires comme il est des rentrées scolaires, il faut en accepter le principe, mais il n’est pas aisé, il est même impossible, d’identifier avec certitude ce qui sort du lot. À en croire le déluge d’articles et d’échos qui a accompagné La Carte et le Territoire de Michel Houellebecq, ce serait ce roman. L’histoire littéraire, qui ne fait aucune concession, justifiera-t-elle ce jugement ?
Une critique superbement moutonnière a en effet émis des louanges qu’elle n’avait pas toujours accordées aux livres de M. Houellebecq, notamment à son précédent roman, La Possibilité d’une île, et quelques chroniqueurs littéraires ont même eu l’intransigeance de malmener quelque peu, sur le ton d’un rappel à l’ordre, M. Ben Jelloun, lequel avait laissé transparaître, dans un article paru dans un périodique italien, La Repubblica, le mépris dans lequel il tenait ce récit à ses yeux platement sociologique.
Lors de la mise en librairie de son livre, M. Houellebecq s’est beaucoup montré à la télé- vision et a accordé maints entretiens à la presse. À aucun moment, il n’a laissé échapper la moindre provocation, la moindre imprudence verbale, comme si le trublion de naguère laissait désormais place à un littérateur sympathique et calme, gentiment ironique, y compris sur lui-même, manifestement désireux de ne pas donner l’image d’un de ces romanciers convaincus de donner au monde le chef-d’œuvre dont la postérité fera le plus grand cas. Ce détachement modeste et souriant, cette complaisance bienveillante à répondre à toutes les questions, avec une élocution enfin claire, en Modiano ayant pris des cours de diction – en un mot, tout à fait l’allure d’un homme au casier littéraire vierge – étaient d’autant plus frappants qu’apparaissait sur le petit écran un homme aux traits creusés, portant sa cinquantaine, avec la physionomie d’un être qui vient de traverser ou qui traverse une épreuve physique ou psychologique difficile. Pour tout dire, le contraste était grand avec le personnage neurasthénique et désabusé de naguère, qui distillait, dans un phrasé pâteux et las, quelques imprécations dont il voulait donner l’im- pression qu’il ne pressentait pas la portée. Lire la suite
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