“L’autre scène” Revue et théâtre – « La Quinzaine des libraires » n°10

“L’autre scène” Revue et théâtre 

A l’invitation du Salon de la revue, La Quinzaine littéraire, en partenariat avec Ent’revues, le Centre Wallonie-Bruxelles et Unik Production, vous propose la 10ème édition de « La Quinzaine des Libraires » consacrée aux revues de théâtre.

Le théâtre occupe une multitude de lieux. La scène, évidemment, sur laquelle il se profère et s’effectue en même temps qu’il la déborde largement, investissant d’autres espaces qui réfléchissent à la fois une certaine conception critique et des problématiques spécifiques au spectacle vivant. Ce sont ces mutations incessantes, ces effets entre pratique et réflexion (ou inversement) qu’ont d’exploré le temps d’une émission, Monique Le Roux (collaboratrice de La Quinzaine littéraire), Hugo Pradelle (collaborateur de La Quinzaine littéraire), Georges Banu de la revue Alternatives théâtrales et François Leclère (directeur de la librairie Le Coupe-papier)

Au sommaire :

- Qu’est-ce qu’une revue de théâtre ? ;

Partie 1/2

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La Quinzaine n°1028, du 16 au 31 décembre 2010

ROMAN

Polymorphie, un article de HUGO PRADELLE

HENNING MANKELL, L’HOMME INQUIET, La dernière enquête de Wallander, trad. du suédois par Anna Gibson, Seuil, coll. « Policiers », 560 p., 22 €

La parution du dernier opus de la série policière mettant en scène Kurt Wallander présente l’occasion de nous interroger sur l’oeuvre polymorphe et engagée d’Henning Mankell, sur ce qu’elle révèle de notre époque.

 

 

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Quel « retour aux classiques » ?

Un article de Monique Le Roux

DOM JUAN « D’APRÈS MOLIÈRE » Mise en scène de Marc Sussi au Théâtre de la Bastille jusqu’au 22 octobre, Tournée nationale jusqu’en décembre 2010 / MOLIÈRE, LES FEMMES SAVANTES Mise en scène de Bruno Bayen au Théâtre du Vieux-Colombier jusqu’au 7 novembre / MARIVAUX, LES ACTEURS DE BONNE FOI Mise en scène de Jean-Pierre Vincent au Théâtre de Nanterre-Amandiers jusqu’au 23 octobre

En cette rentrée les hasards des programmations pourraient faire croire à un retour frileux aux classiques. Mais certains spectacles témoignent au contraire d’une réappropriation du répertoire par un geste novateur de mise en scène : “Dom Juan” « d’après Molière » par Marc Sussi au Théâtre de la Bastille, “Les Femmes savantes” de Molière par Bruno Bayen au Vieux-Colombier, “Les Acteurs de bonne foi” de Marivaux par Jean-Pierre Vincent aux Amandiers de Nanterre.

Après le temps où Roger Planchon revendiquait une « écriture scénique », où Patrice Chéreau transformait une brève pièce de Marivaux, La Dispute, en un spectacle magistral, où Antoine Vitez rendait son nom indissociable de sa Phèdre ou Klaus Michael Grüber de sa Bérénice, sont venues la dénonciation d’une supposée dictature, la célébration de la mise en scène invisible, de la simple rencontre de l’acteur et du texte sur les planches, et plus récemment l’affirmation des « écrivains de plateau ».

Face à cette dernière tendance, qui donne toute sa place au travail scénique, mais cesse de représenter des pièces, des hommes de théâtre, riches d’une longue expérience, osent renouer avec ce qui ressemblerait à une « lecture » personnelle, avec le simple exercice d’un art toujours montré comme tel, toujours pratiqué ici et maintenant par un contemporain, même sur un texte du passé… Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine n°1023

Festival d’Avignon 2010 : état des lieux

Un article de Monique Le Roux

« Est-ce un véritable langage artistique ? » : lors de la conférence de presse, au début du soixante-quatrième Festival d’Avignon, les deux directeurs, Hortense Archambault et Vincent Baudriller, ont présenté cette interrogation comme critère de leurs choix, pour la programmation de ce qui demeure la plus grande manifestation théâtrale européenne. Et l’asso- ciation avec des artistes tels que l’écrivain Olivier Cadiot et le metteur en scène Christoph Marthaler confirmait cette large ouverture à la diversité des langages.

«Le Festival réussit l’alliance originale d’un public populaire avec la création internationale. » Cette affirmation dans Mélanges (1), transcription d’échanges entre les directeurs et les artistes associés, ouvrage publié en collaboration avec les éditions P.O.L et offert pour la troisième fois aux festivaliers, ne se confirmait pas toujours dans les premiers bilans : tension entre deux ambitions parfois opposées plutôt qu’alliance pleinement réussie… Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine numéro 1021

La Quinzaine n°1018, du 1er au 15 juillet 2010

“Clair obscur”, un article d’Alain Joubert

YÛ NAGASHIMA
MA MÈRE À TOUTE ALLURE
précédé du CHIEN DANS LE SIDE-CAR
trad. du japonais par Marie Maurin
Philippe Piquier, 155 p., 16,50 €
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CYRIL HUOT
LETTRE À CE MONDE QUI JAMAIS NE RÉPOND
trad. du japonais par Marie Maurin
Les Éditions de la nuit, 188 p., 15 €

Commençons par l’obscur ; on y verra plus clair. L’auteur de Lettre à ce monde qui jamais ne répond, Cyril Huot, a la soixantaine. Ce livre est son premier roman (roman ?). Il a été acteur, critique de cinéma, fait de la télévision, réalisé un film, et bien d’autres choses encore. Or, ce livre brûle. Sachez-le.

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“À la traque de notre vie”, un article de Hugo Pradelle

PIERRE BERGOUNIOUX
CHASSEUR À LA MANQUE
Gallimard, coll. « Le Promeneur », 64 p., 11 €

En entreprenant de confier quelques expériences d’un chasseur raté, manqué, ainsi qu’une série de souvenirs fortement inscrits sur le territoire de son enfance, Pierre Bergounioux dépasse l’hérédité immédiate pour se confronter au grand tout qui nous précède, aux rites, aux habitudes profondément ancrées, celles de la survie et de l’ébaudissement devant la nature, ses possibles et ses empêchements.

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“La rage des vaincus”, un article d’Albert Bensoussan

XAVIER BENGUEREL
LES VAINCUS
trad. du catalan par Marie Bohigas
Autrement-Tinta Blava, 252 p., 19 €

Voici vingt ans disparaissait la grande voix romanesque de la Catalogne espagnole. Xavier Benguerel, sauvé de l’humiliante défaite de la guerre d’Espagne par son ami Pablo Neruda qui le conduisit en exil au Chili, nous a laissé une oeuvre considérable, dont cet Icaria, Icaria, ou l’aventure romanesque de l’utopiste Étienne Cabet, si bien accordé aux juvéniles aspirations de l’auteur, natif du Poble Nou à Barcelone.

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“Déchiffrement”, un article de Hugo Pradelle

FERNANDO PESSOA
QUARESMA, DÉCHIFFREUR
Quaresma, decifrador
trad. du portugais par Michelle Giudicelli
Christian Bourgois, 546 p., 23 €

Écrites dans un style qui semblera « inorganique » et « froid », les nouvelles inédites de Pessoa ordonnent une définition nouvelle de la réalité et une « pensée raisonnante » absolue. Elles constituent un pas de plus fait dans une oeuvre gigantesque et fascinante.

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“Shakespeare pour tous les âges”,

CHARLES ET MARY LAMB
LES CONTES DE SHAKESPEARE
Rivages, 192 p., 8 €

GIUSEPPE BARETTI
D
ISCOURS SUR SHAKESPEARE ET SUR MONSIEUR DE VOLTAIRE
Anatolia, 192 p., 19,90 €

HENRI SUHAMY
HAMLET LEAR MACBETH, HISTOIRE DE
TROIS PERSONNAGES SHAKESPEARIENS
Ellipses, 384 p., 25 €

Les hasards de l’édition rapprochent autour du poète anglais trois ouvrages d’époque et de style très différents. Les Contes de Shakespeare s’adressent aux amateurs qui ont gardé leur âme d’enfant. “Le Discours” sur Shakespeare et sur Monsieur de Voltaire aux spécialistes des Lumières. Hamlet Lear Macbeth à un public cultivé shakespearien ou non. On peut les lire tous avec bonheur sans être spécialiste de quoi que ce soit.

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“Un grand conte solitaire”, un article de Marie Etienne

ROBERTO JUARROZ
POÉSIE ET CRÉATION
trad. de l’espagnol (Argentine) par Fernand Verhesen
José Corti, coll. « Ibériques », 176 p., 19 €

Tout au long de ses entretiens avec Guillermo Boido, parus en 1980 à Buenos Aires, le poète argentin Roberto Juarroz, dont la première traduction en français, par Roger Munier, date également de 1980, étudie les relations de la poésie avec la création, le poète, la littérature, la société et la réalité.

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“Poèmes d’une mort annoncée”, un article de Marc Amfreville

HERMAN MELVILLE
DERNIERS POÈMES
trad. de l’anglais par Agnès Derail et Bruno Monfort,
préface de Philippe Jaworski
Éd. Rue d’Ulm, 224 p., 15 €

Derniers poèmes, Herman Melville : un titre trompeur mais ô combien suggestif…  S’il s’agit bien des derniers poèmes en termes de date de publication, 1888 et 1891, la lumineuse préface de Philippe Jaworski nous éclaire sur ce point, rien ne permet d’établir avec certitude le moment de composition : la poésie a sans doute accompagné, doublé, émaillé l’écriture des romans tout au long d’une vie.

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“Göttingen, centre des Lumières”, un article de Christian Descamps

HANS ERICH BÖDEKER,
PHILIPPE BÜTTGEN et MICHEL ESPAGNE
GÖTTINGEN VERS 1800
L’EUROPE DES SCIENCES DE L’HOMME
Éditions du Cerf, 594 p., 42 €

Sur la carte géopolitique des universités de langue allemande, Göttingen, ce centre des Lumières, mérite une attention toute particulière, aux côtés du Heidelberg de Kant, du Iéna de Hegel, du Weimar de Goethe. Dans ce lieu – ce carrefour de diligences – s’est inventé un type original de machine universitaire, mêlant l’excellence de la critique biblique, de l’économie, de la philosophie et de l’anthropologie.

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“Fondamental”, un article de Alain Croix

Dictionnaire d’histoire culturelle de la France contemporaine
sous la direction de Christian Delporte, Jean-Yves Mollier et Jean-François Sirinelli
Puf, 900 p., 39 €

Ne laissons aucun suspense : ce livre est tout simplement remarquable, essentiel et fondamental dans la bibliothèque de tout lecteur curieux de la France contemporaine. Reste à expliquer pourquoi et, bien entendu, à pointer quelques limites ou faiblesses.

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“Des atomes crochus”, un article de Michel Plon

TOM KEVE
TROIS EXPLICATIONS DU MONDE
trad. de l’anglais par Sylvie Taussig
Albin Michel, 550 p., 25 €

C’est un roman, un roman que l’on peut inscrire dans ce genre en plein essor que l’on qualifie fréquemment de « fiction vraie » et qui consiste en la réinvention, souvent rigoureuse mais susceptible de donner lieu à des polémiques plus ou moins vives, d’échanges et de dialogues soutenus entre des personnages ayant réellement existé, souvent illustres, en la création de situations vraisemblables laissant apparaître comment lesdits personnages ont pu agir, créer, découvrir, voire décider non sans parfois des conséquences graves mais finalement proches de ce que fut la réalité.

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“L’avènement des démocraties”, Gilles Bataillon

ALAIN ROUQUIÉ
À L’OMBRE DES DICTATURES
LA DÉMOCRATIE EN AMÉRIQUE LATINE
Albin Michel, 378 p., 23 €

Le dernier livre d’Alain Rouquié est un survol de l’histoire politique de l’Amérique latine. Il évoque tour à tour les régimes politiques du XIXe siècle surgis des indépendances, les populismes de la première moitié du XXe siècle et les particularités du régime du Parti révolutionnaire mexicain, les dictatures militaires qui se multiplièrent dans les années 1960. Il relate aussi comment prirent fin les dictatures militaires à partir des années 1980 et comment elles cédèrent la place à des régimes démocratiques. Il s’essaye à caractériser la spécificité de ces nouveaux régimes démocratiques et s’interroge in fine sur les nouvelles formes du populisme qu’incarnent Hugo Chávez au Venezuela, Evo Morales en Bolivie, Rafael Correa en Équateur et le ménage Kirchner en Argentine.

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“Un document historique et littéraire”, un article de Jean-Jacques Marie

VICTOR SERGE
RETOUR À L’OUEST,
CHRONIQUES (JUIN 1936-MAI 1940)
préface de Richard Greeman, textes choisis et annotés par Anthony Glinoer
Éditions Agone, 372 p., 23 €

Libéré par Staline, soucieux peut-être de répondre à une demande de Romain Rolland et d’intellectuels français dont il avait besoin pour sa propagande et sa politique du Front populaire, Victor Serge, opposant de gauche exilé depuis trois ans dans l’Oural, arrive à Bruxelles le 17 avril 1936. Dès juin 1936, mois marqué par la grève générale en France et par une puissante vague de grèves en Belgique, il publie dans le quotidien syndical belge La Wallonie une série de chroniques qu’il rédigera sans relâche jusqu’à la débâcle de mai 1940 : au total 203 ! Les éditions Agone publient une large sélection (93) de ces chroniques.

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“Le droit est-il déformant ?”, un article de Laurence Zordan

MIREILLE DELMAS-MARTY
LIBERTÉS ET SÛRETÉ DANS UN MONDE DANGEREUX
Seuil, 271 p., 21 €
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WELLS TOWER
TOUT PILLER, TOUT BRÛLER
trad. de l’américain par Michel Lederer
Albin Michel, 258 p., 20 €

Le droit peut-il être non seulement déformé, mais véritablement déformant, porteur de sa propre négation en ne progressant que par un insoutenable paradoxe ? Est-il « délirant » au sens étymologique du terme, en sortant de son sillon rectiligne ? Tel le chat de Lewis Carroll, disparaissant en ne laissant que son sourire, il serait vidé de sa substance en ne laissant qu’une grimace de cauchemar. Sous un titre d’une parfaite sobriété, le livre de Mireille Delmas-Marty est pourtant évocateur de l’image sombre d’une déshumanisation du droit.

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“Pour une politique d’hygiène publique”, un article de Jean-Paul Deléage

GÉRARD JORLAND
UNE SOCIÉTÉ À SOIGNER
HYGIÈNE ET SALUBRITÉ PUBLIQUES EN FRANCE AU XIXe SIÈCLE
Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », 368 p., 27 €

En France au XIXe siècle, l’hygiène publique joue un rôle central dans la prévention des maladies, car la médecine n’a pas conquis le pouvoir de les soigner efficacement. L’hygiène se donne comme mission de supprimer les foyers d’infection perçus comme une menace permanente pour la société. Aucun lieu, aucune institution, ni aucune activité n’échappe à sa vigilance. Égouts et voiries, bâtiments publics, usines polluantes ou casernes, mais aussi faits de société, tels que travail, crimes et suicides, alimentation et alcoolisme sont sous la très haute surveillance des hygiénistes, sans relâche aucune.

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“Le fol espoir du Soleil”, un article de Monique Le Roux

Les Naufragés du Fol Espoir (Aurores)
Création collective mi-écrite par Hélène Cixous
sur une proposition d’Ariane Mnouchkine
Théâtre du Soleil Du 15 septembre au 31 décembre 2010
Tournée nationale et internationale en 2011

Le dernier spectacle du Théâtre du Soleil, “Les Naufragés du Fol Espoir” (Aurores), se présente comme « une création collective, mi-écrite par Hélène Cixous sur une proposition d’Ariane Mnouchkine, librement inspirée d’un mystérieux roman posthume de Jules Verne ». Il montre le tournage, en juin 1914, dans la guinguette « Au Fol Espoir », d’une transposition de En Magellanie, devenu “Les Naufragés du Jonathan”.

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“Rendez-vous de juillet”, un article de Lucien Logette

FESTIVAL PARIS CINÉMA du 3 au 13 juillet
RÉTROSPECTIVES AKIRA KUROSAWA et RICCARDO FREDA
Cinémathèque française, jusqu’au 1er août

Côté cinéma, la traversée de l’été, pour les amateurs restés à la ville, a longtemps constitué une épreuve, sauf à se résoudre à revoir pour la quinzième fois les rétrospectives Bergman ou Hitchcock, floraisons rituelles du mois d’août, ou accepter d’ingurgiter sans barguigner les fonds de tiroirs bradés par les distributeurs américains bas de gamme. La chose n’était d’ailleurs pas si dramatique, et la dérive urbaine au fil de ces longs jours alcyoniens (la météo ne les avait pas encore fait disparaître) permettait la trouvaille, dont la rareté faisait le prix – combien de films, passés à la trappe aussitôt qu’apparus, chefs-d’oeuvre définitivement inconnus du troisième rayon à faire miroiter devant les yeux des bronzés de retour des plages. Mais ceci se passait en des temps très anciens. Le désert estival est désormais aussi peuplé que le reste de l’année.

La Quinzaine n°1017, du 16 au 30 juin 2010

“Un orphelin heureux”, un article de Monique Bacelli

ERRI DE LUCA
LE JOUR AVANT LE BONHEUR
trad. de l’italien par Danièle Valin
Gallimard, 144 p., 15 €

L’enfance napolitaine qui fut celle d’Erri De Luca est si riche, sidécisive, qu’elle sert de base à la plupart de ses romans, où elle apparaît chaque fois sous un nouvel aspect. Les strates se superposent, sans la moindre redite, et finiront peut-être par éclairer, en partie du moins, un individu hors du commun.

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“La montagne sacrée, l’incroyant et la littérature”, un article de Claire Richard

FRANK WESTERMAN
ARARAT
Christian Bourgois, 348 p., 23 €

Pour la Bible, le mont Ararat est le lieu de l’alliance entre Dieu et les hommes. Pour les scientifiques, un mystère géologique. Pour l’OTAN, un lieu stratégique. Tourmenté par son propre rapport à la religion et à la science, l’écrivain néerlandais Franck Westerman part à sa recherche, dans un livre qui mêle récit de voyage, autobiographie, et réflexion sur la connaissance. Une exploration passionnante du « domaine crépusculaire entre croire et savoir ».

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“Bohème et cosmopolite”, un article de Norbert Czarny

DANILO KI´S
VARIA
trad. du serbo-croate par Pascale Delpech
Fayard, 320 p., 20 €

Plus de vingt ans ont passé depuis la mort de Danilo Ki´s, plus de dix depuis la publication de l’ensemble de ses pièces, dans “Les Lions mécaniques”. L’oeuvre de cet écrivain né à Subotica, dans ce qu’on appelait la Yougoslavie est presque entièrement traduite en français. Les jeunes générations peuvent désormais découvrir cet ensemble aussi riche que varié.

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“Celan poète et traducteur”, un article de Tiphaine Samoyault

ALEXIS NOUSS
PAUL CELAN
LES LIEUX D’UN DÉPLACEMENT
Le Bord de l’eau, 382 p., 24 €

Spécialiste de la traduction et du métissage – il est l’auteur, avec François Laplantine, d’un notable dictionnaire des métissages –, Alexis Nouss fait paraître un monumental ouvrage sur Paul Celan, ressaisissant son oeuvre sous le signe du déplacement et de la traduction.

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“Le romancier était aussi poète”, un article de Jacques Fressard

JULIO CORTÁZAR
CRÉPUSCULE D’AUTOMNE
Salvo el crepúsculo
trad. de l’espagnol (Argentine) par Silvia Baron Supervielle
José Corti, 343 p., 22 €

Le hasard fait parfois merveilleusement les choses. Au moment même où paraissent dans la « Bibliothèque de la Pléiade » – après tant de vicissitudes – les deux tomes des oeuvres enfin complètes de Borges, voici que s’offre à nous un volume capital, inédit jusqu’ici en français, des poèmes de l’auteur de cette Marelle qui fit fureur dans les années soixante en proposant d’emblée, dès l’avertissement initial, une lecture aléatoire des chapitres de ce volumineux roman.

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“Lire Pétrarque aujourd’hui”, un article de Maurice Mourier

PÉTRARQUE
CHANSONNIER
RERUM VULGARIUM FRAGMENTA
édition critique nouvelle de Giuseppe Savoca, introduction de François Livi, traduction française inédite et commentaire de Gérard Genot deux volumes sous emboîtage / Les Belles Lettres, 909 p., 89 €

« Fragments de choses – l’auteur ne dit même pas de “chansons” – en langue vulgaire » : c’est ce titre volontairement dépréciatif que choisit Pétrarque, sans doute entre 1359 et 1362, pour qualifier le premier regroupement de ses poésies italiennes copiées par son ami Boccace, son cadet de neuf ans.

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“L’atelier de Garache”, un article de Georges Raillard

MARIE DU BOUCHET,
FLORIAN RODARI et ALAIN MADELEINE-PERDRILLAT
ENTRETIENS AVEC CLAUDE GARACHE
Hazan, 98 p., 47 reproductions, 28 €

Claude Garache (né en 1929) est un artiste qui passe pour singulier. Depuis un demi-siècle il peint en rouge (quatre cadmiums) un même nu : des peintures à partir de milliers de modèle. Poètes, écrivains, hommes de science ont commenté l’oeuvre de Garache. Manquait seulement une voix, celle de Claude Garache. Pour la première fois le peintre parle, répondant avec sa précision coutumière à trois interlocuteurs accordés à cet oeuvre.

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“Chaucer poète, penseur, humaniste”, un article de Léo Carruthers

GEOFFREY CHAUCER
LES CONTES DE CANTERBURY ET AUTRES OEUVRES
traduits et commentés par André Crépin, Jean-Jacques Blanchot, Florence Bourgne, Guy Bourquin, Derek Brewer, Hélène Dauby, Juliette Dor, Emmanuel Poulle, James Wimsatt
Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1 650 p., 35 €

Si l’oeuvre la plus célèbre de Geoffrey Chaucer (env. 1343-1400) est incontestablement “Les Contes de Canterbury”, à laquelle l’auteur anglais doit sa renommée internationale, elle est très loin d’être sa seule composition. Mais jusqu’ici, ses écrits étaient inaccessibles, pour la majorité d’entre eux, au public francophone.

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“Comprendre Kafka”, un article de Laurent Joly

BERNARD LAHIRE
FRANZ KAFKA. ÉLÉMENTS POUR UNE THÉORIE DE LA CRÉATION LITTÉRAIRE
La Découverte, 633 p., 26 €

« L’acte littéraire est sans cause et sans fin », écrivait Roland Barthes à propos de Franz Kafka, signifiant ainsi l’impossibilité de toute objectivation scientifique du processus de création : l’oeuvre d’art, le génie ne s’expliquent pas… Dans ce livre important consacré à Kafka, le sociologue Bernard Lahire s’attaque à ce mythe du « mystère » de la création artistique.

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“L’émancipation en question”, un article de Laurence Zordan

GABRIEL ROCKHILL et ALFREDO GOMEZ-MULLER (dir.)
CRITIQUE ET SUBVERSION DANS LA PENSÉE CONTEMPORAINE AMÉRICAINE
Seyla Benhabib, Nancy Fraser, Judith Butler, Immanuel Wallerstein, Cornel West, Michael Sandel, Will Kymlicka trad. de Marie Garrau
Éd. du Félin, 192 p., 22 €

De quelle manière la théorie critique aujourd’hui a-t-elle prise sur les débats et les combats en faveur de l’émancipation ? Les enjeux mis en évidence par l’École de Francfort doivent-ils être revus à la lumière de la « Gauche américaine » ? Comment ce qui aurait pu rester cantonné aux cénacles philosophiques en vient-il à irriguer tout un questionnement allant au-delà du penser radicalement pour agir librement ? En quoi des universitaires aux États-Unis peuvent-ils contribuer à frayer des pistes universelles ? En posant la subversive question du cadrage. On ne se contente pas de montrer que la vision est bornée. On apprend à voir. La subtilité de l’argumentation égale la massivité de l’ambition : jeter les bases d’un projet de transformation éthique du monde en s’affranchissant des cadres impensés de la pensée (et du pensable), sans imposer pour autant un autre cadre tributaire du même… cadrage inavoué.

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“Chez Ernst Jünger”, un article de Jean Lacoste

PHILIPPE BARTHELET et ÉRIC HEITZ
LE VOYAGE D’ALLEMAGNE
Gallimard, coll. « Le sentiment géographique », 242 p., 18 €

JEAN-LOUIS HUE
L’APPRENTISSAGE DE LA MARCHE
Grasset, 232 p., 17 €

L’Allemagne, ce pays si lointain, le plus mal connu et le plus remuant de nos voisins… Les visiteurs venus de France y ont souvent leur ville d’élection : les poètes vont à Tübingen, et les germanistes à Weimar, les banquiers (et les éditeurs) à Francfort, les musiciens et les snobs à Bayreuth, les plus branchés à Berlin. Philippe Barthelet et Éric Heitz, eux, ont choisi de se rendre à Wilflingen, un village perdu de Haute-Souabe, « le lieu d’Allemagne le plus éloigné de toute gare », quelque part au nord du lac de Constance, près de la petite ville de Riedlingen.

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“Le fils oublié de Léon Trotsky”, un article de Jean-Jacques Marie

SERGE SEDOV,
MILAIA MOIA RESNITCHKA – SERGUEI SEDOV
PISMA IZ SSYLKI (LETTRES D’EXIL)
Saint-Pétersbourg, 2006, Memorial, 254 p., 1 000 exemplaires

Léon Trotsky a eu deux filles et deux fils : Nina, morte de la tuberculose en 1928, Zina, qui se suicide en 1933 à Berlin, Léon Sedov, parti en exil avec lui, qui milita à ses côtés, et fut assassiné par le NKVD en février 1938, dans une clinique parisienne dirigée par un ancien médecin du Goulag, connu entre autres par la biographie que Pierre Broué lui a consacrée et enfin Serge, dont on ne parle à peu près jamais.

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“Des nègres et des chiens”, un article de Monique Le Roux

BERNARD-MARIE KOLTÈS
COMBAT DE NÈGRE ET DE CHIENS
Mise en scène de Michael Thalheimer
La Colline-théâtre national Jusqu’au 25 juin 2010

Pour la première fois le metteur en scène allemand Michael Thalheimer dirige des comédiens français, dans “Combat de nègre et de chiens” de Bernard-Marie Koltès à la Colline, où il a déjà présenté cette saison “Die Ratten de Hauptmann”. Ce grand spectacle est aussi l’occasion d’interroger certains lieux communs sur l’esthétique théâtrale germanique.

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“Un jeu mortel”, un article de Lucien Logette

FERDINAND KHITTL
LA ROUTE PARALLÈLE
DVD, Choses vues/éditions Filmmuseum sortie le 30 juin 2010

Le changement du chiffre des dizaines du millésime a donné lieu, comme on devait s’y attendre, à de multiples établissements de listes concernant la décennie écoulée, chaque revue, chaque site, chaque blog y allant de ses dix, vingt ou trente meilleurs films répertoriés depuis le changement de siècle. L’excellente revue “Les Fiches du cinéma”, dans son récent ouvrage, Chronique d’une mutation, “Conversations sur le cinéma (2000-2010)”, qui met en perspective la période de référence, va même jusqu’à indiquer 168 titres « qui ont marqué ces années ». Tant mieux si ces orpailleurs trouvent dans leurs batées autant de pépites qui justifient leur quête. Pour notre part, nous n’avons pas le sentiment d’avoir mis derrière
les fagots autant de titres – une vingtaine chaque année, on s’en souviendrait. Et en tout cas, bien peu de ces « hidden gems » que nous évoquions ici même jadis (Quinzaine Littéraire n° 960).

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“De la musique à l’éthique”, un article de Thierry Laisney

THOMAS DOMMANGE
L’HOMME MUSICAL, LA NOTATION EN
MOTS DANS L’OEUVRE DE SCHUMANN
Les Solitaires Intempestifs, 311 p., 23 €

On pourrait croire que le sujet du livre de Thomas Dommange est étroitement circonscrit dans son sous-titre ; pourtant, les annotations verbales de Schumann y sont le déclencheur d’une ample réflexion portant non seulement sur la musique mais aussi sur cette modalité particulière de notre être que constitue aux yeux de l’auteur l’« homme musical ».

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“Leçons de littérature”, un article de Hugo Pradelle

PARIS REVIEW
LES ENTRETIENS
James Baldwin, William Burroughs, Peter Carey, Allen Ginsberg, Jim Harrison, Thomas McGuane, Leonard Michaels, Toni Morrison, Manuel Puig, Susan Sontag, Billy Wilder, Tobias Wolff trad. de l’anglais par Anne Wicke / Christian Bourgois, 560 p., 23 €

Lisant ces entretiens – divers et pourtant bien souvent convergents –, nous découvrons, comme du bout des doigts, les racines de la pratique d’écrivains américains importants, entrevoyant des lignes de fuite, un rapport à l’Histoire, à un pays, à des communautés, à des histoires intimes. Autant d’aventures, de passages qui nous font saisir le lien qui les unit sourdement, comme à nous-mêmes, étrangement libres

La Quinzaine n°1016, du 1er au 15 juin 2010

“Aux sources du langage politique”, un article de Laurence Zordan

THIERRY CAMOUS
LA VIOLENCE DE MASSE DANS L’HISTOIRE
Puf, 298 p., 25 €

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GRÉGOIRE CHAMAYOU
LES CHASSES À L’HOMME
La Fabrique, 222 p., 13 €

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ROBERTO ESPOSITO
COMMUNAUTÉ, IMMUNITÉ, BIOPOLITIQUE
Les Prairies ordinaires, 247 p., 15 €

Le rapprochement de trois ouvrages qui mettent chacun l’accent sur la conflictualité entre intérieur et extérieur invite à demander : faut-il soustraire la politique à la rhétorique du « vivre ensemble » ? Convient-il de s’intéresser aux brèches, aux déchirements, afin de bousculer les idées reçues ? Si celles-ci sont des clichés, c’est qu’elles tiennent souvent à des images : violence de masse associée au spectacle de génocides ; chasse à l’homme évoquant le film “La Chasse du Comte Zaroff” ; immunité et biopolitique s’inscrivant dans le contexte de démoraties surprotectrices pour se surprotéger, avec risque de dérive inhérent au bio-pouvoir : produire ses sujets en les classant, en les gérant, traversant les corps et ne leur étant ainsi jamais complètement extérieur. Si les images sont tronquées, quels mots promouvoir, tout en sachant « porter le fer de l’intelligence débusquante dans la matérialité des mots et des phrases », et faire sien « le paradoxe de tout commentaire qui est de dire pour la première fois ce qui cependant avait déjà été dit et de répéter inlassablement ce qui pourtant n’avait jamais été dit » ?

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“Un jeu de massacre”, un article d’Agnès Vaquin

EMMANUEL MOSES
LE RÊVE PASSE
Gallimard, coll. « L’infini », 216 p., 17,50€

GABRIEL LEVIN
LE TUNNEL D’ÉZÉCHIAS
ET DEUX AUTRES RÉCITS
trad. de l’anglais par Marc Cohen et Emmanuel Moses
Le Bruit du temps, 152 p., 13€

Ce livre est publié sous la rubrique « roman » et celui qui l’ouvre sombre dans la perplexité. Mille quatre-vingt-neuf textes courts : des nota-
tions ? des fragments ? des brèves ? On cherche un terme pour désigner ces énonciations qu’on imagine accumulées au fil du temps.

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“Transformation”, un article d’Hugo Pradelle

PIERRE GUYOTAT
ARRIÈRE-FOND
Gallimard, 448 p., 21 €

Pierre Guyotat poursuit le ressaisissement de ce qui l’a formé : le deuxième volume du cycle commencé en 2007, plus dense, plus idéal, se concentre sur quelques jours et nuits de l’été de ses quinze ans, en faisant exsuder les énergies qui l’animèrent alors, l’emmenant dans la direction de son œuvre, lui révélant à la fois le désir et la force de l’écrit. Voici l’exploration de « l’arrière-fond qui (le) forme», l’entreprise de son fondement, la grande transformation.

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“Une famille bien unie”, un article de Monique Baccelli

FRANCESCO PICCOLO
LES TENTATIONS DU MÂLE
trad. de l’italien par Dominique Corman
Grasset, 252 p., 17 €

Quoi de plus banal qu’un roman centré sur l’adultère et la fin d’un couple : deux sujets, l’un découlant souvent de l’autre, qui alimentent les trois quarts des fictions littéraires et cinématographiques de notre temps. Qui plus est quand ces deux phénomènes sociaux se passent dans une famille très ordinaire. Or ces trois ingrédients sont présents dans le livre qui nous occupe.

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“Tweeds et topiaires”, un article de Liliane Kerjan

FRANCIS WYNDHAM
MRS HENDERSON ET AUTRES HISTOIRES
Mrs Henderson and Other Stories
trad. de l’anglais par Delphine Martin
Christian Bourgois, 178 p., 16 €
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L’AUTRE JARDIN
The Other Garden
trad. de l’anglais par Anne Damour
Christian Bourgois, 140 p., 14 €

Si Eton, Oxford, le sud de l’Angleterre nous étaient contés avec des détours à Londres et à New York par un orfèvre de la prose, une plume experte en simplicité, un homme tendre et discret, séduit par le talent des autres… Francis Windham : un style qui a les nuances des tweeds, une forme qui dessine en perspective une société aux prises avec la Seconde Guerre mondiale.

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“Histoires saintes”, un article d’Alain Joubert

LARRY BEINHART
L’ÉVANGILE DU BILLET VERT
trad. de l’américain par Samuel Todd
Gallimard, coll. « Série Noire », 380 p., 20 €
VELIBOR COLIC
JÉSUS ET TITO
Gaïa éditions, 190 p., 17 €

Supposons un instant que vous habitiez une de ces villes moyennes du sud des États-Unis, au sein d’une société aisée, riche même, hantée cependant par le spectre paranoïde post-11 Septembre, et que vous exerciez l’activité de détective privé pour le compte d’un cabinet d’avocats, afin de constituer de solides dossiers sur des affaires « sensibles ».

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“Je n’ai jamais pris la littérature au sérieux”, un article de Dominique Rabourdin

BÉATRICE MOUSLI
PHILIPPE SOUPAULT
Flammarion, 474 p., 35 €

S’il est un homme qui peut se flatter de conduire en montagnes russes, dans l’opinion qu’ils ont de lui, ses amis et ses admirateurs, c’est Philippe Soupault, dont on ne peut considérer la très longue vie sans un certain étonnement.

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“L’obsession du temps”, un article de Philippe Di Meo

JUDE STÉFAN
QUE NE SUIS-JE CATULLE
EN CES PRESQUE 80 POÈMES
Gallimard, 101 p., 16,50

Comme le titre interrogatif, mais malicieusement dépourvu de point d’interrogation, le nouveau recueil d’un poète dont on fêtera bientôt le quatre-vingtième anniversaire ménage tout au long cet effet de surprise antirhétorique que tout un siècle, fertile en expériences de toutes sortes, a si ardemment quêté et parfois obtenu.

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“Rimbaud dessinateur”, par Geroges Raillard

JEAN-JACQUES LEFRÈRE
LES DESSINS D’ARTHUR RIMBAUD
Flammarion, 160 p., 45 €

À une époque où dans les familleson avait un joli coup de crayon, Arthur Rimbaud dessinait mal. Mais son horizon était-il celui d’une famille ? Charleville, Charlestown, Mother, une mère autoritaire, un père absent, des sœurs, un frère dont on ignore s’il savait dessiner puisqu’il n’était pas poète. Les biographes se sont moins intéressés à Frédéric qu’à Arthur. Dans tous les entre-deux-portes, c’est bien lui sur la photo. La dernière trouvaille, c’est bien lui. N’y revenons pas.
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“André Gill caricature et folie”, un article de Daniel Grojnowski

AUDE FAUVEL et BERTRAND TILLIER
ANDRÉ GILL CARICATURISTE
DERNIERS DESSINS D’UN FOU À LIER
Du Lérot, 128 p., 30€

Dans son essai “De l’essence du rire” et généralement du “Comique dans les arts plastique”, qui présente quelques caricaturistes français et étrangers, Baudelaire établit une distinction radicale entre le comique « significatif » et le comique « absolu ». Le premier cible une référence que le public reconnaît et interprète aisément, le second s’en détache pour figurer l’autre monde de la fantaisie « pure ». Provoquées par l’événement, les caricatures le commentent en dérision, au risque d’apparaître rapidement obsolètes. Toutefois, un certain nombre d’entre elles contiennent, selon Baudelaire, «un élément mystérieux, durable, éternel qui les recommande à l’attention des artistes».

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“Dans un monde qui change…”, un article de Marc Lebiez

HARTMUT ROSA
ACCÉLÉRATION,
UNE CRITIQUE SOCIALE DU TEMPS
trad. de l’allemand par Didier Renault
La Découverte, 480 p., 27,50 €

Les rayons philosophiques d’une librairie allemande ne procurent pas aux Français un dépaysement complet : des deux côtés, les livres sont traduits. On débat, on se répond, quand on ne signe pas à deux le même livre, comme firent Habermas et Derrida. Et pourtant le poids de la tradition persiste à se faire sentir dans la conception même de la philosophie. La différence de nos approches est d’autant plus sensible qu’elles ne sont pas tout à fait étrangères l’une à l’autre.

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“L’empirisme transcendantal, de Deleuze”, un article de Claire Pagès

ANNE SAUVAGNARGUES
DELEUZE, L’EMPIRISME TRANSCENDANTAL
Puf, 438 p., 29 €

Dans ses deux textes d’hommage de novembre 1995, juste après la mort de Deleuze, Lyotard insistait sur « son alliance secrète avec la pensée anglaise ». Un concept ne sert pas, se révèle inutile, il sort de la boîte à outils car « sa pensée est toujours parente d’un empirisme et d’un pragmatisme, mais schizophrènes». On a peut-être beaucoup insisté ainsi sur l’empirisme deleuzien et ses sources. Mais peut-être, par respect de son rejet de toute pensée attachée à quelque transcendance, a-t-on aussi parfois minoré son souci de ce qui excède l’expérience non parce qu’il la dépasse mais parce qu’il en définit les conditions – transcendantales donc.

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“Qu’est-ce qu’adorer ?”, un article de Jean Lacoste

JEAN-LUC NANCY
L’ADORATION
DÉCONSTRUCTION DU CHRISTIANISME, II
Galilée, 147 p., 25 €

Dans “La Révolte des anges”, le baroque et fort plaisant roman qu’il publie en 1914, Anatole France imagine qu’Arcade, un ange gardien desalentours de Saint-Sulpice, à force de fréquenter nuitamment une riche bibliothèque de philosophie et de théologie, perd confiance en son Dieu et médite d’organiser une nouvelle révolte des anges, sur le modèle de la première, celle de Lucifer, devenu Satan. Car le Dieu des juifs et des chrétiens, dont le vrai nom serait Ialdabaoth (!), serait, selon ses termes, « moins un dieu qu’un démiurge ignorant et vain » que « les flatteries de ses adorateurs ont rendu monothéiste ». Mais la nouvelle révolte échoue.

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“Dans la jungle amazonienne”, un article de Jean-Charles Chevalier

DANIEL L. EVERETT
LE MONDE IGNORÉ
DES INDIENS PIRAHÃS
Flammarion, 358 p., 24 €

Traduction d’un original anglais, publié par Pantheon Books en 2008, sous un titre plus significatif, à la limite du fantastique et de la magie : “Don’t sleep. There are Snakes. Life and Language in the Amazonian Jungle”.

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“Pour le moindre prétexte ou sans prétexte”, un article de Jean-Jacques Marie

ORLANDO FIGÈS
LES CHUCHOTEURS
VIVRE ET SURVIVRE SOUS STALINE
trad. de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat préface d’Emmanuel Carrère
Denoël, 794 p., 33 €

Ce livre donne une image saisissante de la période stalinienne et de sa longue et sanglante terreur à travers les destins parfois croisés de dizaines de familles dont quelques membres ont ici et là réussi à échapper à la mort. Il repose sur le dépouillement de correspondances et journaux privés échappés aux rafles du Guépéou-NKVD et de la collecte minutieuse de souvenirs de trop rares survivants.

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“Du courage, suite”, un article de Maïté Bouyssy

THOMAS BERNS, LAURENCE BLÉSIN et GAËLLE JEANMART
DU COURAGE
Les Belles Lettres, coll. « Encre marine», 304 p., 14 €
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CYNTHIA FLEURY
LA FIN DU COURAGE,
Fayard, coll. « Essais», 208 p., 14 €

Deux livres le même mois sur le courage. La vertu morale est donc intempestive, mais sous quel mode et à quelles fins ? Il n’est pas inutile que des philosophes nous disent de quel symptôme relève le courage pris dans une longue histoire de la philosophie morale. Nos propres besoins sociaux s’en clarifient.

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“Philosophe des Sciences”, un article de Jean-Michel Kantor

DIDIER GIL
AUTOUR DE BACHELARD
ESPRIT ET MATIÈRE, UN SIÈCLE
FRANÇAIS DE PHILOSOPHIE DES SCIENCES (1867-1962)
Les Belles Lettres, coll. « Encre marine », 313 p., 35 €

Gaston Bachelard (1884-1962), le célèbre philosophe-poète comme on a pu l’appeler, est au centre d’une série d’études de Didier Gil, qui examine le fonctionnement de la philosophie des sciences en France dans la seconde moitié du XIXe siècle, puis jusqu’à la mort de Bachelard.

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“Quelques échos du bunker”, un article de Lucien Logette

Tout semblait se liguer cette année pour faire du Festival de Cannes 2010 un millésime infortuné : un mini-tsunami qui a transformé la Croisette en marécage quelques jours avant l’ouverture, le nuage de cendres du volcan islandais qui risquait d’interdire l’accès aérien à la Côte, quelques remous politiques – la menace de manifestations contre le film de Rachid Bouchareb, “Hors-la-loi”, le mécontentement du gouvernement italien à l’annonce de la projection du film de Sabina Guzzanti Draquila, trop peu amène à l’égard du bienfaiteur de la Nation –, l’accusation, qui revient comme une antienne, d’une sélection sans goût ni saveur réservée à quelques cinéastes abonnés. Sans oublier la campagne publicitaire des auteurs et interprètes de Ça commence par la fin, reprochant au Festival d’avoir eu peur des audaces sexuelles de leur œuvre…

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“Dimitris Dimitriadis à l’Odéon”, un article de Monique Le Roux

DIMITRIS DIMITRIADIS
LA RONDE DU CARRÉ
Mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti
Odéon-Théâtre de l’Europe Jusqu’au 12 juin 2010

L’Odéon-Théâtre de l’Europe avait placé comme « auteur européen au cœur de la saison 2009-2010 » Dimitris Dimitriadis. Mais la troisième pièce programmée, mise en scène par Giorgio Barberio Corsetti, “La Ronde du carré”, ne répond pas totalement à l’attente suscitée par la très haute ambition poétique de l’écrivain grec.

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“Le XVIIIe siècle en musique”, un article de Thierry Laisney

CHARLES BURNEY
VOYAGE MUSICAL DANS L’EUROPE DES LUMIÈRES
traduit, présenté et annoté par Michel Noiray
Flammarion, 523 p., 30 €

Si les réalisations proprement musicales de l’organiste et compositeur anglais Charles Burney (1726-1814) ne l’ont pas fait passer à la postérité (pour mémoire, il a adapté pour la scène londonienne “Le Devin du village” de Jean-Jacques Rousseau), en revanche les journaux des deux voyages qu’il entreprit afin de rassembler les matériaux utiles à l’œuvre de sa vie, la “General History of Music” (1776-1789, 4 vol.), sont devenus « un observatoire privilégié d’où l’on scrute inlassablement le XVIIIe siècle musical» (Michel Noiray).

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“Sartre dans son siècle”, un article d’Omar Merzoug

JEAN-PAUL SARTRE
LES MOTS ET AUTRES ÉCRITS AUTOBIOGRAPHIQUES
édition publiée sous la direction de Jean-François Louette, avec la collaboration de Gilles Philippe et de Juliette Simont / Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade »
1650 p., 59 € (jusqu’au 30 juin) et 67,50 (au-delà)

La période présente n’est pas favorable à Sartre à qui l’on impute nombre d’errements politiques, et notamment son compagnonnage avec le Parti communiste. Récemment encore, on s’est fait un malin plaisir d’opposer à la lucidité camusienne les cécités sartriennes. En vérité, Sartre a été discuté, souvent contesté, parfois insulté. À la Libération, les communistes l’abreuvèrent d’injures, Céline et Claudel ne furent pas en reste. On parla d’« excrémentialisme », des termes orduriers furent lancés.

La Quinzaine n°1015, du 16 au 31 mai 2010

“Mainmise des prédateurs financiers sur le livre et l’édition”, entretien avec André Schiffrin

ANDRÉ SCHIFFRIN
L’ARGENT ET LES MOTS
La Fabrique, 112 p., 13 €

Fils du fondateur de la collection de la « Pléiade », directeur de Pantheon Books pendant trente ans, éditeur américain de Foucault, Sartre, Chomsky, André Schiffrin a été l’une des figures les plus importantes du monde des livres et de l’édition. Dernier volet d’une trilogie commencée avec “L’Édition sans éditeurs”, “L’Argent et les Mots” revient sur les périls que font peser sur l’édition la concentration et la globalisation qui, imposant des restructurations ruineuses, condamnent tout un secteur de la production littéraire, étiqueté comme non rentable.

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“Le sourire de Régine Detambel”, un article de Natacha Andriamirado

RÉGINE DETAMBEL
50 HISTOIRES FRAÎCHES
Gallimard, 240 p., 17,90 €

Retrouver l’immédiat, le capter au travers de textes brefs retraçant les moments fugaces de notre quotidien. Il y a dans ces cinquante histoires fraîches une énergie et une intensité du récit qui nous mènent à une seule et même chose : la rencontre de véritables personnages.

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“Une terre promise ?”, un article de Norbert Czarny

HENRI RACZYMOW
ERETZ
Gallimard, 160 p., 15 €

Eretzest le mot hébreu qui désigne LA terre. La terre promise, la terre rêvée. C’est aussi la désignation d’Israël par métonymie. Aller en Eretz, c’est se rendre dans ce pays complexe, multiple, trop souvent au cœur de l’actualité. C’est là qu’après 68, avait vécu Alain, frère du narrateur. Il en était revenu dans le milieu des années soixante-dix, sans illusion, déçu même.
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“La Renaissance de Harlem (1920-1930)”, un article de Cécile Cottenet

NELLA LARSEN
CLAIR-OBSCUR
trad. de l’américain par Guillaume Villeneuve préface de Laure Murat
Climats, 182 p., 17 €

Ce classique de la littérature africaine américaine brouille les frontières entre les races et nous offre une belle réflexion sur la question de l’identité. Dotée d’une préface érudite, cette première traduction française laisse entrevoir la richesse d’un mouvement littéraire méconnu en France.

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“Candide, ou l’optimisme dans le Midwest”, un article de Liliane Kerjan

LORRIE MOORE
LA PASSERELLE
A Gate at the Stairs
trad. de l’anglais (États-Unis) par Laetitia Devaux
L’Olivier, coll. « Rivages », 361 p., 22 €

Retour très réussi de Lorrie Moore, quinze ans après son second roman, grâce à une écriture pleine de drôlerie mais qui gratte jusqu’à la tragédie les faux-semblants d’une Amérique désenchantée. Une étudiante, petit cheval de Troie, quatre saisons de découvertes et de déconvenues : le charme opère et c’est l’enthousiasme aux États-Unis.

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“Voix d’Ingo Schulze”, un article de Laurent Margantin

INGO SCHULZE
PORTABLE
trad. de l’allemand par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein
Fayard, 324 p., 22 €

Après un volumineux roman sur la réunification allemande, Ingo Schulze revient, avec “Portable”, à l’écriture de nouvelles qui avait fait son succès dès ses premiers livres (Histoires sans gravité, 33 moments de bonheur).

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“Stratégies”, un article de Hugo Pradelle

ROBERTO BOLAÑO
LE TROISIÈME REICH
El tercer reich
trad. de l’espagnol (Chili) par Robert Amutio
Christian Bourgois, 420 p., 25€

Avec “Le Troisième Reich”, Bolaño (1953-2003) signe sans doute son livre le plus hypothétique, presque un affront. Roman désincarné, impénétrable, aride, mystérieux, jouissif parce que presque inaccessible. De ces pages furieusement aplaties sourd une menace troublante, vénéneuse, qui fait de ce récit inclassable un hymne terrible à la stratégie de la littérature.

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“Un rire jubilatoire”, un article de Norbert Czarny

THOMAS BERNHARD
MES PRIX LITTÉRAIRES
trad. de l’allemand par Daniel Mirsky
Gallimard, 176 p., 12,50

En 1986 paraissait Ténèbres, recueil de textes et d’entretiens de et autour de Thomas Bernhard. On pouvait lire dans cet ouvrage trois discours prononcés lors de remises de prix à l’écrivain. Des textes assez décapants, et plutôt provocateurs, on s’en doute. L’éditeur de Mes prix littéraires omet de préciser cette première publication mais on ne lui en voudra pas car la parution de ce petit livre fait un bien fou aux zygomatiques.

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“La lumière que j’avais parmi les vivants”, un article de Nicole Casanova

FLORENCE COLOMBANI
« JE NE PUIS DEMEURER LOIN DE TOI PLUS LONGTEMPS »
LÉOPOLDINE HUGO ET SON PÈRE
Grasset, 230 p., 16,50 €

Le 4 septembre 1843, Léopoldine, fille aînée de Victor Hugo, se noyait dans la Seine à l’âge de dix-neuf ans. Hugo, qui voyageait avec Juliette Drouet, apprit l’accident en lisant le journal. « Je le retrouvai foudroyé », dit Juliette.

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“Un livre-culte”, un article d’Anne Boyer

REMY DE GOURMONT
LE LATIN MYSTIQUE, LES POÈTES DE L’ANTIPHONAIRE ET LA SYMBOLIQUE AU MOYEN ÂGE
préface de Pierre Laurens
Les Belles Lettres, coll. « Essais », 416 p., 35 €

Dans “Bourlinguer”, Cendrars insiste sur l’importance qu’a revêtue pour lui la lecture du Latin mystique de Remy de Gourmont, lecture dont il fait «une date de naissance intellectuelle ». Parmi les premiers ouvrages publiés par le Mercure de France, en 1892, toute nouvelle maison d’édition sur le point de devenir le creuset d’une littérature nouvelle, Le Latin mystique est, comme l’affirme Pierre Laurens dans sa réédition, un « livre-culte ». Ce livre-culte ayant été toutefois quelque peu oublié, sa réédition, dans la collection « Essais » des Belles Lettres, est une bonne nouvelle.

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“La recherche de la longue vie”, un article de Gilbert Lascault

EXPOSITION
LA VOIE DU TAO : UN AUTRE CHEMIN DE L’ÊTRE
Galeries nationales, Grand Palais
3, avenue du Général-Eisenhower, Paris 8e du 31 mars au 5  juillet 2010
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PUBLICATION
CATHERINE DELACOUR et coll.
CATALOGUE DE L’EXPOSITION
RMN/musée Guimet, 368 p., 342 ill. coul., 45€

Curieuse, complexe, foisonnante, l’exposition La voie du Taodéconcerte et passionne. Elle rassemble 240 œuvres très diverses : les peintures, les miroirs de bronze, les sculptures (pierre, bois, céramique), les porcelaines, les estampages, les talismans, les inscriptions, les amulettes, les tapis rituels, les blocs de jade sculptés…

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“La polyphonie de Paul Klee”, un article de Georges Raillard

EXPOSITIONS
PAUL KLEE (1879-1940)
La collection d’Ernst Beyeler
Musée de l’Orangerie, 14 avril – 19 juillet 2010
Catalogue par Philippe Büttner et Claude Frontisi coédition Musée d’Orsay/Éditions Hazan, 96 p., 20 €

ARAGON ET L’ART MODERNE
Musée de la Poste, 14 avril – 19 septembre 2010
Catalogue illustré sous la direction de Josette Rasle, 160 p., 20 €

On ira de l’une à l’autre de deux expositions où la peinture est présentée nuement. Comme elle a été vue et lue par deux regards vifs, celui d’un marchand de tableaux, Ernst Beyeler, qui créa l’admirable Fondation de Bâle, et celui d’un poète épris d’images, Louis Aragon.  À l’Orangerie, Paul Klee (1879-1940) : des tableaux issus de la collection Beyeler. Au musée de la Poste, des Klee encore, en petit nombre, mais insérés dans les choix faits par Aragon dans l’art moderne.

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“La naissance de la poésie”, un article de Odile Hunoult

ANNIE LE BRUN
SI RIEN AVAIT UNE FORME, CE SERAIT CELA
Gallimard, 260 p., 21,90 €

En 1755, au lendemain de la fête des Morts, un tremblement de terre suivi d’un raz-de-marée gigantesque qui se propage dans tout l’Atlantique Nord détruit entièrement Lisbonne, faisant, dit-on, à Lisbonne même, plus de 50 000 morts. Un séisme aussi dans la pensée philosophique occidentale, qui achève de se séculariser. C’est pourquoi Annie Le Brun en fait le point de départ d’une fresque foisonnante où se succèdent ceux qui de près ou de loin ont côtoyé, rejoint, réfléchi, ou fui et occulté la catastrophe et l’inhumain, puis leur intériorisation : l’inhumain en l’homme.

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“Aux sources du libéralisme politique : Montesquieu et Germaine de Staël”, un article de Jean M. Goulemot

LAIN GAMBIER
MONTESQUIEU ET LA LIBERTÉ
Hermann, coll. « Philosophie », 274 p., 30 €
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MICHEL WINOCK
MADAME DE STAËL
Fayard, 576 p., 23,80 €

Le mot « libéralisme » occupe une place bien à part dans le monde contemporain. En France plus qu’ailleurs, il est passé du politique à l’économie. Il se confond avec le capitalisme le plus sauvage. Prétendre publiquement être libéral, c’est prendre le risque de se voir marginalisé, accusé de tiédeur ou de ne croire qu’aux lois du marché, quand ce n’est pas d’être aux portes du fascisme. J’avoue craindre toute réduction du vocabulaire politique et me méfier de termes, au sens approximatif, forme moderne de la langue de bois, qui servent à exclure, sans même avoir à argumenter.

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“Éros dans tous ses états”, un article de Michel Plon

JEAN ALLOUCH
L’AMOUR LACAN
EPEL, 493 p., 35€
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GLORIA LEFF
PORTRAITS DE FEMMES EN ANALYSTE
LACAN ET LE CONTRE-TRANSFERT
trad. de l’espagnol (Mexique) par Béatrice Cano
EPEL, 193 p., 24€

Deux livres qui supposent un minimum de familiarité avec l’œuvre de Lacan et avec l’histoire de la psychanalyse mais qui ont en commun de refuser l’hermétisme et le jargon, de ne pas privilégier la rigidité théorique au détriment de la clinique et réciproquement, deux livres dans lesquels la chose analytique, c’en est un régal, circule à l’air libre.

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“La montée de l’effacement”, un article de Laurence Zordan

FRANÇOISE BONARDEL
DES HÉRITIERS SANS PASSÉ
ESSAI SUR LA CRISE DE L’IDENTITÉ
CULTURELLE EUROPÉENNE
Éd. de la transparence, coll. « Philosophie », 266 p., 20 €

Des grands livres, on a pu dire qu’ils ne se contentent pas de proposer un argument différent, mais bien une autre manière d’argumenter. Ils n’envisagent pas une autre interprétation de la même expérience, mais réellement une autre expérience. L’ouvrage de Françoise Bonardel est de ceux-là, où chaque mot des titre et sous-titre ouvre à un vaste corpus philosophique qui se clôt sur l’image de la main, donnant à saisir la pertinence de la formule d’Hölderlin : « il en est, peu nombreux, qui sont forcés de saisir la foudre à pleines mains ».

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“Changement de genre”, un article de Monique Le Roux

THOMAS BERNHARD
EXTINCTION
Lecture par Serge Merlin
Théâtre de la Madeleine Jusqu’au 30 mai
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GARY-JOUVET 45-51
Mise en scène de Gabriel Garran
Théâtre de la Commune d’Aubervilliers Jusqu’au 29 mai

Ils ont l’un et l’autre connu un exceptionnel parcours artistique de plus d’un demi-siècle et jettent un nouveau défi à la scène. Serge Merlin retrouve au Théâtre de la Madeleine son auteur de prédilection, Thomas Bernhard, avec “Extinction”. Gabriel Garran retourne à la Commune, Centre dramatique national d’Aubervilliers, pour un spectacle, “Gary-Jouvet 45-51″, qu’il a conçu à partir d’une pièce de Romain Gary, “Tulipe ou la protestation”, et de la correspondance entre le jeune écrivain diplomate et le grand metteur en scène.

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“Quand le fond de l’air a viré rouge sang”, un article de Lucien Logette

OLIVIER ASSAYAS
CARLOS

Avant même d’être présenté à Cannes, voilà donc “Hors-la-loi”, le film de Rachid Bouchareb, sous le feu des projecteurs. Un député garanti tricolore grand teint et un secrétaire d’État aux anciens ils-ont-des-droits-sur-nous-combattants viennent de partir en guerre, drapeau national en bandoulière, contre cette œuvre « qui insulte la République » – peut-être auraient-ils pu attendre de voir le film ? Il paraîtrait même que des pressions auraient été exercées sur les responsables du Festival de Cannes pour que “Hors-la-loi” ne soit pas sélectionné… Ceux-ci, cumulant mauvais esprit et duplicité, ont pris en compte la part algérienne de cette produc-tion, par ailleurs fruit d’un complot cosmopolite (franco-algéro-tuniso-italo-belge) pour attribuer au film la nationalité de nos (ex-)ennemis. Au moins, la République n’est-elle plus insultée par ses propres enfants ; l’honneur est sauf.

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“Alan au pays des merveilles”, un article d’Alain Joubert

À travers le cristal d’Alan Glass
DVD de Tufic Makhlouf Akl (140 min), accompagné d’un livret illustré de 88 pages
Seven Doc (10, rue Henri-Bergson, 38100 Grenoble) distribution Studios WinWin, 23 €

« Le merveilleux est toujours beau, n’importe quel merveilleux est beau, il n’y a même que le merveilleux qui soit beau». Lorsque, dans le “Manifeste du surréalisme”, André Breton pose cette affirmation, il écarte du même coup le côté éventuellement « puéril » d’un merveilleux de pacotille pour exalter un « merveilleux adulte », arme absolue contre le rationalisme et le réalisme vulgaire qui dominent notre société ; et c’est vers Lewis, Young, Maturin, Arnim, Nerval ou Lautréamont (notamment) qu’il se tourne tout naturellement.

La Quinzaine n°1012, du 1er au 15 avril 2010

“Souvenirs en forme de nuages flottants”, un article de Norbert Czarny

PATRICK MODIANO
L’HORIZON
Gallimard, 176 p., 16,50 €

« Il était fatigué d’avoir marché si longtemps. Mais il éprouvait pour une fois un sentiment de sérénité, avec la certitude d’être revenu à l’endroit exact d’où il était parti un jour, à la même place, à la même heure et à la même saison, comme deux aiguilles se rejoignent sur le cadran quand il est minuit. » Ces quelques lignes qu’on lira dans les dernières pages de L’Horizon donnent une idée de ce qui fait la nouveauté du roman de Modiano : le bonheur semble possible.

“La passion d’Anastassia”, un article de Jacques Fessard

JUAN CARLOS MONDRAGON
PASSION ET OUBLI D’ANASTASSIA LIZAVETTA
trad. de l’espagnol (Uruguay) par Gabriel Iaculli
Seuil, 251 p., 21 €

L’orthographe espagnole, on le sait, n’admet pas le redoublement du “s” ni du “t”. Les deux prénoms accolés de la belle Uruguayenne Anastassia Lizavetta ne contreviennent à cette règle que parce qu’ils lui ont été imposés par un père admirateur de Dostoïevski, dont il a beaucoup lu – à sa manière – Les Démons (ou Les Possédés), et qui ne le cède en rien aux pires personnages du grand Russe puisque c’est un ivrogne qui viole sa fille à peine pubère, avant de disparaître.Mais le lecteur de cet étonnant roman de Juan Carlos Mondragon ne saura tout cela que beaucoup plus tard, bien après que l’acte fatal, qui répond peut-être à cet abus, aura été accompli.

“Du centre vers une périphérie lointaine”, un article d’Agnès Vaquin

SOAZIG AARON
LA SENTINELLE TRANQUILLE SOUS LA LUNE
Gallimard, 294 p., 18,90 €

Ainsi Soazig Aaron nous a fait attendre huit ans son deuxième roman. Cette « sentinelle tranquille sous la lune », il y est fait mystérieusement allusion au moins cinq fois au fil du texte, la lune étant toujours ensuite qualifiée de « paisible ». On n’en saura pas plus avant les toutes dernières pages.Faire attendre, c’est un art et, Soazig Aaron, c’est un art qu’elle pratique avec virtuosité.

“Un abîme dans chaque chambre”, un article de Norbert Czarny

PETER STAMM
SEPT ANS
trad. de l’allemand par Nicole Roethel
Christian Bourgois, 380 p., 18 €

Statique au milieu d’une galerie de peinture, une femme est là, au tout début de “Sept ans”, le nouveau roman de Peter Stamm.  Sonia est l’épouse d’Alex, le narrateur personnage qui la contemple. Près de lui, Sophie, leur fille, qui admire sa mère, si absente et si belle. La scène se déroule de nos jours, au terme d’un trajet commun que nous découvrirons à travers ces pages, au fil des événements qui ont ponctué ces vingt ans d’histoire.

“Dérivant dans le temps”, un article de Liliane Kerjan

JOSEPH COULSON
LE BLUES DES GRANDS LACS
Of Song andWater
trad. de l’anglais (États-Unis) par Judith Rose
Sabine Wespieser, 388 p., 24 €

L’éditeur Sabine Wespieser poursuit la régate avec Joseph Coulson, dont elle a publié un premier roman, “Le Déclin de la lune”, en 2005. De l’étui d’une guitare à la coque d’un bateau, tout passe dans un récit modulé qui explore son thème pour mieux l’abandonner dans des arrangements inspirés. Un chant moderne, discret sous les balises de Virgile et Melville, un beau roman d’atmosphère.

“Comment continuer de vivre ici ?”, un article de Natacha Andriamirado

CORINNE D’ALMEIDA
ANTIBES
Gallimard, 288 p., 17,50 €

Un couteau et un gant de toilette. Tels sont les objets quotidiens de la narratrice, aide-soignante auprès d’une vieille femme qui habite dans un quartier « plus beau que laid » et où « rien n’y risque rien ».

“Dans l’Autriche au bord du précipice”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

JEAN AMÉRY
LES NAUFRAGÉS
trad. de l’allemand par Sacha Zilberfarb
Actes Sud, 270 p., 21 €

“Les Naufragés” est le seul roman, resté inédit jusqu’à aujourd’hui, qu’ait écrit Jean Améry, lequel est surtout connu pour ses essais comme “Par-delà le crime et le châtiment – Essai pour surmonter l’insurmontable”, Actes Sud, 1995 (édition originale 1966) ou “Porter la main sur soi – Du suicide”, Actes Sud, 1999.

“If you want, remember, if you want, forget”, un article de Gabrielle Napoli

ERN˝O SZÉP
L’ODEUR HUMAINE
Cambourakis, 182 p., 20 €

C’est la première fois que le lecteur français a accès au bouleversant texte d’Ern˝o Szép, “L’Odeur humaine”, qui retrace l’expérience de l’écrivain hongrois, Juif de Budapest, en 1944, alors que les Juifs hongrois sont massivement livrés aux Allemands, à l’approche des troupes russes. Auteur populaire budapestois, journaliste, il subira comme tant d’autres les lois anti-juives qui l’obligeront à quitter sa bien-aimée île Marguerite pour aller vivre dans le ghetto, dans un immeuble étoilé. Rescapé, il publiera ce récit à la fin de la guerre, mais se retirera de la vie littéraire lors de l’arrivée au pouvoir des communistes en 1948.

“Rire ou pleurer ?”, un article de Norbert Czarny

JEAN-CLAUDE GRUMBERG
PLEURNICHARD
Seuil, coll. « Bibliothèque du XXIe siècle », 254 p., 16 €

Pleurnichard est le double de Jean-Claude Grumberg. C’est l’enfant qu’il était et n’a pas cessé d’être par certains côtés. On le rencontrait dans “Mon père”, inventaire, récit façonné ou rapiécé comme un vêtement par le mauvais petit tailleur qu’a été Grumberg, excellent conteur au contraire. La voix du conteur séduit de nouveau dans ce récit.

“Un art d’aimer”, un article de Marie Etienne

BERNARD NOËL
LES PLUMES D’ÉROS,OEUVRES 1
P.O.L, 435 p., 26 €

Ce premier volume des oeuvres de Bernard Noël rassemble ses textes érotiques (proses narratives, théoriques ou poésies), à l’exception du “Château de Cène”. On n’ignore pas l’importance et la place qu’occupe ce sujet dans ses livres et probablement dans sa vie. Nous voici donc invités à méditer avec lui sur un genre qui conserve une place de choix dans la littérature.

“L’atelier de Lucian Freud”, un article de Georges Raillard

EXPOSITION “LUCIAN FREUD, L’ATELIER” au Centre Georges-Pompidou jusqu’au 19 juillet / PUBLICATIONS “LE CATALOGUE DE L’EXPOSITION”, introduction de Cécile Debray, 248 p., avec photos, oeuvres, documents et analyses dues notamment à Éric Darragon, Jean Clair et Philippe Comar et “LUCIAN FREUD LE CORPS ET L’HORIZON” de DANIEL KLÉBANER Éditions Ides et Calendes, Neuchâtel, 92 p., avec ill.

Voici, on s’en félicite, une deuxième exposition de Lucian Freud à Beaubourg. L’artiste anglais, célébrissime, né en 1922, est le petit-fils de l’inventeur de la psychanalyse, mort en 1939 à Londres. Dès cette année Lucian Freud dessine des portraits. En 1941 il a sa première exposition individuelle. Sa reconnaissance officielle en France est bien plus tardive que celle de Bacon. Elle date de 1987. Elle est due à l’attention de Jean Clair. Il publie Lucian Freud Le nu en peinture paru dans la “Nouvelle Revue de Psychanalyse”, l’année de l’exposition au musée d’Art moderne.

“1946 : la Libération, la liberté étrange des créateurs”, un article de Gilbert Lascault

LAURENCE BERTRAND DORLÉAC
APRÈS LA GUERRE
Gallimard, coll. « Art et Artistes », 176 p., 38 ill. n et b, 25 €

Avec des recherches précises et méthodiques, l’historienne de l’art Laurence Bertrand Dorléac étudie de très près les peintures des artistes qui vivent (tant bien que mal) et créent en France en 1946, après la guerre, après l’occupation allemande, après les destructions, après les malheurs du pays, après l’État français de Vichy.

“Que reste-t-il d’Empédocle ?”, un article de Jean Lacoste

PETER KINGSLEY
EMPÉDOCLE ET LA TRADITION PYTHAGORICIENNE
trad. de l’anglais par Grégoire Lacaze
Les Belles Lettres, coll. « Vérité des mythes », 500 p., 35 €

ÉDITH DE LA HÉRONNIÈRE
LE LABYRINTHE DE JARDIN OU L’ART DE L’ÉGAREMENT
Klincksieck, coll. « L’esprit des formes », 153 p., 17 €

… Quelques fragments obscurs de deux poèmes, et une poignée de légendes, dont celle, fameuse, selon laquelle il se serait jeté dans l’Etna, ne laissant sur le bord du cratère qu’une « sandale de bronze ». Pourtant ce penseur dit « présocratique » du Ve siècle avant notre ère ouvre le « roman familial » de la philosophie occidentale, le récit fabuleux de sa naissance glorieuse, sur les rives de la Méditerranée.

“Le dernier cahier de Pierre Naville”, un article de Jean-Jacques Marie

PIERRE NAVILLE
LA PASSION DE L’AVENIR.
LE DERNIER CAHIER (1988-1993)
Présenté par Michel Burnier, Véronique Nahoum-Grappe, Roberto Massari, Maurice Nadeau, Alain Cuenot / Maurice Nadeau, 230 p., 20 €

Pierre Naville a écrit ce journal, précisent Michel Burnier et Véronique Nahoum-Grappe dans leur présentation, « les cinq dernières années de sa vie et l’ar rête quelques semaines avant de mourir » en mars 1993. Il l’a alors glissé entre deux gros livres d’art, ces livres que l’on range avec d’autant plus de soin qu’on ne les regarde à peu près jamais. Véronique Nahoum-Grappe le dénichera dix ans plus tard. C’est ce document qu’elle et Michel Burnier éditent aujourd’hui avec Maurice Nadeau, qui, dans une postface, souligne le caractère « bien singulier » de ce journal, avare en effet en épanchements subjectifs.

“Donner à tous les mêmes chances”, un article de Nick Vanston

AMARTYA SEN
L’IDÉE DE JUSTICE
Flammarion, 488 p., 25 €

La quête universelle de justice naît du sentiment aigu des injustices subies ou redoutées. Pourtant, ce qui constitue une injustice, ou avec quelle intensité elle appelle la vengeance du ciel, sont des sujets sur lesquels les opinions peuvent légitimement différer, y compris entre gens raisonnables partageant une même culture. Dès lors, la recherche d’un système de justice sur lequel chacun puisse s’accorder, avec plus ou moins d’enthousiasme, est un casse-tête philosophique autant que politique ou juridique.

“Guettés par la fiction”, un article de Pierre Pachet

GUY WALTERS
LA TRAQUE DU MAL
Hunting Evil
trad. de l’anglais par Christophe Magny et Jean-Pierre Ricard
Flammarion, coll. « Au fil de l’histoire », 528 p., 16 p. de photos hors-texte

Personnages de cette enquête visiblement scrupuleuse menée dans les archives et sur le terrain par un ancien journaliste du Times de Londres : d’abord les criminels nazis que les Alliés s’étaient promis de traduire devant des tribunaux (mais lesquels ? internationaux, ou ceux des pays où les crimes furent commis ?), ceux qui avaient échappé à l’arrestation lors de la victoire, soit par la mort (Hitler, Goebbels), soit en se cachant, soit en fuyant l’Allemagne occupée : Martin Bormann le second de Hitler, Adolf Eichmann l’organisateur du génocide des Juifs, le docteur Josef Mengele qui sélectionnait sur la rampe d’arrivée à Auschwitz, Franz Stangl qui commanda le camp de Treblinka, bien d’autres encore à mesure que leur rôle fut mieux connu (qui avait entendu parler d’Eichmann en 1945 ?)…

“Le nouveau « Nouveau XXIe siècle »”, un article de Laurence Zordan

JOSEPH E. STIGLITZ
LE TRIOMPHE DE LA CUPIDITÉ
Éditions Les Liens qui Libèrent, 474 p., 23 €

Redondance du « nouveau », qui semble encore plus inattendu que ce qui était sans précédent, afin de penser le radicalement inédit : la crise économique d’ampleur mondiale, cataclysme de la finance, mise à mal des théories monétaristes. Véritable surenchère pour porter un regard neuf sur un bouleversement abondamment commenté, avec une effervescence éditoriale qui tient du surgissement continuel. L’ouvrage du prix Nobel américain s’inscrit dans cette ébullition théorique. Son originalité tient au fil conducteur choisi et au statut de l’auteur qui, avant même 2007, au forum de Davos, avait prédit la survenue de graves problèmes. Dès lors, l’enjeu est sans doute moins de tirer les leçons qui s’imposent que de s’imposer comme donneur de leçons. Et si donner le « la » en matière de commentaire sur la crise contribuait à l’influence dont jouit un pays pour maîtriser la sortie de crise ?

“Nora d’hier et d’aujourd’hui’, un article de Monique Le Roux

HENRIK IBSEN
MAISON DE POUPÉE
Mise en scène de Michel Fau
Théâtre de la Madeleine  Jusqu’au 30 juin

UNE MAISON DE POUPÉE
Mise en scène de Jean-Louis Martinelli
Théâtre de Nanterre-Amandiers Jusqu’au 17 avril

La pièce la plus célèbre d’Ibsen, “Maison de poupée” ou “Une maison de poupée”, est jouée cette saison sur cinq scènes différentes de l’Île-de-France. Elle est actuellement montée à la Madeleine par Michel Fau et aux Amandiers de Nanterre par le directeur, Jean-Louis Martinelli : deux spectacles opposés, que seul rapproche le choix, pour le rôle de la protagoniste, d’une actrice très connue ailleurs qu’au théâtre, Audrey Tautou et Marina Foïs.

“Le cinéma dans le Haut-Pays”, un article de Lucien Logette

FESTIVAL INTERNATIONAL
DE FILMS DE FRIBOURG 13 au 20 mars 2010
BRILLANTE MENDOZA
LOLA (sortie le 5 mai)
JUAN JOSÉ CAMPANELLA
DANS SES YEUX (sortie le 21 avril)

On ne peut pas voyager toujours avec Cingria. La précieuse collection « Poche Suisse » des éditions L’Âge d’Homme propose d’autres perles
d’une eau pas moins cristalline, dignes de servir de viatique pour notre expédition annuelle sur les rives de la Sarine, en cette Fribourg dont le nom complet serait, wikipedia dixit, Fribourg en Nuithonie. Peu usité, précise l’encyclopédie moderne, à ranger donc parmi les terres improbables, entre la Novempopulanie de Gracq et la Septimanie de Larbaud. Plutôt qu’un écrivain des plateaux, Ramuz ou Gustave Roud, à la lecture essoufflante, c’est Pierre Girard, promeneur du bord du lac, qui nous a ouvert le chemin. Pourquoi Girard ?

“La compréhension musicale”, un article de Thierry Laisney

SANDRINE DARSEL
DE LA MUSIQUE AUX ÉMOTIONS
Une exploration philosophique
Presses universitaires de Rennes, 283 p., 15 €

Imaginez qu’au journal de 20 h on vous annonce que la Joconde a été volée ; vous comprendriez sans peine ce qui s’est passé. Imaginez maintenant une nouvelle de ce genre : « des individus se sont emparés de la Septième Symphonie de Beethoven » ; l’annonce vous laisserait sans doute plus perplexe. Qu’est-ce que peut bien être une œuvre musicale ? Si la partition et l’exécution sont deux objets physiques, ce n’est pas le cas de l’œuvre elle-même.

La Quinzaine n°1011, du 16 au 31 mars 2011

“Parole vers un absent”, un article de Marc Le Gros

ALEXIS GLOAGUEN
LES VEUVES DE VERRE
Maurice Nadeau, 144 p., 16 €

Alexis Gloaguen est poète. Et je pense que même si la page de la poésie versifiée, il l’a tournée depuis longtemps, les proses qui se sont échelonnées depuis “Traques passagères”, paru en 1989, jusqu’à ces “Veuves de verre”, ne manifestent rien d’autre que la «continuation » de cette poésie. Mais par d’autres moyens.

“Balade en terre de feu”, un article de Norbert Czarny

OLIVIER ROLIN
BAKOU, DERNIERS JOURS
Seuil, coll. « Fiction & Cie », 180 p., 17 €

Tout a commencé, ou a failli finir avec “Suite à l’hôtel Crystal” : dans ce roman paru en 2004, l’auteur annonçait sa mort, d’une balle de pistolet Makarov, à l’hôtel Apshéron de Bakou en 2009. Malgré les conseils de ses amis, Olivier Rolin s’est néanmoins rendu dans la capitale de l’Azerbaïdjan en cette année fatidique. Il en est revenu avec ce récit réjouissant, une balade en périphérie du monde.

“Le vif, le vivant”, un article de Marie Tournier Cardinal

HÉDI KADDOUR
SAVOIR-VIVRE
Gallimard, 197 p., 16,90 €

LES PIERRES QUI MONTENT
NOTES ET CROQUIS DE L’ANNÉE 2008
Gallimard, 377 p., 20 €

La question n’est pas de savoir si nous devons lire Hédi Kaddour, mais quel ouvrage avant l’autre. De quelque objet qu’il s’agisse, nous le
saisirons vivement, pour le reposer, quelques heures plus tard, avec lenteur. L’éloignant de nous, à regret. Nous l’avons gardé quelques instants dans la main, pour lui signifier la caresse qui par lui nous a emportés.

“Un général résistant du IIIe Reich”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

HANS-MAGNUS ENZENSBERGER
HAMMERSTEIN OU L’INTRANSIGEANCE, UNE HISTOIRE ALLEMANDE
trad. de l’allemand par Bernard Lortholary
Gallimard, 192 p., 23,50 €

C’est chez le fabricant de pianos Bechstein qu’Adolf Hitler apprit « comment on tient son couteau à table », c’est chez lui aussi que Kurt von Hammerstein fit en 1925 la connaissance du même Hitler. Il sut dès l’abord à qui il avait affaire.

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“Présence de Gogol”, un article de Christian Mouze

NICOLAS GOGOL
NOUVELLES COMPLÈTES
Édition établie et présentée par Michel Niqueux
Gallimard, coll. « Quarto », 999 p., 24,90 €

« … tout ce que contient l’âme d’un écrivain ne demande qu’à voir le jour ». Quelle était cette force comique, cette force fantastique et lyrique, en un mot cette force de vie que contenait l’âme de Gogol ? Et la nature de cette force religieuse qui à la fin le mena à l’autodestruction ?

“Trois livres sur Proust”, un article de Tiphaine Samoyault

JACQUELINE RISSET
UNE CERTAINE JOIE. ESSAI SUR PROUST
Hermann, 135 p., 22 €
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DIANE DE MARGERIE
PROUST ET L’OBSCUR
Albin Michel, 230 p., 19,50 €
THIERRY MARCHAISSE
COMMENT MARCEL DEVIENT PROUST. ENQUÊTE SUR L’ÉNIGME DE LA CRÉATIVITÉ
Epel, 140 p., 19 €

Les pages de Proust sur le livre préféré et les jours de l’enfance rendus plus pleins grâce à lui sont devenues une sorte d’emblème du temps que l’on passe avec l’oeuvre proustienne et les métamorphoses de soi que sa lecture entraîne. Les trois livres ici recensés témoignent chacun à leur manière de cette fréquentation constante dont l’énigme devient celle de l’existence même, à tenter de comprendre.

“Moravia, Italien du XXe siècle”, un article de Monique Baccelli

RENÉ DE CECCATTY
ALBERTO MORAVIA
Flammarion, coll. « Grandes biographies », 678 p., 25 €

Avant même d’ouvrir le livre, le lecteur est aimanté par le regard à la fois intense et froid, interrogateur et désabusé du très vieil homme qui figure sur la couverture. En tournant les pages il pourra constater que ce regard est aussi percutant que celui du jeune Moravia (né en 1907) photographié en 1922 : preuve d’une forte personnalité que la vie, fût-elle semée d’épreuves, n’a pas entamée.

“Mais il y aussi un autre vent du large”, un article de Anne Le Brun

PIERRE REVERDY
OEUVRES COMPLÈTES, TOME I
Flammarion, 1 458 p., 30 €

« Il faut l’immensité de la mer dans une goutte d’eau. » Rien plus que cette remarque dans une lettre de 1918 au jeune André Breton ne peut donner idée de la rigueur avec laquelle le sens de l’infini s’apparente chez Pierre Reverdy à son refus de tout effet. Stupéfiante alliance où la pureté le dispute à la violence : « Toute la littérature m’écoeure, cher ami, bêtes et gens », écrit-il la même année au même correspondant.

“Un art des traces”, un article d’Odile Hunoult

ÉTIENNE-ALAIN HUBERT
CIRCONSTANCES DE LA POÉSIE
REVERDY,APOLLINAIRE, SURRÉALISME
préfacé par Michel Murat
deuxième édition revue et augmentée Klincksieck, 542 p., 45 €

Réunion d’essais parus en revues entre 1979 et 2007. Ils se répondent les uns les autres, explorant sous de nombreux aspects un même champ, l’effervescence des premières années du XXe siècle où s’invente la modernité dans les arts, jusqu’aux prolongements et aux ruptures du surréalisme. Étienne-Alain Hubert, le spécialiste de Reverdy, est un lecteur : sa passion, c’est les oeuvres. Sa recherche, la reconstitution du terreau humain qui les a portées, et même suscitées.

“Le jaune serin de Gauguin”, un article de Georges Raillard

PAUL GAUGUIN
VERS LA MODERNITÉ
Un ouvrage collectif
Actes Sud, 248 p., 254 ill. dont 234 en coul., 49,95 €

L’Exposition universelle de 1889 nous a laissé quelques images fortes : la tour Eiffel, toute neuve, dominant le théâtre d’un monde nouveau sur le Champ-de-Mars. 28 millions de visiteurs. Pendant six mois ils contemplèrent, exposés dans un « enclos », 300 « indigènes ». Les Beaux-Arts ont leur palais. Gauguin s’en sait d’avance écarté. Il prend les devants. Ce fut l’origine de la Suite Volpini, pièce maîtresse de l’évolution et de l’évaluation de l’art de Gauguin.

“Le démon de Gershom Scholem”, un article de Patrick Sultan

GERSHOM SCHOLEM
CAHIER SCHOLEM
dirigé par Maurice Kriegel
Éd. de l’Herne, coll. « Cahiers de l’Herne », n° 92, 328 p., 39 €

“Le Cahier de l’Herne” consacré au grand historien de la mystique juive Gershom Scholem (1897-1982) permet, sinon de percer, du moins d’approfondir, le secret de ce chercheur prolifique. Maurice Kriegel qui offre au public français ce recueil formé d’entretiens, de textes inédits en français, d’hommages et d’études pour la plupart anciennes, a souhaité le faire entrer « plus avant dans l’œuvre de Scholem : non en renforcer le mystère, encore moins le dissiper ».

“À la recherche de la guerre perdue”, un article de Laurence Zordan

La guerre après la guerre
Images et construction des imaginaires de guerre dans l’Europe du XXe siècle
sous la direction de Christian Delaporte, Denis Maréchal, Caroline Moine et Isabelle Veyrat-Masson
Nouveau Monde Éditions, 448 p., 49 €

Il est des livres que l’on voudrait faire parler afin qu’ils avouent plus qu’ils n’en disent d’emblée et ce, en les faisant dialoguer avec d’autres ouvrages. La guerre après la guer re appartient à ce répertoire. De quelle théorie de l’après-guerre ce type d’analyse est-il porteur ? De quel abus ambiant du terme « imaginaire » est-il l’illustration ? De quelle figure de l’« irénologie », discours sur la paix, est-il l’emblème ? De quelle Europe est-il le vecteur ?

“Quelques remèdes contre la pauvreté”, un article de Philippe Frémaux

ESTHER DUFLO
LUTTER CONTRE LA PAUVRETÉ
Tome 1 : Le développement humain
Tome 2 : La politique de l’économie
Seuil, 112 p., 11,50 € chaque tome

Esther Duflo est devenue une star de la lutte contre la pauvreté en rompant avec les théories classiques du développement. Alors que les économistes, traditionnellement, considèrent la question d’en haut, en privilégiant soit le prisme de la macro-économie orthodoxe, soit des analyses plus structurelles mais à portée générale, la chercheuse du MIT a choisi d’étudier ce qui marche et ce qui ne marche pas, au plus près du terrain.

“Des « Reines de théâtre »”, un article de Monique Le Roux

MANUEL PUIG
LE MYSTÈRE DU BOUQUET DE ROSES
Mise en scène de Gilberte Tsaï
Nouveau Théâtre de Montreuil Jusqu’au 15 avril
pp

MARIVAUX
LES FAUSSES CONFIDENCES
Mise en scène de Didier Bezace
Théâtre de la Commune d’Aubervilliers Jusqu’au 2 avril Tournée nationale jusqu’en juin 2010

Des « Reines de théâtre » : telle était l’expression d’Antoine Vitez, quand il présentait les interprètes féminines de ses premières saisons au Théâtre national de Chaillot. Elle revient à l’esprit à propos des actrices distribuées par Gilberte Tsaï dans “Le Mystère du bouquet de roses” de Manuel Puig au Centre dramatique national de Montreuil et par Didier Bezace dans “Les Fausses Confidences” de Marivaux à celui d’Aubervilliers.

“La musique et vous”, un article de Thierry Laisney

DANIEL LEVITIN
DE LA NOTE AU CERVEAU
L’influence de la musique sur le comportement
trad. de l’anglais par Samuel Sfez
Héloïse d’Ormesson, 362 p., 23 €

La musique vue du côté des neurosciences, c’était déjà l’optique de “Musicophilia” d’Oliver Sacks (QL n° 988), qui a eu un grand retentissement. C’est aussi celle du présent livre de Daniel Levitin, professeur de psychologie cognitive à McGill (Montréal); alors que Sacks, médecin neurologue, examinait surtout les altérations de la perception musicale, Levitin s’attache quant à lui à éclairer divers aspects de l’expérience musicale quotidienne. Il n’a pas pour cela recours aux seules neurosciences mais aussi aux remarques et aux impressions que ses qualités d’exécutant et d’auditeur lui ont suggérées.

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