mai 21, 2010
par capucinebordet
“Mainmise des prédateurs financiers sur le livre et l’édition”, entretien avec André Schiffrin
ANDRÉ SCHIFFRIN
L’ARGENT ET LES MOTS
La Fabrique, 112 p., 13 €
Fils du fondateur de la collection de la « Pléiade », directeur de Pantheon Books pendant trente ans, éditeur américain de Foucault, Sartre, Chomsky, André Schiffrin a été l’une des figures les plus importantes du monde des livres et de l’édition. Dernier volet d’une trilogie commencée avec “L’Édition sans éditeurs”, “L’Argent et les Mots” revient sur les périls que font peser sur l’édition la concentration et la globalisation qui, imposant des restructurations ruineuses, condamnent tout un secteur de la production littéraire, étiqueté comme non rentable.
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“Le sourire de Régine Detambel”, un article de Natacha Andriamirado
RÉGINE DETAMBEL
50 HISTOIRES FRAÎCHES
Gallimard, 240 p., 17,90 €
Retrouver l’immédiat, le capter au travers de textes brefs retraçant les moments fugaces de notre quotidien. Il y a dans ces cinquante histoires fraîches une énergie et une intensité du récit qui nous mènent à une seule et même chose : la rencontre de véritables personnages.
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“Une terre promise ?”, un article de Norbert Czarny
HENRI RACZYMOW
ERETZ
Gallimard, 160 p., 15 €
Eretzest le mot hébreu qui désigne LA terre. La terre promise, la terre rêvée. C’est aussi la désignation d’Israël par métonymie. Aller en Eretz, c’est se rendre dans ce pays complexe, multiple, trop souvent au cœur de l’actualité. C’est là qu’après 68, avait vécu Alain, frère du narrateur. Il en était revenu dans le milieu des années soixante-dix, sans illusion, déçu même.
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“La Renaissance de Harlem (1920-1930)”, un article de Cécile Cottenet
NELLA LARSEN
CLAIR-OBSCUR
trad. de l’américain par Guillaume Villeneuve préface de Laure Murat
Climats, 182 p., 17 €
Ce classique de la littérature africaine américaine brouille les frontières entre les races et nous offre une belle réflexion sur la question de l’identité. Dotée d’une préface érudite, cette première traduction française laisse entrevoir la richesse d’un mouvement littéraire méconnu en France.
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“Candide, ou l’optimisme dans le Midwest”, un article de Liliane Kerjan
LORRIE MOORE
LA PASSERELLE
A Gate at the Stairs
trad. de l’anglais (États-Unis) par Laetitia Devaux
L’Olivier, coll. « Rivages », 361 p., 22 €
Retour très réussi de Lorrie Moore, quinze ans après son second roman, grâce à une écriture pleine de drôlerie mais qui gratte jusqu’à la tragédie les faux-semblants d’une Amérique désenchantée. Une étudiante, petit cheval de Troie, quatre saisons de découvertes et de déconvenues : le charme opère et c’est l’enthousiasme aux États-Unis.
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“Voix d’Ingo Schulze”, un article de Laurent Margantin
INGO SCHULZE
PORTABLE
trad. de l’allemand par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein
Fayard, 324 p., 22 €
Après un volumineux roman sur la réunification allemande, Ingo Schulze revient, avec “Portable”, à l’écriture de nouvelles qui avait fait son succès dès ses premiers livres (Histoires sans gravité, 33 moments de bonheur).
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“Stratégies”, un article de Hugo Pradelle
ROBERTO BOLAÑO
LE TROISIÈME REICH
El tercer reich
trad. de l’espagnol (Chili) par Robert Amutio
Christian Bourgois, 420 p., 25€
Avec “Le Troisième Reich”, Bolaño (1953-2003) signe sans doute son livre le plus hypothétique, presque un affront. Roman désincarné, impénétrable, aride, mystérieux, jouissif parce que presque inaccessible. De ces pages furieusement aplaties sourd une menace troublante, vénéneuse, qui fait de ce récit inclassable un hymne terrible à la stratégie de la littérature.
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“Un rire jubilatoire”, un article de Norbert Czarny
THOMAS BERNHARD
MES PRIX LITTÉRAIRES
trad. de l’allemand par Daniel Mirsky
Gallimard, 176 p., 12,50
En 1986 paraissait Ténèbres, recueil de textes et d’entretiens de et autour de Thomas Bernhard. On pouvait lire dans cet ouvrage trois discours prononcés lors de remises de prix à l’écrivain. Des textes assez décapants, et plutôt provocateurs, on s’en doute. L’éditeur de Mes prix littéraires omet de préciser cette première publication mais on ne lui en voudra pas car la parution de ce petit livre fait un bien fou aux zygomatiques.
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“La lumière que j’avais parmi les vivants”, un article de Nicole Casanova
FLORENCE COLOMBANI
« JE NE PUIS DEMEURER LOIN DE TOI PLUS LONGTEMPS »
LÉOPOLDINE HUGO ET SON PÈRE
Grasset, 230 p., 16,50 €
Le 4 septembre 1843, Léopoldine, fille aînée de Victor Hugo, se noyait dans la Seine à l’âge de dix-neuf ans. Hugo, qui voyageait avec Juliette Drouet, apprit l’accident en lisant le journal. « Je le retrouvai foudroyé », dit Juliette.
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“Un livre-culte”, un article d’Anne Boyer
REMY DE GOURMONT
LE LATIN MYSTIQUE, LES POÈTES DE L’ANTIPHONAIRE ET LA SYMBOLIQUE AU MOYEN ÂGE
préface de Pierre Laurens
Les Belles Lettres, coll. « Essais », 416 p., 35 €
Dans “Bourlinguer”, Cendrars insiste sur l’importance qu’a revêtue pour lui la lecture du Latin mystique de Remy de Gourmont, lecture dont il fait «une date de naissance intellectuelle ». Parmi les premiers ouvrages publiés par le Mercure de France, en 1892, toute nouvelle maison d’édition sur le point de devenir le creuset d’une littérature nouvelle, Le Latin mystique est, comme l’affirme Pierre Laurens dans sa réédition, un « livre-culte ». Ce livre-culte ayant été toutefois quelque peu oublié, sa réédition, dans la collection « Essais » des Belles Lettres, est une bonne nouvelle.
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“La recherche de la longue vie”, un article de Gilbert Lascault
EXPOSITION
LA VOIE DU TAO : UN AUTRE CHEMIN DE L’ÊTRE
Galeries nationales, Grand Palais
3, avenue du Général-Eisenhower, Paris 8e du 31 mars au 5 juillet 2010
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PUBLICATION
CATHERINE DELACOUR et coll.
CATALOGUE DE L’EXPOSITION
RMN/musée Guimet, 368 p., 342 ill. coul., 45€
Curieuse, complexe, foisonnante, l’exposition La voie du Taodéconcerte et passionne. Elle rassemble 240 œuvres très diverses : les peintures, les miroirs de bronze, les sculptures (pierre, bois, céramique), les porcelaines, les estampages, les talismans, les inscriptions, les amulettes, les tapis rituels, les blocs de jade sculptés…
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“La polyphonie de Paul Klee”, un article de Georges Raillard
EXPOSITIONS
PAUL KLEE (1879-1940)
La collection d’Ernst Beyeler
Musée de l’Orangerie, 14 avril – 19 juillet 2010
Catalogue par Philippe Büttner et Claude Frontisi coédition Musée d’Orsay/Éditions Hazan, 96 p., 20 €
ARAGON ET L’ART MODERNE
Musée de la Poste, 14 avril – 19 septembre 2010
Catalogue illustré sous la direction de Josette Rasle, 160 p., 20 €
On ira de l’une à l’autre de deux expositions où la peinture est présentée nuement. Comme elle a été vue et lue par deux regards vifs, celui d’un marchand de tableaux, Ernst Beyeler, qui créa l’admirable Fondation de Bâle, et celui d’un poète épris d’images, Louis Aragon. À l’Orangerie, Paul Klee (1879-1940) : des tableaux issus de la collection Beyeler. Au musée de la Poste, des Klee encore, en petit nombre, mais insérés dans les choix faits par Aragon dans l’art moderne.
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“La naissance de la poésie”, un article de Odile Hunoult
ANNIE LE BRUN
SI RIEN AVAIT UNE FORME, CE SERAIT CELA
Gallimard, 260 p., 21,90 €
En 1755, au lendemain de la fête des Morts, un tremblement de terre suivi d’un raz-de-marée gigantesque qui se propage dans tout l’Atlantique Nord détruit entièrement Lisbonne, faisant, dit-on, à Lisbonne même, plus de 50 000 morts. Un séisme aussi dans la pensée philosophique occidentale, qui achève de se séculariser. C’est pourquoi Annie Le Brun en fait le point de départ d’une fresque foisonnante où se succèdent ceux qui de près ou de loin ont côtoyé, rejoint, réfléchi, ou fui et occulté la catastrophe et l’inhumain, puis leur intériorisation : l’inhumain en l’homme.
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“Aux sources du libéralisme politique : Montesquieu et Germaine de Staël”, un article de Jean M. Goulemot
LAIN GAMBIER
MONTESQUIEU ET LA LIBERTÉ
Hermann, coll. « Philosophie », 274 p., 30 €
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MICHEL WINOCK
MADAME DE STAËL
Fayard, 576 p., 23,80 €
Le mot « libéralisme » occupe une place bien à part dans le monde contemporain. En France plus qu’ailleurs, il est passé du politique à l’économie. Il se confond avec le capitalisme le plus sauvage. Prétendre publiquement être libéral, c’est prendre le risque de se voir marginalisé, accusé de tiédeur ou de ne croire qu’aux lois du marché, quand ce n’est pas d’être aux portes du fascisme. J’avoue craindre toute réduction du vocabulaire politique et me méfier de termes, au sens approximatif, forme moderne de la langue de bois, qui servent à exclure, sans même avoir à argumenter.
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“Éros dans tous ses états”, un article de Michel Plon
JEAN ALLOUCH
L’AMOUR LACAN
EPEL, 493 p., 35€
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GLORIA LEFF
PORTRAITS DE FEMMES EN ANALYSTE
LACAN ET LE CONTRE-TRANSFERT
trad. de l’espagnol (Mexique) par Béatrice Cano
EPEL, 193 p., 24€
Deux livres qui supposent un minimum de familiarité avec l’œuvre de Lacan et avec l’histoire de la psychanalyse mais qui ont en commun de refuser l’hermétisme et le jargon, de ne pas privilégier la rigidité théorique au détriment de la clinique et réciproquement, deux livres dans lesquels la chose analytique, c’en est un régal, circule à l’air libre.
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“La montée de l’effacement”, un article de Laurence Zordan
FRANÇOISE BONARDEL
DES HÉRITIERS SANS PASSÉ
ESSAI SUR LA CRISE DE L’IDENTITÉ
CULTURELLE EUROPÉENNE
Éd. de la transparence, coll. « Philosophie », 266 p., 20 €
Des grands livres, on a pu dire qu’ils ne se contentent pas de proposer un argument différent, mais bien une autre manière d’argumenter. Ils n’envisagent pas une autre interprétation de la même expérience, mais réellement une autre expérience. L’ouvrage de Françoise Bonardel est de ceux-là, où chaque mot des titre et sous-titre ouvre à un vaste corpus philosophique qui se clôt sur l’image de la main, donnant à saisir la pertinence de la formule d’Hölderlin : « il en est, peu nombreux, qui sont forcés de saisir la foudre à pleines mains ».
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“Changement de genre”, un article de Monique Le Roux
THOMAS BERNHARD
EXTINCTION
Lecture par Serge Merlin
Théâtre de la Madeleine Jusqu’au 30 mai
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GARY-JOUVET 45-51
Mise en scène de Gabriel Garran
Théâtre de la Commune d’Aubervilliers Jusqu’au 29 mai
Ils ont l’un et l’autre connu un exceptionnel parcours artistique de plus d’un demi-siècle et jettent un nouveau défi à la scène. Serge Merlin retrouve au Théâtre de la Madeleine son auteur de prédilection, Thomas Bernhard, avec “Extinction”. Gabriel Garran retourne à la Commune, Centre dramatique national d’Aubervilliers, pour un spectacle, “Gary-Jouvet 45-51″, qu’il a conçu à partir d’une pièce de Romain Gary, “Tulipe ou la protestation”, et de la correspondance entre le jeune écrivain diplomate et le grand metteur en scène.
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“Quand le fond de l’air a viré rouge sang”, un article de Lucien Logette
OLIVIER ASSAYAS
CARLOS
Avant même d’être présenté à Cannes, voilà donc “Hors-la-loi”, le film de Rachid Bouchareb, sous le feu des projecteurs. Un député garanti tricolore grand teint et un secrétaire d’État aux anciens ils-ont-des-droits-sur-nous-combattants viennent de partir en guerre, drapeau national en bandoulière, contre cette œuvre « qui insulte la République » – peut-être auraient-ils pu attendre de voir le film ? Il paraîtrait même que des pressions auraient été exercées sur les responsables du Festival de Cannes pour que “Hors-la-loi” ne soit pas sélectionné… Ceux-ci, cumulant mauvais esprit et duplicité, ont pris en compte la part algérienne de cette produc-tion, par ailleurs fruit d’un complot cosmopolite (franco-algéro-tuniso-italo-belge) pour attribuer au film la nationalité de nos (ex-)ennemis. Au moins, la République n’est-elle plus insultée par ses propres enfants ; l’honneur est sauf.
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“Alan au pays des merveilles”, un article d’Alain Joubert
À travers le cristal d’Alan Glass
DVD de Tufic Makhlouf Akl (140 min), accompagné d’un livret illustré de 88 pages
Seven Doc (10, rue Henri-Bergson, 38100 Grenoble) distribution Studios WinWin, 23 €
« Le merveilleux est toujours beau, n’importe quel merveilleux est beau, il n’y a même que le merveilleux qui soit beau». Lorsque, dans le “Manifeste du surréalisme”, André Breton pose cette affirmation, il écarte du même coup le côté éventuellement « puéril » d’un merveilleux de pacotille pour exalter un « merveilleux adulte », arme absolue contre le rationalisme et le réalisme vulgaire qui dominent notre société ; et c’est vers Lewis, Young, Maturin, Arnim, Nerval ou Lautréamont (notamment) qu’il se tourne tout naturellement.
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