Bulletin de santé du roman
novembre 23, 2007« Le roman se porte bien, merci ». Tel était le thème engageant de la conférence qui se tenait jeudi 22 novembre à l’institut néerlandais de Paris. Pour débattre de la considération dont jouit le roman aujourd’hui et de la richesse de la production contemporaine, les écrivains français Pierre Assouline, Jean Rouaud et Gisèle Pineau et les néerlandais Geert Buelens, Oek de Jong et Margriet de Moor étaient réunis autour de Michel Crépu, de la Revue des deux mondes.
Pourquoi adopte-t-on presque toujours le ton de la «curieuse morbidité », disant qu’il « bouge encore un peu », quand on évoque l’état de santé du roman ?, a commencé par interroger Michel Crépu. Selon Jean Rouaud, dans les années 1970, à l’époque de Barthes, Deleuze ou Baudrillard, seule la réflexion critique était valorisée dans le monde des lettres. « Quand je pensais à devenir écrivain, à 20 ans, jamais je n’envisageait d’écrire des romans. Les romanciers passaient pour des débiles mentaux ! Le roman était bourgeois, voire fasciste ! », s’est-il exclamé. Il aurait donc fallu aux écrivains nés après guerre réapprendre l’art du récit, des personnages, des situations, réapprendre à « poser des couleurs sur la toile », une fois terminée l’époque de la déconstruction, les années 1960 et 1970. Bien que néerlandais, Oek de Jong s’est également dit conscient du poids dont « les dictatures parisiennes ont pesé sur le roman ».
Appartenant à la même génération que Jean Rouaud, Pierre Assouline ne partageait pourtant pas cette analyse de la destinée du roman. « Le roman n’a pas bougé depuis Homère », a-t-il au contraire souligné. « Et le roman moderne depuis Don Quichotte et la Princesse de Clèves ! Ils sont beaucoup plus révolutionnaires que tout ce qu’on écrit aujourd’hui ». Margriet de Moor a abondé dans le même sens en insistant sur les points communs qui relient l’œuvre de Philippe Roth ou de Gabriel Garcia Marquez à celles d’écrivains du XIXe siècle, comme Dostoïevski ou Stendhal, dans une sorte d’universalité du roman.
Tous les participants s’accordaient en tout cas pour affirmer que les jeunes générations de romanciers qui irriguent les littératures françaises et néerlandaises considéraient le débat sur le nouveau roman comme tout aussi daté que la querelle des Anciens et des Modernes. « Aujourd’hui, il n’y a heureusement plus de dédain à l’égard de quelque forme de roman que ce soit », s’est réjoui Oek de Jong. La romancière guadeloupéenne Gisèle Pinault a pour sa part insisté sur le nouveau souffle apporté à la littérature francophone par « l’âme créole » et la poésie de sa langue.
Le mot de la fin est revenu à Pierre Assouline, qui a conclu la conférence sur une pirouette : « Il ne faut pas non plus oublier qu’on peut être écrivain et ne jamais éprouver le besoin d’écrire de roman ». Et de citer trois exemples illustres de non-romanciers : Borges, Claudel et Valéry. Même si « le roman se porte bien », être ou ne pas être romancier reste ainsi une question d’actualité.
Béatrice Roman-Amat

Publié par nadeau