Prix littéraires 2007 : une moisson très disputée
novembre 20, 2007Pour cette saison des prix 2007, il n’a pas fallu moins de quatorze tours de scrutin à l’Académie Goncourt pour désigner Alabama song de Gilles Leroy (Mercure de France), qui n’a finalement devancé À l’abri de rien d’Olivier Adam (L’Olivier) que de deux voix. Olivier Adam devra se contenter du moins prestigieux prix du roman France Télévision.
La tension devait également être rude parmi les jurés du prix Renaudot, qui ont couronné Chagrin d’école de Daniel Pennac (Gallimard), mémoires autobiographiques d’un cancre génial, après dix tours de consultation - au grand dam de Christophe Donner qui croyait la partie gagnée pour son roman Un roi sans lendemain (Grasset). L’écrivain a immédiatement accusé Franz-Olivier Giesbert d’avoir manipulé les délibérations, avant d’annoncer théâtralement qu’il se retirait de la course aux prix littéraires.
Rappelons qu’en 2006 Les Bienveillantes de Jonathan Littell (Gallimard) s’était vu décerner le prix Goncourt dès le premier tour. Si les débats ont été plus âpres cette année, le triomphe de Gallimard, dont le Mercure de France est une filiale, n’en est pas moins éclatant en 2007.
L’annonce de la remise du prix Femina à Eric Fottorino pour Baisers de cinéma (Gallimard), une plongée dans le quartier latin de la Nouvelle Vague, a pour sa part été bouleversée par une supposée militante féministe.Outrée que le prix ne soit pas remis à une femme, bien que ce ne soit pas sa vocation, la jeune femme a brandi son soutien-gorge comme une bannière et crié au scandale. Il s’agissait en fait d’une comédienne, qui avait monté cet « attentat télévisuel » pour une émission de la chaîne France 4.
Au-delà de ces anecdotes croustillantes dont les professionnels de la littérature feront des gorges chaudes pendant quelques semaines, les livres récompensés ont souvent un caractère hybride, piochant largement dans la réalité tout en se classant dans la catégorie des romans. Ainsi Daniel Pennac mêle souvenirs d’enfance et réflexion sur le système éducatif français. Olivier Germain-Thomas, prix Renaudot de l’essai pour Le Bénarès-Kyôto (Ed. du Rocher), navigue entre le récit de voyage et la méditation sur le temps et la spiritualité. Mais c’est surtout Jean Hatzfeld (Prix Médicis 2007), ancien grand reporter à Libération, qui affirme brillamment sa singularité en transformant les témoignages de rescapés du génocide rwandais en une véritable œuvre littéraire, dans La stratégie des antilopes (Seuil).
Enfin un écrivain que les lecteurs de la Quinzaine connaissent comme collaborateur depuis ses tous débuts, Gilles Lapouge a reçu le Prix Femina de l’essai pour L’Encre du voyageur (Albin Michel)
Béatrice Roman-Amat
Autres prix
Prix Goncourt des lycéens : Philippe Claudel pour Le rapport de Brodek (Stock)
Prix Médicis étranger : Daniel Mendelsohn pour Les Disparus (Flammarion)
Prix Médicis de l’essai : Joan Didion pour L’Année de la pensée magique (Grasset)
Prix Interallié : Christophe Ono-dit-Biot pour Birmane (Plon)
Prix Femina étranger : Edward Saint Aubyn pour Le Goût de ma mère (Christian Bourgois)
Prix de Flore : Amélie Nothomb pour Ni d’Eve ni d’Adam (Albin Michel)
Prix Décembre : Yannick Haenel pour Cercle (Gallimard)
Pris Wepler : Olivia Rosenthal pour On n’est pas là pour disparaître (Verticales)
(liste non exhaustive, la remise des prix étant un sport national)
Publié par nadeau