La Quinzaine littéraire n°1043, du 1er au 30 aout 2011 – Numéro spécial interprétation

Interpréter

Numéro composé par Thierry Laisney

Pour tenter de saisir un mot et le concept qui s’y loge, il est toujours utile d’examiner les occurrences de ce mot dans le langage de tous les jours. Voici quelques manifestations de l’usage d’« interpréter » : L’orchestre a interprété la VIIe Symphonie de Beethoven. La Cour de cassation a enfin précisé l’interprétation du 1er alinéa. Comment interpréteriez-vous ce rêve ? Mon grand-père était officier interprète et du chiffre. Cet auteur a proposé une interprétation marxiste de la Révolution. Vous interprétez mes propos ! De la création jusqu’à la déformation, la polysémie d’« interpréter » semble irréductible. Faut- il, dès lors, renoncer pour ce terme à toute « signification focale » (l’expression est due à un commentateur d’Aristote, Gwil Owen) ? Interpréter, ce n’est pas seulement rendre intelligible, comme le montre l’acception musicale : que serait une œuvre musicale sans interprétation ? Lire la suite

Le Chopin d’André Gide

Un article de Thierry Laisney

ANDRÉ GIDE, NOTES SUR CHOPIN, Gallimard, 170 p., 13,50 €

Il n’y a pas beaucoup d’écrivains pour qui la musique ait eu autant d’importance que pour Gide. Et c’est à Chopin que Gide, praticien assidu du piano, a consacré le plus de temps et d’attention amoureuse. Le livre qui nous intéresse réunit les “Notes sur Chopin” (publiées en 1931 dans la Revue musicale) et divers textes dont notamment certains passages du Journal dédiés à la musique.

Ce n’est pas dans les Notes sur Chopin que l’amour de Gide pour la musique est le plus palpable. Gide, pour marquer la supériorité de Chopin, l’oppose trop volontiers à d’autres com- positeurs (1). Il oppose Chopin à Wagner en pré- tendant que le premier est le « moins germa- nique » des musiciens, c’est-à-dire pour Gide (et, il faut le reconnaître, pour bon nombre de ses contemporains) le moins enclin à l’énormité et aux « excès de tous genres ». Il l’oppose à Schumann, dont la gaîté serait « un peu sommaire et vulgaire », et qui est un poète là où Chopin est un artiste. Cette formulation n’est pas la seule des Notes qui paraisse découpée à l’em- porte-pièce… Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine numéro 1021

La Quinzaine n°1019, du 16 au 31 juillet 2010

“Herman l’Obscur”, un article d’Antoine Cazé

HERMAN MELVILLE ŒUVRES IV : BARTLEBY LE SCRIBE, BILLY BUDD, MARIN et autres romans Édition publiée sous la direction de Philippe Jaworski, trad. de Ph. Jaworski et P. Leyris Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1 424 p., 62,50 €

Avec ce quatrième volume s’achève la publication des œuvres du géant des lettres américaines en traduction française dans la collection de « la Pléiade », édition à tous égards monumentale dont Philippe Jaworski a été l’architecte depuis 1997. Il faut saluer la qualité exceptionnelle de ce travail éditorial, tant pour les traductions nouvelles qu’il a entraînées – prêtant au français toutes les couleurs aptes à transmettre la complexité de ces grands textes – que par les annotations érudites auxquelles il a donné lieu.

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“L’amour aurait pu me sauver”, un article de Jacques Fessard

ALEJANDRA PIZARNIK JOURNAUX 1959-1971 trad. de l’espagnol (Argentine) par Anne Picard José Corti, 363 p., 22 €

Issue pour une part du surréalisme et plus encore d’une expérience vitale tout à fait singulière, la poésie d’Alejandra Pizarnik a déjà nombre de lecteurs en France depuis bientôt un quart de siècle. Mais c’est un tout autre pan de son œuvre qui nous requiert aujourd’hui : son journal intime, témoin de ses tourments et de ses aspirations, tenu presque jusqu’à la veille de son suicide, à l’âge de trente-six ans.

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“Dans le désert”, un article de Hugo Pradelle

ROBERT COOVER VILLE FANTÔME Ghost Town trad. de l’anglais (États-Unis) par Bernard Hoepffner
Seuil, coll. « Fiction & Cie », 228 p., 19 €

Dix ans avant de publier “Noir”, Robert Coover écrivait “Ville fantôme”, un autre roman inscrit entre parodie et réflexion profonde, un récit étrange, irréel et drôle, sous forme de mirage.

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“Chronique d’un échec programmé”, un article de Jean-Luc Tiesset

CHRISTOPH HEIN PAULA T. UNE FEMME ALLEMANDE Frau Paula Trousseau trad. de l’allemand par Nicole Bary Éd. Métailié, 418 p., 22 €

Christoph Hein raconte l’histoire d’une femme, Paula Trousseau, qui naît et grandit en RDA et voit à quarante ans disparaître l’État socialiste allemand. Elle tente de conquérir sa place de femme et de peintre contre sa famille, son père surtout qui se comporte en tyran, mais aussi contre tous les hommes qui, prétendant l’aider, parsèment d’embûches le chemin qu’elle veut suivre pour devenir elle-même. À de rares exceptions et à de rares moments près, ils ne croient pas en elle. Ce qui pourrait être un roman de formation débouche apparemment sur un échec : Paula se suicide en France, son corps est retrouvé dans la Loire. Mais ce suicide, qui ne constitue pas une première tentative et a été mûrement préparé, n’a-t-il pas une autre signification ?

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“Un horizon quotidien”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

HANS-ULRICH TREICHEL ANATOLIN trad. de l’allemand par Barbara Fontaine Gallimard, 126 p., 15,40 €

Dès 1993 l’attention avait été attirée sur Hans-Ulrich Treichel à l’oc- casion du prix d’encouragement qui accompagne le prix de littérature de la ville de Brême, à l’occasion d’un récit à la fois mélancolique et drôle où son personnage qui lui ressemble fort, originaire de Westphalie de l’Est, région toujours présente dans ses livres, va à la découverte de lui-même d’abord à travers des aventures italiennes toujours cocasses, rien n’est comme on le suppose et les rencontres avec des psychanalystes bavards et incertains sont tout à fait drôles, ce petit livre intitulé Du corps et de l’âme, non traduit, semble-t-il à ce jour, contient déjà tous les motifs futurs de l’œuvre de Treichel.

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“L’ironie salvatrice”, un article de Natacha Andriamirado

SYLVIE AYMARD LA VIE LENTE DES HOMMES Maurice Nadeau, 140 p., 16 €

Des êtres sans plainte aucune qui font aller et qui vivent comme ils peuvent. Certains « s’évanouissent du monde », d’autres ayant « fait l’apprentissage de la liberté » refusent de se soumettre. On aime Sylvie Aymard pour la subtilité de son écriture, toujours ironique et jamais moqueuse, toujours pudique, jamais démonstrative.

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“Portraits et autoportraits gigognes”, un article de Philippe Di Meo

JACQUES RÉDA AUTOPORTRAITS Fata Morgana, 192 p., 17 € et L’IMPROVISTE Gallimard, coll. « Folio », 416 p., 9,20 €

Étrangement, en dépit d’une notoriété indéniable, il semblerait que tout un pan de l’œuvre de Jacques Réda, en effet dispersée, celle du critique, soit encore peu ou mal connue. L’impérieux besoin si commode, mais si simplificateur, consistant à étiqueter ou à reconduire à un stéréotype une œuvre abondante et diverse ne l’occulte-t-il pas ? Et puis, après tout, le mot « critique » convient-il bien ?

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“Forces du roman”, un article de Claire Richard

DOMINIQUE RABATÉ LE ROMAN ET LE SENS DE LA VIE José Corti, coll. « Les Essais », 128 p., 19 €

Pourquoi lisons-nous ? Que nous disent les romans de « l’énigme brûlante du sens de la vie », selon la belle formule de Walter Benjamin ? C’est finalement la seule question qui vaille en littérature. Il faut « remettre le roman au cœur des débats, lui rendre sa vertu polémique », affirme Dominique Rabaté. Car le roman nous offre la possibilité de penser la vie dans son ambiguïté. Une idée qui n’est pas sans conséquences politiques.

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“Stefan George, Mallarmé et l’empire de la poésie”, un article de Laurent Margantin

LUDWIG LEHNEN MALLARMÉ ET STEFAN GEORGE Politiques de la poésie à l’époque du symbolisme Presses de l’université Paris-Sorbonne, 704 p., 33 €

Ludwig Lehnen a publié l’an dernier une édition bilingue des Poésies complètes de Stefan George (QL n° 1 003), poète allemand de la première moitié du XXe siècle (il convient sans doute de le rappeler au lecteur d’aujourd’hui, tellement son nom, célèbre en son temps, a perdu de son aura dans l’histoire littéraire).

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“Jacqueline Lamba”, un article de Dominique Rabourdin

ALBA ROMANO PACE JACQUELINE LAMBA. PEINTRE REBELLE, MUSE DE L’AMOUR FOU trad. de l’italien par Pascal Varejka, Gallimard, coll. « Témoins de l’art », 320 p., 23,50 €

« Et je puis bien dire qu’à cette place, le 29 mai 1934, cette femme était scandaleusement belle. » Ces mots d’André Breton n’ont cessé de nous faire rêver, de nous faire désirer en savoir plus sur celle qui devient dans son livre L’Amour fou « la toute-puis- sante ordinatrice de la nuit du Tournesol ». Alba Romano Pace publie aujourd’hui sa biographie, la première : Jacqueline Lamba. Peintre rebelle, muse de l’amour fou. Le titre de son livre en précise l’objectif : montrer que Jacqueline Lamba, avant d’être la « muse de L’Amour fou », celle qui, cette nuit du 29 mai 1934, décide d’aller à la rencontre d’André Breton pour entrer souverainement dans sa vie, fut aussi « peintre rebelle », « surtout et tout d’abord une artiste d’un talent remarquable et d’une exceptionnelle sensibilité ».

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“Les frères van Velde”, un article de Georges Raillard

EXPOSITION BRAM ET GEER VAN VELDE DEUX PEINTRES/UN NOM Musée des Beaux-Arts de Lyon du 16 avril 2010 au 19 juillet 2010

En 1948, “Derrière le Miroir”, la belle revue de la Galerie Maeght publiait un numéro double. Toute la couverture est tenue par une grande composition graphique inspirée du cubisme. En dessous, deux noms, Bram et Geer van Velde.

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“Faire, apprendre, penser”, un article de Marc Lebiez

RICHARD SENNETT CE QUE SAIT LA MAIN La culture de l’artisanat trad. de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat Albin Michel, 408 p., 23 €

On ne pense que dans des mots et la matière est extérieure aux mots ; elle échappe donc à une saisie complète par la raison. Toute la philosophie part de cet axiome fondamental pour se demander comment comprendre ce qui est. Mais le sens même de ce que c’est que comprendre est alors en jeu. Pour ceux qui se rattachent à l’école pragmatiste, c’est dans la relation qu’instaure le faire que nous aurions la meilleure saisie de ce qu’il en est de la matière.

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“L’échappement de l’histoire”, un article de Laurence Zordan

La Zone grise Entre accommodement et collaboration sous la direction de Philippe Mesnard et Yannis Thanassekos Éd. Kimé, coll. « Histoire & Mémoire », 255 p., 25 €

ÉTIENNE JAUDEL LE PROCÈS DE TOKYO Un Nuremberg oublié Odile Jacob, 156 p., 19 €

Documentée, compulsée, commentée, archivée, l’histoire fournit les matériaux d’un socle sur lequel prendre appui : elle offre ses exemples et ses leçons, et tout l’éventail de l’utilisation subjective de données objectivement établies. Et pourtant, zone grise et trou noir démentent ce préjugé de solidité et de lucidité.

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“De la Reconstruction”, un article de Liliane Kerjan

FELIX ROHATYN CES HOMMES QUI ONT FAIT L’AMÉRIQUE Bold Endeavors trad. de l’anglais par Hélène Demazure Éd. Saint-Simon, 196 p., 23 €

Grand banquier d’affaires, ancien ambassadeur de Bill Clinton en France, Felix Rohatyn nous livre ses réflexions de bâtisseur et de sauve-teur. Éloge de l’audace, diaporama de deux siècles de l’histoire d’une nation, voici un livre concret, engagé, au moment où « l’Amérique tombe en lambeaux, littéralement ». Un livre salutaire.

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“La querelle du postcolonial”, un article de Patrick Sultan

Ruptures postcoloniales Les nouveaux visages de la société française Sous la direction de N. Bancel, F. Bernault, P. Blanchard, A. Boubeker, A. Mbembe et F. Vergès La Découverte, coll. « Cahiers libres », 540 p., 26 €

JEAN-FRANÇOIS BAYART LES ÉTUDES POSTCOLONIALES Un carnaval académique Karthala, coll. « Disputatio », 126 p., 15 €

Depuis une dizaine d’années déjà, les travaux pluridisciplinaires effec-tués dans les universités anglo-saxonnes sous la dénomination d’« études postcoloniales » s’introduisent dans le champ scientifique français. Bon nombre de savants (historiens, géographes, sociologues…) s’inspirent de ces recherches attachées à décrypter le passé colonial des nations et surtout à dévoiler sa permanence et ses effets dans le devenir des sociétés décolonisées. Ils les discutent également et les nuancent. Cette confrontation des idées et des méthodes pourrait s’effectuer en toute quiétude, dans la paix relative du débat scientifique. Or, il n’en est rien. Les Postcolonial Studies semblent vouées à déclencher la polémique.

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“La passion du bric-à-brac”, un article de Jean-Jacques Lefrère

PHILIPP BLOM UNE HISTOIRE INTIME DES COLLECTIONNEURS Payot, 346 p., 21,50 €

La manie de la collection ne date pas des deux siècles que nous traversons. Elle sévit depuis bien des lustres et s’est étendue sur les bibelots les plus divers. S’il fallait énumérer toutes les lubies, tous les caprices des collectionneurs d’objets plus ou moins curieux, la liste serait interminable et à coup sûr incomplète. Dans son Histoire intime des collectionneurs, Philipp Blom s’est gardé de toute prétention à l’exhaustivité. Bien au contraire, il a choisi de ne retenir qu’une poignée de personnages emblé-matiques, dont il égrène les histoires à travers une série de chapitres édifiants et de lecture plaisante.

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“Le paradoxe du solitaire”, un article de Monique Le Roux

EUGÈNE IONESCO LE SOLITAIRE Mise en scène de Jean-Louis Martinelli Théâtre de la Madeleine Jusqu’au 31 juillet 2010

JEAN-LUC LAGARCE GIUSTO LA FINE DEL MONDO Mise en scène de Luca Ronconi Théâtre de la Ville

Incarner sur un plateau un personnage isolé, coupé de ses semblables, paraît une entreprise paradoxale : Jean-Louis Martinelli l’a tentée, en adaptant le roman d’Eugène Ionesco, “Le Solitaire”, au Théâtre de la Madeleine, Luca Ronconi en mettant en scène au Piccolo Teatro de Milan “Giusto la fine del mondo”, version italienne de la pièce de Jean-Luc Lagarce, “Juste la fin du monde”, présentée lors de la première édition des « Chantiers d’Europe » au Théâtre de la Ville.

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“L’amour des sons”, un article de Thierry Laisney

JOHN CAGE JE N’AI JAMAIS ÉCOUTÉ AUCUN SON SANS L’AIMER : LE SEUL PROBLÈME AVEC LES SONS, C’EST LA MUSIQUE Suivi d’Esthétique du silence par Daniel Charles, La main courante, 46 p., 12 €

John Cage (1912-1992) déclarait qu’avant d’aimer la musique il aimait les sons ; les sons, il faut les écouter pour eux-mêmes et non par le biais des relations qu’on peut établir entre eux. C’est le sens du titre donné à la présente conférence (prononcée à Pérouse en juin 1992), l’une des dernières de Cage et qui, malgré sa brièveté, nous dit pas mal de choses sur lui.

La Quinzaine n°1017, du 16 au 30 juin 2010

“Un orphelin heureux”, un article de Monique Bacelli

ERRI DE LUCA
LE JOUR AVANT LE BONHEUR
trad. de l’italien par Danièle Valin
Gallimard, 144 p., 15 €

L’enfance napolitaine qui fut celle d’Erri De Luca est si riche, sidécisive, qu’elle sert de base à la plupart de ses romans, où elle apparaît chaque fois sous un nouvel aspect. Les strates se superposent, sans la moindre redite, et finiront peut-être par éclairer, en partie du moins, un individu hors du commun.

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“La montagne sacrée, l’incroyant et la littérature”, un article de Claire Richard

FRANK WESTERMAN
ARARAT
Christian Bourgois, 348 p., 23 €

Pour la Bible, le mont Ararat est le lieu de l’alliance entre Dieu et les hommes. Pour les scientifiques, un mystère géologique. Pour l’OTAN, un lieu stratégique. Tourmenté par son propre rapport à la religion et à la science, l’écrivain néerlandais Franck Westerman part à sa recherche, dans un livre qui mêle récit de voyage, autobiographie, et réflexion sur la connaissance. Une exploration passionnante du « domaine crépusculaire entre croire et savoir ».

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“Bohème et cosmopolite”, un article de Norbert Czarny

DANILO KI´S
VARIA
trad. du serbo-croate par Pascale Delpech
Fayard, 320 p., 20 €

Plus de vingt ans ont passé depuis la mort de Danilo Ki´s, plus de dix depuis la publication de l’ensemble de ses pièces, dans “Les Lions mécaniques”. L’oeuvre de cet écrivain né à Subotica, dans ce qu’on appelait la Yougoslavie est presque entièrement traduite en français. Les jeunes générations peuvent désormais découvrir cet ensemble aussi riche que varié.

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“Celan poète et traducteur”, un article de Tiphaine Samoyault

ALEXIS NOUSS
PAUL CELAN
LES LIEUX D’UN DÉPLACEMENT
Le Bord de l’eau, 382 p., 24 €

Spécialiste de la traduction et du métissage – il est l’auteur, avec François Laplantine, d’un notable dictionnaire des métissages –, Alexis Nouss fait paraître un monumental ouvrage sur Paul Celan, ressaisissant son oeuvre sous le signe du déplacement et de la traduction.

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“Le romancier était aussi poète”, un article de Jacques Fressard

JULIO CORTÁZAR
CRÉPUSCULE D’AUTOMNE
Salvo el crepúsculo
trad. de l’espagnol (Argentine) par Silvia Baron Supervielle
José Corti, 343 p., 22 €

Le hasard fait parfois merveilleusement les choses. Au moment même où paraissent dans la « Bibliothèque de la Pléiade » – après tant de vicissitudes – les deux tomes des oeuvres enfin complètes de Borges, voici que s’offre à nous un volume capital, inédit jusqu’ici en français, des poèmes de l’auteur de cette Marelle qui fit fureur dans les années soixante en proposant d’emblée, dès l’avertissement initial, une lecture aléatoire des chapitres de ce volumineux roman.

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“Lire Pétrarque aujourd’hui”, un article de Maurice Mourier

PÉTRARQUE
CHANSONNIER
RERUM VULGARIUM FRAGMENTA
édition critique nouvelle de Giuseppe Savoca, introduction de François Livi, traduction française inédite et commentaire de Gérard Genot deux volumes sous emboîtage / Les Belles Lettres, 909 p., 89 €

« Fragments de choses – l’auteur ne dit même pas de “chansons” – en langue vulgaire » : c’est ce titre volontairement dépréciatif que choisit Pétrarque, sans doute entre 1359 et 1362, pour qualifier le premier regroupement de ses poésies italiennes copiées par son ami Boccace, son cadet de neuf ans.

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“L’atelier de Garache”, un article de Georges Raillard

MARIE DU BOUCHET,
FLORIAN RODARI et ALAIN MADELEINE-PERDRILLAT
ENTRETIENS AVEC CLAUDE GARACHE
Hazan, 98 p., 47 reproductions, 28 €

Claude Garache (né en 1929) est un artiste qui passe pour singulier. Depuis un demi-siècle il peint en rouge (quatre cadmiums) un même nu : des peintures à partir de milliers de modèle. Poètes, écrivains, hommes de science ont commenté l’oeuvre de Garache. Manquait seulement une voix, celle de Claude Garache. Pour la première fois le peintre parle, répondant avec sa précision coutumière à trois interlocuteurs accordés à cet oeuvre.

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“Chaucer poète, penseur, humaniste”, un article de Léo Carruthers

GEOFFREY CHAUCER
LES CONTES DE CANTERBURY ET AUTRES OEUVRES
traduits et commentés par André Crépin, Jean-Jacques Blanchot, Florence Bourgne, Guy Bourquin, Derek Brewer, Hélène Dauby, Juliette Dor, Emmanuel Poulle, James Wimsatt
Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1 650 p., 35 €

Si l’oeuvre la plus célèbre de Geoffrey Chaucer (env. 1343-1400) est incontestablement “Les Contes de Canterbury”, à laquelle l’auteur anglais doit sa renommée internationale, elle est très loin d’être sa seule composition. Mais jusqu’ici, ses écrits étaient inaccessibles, pour la majorité d’entre eux, au public francophone.

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“Comprendre Kafka”, un article de Laurent Joly

BERNARD LAHIRE
FRANZ KAFKA. ÉLÉMENTS POUR UNE THÉORIE DE LA CRÉATION LITTÉRAIRE
La Découverte, 633 p., 26 €

« L’acte littéraire est sans cause et sans fin », écrivait Roland Barthes à propos de Franz Kafka, signifiant ainsi l’impossibilité de toute objectivation scientifique du processus de création : l’oeuvre d’art, le génie ne s’expliquent pas… Dans ce livre important consacré à Kafka, le sociologue Bernard Lahire s’attaque à ce mythe du « mystère » de la création artistique.

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“L’émancipation en question”, un article de Laurence Zordan

GABRIEL ROCKHILL et ALFREDO GOMEZ-MULLER (dir.)
CRITIQUE ET SUBVERSION DANS LA PENSÉE CONTEMPORAINE AMÉRICAINE
Seyla Benhabib, Nancy Fraser, Judith Butler, Immanuel Wallerstein, Cornel West, Michael Sandel, Will Kymlicka trad. de Marie Garrau
Éd. du Félin, 192 p., 22 €

De quelle manière la théorie critique aujourd’hui a-t-elle prise sur les débats et les combats en faveur de l’émancipation ? Les enjeux mis en évidence par l’École de Francfort doivent-ils être revus à la lumière de la « Gauche américaine » ? Comment ce qui aurait pu rester cantonné aux cénacles philosophiques en vient-il à irriguer tout un questionnement allant au-delà du penser radicalement pour agir librement ? En quoi des universitaires aux États-Unis peuvent-ils contribuer à frayer des pistes universelles ? En posant la subversive question du cadrage. On ne se contente pas de montrer que la vision est bornée. On apprend à voir. La subtilité de l’argumentation égale la massivité de l’ambition : jeter les bases d’un projet de transformation éthique du monde en s’affranchissant des cadres impensés de la pensée (et du pensable), sans imposer pour autant un autre cadre tributaire du même… cadrage inavoué.

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“Chez Ernst Jünger”, un article de Jean Lacoste

PHILIPPE BARTHELET et ÉRIC HEITZ
LE VOYAGE D’ALLEMAGNE
Gallimard, coll. « Le sentiment géographique », 242 p., 18 €

JEAN-LOUIS HUE
L’APPRENTISSAGE DE LA MARCHE
Grasset, 232 p., 17 €

L’Allemagne, ce pays si lointain, le plus mal connu et le plus remuant de nos voisins… Les visiteurs venus de France y ont souvent leur ville d’élection : les poètes vont à Tübingen, et les germanistes à Weimar, les banquiers (et les éditeurs) à Francfort, les musiciens et les snobs à Bayreuth, les plus branchés à Berlin. Philippe Barthelet et Éric Heitz, eux, ont choisi de se rendre à Wilflingen, un village perdu de Haute-Souabe, « le lieu d’Allemagne le plus éloigné de toute gare », quelque part au nord du lac de Constance, près de la petite ville de Riedlingen.

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“Le fils oublié de Léon Trotsky”, un article de Jean-Jacques Marie

SERGE SEDOV,
MILAIA MOIA RESNITCHKA – SERGUEI SEDOV
PISMA IZ SSYLKI (LETTRES D’EXIL)
Saint-Pétersbourg, 2006, Memorial, 254 p., 1 000 exemplaires

Léon Trotsky a eu deux filles et deux fils : Nina, morte de la tuberculose en 1928, Zina, qui se suicide en 1933 à Berlin, Léon Sedov, parti en exil avec lui, qui milita à ses côtés, et fut assassiné par le NKVD en février 1938, dans une clinique parisienne dirigée par un ancien médecin du Goulag, connu entre autres par la biographie que Pierre Broué lui a consacrée et enfin Serge, dont on ne parle à peu près jamais.

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“Des nègres et des chiens”, un article de Monique Le Roux

BERNARD-MARIE KOLTÈS
COMBAT DE NÈGRE ET DE CHIENS
Mise en scène de Michael Thalheimer
La Colline-théâtre national Jusqu’au 25 juin 2010

Pour la première fois le metteur en scène allemand Michael Thalheimer dirige des comédiens français, dans “Combat de nègre et de chiens” de Bernard-Marie Koltès à la Colline, où il a déjà présenté cette saison “Die Ratten de Hauptmann”. Ce grand spectacle est aussi l’occasion d’interroger certains lieux communs sur l’esthétique théâtrale germanique.

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“Un jeu mortel”, un article de Lucien Logette

FERDINAND KHITTL
LA ROUTE PARALLÈLE
DVD, Choses vues/éditions Filmmuseum sortie le 30 juin 2010

Le changement du chiffre des dizaines du millésime a donné lieu, comme on devait s’y attendre, à de multiples établissements de listes concernant la décennie écoulée, chaque revue, chaque site, chaque blog y allant de ses dix, vingt ou trente meilleurs films répertoriés depuis le changement de siècle. L’excellente revue “Les Fiches du cinéma”, dans son récent ouvrage, Chronique d’une mutation, “Conversations sur le cinéma (2000-2010)”, qui met en perspective la période de référence, va même jusqu’à indiquer 168 titres « qui ont marqué ces années ». Tant mieux si ces orpailleurs trouvent dans leurs batées autant de pépites qui justifient leur quête. Pour notre part, nous n’avons pas le sentiment d’avoir mis derrière
les fagots autant de titres – une vingtaine chaque année, on s’en souviendrait. Et en tout cas, bien peu de ces « hidden gems » que nous évoquions ici même jadis (Quinzaine Littéraire n° 960).

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“De la musique à l’éthique”, un article de Thierry Laisney

THOMAS DOMMANGE
L’HOMME MUSICAL, LA NOTATION EN
MOTS DANS L’OEUVRE DE SCHUMANN
Les Solitaires Intempestifs, 311 p., 23 €

On pourrait croire que le sujet du livre de Thomas Dommange est étroitement circonscrit dans son sous-titre ; pourtant, les annotations verbales de Schumann y sont le déclencheur d’une ample réflexion portant non seulement sur la musique mais aussi sur cette modalité particulière de notre être que constitue aux yeux de l’auteur l’« homme musical ».

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“Leçons de littérature”, un article de Hugo Pradelle

PARIS REVIEW
LES ENTRETIENS
James Baldwin, William Burroughs, Peter Carey, Allen Ginsberg, Jim Harrison, Thomas McGuane, Leonard Michaels, Toni Morrison, Manuel Puig, Susan Sontag, Billy Wilder, Tobias Wolff trad. de l’anglais par Anne Wicke / Christian Bourgois, 560 p., 23 €

Lisant ces entretiens – divers et pourtant bien souvent convergents –, nous découvrons, comme du bout des doigts, les racines de la pratique d’écrivains américains importants, entrevoyant des lignes de fuite, un rapport à l’Histoire, à un pays, à des communautés, à des histoires intimes. Autant d’aventures, de passages qui nous font saisir le lien qui les unit sourdement, comme à nous-mêmes, étrangement libres

La Quinzaine n°1016, du 1er au 15 juin 2010

“Aux sources du langage politique”, un article de Laurence Zordan

THIERRY CAMOUS
LA VIOLENCE DE MASSE DANS L’HISTOIRE
Puf, 298 p., 25 €

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GRÉGOIRE CHAMAYOU
LES CHASSES À L’HOMME
La Fabrique, 222 p., 13 €

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ROBERTO ESPOSITO
COMMUNAUTÉ, IMMUNITÉ, BIOPOLITIQUE
Les Prairies ordinaires, 247 p., 15 €

Le rapprochement de trois ouvrages qui mettent chacun l’accent sur la conflictualité entre intérieur et extérieur invite à demander : faut-il soustraire la politique à la rhétorique du « vivre ensemble » ? Convient-il de s’intéresser aux brèches, aux déchirements, afin de bousculer les idées reçues ? Si celles-ci sont des clichés, c’est qu’elles tiennent souvent à des images : violence de masse associée au spectacle de génocides ; chasse à l’homme évoquant le film “La Chasse du Comte Zaroff” ; immunité et biopolitique s’inscrivant dans le contexte de démoraties surprotectrices pour se surprotéger, avec risque de dérive inhérent au bio-pouvoir : produire ses sujets en les classant, en les gérant, traversant les corps et ne leur étant ainsi jamais complètement extérieur. Si les images sont tronquées, quels mots promouvoir, tout en sachant « porter le fer de l’intelligence débusquante dans la matérialité des mots et des phrases », et faire sien « le paradoxe de tout commentaire qui est de dire pour la première fois ce qui cependant avait déjà été dit et de répéter inlassablement ce qui pourtant n’avait jamais été dit » ?

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“Un jeu de massacre”, un article d’Agnès Vaquin

EMMANUEL MOSES
LE RÊVE PASSE
Gallimard, coll. « L’infini », 216 p., 17,50€

GABRIEL LEVIN
LE TUNNEL D’ÉZÉCHIAS
ET DEUX AUTRES RÉCITS
trad. de l’anglais par Marc Cohen et Emmanuel Moses
Le Bruit du temps, 152 p., 13€

Ce livre est publié sous la rubrique « roman » et celui qui l’ouvre sombre dans la perplexité. Mille quatre-vingt-neuf textes courts : des nota-
tions ? des fragments ? des brèves ? On cherche un terme pour désigner ces énonciations qu’on imagine accumulées au fil du temps.

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“Transformation”, un article d’Hugo Pradelle

PIERRE GUYOTAT
ARRIÈRE-FOND
Gallimard, 448 p., 21 €

Pierre Guyotat poursuit le ressaisissement de ce qui l’a formé : le deuxième volume du cycle commencé en 2007, plus dense, plus idéal, se concentre sur quelques jours et nuits de l’été de ses quinze ans, en faisant exsuder les énergies qui l’animèrent alors, l’emmenant dans la direction de son œuvre, lui révélant à la fois le désir et la force de l’écrit. Voici l’exploration de « l’arrière-fond qui (le) forme», l’entreprise de son fondement, la grande transformation.

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“Une famille bien unie”, un article de Monique Baccelli

FRANCESCO PICCOLO
LES TENTATIONS DU MÂLE
trad. de l’italien par Dominique Corman
Grasset, 252 p., 17 €

Quoi de plus banal qu’un roman centré sur l’adultère et la fin d’un couple : deux sujets, l’un découlant souvent de l’autre, qui alimentent les trois quarts des fictions littéraires et cinématographiques de notre temps. Qui plus est quand ces deux phénomènes sociaux se passent dans une famille très ordinaire. Or ces trois ingrédients sont présents dans le livre qui nous occupe.

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“Tweeds et topiaires”, un article de Liliane Kerjan

FRANCIS WYNDHAM
MRS HENDERSON ET AUTRES HISTOIRES
Mrs Henderson and Other Stories
trad. de l’anglais par Delphine Martin
Christian Bourgois, 178 p., 16 €
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L’AUTRE JARDIN
The Other Garden
trad. de l’anglais par Anne Damour
Christian Bourgois, 140 p., 14 €

Si Eton, Oxford, le sud de l’Angleterre nous étaient contés avec des détours à Londres et à New York par un orfèvre de la prose, une plume experte en simplicité, un homme tendre et discret, séduit par le talent des autres… Francis Windham : un style qui a les nuances des tweeds, une forme qui dessine en perspective une société aux prises avec la Seconde Guerre mondiale.

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“Histoires saintes”, un article d’Alain Joubert

LARRY BEINHART
L’ÉVANGILE DU BILLET VERT
trad. de l’américain par Samuel Todd
Gallimard, coll. « Série Noire », 380 p., 20 €
VELIBOR COLIC
JÉSUS ET TITO
Gaïa éditions, 190 p., 17 €

Supposons un instant que vous habitiez une de ces villes moyennes du sud des États-Unis, au sein d’une société aisée, riche même, hantée cependant par le spectre paranoïde post-11 Septembre, et que vous exerciez l’activité de détective privé pour le compte d’un cabinet d’avocats, afin de constituer de solides dossiers sur des affaires « sensibles ».

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“Je n’ai jamais pris la littérature au sérieux”, un article de Dominique Rabourdin

BÉATRICE MOUSLI
PHILIPPE SOUPAULT
Flammarion, 474 p., 35 €

S’il est un homme qui peut se flatter de conduire en montagnes russes, dans l’opinion qu’ils ont de lui, ses amis et ses admirateurs, c’est Philippe Soupault, dont on ne peut considérer la très longue vie sans un certain étonnement.

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“L’obsession du temps”, un article de Philippe Di Meo

JUDE STÉFAN
QUE NE SUIS-JE CATULLE
EN CES PRESQUE 80 POÈMES
Gallimard, 101 p., 16,50

Comme le titre interrogatif, mais malicieusement dépourvu de point d’interrogation, le nouveau recueil d’un poète dont on fêtera bientôt le quatre-vingtième anniversaire ménage tout au long cet effet de surprise antirhétorique que tout un siècle, fertile en expériences de toutes sortes, a si ardemment quêté et parfois obtenu.

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“Rimbaud dessinateur”, par Geroges Raillard

JEAN-JACQUES LEFRÈRE
LES DESSINS D’ARTHUR RIMBAUD
Flammarion, 160 p., 45 €

À une époque où dans les familleson avait un joli coup de crayon, Arthur Rimbaud dessinait mal. Mais son horizon était-il celui d’une famille ? Charleville, Charlestown, Mother, une mère autoritaire, un père absent, des sœurs, un frère dont on ignore s’il savait dessiner puisqu’il n’était pas poète. Les biographes se sont moins intéressés à Frédéric qu’à Arthur. Dans tous les entre-deux-portes, c’est bien lui sur la photo. La dernière trouvaille, c’est bien lui. N’y revenons pas.
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“André Gill caricature et folie”, un article de Daniel Grojnowski

AUDE FAUVEL et BERTRAND TILLIER
ANDRÉ GILL CARICATURISTE
DERNIERS DESSINS D’UN FOU À LIER
Du Lérot, 128 p., 30€

Dans son essai “De l’essence du rire” et généralement du “Comique dans les arts plastique”, qui présente quelques caricaturistes français et étrangers, Baudelaire établit une distinction radicale entre le comique « significatif » et le comique « absolu ». Le premier cible une référence que le public reconnaît et interprète aisément, le second s’en détache pour figurer l’autre monde de la fantaisie « pure ». Provoquées par l’événement, les caricatures le commentent en dérision, au risque d’apparaître rapidement obsolètes. Toutefois, un certain nombre d’entre elles contiennent, selon Baudelaire, «un élément mystérieux, durable, éternel qui les recommande à l’attention des artistes».

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“Dans un monde qui change…”, un article de Marc Lebiez

HARTMUT ROSA
ACCÉLÉRATION,
UNE CRITIQUE SOCIALE DU TEMPS
trad. de l’allemand par Didier Renault
La Découverte, 480 p., 27,50 €

Les rayons philosophiques d’une librairie allemande ne procurent pas aux Français un dépaysement complet : des deux côtés, les livres sont traduits. On débat, on se répond, quand on ne signe pas à deux le même livre, comme firent Habermas et Derrida. Et pourtant le poids de la tradition persiste à se faire sentir dans la conception même de la philosophie. La différence de nos approches est d’autant plus sensible qu’elles ne sont pas tout à fait étrangères l’une à l’autre.

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“L’empirisme transcendantal, de Deleuze”, un article de Claire Pagès

ANNE SAUVAGNARGUES
DELEUZE, L’EMPIRISME TRANSCENDANTAL
Puf, 438 p., 29 €

Dans ses deux textes d’hommage de novembre 1995, juste après la mort de Deleuze, Lyotard insistait sur « son alliance secrète avec la pensée anglaise ». Un concept ne sert pas, se révèle inutile, il sort de la boîte à outils car « sa pensée est toujours parente d’un empirisme et d’un pragmatisme, mais schizophrènes». On a peut-être beaucoup insisté ainsi sur l’empirisme deleuzien et ses sources. Mais peut-être, par respect de son rejet de toute pensée attachée à quelque transcendance, a-t-on aussi parfois minoré son souci de ce qui excède l’expérience non parce qu’il la dépasse mais parce qu’il en définit les conditions – transcendantales donc.

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“Qu’est-ce qu’adorer ?”, un article de Jean Lacoste

JEAN-LUC NANCY
L’ADORATION
DÉCONSTRUCTION DU CHRISTIANISME, II
Galilée, 147 p., 25 €

Dans “La Révolte des anges”, le baroque et fort plaisant roman qu’il publie en 1914, Anatole France imagine qu’Arcade, un ange gardien desalentours de Saint-Sulpice, à force de fréquenter nuitamment une riche bibliothèque de philosophie et de théologie, perd confiance en son Dieu et médite d’organiser une nouvelle révolte des anges, sur le modèle de la première, celle de Lucifer, devenu Satan. Car le Dieu des juifs et des chrétiens, dont le vrai nom serait Ialdabaoth (!), serait, selon ses termes, « moins un dieu qu’un démiurge ignorant et vain » que « les flatteries de ses adorateurs ont rendu monothéiste ». Mais la nouvelle révolte échoue.

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“Dans la jungle amazonienne”, un article de Jean-Charles Chevalier

DANIEL L. EVERETT
LE MONDE IGNORÉ
DES INDIENS PIRAHÃS
Flammarion, 358 p., 24 €

Traduction d’un original anglais, publié par Pantheon Books en 2008, sous un titre plus significatif, à la limite du fantastique et de la magie : “Don’t sleep. There are Snakes. Life and Language in the Amazonian Jungle”.

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“Pour le moindre prétexte ou sans prétexte”, un article de Jean-Jacques Marie

ORLANDO FIGÈS
LES CHUCHOTEURS
VIVRE ET SURVIVRE SOUS STALINE
trad. de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat préface d’Emmanuel Carrère
Denoël, 794 p., 33 €

Ce livre donne une image saisissante de la période stalinienne et de sa longue et sanglante terreur à travers les destins parfois croisés de dizaines de familles dont quelques membres ont ici et là réussi à échapper à la mort. Il repose sur le dépouillement de correspondances et journaux privés échappés aux rafles du Guépéou-NKVD et de la collecte minutieuse de souvenirs de trop rares survivants.

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“Du courage, suite”, un article de Maïté Bouyssy

THOMAS BERNS, LAURENCE BLÉSIN et GAËLLE JEANMART
DU COURAGE
Les Belles Lettres, coll. « Encre marine», 304 p., 14 €
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CYNTHIA FLEURY
LA FIN DU COURAGE,
Fayard, coll. « Essais», 208 p., 14 €

Deux livres le même mois sur le courage. La vertu morale est donc intempestive, mais sous quel mode et à quelles fins ? Il n’est pas inutile que des philosophes nous disent de quel symptôme relève le courage pris dans une longue histoire de la philosophie morale. Nos propres besoins sociaux s’en clarifient.

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“Philosophe des Sciences”, un article de Jean-Michel Kantor

DIDIER GIL
AUTOUR DE BACHELARD
ESPRIT ET MATIÈRE, UN SIÈCLE
FRANÇAIS DE PHILOSOPHIE DES SCIENCES (1867-1962)
Les Belles Lettres, coll. « Encre marine », 313 p., 35 €

Gaston Bachelard (1884-1962), le célèbre philosophe-poète comme on a pu l’appeler, est au centre d’une série d’études de Didier Gil, qui examine le fonctionnement de la philosophie des sciences en France dans la seconde moitié du XIXe siècle, puis jusqu’à la mort de Bachelard.

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“Quelques échos du bunker”, un article de Lucien Logette

Tout semblait se liguer cette année pour faire du Festival de Cannes 2010 un millésime infortuné : un mini-tsunami qui a transformé la Croisette en marécage quelques jours avant l’ouverture, le nuage de cendres du volcan islandais qui risquait d’interdire l’accès aérien à la Côte, quelques remous politiques – la menace de manifestations contre le film de Rachid Bouchareb, “Hors-la-loi”, le mécontentement du gouvernement italien à l’annonce de la projection du film de Sabina Guzzanti Draquila, trop peu amène à l’égard du bienfaiteur de la Nation –, l’accusation, qui revient comme une antienne, d’une sélection sans goût ni saveur réservée à quelques cinéastes abonnés. Sans oublier la campagne publicitaire des auteurs et interprètes de Ça commence par la fin, reprochant au Festival d’avoir eu peur des audaces sexuelles de leur œuvre…

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“Dimitris Dimitriadis à l’Odéon”, un article de Monique Le Roux

DIMITRIS DIMITRIADIS
LA RONDE DU CARRÉ
Mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti
Odéon-Théâtre de l’Europe Jusqu’au 12 juin 2010

L’Odéon-Théâtre de l’Europe avait placé comme « auteur européen au cœur de la saison 2009-2010 » Dimitris Dimitriadis. Mais la troisième pièce programmée, mise en scène par Giorgio Barberio Corsetti, “La Ronde du carré”, ne répond pas totalement à l’attente suscitée par la très haute ambition poétique de l’écrivain grec.

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“Le XVIIIe siècle en musique”, un article de Thierry Laisney

CHARLES BURNEY
VOYAGE MUSICAL DANS L’EUROPE DES LUMIÈRES
traduit, présenté et annoté par Michel Noiray
Flammarion, 523 p., 30 €

Si les réalisations proprement musicales de l’organiste et compositeur anglais Charles Burney (1726-1814) ne l’ont pas fait passer à la postérité (pour mémoire, il a adapté pour la scène londonienne “Le Devin du village” de Jean-Jacques Rousseau), en revanche les journaux des deux voyages qu’il entreprit afin de rassembler les matériaux utiles à l’œuvre de sa vie, la “General History of Music” (1776-1789, 4 vol.), sont devenus « un observatoire privilégié d’où l’on scrute inlassablement le XVIIIe siècle musical» (Michel Noiray).

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“Sartre dans son siècle”, un article d’Omar Merzoug

JEAN-PAUL SARTRE
LES MOTS ET AUTRES ÉCRITS AUTOBIOGRAPHIQUES
édition publiée sous la direction de Jean-François Louette, avec la collaboration de Gilles Philippe et de Juliette Simont / Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade »
1650 p., 59 € (jusqu’au 30 juin) et 67,50 (au-delà)

La période présente n’est pas favorable à Sartre à qui l’on impute nombre d’errements politiques, et notamment son compagnonnage avec le Parti communiste. Récemment encore, on s’est fait un malin plaisir d’opposer à la lucidité camusienne les cécités sartriennes. En vérité, Sartre a été discuté, souvent contesté, parfois insulté. À la Libération, les communistes l’abreuvèrent d’injures, Céline et Claudel ne furent pas en reste. On parla d’« excrémentialisme », des termes orduriers furent lancés.

La Quinzaine n°1012, du 1er au 15 avril 2010

“Souvenirs en forme de nuages flottants”, un article de Norbert Czarny

PATRICK MODIANO
L’HORIZON
Gallimard, 176 p., 16,50 €

« Il était fatigué d’avoir marché si longtemps. Mais il éprouvait pour une fois un sentiment de sérénité, avec la certitude d’être revenu à l’endroit exact d’où il était parti un jour, à la même place, à la même heure et à la même saison, comme deux aiguilles se rejoignent sur le cadran quand il est minuit. » Ces quelques lignes qu’on lira dans les dernières pages de L’Horizon donnent une idée de ce qui fait la nouveauté du roman de Modiano : le bonheur semble possible.

“La passion d’Anastassia”, un article de Jacques Fessard

JUAN CARLOS MONDRAGON
PASSION ET OUBLI D’ANASTASSIA LIZAVETTA
trad. de l’espagnol (Uruguay) par Gabriel Iaculli
Seuil, 251 p., 21 €

L’orthographe espagnole, on le sait, n’admet pas le redoublement du “s” ni du “t”. Les deux prénoms accolés de la belle Uruguayenne Anastassia Lizavetta ne contreviennent à cette règle que parce qu’ils lui ont été imposés par un père admirateur de Dostoïevski, dont il a beaucoup lu – à sa manière – Les Démons (ou Les Possédés), et qui ne le cède en rien aux pires personnages du grand Russe puisque c’est un ivrogne qui viole sa fille à peine pubère, avant de disparaître.Mais le lecteur de cet étonnant roman de Juan Carlos Mondragon ne saura tout cela que beaucoup plus tard, bien après que l’acte fatal, qui répond peut-être à cet abus, aura été accompli.

“Du centre vers une périphérie lointaine”, un article d’Agnès Vaquin

SOAZIG AARON
LA SENTINELLE TRANQUILLE SOUS LA LUNE
Gallimard, 294 p., 18,90 €

Ainsi Soazig Aaron nous a fait attendre huit ans son deuxième roman. Cette « sentinelle tranquille sous la lune », il y est fait mystérieusement allusion au moins cinq fois au fil du texte, la lune étant toujours ensuite qualifiée de « paisible ». On n’en saura pas plus avant les toutes dernières pages.Faire attendre, c’est un art et, Soazig Aaron, c’est un art qu’elle pratique avec virtuosité.

“Un abîme dans chaque chambre”, un article de Norbert Czarny

PETER STAMM
SEPT ANS
trad. de l’allemand par Nicole Roethel
Christian Bourgois, 380 p., 18 €

Statique au milieu d’une galerie de peinture, une femme est là, au tout début de “Sept ans”, le nouveau roman de Peter Stamm.  Sonia est l’épouse d’Alex, le narrateur personnage qui la contemple. Près de lui, Sophie, leur fille, qui admire sa mère, si absente et si belle. La scène se déroule de nos jours, au terme d’un trajet commun que nous découvrirons à travers ces pages, au fil des événements qui ont ponctué ces vingt ans d’histoire.

“Dérivant dans le temps”, un article de Liliane Kerjan

JOSEPH COULSON
LE BLUES DES GRANDS LACS
Of Song andWater
trad. de l’anglais (États-Unis) par Judith Rose
Sabine Wespieser, 388 p., 24 €

L’éditeur Sabine Wespieser poursuit la régate avec Joseph Coulson, dont elle a publié un premier roman, “Le Déclin de la lune”, en 2005. De l’étui d’une guitare à la coque d’un bateau, tout passe dans un récit modulé qui explore son thème pour mieux l’abandonner dans des arrangements inspirés. Un chant moderne, discret sous les balises de Virgile et Melville, un beau roman d’atmosphère.

“Comment continuer de vivre ici ?”, un article de Natacha Andriamirado

CORINNE D’ALMEIDA
ANTIBES
Gallimard, 288 p., 17,50 €

Un couteau et un gant de toilette. Tels sont les objets quotidiens de la narratrice, aide-soignante auprès d’une vieille femme qui habite dans un quartier « plus beau que laid » et où « rien n’y risque rien ».

“Dans l’Autriche au bord du précipice”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

JEAN AMÉRY
LES NAUFRAGÉS
trad. de l’allemand par Sacha Zilberfarb
Actes Sud, 270 p., 21 €

“Les Naufragés” est le seul roman, resté inédit jusqu’à aujourd’hui, qu’ait écrit Jean Améry, lequel est surtout connu pour ses essais comme “Par-delà le crime et le châtiment – Essai pour surmonter l’insurmontable”, Actes Sud, 1995 (édition originale 1966) ou “Porter la main sur soi – Du suicide”, Actes Sud, 1999.

“If you want, remember, if you want, forget”, un article de Gabrielle Napoli

ERN˝O SZÉP
L’ODEUR HUMAINE
Cambourakis, 182 p., 20 €

C’est la première fois que le lecteur français a accès au bouleversant texte d’Ern˝o Szép, “L’Odeur humaine”, qui retrace l’expérience de l’écrivain hongrois, Juif de Budapest, en 1944, alors que les Juifs hongrois sont massivement livrés aux Allemands, à l’approche des troupes russes. Auteur populaire budapestois, journaliste, il subira comme tant d’autres les lois anti-juives qui l’obligeront à quitter sa bien-aimée île Marguerite pour aller vivre dans le ghetto, dans un immeuble étoilé. Rescapé, il publiera ce récit à la fin de la guerre, mais se retirera de la vie littéraire lors de l’arrivée au pouvoir des communistes en 1948.

“Rire ou pleurer ?”, un article de Norbert Czarny

JEAN-CLAUDE GRUMBERG
PLEURNICHARD
Seuil, coll. « Bibliothèque du XXIe siècle », 254 p., 16 €

Pleurnichard est le double de Jean-Claude Grumberg. C’est l’enfant qu’il était et n’a pas cessé d’être par certains côtés. On le rencontrait dans “Mon père”, inventaire, récit façonné ou rapiécé comme un vêtement par le mauvais petit tailleur qu’a été Grumberg, excellent conteur au contraire. La voix du conteur séduit de nouveau dans ce récit.

“Un art d’aimer”, un article de Marie Etienne

BERNARD NOËL
LES PLUMES D’ÉROS,OEUVRES 1
P.O.L, 435 p., 26 €

Ce premier volume des oeuvres de Bernard Noël rassemble ses textes érotiques (proses narratives, théoriques ou poésies), à l’exception du “Château de Cène”. On n’ignore pas l’importance et la place qu’occupe ce sujet dans ses livres et probablement dans sa vie. Nous voici donc invités à méditer avec lui sur un genre qui conserve une place de choix dans la littérature.

“L’atelier de Lucian Freud”, un article de Georges Raillard

EXPOSITION “LUCIAN FREUD, L’ATELIER” au Centre Georges-Pompidou jusqu’au 19 juillet / PUBLICATIONS “LE CATALOGUE DE L’EXPOSITION”, introduction de Cécile Debray, 248 p., avec photos, oeuvres, documents et analyses dues notamment à Éric Darragon, Jean Clair et Philippe Comar et “LUCIAN FREUD LE CORPS ET L’HORIZON” de DANIEL KLÉBANER Éditions Ides et Calendes, Neuchâtel, 92 p., avec ill.

Voici, on s’en félicite, une deuxième exposition de Lucian Freud à Beaubourg. L’artiste anglais, célébrissime, né en 1922, est le petit-fils de l’inventeur de la psychanalyse, mort en 1939 à Londres. Dès cette année Lucian Freud dessine des portraits. En 1941 il a sa première exposition individuelle. Sa reconnaissance officielle en France est bien plus tardive que celle de Bacon. Elle date de 1987. Elle est due à l’attention de Jean Clair. Il publie Lucian Freud Le nu en peinture paru dans la “Nouvelle Revue de Psychanalyse”, l’année de l’exposition au musée d’Art moderne.

“1946 : la Libération, la liberté étrange des créateurs”, un article de Gilbert Lascault

LAURENCE BERTRAND DORLÉAC
APRÈS LA GUERRE
Gallimard, coll. « Art et Artistes », 176 p., 38 ill. n et b, 25 €

Avec des recherches précises et méthodiques, l’historienne de l’art Laurence Bertrand Dorléac étudie de très près les peintures des artistes qui vivent (tant bien que mal) et créent en France en 1946, après la guerre, après l’occupation allemande, après les destructions, après les malheurs du pays, après l’État français de Vichy.

“Que reste-t-il d’Empédocle ?”, un article de Jean Lacoste

PETER KINGSLEY
EMPÉDOCLE ET LA TRADITION PYTHAGORICIENNE
trad. de l’anglais par Grégoire Lacaze
Les Belles Lettres, coll. « Vérité des mythes », 500 p., 35 €

ÉDITH DE LA HÉRONNIÈRE
LE LABYRINTHE DE JARDIN OU L’ART DE L’ÉGAREMENT
Klincksieck, coll. « L’esprit des formes », 153 p., 17 €

… Quelques fragments obscurs de deux poèmes, et une poignée de légendes, dont celle, fameuse, selon laquelle il se serait jeté dans l’Etna, ne laissant sur le bord du cratère qu’une « sandale de bronze ». Pourtant ce penseur dit « présocratique » du Ve siècle avant notre ère ouvre le « roman familial » de la philosophie occidentale, le récit fabuleux de sa naissance glorieuse, sur les rives de la Méditerranée.

“Le dernier cahier de Pierre Naville”, un article de Jean-Jacques Marie

PIERRE NAVILLE
LA PASSION DE L’AVENIR.
LE DERNIER CAHIER (1988-1993)
Présenté par Michel Burnier, Véronique Nahoum-Grappe, Roberto Massari, Maurice Nadeau, Alain Cuenot / Maurice Nadeau, 230 p., 20 €

Pierre Naville a écrit ce journal, précisent Michel Burnier et Véronique Nahoum-Grappe dans leur présentation, « les cinq dernières années de sa vie et l’ar rête quelques semaines avant de mourir » en mars 1993. Il l’a alors glissé entre deux gros livres d’art, ces livres que l’on range avec d’autant plus de soin qu’on ne les regarde à peu près jamais. Véronique Nahoum-Grappe le dénichera dix ans plus tard. C’est ce document qu’elle et Michel Burnier éditent aujourd’hui avec Maurice Nadeau, qui, dans une postface, souligne le caractère « bien singulier » de ce journal, avare en effet en épanchements subjectifs.

“Donner à tous les mêmes chances”, un article de Nick Vanston

AMARTYA SEN
L’IDÉE DE JUSTICE
Flammarion, 488 p., 25 €

La quête universelle de justice naît du sentiment aigu des injustices subies ou redoutées. Pourtant, ce qui constitue une injustice, ou avec quelle intensité elle appelle la vengeance du ciel, sont des sujets sur lesquels les opinions peuvent légitimement différer, y compris entre gens raisonnables partageant une même culture. Dès lors, la recherche d’un système de justice sur lequel chacun puisse s’accorder, avec plus ou moins d’enthousiasme, est un casse-tête philosophique autant que politique ou juridique.

“Guettés par la fiction”, un article de Pierre Pachet

GUY WALTERS
LA TRAQUE DU MAL
Hunting Evil
trad. de l’anglais par Christophe Magny et Jean-Pierre Ricard
Flammarion, coll. « Au fil de l’histoire », 528 p., 16 p. de photos hors-texte

Personnages de cette enquête visiblement scrupuleuse menée dans les archives et sur le terrain par un ancien journaliste du Times de Londres : d’abord les criminels nazis que les Alliés s’étaient promis de traduire devant des tribunaux (mais lesquels ? internationaux, ou ceux des pays où les crimes furent commis ?), ceux qui avaient échappé à l’arrestation lors de la victoire, soit par la mort (Hitler, Goebbels), soit en se cachant, soit en fuyant l’Allemagne occupée : Martin Bormann le second de Hitler, Adolf Eichmann l’organisateur du génocide des Juifs, le docteur Josef Mengele qui sélectionnait sur la rampe d’arrivée à Auschwitz, Franz Stangl qui commanda le camp de Treblinka, bien d’autres encore à mesure que leur rôle fut mieux connu (qui avait entendu parler d’Eichmann en 1945 ?)…

“Le nouveau « Nouveau XXIe siècle »”, un article de Laurence Zordan

JOSEPH E. STIGLITZ
LE TRIOMPHE DE LA CUPIDITÉ
Éditions Les Liens qui Libèrent, 474 p., 23 €

Redondance du « nouveau », qui semble encore plus inattendu que ce qui était sans précédent, afin de penser le radicalement inédit : la crise économique d’ampleur mondiale, cataclysme de la finance, mise à mal des théories monétaristes. Véritable surenchère pour porter un regard neuf sur un bouleversement abondamment commenté, avec une effervescence éditoriale qui tient du surgissement continuel. L’ouvrage du prix Nobel américain s’inscrit dans cette ébullition théorique. Son originalité tient au fil conducteur choisi et au statut de l’auteur qui, avant même 2007, au forum de Davos, avait prédit la survenue de graves problèmes. Dès lors, l’enjeu est sans doute moins de tirer les leçons qui s’imposent que de s’imposer comme donneur de leçons. Et si donner le « la » en matière de commentaire sur la crise contribuait à l’influence dont jouit un pays pour maîtriser la sortie de crise ?

“Nora d’hier et d’aujourd’hui’, un article de Monique Le Roux

HENRIK IBSEN
MAISON DE POUPÉE
Mise en scène de Michel Fau
Théâtre de la Madeleine  Jusqu’au 30 juin

UNE MAISON DE POUPÉE
Mise en scène de Jean-Louis Martinelli
Théâtre de Nanterre-Amandiers Jusqu’au 17 avril

La pièce la plus célèbre d’Ibsen, “Maison de poupée” ou “Une maison de poupée”, est jouée cette saison sur cinq scènes différentes de l’Île-de-France. Elle est actuellement montée à la Madeleine par Michel Fau et aux Amandiers de Nanterre par le directeur, Jean-Louis Martinelli : deux spectacles opposés, que seul rapproche le choix, pour le rôle de la protagoniste, d’une actrice très connue ailleurs qu’au théâtre, Audrey Tautou et Marina Foïs.

“Le cinéma dans le Haut-Pays”, un article de Lucien Logette

FESTIVAL INTERNATIONAL
DE FILMS DE FRIBOURG 13 au 20 mars 2010
BRILLANTE MENDOZA
LOLA (sortie le 5 mai)
JUAN JOSÉ CAMPANELLA
DANS SES YEUX (sortie le 21 avril)

On ne peut pas voyager toujours avec Cingria. La précieuse collection « Poche Suisse » des éditions L’Âge d’Homme propose d’autres perles
d’une eau pas moins cristalline, dignes de servir de viatique pour notre expédition annuelle sur les rives de la Sarine, en cette Fribourg dont le nom complet serait, wikipedia dixit, Fribourg en Nuithonie. Peu usité, précise l’encyclopédie moderne, à ranger donc parmi les terres improbables, entre la Novempopulanie de Gracq et la Septimanie de Larbaud. Plutôt qu’un écrivain des plateaux, Ramuz ou Gustave Roud, à la lecture essoufflante, c’est Pierre Girard, promeneur du bord du lac, qui nous a ouvert le chemin. Pourquoi Girard ?

“La compréhension musicale”, un article de Thierry Laisney

SANDRINE DARSEL
DE LA MUSIQUE AUX ÉMOTIONS
Une exploration philosophique
Presses universitaires de Rennes, 283 p., 15 €

Imaginez qu’au journal de 20 h on vous annonce que la Joconde a été volée ; vous comprendriez sans peine ce qui s’est passé. Imaginez maintenant une nouvelle de ce genre : « des individus se sont emparés de la Septième Symphonie de Beethoven » ; l’annonce vous laisserait sans doute plus perplexe. Qu’est-ce que peut bien être une œuvre musicale ? Si la partition et l’exécution sont deux objets physiques, ce n’est pas le cas de l’œuvre elle-même.

La Quinzaine n°1011, du 16 au 31 mars 2011

“Parole vers un absent”, un article de Marc Le Gros

ALEXIS GLOAGUEN
LES VEUVES DE VERRE
Maurice Nadeau, 144 p., 16 €

Alexis Gloaguen est poète. Et je pense que même si la page de la poésie versifiée, il l’a tournée depuis longtemps, les proses qui se sont échelonnées depuis “Traques passagères”, paru en 1989, jusqu’à ces “Veuves de verre”, ne manifestent rien d’autre que la «continuation » de cette poésie. Mais par d’autres moyens.

“Balade en terre de feu”, un article de Norbert Czarny

OLIVIER ROLIN
BAKOU, DERNIERS JOURS
Seuil, coll. « Fiction & Cie », 180 p., 17 €

Tout a commencé, ou a failli finir avec “Suite à l’hôtel Crystal” : dans ce roman paru en 2004, l’auteur annonçait sa mort, d’une balle de pistolet Makarov, à l’hôtel Apshéron de Bakou en 2009. Malgré les conseils de ses amis, Olivier Rolin s’est néanmoins rendu dans la capitale de l’Azerbaïdjan en cette année fatidique. Il en est revenu avec ce récit réjouissant, une balade en périphérie du monde.

“Le vif, le vivant”, un article de Marie Tournier Cardinal

HÉDI KADDOUR
SAVOIR-VIVRE
Gallimard, 197 p., 16,90 €

LES PIERRES QUI MONTENT
NOTES ET CROQUIS DE L’ANNÉE 2008
Gallimard, 377 p., 20 €

La question n’est pas de savoir si nous devons lire Hédi Kaddour, mais quel ouvrage avant l’autre. De quelque objet qu’il s’agisse, nous le
saisirons vivement, pour le reposer, quelques heures plus tard, avec lenteur. L’éloignant de nous, à regret. Nous l’avons gardé quelques instants dans la main, pour lui signifier la caresse qui par lui nous a emportés.

“Un général résistant du IIIe Reich”, un article de Georges-Arthur Goldschmidt

HANS-MAGNUS ENZENSBERGER
HAMMERSTEIN OU L’INTRANSIGEANCE, UNE HISTOIRE ALLEMANDE
trad. de l’allemand par Bernard Lortholary
Gallimard, 192 p., 23,50 €

C’est chez le fabricant de pianos Bechstein qu’Adolf Hitler apprit « comment on tient son couteau à table », c’est chez lui aussi que Kurt von Hammerstein fit en 1925 la connaissance du même Hitler. Il sut dès l’abord à qui il avait affaire.

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“Présence de Gogol”, un article de Christian Mouze

NICOLAS GOGOL
NOUVELLES COMPLÈTES
Édition établie et présentée par Michel Niqueux
Gallimard, coll. « Quarto », 999 p., 24,90 €

« … tout ce que contient l’âme d’un écrivain ne demande qu’à voir le jour ». Quelle était cette force comique, cette force fantastique et lyrique, en un mot cette force de vie que contenait l’âme de Gogol ? Et la nature de cette force religieuse qui à la fin le mena à l’autodestruction ?

“Trois livres sur Proust”, un article de Tiphaine Samoyault

JACQUELINE RISSET
UNE CERTAINE JOIE. ESSAI SUR PROUST
Hermann, 135 p., 22 €
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DIANE DE MARGERIE
PROUST ET L’OBSCUR
Albin Michel, 230 p., 19,50 €
THIERRY MARCHAISSE
COMMENT MARCEL DEVIENT PROUST. ENQUÊTE SUR L’ÉNIGME DE LA CRÉATIVITÉ
Epel, 140 p., 19 €

Les pages de Proust sur le livre préféré et les jours de l’enfance rendus plus pleins grâce à lui sont devenues une sorte d’emblème du temps que l’on passe avec l’oeuvre proustienne et les métamorphoses de soi que sa lecture entraîne. Les trois livres ici recensés témoignent chacun à leur manière de cette fréquentation constante dont l’énigme devient celle de l’existence même, à tenter de comprendre.

“Moravia, Italien du XXe siècle”, un article de Monique Baccelli

RENÉ DE CECCATTY
ALBERTO MORAVIA
Flammarion, coll. « Grandes biographies », 678 p., 25 €

Avant même d’ouvrir le livre, le lecteur est aimanté par le regard à la fois intense et froid, interrogateur et désabusé du très vieil homme qui figure sur la couverture. En tournant les pages il pourra constater que ce regard est aussi percutant que celui du jeune Moravia (né en 1907) photographié en 1922 : preuve d’une forte personnalité que la vie, fût-elle semée d’épreuves, n’a pas entamée.

“Mais il y aussi un autre vent du large”, un article de Anne Le Brun

PIERRE REVERDY
OEUVRES COMPLÈTES, TOME I
Flammarion, 1 458 p., 30 €

« Il faut l’immensité de la mer dans une goutte d’eau. » Rien plus que cette remarque dans une lettre de 1918 au jeune André Breton ne peut donner idée de la rigueur avec laquelle le sens de l’infini s’apparente chez Pierre Reverdy à son refus de tout effet. Stupéfiante alliance où la pureté le dispute à la violence : « Toute la littérature m’écoeure, cher ami, bêtes et gens », écrit-il la même année au même correspondant.

“Un art des traces”, un article d’Odile Hunoult

ÉTIENNE-ALAIN HUBERT
CIRCONSTANCES DE LA POÉSIE
REVERDY,APOLLINAIRE, SURRÉALISME
préfacé par Michel Murat
deuxième édition revue et augmentée Klincksieck, 542 p., 45 €

Réunion d’essais parus en revues entre 1979 et 2007. Ils se répondent les uns les autres, explorant sous de nombreux aspects un même champ, l’effervescence des premières années du XXe siècle où s’invente la modernité dans les arts, jusqu’aux prolongements et aux ruptures du surréalisme. Étienne-Alain Hubert, le spécialiste de Reverdy, est un lecteur : sa passion, c’est les oeuvres. Sa recherche, la reconstitution du terreau humain qui les a portées, et même suscitées.

“Le jaune serin de Gauguin”, un article de Georges Raillard

PAUL GAUGUIN
VERS LA MODERNITÉ
Un ouvrage collectif
Actes Sud, 248 p., 254 ill. dont 234 en coul., 49,95 €

L’Exposition universelle de 1889 nous a laissé quelques images fortes : la tour Eiffel, toute neuve, dominant le théâtre d’un monde nouveau sur le Champ-de-Mars. 28 millions de visiteurs. Pendant six mois ils contemplèrent, exposés dans un « enclos », 300 « indigènes ». Les Beaux-Arts ont leur palais. Gauguin s’en sait d’avance écarté. Il prend les devants. Ce fut l’origine de la Suite Volpini, pièce maîtresse de l’évolution et de l’évaluation de l’art de Gauguin.

“Le démon de Gershom Scholem”, un article de Patrick Sultan

GERSHOM SCHOLEM
CAHIER SCHOLEM
dirigé par Maurice Kriegel
Éd. de l’Herne, coll. « Cahiers de l’Herne », n° 92, 328 p., 39 €

“Le Cahier de l’Herne” consacré au grand historien de la mystique juive Gershom Scholem (1897-1982) permet, sinon de percer, du moins d’approfondir, le secret de ce chercheur prolifique. Maurice Kriegel qui offre au public français ce recueil formé d’entretiens, de textes inédits en français, d’hommages et d’études pour la plupart anciennes, a souhaité le faire entrer « plus avant dans l’œuvre de Scholem : non en renforcer le mystère, encore moins le dissiper ».

“À la recherche de la guerre perdue”, un article de Laurence Zordan

La guerre après la guerre
Images et construction des imaginaires de guerre dans l’Europe du XXe siècle
sous la direction de Christian Delaporte, Denis Maréchal, Caroline Moine et Isabelle Veyrat-Masson
Nouveau Monde Éditions, 448 p., 49 €

Il est des livres que l’on voudrait faire parler afin qu’ils avouent plus qu’ils n’en disent d’emblée et ce, en les faisant dialoguer avec d’autres ouvrages. La guerre après la guer re appartient à ce répertoire. De quelle théorie de l’après-guerre ce type d’analyse est-il porteur ? De quel abus ambiant du terme « imaginaire » est-il l’illustration ? De quelle figure de l’« irénologie », discours sur la paix, est-il l’emblème ? De quelle Europe est-il le vecteur ?

“Quelques remèdes contre la pauvreté”, un article de Philippe Frémaux

ESTHER DUFLO
LUTTER CONTRE LA PAUVRETÉ
Tome 1 : Le développement humain
Tome 2 : La politique de l’économie
Seuil, 112 p., 11,50 € chaque tome

Esther Duflo est devenue une star de la lutte contre la pauvreté en rompant avec les théories classiques du développement. Alors que les économistes, traditionnellement, considèrent la question d’en haut, en privilégiant soit le prisme de la macro-économie orthodoxe, soit des analyses plus structurelles mais à portée générale, la chercheuse du MIT a choisi d’étudier ce qui marche et ce qui ne marche pas, au plus près du terrain.

“Des « Reines de théâtre »”, un article de Monique Le Roux

MANUEL PUIG
LE MYSTÈRE DU BOUQUET DE ROSES
Mise en scène de Gilberte Tsaï
Nouveau Théâtre de Montreuil Jusqu’au 15 avril
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MARIVAUX
LES FAUSSES CONFIDENCES
Mise en scène de Didier Bezace
Théâtre de la Commune d’Aubervilliers Jusqu’au 2 avril Tournée nationale jusqu’en juin 2010

Des « Reines de théâtre » : telle était l’expression d’Antoine Vitez, quand il présentait les interprètes féminines de ses premières saisons au Théâtre national de Chaillot. Elle revient à l’esprit à propos des actrices distribuées par Gilberte Tsaï dans “Le Mystère du bouquet de roses” de Manuel Puig au Centre dramatique national de Montreuil et par Didier Bezace dans “Les Fausses Confidences” de Marivaux à celui d’Aubervilliers.

“La musique et vous”, un article de Thierry Laisney

DANIEL LEVITIN
DE LA NOTE AU CERVEAU
L’influence de la musique sur le comportement
trad. de l’anglais par Samuel Sfez
Héloïse d’Ormesson, 362 p., 23 €

La musique vue du côté des neurosciences, c’était déjà l’optique de “Musicophilia” d’Oliver Sacks (QL n° 988), qui a eu un grand retentissement. C’est aussi celle du présent livre de Daniel Levitin, professeur de psychologie cognitive à McGill (Montréal); alors que Sacks, médecin neurologue, examinait surtout les altérations de la perception musicale, Levitin s’attache quant à lui à éclairer divers aspects de l’expérience musicale quotidienne. Il n’a pas pour cela recours aux seules neurosciences mais aussi aux remarques et aux impressions que ses qualités d’exécutant et d’auditeur lui ont suggérées.

La Quinzaine n°1009, du 16 au 28 février 2009

“Paysages”, un article de Hugo Pradelle

CHRISTOPHE PRADEAU
LA GRANDE SAUVAGERIE
Verdier, 160 p., 13 €

Christophe Pradeau s’interroge sur le paysage comme « miracle d’un espace qui s’ordonne autour de soi, intelligible et chargé d’émotions », faisant s’enrouler ensemble deux histoires qui n’en forment qu’une, troublante, puissamment ancrée dans des espaces qui portent haut l’imaginaire. Un livre remarquablement bien écrit, maîtrisé et complexe, qui, lorsqu’on y songe, fait croire aux effets de la mémoire et à l’enchantement des lieux.

“Entre le souvenir et le désir”, un article de Hugo Pradelle

DOMINIQUE FABRE
J’AIMERAIS REVOIR CALLAGHAN
Fayard, 224 p., 17,90 €

Un récit surprenant et très habilement construit autour de discours à partir d’une temporalité défaite. Émouvant comme seuls les souvenirs de jeunesse peuvent l’être.

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“Un lieu transfiguré”, un article de Jacques Fressard

JULIÁN RÍOS
PONT DE L’ALMA
trad. de l’espagnol par Albert Bensoussan et Geneviève Duchêne
Tristram, 307 p., 21 €

MONSTRUAIRE
trad. de l’espagnol par Geneviève Duchêne
Tristram, 185 p., 18 €

Traversez en hiver à Paris le pont de l’Alma vers la rive droite, vous apercevrez au-dessus du quai à votre gauche un monument qui n’attire le regard d’aucun passant, en revanche l’été y concentre quotidiennement des cercles compacts de visiteurs qui viennent y faire leurs dévotions, le détournant de sa destination première.

“Entre bandits et Piémontais”, un article de Monique Baccelli

LUIGI GUARNIERI
LES SENTIERS DU CIEL
trad. de l’italien par Marguerite Pozzoli
Actes Sud, 375 p., 23 €

« Spada vit Boccadoro prendre son poignard, le planter dans l’orbite gauche du supplicié et faire tourner la lame à fond.Après quoi il manoeuvra le manche en corne avec l’habileté d’un boucher, et lorsqu’il leva le poignard, le bulbe oculaire était enfilé sur la pointe de la lame (…) il lui força la mâchoire avec les mains, empoigna la langue et la coupa net à la base. » Et ce ne sont que les premières phases des tortures que le chef des bandits inflige au jeune baron Antonio Pietramala, dont il a tué les parents, enlevé la soeur et saccagé le château.

“Les miroirs de l’homme”, un article de Norbert Czarny

ROGER GRENIER
DANS LE SECRET D’UNE PHOTO
Gallimard, coll. « L’un et l’autre », 138 p., 17,50 €

« La surface la plus passionnante de la terre, c’est pour nous le visage humain. » Le propos serait de Lichtenberg, cité par René de Obaldia et repris par Roger Grenier à la fin de son petit essai sur la photographie. Se passionner pour l’humain, c’est pour qui le lit, toute la vie de Grenier, et son projet. L’humain jusque chez l’animal dans ce que nous tenons pour son meilleur livre, Les Larmes d’Ulysse. Il sera ici question de photo, mais comme le dit un ami à l’auteur : « parle de la photo si tu veux, mais évite les clichés ».

“Jean-Pierre Richard, pêle-mêle”, un article de Daniel Bergez

JEAN-PIERRE RICHARD
PÊLE-MÊLE
Verdier, 128 p., 14 €

Un livre de Jean-Pierre Richard apporte toujours une fraîcheur salutaire. Comme une invitation renouvelée à lire avec autant d’alacrité que de profondeur, dans un rapport de sympathie active. Tel est ce “Pêle-mêle” qu’il vient de faire paraître, sous un titre qui annonce un désordre assumé.

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“Explorateur de la nature ou chantre de la tradition ?”, un article de Stéphane Michaud

ROBERT MARTEAU
LE TEMPS ORDINAIRE
Champ Vallon, 296 p., 20 €

C’est sous la belle appellation d’explorateur de la nature que Robert Marteau avait fait son entrée en poésie. Un bref chant visionnaire, “Royaumes” (1962), explorait la terre natale et ses marches, « Lozère », « Charente », sous la conduite d’« Apollon berger », pâtre des éléments, des temps et des continents. L’établissement au Québec, en 1972, avait approfondi cette veine avec “Atlante” (Montréal, 1976), dont un fragment avait paru dans “Les Lettres Nouvelles”, puis avec “Fleuve sans fin”, sous-titré “Journal du Saint-Laurent” (Gallimard, 1986).

“La voix de la mère”, un article de Virginie Rodde

RAHEL HUTMACHER
FILLE
trad. de l’allemand (Suisse) par Fernand Cambon
José Corti, 142 p., 18 €

Dans “Fille”, une voix s’élève pour meubler l’impatience du retour et la douleur du manque, en une incantation à la croisée du conte et du poème en prose. Derrière le désir de posséder son enfant, n’est-ce pas la peur de s’appartenir à soi-même qui se cache ?

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“« L’outre-indigo de la voix » de Jacques Dupin”, un article de Georges Raillard

JACQUES DUPIN
PAR QUELQUE BIAIS VERS QUELQUE BORD
P.O.L, 368 p., ill. en noir et blanc, 29 €
BALLAST
Gallimard, coll. « Poésie », 344 p.

Voici, réunis les textes que Jacques Dupin a écrits depuis des années : 1953 (Max Ernst), 1954 (Henri Laurens), 1956 (Braque et Hajdu)… L’occasion les a soumis à son regard. Il les a métamorphosés par la plume, leur a insufflé une autre vie. Ses écrits les plus connus – sur Miró, Tàpies et Giacometti – des chemins partagés – n’ont pas été repris ici. Ils ont donné lieu à des livres séparés. Pour Miró, des proses empathiques et  l’indispensable monographie de l’œuvre. On se plaira à suivre le poète dans ces « espaces autrement dits » (titre de 1982), à participer à des « corps à corps » – ce n’est pas une métaphore, mais une figure verbale appliquée au plus près d’Arnulf Rainer ou de Bacon.

“La luisance de Klapheck”, un article de Gorges Raillard

EXPOSITION
KONRAD KLAPHECK, SWING, BROTHER, SWING
Galerie Lelong
4 février – 27 mars 2010
Catalogue : Repères n° 145
Reproductions des œuvres exposées Textes de Francis Marmande et Konrad Klapheck

JACQUES DUPIN
À L’ÂGE DE LA VIOLENCE.
KONRAD KLAPHECK
Article de 1997, repris dans “Par quelque biais vers quelque bord”

Depuis quarante ans Konrad Klapheck peignait des machines. Aujourd’hui un tournant dans son œuvre ? Il met en scène des jazzmen célèbres, aimés de lui, et leurs instruments. Konrad Klapheck est né à Düsseldorf en 1935. En 1946, à Düsseldorf, une exposition lui fait découvrir les maîtres de la peinture française, s’ajoutant à son penchant pour Dürer. Il lit, beaucoup. Gogol, Kafka, Joyce, Proust, plus tard Roussel. En 1950 un concert de Duke Ellington lui fit découvrir le jazz : Count Basie, Coleman Hawkins, Charlie Parker, Thelonius Monk vont constituer sa famille.

“De la violence dans la cité”, un entretien d’Etienne Balibar réalisé par Omar Merzoug

ÉTIENNE BALIBAR
VIOLENCE ET CIVILITÉ
Galilée, 416 p., 35 €

S’interroger sur les rapports de la violence et de la civilité, c’est, d’une part, se demander ce qu’il en est de la politique et de son autre scène, et de l’autre, ordonner les formes de cruauté en des lieux pensables et, enfin, esquisser des procédures de civilité qui laissent ouvert l’horizon d’une possible anti-violence. C’est parce que ce cheminement nous a paru intéressant que nous avons voulu qu’Étienne Balibar revienne, de vive voix, pour les lecteurs de La Quinzaine littéraire sur les vues qu’il développe dans ses derniers travaux.

“Entre « hommes libres »”, un article de Marc Lebiez

JÜNGER ET HEIDEGGER
CORRESPONDANCE
trad. de l’allemand par Julien Hervier
Christian Bourgois, 176 p., 16 €

Lorsqu’il découvre la correspondance échangée par deux personnages illustres qu’on ne sache pas avoir été des amis personnels, le lecteur s’interroge sur la nature du lien qui les unit. En l’occurrence, il est d’abord politique.

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“Histoire d’un livre”, un article de Michel Plon

LYDIA MARINELLI et ANDREAS MAYER
RÊVER AVEC FREUD
L’histoire collective de L’Interprétation du rêve
trad. de l’allemand et présenté par Christian Bonnet
Aubier, 333 p., 22 €

« Celui qui a aujourd’hui en main une des éditions courantes de “L’Interprétation du rêve” ne saura rien de sa vie mouvementée. Il n’existe toujours pas d’édition critique. » En existera-t-il une un jour ? À en juger par les modif ications, ajouts, suppressions, corrections, réorganisation de paragraphes que le livre a subis au cours de ses huit éditions entre 1900 et 1930 et par l’immensité du travail de traduction et d’édition que cela impliquerait, c’est peu probable.

“Voyages et amours au temps des Lumières”, un article de Jean M. Goulemot

MALESHERBES
VOYAGE EN ANGLETERRE, inédit
édition présentée, établie et annotée par Michèle Crogiez-Labarthe
Desjonquères, coll. « XVIIIe siècle », 222 p., 19,50 €

LA COMTESSE DE SABRAN et LE CHEVALIER DE BOUFFLERS
LE LIT BLEU, CORRESPONDANCE (1777-1785)
édition établie et présentée par Sue Carrell
Tallandier, coll. « La Bibliothèque d’Évelyne Lever », 336 p., 22 €

MARQUIS et MARQUISE DE BOMBELLES
« QUE JE SUIS HEUREUSE D’ÊTRE TA FEMME », LETTRES INTIMES (1778-1782)
Tallandier, coll. « La Bibliothèque d’Évelyne Lever », 570 p., 29 €

On disait que les voyages forment la jeunesse. J’ajoute qu’ils confortent et surprennent parfois la vieillesse. Au hasard d’un colloque à Alicante et d’une conférence à l’Institut français de Valencia, occasion de retrouvailles avec un de mes anciens étudiants, de ceux qu’on n’oublie pas, j’ai découvert dans cette dernière ville, que je croyais pourtant connaître, un musée inattendu, unique sans doute en son genre, d’une belle architecture moderne, spacieuse et fonctionnelle, dû à l’architecte Guillermo Vazquez Consuegra.

“Non, l’homme ne descend pas du singe…”, un article de Jean-Michel Kantor

PASCAL PICQ
LES ORIGINES DE L’HOMME EXPLIQUÉES À NOS PETITS-ENFANTS
Seuil, 176 p., 8 €

… Mais certains singes sont nos cousins ! C’est une très longue histoire que celle de nos origines, elle s’étend sur plusieurs millions d’années, et elle est encore pleine de mystères. On en connaît la fin : la naissance d’Homo sapiens, il y a environ 200 000 ans, en Afrique, et aujourd’hui, la domination de l’espèce humaine sur la Terre.
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“Le bel hiver de Michel Vinaver”, un article de Monique Le Roux

MICHEL VINAVER
PORTRAIT D’UNE FEMME
Mise en scène d’Anne-Marie Lazarini
Théâtre de l’Ouest parisien du 23 mars au 1er avril
Tournée en France et en Suisse jusqu’au 30 avril

ORIZA HIRATA/ MICHEL VINAVER
TORI NO TOBU TAKASA/PAR-DESSUS BORD
Mise en scène d’Arnaud Meunier
Théâtre de la Ville aux Abbesses du 15 au 20 février
Tournée nationale depuis le 13 janvier

L’œuvre de Michel Vinaver, qui a parfois attendu une reconnaissance théâtrale digne d’elle, semble dans une période particulièrement favorable. Il y a un an “L’Ordinaire” a été reçu au répertoire de la Comédie-Française et mis en scène par son auteur. Cette saison deux spectacles importants sont présentés en tournée : Portrait d’une femme par Anne-Marie Lazarini ; “Tori no tobu takasa” par Arnaud Meunier, à l’initiative de cette adaptation japonaise de “Par-dessus bord” par Oriza Hirata.

“Idéaliste et solitaire”, un article de Thierry Laisney

JEAN-PIERRE ARMENGAUD
ERIK SATIE
Fayard, 782 p., 32 €

Jean-Pierre Armengaud, à la fois pianiste et musicologue, connaît Satie en profondeur (il a enregistré l’intégrale de son œuvre pour piano). Il lui consacre aujourd’hui une monographie de haut vol, qui enchâsse l’étude des œuvres dans celle de la vie.

Tout sur Bach

“Universalité de Bach”, un article de Thierry Laisney

BERTRAND DERMONCOURT (sous la direction de)
TOUT BACH
Robert Laffont, coll. « Bouquins », 895 p., 30 €

Bergson distinguait deux manières de connaître une chose : tourner autour de cette chose ; entrer en elle. Le présent “Tout Bach”, qui prend la forme d’un dictionnaire, approfondit moins notre connaissance de Bach qu’il ne multiplie les angles sous lesquels notre curiosité peut l’aborder.

Il comporte quelque 800 notices consacrées aux sujets les plus variés (Dieu lui-même y a son entrée !) : éléments biographiques (on apprend que Bach a été emprisonné à Weimar en 1717 pour crime de lèse-majesté), contemporains, interprètes (avec une orientation discographique fortement marquée), œuvres (chacune d’elles est présentée), et une rubrique originale, intitulée « postérité » dans la table thématique des entrées qui figure au début de l’ouvrage. Au fil des notices relevant de cette catégorie, le fervent de Bach aura plaisir à se promener dans la communauté de ceux qui l’aiment avec lui. Il se trouvera convié à lire la monographie d’Alberto Basso, à découvrir les ar ticles qu’Alberto Savinio ou Paul Dukas ont écrits sur Bach. Il sera touché par ce que des poètes ont dit de Bach, par exemple Philippe Jaccottet : « À l’écouter, il n’est plus de tombe qui tienne » ; ou encore Jude Stéfan (Pandectes, 2008) : « Bach – équation sonore d’une vérité, l’apaisement dans la détresse – musique qui aurait raison »… Retrouvez la suite de cet article dans la Quinzaine n°1007

La Quinzaine n°1004, du 1er au 15 décembre 2009

“Sagan : une désinvolture bouleversante”, un article de Claire Richard

FRANÇOISE SAGAN
DES BLEUS À L’ÂME
Stock, 176 p., 16,50 €
TOXIQUE
illustrations de Bernard Buffet
Stock, 72 p., 15 €
DES YEUX DE SOIE
Stock, 193 p., 16,50 €

Dites « Sagan » et les mêmes images surgissent. Le « charmant petit monstre » de Mauriac, « la petite musique », les voitures de sport conduites pieds nus, le whisky, Deauville et les boîtes de nuit, une façon de parler et des cigarettes. Une citation aussi : « Sur ce sentiment inconnu, dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse. » Dans ce fatras, où est passé l’écrivain ? Les textes inédits de Sagan invitent à redéfinir ce que serait « Sagan ».

“L’apaisement”, un article de Hugo Pradelle

RICHARD BAUSCH
PAIX
Peace
trad. de l’anglais (États-Unis) par Jamila Ouahmane-Chauvin
Gallimard, 176 p., 17,50 €
L’HOMME QUI A CONNU BELLE STARR et AUTRES NOUVELLES
The Stories of Richard Bausch
trad. de l’anglais (États-Unis) par Jamila Ouahmane-Chauvin et Serge Chauvin
Gallimard, 444 p., 26 €

Le roman de l’Amérique semble ne pas avoir de fin. Les auteurs reprennent sans cesse, ajoutant leur pierre à l’édifice, sa brève histoire pour en extraire l’essence à la fois violente et paradoxalement innocente. Comme une aventure à chaque livre renouvelée, sempiternellement réinvestie, celle de l’ineffable. Le récit de guerre qui sublime la bataille ou explore les tréfonds de consciences bouleversées par la violence,
anéanties ou revigorées par la peur et le danger, fait se jouer l’ordre même de la nation et de l’individu, la cohésion et le sentiment d’une
identité qui échappe, et que seules des mythologies modernes parviennent vaille que vaille à maintenir…

“Je suis le secret”, un article de Norbert Czarny

A. M. HOMES
LE SENS DE LA FAMILLE
trad. de l’américain par Yoann Gentric
Actes Sud, 240 p., 19,80 €

Cela commence dans le salon des Homes, les parents adoptifs de A. M. Homes, romancière de trente et un ans alors. L’avocat qui s’était chargé de leur conf ier la petite f ille à la naissance leur a appris que quelqu’un cherchait A. M. Alors débute une histoire d’une rare intensité, racontée en un présent haletant.

“Éloge de la fuite”, un article de Vanessa Aubert

SHMUEL T. MEYER
LES VILLES N’ONT PAS DE TOIT
Gallimard, 222 p., 18

Le Périmètre de l’Étoile a été publié en 2008 aux éditions Gallimard. Un an plus tard, Shmuel T. Meyer renoue avec l’art minutieux et ambitieux qu’est la nouvelle avec Les villes n’ont pas de toit. Au carrefour du destin d’hommes et de femmes, à la fois spectateur et observateur, il explore dans de multiples huis clos les f igures du déracinement. Une communauté de destins mise au jour ici et ailleurs par une écriture de l’intime et du sensible.

“Écrire et aimer”, un article de Christian Mouze

JEAN ROUNAULT
MON AMI VASSIA
SOUVENIRS DU DONETZ
Préface de Gabriel Marcel (1949) Postface de Jean-Louis Panné
Dossier établi par Anne-Marie Biemel-Montarnal et Jean-Louis Panné
Le Bruit du Temps, 478 p., 24 €

Voici un récit écrit en chapitres courts, chacun représentant une scène emblématique qu’on peut prendre comme accusation d’un état de choses. Mais ce n’est pas cela qui résulte au f inal de la lecture. Autre chose de plus fort et de plus beau.

“Une place et une histoire”, un article de Norbert Czarny

TAMAR BERGER
PLACE DIZENGOFF
trad. de l’hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech
Actes Sud, 340 p., 23 €

Pendant de nombreuses années, la place Dizengoff et la rue qui la prolongeait ont été à Tel-Aviv ce que Saint-Germain-des-Prés sont à Paris : un carrefour de l’intelligence et des élégances, le lieu où il fallait être vu. Les années quatre-vingt et la vogue des galeries commerciales ont mis fin à cette célébrité. Le livre de Tamar Berger revient sur l’histoire de cette place, longtemps avant…

“Dédale”, un article de Hugo Pradelle

ROBERTO BOLAÑO et A. G. PORTA
CONSEILS D’UN DISCIPLE DE MORRISON À UN FANATIQUE DE JOYCE
suivi de JOURNAL DE BAR
Consejos de un discípulo de Morrison a un fanático de Joyce seguido de Diario de bar
trad. de l’espagnol par Robert Amutio
Christian Bourgois, 224 p., 18 €

Écrit à quatre mains, le premier roman de Roberto Bolaño (1953-2003) est, sous couvert de pastiche, un livre profond qui préfigure les obsessions qui nourriront les œuvres à venir. Une lecture sous forme d’archéologie, émouvante, drôle et perturbante.

“La beauté est souvent un parfum”, un article de Gilbert Lascault

100 000 ANS DE BEAUTÉ
Collectif sous la direction d’Élisabeth Azoulay
Gallimard, 5 volumes, 1 300 p., env. 600 ill. coul., 150 €

En de longs millénaires (le plus souvent pénibles et rudes), par l’intelligence et l’imagination des humains et pour les rendre moins malheureux, la beauté s’invente, se métamorphose, se déplace ; elle modifie les espaces, les corps, les sensualités nouvelles, les peaux imprévisibles.

“La logique implacable des couleurs du blason”, un article de Gilbert Lascault

MICHEL PASTOUREAU
L’ART HÉRALDIQUE AU MOYEN ÂGE
Seuil, 240 p., 136 ill. coul., 42 €

Historien subtil et exigeant, spécialiste des couleurs, des images et des emblèmes, Michel Pastoureau enseigne depuis vingt-sept ans à l’École pratique des hautes études en sciences sociales. Il occupe la chaire d’histoire de la symbolique occidentale. Il a publié une trentaine d’ouvrages souvent admirés et traduits dans une vingtaine de langues. Il étudie en particulier l’histoire des couleurs : les « tissus rayés » (1991, 1994), le bleu (2000), le noir (2008). Il analyse aussi les bestiaires, par exemple l’ours (2007).

“L’art de l’Histoire”, un article d’Odile Hunoult

PAUL LOUIS ROSSI
VIES D’ALBRECHT ALTDORFER,
PEINTRE MYSTÉRIEUX DU DANUBE
Bayard. 192 p., 20,50 €

En 1529 Albrecht Altdorfer peint la Bataille d’Alexandre à Issos, considérée comme son œuvre maîtresse, que l’Alexandre des temps modernes, Napoléon, se sentant peut-être concerné, rapporte à Saint-Cloud en prise de guerre. Une reproduction figure en exergue des Vies d’Albrecht Altdorfer. On ne distingue qu’une masse emportée dans un tourbillon rouge et or sous le ciel d’orage, bleu et noir – il faut une loupe pour voir Alexandre sur Bucéphale à la poursuite de Darius dans la foule qui s’entre-tue.

“Une école entièrement nouvelle”, un article de Jean-Claude Chevalier

L’École normale de l’an III (tome 4)
Leçons d’analyse de l’entendement, art de la parole, littérature, morale. Garat, Sicard,
La Harpe, Bernardin de Saint-Pierre sous la direction de Jean Dhombres et Béatrice Didier
Éd. ENS rue d’Ulm, 714 p., 55 €

Par un étrange paradoxe, une révolution qui s’était nourrie de philosophes grands réformateurs de l’éducation, de Jean-Jacques, des savants de l’Encyclopédie, comme d’Alembert, auteur du célèbre article « Collège », cette révolution donc avait vidé écoles et collèges. La raison était simple : l’enseignement du temps de la royauté était tenu principalement par des ecclésiastiques que la Terreur avait exilés ou réduits au silence.

“Jacques Rancière ou la puissance vivifiante de la contradiction“, un article de Patrick Cingolani

JACQUES RANCIÈRE
MOMENTS POLITIQUES
La Fabrique, 240 p., 15 €

Depuis la réédition du recueil Au bord du politique, en 1998, les éditions La Fabrique accompagnent fidèlement le travail de Jacques Rancière. Elles ont publié Le Partage du sensible en 2000, Le Destin des images en 2003, La Haine de la démocratie en 2005, la réédition de la Parole ouvrière en 2007, Le Spectateur émancipé en 2008. Cette année après L’Interruption de C. Ruby, livre dont l’objet est «Jacques Rancière et la politique », elles ont tout récemment publié de Jacques Rancière lui- même Moments politiques – interventions 1977-2009. Le livre rassemble selon l’idée et le choix de l’éditeur des articles dont la parution s’étale sur près de trente ans ; il cherche, dit Rancière, à « rendre sensible les ruptures que les inventions égalitaires opèrent dans le tissu de la domination ». D’autre part paraît un fort volume d’entretiens qui nous permet de mesurer l’apport de cette pensée du dissensus.

“Gaza : des victimes sans voix”, un article de Sonia Dayan-Herzbrun

REPORTERS SANS FRONTIÈRES
GAZA, LE LIVRE NOIR
Avant-propos de Jean-François Julliard Préfaces de Camille Mansour et Gideon Levy
La Découverte, 268 p., 17 €
ESTHER BENBASSA
ÊTRE JUIF APRÈS GAZA
CNRS Éditions, 74 p., 4 €

Dans les conclusions du rapport que le juge Richard Goldstone a rédigé à la demande de l’ONU en vue d’établir les faits après l’offensive
menée par l’armée israélienne contre Gaza, en décembre 2008 et en janvier 2009, f igure la phrase suivante : « Comme c’est le cas dans bien des conflits, l’une des caractéristiques du conflit israélo-palestinien est la déshumanisation de l’autre et des victimes en particulier. » On ne saurait mieux résumer l’impression qui se dégage à la lecture de Gaza, le livre noir que publie Reporters sans frontières.

“Convaincre pour vaincre”, un article de Lucien Logette

SÉBASTIEN DENIS
LE CINÉMA ET LA GUERRE D’ALGÉRIE
La propagande à l’écran (1945-1962)
Nouveau Monde éditions, 480 p., + DVD de 4 heures d’archives, 34 €

L’Algérie est longtemps restée la tache aveugle du cinéma français. Autant Hollywood a toujours travaillé en phase avec l’Histoire, intégrant au fil du temps dans ses fictions guerrières tous les conflits en cours, Corée, Vietnam, Salvador, Irak, autant les films hexagonaux ont été privés, pendant les huit années que ceux-là ont duré, de toute référence aux « événements » et autres « opérations de maintien de l’ordre », déguisement sémantique pudibond de notre ultime expédition coloniale. Puisque la guerre n’existait pas, il n’y avait aucune raison de la montrer. Et jusqu’aux accords d’Évian de 1962, le cinéma français (celui destiné aux salles, pas le cinéma militant qui a heureusement sauvé l’honneur) est demeuré allusif.

“Octave Mirbeau, notre contemporain”, un article de Monique Le Roux

OCTAVE MIRBEAU
LES AFFAIRES SONT LES AFFAIRES
Mise en scène de Marc Paquien
Théâtre du Vieux-Colombier jusqu’au 3 janvier 2010

Comment représenter une pièce créée il y a plus d’un siècle, quasiment oubliée, redevenue pleinement contemporaine : “Les affaires sont les affaires” d’Octave Mirbeau ? La mise en scène de Marc Paquien au Théâtre du Vieux-Colombier déjoue les pièges de l’actualisation.

“Poésie et musique”, un article de Thierry Laisney

STANISLAS DEHAENE
et CHRISTINE PETIT (sous la direction de)
PAROLE ET MUSIQUE
Aux origines du dialogue humain
Odile Jacob, 366 p., 31 €

Comme c’est en général le cas pour les ouvrages collectifs, nous avons affaire ici à un livre très composite, né d’un colloque organisé par le Collège de France et regroupant près de vingt chapitres, pour la plupart consacrés à la musique, le plus souvent sous l’angle de ses rapports avec le langage ou la parole.

“Le cas peu banal de l’Amiral Leblanc”, un article de François-René Simon

GUY CABANEL
HOMMAGE À L’AMIRAL LEBLANC
Éd. Ab irato, 92 p., 10 €

Guy Cabanel n’est guère connu que par cet “À l’animal noir” dont le langage a fait dire à André Breton qu’il lui gardait « à jamais le cœur de son oreille ». Mais l’histoire est volontairement négligente, ou ses serviteurs soi-disant trop affairés. Il faudra pourtant qu’elle reconnaisse un jour, et décrypte, l’œuvre considérable de ce poète qui a d’emblée trouvé dans le surréalisme à la fois sa reconnaissance et sa liberté.

“Monnaie de singe”, un article d’Omar Merzoug

MA’ARRI
LES IMPÉRATIFS
trad. de l’arabe, présentés et commentés par Hoa Hoï Vuong et Patrick Mégarbané
Actes Sud, 254 p., 19 €

Abû Alâ Al-Ma’arri est l’un des plus grands noms de la poésie arabe classique. Né en 979, dans la province d’Alep en Syrie, il perd la vue à l’âge de quatre ans. Si ses premiers textes sont marqués au sceau d’un genre traditionnel, le panégyrique, bien vite, il renonce à « vendre » sa poésie en louant des émirs ou des dignitaires qu’il méprise.

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